Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
  • Contact

Profil

  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

Site de Fred Hidalgo

Journaliste, éditeur, auteur
À consulter ICI

Recherche

Facebook

La Maison de la chanson vivante
   (groupe associé au blog)
 

Jean-Jacques Goldman, confidentiel
  (page dédiée au livre)

Livres

21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 11:09

Sur les ailes d’un ange


Sûr, j’vais continuer ma vie
J’bâtirai d’autres maisons
Et j’verrai mes jours, mes nuits
Habités d’autres visions […]
Mais il m’en faudra bien plus
Face à ta beauté perdue…
(Luc De Larochellière, 2009)


Allez savoir pourquoi, l’année qui débute n’incite guère à la rigolade. « C’est un grand vide au fond de moi / Tout ce bonheur qui n’est plus là, constatait jadis Yves Duteil. Comme une marée de silence / Qui prend la place et qui s’avance… » Le spectacle, pourtant, continue. The show must go on… Alors, puisqu’on s’est fixé pour objectif de continuer le partage, de jouer encore et toujours au passeur, on regarde la pile de disques en attente, dont la plupart ne compte plus guère de débouchés médiatiques nationaux, et on se dit qu’il va bien falloir s’y mettre ! On saisit le premier venu, au hasard ou presque, on le pose sur la platine… et miracle de la chanson, la mélancolie, cet état de tristesse nostalgique, qui sourd des premiers mots, des premières notes, vous transporte aussitôt dans un monde de beauté qui, sans annihiler votre chagrin, vous donne la force de poursuivre le chemin. Que nous avait déclaré Lhasa, déjà ? « Pour moi, la beauté et la tristesse sont intimement liées. […] Je crois très fort qu’il faut passer à travers la tristesse pour être heureux. »


Ce premier titre ? Beauté perdue… et retrouvée, ô combien, au centuple, avec ce retour de Luc De Larochellière. Magnifique texte, magnifique mélodie, magnifiques arrangements, superbe interprétation. Et tout cela dans la plus grande sobriété. Quel bonheur… malgré la mélancolie à fleur de mots et de musique de ce huitième album studio en vingt et un ans. Malgré… ou grâce à elle ? « Mélancolie, jolie jolie, chantait Jean Sommer au début des années 80, t’es belle j’te dis / Et toi mon cœur / Pourquoi tu pleures ? / […] Ouvre la fenêtre / Mélancolie / Que le jour pénètre / La nuit est finie / Mélancolie / Laisse entrer la vie… » Du blues, du blues, du blues, oui j’veux du blues ! Et si ça vous chante aussi…

 

Une marche à la fois

Né le 27 avril 1966 à Laval-des-Rapides, dans la banlieue proche de Montréal, Luc De Larochellière deviendra rapidement une figure incontournable de la scène québécoise. « À 19 ans, finaliste du Festival international de la chanson de Granby [un concours qui a servi depuis longtemps de tremplin à de nombreux chanteurs – parmi lesquels Pierre Lapointe ces dernières années], rappelait Jean-Claude Demari dans un Portrait de Chorus (n° 8, été 94), le jeune homme en salopette montrait qu’il savait trousser une chanson. L’année suivante, en 1986, Luc De Larochellière repartait (entre autres) avec la palme du meilleur auteur-compositeur-interprète. »

Premier album en 1988, Amère America, et « Félix » de l’auteur-compositeur-interprète de l’année (1989) au gala de l’Adisq, suivi de la sortie de son deuxième album, Sauvez mon âme. Le suivant, en 1993, lui vaut une percée en France : « Depuis son entrée dans le circuit québécois de la chanson, écrit encore Jean-Claude Demari, Luc De Larochellière a connu une progression exemplaire. Une marche à la fois, il a construit un édifice personnel et original, alliant à la fois qualité et accessibilité. Avec son troisième album, Los Angeles, il ajoute un étage qui démontre que l’architecte, comme l’auteur-compositeur quand il se met à rêver, gratte le ciel. »

