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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 13:24

Chronique d’un album annoncé

 

Voilà, c’est fait. Le gentleman d’Astaffort a mené à terme son projet d’album sur le répertoire de Bob Dylan. Ou plutôt son envie de projet, tant l’idée lui semblait irréalisable, telle une inaccessible étoile : n’a-t-on pas dit et redit, entendu et réentendu que l’univers du folksinger américain était intraduisible et inadaptable ? Pourtant, c’est fait et bien fait. Au point que ce « Bob Dylan revisité » qui porte le titre éloquent de Vise le ciel apparaît non pas comme une parenthèse entre deux disques de Cabrel, auteur et compositeur, mais bel et bien comme un nouvel album original, son douzième opus studio en l’espace de trente-cinq ans. Chronique d’un album annoncé... à Paroles et Musique puis à Chorus, au fil des décennies.

 

CD

 

Certes, il y avait eu le fameux Aufray chante Dylan, adapté par Pierre Delanoë, mais c’était en 1965, quand l’artiste américain commençait seulement à être connu en France (son premier album datait tout juste de trois ans), alors que le chanteur français, lui, tenait le haut de l’affiche. Quarante ans plus tard, pour le dossier « spécial Dylan » de Chorus (n° 51, printemps 2005), voici ce qu’en disait Francis Cabrel à Jean Théfaine : « Lorsqu’il est sorti, j’ai adoré cet album. Ça m’a aidé à mieux connaître l’univers de Dylan dont, jusque-là, je ne comprenais qu’un dixième des textes. Delanoë, alors en très grande forme, avait un peu poétisé le truc et pris quelques libertés, mais c’était quand même vachement bien. »

 

FrancisGuitare

 

En 1977, c’était le premier album de Cabrel qui sortait. Le cinquième en 1983, Quelqu’un de l’intérieur, déclenchait l’envie collective, chez nous, de lui consacrer son premier dossier de Paroles et Musique, à la veille d’un Olympia. N° 39, avril 1984, signataires : Rémy Le Tallec et votre serviteur pour l’analyse discographique, Marc Legras et Jacques Vassal pour l’entretien. À ceux-ci, Francis évoquait déjà Dylan : « J’avais 14 ans en Mai 68… J’avais commencé à faire de la musique, du bal… Après les samedis et dimanches, en Corrèze ou en Dordogne, le bus me déposait le lundi matin devant le lycée et j’en descendais avec mon sac. Passionné par Dylan, je m’accrochais beaucoup en anglais, je commençais à le traduire un peu… »

Quelques années plus tard, pour le n° 9 de Chorus (qui avait succédé en 1992 à Paroles et Musique), Francis enfonçait le clou, me confiant le rôle important de Dylan dans sa propre évolution artistique. Nous venions de passer tout un après-midi de l’été 1994, chez lui, à parler de Samedi soir sur la terre, son huitième album studio, quand on en est arrivés à parler de Dylan… et de Brassens, ses deux références majeures :

Chorus9« Bob Dylan ?
– C’est grâce à lui, je pense, si je tiens debout, si j’existe en tant que chanteur, j’ai tout appris, tout écouté, tout chanté de lui, et j’ai essayé de tout traduire. Lorsqu’il est arrivé, il s’est produit comme une évidence absolue pour moi : c’était lui !
– Et Brassens ?
– Je l’adore bien sûr, mais je l’ai connu après Dylan, longtemps après même…
– Pourquoi ?
– Parce que c’est difficile, après avoir connu Bob Dylan, Leonard Cohen ou Jimi Hendricks d’abord, après les avoir écoutés à ce point, jour et nuit, c’est difficile de se plonger dans l’univers de Brassens, c’est une galaxie tellement différente, forcément ça prend du temps. Mais on est obligé d’être admiratif devant tout ce qu’il raconte, comment il le dit, combien c’est beau, combien c’est drôle… »

Dix ans s’écoulent. Nouveau retour à Astaffort… et nouvelle avancée dylanienne, à l’occasion des Beaux dégâts, dixième album du « rocker agricole » – comme il s’était lui-même qualifié pour son premier dossier des « Cahiers de la chanson ». L’occasion aussi, puisque son titre fait référence au temps qui passe, de retracer un peu le parcours de l’artiste… et d’intituler cet entretien, à paraître dans le n° 48 de Chorus (été 2004), « Des beaux débuts aux “Beaux dégâts” ».   

