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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 10:12

Pauvre Villon, pauvre Verlaine…


La langue française a fait son temps
Paraît qu'on n’arrête pas l’progrès
Que pour être vedette à présent
Il vaut mieux chanter en anglais...
(Jean Ferrat, 1980)

 
Tout a vraiment débuté après la Libération, avec la découverte du « rêve américain ». Puis une certaine chanson – celle de la « vague yéyé » – a servi de cheval de Troie pour désarmer la génération suivante : pseudonymes aux consonances éloquentes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Frank Alamo, Sheila, etc.), adaptations massives de standards anglo-américains, vocables anglais se substituant insidieusement à leurs équivalents français... Pour être dans le coup, plus besoin d’être « dans le vent », on était « in »… et le tour était joué. Le ver était dans le fruit. Depuis, omniprésente dans les médias qui font l’opinion, la langue de Thatcher s’impose partout à celle de Molière, laquelle perd non seulement en influence internationale mais surtout s’appauvrit dans son pré carré (ou hexagonal si vous préférez). En France, on ne parle plus de défi, mais de challenge, pire : de battle ; pour faire de l’audience à la télé, après l’access prime time (voire le before), c’est The Voice, maintenant, qui a… voix au chapitre. Et c’est en anglais, souvent, que l’on entre désormais en chanson…

 

 
Dans mon éditorial du premier numéro de Chorus (1992), pour expliquer les objectifs de cette revue trimestrielle de 196 pages sous-titrée « Les Cahiers de la chanson » et annoncer d’emblée qu’elle resterait ouverte tant aux styles musicaux les plus divers qu’aux (plus belles) chansons du monde et ne serait pas exclusivement consacrée à la « chanson française » (notion trop étroite voire étriquée laissant place à des tentatives récurrentes de récupération nationaliste), Num-Chorusje m’efforçais d’employer l’expression « chanson vivante » – laquelle traduisait déjà, dès 1980, la nature de Paroles et Musique, précisément sous-titré « Le Mensuel de la chanson vivante ». stylo-arbre-paletteEt bien sûr j’y accolais le terme « francophone », puisque telle était (principalement) la zone de compétence (et d’habitat) de notre équipe rédactionnelle.

Mais je parlais aussi de « paroles et musiques de l’espace francophone » (c’était même le titre de l’édito). Ou, pour être plus précis encore, de « chansons d’expression française et de l’espace francophone », ce qui allait me valoir aussitôt les foudres de certains : pléonasme ! s’écrièrent-ils avec véhémence... et des œillères aux oreilles !!! Comme si l’on pouvait évacuer d’un geste aussi leste la chanson vivante d’Afrique, de l’océan Indien ou de Polynésie écrite et interprétée en langues vernaculaires, ces langues maternelles, complémentaires du français (considéré avant tout comme le vecteur indispensable à l’entente – sous toutes ses formes – entre les différentes composantes ethniques d’un même pays). Sans parler du créole d’Haïti et des Antilles, de la Réunion, de Maurice et des Seychelles, et a fortiori des langues dites régionales que sont l’alsacien, le basque, le breton, le catalan, le corse ou l’occitan.




Partisan de la diversité culturelle et même Citoyen du Monde (à l’exemple d’un Jean Rostand croisé dans mon adolescence), je suis donc fort à l’aise pour dénoncer aujourd’hui le français-bashing – comme ils disent. Rien de plus tristement français, du reste, que ce comportement qui consiste à se déconsidérer soi-même, à dénigrer systématiquement son pays, ses valeurs et ses représentants – dans le sport, la culture, la science ou autre. Mais là, c’est le comble, on touche le fond, puisque c’est carrément notre langue qu’on jette aux orties comme on pousse grand-mère vers la sortie pour en solder l’héritage (alors que, si ça trouve, comme le disait mon cher Frédéric Dard, « elle brosse encore » !).

Ainsi, à force d’à force, on rend obsolète sa propre langue en lui substituant sans cesse des mots anglais ou en inventant des barbarismes (par exemple « le jour d’après » ou « le jour d’avant » – pour The Day After ou The Day Before – au lieu tout simplement du « lendemain » et de la « veille ») qui n’ont pas lieu d’être. Peu importe, la société du spectacle privilégie l’anglicisme au français courant. Et la chanson, en l’occurrence, va même plus vite que la musique.
 