   


Succès d’estime (Cash City, Chinatown blues…), suivi d’une longue absence de ce côté de la Grande Mare. Aujourd’hui, l’intéressé ne le regrette pas : « Faire une carrière sur deux continents en même temps, ce n’était pas facile. Je suis devenu papa en 1995 et je voulais avoir du temps pour d’autres choses. Et puis, le côté pop star ne m’intéressait pas trop. J’ai fait énormément de promo en France, mais finalement peu de scène. »

L’histoire continue donc essentiellement au Québec : Les Nouveaux Héros, 1996 ; Vu d’ici, 2000 ; Quelque chose d’animal, 2004 ; Voix croisées, 2006. Avec Un toi dans ma tête, Luc aborde les choses plus sereinement. Philosophe : « Mes derniers albums sont de nouveau distribués en France [où il est question aussi d’une tournée en 2010, NDLA] et je veux juste prendre le plaisir de jouer, comme ça, sans pression. Avec les années, je me suis complètement affranchi du désir absolu de succès populaire. J’ai envie de prendre du bon temps sur scène et je reviens avec ce que j’ai à offrir. Pour la première fois, j’ai écrit mes chansons en commençant par le texte, avant les musiques, et ça change tout. De “rock pop” je glisse vers la Chanson. C’est nouveau pour moi mais je ne renie pas mon côté rock. J’explore de nouvelles voies qui sont très acoustiques dans l’ensemble. Et s’il y a plusieurs chansons qu’on pourrait qualifier de tristes ou mélancoliques, je les assume pleinement. »

  

delarochelliere_CD.jpg
Ça ne rigole pas, certes, c’est de la pure mélancolie la plupart du temps… Mais quelle plus belle façon d’exorciser les démons des temps actuels ? Des temps qui risquent de devenir encore plus difficiles, si l’on en croit ces deux chansons tirant plutôt sur le rock « lourd » que la ballade, genre CharlÉlie, un réquisitoire sur l’indifférence annonçant des lendemains vengeurs : « Rage dedans, rien dehors, méfiez-vous de l’eau qui dort… » (Rage dedans), et une terrifiante vision sécuritaire : « Voilà pour le futur, il nous faudra des murs / Des murs pour nos maisons / Des murs pour nos terrains / Nos rivières, nos chemins / Nos forêts, nos saisons / […] Car après toutes nos guerres / Nos semailles de misère / Notre maintenance d’ignorance / Et tordage à outrance / Qu’on ait fait prospérer notre pouvoir, nos affaires / Et qu’on ait bien doré notre cage, notre univers / Il nous faudra construire sur tout c’qu’on a détruit / Des murs pour contenir notre présent et nos vies… » (Les Murs).

 

« Me comprenez-vous-tu ? »

Octobre 2008. Envoyé spécial de Chorus à Montréal pour y rencontrer le groupe Mes Aïeux, Yannick Delneste en profitait pour retrouver le chanteur : « Après avoir salué mes vingt ans de carrière avec l’album de duos Voix croisées en 2006, lui confie-t-il dans son studio, à l’est de la métropole québécoise, je me suis posé la question : que proposer maintenant ? » Alors, nous raconte le journaliste chanceux, « le mélodiste cherche. Il écrit rature, compose… pour aboutir à ces nouveaux titres qu’il nous chante aujourd’hui, seul à la guitare, ou dont il nous fait écouter quelques pistes, en guitare-voix sur fond de cordes programmées. Il y a encore du travail, mais le résultat est déjà très beau. »

