Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
  • Contact

Profil

  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

Site de Fred Hidalgo

Journaliste, éditeur, auteur
À consulter ICI

Recherche

Groupe Facebook

La Maison de la chanson vivante
À découvrir et rejoindre ICI

15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 23:00

Ne me quitte pas (épilogue, 2/3)

 

C’est au complexe culturel Paul-Gauguin (voir « Brel-5-6 »), que l’on délivre les billets d’entrée pour l’« Espace Jacques-Brel », distant seulement de quelques dizaines de mètres. La préposée nous accompagne pour ouvrir la porte coulissante du hangar, car nous sommes les premiers (et peut-être les seuls) à nous y rendre ce jour-là. Peu de touristes aux Marquises, on le sait, sauf lorsque débarque l’Aranui (ou maintenant le Paul-Gauguin, un navire de croisière américain) une fois par mois et rien que pour quelques heures...

 

stele

 

Puis la jeune femme actionne un bouton, et s’élève la voix du Grand Jacques ! C’est son dernier disque qui tourne en boucle le temps de la visite. Vous trouverez peut-être ça étonnant, mais l’émotion est grande d’entendre pour la première fois Les Marquises à l’endroit précis où Jacques Brel a écrit cette chanson… Trente-quatre ans exactement après qu’il l’eut chantée ici à Henriette, la jeune aveugle, pour la seule et unique fois devant quelqu’un d’autre que Maddly (voir « Brel-12 »). Ce matin-là, le temps est clément, il fait chaud sous les tôles ondulées… mais je vous le jure, j’en frissonne encore.

 

jojo-hangar 

L’Espace Jacques-Brel ? Mieux vaut une bonne photo qu’un long discours. En l’occurrence, la description sera vite faite : le Jojo au centre, suspendu en vol immobile, des photos et affiches offertes par l’ex-Fondation Brel de Bruxelles tout autour, sur des panneaux posés aux murs, et puis des documents locaux illustrant à la fois la construction et l’aménagement du lieu dus à Serge Lecordier, responsable de l’aéroclub et beau-frère du maire de l’époque. On y retrace surtout les étapes de la restauration du bimoteur du Grand Jacques, encouragée par sœur Rose et entreprise gracieusement par une équipe de Dassault Aviation, à l’initiative du même Lecordier et autres Marquisiens de bonne volonté. Il faut dire qu’avec le passage des ans, pas davantage que l’Askoy (voir « Brel-10 ») le Jojo n’était… jojo à voir, comme on peut s’en apercevoir sur la photo où sœur Rose pose devant lui.

 

arrivee-Jojo

 

Ramené à Tahiti par Jean-François Lejeune après la mort de Brel, il fut vendu le 6 novembre 1978 à Robert Wan, « l’empereur de la perle noire », qui avait racheté auparavant la ferme perlière de Jean-Claude Brouillet, à Marutéa, l’un des pionniers en ce domaine (et véritable aventurier des airs au Gabon… où je l’avais connu : voir « Brel-4 » – le hasard s’entend comme personne pour lancer de curieuses œillades à travers le temps et l’espace !). Repeint aux couleurs françaises, puis revendu le 18 janvier 1982 à un autre producteur de perles, Yves Tchen Pan, qui le fit voler ensuite pour le compte de sa compagnie Air Océania (disparue depuis), c’est dans celle-ci que le Twin Bonanza de Jacques Brel acheva sa carrière. Après un dernier vol, le 25 octobre 1988, on le laissa bientôt à l’abandon, pourrissant, dans un coin du tarmac de Faaa…  

 

 

À l’image du sauvetage de l’Askoy (voir « Brel-10 »), une grande chaîne de solidarité se déploya par la suite, grâce à Serge Lecordier, alors président du Comité du Tourisme d’Atuona. Première étape : le rapporter ici. C’est la « goélette », comme on continue de l’appeler – l’Aranui, deuxième cargo mixte du nom (nous en sommes aujourd’hui au troisième) –, qui le prit à son bord pour le débarquer en 1995 en baie de Tahauku. De là, on le remorqua jusqu’au centre du village où on l’exposa, en l’état, huit ans durant, livré aux intempéries. Et puis – voir la vidéo-document ci-dessus – le 15 juillet 2003 on enraya sa disparition annoncée. Auparavant, explique Serge Lecordier, « la restauration du Jojo avait été décidée à la suite de ma rencontre en 2001, à l’hôtel Hanakéé, avec Bernard Bonzom, technicien chez Dassault Aviation, venu en vacances à Hiva Oa. Celui-ci m’avait laissé espéré qu’il parviendrait à convaincre ses supérieurs. » Finalement, Dassault envoya trois de ses employés, dont Bonzom, pour restaurer l’avion, avec l’aide de Serge Lecordier et de plusieurs bénévoles locaux.

