Profil

  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Le blog de Fred Hidalgo

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  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…

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Avec le temps...

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Mardi 5 juin 2012 2 05 /06 /Juin /2012 10:51

En français dans le texte... à la sauce Tistics 

 

Avec le temps, si l’on est un humain normalement constitué (je veux dire attiré par les belles choses, les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales), on a tendance à se faire de plus en plus exigeant. On n’en apprécie que mieux les gens et les créations authentiques, pour oublier les autres, les tricheurs et les faiseurs. Avec le temps, dans la culture comme dans la vie en général, une valeur domine toutes les autres : la fidélité à ses idées et à ses convictions. Tout cela – l’exigence, l’authenticité et la fidélité – constitue la caractéristique principale du festival Alors… Chante ! de Montauban, dont la vingt-septième édition s’est déroulée du lundi 14 au dimanche 20 mai.

Pas besoin d’aller chercher plus loin les raisons de son succès, mélange rare de convivialité (pour une manifestation de cette taille) et de confiance jamais démentie entre organisateurs et festivaliers. La première attire ici les principaux relais professionnels du spectacle vivant (dont une trentaine de responsables de festivals de chanson francophone, réunis en fédération) et quantité d’artistes venus simplement côtoyer leurs collègues une semaine durant ; la seconde a fait du public de Montauban non pas un conglomérat de chapelles musicales, imperméables les unes aux autres, mais une entité globale, avide de belles émotions, quel qu’en soit le genre musical.

 

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On en parle rarement au moment de rendre compte d’un festival. On parle de sa programmation, des goûts et dégoûts du journaliste, de la météo et de l’indice d’occupation des salles. Pas du public, sauf pour le comptabiliser. Celui-ci (ou du moins la somme d’individus le composant) est pourtant le premier acteur d’un festival (et son premier commanditaire, comme disent en bon français nos cousins québécois) ; c’est pour lui d’abord et avant tout que l’équipe d’Alors… Chante ! s’applique des mois durant à bâtir une affiche de qualité. Et justement, à Montauban, il n’y a pas que les artistes qui ont du talent, le public aussi, intelligent, sensible, à l’affût de tout, y compris du plus déroutant a priori, pourvu que la qualité soit au rendez-vous. Et ça, nom d’un pipeau, dans un monde où l’ouverture et l’éclectisme sont souvent battus en brèche par le repli sectaire qui a causé tant de mal à l’image de la chanson (« c’est une vieille maladie poisseuse » qui gagne…), ça fait un bien fou !

À Montauban, tous les maillons de la chanson vivante, organisateurs, artistes et spectateurs, qui se croisent et se recroisent dans les salles, les allées et les bars-restaurants du festival – pour faire connaissance, échanger, témoigner, discuter et commenter le monde comme il va et la chanson comme elle se porte – sont au diapason. Sans chichis ni protocole ou star-système. Autre spécificité d’Alors… Chante ! et non la moindre : la défense et l’illustration de la langue française. Fidélité aux idées et aux convictions, disais-je. La chose pourrait sembler évidente en France, elle devrait aller de soi dans un festival francophone. Mais l’anglais (ou plutôt le franglais…) devient peu à peu le véhicule dominant de la relève hexagonale, la nouvelle non-chanson française, sans que les médias et, pire encore, certains festivals, bien oublieux des principes qui ont présidé à leur création, n’en paraissent gênés le moins du monde. C’est même tout le contraire, parfois, puisqu’on va jusqu’à revendiquer ce non-sens culturel comme un signe d’ouverture au monde ! Dans le concert des grands festivals (au sens premier du terme : qui attirent des dizaines de milliers de spectateurs), Montauban serait-il le dernier des Mohicans ?

 

 

L’ouverture aux autres, la véritable ouverture, c’est d’apprécier les artistes malgaches, par exemple, lorsqu’ils chantent dans l’une des langues vernaculaires de l’Île rouge (pareil pour n’importe quelle autre culture) ; mais le jour où les Malgaches chanteront en anglais, ils perdront absolument tout intérêt, en abdiquant au passage leur histoire, leur mémoire, leur identité. Bref, leur raison d’être. En France, on voit ainsi, d’une année sur l’autre, les « découvertes » de tel ou tel festival (où la notion de « production française » s’est peu à peu substituée à celle de la langue, quitte à cautionner cette dérive de l’artistique vers l’économique) renier la langue de Molière pour celle de Shakespeare.

À les entendre, vieille rengaine démentie par l’histoire de la chanson (qu’ils méconnaissent visiblement), c’est parce que le français ne swinguerait pas… Et l’espagnol, et l’italien, etc., ça ne swingue pas non plus ? Pourquoi choisir toujours l’anglais plutôt que le catalan, le portugais du Brésil ou le créole réunionnais – par exemple – qui sonnent à la perfection (réécoutez donc Lluís Llách, Caetano Veloso ou Danyel Waro… par exemple !). En réalité (sauf exception qui se justifie, comme celle d’une double culture maternelle), soit l’on pense (à tort dans la plupart des cas) que l’anglais ouvrira plus facilement les portes de la réussite commerciale ; soit on s’en sert d’alibi pour masquer des lacunes dans sa langue maternelle.