Bien vu, Yannick. Sauf qu’entre-temps, c’est devenu plus que « très beau », c’est carrément somptueux. Les mélodies sont imparables, les textes formidables (« Tout est dit sans remords et sans fiel… »), les orchestrations collectives aussi riches (cordes, bois, cuivres et vents) qu’inventives et subtiles. Quant à l’interprétation, qui ne doit rien à personne, on pourrait dire qu’elle est de la famille Cabrel-Desjardins-Lavoie… Et le tout touche au plus près, au plus intime d’entre nous (« Je suis sorti d’chez moi et j’ai vu des amis / J’ai fait tout c’qui fallait pour continuer ma vie… »), parfois au sublime. « Les chansons de cet album, explique l’auteur-compositeur, me sont d’abord venues des mots. Des mots qui, se liant ensemble, ont fait des phrases. Des phrases qui, se liant elles aussi ensemble, m’ont révélé ce que j’avais à dire, ce qu’il y avait là, dans ma tête. Dans ma tête !? Beaucoup de moi, mais c’est aussi beaucoup de vous et beaucoup de vous vu par moi. C’est donc l’album le plus près de moi que j’ai jamais fait et peut-être le plus près de vous aussi. Ça donne des chansons où en parlant de moi, je parle aussi de nous, où en parlant de nous je parle aussi de moi. Tout ça dans le but de vous toucher, vous et en particulier toi, qui es en train de me lire… Voilà en bref. Me comprenez-vous-tu ? »

 


Oui, vous allez comprendre illico presto avec ce cadeau que nous sommes heureux de vous offrir en guise d’étrennes. Trois chansons en images et surtout en primeur (excepté pour nos amis québécois qui connaissent Un toi dans ma tête depuis la fin de l’été dernier), puisque cet album ne sortira en Europe qu’en mai ou juin prochain, on ne sait pas encore chez qui… La vidéo « officielle » de Beauté perdue et deux « tounes » en public (lors d’une émission de télévision) : la chanson éponyme de l’album, Un toi dans ma tête, et celle de J’ai vu, chantée ici en duo : « Il serait prévisible qu’après tout c’que j’ai vu / Je ne veuille plus rien voir / Je ne veuille plus rien savoir / Il serait presque risible qu’après tout c’que j’ai vu / Je veuille encore vouloir / Et pourtant… »*


quichote_3.jpg

À savourer comme tous les « Quichotte » de Si ça vous chante (voir  rubrique Disques), en attendant ici une salve prochaine (particulièrement) nourrie… des albums les plus remarquables de ces derniers temps, tous genres musicaux, toutes générations et pour tous publics confondus.


________________

Luc De Larochellière, Un toi dans ma tête, 10 titres, 38’15 ; Les Disques Victoire, Montréal (ou en VPC).


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
commenter cet article

commentaires

Pauline Bourel 29/01/2010 10:22


Merci pour ces lignes, que je decouvre sur le tard (sur les conseils avises d'une amie), sur Lhasa et Mano Solo, dont j'etais une fervente admiratrice et fan... Au sens musical et premier du mot.
Merci pour cette sincere emotion qui transparait dans ces hommages posthumes - mais qui l'etait deja de leur vivant. Merci pour eux, merci pour nous.


Gérard Delahaye 25/01/2010 23:08


C'est vrai je l'avais oublié, sa voix voilée, son charme nocturne et "ce mal qui nous fait du bien"...Merci de le remettre en lumière.


Philippe Thivet 24/01/2010 09:28


Fred,
Par-delà le vide laissé par la disparition brutale de Chorus, merci à vous de ne pas rompre le fil.
Ici et là toujours fidèle, en espérant encore voir renaître une revue d’aussi grande qualité. Et dont la chanson que nous aimons partager a tant besoin.
Bien à vous.
Philippe


MARK 23/01/2010 09:48


Fred,

Merci de cette belle trouvaille !
"Dans la danse étrange" et Pagès sont mes découvertes de l'année… pour l'instant.
Bonne route !
Mark


Joëlle 22/01/2010 14:59


Mano, Lhasa...
Ce qu'ils ont osé jusqu'au bout, ce qu'ils nous ont laissé avant de refermer doucement la porte.
... oui, du blues, du blues, du blues : ça tourne dans la tête, ça berce le chagrin puis ça console enfin.
Luc : c'est magnifique, merci Fred et Mauricette.