 

Jojo-Hublots

 

Il ne restait plus qu’à élever un hangar pour l’abriter. Il devint cet Espace Jacques-Brel, inauguré le samedi 4 octobre 2003 (cinq mois après le Centre culturel Paul-Gauguin bâti à l’occasion des cent ans de son décès). Un bâtiment bien modeste pour l’artiste dont il est censé honorer la mémoire, statue-tetemais qui a au moins le mérite d’exister. Et revoilà le Jojo flambant neuf, ayant recouvré les couleurs sous lesquelles volait son fameux pilote belge, et prêt, dirait-on, à reprendre les airs…

Quelques sculptures, dont un beau buste de Brel (une œuvre de Jean-Paul Lesbre dévoilée en octobre 2008, pour célébrer les trente ans de la disparition du chanteur, en présence notamment de son épouse Miche, dont c’était la première venue à Hiva Oa, du secrétaire d’État à l’outremer Yves Jego et du président de la Polynésie française, Gaston Tong Sang – excusez du peu !), les deux projecteurs 35 mm avec lesquels Jacques faisait son cinéma deux fois par semaine aux habitants d’Atuona (voir « Brel-6 ») et, comme annoncé par mon petit prince des Marquises, les dessins touchants des écoliers illustrant ses chansons, l’Askoy et le Jojo, complètent la décoration. Parmi les rares documents personnels, sa licence de pilote…

 

miche

 

À l’extérieur, on découvre la stèle réalisée par le Comité du tourisme d’Hiva Oa, une plaque rivée sur un rocher qui se trouvait initialement sur le terrain en altitude, avec vue à 360 degrés, où Jacques avait décidé de faire construire sa maison. Un terrain déjà défriché et aplani quand il a été contraint de partir… En octobre 1993, lorsqu’on posa la plaque sur le rocher (voir photo), la végétation avait déjà repris ses droits. « Jacques Brel vécut à Atuona de 1975 à 1978, endroit où il souhaitait s’installer », peut-on y lire, sous la fameuse conclusion de sa chanson forcément la plus célèbre et appréciée sur place : « Veux-tu que je te dise ? / Gémir n’est pas de mise / Aux Marquises… »

 

stele terrain

 

Le 7 juillet 1978, Jacques avait piloté le Jojo pour la dernière fois. Déjà bien malade et fort affaibli, il n’avait pourtant pas eu le cœur de dire non à une femme enceinte qui l’avait sollicité pour l’emmener accoucher sur l’île de Ua Pou, dans le groupe nord de l’archipel. Ce jour-là, il souffre beaucoup mais ne se plaint pas, ne geint pas. Simplement, à l’issue du vol aller, il répond à la Marquisienne qui lui demande s’il pourra venir la rechercher en octobre : « Je ne sais pas… » A-t-il pressenti sa fin prochaine ? Toujours est-il qu’à son retour chez lui, il dit à Maddly de retenir deux places sur le premier avion d’Air Polynésie en partance pour Tahiti. « C’est la dernière fois que je vois les Marquises, déclare-t-il juste après le décollage. C’est quand même beau. On aurait été bien dans notre maison... » Et Maddly d’écrire : « Nous survolons Atuona et la piscine bleue nous donne le repère de la maison. Jacques laisse couler une larme. Moi, je m’efforce de ne pas pleurer mais ma poitrine a comme des ratés et trahit mon émoi. »  

 

 

[À SUIVRE : épilogue 3/3]

________

« SUR LES TRACES DE JACQUES BREL », récit de Fred Hidalgo (illustrations sauf mentions contraires de F. et Mauricette Hidalgo) ; rappel des chapitre précédents : 1. Le Voyage aux Marquises (18 novembre 2011) ; 2. Sa nouvelle adresse (26 novembre) ; 3. Si t’as été à Tahiti… (3 décembre) ; 4. Touchez pas à la mer ! (8 décembre) ; 5. Aux Marquises, le temps s’immobilise (13 décembre) ; 6. Si tu étais le bon Dieu… (9 janvier 2012) ; 7. De l’aube claire jusqu’à la fin du jour (29 janvier) ; 8. Et nous voilà, ce soir… (20 février) ; 9. Je chante, persiste et signe… (25 mars) ; 10. Jean de Bruges et « Le voilier de Jacques » (29 mars) ; 11. Quand je serai vieux, je serai insupportable... (3 avril) ; 12. Et tous ces hommes qui sont nos frères... (4 avril) ; 13. Ne me quitte pas, épilogue 1/3 (15 avril).