Réveille-toi, Nougaro, ils sont devenus fous ! « Moi, ma langue, c’est ma vraie Patrie / Et ma langue, c’est la Française / Quand on dit qu’elle manque de batterie / C’est des mensonges, des foutaises. / Ceux qui veulent lui casser les reins / Je leur braque mes alexandrins ! » Il y aura bientôt un siècle, depuis Mireille et Jean Nohain (pour ne considérer que la chanson contemporaine), qu’on fait swinguer le français. Trenet ensuite, puis Nougaro (suivis de tant d’autres !) l’ont démontré sans coup férir. Suffit de s’en donner la peine… et de posséder un brin de talent. « Vive l’alexandrin ! / La bête aux douze pieds qui marche sur la tête / Vive l’alexandrin ! / Le ring du poids des mots, la boxe des poètes / L’alexandrin, l’alexandrin ! »

La suite ? « Les cordes de Nerval, les orgues de Racine / Le grisou du génie dans un crayon à mine / Le grand marteau-piqueur adapté tout-terrain / L’alexandrin, l’alexandrin ! / Lamartine, Baudelaire, Hugo / Audiberti, allez hue ! Go ! » Oui, go, les jeunes, foncez en français dans le texte… ou passez votre chemin, si vous tenez à emprunter les autoroutes de l’industrie culturelle censées vous mener au succès international, formaté, sans originalité, sans personnalité. Triste à pleurer.  

 

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À Montauban, puisque c’est ce qui nous occupe, ç’a été tout le contraire : à mourir de rire. Même en chantant délibérément en franglais avec Les Tistics, une douzaine de joyeux et jeunes lurons, quatre filles et huit garçons, tous à la voix et trois à la guitare, avec une sorte de Monsieur Loyal pince-sans-rire. Leur spectacle s’intitule précisément Les Franglaises. À savoir tout un répertoire de « grandes » chansons anglaises et américaines, interprétées en français, non pas adaptées mais traduites de façon littérale… Des standards que l’on a tous en mémoire dans leur version originale, dont on pense naïvement (si l’on ne parle pas l’anglais ou si l’on écoute distraitement, emportés qu’on est par la mélodie et/ou la voix) qu’ils sont bien écrits, enfin écrits correctement… et dont on découvre en réalité, stupéfaits, la bêtise, l’inanité, la nullité, la vacuité parfaite ! Une simple suite de mots la plupart du temps, sans rapport les uns avec les autres, choisis simplement pour leur son par leurs « auteurs ». Cela va des Bee Gees ou des Beach Boys aux Spice Girls, en passant par les Pink Floyd, Michael Jackson ou les Beatles (prenez le temps de déchiffrer le texte d’Hello good bye, par exemple : vous ne serez pas déçus du voyage !).

   

 

Malice pédagogique délibérée de nos loustics-Tistics ? Histoire de montrer que les plus grands succès anglophones (enfin, ceux qu’ils ont choisis !) n’existent que par leur musique et leur interprétation, le texte venant simplement en illustration sonore ? Dans ce cas, il faudrait emmener tous les écoliers de France et de Navarre voir ce spectacle pour le moins éducatif. Ou simple volonté de passer un moment de franche rigolade ? Les deux peut-être, mon capitaine, car c’est réussi dans les deux cas, gestuelle et mise en scène incluses, sans recours à aucun décor.   

 

 

Je m’en voudrais d’en dire plus, au risque de déflorer l’intérêt du spectacle, car celui-ci est interactif, notre Monsieur Loyal proposant directement au public de trouver le titre de la chanson originale en lui donnant les premiers mots de la traduction française. Ce qui marche à tout coup et nous permet de découvrir alors la totalité de la chanson à la sauce Tistics, pour le plus grand bonheur de l’assistance. Simplement, pour vous donner quand même un aperçu, lorsque notre homme s’avance vers le public et lui dit : « Georgette dans ma tête… », on comprend qu’une chanson qu’on imaginait aussi géniale qu’émouvante (ce qu’elle est vraiment, interprétée par son créateur… Ray Charles) n’est qu’une daube infâme, côté texte : Georgia on my Mind

Ne croyez pas pour autant que ces sacrés Tistics se contentent de se livrer à une démolition en règle du patrimoine tubesque de nos amis anglais et américains : loin d’être primaires (et encore moins sectaires), ils savent s’en prendre également à la chanson française en la traduisant en anglais. Et cela frise aussi le ridicule, parfois, même lorsque c’est un dénommé Gainsbourg qui en est l’auteur...

