Profil

  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Le blog de Fred Hidalgo

Présentation

  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…

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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 14:51

Tu es de ma famille

 

C’est un beau roman, c’est une belle histoire, dit la chanson. D’autant plus extraordinaire et « belle », en l’occurrence, qu’il ne s’agit pas d’un roman mais d’un récit vécu. Protagonistes : les familles Caliciuri et Hidalgo, de l’Italie et de l’Espagne mêlées qui se rencontrent et se fondent, pour l’enrichir (mais sans renier la mémoire), dans cette terre d’accueil nommée France. Cette histoire, pour qu’on puisse l’écrire, il aura fallu bien du temps (plus de soixante-dix ans !)… et la sortie du nouvel album (double !) de Cali, au titre sibyllin, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur.

 

CD1.jpg

 

 Hasard ? Destinée ? Simples coïncidences ? La question est posée… Mais chaque chose en son temps. Au début de l’automne, j’apprends que la sortie du quatrième opus studio de l’ACI catalan est annoncée pour le 15 novembre. Bonne nouvelle car, dans la « relève » de la chanson francophone, j’apprécie particulièrement cet artiste depuis ses débuts en solo (un « Cœur Chorus » – l’équivalent d’un « Quichotte » de Si ça vous chante ! – dès l’été 2003, décerné par notre collaborateur et ami Jean-Claude Demari, pour L’Amour parfait, avant même sa sortie dans le commerce). En fait, je l’appréciais déjà, sans savoir que c’était lui qui en écrivait les chansons, du temps du groupe Tom Scarlett dont l’album autoproduit (1998), avec des titres inhabituels pour une formation dite de rock, m’avaient interpellé : Entre Dieu et nous, Léo Ferré est mort, La Chanson la plus triste

 J’ai rencontré l’homme pour la première fois le 9 novembre 2004 (la date est précise, car c’était lors de la présentation du nouveau C.A. des Rencontres d’Astaffort – auquel Francis Cabrel m’avait proposé de participer), ayant découvert entre-temps l’artiste sur scène, vivement impressionné par sa prestation et sa liberté de parole ; aussi rares aujourd’hui l’une que l’autre. Nous avons échangé quelques mots et, déjà, parlé de notre mémoire commune, puisque Cali ne se privait pas, en concert (ce qu’aucun autre chanteur français n’avait fait jusque-là), d’évoquer l’histoire des républicains espagnols, embastillés par dizaines de milliers en 1939, dans de tristes camps de concentration, sur la terre même des Droits de l’Homme. Là, sur les plages du Roussillon, délimitées de barbelés, ou dans les baraquements du camp de Rivesaltes, les plus faibles ou les blessés mouraient de froid, de faim ou de soif dans l’indifférence des autorités et sous l’œil hostile des tirailleurs sénégalais (ils avaient l’ordre de tirer sur tous ceux qui cherchaient à s’échapper de cet enfer).
    

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Désolante page de l’histoire de France, longtemps méconnue, du moins jusqu’à la commémoration sur place, en février-mars 2009, du 70e anniversaire de la Retirada (la retraite des Républicains devant les troupes franquistes, armées par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste), à l’initiative d’associations de descendants de ces combattants de la Liberté (parmi les premiers, ensuite, à intégrer les rangs de la Résistance française, et même, à la fin de la guerre, à libérer Paris). Dès notre première rencontre, nous avons parlé, lui, de son grand-père Giuseppe, et moi de mon père Alfredo, internés tous deux dans ces camps d’Argelès, du Barcarès ou de Saint-Cyprien… Bref.

En 2008, Cali a sorti un troisième album studio rendant hommage à la fois à son chanteur de référence, par son titre, L’Espoir, et à ses grands-parents paternels, Giuseppe et Maria, rescapés de la guerre d’Espagne, enfonçant ainsi le clou de nos racines spirituelles et familiales. Léo Ferré ? « Oui, “Dans le ventre des Espagnoles, il y a des armes” ! Cette phrase m’avait vraiment touché. Je voulais aller à un des derniers concerts de Ferré, à Paris. Et puis j’ai eu un empêchement, mais cette version publique de son disque est sensationnelle. Dans L’Espoir, la mienne, j’ai voulu affirmer mes racines dans la chanson. » scene2.jpgGiuseppe Caliciuri ? « Mon grand-père Giuseppe a fui l’Italie de Mussolini dans les années 20… En 1937, il a rejoint les Brigades internationales, en Espagne, pour se battre contre Franco. Il était lieutenant et a été gravement blessé sur le front de Brunete, à l’ouest de Madrid. »

Brunete, tiens donc ?! Mon père à moi, qui avait le grade de commandant dans l’Armée républicaine, s’y trouvait aussi, et c’est à Brunete qu’on l’a laissé pour mort, criblé d’éclats, plusieurs jours durant… Alfredo et Giuseppe se sont peut-être parlé, ils sont peut-être montés ou tombés au front côte à côte, ils se sont peut-être retrouvés ensemble à l’infirmerie, et qui sait, même, s’ils n’ont pas sympathisé ? Toujours est-il que l’un et l’autre ont failli mourir au même endroit, peut-être le même jour, lors de ces combats intenses décrits par Frédéric Rossif dans son film Mourir à Madrid… Ou peut-être se sont-ils croisés en France plus tard, ignorant tout de leur histoire respective, dans un camp, voire à… Vernet-les-Bains, au pied du Canigou, là où Cali viendrait au monde ? Mais n’anticipons pas.

Un mot d’abord de Maria, la future grand-mère de Cali. Était-ce celle chantée par Ferrat (« Maria avait deux enfants / L’un était rouge et l’autre blanc… ») ? Non, à l’époque elle n’avait pas encore de fils : « C’est en soignant les blessés, à Barcelone, qu’elle a rencontré mon grand-père, raconte l’artiste. Et ils ne se sont jamais séparés. Ils ont eu mon papa, né à Barcelone en 1938, puis ils ont atterri en février 39 sur les plages de Saint-Cyprien et d’Argelès-sur-mer, dans des camps de réfugiés où ils étaient accueillis comme des chiens. Ils se faisaient tirer dessus s’ils essayaient de sortir… Puis, mon grand-père s’est engagé dans la Résistance et il a terminé ses jours comme chef de section du parti communiste. Il est mort à 56 ans et moi, son petit-fils, j’écris des chansons sur lui. » 

 

 

Mon père Alfredo, de la même génération que Giuseppe, lui a survécu plus de vingt ans. « Il était à Teruel et à Guadalajara / Madrid aussi le vit au fond du Guadarrama… / Il m’a serré fort contre lui / Alors mon père m’a dit : “Mourir / Pour des idées, ça n’est qu’un accident” / Je sais lire et écrire / Et mon père est vivant », chante, tel le grand frère que je n’ai jamais eu, Leny Escudero. Pour cela, après s’être évadé des camps du Roussillon, il lui a fallu survivre à l’épreuve de la forteresse de Collioure, où le régime d’alors enfermait les plus « récalcitrants » des républicains espagnols, en lui donnant seulement de la morue séchée et salée à manger… et le moins possible à boire. La forteresse de Collioure ? Ce magnifique et imposant « Château royal » qui surplombe aujourd’hui la cité balnéaire, visitée par des touristes du monde entier, attirés par la beauté des lieux et la lumière singulière – si chère jadis aux Matisse, Derain et autre Picasso –, ignorants de l’histoire secrète et infâme de ces lieux. 

 

Joan Manuel Serrat – En Collioure

Quand enfin mon père a quitté Collioure, le poète était mort. « Loin du foyer natal / Il est recouvert de la poussière d’un pays voisin / En le quittant, on le vit pleurer… » raconte Joan Manuel Serrat, dans sa magnifique chanson À Collioure. Lui qui disait « Chemineau, il n’y a pas de chemin / C’est en avançant qu’on trace son chemin » (« Caminante no hay camino / Se hace camino al andar »), quelques pas seulement hors d’Espagne, sans espoir de retour, lui suffirent pour s’éteindre, comme on souffle une chandelle (« J’ai mal de ne pas mourir chez moi », dit Cali à la fin de L’Exil). Il repose aujourd’hui au vieux cimetière de Collioure. Le poète ? Machado bien sûr, le grand Antonio Machado, que Paco Ibañez, notamment, a mis en musique et chanté... Hasard, vous avez dit hasard ? Comme c’est bizarre !