  

Rien de nouveau sous le soleil, certes. Réécoutez donc La langue française de Léo Ferré qui date de 1964. Et puis Pour être encore en haut d’l’affiche (« …faudrait qu’je susurre en angliche… »), la goualante du pauvre Jean (Ferrat) qui, seize ans plus tard mais avec une même ironie, rattachait directement cette dérive linguistique à la chanson. « Pour être encore en haut d’l’affiche / J’commence à penser en angliche / Quand j’aurai le feeling ad hoc / Ça va faire mal en amerloque… » Rien de nouveau à l’Ouest, c’est sûr : dès 1964 aussi, l’excellent et indispensable professeur Étiemble n’avait-il pas dénoncé cette même pollution (consistant à remplacer un mot français existant par son équivalent britannique) en pointant son origine au… débarquement américain de la Seconde Guerre mondiale ? Cette année-là, en effet, Étiemble publiait Parlez-vous franglais ?, à lire et à relire. Tenez, en guise d’aperçu (ou de rafraîchissement), voici le texte de quatrième de couverture, signé de l’auteur :

« Les Français passent pour cocardiers ; je ne les crois pas indignes de leur légende. Comment alors se fait-il qu’en moins de vingt ans (1945-1963) ils aient saboté avec entêtement et soient aujourd'hui sur le point de ruiner ce qui reste leur meilleur titre à la prétention qu’ils affichent : le français.

 » Hier encore langue universelle de l’homme blanc cultivé, le français de nos concitoyens n’est plus qu’un sabir, honteux de son illustre passé. Pourquoi parlons-nous franglais ? Tout le monde est coupable : la presse et les Marie-Chantal, la radio et l'armée, le gouvernement et la publicité, la grande politique et les intérêts les plus vils.

» Pouvons-nous guérir de cette épidémie ? Si le ridicule tuait encore, je dirais oui. Mais il faudra d’autres recours, d’autres secours. Faute de quoi, nos cocardiers auront belle mine : mine de coquardiers, l’œil au beurre noir, tuméfiés, groggy, comme disent nos franglaisants, K.O. Alors, moi, je refuse de dire O.K. »

 

  
Un demi-siècle après le coup de gueule d’Étiemble, force est de constater que ce phénomène d’anglicisation, particulièrement dans la chanson – vecteur essentiel de propagation d’une langue –, connaît ces temps-ci une amplification alarmante. De plus en plus de groupes, de jeunes artistes, natifs de l’Hexagone (ou d’autres pays non anglophones, car l’épidémie ne cesse de s’étendre), chantent désormais en anglais – encouragés par les médias qui les invitent ou en parlent volontiers et les festivals qui les accueillent sans se poser trop de questions –, justifiant l’abandon de leur langue natale sous le prétexte (ô combien éculé et fallacieux) que l’anglais sonnerait « tellement mieux » que le français (ou donc que l’espagnol, l’italien, le portugais, etc.)… Mensonges, foutaises ! se fâchait Nougaro dans son ode à l’alexandrin : « Moi, ma langue, c’est ma vraie Patrie / Et ma langue, c’est la française / Quand on dit qu’elle manque de batterie / C’est des mensonges, des foutaises ! »

 
Et quand bien même ! Quel mépris porté à l’écriture, à l’idée, à l’histoire, au « message », en un mot au sens, au seul profit du son ! Merci bien ! Merci pour les Béranger (les deux) et les Bruant, Couté, Montéhus, Lemarque, Trenet, Brassens, Souchon, Leprest… Pauvre Villon, pauvre Verlaine ! Lamartine, Baudelaire, Hugo, Aragon, Prévert, réveillez-vous, ils sont devenus fous ! Mais peut-être que, dans leur langue natale, les textes de ces déracinés volontaires seraient jugés un tantinet moins intéressants que ceux de leurs prédécesseurs dans la carrière…

S’il n’y a plus rien d’autre à faire
Pour échapper à la misère,
Si c’est l’seul moyen ici-bas
D’intéresser les mass media,
Si le français ou le breton
Si l’occitan ou l’auvergnat,
Comme on m’le dit sur tous les tons,
Le show-business il aime pas ça,
Y a p’t-êtr’ quand même un avantage
À cette évolution sans frein :
On pourra chanter sans entrave
Quand les gens n’y comprendront rien !

