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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 18:20

Le premier qui dit la vérité...


Longtemps, longtemps après que le poète aura disparu, ses chansons courront encore dans les rues. C’était sa seule ambition : être « un anonyme du vingtième siècle ». Convaincu que l’œuvre est infiniment plus importante que l’homme, il n’aimait rien tant qu’entendre chanter ou fredonner ses chansons tout en sachant qu’on ignorait qu’il en était l’auteur. Mais aujourd’hui, le jour de sa mort, « on » découvre qu’il était encore vivant, contrairement à ses copains Brassens, Brel ou Barbara, et on s’extasie devant son répertoire déjà inscrit au patrimoine… alors qu’il était tricard depuis belle lurette dans les médias ! « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté… » Larmes de crocodile à n’en plus pouvoir, larmes insupportables.

GUY BÉART, C'EST TROP TARD

Pour être devenu l’ami de l’homme, après avoir admiré l’auteur-compositeur (grand poète mais aussi génial mélodiste), je suis en rogne devant tous ces hommages aussi tardifs qu’hypocrites… mais je dois également à la vérité de dire qu’il l’avait prévu de longue date, lui qui avait déjà tout dit, tout écrit, tout anticipé dans ses chansons, et qu’il en rigolait par avance : « Tu verras, le jour où je mourrai… » Et il s’esclaffait, avec la lucidité qui le caractérisait et un rire communicatif, atypique, qui n’appartenait qu’à lui. Il savait bien sûr qu’il léguait une quarantaine de chansons éternelles à la postérité ; redevable d’un tel trésor, peut-être permettra-t-elle qu’on découvre enfin ses innombrables perles méconnues ? Comme celle-ci, comme Vous :

Après la disparition de Chorus, alors que nombre d’artistes et de professionnels (auxquels nous ne pouvions plus continuer à être utiles) s’étaient mis aux abonnés absents, Guy Béart, lui, continuait de nous accompagner de son amitié, avec une fidélité sans faille et une complicité jubilatoire. Le jour où l’on nous a remis à ma chère et tendre et moi les médailles du Mérite et des Arts et Lettres, il était là. Il s’était spécialement déplacé de Garches jusqu’au Théâtre des Trois-Baudets où nous avions tenu que cette cérémonie se muât en petite fête à la chanson. Anecdote : à un moment donné, Guy ne put s’empêcher de déclarer à la cantonade que cela faisait plusieurs mois qu’il n’était pas apparu en public ! Histoire de montrer à sa façon (malicieuse et un brin coquette) non pas l’honneur qu’il nous faisait (et qui était réel, à l’âge de 80 ans) mais combien il nous estimait. Ça aussi, c’était Guy Béart… Ce soir-là, c’est l’amitié qui prenait l’quart. La preuve, c’est Jean-Michel Boris, directeur de l’Olympia, qui faisait office d’épingleur ! Soirée chargée d’émotion, des Trois-Baudets à l’Olympia, autant que d’histoire de la chanson…

GUY BÉART, C'EST TROP TARD

Merci encore, Guy… Oui, merci à Guy Béart pour ça, pour sa confiance et « pour le reste »… tout le reste. Y compris ses efforts désintéressés (et méconnus) pour créer un organe de distribution voire de production du disque au service véritable des artistes, effaré qu’il était de voir se creuser le manque de débouchés pour les nouvelles générations. J’en parle en connaissance de cause, puisqu’il avait voulu, pour que cela se passe en terrain « neutre » et quelque peu symbolique, que les réunions préparatoires, avec des professionnels de diverses régions de France, se déroulent chez nous, à Paroles et Musique (c’était au milieu des années 80), plutôt qu’au ministère de la Culture (qui lui aussi envoyait son représentant)…