Mon père ensuite a vécu à peu près ce que vit L’Espagnol dans le « roman » de Bernard Clavel, mis en scène et tourné pour la télévision par Jean Prat… avec un certain Paco Ibañez dans la distribution. Coïncidences, vous croyez ? Attendez un peu la suite. Blessé une nouvelle fois au combat, il fut soigné à Barcelone (dernière ville à tomber en janvier 1939), dans un hôpital de fortune installé sur la colline de Montjuich – c’est là, si ça se trouve, qu’officiait Maria l’infirmière, là peut-être qu’elle avait rencontré Giuseppe, combattant communiste. Mon père, lui, était plutôt de sensibilité anarchiste : « Y en a pas un sur cent et pourtant ils existent / La plupart Espagnols, allez savoir pourquoi / […] Ils ont tout ramassé / Des beignes et des pavés / […] Ils sont morts cent dix fois / Pour que dalle et pourquoi / Avec l’amour au poing / Sur la table ou sur rien / Ils ont un drapeau noir / En berne sur l’Espoir… »
  

 

 

Quand L’Espoir de Ferré mène à L’Exil émouvant de Cali (« No pasaran… »), et que celui-ci vous mène dans les camps, ouais, il est sacrément en berne, L’Espoir… Et pourtant ! Nous sommes là, « roses et frais, bien Français » (salut Laffaille !). Le petit-fils de Giuseppe et Maria, qui passèrent le reste de leur existence à Vernet – station thermale des Pyrénées-Orientales fréquentée jadis par les rois, les reines et les puissants de ce monde –, où naquit Cali… dont La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur (vous commencez à mieux saisir ce titre ?) a été enregistré dans son studio de Rivesaltes, là même où s’élèvent les derniers vestiges du camp de concentration (voir la vidéo de L’Exil, titre inédit en album studio). Et puis le fils de « don Alfredo », dévoué à la cause de la chanson française...

Petite parenthèse : Brunete, c’est aussi le titre d’un tableau impressionnant de noirceur, une œuvre majeure de mon oncle maternel Antonio Lamolla (dont la ville d’enfance, Lleida, fête actuellement le centenaire de la naissance, par une expo rappelant qu’il fut l’un des chefs de file de l’école surréaliste catalane, le premier, bien avant Dali, à exposer à Madrid, avant la guerre civile). Pour Lamolla aussi vint l’exil, vinrent les camps puis une carrière sinon brisée, car il continua de peindre et d’exposer jusqu’au bout, proche de Vlaminck par l’amitié et la proximité géographique, mais différente, adoptant dès lors un style figuratif suscité par les circonstances. 
 

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Détail encore (vous me connaissez : on se dit tout ou rien), c’est mon père, hidalgo à la triste figure, qui lui servit de modèle pour ses nombreuses toiles représentant l’Homme de la Mancha… D’où, aussi et bien sûr, le « Quichotte » (incarnation de la quête de l’inaccessible étoile, des utopies nécessaires à l’amélioration du réel) de Si ça vous chante. Hasard encore ? En 1934, mon oncle peint près de Barcelone un extraordinaire tableau intitulé… Il a plu des chansons, en français dans le texte ! Puis La Musique, à découvrir ci-dessous… Non, ne croyez pas que je m’égare. Je reste au cœur de mon sujet, au centre de la toile, du motif, dirait Anne Sylvestre ; là où chanson et Histoire ne font qu’un, où la réalité rejoint la création.
 
 

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Mais reprenons la chronologie ; sinon, c’est un livre dont j’aurai besoin pour raconter cette histoire de destins croisés… Le 15 novembre 2010, donc, sort le sixième album de Cali (inclus les deux en public de 2006 et 2009). Déroutant et insaisissable (comme une truite, forcément) à la première écoute : il surprend par ses grands écarts. On passe des guitares saturées ou des cuivres entraînants au quatuor acoustique, on navigue du rock le plus hard à l’univers symphonique ; d’un cri de révolte à une déclaration d’amour. Inclassable, vraiment. Aux antipodes du tout-venant de la production actuelle.

Peu à peu, pourtant, une écoute se superposant à l’autre, on apprivoise les chansons (comme chez Bashung, Manset ou Thiéfaine) et on comprend : non content de donner toute la mesure de son talent, de son inspiration, de ses influences, Cali a voulu montrer que la vie, diverse par définition, qui s’enrichit du mélange des genres comme elle s’enrichit du brassage des populations, n’a pas à être calibrée, enfermée dans un carcan ; qu’à force d’homogénéiser, de standardiser nos créations, de copier-coller ce qui marche, on n’avance plus, on fait du sur-place, pire on régresse… et on perd son âme. Cali, lui, a choisi d’aller de l’avant, quitte à en dérouter plus d’un – sans parler des médias soumis au plus grand dénominateur commun –, en ne se refusant aucune liberté, son parti pris étant de ne point en avoir.

 


Et ce titre, que d’aucuns ont cru malin de brocarder, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur, s’éclaire d’un coup, devient lumineux. « Dans le cœur de Cali nage une truite, animal sauvage et ambigu symbolisant ce que l’on ne domestique pas, ce que l’on ne soumet pas, sinon au bout d’une lutte acharnée pour la vie à tout prix. » Une truite certes, mais « arc-en-ciel » : aux couleurs multiples de l’amour, de la peine, de la rage, de la joie, malgré le marasme étouffant et l’égoïsme moderne. Bref, un témoignage « en forme de main tendue vers les autres, souvent ouverte, parfois fermée en poing serré ».



C’est avec l’équipe musicale de ce disque que Cali va écumer ce printemps les scènes des Zéniths et autres grandes salles de France et de Navarre (du 16 mars à Caen au 21 mai à Grenoble pour commencer, presque tous les soirs, en passant par Forest National à Bruxelles, le 24 avril, et le Zénith de Paris le 4 mai : voir détail de la tournée sur son site calimusic). À sa « garde rapprochée » (Julien Lebart aux claviers, Blaise Margail et Nicolas Puisais aux cuivres, Philippe Entressangle à la batterie), s’est ajouté ce qu’il appelle son « rock band belge » : Geoffrey Burton (Arno, Bashung, Higelin, Iggy Pop) aux guitares, Boris et Sarah Zeebroek aux chœurs, le bassiste de Deus, Alan Gevaert, et puis le violoniste irlandais Steve Wickham (The Waterboys, U2). Outre l’Orchestre Philharmonique de Prague avec lequel Cali a enregistré deux titres en direct (Nous serons tous les deux et Je viens te chercher), à l’ancienne, façon Brel (voir l’excellent documentaire d’Éric Vernazobres sur la réalisation de l’album), à l’approche de l’été dernier, dans une ambiance gorgée de soleil puisque l’essentiel a été mis en boîte à Rivesaltes.
 

 

 

On y retrouve Léo Ferré, à qui plusieurs chansons rendent indirectement hommage. Et Brel, ici ou là, à travers des thèmes, quelques tournures. On plonge dans les sillons, nageant entre plusieurs courants ; on touche le fond, puis on remonte à la surface. Remué, couvert d’écume... heureux. Entre deux eaux on enlace le passé, on pleure les proches perdus, rongés par le malheur ; on étreint l’utopie, on pleure sur l’injustice, on implore un peu d’humanité, mais la colère n’est jamais loin (Lettre au ministre du saccage des familles et des jeunes existences dévastées !). Et puis on court éperdument après L’Amour fou, on se rappelle l’époque insouciante où l’on croyait que la mort n’existait pas ; et l’on court, encore, on court après la vie qui file entre les doigts telle une truite dans l’eau vive...

CD2.jpgVoilà pour ce disque. Car il y en a un second, du même tonneau, Vous savez que je vous aime, fort de neuf autres chansons, dans un coffret dit « Édition généreuse ». Avec aussi un DVD, Tu honoreras ton erreur comme une intention cachée (citation, éloquente, de Brel), un livret de quarante pages signé Michel Reynaud, L’Insurgé de la République, outre des photos et les textes des vingt-deux chansons. Une édition découverte dans le fief de l’artiste, à Perpignan, lors d’une soirée privée organisée pour célébrer l’événement, rien qu’avec la famille, les musiciens et quelques amis catalans – à une exception près : celle du couple Hidalgo, vibrations et mémoire communes aidant, sans doute.

Lieu choisi ? Le stade Aimé-Giral, dans la brasserie de l’Usap, la fameuse équipe de rugby, dont l’hymne officiel, joué avant chaque match, n’est autre que L’Estaca de Lluís Llach (à écouter ainsi que L’Espoir dans « Mille cœurs debout » sur ce blog). Parmi les amis proches, les parents d’Olivia Ruiz venus de Narbonne. Après avoir parlé du disque et de la tournée (« J’ai hâte de retrouver le public avec les musiciens qui ont participé à l’enregistrement. Cette tournée des Zéniths va être très proche des couleurs de l’album, plutôt rock, mais dans la foulée, nous confie-t-il, j’aimerais en faire une autre, dans des salles de capacité moyenne, en simple formule piano-voix, j’adore ça… » – et nous, on s’en régale à l’avance !), s’engage bientôt une conversation d’un tout autre genre.