Astaffort, 25 mars 2004. Francis Cabrel vient tout juste d’arriver de Paris, après trois semaines passées en studio… En poche, la toute première copie CD de son nouvel album. La seule et unique disponible – avec plusieurs mixages différents encore de certaines chansons : l’artiste s’est en effet accordé deux-trois jours de réflexion pour opérer le choix définitif à tête (et oreilles) reposée(s)… Bon prince, le seigneur d’Astaffort nous en propose aussitôt l’écoute. Il nous remet les textes de ses chansons, corrigés, raturés, complétés, sur des feuilles volantes, nous confie son CD et nous installe dans une pièce à part, avec un lecteur. Nous avons ainsi le privilège d’être les premiers, ma « Blonde » et moi, à découvrir la version finale des Beaux Dégâts [l’album, sur lequel la maison de disques allait décréter un embargo total pour la presse, ne sortirait que le 17 mai]… et les premiers à le commenter dans la foulée avec l’auteur.  

 

 

 
Pour la première fois, Francis a sauté le pas (le premier avant de passer le pont) : sous le titre S’abriter de l’orage, il a adapté une chanson de Dylan !

« En as-tu conservé le thème originel ?
– Non. J’ai pris le titre Shelter From The Storm – une chanson de Blood On The Tracks, l’un de ses meilleurs albums à mon avis –, et je suis parti sur une histoire à moi, en oubliant celle de Dylan. […] C’était superbe, mais c’est devenu autre chose, tout en gardant la mélodie et le titre.
– Tu ne l’as toujours pas rencontré, Dylan ?
– Non, je crois que ça m’impressionnerait trop… Comme un petit garçon devant son idole. Je suis le vrai fan… Il y a longtemps que je connais toutes ses chansons par cœur, je l’ai vu sur scène quantité de fois…
– Il reste ton grand phare ?
– Ah oui, c’est LE phare ! Définitivement. Tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit, comment il l’a fait… Une fois que la chanson est là, Dylan ne l’arrange pas avec plein de trucs ; c’est pour ça que mes disques, aussi, sont relativement dépouillés… En fait, c’est l’idée du périssable que je n’aime pas ; cette idée de suivre la mode…
– Tu m’as dit un jour que lorsque tu avais un blocage, en cours d’écriture, tu te mettais un Dylan…
– C’est vrai, c’est une source d’inspiration automatique. Si j’entends une chanson de Dylan, des tas d’images me sautent à la figure et cela me redonne envie d’écrire, ce qui est rare… Dylan est quelqu’un d’extrêmement motivant. »

Quand et comment l’avait-il découvert, au fait ? Francis le précisera à Jean Théfaine pour le « spécial Bob Dylan » de Chorus (n° 51, printemps 2005) : « Je devais avoir 13 ou 14 ans. Avec un groupe de copains, dont j’étais le chanteur, je répétais dans un immeuble d’Agen que l’on nous avait prêté, et quelqu’un avait apporté un 45 tours de Dylan sur lequel se trouvait Like A Rolling Stone. Faute de place dans le local, l’électrophone était posé dans le couloir. La chanson, soudainement, est partie comme un boulet de canon ! Le son de la voix et cette espèce d’arrogance contenue, avec un peu de dédain : il y avait tout là-dedans. Je me souviens exactement de la pièce vitrée, du couloir vert pâle et de l’escalier en ciment un peu pourri qui descendait à l’étage inférieur… À partir de ce moment, j’ai économisé petit à petit pour m’acheter les albums déjà sortis. »

 

Francis-Fred-Jean-copie-1 

Nous voici en 2008. L’enfant prodige d’Astaffort, « fils d’immigrés italiens à babord, Français enraciné dans la terre du Sud-Ouest à tribord », s’apprête à sortir son onzième album original, Des roses et des orties. Comme d’habitude, nous sommes sur le pont. Encore une fois dans son village natal. « Pas courant, un artiste de cette envergure qui n’a jamais quitté ou presque (dix ans à Paris, quand même) l’ombre du clocher qui le vit naître. “Ce n’est pas un refuge. Je rentre chez moi, point barre”, répond le monsieur avec un soupçon d’agacement. Un soupçon seulement car il faudrait pousser loin le bouchon pour faire sortir de ses gonds le discret gentleman. Discret, voilà un adjectif qui colle particulièrement à la personnalité de Francis Cabrel, pourtant l’un des plus gros vendeurs de l’Hexagone avec, notamment, ses 2 800 000 exemplaires de son himalayesque Samedi soir sur la terre, probablement un record dans la chanson francophone, qui reste à battre. »

