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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 18:45

…mais n’enchante pas moins !

 

« Elle est toute en rondeur mais ne manque pas de piquant, écrivais-je en intro d’une rencontre de notre ami Serge Dillaz avec Juliette pour le n° 23 de Chorus, daté du 21 mars 1998. Voilà déjà un bout de temps qu’on n’avait plus connu pareil raz-de-marée dans le landerneau chansonnier. Avec elle, on ne risque pas de bayer aux corneilles. Juliette est un oiseau rare dont le chant annonce le renouveau avec juste ce qu’il faut de kitsch pour que l’on ne se méprenne pas. Le futur a toujours besoin d’antériorité ; les variétés, d’un brin de classicisme… » Vingt ans après, voici qu’arrive à point nommé son nouvel opus pour annoncer à nouveau, en ces périodes de météo marine des plus déprimante, ce renouveau dont on a tellement besoin.

Au Théâtre de la Ville, 10/92 (Ph. F. Vernhet)

Juliette, je l’avais découverte – disons, plutôt, vue sur scène pour la première fois – une dizaine d’années avant cette « Rencontre » chorusienne (laquelle avait été précédée par un « Portrait » de deux pages dans le n° 2 de l’hiver 92-93) dans un café-théâtre de Bourges, en off de la programmation du Printemps – époque Paroles et Musique qui fut probablement le premier journal national à relever son immense potentiel artistique. Déjà irrésistible. Trente ans, donc… et pour fêter cet anniversaire, une intégrale discographique sortait à l’automne 2016 (14 CD dont son premier enregistrement en piano-voix de 1987, dix titres en public, sous forme de cassette, et un CD de « raretés »).

Enfin, « intégrale », ça n’était pas tout à fait l’avis de l’intéressée, qui soulignait alors : « Ceci n’est pas mon “intégrale”. Il manque : des noms, des sourires, des instruments de musique, des professeurs, des amis, des collègues, des soutiens, des amours.

Il manque les soirs de première, les matins de dernière, les jours de répétition, les nuits en studio. Et puis il manque encore quelques notes et quelques mots qui volètent autour de moi et que j’essaye – encore ! – d’attraper ! Non, décidément, ceci n’est pas mon intégrale, il manque : demain! » Simple question de patience. Déjà, Juliette, « l’irrésistible », avait eu droit à sa consécration dans Chorus, avec un dossier lui aussi printanier (décidément !) : c’était le n° 47 du 21 mars 2004, où elle figurait aux côtés d’Adamo, Aznavour, Manset, Pierron, Sanseverino, MC Solaar… et d’une jeune débutante nommée Olivia Ruiz qui l’avait convaincue d’écrire un titre pour son premier album, J’aime pas l’amour… Deux ans plus tard, en 2006, le « métier » décernait à Juliette la Victoire de la Musique de l’artiste-interprète féminine.

Et nous voilà ce soir, comme disait le Grand Jacques, ou ce matin c’est comme on veut, rendus à « demain » devenu aujourd’hui (avec le temps, n’est-ce pas…), avec ce nouvel album disponible dans les bacs à partir du 9 février (le précédent, Nour – comme Nourredine bien sûr mais aussi comme Lumière en arabe – date de l’automne 2013)… Son neuvième album studio depuis 1993 (Irrésistible), le quatorzième au total depuis sa première cassette en public en 1987. Pour lui trouver un titre, il a suffi à Juliette de se rappeler de celui qu’elle avait donné à la « carte blanche » que France Inter lui avait confiée en 2015, le samedi matin durant une partie des programmes d’été puis à nouveau pendant huit semaines à la fin de l’année : J’aime pas la chanson, mais… À un mot près, notez-le bien, un seul… mais qui a son importance comme elle l’explique ici avec le bagout qu’on lui connaît, la causticité pince-sans-rire qu’on adore chez elle, jamais très loin d’une aimable provocation : « C’est marrant, cette impression de faire vraiment un “nouvel” album après trente ans de bons et loyaux services. Parce que finalement je n’ai jamais fait ça : un piano-solo accompagné par des musiciens (l’équipe “un peu réduite” de mes garçons habituels) ! Ce qui, cette fois, va être le cas.