Protagonistes : Didier Blanc, père d’Olivia et chanteur lui-même (il est également responsable, à la municipalité de Narbonne, de la formation des talents émergents), Cali, sa sœur Gina, et nous deux (salut, Caussimon !). Sujet : l’histoire de nos parents ou grands-parents respectifs.

 

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À un moment, je tends une feuille à Cali et Gina : c’est une « sortie imprimante » d’une photo de mon père censée avoir été prise en 1939, sans doute au début du printemps, à… Vernet-les-Bains.

– C’est ce qu’il nous avait dit... Qu’en pensez-vous ?
– Mais bien sûr que c’est à Vernet ! s’exclame Cali. C’est devant le Casino.
– Bel hidalgo, hein, glisse Gina, le sourire aux lèvres. Oui, c’est bien devant les marches du Casino, confirme-t-elle. Plein de choses ont changé à Vernet, mais pas ça, ça n’a pas changé du tout, c’est fou… Ce qui est extraordinaire aussi, poursuit-elle plus sérieusement, c’est la dignité de ces hommes qui s’employaient à faire bonne figure, à être bien habillés devant le photographe. Quand on voit cette image, difficile d’imaginer les épreuves subies pendant deux ans et demi…
– Sans parler, dis-je, du passage des Pyrénées à pied, en plein hiver, dans le froid et la neige… Les premières photos, côté français, montrent des soldats et des familles entières, femmes et enfants désemparés, exténués, malades, en guenilles… D’après nos souvenirs de famille, la police française emmenait directement les gradés à Vernet ?
– C’est vrai, assure Didier Blanc dont la famille maternelle a partagé la même histoire, avant de se fixer dans la région de Carcassonne. C’est par Vernet que transitaient les officiers républicains, où ils étaient recensés, fichés, avant d’être envoyés dans les camps, sur la côte.
– Exact, précise Cali. Ils restaient seulement quelques semaines sur place…
– Cette photo a donc près de soixante-douze ans, elle doit dater de mars ou début avril 39… Au dos du tirage original, un petit 6x9 jauni par le temps, figure seulement le tampon d’un studio de Prades où la photo a dû être développée…
– Ce serait un hasard incroyable, suggère la sœur de Cali, mais je me demande si cette photo n’aurait pas été prise par notre arrière-grand-père ?
– Mais oui ! s’exclame l’auteur de L’Amour fou. Notre arrière-grand-père Alexandre ! Celui dont je dis toujours qu’il était, à Prades, le photographe de Pablo Casals… C’est à lui qu’on avait demandé de prendre en photo les républicains espagnols à Vernet ! [silence] Cette photo de ton père, Fred, c’est mon arrière-grand-père qui l’a prise !

Papy.jpgVous dire ce que j’ai ressenti à ce moment-là est impossible. Mais vous l’imaginez sûrement... un peu. Comme de retrouver enfin une famille perdue ; « bien plus que celle du sang / Celle que j’ai choisie / Que je ressens »… On ne saura sans doute jamais, avec certitude, si cette photo est l’œuvre ou pas de l’arrière-grand-père de Cali ; si face au regard de mon père se trouvait l’objectif du « photographe de Pau Casals » (le génial violoncelliste catalan lui aussi exilé en 1939 puis installé à Prades, à deux pas de Vernet, où un célèbre festival de musique porte toujours son nom). Nous la mettons ici en ligne au cas où quelqu’un pourrait nous aider à le vérifier (peut-être existe-t-il un fichier, dans les archives officielles du département, des officiers républicains photographiés à Vernet, avec le nom du photographe ?). Mais, à en croire Cali et sa sœur, il y a de fortes présomptions pour que ce soit le cas.

 

portrait.jpg

 

Toujours est-il que l’artiste m’a demandé si je lui permettais de garder la sortie imprimante. Il a plié la feuille soigneusement et l’a placée dans la poche intérieure de sa veste. Côté cœur… Je l’aurais embrassé, serré à bras-le-cœur. Ne l’ai-je pas fait d’ailleurs ?! Comme dirait Jean-Jacques Goldman : « Tu es de ma famille / Du même rang, du même vent / Même habitant du même temps / Dans cette armée de simples gens… »

Alors, quoi ? Brunete, Barcelone, Vernet, Collioure, les camps, ces destins croisés qui vivent toujours en nageant dans nos cœurs arc-en-ciel... Hasard ? Destinée ? Simples coïncidences ? La question reste posée. À côté de ça, les coups durs du métier, les journaux que vous avez enfantés et suivis comme on élève des enfants et puis qu’on vous tue sans préavis, quelle importance au fond ? Certes, « La gueule était cassée, les yeux étaient en bas / On nous voyait de loin, déguisés en chagrin… » mais « Même en mille morceaux, les yeux brillent à nouveau / Comme des morts de faim, on revient, on revient / On revient au combat, couteau entre les dents / On revient / On revient, on revient, on revient, on revient ! »

 

Cali – On revient


PS. Cet article est dédié à nos mères.

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• ÉDITION GÉNÉREUSE. 1) La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur : Je sais ta vie – L’Amour fou – Je te veux maintenant – Cantona – Murano – Madame Butterfly – Nous serons tous les deux – Ma douleur – Lettre au ministre du saccage des familles et des jeunes existences dévastées – Je vais arrêter de boire – Mille ans d’ennui – Je regarde mes dix-sept ans – Je n’attends que la revanche ; 2) Vous savez que je vous aime : On revient – Il n’y a plus rien après l’amour – Ma femme – La mort n’est rien à côté – Maudit bandit – Putain de vie – Dans mon ventre – Je viens te chercher – C’est trop dur de t’aimer. (61’59 et 35’53 + DVD Tu honoreras ton erreur comme une intention cachée, 30’ + livret L’Insurgé de la République, 40 pages ; prod. et distr. EMI Music, site de l’artiste).

 

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NB. Il nous reste quelques exemplaires collectors du numéro Cali de Chorus (bio et œuvre, interview, témoignage, repères et discographie, par Jacques Vassal) ainsi que du suivant proposant un reportage exclusif sur la tournée de L’Espoir, dans l’intimité de l’artiste et de son équipe (par Yannick Delneste, photos dans les deux cas de Francis Vernhet). Si intéressé(e), nous adresser un courriel en cliquant sur sicavouschante.info@orange.fr ; à noter que le premier (n° 63, printemps 2008) contient un second dossier sur Guy Béart et des rencontres avec Daniel Darc, Allain Leprest, Thomas Pitiot, Alexis HK et Renan Luce, et le n° 64 (été) deux dossiers sur Francis Cabrel et le Québec (spécial 400e), et des sujets developpés sur François Béranger, Yves Duteil, Tiken Jah Fakoly, Catherine Ribeiro et Damien Saez.

  

Publié dans : Actu disques et DVD - Par Fred Hidalgo
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Commentaires

Magnifique ! juste envie de dire "Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous".
Commentaire n°1 posté par catly le 26/01/2011 à 17h10
Quel plaisir de lire un article sur Cali écrit avec talent mais surtout avec coeur.
Ces histoires parallèles font partie de ces pépites de vies incroyables !
Je retrouve en vous lisant cette découverte de cet album, cette nécessité de l'apprivoiser avant qu'il ne se livre vraiment !
Nous nous sommes croisés sans le savoir à cette soirée à Perpignan à laquelle Cali avait eu la gentillesse de m'inviter mais même si je suis votre aventure "Chorusienne" depuis pas mal d'années je n'y mettait pas un visage. Souvenir précieux que cette phrase écrite le long de ce stade pour fêter notre Catalan !
Merci pour cet article dans lequel je vais me replonger ;-)
sandrine
Commentaire n°2 posté par Sandrine MARTIN le 26/01/2011 à 17h20

"Nous nous sommes croisés sans le savoir" : effectivement, nous n'imaginions pas que, lors de cette soirée privée perpignanaise, il y avait des "Chorusiens" ou, en l'occurrence, une "Chorusienne" (au moins) dans la salle de la Brasserie de l'Usap !
Quant à la phrase écrite le long des tribunes du stade, en lettres lumineuses sur plusieurs dizaines de mètres de large, je l'ai photographiée (sans la mettre dans le blog, car l'incription aurait été difficilement lisible). Elle disait précisément :
« Usap-la Brasserie “le 1902” accueille Cali pour la sortie de son nouvel album. »

Vive Cali, vive la Catalogne !