À la manœuvre, pour ce nouveau dossier de Chorus (n° 64, été 2008), Jean Théfaine et votre serviteur au texte, Francis Vernhet aux photos, et puis, comme toujours, Mauricette Hidalgo à l’iconographie et à la mise en page. On débute la conversation en plaisantant :

« Quatre ans au lieu de cinq entre tes derniers albums [Sarbacane, 1989 ; Samedi soir sur la terre, 1994 ; Hors saison, 1999 ; Les Beaux Dégâts, 2004], c’est un progrès…
– Oui, j’ai accéléré… [rires] »

 

Francis-Fred

 

À un moment, on lui fait remarquer ce qui semble être un goût prononcé pour les reprises (une version de Colchiques dans les prés, « traditionnel » de Francine Cockenpot rebaptisé Automne, la chanson qui fera connaître le Québécois Richard Desjardins en France, Quand j’aime une fois j’aime pour toujours, ou encore Le Gorille et Les Passantes de Brassens) ; mais surtout pour les adaptations de standards d’artistes anglophones (James Taylor, Jackson Brown, Otis Redding, Willie Nelson…). Ce nouvel album n’en compte pas moins de trois, nombre inhabituel qui semble indiquer que le gentleman d’Astaffort prend chaque fois plus de plaisir à cet exercice : Chorus64une de JJ Cale, une autre de John Fogerty, et la troisième de… Bob Dylan, She Belongs To Me, devenue Elle m’appartient : « C’est ma façon de dire : si j’aime la musique, c’est parce que ces gens-là me l’ont fait découvrir… »

De là à penser que sorte un jour un album entier d’adaptations signées Francis Cabrel, il n’y a qu’un pas – écrivons-nous dans un encadré spécifique de ce dossier –, d’ailleurs vite franchi par l’intéressé : « C’est dans mes intentions… J’adorerais consacrer un disque entier à Dylan, mais ça me semble beaucoup trop difficile… C’est le genre de projet que je remets toujours à la prochaine fois… et qui n’aboutit jamais !... On verra bien. »

Un disque entier de Dylan ! C’était en germe depuis si longtemps... Et ça n’avait beau être, encore, qu’une simple et forte envie, qu’un « genre de projet » rêvé, pour la toute première fois c’était dit ! Comme une évidence : « J’adorerais consacrer un disque entier à Dylan… On verra bien. » Suivait dans les colonnes de Chorus cette phrase prophétique signée Jean Théfaine : « Allez, on parie tout court qu’on va finir par voir. Et on s’en lèche déjà les babines ! »

Quatre ans et demi après cet entretien, Jean Théfaine (dont le concert de Dylan, fin juillet à Carhaix, a été la dernière sortie) aurait adoré découvrir ce Bob Dylan revisité ! Sûr qu’il s’en serait léché et pourléché les babines, car c’est une très belle réussite. Comment aurait-il pu en être autrement, du reste, de la part d’un des plus fins connaisseurs de Dylan, qui se trouve être l’un des plus sensibles auteurs-compositeurs de la francophonie ? Quant à l’interprète, n’en parlons même pas, tant il a l’art de s’approprier tout ce qu’il touche, vocalement et musicalement. Dylan, n’en déplaise à certains, comme le reste !  

 

 

Vise le ciel, c’est onze titres dont seulement deux ou trois standards (tel Just Like A Woman devenu Comme une femme), les autres reflétant plutôt la personnalité de Cabrel, du moins ses préférences personnelles. Musicalement, c’est un bijou, mixé à New York mais enregistré chez l’artiste, au studio Éphémère (!) d’Astaffort, avec son équipe habituelle, à peine enrichie ici ou là de soupçons d’accordéon, de bouzouki, de dobro, de cor et de buggle : Bernard Paganotti (basse, contrebasse), Denis Benarrosh (batterie), Gérard Bikialo (piano), Denys Lable et Michel Françoise (guitares électriques), Francis apportant sa touche personnelle à la guitare acoustique et à l’harmonica. Ajoutez-y un trio discret de choristes, utilisé à bon escient, des arrangements d’une finesse à vous régaler les tympans, et vous obtenez une réalisation tout ce qu’il y a de plus somptueux, cosignée Francis Cabrel et Michel Françoise. chorus51.jpgQuant au contenu textuel, subtil équilibre entre traduction et adaptation, libre à chacun de se faire son opinion, selon qu’on soit dylanophile ou pas, qu’on accepte ou non l’idée de toucher au monstre sacré autrement qu’en v.o. dans le texte.