« “J’aime pas la chanson” ? On s’attend à ce que j’explique ce titre mais cet album aurait tout aussi bien pu s’appeler “J’aime pas le piano” ; il s’appelle “J’aime pas la chanson” parce que j’aime pas non plus la chanson. Ce qui est rigoureusement vrai, mais ne m’empêche pas d’en faire. Même si je n’aime pas écrire, chercher le mot juste au sens exact, la forme, le fond, patin-couffin, gratter pendant des heures du papier à carreaux ou à musique, tâtonner le piano, et chantonner des lalalas pas seulement sous la douche.

« J’ai bien connu une crèmerie qui proposait des produits sublimes (ce qui pourrait laisser entendre que je considère mes produits “sublimes” : non, car ce ne sont que des chansons et je n’aime pas la… on a compris !) dans un coin de Paris et dont la patronne ne mangeait jamais de fromage parce que, disait-elle, elle n’aimait pas ça. Voilà ! Je suis la crémière de la chanson. »

À bon entendeur salut… La crémière de la chanson… Compris ? Ben ouais, cinq sur cinq ! Pas vous ? Ah bon… Vous en voulez encore une louche ? Qu’on vous file les ingrédients de ces douze pôvres nouvelles chansons ? Toutes signées Juliette Noureddine (Procastination – À carreaux ! – Météo marine – Bijoux de famille – J’aime pas la chanson ! – Une adresse à Paris – Madame – C’est ça, l’rugby ! – Aller sans retour – Midi à ma porte – Je remercie – Dans mon piano droit), sauf bien sûr la reprise du tube immortel de Jean-Claude Massoulier et André Popp, popularisé par les Frères Jacques : « Quand l’équipe de Perpignan s’en va jouer à Montauban / Elle est battue évidemment par l’équipe de Montauban / Mais quand l’équipe de Montauban s’en va jouer à Perpignan / Elle est battue c’est évident par l’équipe de Perpignan… »

Janvier 2002 (ph. F. Vernhet)

Vraiment, vous tenez tant que ça à le savoir. Bon ben, voilà, « ce n’est qu’un jour, un jour comme ça. On dit ça va mais ça va pas ! Un jour à rien, un jour à spleen… Mais arrive “Madame” qui veut chanter les tartes, les rayées de la carte, qui veut chanter ces filles oubliées des fantasmes et des talons aiguilles mais jamais des sarcasmes ! Parmi ses signes distinctifs, ronde du cul, frisée du tif, il en est un qu’on n’peut pas rater : elle a des lunettes sur le nez ! Et si elle “n’aime pas la chanson”, Juliette Binocle, c’est parce que, sans doute, elle en connaît le fond, les cales et les soutes, c’est une vie entière pendue au crayon, tout ça pour ne faire, pauvres ambitions, rien qu’une chanson ! »

Pour en finir tout à fait avec pareil désastre, voulez-vous que je vous dise ? Quand on n’aime pas la chanson, mais vraiment pas, qu’on voit ce qu’on voit et qu’on écoute ce qu’on écoute aujourd’hui dans nos médias qui font l’opinion (cf. Souchon…), c’est forcé, on ne peut que détester cette galette ni faite ni à faire. La preuve avec cette Météo marine qu’une fois écoutée, quel chagrin !, vous ne saurez plus vous débarrasser. Tel est le triste destin des ritournelles éternelles…

 

Une phrase encore, pour ajouter que, non contente de nous délivrer aujourd’hui ces plats en boîte, l’auteure-compositrice-interprète (l’ai-je bien féminisée ?) viendra bientôt nous les servir – comme jadis avec son festin – sur toutes les scènes de France et de Navarre. Dont une escale parisienne le 12 avril à la Salle Pleyel. Si vous n’êtes pas encore totalement dégoûté(e), vous trouverez le détail du menu ou de la carte sur son site.

Et le mot de la fin, si vous permettez, à l’adresse de la responsable de ces lignes (qui, je vous le ferai remarquer, comme je l’avais déjà noté à propos d’Hubert-Félix Thiéfaine, ne constituent aucunement une critique de disque, n’étant plus rédacteur en chef de quoi que ce soit sinon de mon petit comité de rédaction interne) : sachez « Madame » Juliette, vous qui n'aimez ni l'amour ni la chanson, sachez qu’à la scène comme à la ville, je vous… hais !

