Profil

  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Le blog de Fred Hidalgo

Présentation

  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…

S’il vous enchante...

Avec le temps...

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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 13:08

Amis soyez toujours...

 

J’ai déjà cité (et donné à entendre ici, dans « Le Joli Fil ») cette chanson, si brève et pourtant si intense : « Amis soyez toujours l’ombre d’un bateau ivre / Ce vieux rêve têtu qui nous tenait debout… » : son auteur, Jean Vasca, vient de sortir un nouveau chapitre de son œuvre, opus n° 24 (le premier, un 33 tours 25 cm, remonte à 1964), et comme toujours avec lui, L’Incertitude, l’Insoumission... et les Étoiles s’inscrit au firmament de la poésie chantée. « Pas tenu de suivre la pente / Du sens du vent au sens du poil / Mais toujours poursuivre l’étoile / Loin en soi chercher ce qui chante… »

  

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Vous n’avez rien entendu encore de cet album ? Vous n’avez jamais vu Vasca à la télévision ? Pire, vous ignorez tout de cet artiste ? Et si je vous disais qu’il était néanmoins le sujet d’une grande admiration de la part d’un trio de « géants » guère suspects de complaisance (chacun des trois me l’a personnellement confirmé), l’ami de Jean Ferrat, de Léo Ferré et de Claude Nougaro... « Des cicatrices, de l’ongle qui casse, reconnaissait-il dès 1979, mais toujours là, à verboyer. Écrire des chansons et les chanter, quelle histoire ! Les mots, les notes : des urgences, des résurgences. Et le couteau de la solitude planté dans le dos ! Et le rêve et la révolte comme du haut-voltage dans la tête ! Et cette vie grouillante, multispire, délirante, dont “de mouette en mouette monte en nous la marée” ! Il est midi, quelquefois, soleil haut sur les noces des Paroles et des Musiques. Chanter, alors, c’est se mettre dans le zénith et faire monter la température. C’est vouloir partager l’essentiel et oser une éclaircie dans l’épaisseur poisseuse. Une chanson, c’est quoi au juste ? Un appel au secours ? Un appel d’air ? Une pelletée d’amour ? Un poing serré ? Une main ouverte ? Qui sait ? »

   

 

Oui, qui sait ? Vasca, en tout cas, est pour moi l’archétype du chantauteur, un poète (« qui voit plus loin que l’horizon ») dont l’œuvre s’incarne dans le chant. Plus tard, c’est certain, on redécouvrira la richesse inouïe de son écriture, l’extraordinaire constance thématique, à plat sur le papier ; mais, à l’instar d’un Ferré pour qui la poésie devait s’arracher des livres et courir les rues, Vasca n’aura jamais écrit qu’avec le chant pour horizon – tel un capitaine courageux (d’ailleurs qualifié par Jean Ferrat de « Vasca de Gama caravelle / À l’assaut des soleils levants ! »). Chantauteur aussi, plutôt qu’auteur-compositeur au sens habituel du terme, parce que ses compositions, parfois mélodiques et c’est alors superbe, sont plus souvent de l’ordre de l’illustration musicale. Un reste d’influence, sûrement, de sa fréquentation, dans les années 60, de Pierre Schaeffer, pionnier de la « musique concrète » et directeur du groupe de recherches de la RTF.

 

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En attendant le vingt-cinquième chapitre des illuminations vascaïennes (pour ses cinquante ans de chanson en 2014 ?... alors qu’il a passé le cap septantième le 25 septembre dernier), comment n’être pas bouleversé par celui-ci, qui nous parle au cœur et à l’âme comme bien peu savent ou auront su le faire ? « Sur les flots du désarroi / Même à contre vent / […] Nous hissons des voiles / Dans un ciel bas sans étoiles / Rêve au fond des cales / D’un vieux navire amiral… » Tout y est, la vie, la mort, l’amour, le temps qui passe, la révolte, le doute et l’envol : « Des rêves, des cris, des colères… » Vingt-quatre chapitres ? Deux cent cinquante chansons ? Plus qu’une œuvre, c’est le grand œuvre de la chanson poétique française. Avec toujours, et ici encore, cet espoir chevillé au corps des lendemains qui chantent, cette quête vitale de l’utopie (« Tournez toupies de l’utopie / Dans la ronde des insomnies / Mais nos rêves sont des rivières / Qui toutes s’en vont à la mer ») et de la fraternité (« Le temps comme un sortilège / Me désenchante et m’abrège / […] Pourtant quelque part un frère / D’écarlate et d’outremer… »), cette volonté d’avancer debout, jusqu’au terme de la traversée : « Des mots jetés sur la guitare / Comme aller au bout de son chant / En traversant tous les miroirs / Jusqu’au dernier soleil couchant… »

 

 