Laissons la conclusion à notre artiste ; des confidences faites à Chorus, encore une fois, recueillies par l’ami Jean Théfaine, grand admirateur lui aussi de Robert Allen Zimmermann : « Dans mon panthéon à moi, Dylan est vraiment au sommet. Je n’ai jamais eu avec d’autres les mêmes tremblements intérieurs. La pureté absolue d’un Stevie Wonder ou d’une Aretha Franklin me touche profondément mais pas de la même manière que ce qui traîne dans la voix de Dylan et qui la rend mystérieuse, bouleversante. Je dirais que même ses maladresses vocales sont habitées… Qu’il y ait eu un avant et un après Dylan, c’est une évidence. Disons qu’il a rendu la chanson plus intelligente, ébranlant les consciences par le contenu de son discours. Il a chanté le comportement des Blancs par rapport aux Noirs, l’arrogance de la richesse par rapport au petit peuple ; il a chanté l’amour comme personne ne l’avait fait auparavant. C’est mon Himalaya personnel ! Un sommet dans l’écriture et l’attitude… » Et Francis Cabrel – c’était écrit – a fait de Dylan dans la langue de Molière un sommet qui, aujourd’hui, touche au ciel de la chanson française.

___________

VISE LE CIEL ou BOB DYLAN REVISITÉ, 11 titres (44’51) : Comme une femme (Just Like A Woman) – Quinn l’Esquimau (Quinn The Eskimo) – D’en haut de la tour du guet (All Along The Watchtower) – Je te veux (I Want You) – On ne va nulle part (You Ain’t Goin’ Nowhere) – Un simple coup du sort (Simple Twist Of Fate) – La dignité (Dignity) – Il faudra que tu serves quelqu’un (Gotta Serve Somebody) – Tout se finit là, Bébé Bleu (It’s All Over Now Baby Blue) – L’histoire d’Hollis Brown (Ballad of Hollis Brown) – Comme Blind Willie Mc Tel (Blind Willie Mc Tell). Chandelle Productions, Columbia, distr. Sony Music (site de l’artiste).

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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commentaires

sabine 14/12/2012 17:27

Bonsoir à tous,

J'ai eu deux informations sur d'autres articles, je viens de faire un petit tour chez les passionnés de cet albums, même si certains aiment moins, je les respecte. Moi j'aime toujours autant, je
regrette qu'il ne passe pas plus souvent en radio pour le faire découvrir aux autres, comme quoi, le fait d'être ici permet de savoir que cet album est bien apprécié dans son ensemble, de très
beaux textes et de belles musiques, bonne ambiance musicale, je fredonne souvent "vises le ciel". Très bien ce dernier commentaire qui représente tout à fait ce que sont les textes pour moi,
Francis Cabrel est très délicat pour parler des femme, ce qui fait son charme.
Bon, je vais aller découvrir d'autres artistes, je ne vais pas m'abriter de l'orage mais du vent et de la pluie!
A bientôt!
Sabine

pintoux 14/12/2012 15:18

Vise le ciel ou Bob Dylan revisité par Francis Cabrel (2012) : l'album est magnifique. C'est une bonne surprise. Le chanteur gascon a réussi à s'approprier les textes du vieux barde, sans les
trahir, sans tricher, ce qui relève de la performance.
Il y a quelques temps forts : "Comme une femme" ("Just Like a Woman"). Cabrel a gommé la misogynie de Dylan : "She's like all the rest / With her fog, her amphetamines and her pearls" devient
"Quand elle aura compris qu'elle est / Comme toute l'humanité, / Avec ses perles, ses amphétamines et ses insomnies..." Dylan parle de "fog", c'est-à-dire de brouillard, au sens figuré du terme :
le brouillard qu'elle a dans sa tête, ses idées confuses, ou la brume des substances prohibées.
On ne retrouve pas cette misogynie chez Cabrel, toujours respectueux de la gent féminine.
De même, le langage cru de Dylan : "She makes love just like a woman" devient chez le pudique Francis Cabrel :" Elle se donne juste comme une femme".
Il s'agit donc bien d'adaptations plus que de traductions, mais l'ensemble a un charme fou.
La plus réussie du lot, à mon avis, c'est "Du haut de la tour du guet", "All Along the Watchtower". Les musiciens s'en sortent à merveille, avec une dextérité peu commune (Denis Bennarosh à la
batterie, Michel Françoise à la basse, Denys Lable à la guitare électrique). La voix de Francis Cabrel : très bien posée, sur un texte intéressant, avec un phrasé efficace. "Princes kept of view"
devient "Les princes ont confisqué les longues vues", mais les "lyrics" de Dylan peuvent signifier tout simplement : "Les princes surveillaient les alentours", "Les princes surveillaient les
environs", "Les princes regardaient l'horizon", "Les princes restaient vigilants". Francis Cabrel a préféré prendre les mots au pied de la lettre, les interpréter, jouer sur le sens de "to
keep".
Il y a un écueil : la version d'"I Want You".
L'ensemble, cependant, reste tout à fait satisfaisant, étonnant même.
Le titre de l'album, "Vise le ciel", est une citation de "On ne va nulle part", soit "You Ain't Goin' Nowhere", dont les Byrds avaient donné, jadis, une version inégalable, passionnante, sur
Sweetheart of the Rodeo.