Réponse de Fred Hidalgo le 26/01/2011 à 17h34
Merci Fred et bravo !... Cet article me touche beaucoup..et de près puisque j'ai grandi à Ille sur têt, perpignan et argelès. Je connais vernet les bains bien sûr et aime beaucoup cali.
L'histoire de cette photo est tout simplement étonnante et, si l'on veut bien se mettre à ta place, bouleversante.
à bientôt j'espère
Commentaire n°3 posté par jean olivet le 26/01/2011 à 18h54
"Vive Cali, Vive la Catalogne" Même étant belge, je ne peux qu'approuver. L'article est magnifique cher Fred et me met les larmes aux yeux. Etant un grand fan de Cali, je ne peux que repéter ce que vous dites : cet album doit s'apprivoiser mais est un vrai grand disque. Et on peut faire confiance à Cali pour restituer la folie de certaines chansons sur scène. Merci Cali. Merci Fred.
Commentaire n°4 posté par chant-pagne.over-blog.com le 26/01/2011 à 19h05
Merci :-)
Commentaire n°5 posté par Stephane Jacquet le 26/01/2011 à 20h05
Sans voix et le cœur serré. Je vous embrasse.
Commentaire n°6 posté par Jean Théfaine le 26/01/2011 à 21h29
Merci ! Ce que vous faites est passionnant.
Je suis touchée par les vies décrites dans l'article d'aujourd'hui "Tu es de ma famille". J'ai un Grand-Père SANCHEZ, Espagnol, et une Grand-Mère BODINO, Italienne...
Amicalement.
Éliane BONNAURE.
Commentaire n°7 posté par Eliane Bonnaure le 26/01/2011 à 22h24
C'est si bouleversant de lire cette page, Fred ... C'est décidément une douloureuse et belle histoire. L'Ariège possède aussi son camp où furent enfermés les républicains espagnols (au Vernet d'Ariège !! ...) qui souvent seront ceux qui libéreront ce même département. Un tout petit village , à quelques kilomètres de Foix (Prayols exactement) peut même s'enorgueillir d'avoir le monument international en hommage aux Guérilleros.
Voilà pour l'Ariège...De mon côté j'ai connu l'un de ces républicains dans les années 70, en Champagne où je débutais alors. Je l'avais enregistré sur un petit magnéto cassette alors qu'il me faisait le récit de sa Retirada. C'est en pensant à lui et à beaucoup d'autres que j'ai créé un lecture accompagnée de guitares et chants de poèmes d'Antonio Machado. Je l'ai intitulée : Estos dias azules ...
Cher Fred, on ne peut que te remercier de nous offrir avec tant de générosité cette page de ton histoire et de celle de Cali.
Commentaire n°8 posté par Claude Fèvre / Festiv'Art le 26/01/2011 à 23h29
J'ai reçu aujourd'hui un lien vers votre blog à l'Indépendant où je travaille. C'est avec délice que j'ai lu le texte sur les parcours croisés des Caliciuri et Hidalgo ainsi que le vôtre et celui de Bruno.
Je connais Cali depuis ses début dans les bars de Perpignan et nous nous voyons régulièrement (à chaque sortie d'album...) pour sa promo. Nous évoquons aussi souvent la Retirada, l'engagement & le sacrifice des républicains espagnols et des anti-fascistes italiens.
J'ai appris en vous lisant que votre père est passé par Collioure. Au cas où vous ne le savez pas, j'ai écrit une monographie sur ce camp en 2003 (“Les Séquestrés de Collioure”, éditions Mare Nostrum) et si ce sujet vous intéresse, nous pouvons en discuter. Je continue à travailler sur les camps (actuellement comme doctorant à la fac de Perpignan en plus de mon travail) et je viens d'ailleurs de publier avec Felip Solé une monographie sur le camp d'Argelès (en catalan aux éditions Cossetania).
En tous les cas, ravi d'avoir lu un texte qui allie historiographie, passion et chœur. Une conjugaison plutôt rare.
Bien cordialement
Fins aviat
Grégory Tuban
Commentaire n°9 posté par gregory.tuban le 27/01/2011 à 08h58

Cher Grégory,

Je vous réponds déjà ici pour que les lecteurs de Si ça vous chante puissent être informés de l’existence de vos livres… que je ne connaissais pas moi-même et qui m’intéressent évidemment au plus haut point (en catalan aussi : miracle positif des conséquences de l’exil, il fut l’une de mes trois langues maternelles). Je serais donc ravi de poursuivre cette conversation en privé, et si possible en « vrai », à Paris ou, qui sait, à Perpignan.

Merci encore pour ces informations (c’est un bonheur de savoir que des « jeunes » – vous l’êtes sûrement beaucoup plus que moi – travaillent aujourd’hui sur cette page douloureuse de l’histoire de France), moltes gracies et, oui, fins aviat, j’espère : à bientôt !

Réponse de Fred Hidalgo le 27/01/2011 à 09h22
À propos de L’ESPOIR (Ferré, Cali…), voici à la suite le texte d'un de mes amis tunisiens, professeur d’Université, Moncef KHEMIRI, qui rend compte des événements du 14 janvier dans son pays.

Amicalement
Brian THOMPSON
Professor of French, emeritus, University of Massachusetts Boston
www.faculty.umb.edu/brian_thompson/home.htm
President, AATF E.Massachusetts www.umb.edu/aatf
(profechanges.blogspot.com)(aatf-emass.ning.com)
Director, Le Centre National de la Chanson www.umb.edu/cnc
Founder, President [1980-2009], Earthen Vessels evkids.org
Webcast 24/7 "L'Air du temps" wumb.org
Radio show "French Toast", live Monday 6-8am (88.1 FM), live and archived on wmbr.org
Commentaire n°10 posté par Brian Thompson le 27/01/2011 à 11h16
À PROPOS DE L’ESPOIR…
Le 14 janvier ou la renaissance de l'espoir
Oui, la Tunisie a eu son "14 juillet"… le 14 janvier 2011.

Après plus de trois semaines d'une insurrection commencée à Sidi Bouzid, qui s’est étendue comme une traînée de poudre à l'ensemble du territoire tunisien, et qui a été réprimée dans le sang par les forces de sécurité, eut lieu une manifestation pacifique et grandiose, à laquelle ont pris part la jeunesse tunisienne, les intellectuels que le régime de Ben Ali avait tenté vainement de mettre au pas, les associations qui luttent depuis des décennies pour la liberté et la démocratie et les partis de l'opposition, le tout encadré par la puissante UGTT qui a appelé à cette manifestation.

Parti de la Place Mohamed-Ali, le long cortège, avec ses médecins en blouse blanche, ses avocats en robe noire, ses intellectuels à lunettes rondes, ses jeunes filles au profil d'Antigone et ses jeunes gens au regard grave - la plupart des jeunes étaient munis de téléphones portables équipés de caméra pour transmettre les images de cet événement au monde entier via facebook - a parcouru l'avenue Habib Bourguiba, avant de s'arrêter devant le Ministère de l'Intérieur, symbole de l'arbitraire - comme le fut la Bastille aux yeux des hommes de 89 -, pour scander d'une seule voix : "Ben Ali assassin!", "Ben Ali dégage !".

Par cette belle journée d'un hiver si doux, entre les rangées de ficus d'un vert éblouissant, près de dix mille personnes dont plus de la moitié était formée de jeunes gens et de jeunes filles nés pour la plupart il y a une vingtaine d'années, sous le gouvernement de Ben Ali, et qui n'ont eu pour horizon qu'un "ciel bas et lourd", qu'une société corrompue où tout se monnaie - y compris le Capès - et où l'accès à un emploi était devenu un privilège qu'on obtenait, non par son mérite, mais grâce au trafic d'influence.

Les jeunes diplômés de l'Université d'origine modeste, sans appuis, étaient condamnés, pour survivre, à se transformer en ouvriers du bâtiment, en ouvriers agricoles, en gardiens d'immeubles ou de villas cossues, ou en vendeurs de fruits et légumes comme le jeune Bouaziz qui s'est immolé par le feu à Sidi Bouzid pour protester contre une société inique.

Ainsi, la Tunisie qui a fait tant de sacrifices, pour assurer un enseignement supérieur de qualité à tous ses bacheliers, laissait sur le bord de la route ses jeunes diplômés de l'Université, prétextant le peu de ressources dont elle dispose, au moment où "la régente de Carthage" – comme on a pu la qualifier –, épaulée par ses frères et sœurs pillait le pays, et faisait main basse sur tout ce qui comptait dans la vie économique : sociétés publiques et privées, terres agricoles, hôtels, banques, autoroutes, agence des télécommunications... la Tunisie était en passe de devenir la propriété privée d’une bande de "maffiosi", avec la bénédiction du « parrain », de son parti et de sa milice surarmée.