 

 

Partager cet article

Published by Fred Hidalgo - dans Reportages
commenter cet article

commentaires

bonzom jean bernard 06/07/2012 10:36

Bonjour,
Je suis la personne à l’origine de la restauration. J’ai réalisé le projet avec 2 copains de Bordeaux, plus des bénévoles de Hiva Oa. Nous avons pris 2 mois sur nos jours de vacances. Air Tahiti
Nui nous a offert le voyage, la mairie nous a hébergés. La vie sur l’île était à notre charge.
Dassault m’a donné la peinture, les ingrédients et a pris en charge les frais de transport pour acheminer les produits. Cela ne représente qu’une toute petite participation. La réalisation est due
à un groupe d’amis pleins de volonté. Je tenais à apporter ces précisions.
Amitiés
Jean-Bernard Bonzom

Fred Hidalgo 06/07/2012 11:37



Cher Jean-Bernard,Je vous sais gré d’avoir apporté ces précisions, histoire de rendre à César ce qui appartient à Jean-Bernard.
Bravo pour votre formidable initiative ! L’histoire est encore plus belle ainsi, née d’un homme de bonne volonté – offrant ses capacités et sa force de travail sans rien attendre en retour –
plutôt que d’une société possédant forcément quelques arrière-pensées publicitaires. Merci mille fois à vous et à vos amis bordelais et marquisiens, sûr que le Grand Jacques aurait été
touché...



Pierre-Marie Bourdaud 19/04/2012 17:27

Quelle plaisante coïncidence de lire votre article alors que cette nuit, dans l’émission de Serge Le Vaillant, j’ai écouté Mon enfance… qu’évoque un Christian Camerlynck, que j’avais eu le plaisir
d’écouter et d’interroger à Bourges !

J’ai aimé le texte où vous parlez d’un enfant qui aime Brel. Comme quoi longtemps longtemps longtemps après que les poètes ont disparu… Ce qui me renvoie à mon fils, grand fan de Trenet depuis ses
onze ans !

Par ailleurs, est-il utile de dire que Jojo, Orly et Fernand sont mon triangle d’or (noir) ?

Annie Lapeyre 16/04/2012 15:57

OUF!!! l'émotion continue.

Comme il est beau JOJO !!!! tel le Phénix renaissant de ses cendres. C'est merveilleux que des gens se soient passionnés pour le remettre en état.

Il a raison Jacques Brel quand il dit que ce n'est pas la durée de la vie qui compte, mais son intensité.

Cela rejoint Senèque " L'essentiel est l'emploi de la vie et non sa durée"
et aussi de Pierre Renaud " On cherche toujours à ajouter des années à la vie sans se soucier de donner de la vie aux années".

Evelyne 16/04/2012 12:44

Merci pour cette belle chronique que j'ai suivie de bout en bout et qui m'a définitivement fait aimer Jacques Brel, l'homme, alors que jusque là, j'aimais ses chansons, j'admirais l'homme de scène,
mais ne connaissais pas sa personnalité et, bien sûr, ses années de vie aux Marquises.

Quant à la vidéo sur la rénovation de "Jojo", l'avion, c'est un moment extrêmement émouvant, je trouve... Tout le soin mis à faire revivre cet avion avec tant d'amour pour l'homme qui avait vécu
parmi eux.

Christian Camerlynck 16/04/2012 10:06

Bonjour cher Fred, et bravo pour tes écrits sur Brel.
Samedi dernier je chantais... et j'ai osé pour la première fois chanter “Mon enfance”. L'une des premières chansons dans laquelle j'avais l'impression que Brel parlait de moi. Chanson qui m'a fait
partir à la découverte de Brel que j'entendais mais ne connaissais pas.
En scène, en la chantant, j'ai pensé beaucoup à tes récits de ce voyage qui, j’en suis sûr, fut bouleversant.
Je t'embrasse
Christian