Pierre-Marie Bourdaud 04/12/2012 19:18

//Les guillemets étant là, justement, pour montrer que cette grande dame a eu l'art d'écrire des chansons contemporaines qui passent aujourd'hui pour du folklore d'antan//.

J’ai eu la chance de remettre la main sur deux fascicules de chansons de « A cœur joie », où on trouve Colchiques, Brumes, brumes, j’ai lié ma botte etc. Ce qui peut arriver de mieux à une chanson
(et Colchiques le méritait), c’est de devenir anonyme dans le folklore. Cela me rappelle une anecdote rapportée par Claude Besson (ou Servat, ou Yvon Etienne). Un maçon travaillait à sa maison en
chantant Marie Jeanne Gabrielle, de Louis Capart (compte tenu de la finesse rythmique de la chose, faut oser). Le chanteur lui dit qu’il connaît l’auteur. Réponse immédiate du maçon : pas vrai,
c’est du folklore !

Cabrel, je l’ai vraiment découvert en traversant la France avec trois cassettes de lui ! Ne vous moquez pas de moi mais c’est en voiture que j’écoute vraiment les chansons : il n’y a rien d’autre à
faire !

sabine 11/11/2012 18:26

Bonjour,
Je m'adresse à l'auteur du blog, fin 2011, Michel Field a fait une émission café découverte consacré aux deux hommes discrets, Jean-Jacques Goldman ainsi que Francis Cabrel avec leur biographe
respectif, émission très intéressante, surtout la partie qui raconte la rencontre entre Yves Simon, Alin Souchon, Jean-Jacques Goldman et Francis Cabrel, mais à l'époque, ce n'était pas facile de
se procurer le journal pour le lire avec une synthèse vocale ou en braille, à entendre ces quelques détails, ça devait être bien sympatiques cette rencontre, votre nom ne m'était pas inconnu, je me
suis penché sur cette émission que je n'ai pas en mp3 parce que le site d'Europe 1 n'est pas très accessible, mais j'ai trouvé le lien presque un an après, je comprends que vous appréciez Francis
Cabrel et d'autres, que vous aimez la musique.
Merci pour ces différents échanges.

Sabine

sabine 11/11/2012 18:14

Coucou à tous, me revoilà! Vises le ciel, cité plusieurs fois par ici, eh bien, que dire sur cet album, qu'à la radio, ça serait bien qu'ils fassent découvrir un autre titre, mais il y a sans doute
une raison, je n'ai pas assez de connaissance. Ce que je peux dire, c'est que, découvrir un titre qui passe en single ou la version album, ça change. Le ciel était gris, en écrivant, je pense à la
chanson de Claire Keim, là ou il pleuvra, signé par le gentleman comme vous le nommez, mais c'est pour la beauté de ses textes et sa discrétion. L'achat est fait sous la pluie et sans aucun regret,
belle musique, j'aime bien "juste comme une femme" version album, Quinn l'esquimau, d'en haut de la tour du guet, qui je trouve que musicalement, ça ressemble un peu au murs de poussière, je te
veux, c'est connu mais bien interprété, on ne va nulle part, je repasse régulièrement, la dignité, ça met en forme, ça lui va bien, L'histoire d'Hollis Bronn même si la mélodie, je trouve, n'est
pas très variée, le texte est touchant, ambiance musicale intéressante. Pareil pour le dernier titre, bref, transmettez lui et si vous voyez les musiciens, superbe album!
Puis, je viens de relire l'article ainsi que les commentaires, je m'y plais bien par ici, même si je ne suis pas artiste!
Bonne continuation pour ce blog!
Sabine