La corruption du régime qui courait sur toutes les lèvres et dont tous les Tunisiens parlaient en privé, était cependant un sujet tabou dans les médias qui rivalisaient en matière de complaisance et de flagornerie. Certains journalistes à la solde du régime et des responsables politiques du RCD, avaient commencé à faire campagne, au mépris de la Constitution, en faveur d'un 5e mandat pour Ben Ali en 2014, et à œuvrer pour la promotion de l'image de son épouse, qu'on voulait élever au rang de la première dame de Tunis, alors que tout le monde savait que c'était une femme de petite vertu et d'une inculture notoire.

Frappés de plein fouet par la crise économique, exaspérés par l'enrichissement scandaleux de la famille du Président, révoltés par le déséquilibre régional, les jeunes Tunisiens originaires de régions défavorisées, qui mesuraient l'écart entre ce que l'Université leur apportait comme valeurs et l'injustice criante qui régnait sur la société, se sont alors insurgés. Ils n'avaient plus rien à perdre. Les flammes qui ont dévoré le pauvre corps de Bouaziz, devinrent la torche qui les guida sur les chemins de la liberté. Ils présentèrent leurs poitrines nues aux balles des forces spéciales dont le Président lui-même supervisait à partir de son Palais de Carthage, les tristes exploits à Regab, à Kasserine, à Thala, à Jendouba et au Kef.

La manifestation du 14 janvier fut donc le couronnement, l'apothéose de ces multiples insurrections conduites par des jeunes qui ont désespéré de l’avenir sous le régime de Ben Ali. Ces insurrections qui embrasèrent le pays, firent voler en éclats l'image d'Epinal de la "Tunisie la douce" et montrèrent le vrai visage d'une Tunisie éprise de liberté et justice, prête à tous les sacrifices, pour faire triompher la dignité de l’homme.

Le geste de désespoir de Bouaziz à qui l'agent municipal confisqua sa pauvre charrette chargée de légumes et de fruits, et que l'on gifla parce qu'il avait osé protesté contre un règlement municipal qui condamne le pauvre diplômé à crever de faim, a été, pour la jeunesse de mon pays, le point de départ d’un immense espoir.

Oui, le 14 janvier 2011 sera fêté sans doute en Tunisie, comme en France on fête le 14 juillet 1789. Il symbolisera la renaissance de l'espoir dans cette Tunisie qu'on a voulu dégrader, avilir, souiller par le lucre et le stupre.

Pr. Moncef KHEMIRI
Université de la Manouba (Tunisie)
Commentaire n°11 posté par Pr. Moncef KHEMIRI (c/o Brian Thompson) le 27/01/2011 à 11h20

Merci de ce beau et pertinent témoignage, qui montre que L'ESPOIR est toujours vivace, quelles que soient l'époque et la latitude, et qu'il ne faut jamais baisser les bras devant les ennemis de la Liberté.
Que ça chante aussi, en Tunisie, le plus tôt possible !

Réponse de Fred Hidalgo le 27/01/2011 à 11h26
GRACIAS por estos recuerdos, por no olvidar su-nuestra historia, su-nuestra gente. Verdaderamente emocionado por el compromiso que muestra, por este rebobinado que demuestra, una vez más, que renacemos como ave fénix a través de las páginas del blog que sigo desde el primer día después de Chorus.
MERCI BEAUCOUP.
Juan José
Commentaire n°12 posté par Juan José Mañanes le 27/01/2011 à 18h13

Gracias, amigo.

Comme le chante Luis Eduardo Aute, « Esta es mi vida, esta es mi gente »...

 

Et le poète, lui, voit toujours plus loin que l’horizon :

Al andar se hace camino

Y al volver la vista atras

Se ve la senda que nunca

Se ha de volver a pisar

 

Todo pasa y todo queda

Pero lo nuestro es pasar

Pasar haciendo caminos

Caminos sobre la mar…

(Antonio Machado, Cantares)

Réponse de Fred Hidalgo le 27/01/2011 à 20h41
Catalane (du côté nord des Pyrénées) , je ne peux que vous dire un grand MERCI!
Commentaire n°13 posté par bernadeth le 27/01/2011 à 18h33
Quelle merveilleuse histoire !
Avez-vous contacté la photographe FLORE ?

POM "JE ME SOUVIENS DE VOUS - Camp de Rivesaltes", sur Dailymotion :
http://www.facebook.com/l/63ee74ezXuhpYIJKajOldx_lA0g;www.dailymotion.com/video/x9fz56_pom-je-me-souviens-de-vous-camp-de_creation

POM réalisée par Adrian Claret-Pérez et FLORE avec les photographies et les textes de la série 'Je me souviens de vous", réalisée par la photographe FLORE sur le Camp de concentration de Rivesaltes.
Commentaire n°14 posté par Hannah Lewit le 27/01/2011 à 23h00
Cher Fred,
RIEN À VOIR.. MAIS EN MÊME TEMPS valeur humaine ajoutée, c'est à pleurer... !
Jean Humenry

Monsieur Le Président, merci de lire ce message :
Un p'tit bonheur sur une page,
Une douceur... pour l'Education Nationale.

Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu'il tisse les voiles...
De la solidarité,
Et qu'il rayonne aux ondes...
De l'humanité.

Je suis Professeur des Écoles
Dans un petit village de l'Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt-six élèves à l'école...
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples...

Dans cette école une chance,
Un p'tit morceau de bonheur,
Qui s'écrit avec ces trois lettres : E.V.S
Employée de la Vie Scolaire...

Pour l'Education Nationale,
Un p'tit bonheur, c'est pas banal,
Un léger baume sur le cœur
De cette Grande Dame
Un peu... bancale !

Notre bonheur, c'est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d'la Grande Dame...
Elle est... notre E.V.S... une Valeur Ajoutée,
HUMAINE rentabilité,
Et c'est du bonheur... assuré !

Dès le matin, elle s'active,
C'est sur le net qu'elle s'incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l'inspectrice,
Et celles de l'Académie...

Mes mots notés au brouillon,
Les comptes rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués...

Encadrés, les derniers dessins des CP,
Affichés, sinon... à quoi bon dessiner ?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l'aide à le recopier, à taper sur le clavier...
Afin de ne pas gêner, le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l'exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l'énergie...

Rangée la bibliothèque,
Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire...

Ah ! Notre petit journal
« Magique », ils l'ont appelé
Quel travail de fourmi,
J'y passerais… des nuits ?

Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées,
entre... deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler...

Et puis... c'est reparti !
Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l'ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S'ouvrir l'esprit, être curieux.

Ne pas oublier l'insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague !... On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c'est vital !

Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l'ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,

...Sans elle, jamais...
Ce ne serait si bien géré.

Le soir, coup de fil...
C'est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme...
Ecoute, me dit-elle... c'est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j'ai reçu... un imprimé,
Dans quelques semaines, c'est marqué,
“Votre contrat est terminé”...
Ils me demandent ce que j'ai fait,
Pour trouver un futur emploi...

Sa voix se fêle... "J'ai... un emploi !”
Ils me demandent ce que j'ai fait,
pour me former, pour m'insérer,
Sa voix se gèle... puis accélère : “Je.... suis formée,
depuis trois ans, j'me sens utile, insérée et c'est varié,
pas bien payé, mais... j'veux rester !”
Sa voix s'étrangle : “... c'est à pleurer...

Ils me demandent mes compétences
C'que j'ai acquis, que vais-je répondre ?
Il y a l'espace... d'UNE LIGNE
UNE LIGNE... mais tu te rends compte !”

J'ai honte, honte... il aurait fallu UNE PAGE
Au moins UNE PAGE pour répondre,
J'ai honte, honte... pour notre Grande Dame
Pour ceux qui l'ont créée, l'ont faite évoluer,
Qui a tant appris aux enfants,
Qui a tant encore à leur apprendre...

Et Géraldine ???
On n' lui dira même pas MERCI.
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d'indemnité
Ils lui précisent... Oh !... comme ils disent
D'étudier ses droits... pour... le R.M.I.
Elle a raison... c'est à pleurer...

Alors qu'on demande chaque jour,
A nos élèves de dire “Bonjour”
De dire “Au revoir” et... “Merci”
De s' respecter, d'être poli,
Comme vous dites, Monsieur Sarkozy...
Que vais-je dire, à la p'tite fille,
Qui l'autre jour, près de moi, s'est assise,
Et, tout fièrement, m'a dit :
“Tu sais, Maîtresse, moi, quand j'serai grande,
J'irai au collège, comme mon grand frère,
J'irai au lycée, j'passerai mon bac,
Et je ferai... comme Géraldine !”