GUY BÉART, C'EST TROP TARD

Et puis, en 2010, son nouveau disque – vraiment formidable – est sorti, en passant largement inaperçu de ces mêmes médias qui, aujourd’hui, interrompent le cours de leurs programmes pour annoncer la mort du poète. Lui qu’on avait plus qu’occulté depuis un quart de siècle, pire qu’occulté, ringardisé ! La plupart des médias en avaient fait leur tête de turc par excellence, l’archétype du chanteur ringard à la guitare. Tout ça depuis qu’un Gainsbourg atrabilaire l’avait exécuté en direct dans une émission de télé, pour le plus grand plaisir des imbéciles, alors qu’aujourd’hui, hein, que célèbrent-elles d’autre, toutes ces télés, toutes ces chaînes d’information continue qui lui tressent en boucle des couronnes de laurier (justifiées)... sinon le fait que ses chansons relèvent à l’évidence de l’art poétique et musical ?! Revanche posthume ? Même pas, Guy savait bien qu’au fond c’était lui qui avait raison. Mais, le premier qui dit la vérité, n’est-ce pas, il doit être exécuté...

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Est-ce cela Le Meilleur des choses ? Comment ne pas être en rogne ?! Contre la Camarde évidemment, mais aussi contre cette triste société du spectacle qui n’honore jamais aussi bien les meilleurs d’entre nous qu’une fois qu’ils ont cassé leur pipe, et encore (voir Allain Leprest qui patiente toujours au purgatoire médiatique)… Brassens, reprenant Paul Fort, ne manquait jamais de le rappeler : « Ne crois pas au cimetière / Il faut nous aimer avant / Ma poussière et ta poussière / Deviendront le jouet du vent / Il faut nous aimer sur terre / Il faut nous aimer vivants. »

GUY BÉART, C'EST TROP TARD

Adieu l’artiste, on t’aimait bien tu sais… Bien sûr que tu le sais ! Si je m’écoutais, maintenant que tu ne peux plus nous entendre, j’te dirais qu’en fait t’as une sacrée veine de pouvoir retrouver tes copains Georges, Jacques, Barbara et les autres, alors qu’ils nous manquent tant, à nous autres. N’est-ce pas toi qui as écrit L’Espérance folle ?! Mais je déraisonne, j’m’en rends compte en écoutant Barbara, justement, qui avait déjà tout dit (merci madame), tout de ce que l’on peut ressentir aujourd’hui à écouter et voir la plupart des médias :

C’est trop tard pour verser des larmes
Maintenant qu’ils ne sont plus là
Trop tard, retenez vos larmes
Trop tard, ils ne les verront pas

Car c'est du temps de leur vivant
Qu’il faut aimer ceux que l’on aime
Car c’est du temps de leur vivant
Qu’il faut donner à ceux qu’on aime

[…] Que feront-ils de tant de fleurs
Maintenant qu’ils ne sont plus là
Que feront-ils de tant de fleurs
De tant de fleurs à la fois

Alliez-vous leur porter des roses
Du temps qu'ils étaient encore là
Alliez-vous leur porter des roses
Ils auraient préféré, je crois,

Que vous sachiez dire je t’aime
Que vous leur disiez plus souvent
Ils auraient voulu qu’on les aime
Du temps, du temps de leur vivant

[…] Ils n’entendent plus, c’est trop tard,
Trop tard, trop tard...

 

Ci-après le « chapeau », que j’avais écrit en 2008, du dossier Guy Béart de Chorus (trente pages réalisées en collaboration avec Marc Legras), le premier dossier que nous lui avions consacré était paru dans Paroles et Musique vingt-cinq ans plus tôt (mars 1983) :

GUY BÉART, C'EST TROP TARD
GUY BÉART, C'EST TROP TARD

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Published by Fred Hidalgo - dans Hommage
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commentaires

Jullian 08/10/2015 18:03

...C'était un des rescapés de mon répertoire! Encore un qui nous abandonne et va retrouver le bistrot des copains même si Renaud ne l'avait pas citer. J'ai encore chanter avec mes filles ''les souliers'' mardi dernier lors d'un congrès où se trouvait 500 personnes! Deux spectacles était proposés le soir, une pièce de théâtre à laquelle ont assisté 10 spectateurs et ''nos vagabondages dans la chanson française'' où seulement une trentaine de personnes se sont trouvées devant nous! J'y ai fait un clin d’œil à Guy Béart, espérant que sa coiffeuse était très belle et avait une gorge...sympathique et, qu'il avait du donc partir ''Heureux''. Au fait...les gens du congrès étaient tous ...de gauche et les spectacles étaient...Gratuits! Ah si seulement je...faisais tourner les serviettes... Merci Fred!