Pauvre Modigliani aussi et Cioran dont une même indignation, pour les mêmes motifs – à un siècle de distance –, me revient ici en mémoire. De grands artistes français par le talent et pourtant étrangers par la naissance. L’Italien : « Et vous ? Vous ne bougez pas ? C’est pourtant vous que ça regarde, vous dont la langue est le français que des voyous assassinent ! » Le Roumain : « Moi le métèque, le rebut des Balkans, je suis inconsolable de cet abandon et d’autant plus outré que des hommes nés sur ce sol, entichés de déprédations, s’en accommodent ou, pire, en accélèrent la chute. Il y a là comme une joie maligne à se détruire. On s’obstine à choquer, à crétiniser, à alourdir, à infecter l’atmosphère. On se rebelle, dans un conformisme satisfait, contre la pollution industrielle. On oublie celle de la langue ! » Une pollution que de Gaulle lui-même, qui avait des belles lettres, appelait « du volapük intégré ».
 
vielle accordeon 

Il y a longtemps, on le voit, que le problème existe. Mais les médias l’amplifient et le mondialisent chaque jour davantage. Des bastions hautement francophones comme le Québec qui, ô paradoxe !, nous servait d’exemple (voire de prétexte) pour défendre encore le français en France, cèdent à présent du terrain à leur voisin hégémonique, la relève chansonnière en particulier qui n’hésite plus à emprunter la langue de John Wayne dans l’espoir de mieux chevaucher les hit-parades. Le rêve d’un « pays » francophone ouvert comme une île aux autres cultures serait-il en train de s’effacer, de se fondre dans un océan anglophone sans partage ? Au Québec, ironisait en tout cas Gilles Vigneault dès 1976, « on chante dans les veillées au lieu de régler nos problèmes… et après cela on vote libéral, comme tout le monde ! » Pis, on s’en va au market…
 

 

Ce même Québec, cette « Belle Province », où l’irremplaçable Bernard Dimey aimait pourtant à se ressourcer, en regarnissant sa besace langagière de bons et loyaux mots perdus en cours de route, jusqu’à la butte Montmartre dénaturée par les fast food et autres maux commerciaux à l’effigie de l’Oncle Sam… Dimey-de Gaulle – qui l’eût cru ? – même combat !
 
DimeyLeFrancais 

C’est du reste l’Europe tout entière qui prend ce mauvais pli. Un exemple symbolique entre tous : le concours Eurovision de la chanson, dont la cinquante-neuvième édition a eu lieu début mai. Belle opportunité d’y faire valoir les spécificités culturelles et linguistiques de chacun des pays participants, de promouvoir la grande diversité du continent et de favoriser l’émergence de vrais talents, pas vrai ? Il en résulte au contraire le constat consternant d’une Europe monochrome où la quasi-totalité des quelque trente nations en lice a fait le choix de renier ses propres couleurs, de baisser frileusement son étendard, je veux dire d’abandonner sa langue au profit de l’anglais standard. Vous objecterez à juste titre que, lorsqu’un pays, comme la France, fait le pari de chanter encore dans sa langue, il finit bel et bon dernier ! La preuve par l’absurde (et le masochisme), en fait, de la domination librement admise de l’anglais – absurde comme la chanson ni faite ni à faire (quel tintouin !) présentée par les « représentants officiels de la France », les Twin Twin… Et je ne parle pas de l’uniformisation du format chanson réduit au mieux à un concours de voix (doublé d’un défilé vestimentaire), ni de son nivellement par le bas (son absence de fond atteignant des profondeurs insoupçonnées), à l’image de la politique continentale menée à Bruxelles… On voudrait favoriser l’abstention aux élections européennes qu’on ne s’y prendrait pas autrement. L’Eurovision ? Une arme de promotion massive contre l’Europe de la culture !

Je m’égare ? Pas un instant. « La chanson peut tout dire / Le meilleur, le pire… », chante Gilles Servat, n’étant rien de moins que le reflet de l’air du temps. Air du temps que le Québécois Bori a su capter avec éloquence (et quelque moquerie désespérée) dans une chanson de son nouvel album, sobrement intitulée Je suis français...

 


Le bon roi François, ami et protecteur des arts et des artistes, doit se retourner dans sa tombe quand il écoute nos porte-parole autoproclamés qui s’invitent et se congratulent les uns les autres en usant d’un franglais qui s’éloigne de plus en plus de « la langue de chez nous » (que disait Stendhal, à ce sujet ? Que « le penchant des esprits médiocres est de briller par le ton et le jargon du moment »…). Lui qui avait institué le « langaige maternel françoys » (cf. l’ordonnance de Villers-Cotterêts, 1539) comme langue du droit et de l’administration en France, en remplacement du latin ; ce qui n’empêchait nullement les idiomes régionaux de vivre (et de chanter) en bonne coexistence.
 