Je sursaute... Mon cœur se serre... C'est à pleurer.

C.Picavet
Professeur des écoles à l'école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)

En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina, Laurence, Elodie ;
à tous les Philippe, Sébastien, et bien d'autres qui ont valorisé mon travail, et participé à la guérison d'la Grande Dame... qui est encore bien malade...

Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots,
Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelques euros..
Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation,
Jetterait son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?
Quel jardinier, quel paysan, brûlerait sa récolte mûre, après avoir semé, soigné ?

Je n'ai pas fumé la moquette
Je veux seulement que l'on arrête,
De prendre les gens pour des pions,
Qu'on arrête de tourner en rond !
Torpillé le « Chagrin d'école »
En mille miettes de BONHEUR !

En l'honneur de tous ces p'tits bonheurs...
INONDONS LE NET
les amis, les décideurs,
les chômeurs, les travailleurs,
les directeurs, les inspecteurs,
employés et professeurs,
députés, ministres,
r'm'istes ou artistes,
chanteurs, compositeurs, rapeurs, slameurs,
radios, journaux, télés,

et à tous ceux qui sont... parents… d'un enfant...
enfin à chaque être humain de ce pays
qui, j'espère, un jour dans sa vie,
a bénéficié d'un peu de bonheur,
de cette Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
dans le giron de la Grande Dame.

PS : Ironie... A la rentrée, c'est presque sûr
Notre petite école rurale
Sera dotée d'une Valeur Matérielle Ajoutée,
Des fonds ont été débloqués :
Huit ordinateurs et un tableau interactif
Une « classe numérique »
Nous serons à la pointe du progrès ! Et pour cela, je serai formée !
Mais, qui m'aidera à installer, et à gérer, sans Valeur Humaine Ajoutée ?
Commentaire n°15 posté par Jean Humenry le 28/01/2011 à 10h43

« Viva la muerte ! » s’écriaient les franquistes en 1936.

« No pasaran ! » répliquaient les républicains...

La mort et l’exil l’emportèrent.

 

Puis Léo Ferré écrivit Le Bateau espagnol, annonçant :

Tu ne m’as pas dit que les guitares de l’exil

Sonnaient parfois comme un clairon

Toi mon ami l’Espagnol de la rue de Madrid

Rencontré l’autre hiver une fleur sur les lèvres

 

Je ne t’ai pas dit que les guitares de Paris

Pouvaient apprendre ta chanson...

C’EST QUAND LE BONHEUR ? dirait Cali.

Réponse de Fred Hidalgo le 28/01/2011 à 10h53
Il faut se souvenir.
TOUJOURS !!!
Commentaire n°16 posté par Jacqueline Halgand le 28/01/2011 à 17h59
Superbe ton papier, "Tu es de ma famille"...

Amitiés,
BBR.
Commentaire n°17 posté par BBR le 28/01/2011 à 18h00
Waouh ! Très bel article, Fred !
Les époques et les âges se mélangent, mais les destins sont les mêmes ! Impressionnantes, émouvantes révélations...
J’aimais déjà beaucoup Cali, mais là...
Merci pour tout ça.
Je vous embrasse,
JC
Commentaire n°18 posté par Jean-Claude Demari le 29/01/2011 à 09h54
Alors là, tout y est ! Superbe coïncidence, comme en crée parfois la vie. Tout Breton que je sois, sans la moindre radicelle de sud, je jubile. Et en plus maintenant, je sais d'où viennent les "Quichotte" que tu décernes !
Commentaire n°19 posté par Gérard DELAHAYE le 29/01/2011 à 19h39
Bonne année
A toi et à Mauricette,
et longue vie à Si ça vous chante, avec l'espoir d'une résurrection de Chorus.

Christophe de Chants-Sons.
Commentaire n°20 posté par Christophe Novelet le 31/01/2011 à 09h34
Je voulais vous envoyer un message depuis longtemps et pis la vie, le temps, tout ça quoi… Enfin bref : c’était juste pour vous dire MERCI

Merci pour “Paroles ET Musique” puis “Chorus”. Même si l’aventure est terminée (y’en aura sûrement d’autres, du moins je l’espère…), vous avez été une part importante de ma vie de passionné de chanson et je tenais à vous le dire.

Ma rencontre avec vous (lors d’un concert des Elles aux Trinitaires de Metz, du temps où ce lieu était encore hanté par un bel esprit, où nous avions discuté de notre passion commune : Debronckart), Marc Robine (que j’ai programmé pour la dernière fois à “Fleur des Chants”), Daniel Pantchenko qui fut le premier journaliste national à parler de notre duo (Lobo & Mie) même si c’était en mal, et puis Albert Weber qui m’a toujours suivi de loin, sont des choses qu’on ne peut pas oublier. Merci.

Sinon, sincèrement c’était pas le but de mon message mais j’en profite : j’aimerai aussi vous envoyer mon dernier opus qui date de 2010 « Le Choléra »… mais je ne sais à quelle adresse vous l’envoyer.
Eric
Commentaire n°21 posté par Eric MIE le 31/01/2011 à 13h38
Bonjour,
Je tiens à vous féliciter pour votre blog "Si ça vous chante".
Très bien fait.
Je vous écris en particulier par rapport à cette histoire sur vos parents et les grands-parents de Bruno Caliciuri, elle est passionnante ! Vous devriez en faire un livre parce que ça ne doit pas arriver souvent.
Pour avoir déjà plusieurs fois rencontré Bruno, après ses concerts, j'imagine bien l'effet que ça doit faire.
En tous les cas, merci pour ce partage... et pour votre blog !
Très bonne continuation
Sandi
Commentaire n°22 posté par Sandi Ha le 02/02/2011 à 14h57
Objet : à propos de votre recherche sur votre père.

Il y a eu, du 17 janvier au 21 janvier dernier, une série d'émissions de “Carnets de campagne” de Philippe Bertrand (France inter), consacrée aux Pyrénées Orientales, et dans l'une d'elles il a été question des camps de réfugiés espagnols...
Je ne sais plus qui était l'intervenant, mais ça pourrait peut-être vous intéresser de le contacter, si ce n'est déjà fait...
Ces émissions sont en écoute en archives, sur le site de Philippe Bertrand. Désolée de ne pas avoir retenu la date de l'émission... Généralement, Philippe Bertrand donne le sommaire en début d'émission : ça vous évitera de toutes les écouter en entier.
Je ne sais pas si ça vous aidera...
A bientôt.
Françoise Morel
Commentaire n°23 posté par Françoise Morel le 03/02/2011 à 09h09

Merci, Françoise.
Grâce aux contributions des un(e)s et des autres, je commence à remplir des "blancs" dans le parcours de mon père à son arrivée en France (dans le désordre : camps de Saint-Cyprien, Vernet, Argelès - d'où il s'évada une seconde fois, après St-Cyprien, raison de son incarcération à la forteresse de Collioure, puis "compagnies de travailleurs"... forcés, dans la région de Toulouse, et nouvelle et définitive évasion avant de prendre le maquis).


Par exemple, pour les camps du littoral, l'historien-journaliste Grégory Turban (qui a publié deux ouvrages sur le sujet : voir plus haut) me précise : "Saint-Cyprien a été créé vers le 10 février 1939 pour désengorger Argelès qui 'affichait complet' (80.000 / 100.000 personnes en une dizaine de jours selon les sources)." Quant à Collioure, "le camp fut dissous le 5.12.1939" : il y restait alors 250 internés.

Merci à tous et à toutes (je sais que cet article fait parler de lui, au Roussillon en particulier d'où j'ai reçu nombre de témoignages en direct) pour vos précisions, renseignements et conseils.
 Je reste à l'écoute.

Réponse de Fred Hidalgo le 03/02/2011 à 09h39
Cali sait-il que dans le cadre de l'Asso A.V.F. (Accueil des Villes de France), Bld Carsalade Du Pont la lunette, à Perpignan, il y a désormais un "foyer de braises" (une trentaine) qui dispense ou propose des cours d'italien ? Enthousiasme, amitié, chansons...
A faire savoir ou connaître...

Piera e Roberto Scodellari,
profs d'italien E.N. retraités... pour le bonheur de... pas mal de gens !!!