Et puis… mourir ? Bien sûr, mourir : « la belle affaire ! » chantait Brel. Mais « mourir dans un éclair / Sur un dernier solo solaire / Et pleine page un dernier vers ! » (Cent façons de mourir sans façon). Sachant tout… ce qu’on ne sait pas de Vasca, j’aimerais tout citer de cet album (Robert Suhas aux manettes musicales : claviers, guitares, violon, alto et accordéon), toutes ses fulgurances (« Pas partie du tutti quanti / […] À l’amicale des insoumis / J’en suis ! »), la belle récurrence thématique d’un chapitre l’autre (« Je chante donc je suis / Et quand je suis j’écris / Et quand j’écris je vis »…), ses nostalgies (« Dans les rues de ma vie / Sans fin passent les ombres / Des amours des amis / Qui hantent les décombres… ») ou ses lambeaux d’avenir, tel « l’instant fatal / Où vont se rompre les amarres / Qui viendra mettre, péremptoire / À ma chanson le point final »

 

 

J’aimerais oui, tant je partage l’avis d’Henri Gougaud, maître ès-parole(s) : « Jean Vasca transmue les mots de plomb en or alchimique. Jean Vasca est un auteur de chansons sur qui l’on écrira, un jour, des chansons. Jean Vasca est l’un des grands poètes de notre temps » ; mais je préfère vous laisser faire le reste du chemin, dans l’axe du soleil… Si ça vous chante, bien sûr : « Pas tenu d’aimer tout le monde / Ni de plaire à tout un chacun », assure Vasca lui-même dans cet album (Pas tenu), non sans ajouter aussitôt cette clause d’humanisme solidaire : « Mais toujours signer des deux mains / Aux bas des révoltes qui grondent… »

 Et quand il sera mort, le poète ? Peut-être qu’on lui décernera tous les honneurs, toutes les distinctions, du ministère de la Culture à l’Académie française, émissions, doctes discussions et colloques à la clé. Ça lui fera une belle jambe et de beaux pieds à ses vers, au « Rimbaud de la chanson française » (dixit Nougaro à votre serviteur) ! Mais, entre nous, si sa postérité littéraire me semble évidente, ce qui m’inquiète le plus, ça n’est pas la gloire posthume de Vasca (on le sait bien, c’est quand ils sont vivants qu’il faut dire aux gens qu’on aime qu’on les aime), c’est plutôt de savoir, quand il ne sera plus là, « Qui, demain, transcrira d’une encre indélébile / Sur la page à venir le poème du monde / Et quel souffle nouveau attisera nos rêves / Pour que s’élève encore un chant vers les étoiles ? »

 

• L’INCERTITUDE, L’INSOUMISSION… ET LES ÉTOILES. Des mots jetés sur la guitare – L’Incertitude – Les Toupies de l’utopie – Cent façons de mourir sans façon – L’Écume du temps – J’en suis ! – L’Incertitude, l’Insoumission… et les Étoiles – Les Îles noires de la nuit – Un simple cauchemar ? – J’attends… – Les Fins dernières – Dans les rues de ma vie – Pas tenu… – Vers les étoiles. (42’04 ; prod. Jean Vasca, à commander directement à l’artiste, jean.vasca@wanadoo.fr, ou distr. EPM/Socadisc).

   

 

En complément, pour marquer le coup de la saison nouvelle (après nos longues vendanges d’automne), et nous aider à la traverser, cette chanson de 1977 qui est un véritable tableau en paroles, en sons et en images : « L’hiver s’apprend de grive en grive / Dans le livre des gelées blanches / Saurons-nous demain nous survivre / Le cœur sur la plus haute branche ? » La question reste plus que jamais d’actualité.

 

 

PS. Quelques précisions concernant les vidéos de ce sujet : la première remonte à début 1963, soit un an avant le premier album de l’artiste – c’est dire s’il s’agit d’un document, d’autant qu’il y chante une chanson, Les Fabuleuses, qu'il n’a jamais enregistrée. Dans la deuxième, qui date du 11 mai 1967, Vasca donne une interview et chante Voyager. La troisième est un extrait d’une série de récitals qu’il a donnés en avril 1992 au Café de la Danse à Paris, accompagné par Robert Suhas, Jacky Tricoire et un quatuor à cordes : on le voit interpréter Amis soyez toujours… (album Célébrations, 1977), puis, seul à la guitare, en rappel, Tout ce que je dis (album Le Grand Sortir, 1986).

NB. ll nous reste quelques exemplaires collectors du numéro Vasca de Paroles et Musique de septembre 82 (voir ci-dessus) ainsi que celui de Chorus (hiver 97-98) comportant un dossier de plus de vingt pages (biographie, œuvre, interview, témoignages, discographie…). Si intéressé(e), nous adresser un courriel en cliquant sur sicavouschante.info@orange.fr. Curiosité : ces deux dossiers, à quinze ans d’écart, ont l’un et l’autre été publiés sous le même numéro (22)… 

 

Publié dans : Actu disques et DVD - Par Fred Hidalgo
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