 

 

« C’est quoi une chanson sans texte ? » demandais-je dans mon sujet précédent. Peut-être une chanson française qu’on écrit en anglais pour masquer ses carences dans sa propre langue… « Faut pas avoir peur de jouer avec sa langue maternelle, assurait Frédéric Dard alias San-Antonio. La langue est un matériau. On doit l’éprouver. Casser la croûte des traditions. » À vous de jouer, donc, amis artisans de la chanson ! À vous de réinventer la langue, la vôtre, la mienne, la nôtre. Chacun et chacune à sa façon, mais sans renier un vocabulaire (ni son histoire : « Le passé est notre fortune », aimait à rappeler Brassens) qui a fait ses preuves, plus riche et nuancé que bien d’autres. « C’est une langue belle à qui sait la défendre / Elle offre les trésors de richesses infinies / Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre / Et la force qu’il faut pour vivre en harmonie. »

À quoi ça aurait servi sinon, crénom de nom, que la Jeanne boute l’Angloy hors de France, si c’est pour lui dérouler complaisamment le tapis rouge aujourd’hui ?! La langue française, faut lui faire des marmots, pas la poignarder dans le dos, encore moins la faire monter sur le bûcher ou l’échafaud. Foin d’autodafé et de franglais : face à ces maux récurrents, le français n’a pas dit son dernier mot ! Ni la chanson qui ne pleure que pour vous plaire…

      

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Éditoriaux
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commentaires

Annie LAPEYRE 15/06/2014 21:50

Bonsoir,
Je me souviens parfaitement bien de cette séquence d'Apostrophes, car j'avais beaucoup aimé le coup de gueule d'ETIEMBLE, comme le vôtre , cher Fred, " chantez vous franglais".
Je ne connaissais pas cette chanson de Jean Ferrat.
Moi aussi, je ne décolère pas sur ce sujet concernant notre " langue belle avec des mots superbes".
Rien à ajouter aux commentaires précédents qui expriment ce que je pense aussi.
Merci pour " vivre debout" du grand Gilles Vigneault.
Je ne sais pas si le lien suivant va passer pour cette chanson d'Yves Duteil: petit chef d'oeuvre d'écriture

► 3:28► 3:28
www.youtube.com/watch?v=EODNO14ZEhA

Fred Hidalgo 16/06/2014 17:24



Merci, Annie. Nous sommes sur la même mongueur d'ondes sensibles.
Pour le lien sur la chanson d'Yves Duteil, il devrait être activé ici :


www.youtube.com/watch?v=EODNO14ZEhA 



Valerie F. 05/06/2014 12:24

Belle et juste appellation de la part d'Henry : "chanson francophone de proximité", quelques mots, un titre et tout est dit...


Paroles Pauvre Lelian
Artiste : Allain Leprest
Album : "Quand Auront Fondu Les Banquises"
Ecouter un extrait de ce titre

Il pleut, Paris fait sa Brussel
C'est la nuit, tous les chats sont troubles
Y a pas assez d'étoiles dans l' ciel
Pour ça, tu veux les boire en double
Tu titubes, vêtu faut voir comme !
Comme un as de pique, rue Descartes
Un nuage au parfum d'opium
S'effiloche dans ton écharpe
Monsieur Verlaine, un dernier blanc !
Pauvre Lelian
Plus de Verlaine, du vers cassé
À balayer côté impair
Un train à bestiaux est passé
Jeune homme déjà si grand-père
Sonné au sommet de son art
Paraît qu'on lance une battue
Au cul des derniers communards
Le train à bestiaux s'est perdu
En meuglant dans le soir sanglant
Pauvre Lelian
Verlaine aux abonnés absents
Chez lui, si l' bonheur vient frapper
Le concierge avé son accent
Dira "L' poète s'est absinthé"
Partir tousser jusqu'à la Butte
Voir un maquereau un peu bohème
Et qui sait lire et prête sa pute
Contre un lamentable poème
Garnement aux cheveux si blancs
Pauvre Lelian
Pour aujourd'hui, oh, des broutilles
Juste un baston dans les faubourgs
Un critique de pacotille
Y a des nuits où c'est pas ton jour
Demain, bah, demain y faudra
Se serrer la petite ceinture
Chez Margot, on dînera d'un rat
Tout le reste c'est garniture
Y a des jours c'en est humiliant
Pauvre Lelian
Paris, il pleut des harengs saurs
C'est toi ou le trottoir qui boite ?
Quel est cet empaffé qui tord
La rue qui paraissait si droite ?
Choisir "pas choisir" c'est un choix
C'est ainsi, se foutre à la porte
De soi-même, mourir de soi
Nom de Dieu ! Être en quelque sorte
Son premier et dernier client
Bon vent Lelian ! {x3}
Date de sortie : 01 déc. 2008

