Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
  • Contact

Profil

  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

Site de Fred Hidalgo

Journaliste, éditeur, auteur
À consulter ICI

Recherche

Groupe Facebook

La Maison de la chanson vivante
À découvrir et rejoindre ICI

8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 19:23

Les Victoires de la chanson (suite)

« Collection d’hiver » n° 8. Après les hommages à Charles Trenet (que les médias ont boudé de façon indécente, pour privilégier – y compris sur le service public le soir du 10e anniversaire de sa disparition ! – l’image plus « vendeuse » de Gainsbarre) et à son « pays » Jordi Barre (un « deuil national » en Languedoc-Roussillon et une occultation totale partout ailleurs…), après un focus spécial sur Thiéfaine (parce que son disque le vaut bien), il est temps de reprendre le fil de notre collection d’hiver. Justement, ce 8 mars, pour célébrer la sortie de son 8e album studio*, Thomas Fersen nous invite à filer avec lui au paradis…

Il y a des artistes qui, en parlant d’eux-mêmes, atteignent à l’universel ; ou, du moins, à faire en sorte que les membres d’une même société ou d’une même génération se retrouvent dans leurs chansons – c’est le cas par exemple d’un Thiéfaine avec sa Ruelle des morts. Et puis, il y a des artistes qui ont choisi de privilégier l’imaginaire, de s’évader du quotidien, et savent à merveille nous entraîner dans leur univers : Thomas Fersen est un orfèvre en la matière. Son nouvel album ne déroge pas à la règle, bien au contraire ; il nous plonge de bout en bout dans un monde féérique peuplé de vampires, de sorcières, de fantômes, de morts-vivants et de loups-garous !

CD.jpg


• JE SUIS AU PARADIS. Dracula – La Barbe bleue – Félix – Sandra – J’suis mort – Le Balafré – Parfois au clair de lune – Mathieu – L’Enfant sorcière – Une autre femme – Brouillard – Les Loups-garous. (Prod. Editions Bucéphale/tôt Ou tard ; distr. Wagram Music ; site de l’artiste ; ou « site relais » non officiel avec un large choix de vidéos)
 


Et lorsqu’une chanson de ce disque déborde du cadre imposé, c’est pour mieux nous faire (hurler de) rire. En jouant par exemple à la ballade des gens heureux, avec Félix le bien-nommé : « Je suis centenaire / Mais je suis encore vert / […] Mon fils est un vieux schnock / Ma fille est une vieille bique / Quand je l’embrasse, elle pique / Y en a marre des viocs ! / Je jouis, je jouis, quand j’entendrai le glas, oui / Je jouirai encore / Je veux mourir comme Félix Faure » !

Comme d’habitude avec ce « jeune homme » qui, lui, à force d’enfoncer le pieu, finira par être quinquagénaire (il est né le 4 janvier 1963), c’est drôle avant tout et c’est toujours un bonheur d’écriture, avec un vocabulaire, des expressions, des tournures, des vers et des couplets tout sauf banals : « Mais on accuse à tort la gent trotte-menu » (à propos d’un fantôme nommé Sandra), « Sous les ronces et le lierre est la tombe de l’enfant sorcière » (L’Enfant sorcière), « On peut attraper un goitre / Une queue ou un pied-bot / Sentir une bosse croître / Et vous déformer le dos » (Une autre femme)… Sans parler des situations elles-mêmes, comme l’histoire de ce serial-killer Balafré (remake de Massacre à la tronçonneuse !) qui trompait bien son monde : scene.jpg« On retrouva au parc Monceau / Une bourgeoise coupée en morceaux / […] Tout l’monde croyait de bonne foi / Qu’il s’en allait couper du bois / C’est pas qu’il fût je-m’en-foutiste / Il avait une âme d’artiste / Il menait une vie de cigale / Il jouait de la scie musicale… »

 Petit plus à cet univers pour le moins séduisant (jusqu’à l’érotisme : « Je connais une fille dont le sourire pointu / Est plus cruel que celui de Nosferatu / Le crucifix qui descend entre ses deux seins / Ferait se damner un saint… »), la petite morale propre à ce fabuliste de la chanson qui vient ponctuer chacune de ses historiettes ; qu’il s’agisse de brosser le portrait de Dracula (« Il semble que l’amour soit parfois un charme bien pire / Que celui que l’on prête au prince des vampires ») aussi bien que de narrer des mémoires d’outre-tombe : « J’suis mort et j’en fais pas un drame / Mon job, c’est à la foire du Trône / C’est moi qui fais crier les femmes / Je suis squelette au train fantôme… »

Quant à la réalisation, on retrouve Thomas aux commandes, avec la collaboration aux arrangements, selon les chansons, d’Olivier Daviaud, de Fred Fortin et de Joseph Racaille. C’est dire si, là aussi, la musicalité de l’album constitue du travail d’orfèvre, où guitares, mandoline, percussions, orgue, piano, accordéon, violoncelle, contrebasse, flûtes et autres mellotron ou glockenspiel s’épousent ou se distinguent pour mieux enrichir l’ensemble. Sachant que l’essentiel, toujours, est de se mettre au service de l’histoire. En l’occurrence, j’ai un petit faible pour Parfois au clair de lune , à l’inspiration quelque peu brassénienne : « Apprenant que les gendarmes / Recherchaient un vagabond / Une brave dame / M’a caché sous un jupon / Quelquefois, je l’admets / J’ai couché sous un pont / Mais je n’avais encore jamais / Logé sous un jupon / […] Mes autres résidences / Ne valaient pas un radis / Et de toute évidence / Ici je suis au paradis. » CQFD !