 

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Cela se passait au Théâtre Olympe de Gouges dans la programmation réunissant deux concerts différents entre 18 et 20 h 30. Les trois autres lieux investis par le festival étant la grande salle Eurythmie (3 000 places), le Chapitô (environ 500 places) réservé notamment aux débats du matin, au jeune public et aux soirées plus intimes, et le Magic Mirrors accueillant dans l’après-midi les fameuses « Découvertes » d’Alors… Chante ! – la marque de fabrique du festival, celles qui attirent tous les professionnels de la scène – et le bœuf traditionnel de fin de soirée, pour prolonger encore une journée déjà bien chargée (dix à douze concerts quotidiens).

[À SUIVRE]

 

Publié dans : Concerts et festivals - Par Fred Hidalgo
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Commentaires

Merci Fred de toutes ces réflexions utiles .
Pour donner de l'eau à ton moulin, j'ai une de mes filles ACI, elle a 15ans et ne chante, ne compose qu'en anglais.Tu imagines ma désespérance, on ne peut pas dire qu'elle n'a pas entendu de "Chanson Française" ... Les discussions vont bon train à la maison.
Mais quand je vois une artiste Française reconnue et aidée les professionnels, qui à Montréal pour les FRANCOfolies, alors que les Québécois ont le même problème multiplié par dix, se permet de chanter un titre en anglais en disant qu'elle n'a pas trouvé les mots qui swinguent, et qui en fait en place trois de suite, alors là j'ai honte, et pourtant ce sont ces mêmes festivals fédérés qui mettent ces artistes au sommet. Alors ...
j'ai hâte de lire la suite de tes réflexions, merci et belle journée.
jean-Yves Liévaux
Commentaire n°1 posté par Liévaux le 05/06/2012 à 11h57
Bel article merci :-)
Commentaire n°2 posté par Internet Montauban le 09/06/2012 à 01h34
C'est bien vu, et ça me rappelle les commentaires de quelques copains "branchés" de mes années d'adolescence qui me disaient :"Qu'est ce que t'es ringarde avec ton Brassens et ton Bécaud, nous on écoute que des chansons anglo-saxones" ...
Commentaire n°3 posté par Danièle le 09/06/2012 à 12h00
Tout à fait d'accord avec la lassitude( et la révolte,mais oui!) engendrée par ces chanteurs(euses) franglais - en dehors de leurs qualités d'artistes;(tant qu'à écouter des artistes en anglais autant écouter des natifs anglo-saxons, il y en a de très bons qui nous procurent plus de plaisir); par principe nous les "zappons" maintenant avec mon mari. C'est ainsi que nous avons "zappé" Mina Tindle à Lignières, dont on nous a pourtant dit qu'elle a une si jolie voix.
Lignières en Berry: parlons-en! Le festival "L'Air du Temps" avait lieu du 16 au 19 mai, sous la houlette de l'association "Les Bains-Douches", composée de gens passionnés et dévoués à la cause des artistes de la chanson vivante.
Ce petit festival draine des spectateurs fidèles de la région et même de plus loin, dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Venez à "l'Air du Temps"!
Quelques bons moments entre autres( on n'a pas tout vu!): Zaza Fournier, énergique, souriante qui réussit en peu de temps à faire lever et rocker le public! Belle ambiance dans le Manège du Pôle du cheval et de l'âne.
Les Fouteurs de joie,énergiques et plein d'humour, Les Blaireaux, drôles, directs et fougueux, sous la vieille halle du 16°s., lieu traditionnel de concerts gratuits et adaptés à l'endroit.
Jil Caplan: quelle belle interprète de Francis Lamarque! Les jeunes chanteurs devraient plus souvent interpréter du F.Lemarque, certains textes ne sont pas démodés.
Et Cali! Ah! Cali accompagné de son seul et excellent pianiste(Alexis Anerille)!Cali généreux, humain, engagé vers l'avenir,complice avec le public,c'était un moment magique...
Il y avait aussi J.-L.Murat,C.Lacan,A.Sylvestre,Da Silva,Tom Poisson(en fil rouge),je ne les nomme pas tous et je vais faire des jaloux.
A "L'Air du Temps", on n'oublie pas Cathy Beauvallet qui, depuis 10 ans, croque avec amour les artistes sur le vif, une belle exposition était donnée à admirer dans les locaux culturels des Bains-Douches.
Venez à "L'Air du Temps"(toujours au w.end de l'Ascension),la programmation est de qualité,on fait de belles découvertes,il y en a pour tous les goûts!

M.Broussaud
Commentaire n°4 posté par Broussaud Marialine le 12/06/2012 à 10h19
Bonjour

En revisitant cet article, avec beaucoup d'intérêt, je me dis, qu'en fin de première lecture, j'aurais mettre un commentaire et vous dire que je suis en parfaite " ARMONY" avec ce que vous écrivez, cher Fred. Comme vous, je m'insurge contre cette invasion de chansons en anglais qui n'ont aucun sens: surtout ne pas traduire!!

C'est bien la peine d'avoir chez nous "une langue belle avec des mots superbes", cette langue qui a permis à des Brassens, Ferrat, Le Forestier, Cabrel, Duteil et j'en passe de nous écrire des merveilles.

Bien amicalement
ANNIE
Commentaire n°5 posté par Annie Lapeyre le 14/06/2012 à 10h39
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