NB. La première vidéo de ce sujet, où Juliette chante Irrésistible en duo avec Jean Guidoni (« Je suis irrésistible / Comme Satan me l´a dit / Sous ma taille flexible / Ce corpus delicti / Est un fruit comestible / Aux nobles appétits / […] Je suis une maladie / Sexuellement transmissible / Comme Satan me l’a dit : / “Tu es irrésistible, Irrésistible !” »), a été captée le 2 septembre 2015 à Castelsarrasin lors d’une soirée unique à tous points de vue. Primo, parce qu’elle réunissait un plateau artistique plus qu’exceptionnel (voir ici le compte rendu détaillé que j’en fis alors, avec en bonus les « minutes » et photos d’une cérémonie privée où Juliette s’illustra à sa façon !). Secundo, parce qu’elle resta finalement sans suite, alors que son but était de favoriser dans cette ville où naquit Pierre Perret la renaissance du festival Alors… Chante ! qui, après quelque trente ans d’existence, venait d’être chassé sans ménagement de son fief historique de Montauban, n’ayant plus l’heur de plaire à une municipalité davantage marquée par l’esprit partisan que par celui de l’ouverture. Il n’empêche que cette soirée – qui n’eut hélas pas le retentissement recherché faute d’une absence incompréhensible de la plupart des médias nationaux – fut à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des spectacles collectifs francophones. Et aujourd’hui, comme moi (et comme le talentueux Francis Vernhet qui prit les photos nécessaires à mon compte rendu), quelque cinq mille personnes peuvent dire : « J’y étais ! »

 

POST-SCRIPTUM EN FORME DE SCOOP
On vient de le voir, dans son nouvel album, sur scène et dans les médias, Juliette assure avec beaucoup d’aplomb ne pas aimer la chanson… Sauf que – soit dit entre nous – je connais la vérité vraie depuis belle lurette et il m’est impossible de continuer à contribuer plus longtemps à cette entreprise de désinformation publique : non, les fake-news ne passeront pas par ici ! Alors, au risque de vous faire perdre votre latin avec son anathème jeté sur la chanson, voici une autre version de Juliette, signée en bon uniforme (oui, je sais, sauf qu’elle aussi a lu San-Antonio...) : de véritables aveux ! Me reste plus qu’à espérer ne pas être voué aux gémonies pour avoir violé – dans l’intérêt commun, notez-le bien – le secret de la confession !