Donoré 27/09/2015 12:06

Fred, merci beaucoup pour cet article qui met en lumière la grandeur du poète et la petitesse du système médiatique...

Martine CAPLANNE 20/09/2015 12:27

Le temps qui passe... et l'oubli si longtemps... et puis la mort... Tiens nous avions un poète ! C'est bien cela Fred. Merci pour lui, pour nous. Revu et écouté Barbara avec bonheur. Merci aussi. Amitié. Martine

Annick M. 18/09/2015 14:10

Bel article. Oui, il y a sans doute beaucoup de larmes de crocodile. Cependant, je trouve personnellement que c'est mieux que si on n'en parlait pas du tout (même si cela êut été encore mieux d'en parler quand il était là !). Au moins, il est reconnu, même si c'est un peu tard. Les artistes dont le décès passe au contraire inaperçu pour un grand nombre de gens, hélas, ça existe aussi, et ça me paraît tellement triste !

Si j'aimais beaucoup Guy Béart, j'avoue que je le "suivais" d'un peu moins près depuis pas mal de temps (je l'avais tout de même applaudi à Bobino, en 1999 ; magnifique souvenir, après l'avoir applaudi des années plus tôt au Théâtre de l'Élysée, en 1976).

Pourtant, je pensais souvent à ses chansons. Ainsi, ces jours derniers, j'en avais une, "Laura" (une de son premier disque 33 tours), dans la tête, je ne sais pourquoi celle-là en particulier. Je me disais en même temps : "Qu'est ce que c'est bien ! Qu'est-ce qu'il en a fait des bien !" (mais toutes, en fait étaient "bien"). Ce qui m'était déjà arrivé, bien sûr, d'autres fois au cours des années ou des décennies !

Enfin, ça n'intéresse peut-être personne, mais quand j'étais ado, mes camarades de classe et moi étions amoureuses de lui, car non seulement nous appréciions ses chansons comme "Qu'on est bien", "L'Eau vive" (évidemment), "Chandernagor", "L"Ane", "Sérénade à madame", "Moitié toi, moitié moi"… que nous apprenions par cœur, mais avec ses joues un peu rondes sous ces boucles, ses splendides yeux bleu-vert, son sourire à la fois narquois et tendre, il était si craquant ! Il avait d'ailleurs, à mon avis gardé tout son charme à la fin de sa vie (c'est l'ex collégienne amoureuse qui parle)…

Fred Hidalgo 18/09/2015 15:03

Bien sûr que cela nous intéresse, chère Annick... d'autant plus qu'au-delà de l'anecdote toute personnelle que vous nous confiez, vous mettez l'accent sur un trait important de la personnalité de Guy Béart, qui n'a été rappelé par personne hier (et même tout au contraire depuis ce dernier quart de siècle où il était brocardé, moqués sur tous les tons par les médias qui pour la plupart se complaisaient à transmettre seulement de lui une image de ringard, de "has been"... et qui l'encensent aujourd'hui), c'est celui de son charme. Car Guy Béart dégageait un charme incroyable auquel il était difficile de résister (sans être "amoureux" ou "amoureuse" de lui pour autant !), à la ville comme à la scène. Merci pour ce témoignage.

Quichottine 18/09/2015 11:18

Merci pour ce magnifique article.
Je suis de la génération qui a grandi avec ses chansons... et je ne l'oublierai pas.