1000 congratulazioni e saluti a Cali.
A plus ??
Commentaire n°24 posté par P.R.Scodellari le 03/02/2011 à 18h21
Cali "m'énervait" un peu lors de l'écoute.
A la lecture de ce récit croisé, je comprends mieux ce qui générait cette 'incompréhension'. Je vais le réécouter avec une autre z'oreille et peut-être l'aimer, qui sait??
Quel beaux parcours de VIES.
Commentaire n°25 posté par barbara le 09/02/2011 à 17h38
Quérido Fred,
Je suis bouleversé, je ne sais pourquoi ce texte et ton témoignage sur Cali résonne en moi... Sans doute parce que je suis en recherche de passé non pas des Républicains espagnols (je suis flamand de France) mais parce que grâce à La Chanson j'ai pu faire mes Humanités. La photo de ton Père un très bel Homme, la dignité de ces hommes et femmes qui ont lutté, l'enrichissement , grâce à eux de notre culture, me bouleverse. Nous avons en commun l'amitié de Jacques et pour Jacques Debronckart. Tu m'avais envoyé il y a longtemps une cassette avec certaines de ses chansons : La religion que j'ai ré-enregistrée depuis, et les mutins de 1917. Celle-ci je n'ai jamais pu la chanter.A chaque fois que j'essayais, j'étais envahie par une angoisse physique, mes côtes se serraient, j'étouffais et j'éclatais en sanglots. Je te jure que j'ai essayé souvent... Et puis un jour il y a quatre ans, j'ai su que mon grand-père avait été enterré vivant à Verdun, qu'il avait gratté la terre et réussie à sortir une main,que des brancardiers passaient par là et... il termina ses jours en hôpital psychiatrique. J'ai aussi appris que mon père avait été sauvé in extremis d'une exécution, il a été mis au poteau par les allemands en 44... Les non dits jaillissent parfois à la lumière d'une phrase de poète, d'une petite chanson sans prétention, d'une petite chansonnette de "merde"... comme je dis souvent je veux dire sans aucune prétention poétique... Et bouleverse des pans de vie. Voilà pourquoi ce très beau récit sur Cali que tu viens d'écrire me chamboule. Voilà pourquoi il faut que j'écrive mes aventures avec la chanson. Non pas pour en faire un Livre comme on dit, ni une oeuvre, simplement pour tenter de transmettre un peu de ce vécu et qu'il sorte de moi avant qu'il ne m'étouffe. Desde Honduras donde vivo La mitad del año te mando un abrazo fuerte Hermano!!!lo hago en Castillano lamentablemente no puedo hacerlo en Catala. Cuidate. Hasta la victoria!
Commentaire n°26 posté par CHRISTIAN CAMERLYNCK le 09/02/2011 à 21h06

Très touché, cher Christian, par tes lignes.
Fraternellement à toi
Fred
PS. La Flandre et l'Espagne : ce n'est pas à toi que je vais apprendre que l'une des chansons de notre grand Jacques (Debonckart) s'appelait "Ma mère est espagnole"... Et le Honduras où tu vis six mois par an ? Quelle place y occupe la chanson ? Il y a sûrement quelque chose à en dire, à nous apprendre...

Réponse de Fred Hidalgo le 09/02/2011 à 23h09
Cher Fred,

J'ai relu ton texte magnifique—j'en pleurais—et tous les commentaires souvent émouvants eux aussi. En tant qu'Américain ayant étudié plus que beaucoup d'autres l'histoire américaine, j'ai découvert pour la première fois la Guerre d'Espagne à travers le roman de Malraux, "L'Espoir". J'ai eu l'occasion, bien plus tard, de rencontrer, à un colloque sur "Malraux et Hemingway en Espagne", un membre de la Brigade Abraham Lincoln, les volontaires américains partis se battre en Espagne du côté républicain. Ils avaient été très mal vus à l'époque, des "anti-fascistes avant l'heure". Pendant ce temps-là les gouvernements américain et anglais empêchaient l'ingérence du côté atlantique tout en ignorant, volontairement, l'engagement allemand et italien de l'autre côté—une vraie répétition générale pour la 2e Guerre mondiale.

J'admire énormément ton écriture où se mêlent—comme d'autres l'ont indiqué—passion, connaissance, compétence et style, combinaison assez rare.

J'ai eu l'occasion de recuellir les souvenirs de mon grand-père paternel avant sa mort à 92 ans. Il avait fait la Grande Guerre—comme on disait—en France, dans l'artillerie américaine, traversant la France de Gradignan, du côté de Bordeaux, jusque dans le Nord à pied. Il gardait un souvenir détaillé, même de telle ou telle conversation avec ses camarades.

Je te souhaite de retrouver autant que faire se peut les traces de tes parents et grands-parents qui ont eu à endurer plus que leur lot de détresses. Mon père a fait la 2e Guerre aux Philippines, dans le génie militaire, mais n'en a JAMAIS parlé... ce qui en dit déjà long.

Bon courage, bon vent, et bonnes bises à partager avec Mauricette.
Commentaire n°27 posté par Brian Thompson le 10/02/2011 à 20h15

Merci, cher Brian, de ce témoignage, qui me bouleverse aussi ; comme celui de Christian Camerlynck (cf. plus haut).

Il est bien connu que les parents, qui ont connu de telles épreuves (quelles que soient les latitudes et les époques), ont souvent gardé le silence vis-à-vis de leurs enfants. Seules des bribes de souvenirs leur échappaient de temps en temps. Volonté, certainement, de nous protéger. C'est flagrant dans le cas de l'exil, avec retour impossible (sous peine, en ce qui concerne l'Espagne, d'être exécuté par les franquistes si l'on cherchait à regagner le village où continuait de vivre le reste de sa famille, ou bien emprisonné et affamé jusqu'à ce que mort s'en suive. Leny Escudero rappelait dimanche dernier sur France 2 - voir le commentaire à ce sujet dans "Un homme heureux" - que la guerre d'Espagne est sûrement celle qui a compté le plus de morts après sa fin officielle que durant son cours) ; et donc nécessité de tout faire pour que les enfants s'intègrent le mieux possible dans le pays d'accueil.

Mon père n'a jamais revu ses parents, ma mère n'a jamais su ce qu'était devenu son père, un peu trop poète et humaniste pour les salopards franquistes, ma grand-mère maternelle (qui a traversé les Pyrénées avec ses deux filles) n'a jamais revu ses parents, bien sûr, ni son mari, mais elle a connu en outre l'épreuve d'aller chercher son fils de 24 ans au camp du Barcarès (avec une dérogation du préfet des Pyrénées-Orientales... parce qu'il était mourant) et de le voir décéder dans ses bras vingt-quatre heures à peine après avoir réussi à le ramener, toute seule, jusqu'à la ville qui avait bien voulu les recevoir (et où j'allais naître), Dreux, sous-préfecture d’Eure-et-Loir.

En cette époque troublée où la moitié de la France considérait les républicains espagnols comme des terroristes rouges, des "bolcheviks !" (même ceux qui n'étaient aucunement communistes), une autre France était composée de "justes". C’était le cas de Maurice Viollette, (grand) homme politique français, radical-socialiste mais surtout humaniste et anticolonialiste, membre de la Ligue des Droits de l’Homme qui fut longtemps député d’Eure-et-Loir et maire de Dreux (décrétée par lui en 1939 « ville ouverte » aux républicains espagnols) après avoir été ministre d’État du Front populaire de 1936 à 1938.

Révoqué et arrêté par Vichy, il fut réélu député à la Libération et resta maire de Dreux et président du conseil général d’Eure-et-Loir jusqu'à sa mort en 1960, à 90 ans. C’est grâce à des hommes comme lui que je suis fier d’être français…

Réponse de Fred Hidalgo le 11/02/2011 à 16h55
Merci... J'ai reçu un email de Brian Thompson qui m'a dit vous connaître. Je l'ai rencontré en janvier dernier, à propos de mon premier album, c'est un homme étonnant, de culture, de richesse et d'ouverture d'esprit.
Je lui disais que je regrettais Chorus, magazine qui n'a pas d'équivalent encore aujourd'hui (enfin pour moi, mais c'est subjectif).
Bonne continuation !
Commentaire n°28 posté par Frédéric Brikeval le 11/02/2011 à 15h39

Brian Thompson est en outre l'un des plus connaisseurs (voire le plus connaisseur) des amateurs américains de chanson francophone. Il l'a plus que prouvé par ses écrits (pédagogiques) et ses actes (création d'un Centre national de la chanson française à Boston ; création et animation dans la même ville d'un festival francophone, "L'Air du temps" ; aide aux tournées d'artistes français dans le réseau des universités états-uniennes...). Et j'ai en effet le bonheur de le connaître (tout en regrettant de ne pas le voir plus souvent) depuis près de trente ans... Pour l'anecdote, enfin, nous sommes nés le même jour !