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commentaires

T
Merci Fred de nous donner des nouvelles fraîches de Juliette, une artiste qui n'ignore pas, elle, que le présent et le futur se nourrissent de connaissances du passé, proche ou lointain, donc de culture. Je mets au défi quiconque de prouver qu'il n'en était pas de même pour nos "géants" de la chanson ou qu'il en soit autrement pour les vrais troubadours d'aujourd'hui, pourtant si méprisés (à quelques rares exceptions près) par les "Tricatel" de la radio-télévision.
Il est bien difficile de considérer avec respect (à défaut d'être passionnés par leurs oeuvres) celles et ceux qui croient que la musique a commencé avec leur époque et que tout ce qui s'est fait avant est inexistant ou ringard. En insistant un peu, on est amenés à constater que c'est par ignorance pure et simple, en quelque sorte par "hémiplégie culturelle", la même qui leur fait dire que Jaurès c'est juste une place et Chateaubriand un steak.
Alors Merci à Juliette d'exister, ainsi qu'à toute la cohorte de celles et ceux que j'appelle parfois "les héritiers", héritiers des "géants", peut-être "géants" un jour, pour certains ; les Frasiak, Bobin, Alcaz, L.Berger, M. Boutet, S. Utgé-Royo, Tomislav, P. marry, V. Barrier, V. Pestel, Jehan, Govrache, G. Morel.....et tant d'autres...
Si j'ai l'occasion de les appeler "héritiers", c'est précisément dans une émission dédiée à la chanson francophone, sur R.M.B. (Radio Montluçon-Bourbonnais), émission dont on m'a confié la barre en Nov.2015 et à laquelle je participais épisodiquement. Elle passe tous les Dimanche matin de 10 à 12 h et j'ai souvent l'occasion d'y évoquer votre blog ou celui d'Albert, ou celui de Michel Kemper.
Les émissions sont réécoutables en "podcast" (baladodiffusion, dirait PH. Meyer) sur le lien suivant:
http://www.radiormb.com/podcasts/la-chanson-dans-tous-ses-etats-24/
Il y était question du Paris chanté par les poètes et troubadours durant les 3 émissions précédentes. A partir de Mercredi 07/02, le podcast donnera aussi la dernière où l'on commence à chanter d'autres villes. Si votre emploi du temps connaît un "trou", vous pouvez y jeter une oreille.
Amicalement
H.TILLY
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F
Merci pour ce témoignage et comptez sur moi, évidemment, pour aller "jeter une oreille" sur "La chanson dans tous ses états" (un titre qui, déjà, sonne bien à mes deux oreilles, en me rappelant une série d'articles de "Paroles et Musique" et de "Chorus"). Bonne continuation, surtout.
Amicalement
T
Merci Fred de nous parler de cette dame "atypique" qu'est Juliette et qui sait si bien illustrer, comme les "vrais artistes", du reste, à quel point il vaut mieux être armé d'un minimum de culture pour écrire des chansons qui tiennent la route. Ce qui rejoint incontestablement cette phrase relevée dans votre intro:"Le futur a toujours besoin d’antériorité ; les variétés, d’un brin de classicisme…", phrase à laquelle je souscris totalement et sans réserves. Je mets au défi quiconque de dénicher un ou une "inculte" parmi tous les auteurs de chansons "signifiantes", qu'il s'agisse de nos illustres "géants" ou de gens moins connus mais dont la méconnaissance ne tient pas à l'insignifiance de leurs oeuvres, ou qu'il s'agisse d'auteurs plus récents, actuels, dans la lignée des :Frasiak, Bobin, Alcaz, G. Morel, F. Morel, L. Berger, V. Barrier, V. Pestel, P. Marry, Tomislav, Govrache, M. Boutet...et combien d'autres?
Il faut vraiment faire un gros effort pour s'intéresser, ne serait-ce qu'un instant, à celles et ceux qui semblent persuadés que la musique a commencé récemment et que tout ce qui s'est fait avant est ringard (en général, ils ne savent même pas que ça existait) . Ces gens me rappellent irrésistiblement les "révélationnistes" pour qui la terre est plate et la vie n'y est apparue qu'il y a 10 à 14000 ans, quand Dieu l'a décidé......J'a envie, tout aussi irrésistiblement, de les renvoyer vers "Tonton Georges" pour qu'il leur explique ce qu'est "la foi du charbonnier"....
Depuis Nov. 2015, on m'a confié "la barre" d'une émission dédiée à la chanson francophone, sur une radio FM "Radio- Montluçon-Bourbonnais", ce qui me permet de prolonger mon combat pour cette chanson que nous aimons et qui est boudée par les "Tricatel médiatiques". Cette émission est mise en "podcast" (baladodiffusion, dirait P. Meyer) sur ce lien:http://www.radiormb.com/podcasts/la-chanson-dans-tous-ses-etats-24/.
Je viens d'achever une série de 3 émissions sur "Paris chanté par les poètes et les troubadours" et nous poursuivons avec les autres villes chantées par les artistes, ce qui nous ramène, entre autres, à Toulouse avec Nougaro (évidemment) et Juliette (La chanson con).
Quand votre emploi du temps vous laissera "une éclaircie", jetez-y une oreille, à l'occasion.

Amicalement
H.Tilly
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S
moi qui ne chante plus, moi qui ne comprends plus les mots, moi qui ne vais plus en spectacle parce que ma surdité mélange tout dans ma tête, je vous remercie Fred Hidalgo de pouvoir avec mes outils... écouter maintenant chez moi des bijoux des duos, des gens au cœur chantant!
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Y
heureux qui comme moi te retrouve sur ton blog cher Fred....merci et pensées bien chaleureuses
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F
Et vice-versa, cher Yves. Toujours heureux de te retrouver à travers tes commentaires bienveillants.
Amitiés
B
Bravo pour cet article concernant JULIETTE, cette "anti-star" au caractère bien trempé. J'ai découvert avec plaisir son duo avec Jean GUIDONI. Ouf, Fred, vous êtes toujours là par mettre à l'avant des Artistes qui le méritent. A quand un article sur ........ non, je vous laisse imaginer le prochain ou la prochaine, vous savez si bien le faire. A bientôt, au plaisir de vous lire et écouter les "artistes" qui vous titillent l'esprit.
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