TILLY Henry 25/05/2014 17:31

Oh! grand merci Fred! On suppose bien, à certains signes, que nous ne sommes pas seuls dans ce combat ; ça va sans dire mais il faut avouer que ça va encore mieux en le disant.
Oui, vraiment quel beau et dur combat (pourquoi battle?), quel défi (pourquoi challenge?)que de vouloir maintenir haut l'usage de notre langue face à "l'impérialisme culturel anglo-saxon"? Les
situations engendrées par cette invasion tiennent, à la fois, du tragique et du grotesque. Du tragique parce que le zèle déployé par les médiocres qui sont devenus largement majoritaires dans les
grands médias, tend à quasiment bannir de nos ondes et de nos écrans tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à de la chanson francophone "signifiante", chanson qui a le grave défaut,
trop souvent, de professer autre chose que la sacro-sainte "pensée unique". En ciblant principalement, avec un mépris et une "con-descendance" remarquables, la ménagère de 50 ans, d'une part, et
les "djeunes", de l'autre, on a pu diffuser essentiellement une soupe "culturelle" bien mièvre ou, tout simplement incompréhensible pour la simple raison que cette clientèle qui recherche,
soit-disant, l'anglo-saxon, ne comprend pas vraiment plus cette langue qu'elle ne maîtrise le Français. In fine, le résultat de ce gâchis se présente sous la forme de générations qui savent plus ni
parler ni écrire en Français mais ne sont pas, pour autat, mieux armés en Anglais. On a bien senti, dès le début, l'offensive de l'impérialisme culturel à travers, d'une part, la musique, d'autre
part les écoles de commerce et d'économie en même temps qu'on réglait le compte du Français en temps que langue véhiculaire des sciences, av ec la complicité (peut-être rétribuée) et/ou la
complaisance snobe des autorités politiques et médiatiques. C'est tellement plus facile une langue unique pour véhiculer une pensée unique et faire avancer les moutons de Panurge, au lieu d'être
constamment contrecarrés par des trublions subversifs. On croyait pourtant en avoir fini depuis la disparition des Brassens, Brel, Ferré, Ferrat et la ringardisation des Lafaille, Chelon, Tachan et
Cie, et voilà qu'il faudrait faire de la place pour les Frasiak, Govrache, Marry, Bobin, Balbino, Tomislav, Thomas, un tantinet sulfureux quand ils ne sont pas carrément subversifs? Allons donc, et
pendant que vous y êtes, vous ne voudriez pas, non plus que l'on remplace nos gentils programmateurs bien dociles et bien formatés par des fous furieux comme les séditieux sortis de feu "Chorus",
tels les Hidalgo, Weber, Trihoreau, Kemper et j'en oublie...?

Heureusement, l'espoir n'est pas perdu de reconquérir un peu de territoire. Tous ces nouveaux auteurs nourrissent la "chanson de proximité" qui tient le coup et semble reprogresser grâce aux
"chantappart"et à quelques salles qui s'ouvrent ici et là pour faire connaître ces artistes et ce sera le cas, à Montluçon, j'espère dès l'automne prochain où le "Piancktail", salle dédiée au Jazz,
devrait pouvoir accueillir, également,à partir d'une association en cours de formation, la chanson francophone de proximité. Ce sera un complément souhaitable entre deux éditions du régalant
festival d'automne de Prémilhat de l'ami Thomé.

Garance 23/05/2014 09:06

Bonjour et merci pour votre très bel article, trop rare actuellement. Cela fait plaisir de rencontrer des passionnés comme vous, qui ne baissent pas les bras...

Fred Hidalgo 23/05/2014 09:24



Merci à vous, Garance, pour votre réaction. On n'a que trop l'impression d'une démission
généralisée : "Quelle importance après tout"... tant que ça ne touche pas au porte-monnaie ! Le silence s'apparente souvent à l'acceptation. Alors, merci encore à vous et aux deux auteurs des
commentaires précédents. Tout, sauf l'indifférence ! a chanté quelqu'un que j'apprécie au plus haut point. Sinon, je n'ai guère de mérite, ne pouvant faire autrement que de
Vivre debout, comme le chantait Jacques Brel et comme Gilles Vigneault le fait aujourd'hui, dans son nouvel album, en prolongeant et en élargissant le débat. Superbe chanson que je vous
conseille vivement de découvrir (magnifique passage, en particulier, quand il parle de son "pays" qui, en existant par lui-même, permet de bien accueillir ceux et celles qui viennent
d'ailleurs).
En voici le lien :http://youtu.be/LabYKdQcVgc



marlène ingrand 22/05/2014 16:49

Merci Fred pour ces mots que j'aime et cette colère que je partage ! Ca fait du bien de savoir qu'on n'est pas tout seul dans cette - presque - impossible défense de notre langue !
A bientôt ? Amitiés fidèles ..
marlène