Réponse de Fred Hidalgo le 11/02/2011 à 16h19
Et voila comme par "magie", les chansons (art mineur selon certain)tissent les liens des Histoires personnelles de chacun. La lecture poignante de ces témoignages, les rebondissements, les commentaires amenant des précisions, et suscitant toutes ces réactions me confirme la nécessité de ce blog.
"Ce soir j'aime la marine.... Potemkine....." chante Ferrat.
Commentaire n°29 posté par barbara le 11/02/2011 à 20h17
Appel pour la vérité, la justice et réparation en Espagne et en France
Soutien au juge Baltasar Garzon

L’Association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France (ASEREF) s’élève une fois de plus avec force contre l’injustice et la provocation des nostalgiques du franquisme qui a pour objectif de réduire au silence le juge Baltasar Garzon. Notre association a organisé et rassemblé plus de vingt associations mémorielles françaises et espagnoles à la Jonquera le 6 juin 2010 pour une manifestation en soutien à Baltasar Garzon.

En France, nous survivants, nous filles et fils, nous petites-filles et petits-fils de combattants républicains espagnols et tous leurs amis sommes indignés qu’en 2012, alors que les crimes du nazisme ont été jugés depuis des décennies, l’Espagne jouisse d’impunité sur son passé franquiste et sur les crimes contre l’humanité perpétrés au nom de « Dios, España y Franco ». Sont-ils intouchables, les héritiers du franquisme !

ASEREF entend mener toutes les actions nécessaires au rétablissement d’une vraie justice en Espagne qui reconnaisse les crimes contre l’humanité des franquistes qui ouvrirent la voie de ceux d’Hitler. N’ayons pas la mémoire courte. La loi d’amnistie de 1977 doit être abrogée et remplacée par une véritable loi permettant le rétablissement de la mémoire historique reconnaissant les victimes et désignant les bourreaux. On ne peut mettre sur un pied d’égalité les franquistes soutenus par Hitler et Mussolini et les républicains espagnols qui défendaient la République et un gouvernement légalement élu.

ASEREF interpelle également l’Etat français et la présidence de la République ainsi que tous les candidats à l’élection présidentielle sur cette situation intolérable. L’Espagne jouira-t-elle encore longtemps de l’impunité sur les crimes du franquisme au mépris des lois internationales, la France va-t-elle continuer à fermer les yeux alors qu’elle-même devrait se rappeler que la Troisième République a accueilli des centaines de milliers de républicains espagnols dans des camps de concentration en France ? Plus de 10 000 d’entre eux y sont morts, eux qui pensaient se réfugier au pays des Droits de l’Homme. Elle se grandirait à reconnaître ses responsabilités immenses dans cette tragédie notamment par la décision de non-intervention pendant la guerre d’Espagne, ce qui permit aux fascistes de mettre à terre la république espagnole et ensuite d’occuper la France. Encore une fois n’ayons pas la mémoire courte.

ASEREF se solidarise avec toutes les associations espagnoles qui luttent contre l’impunité des crimes du franquisme et portera en justice aux côtés des victimes et associations les recours nécessaires.

ASEREF demande avec force et détermination que le juge Baltasar Garzon soit rétabli dans ses fonctions de juge et qu’il lui soit donné tous les moyens de poursuivre ses investigations contre les crimes du franquisme.

ASEREF appelle toutes les associations de républicains espagnols, les associations d’anciens guerilleros républicains espagnols dans la résistance en France, associations de déportés, d’anciens combattants et toutes et celles et ceux attachés au devoir de mémoire qui considèrent qu’il est temps de rendre justice aux victimes du franquisme et à leurs familles de se joindre à notre appel.

Vérité, Justice et réparation en Espagne et en France !
Soutien au juge Garzon !
Vivent les valeurs de la République !

Appel voté à l’unanimité par l’assemblée générale d’ASEREF qui s’est tenue à Sète, le samedi 4 février 2012.
Eloi Martinez Monegal
Président d’ASEREF
(eloimartinez@hotmail.fr)

Pétition en ligne pour le soutien au juge Garzon :
http://www.petitionduweb.com/Petition_soutien_au_juge_baltasar_garzon-10843.html
Commentaire n°30 posté par Eloi Martinez le 13/02/2012 à 10h11
ASEREF – Association pour le souvenir de l'exil républicain espagnol en France

Vous avez été signataire de notre pétition pour la présence du drapeau républicain espagnol aux cérémonies de la Libération de Paris. Grâce à vous nous avons obtenu une réponse favorable. Ci-dessous le texte de notre communiqué à diffuser largement :

Le 25 août, le drapeau de la République flottera officiellement sur le parvis de l’Hôtel de Ville lors des cérémonies de la libération de Paris.
L’appel des républicains espagnols, de descendants de républicains espagnols et de leurs amis à assister officiellement avec le drapeau de la seconde République espagnole a recueilli un millier de signatures en provenance de France, d’Espagne et de bien d’autres pays. Cet appel a pour objectif de commémorer la Libération de paris et d’honorer, par la même occasion, les valeureux républicains espagnols de la Nueve, Compagnie intégrée dans la deuxième Division Blindée du Général Leclerc, qui y contribua et dont les chars de combat portaient le nom de batailles de la guerre d’Espagne.

Suite à cette importante initiative initiée par des républicains espagnols et leurs descendants en région parisienne, et grâce notamment à Rose-Marie Serrano, puis relayée par l’Association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France (ASEREF) et son président Eloi Martinez Monegal, la mairie de Paris pour la première fois accepte que nous puissions assister avec porte-drapeaux aux cérémonies officielles de la Libération de Paris. Des délégations des associations signataires de l’appel pourront être également présentes dans les tribunes.
Il faut maintenant une reconnaissance nationale.
L’action unie des associations mémorielles, de leurs adhérents et sympathisants a permis ce premier pas vers la reconnaissance du rôle des républicains espagnols dans la Libération de Paris, des républicains espagnols qui étaient certes dans les premiers à entrer avec les chars de la deuxième DB de Leclerc mais qui étaient aussi dans les rues de Paris aux côtés des autres résistants et FFI pour mener le combat de la victoire.
Reste aujourd’hui à aller encore plus loin et obtenir du gouvernement et du Président de la République la reconnaissance officielle nationale qu’attendent les descendants des républicains espagnols pour le rôle que leurs parents et grands-parents ont joué dans la Libération de la France et de nombreuses grandes villes, plusieurs milliers y perdirent la vie. Ces républicains espagnols qu’un gouvernement de la troisième République française enferma en 1939 dans des camps de concentration bien français, plusieurs milliers y laissèrent leur vie ; ces républicains espagnols déportés sur dénonciation de la police de Vichy vers les camps nazis, notamment Mauthausen, plusieurs milliers y furent exterminés ; ces républicains espagnols contraints aussi au travail forcé sous surveillance policière en France dans les années quarante.

La France doit reconnaître sa responsabilité historique pour ces dizaines de milliers de morts républicains espagnols, La France doit reconnaître leur rôle de libérateurs au même titre qu’elle l’a fait pour les autres résistants. Nous demandons vérité, justice et reconnaissance pour les républicains espagnols qui luttèrent pour la liberté en Espagne et en France.
Commentaire n°31 posté par Eloi Martinez le 14/07/2012 à 10h19
FRANCE, TA MÉMOIRE FOUT L’CAMP !
voir ci-dessous...
Commentaire n°32 posté par Fred Hidalgo le 25/01/2013 à 11h09

FRANCE, TA MÉMOIRE FOUT L’CAMP…
Hier soir, 24 janvier 2013, à l’émission Mots croisés sur France 2, le nouveau secrétaire national du Parti socialiste français, Harlem Désir, voit de la “solidarité” là où il n’y a eu que de l’oppression, en 1939, à l’encontre des républicains espagnols fuyant le franquisme. Grave de méconnaître ainsi l’histoire de son propre pays quand on est aux commandes d’un grand parti politique…

http://www.lindependant.fr/2013/01/24/debut-de-polemique-suite-aux-propos-d-harlem-desir-sur-les-republicains-espagnols,1721074.php

 

Réponse de Fred Hidalgo le 25/01/2013 à 11h11
Bonjour
Si vous désirez de plus amples détails sur la guerre civile d'Espagne et les camps de concentration du sud de la France, j'ai fait éditer en espagnol et en français les mémoires de mon grand père qui retrace sa vie et celles de tant d'autres de guerre civile d'exil et d'internement dans les camps de concentration des PO.
En français : « Polvorientos caminos », aux éditions Privat, 2010
En espagnol : « El fin del olvido », aux éditions Viena Edicion, à Barcelone.
Bonne lecture, à lire dans le calme.
Marc
Commentaire n°33 posté par urzainqui le 25/01/2013 à 15h57
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