NB. Dans l’impossibilité de télécharger ici (légalement) des chansons de Je suis au paradis, et aucun clip ou vidéo de celui-ci n’étant (encore) disponible, on peut l’écouter en totalité sur le site du label tôt Ou tard, dans la page consacrée à Thomas Fersen, en cliquant ICI. Peu importe l’ordre dans lequel vous l’écouterez, mais je vous conseille particulièrement le dernier titre, Les Loups-garous, aussi hilarant que finement écrit : « Par une rare conjonction / Entre Vénus, Mars et Saturne / Mordu par un chien taciturne / J’avais reçu l’extrême-onction / Je n’allais pas passer la nuit / Et je faisais une drôle de tête / Mais sur les douze coups de minuit / J’ai repris du poil de la bête… » Quant à la vidéo qui accompagne ce sujet et raconte la triste histoire de Hyacinthe, elle illustre en fait une chanson de l’avant-dernier album, Le Pavillon des fous, mais nous vous la proposons pour le plaisir des yeux (et des oreilles), puisqu’elle est l’œuvre d’un maître du dessin, Joan Sfar, récemment césarisé pour son premier film, Gainsbourg, vie héroïque...
__________

*Les sept précédents sont : Le Bal des oiseaux (1993), Les Ronds de carotte (1995), Le Jour du poisson (1997), Quatre (1999), Pièce montée des grands jours (2003), Le Pavillon des fous (2005), Trois petits tours (2008) ; albums studio auxquels il faut ajouter deux albums live (Triplex en 2001 et La Cigale des grands jours en 2004) et un « Best of de poche » en 2007, Gratte-moi la puce, composé de vingt titres réenregistrés, accompagnés au ukulélé.

Partager cet article

Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
commenter cet article

commentaires

Bruno Iguanodon 24/04/2011 13:41


Bonjour Fred, et bravo pour votre chronique très réussie sur ce 8e album de notre cher Thomas Fersen. Merci à Palmita qui m'a fait découvrir votre blog très bien conçu. La vie serait moins belle à
vivre sans la musique et les mots de Thomas. Pour l'avoir vu en concert pas plus tard que jeudi dernier (21 avril à Lyon), je suis encore au septième ciel et pas résolu à vouloir en descendre.
Thomas a vraiment l'art de Faire-Scène ^_^ amicalement,


Palmita 11/03/2011 18:49


Ça m'a fait plaisir d'y voir mon site à côté du site officiel !!!
Du coup, je suis gonflée à bloc et quasi au paradis ;o)


Martha Mailledir 11/03/2011 18:41


Thomas Fersen... Ah, Thomas ! C'est dès “Le Bal des oiseaux” que je fus séduite.
Séduite mais jamais abandonnée, c'est toujours aussi nouveau, aussi frais. Pourtant, tout y est depuis le début.
On se balade dans chaque nouvel album comme chez nous et on reconnaît tout : le puits, le lierre, la lune, l'arbre, les pierres ... En poussant la porte de la remise, tandis que dans un rai de
lumière dansent quelques papillons de poussière, on entrevoit une mobylette qui se repose à côté d'une valise d'où s'échappent le bout d'une cravate et les bords d'un chapeau-claque. Quelques
plumes éparses témoignent d'aventures rocambolesques et de poursuites échevelées...
Entrons dans la maison : dans l'entrée un sabre et le manteau d'une chauve-souris gardent le porte-parapluie. Caché sous l'escalier, on aperçoit le placard à balais et plus loin au début du couloir
qui mène vers la chambre une armoire à dentelles. Revenons vers la cuisine où la fenêtre à guillotine laisse passer l'odeur fraîche du jardin et les trilles des oiseaux, un cheval hennit plus loin.
La télé parle toute seule dans un coin, la bouilloire attend sur la cuisinière, une mouche zonzonne autour d'une tartine abandonnée sur la toile cirée. Il fait beau.
Ou bien il broussine peut-être car l'actualité distille parfois de ces drames qui nous font à la fois apprécier notre bonheur à être vivants et libres, tout en nous faisant chagrins de la faim des
autres.
Et j'en oublie, des pages ne suffiraient pas à écrire sur cet inventaire à la Prévert sans cesse revisité, toujours renouvelé dans ce jardin extraordinaire d'instantanés, de poésie et de musiques
mêlées que constitue l'univers de Thomas Fersen.
On a beau connaître les chansons par cœur, on redécouvre les histoires à chaque nouvelle écoute, un peu comme on relit nos BD préférées, avec la même gourmandise préméditée.
J'aurais pu faire un commentaire dès la parution de ta page qui m'a fait bondir de joie cher Fred, mais non : je n'ai pas trouvé les mots, il y en avait trop et j'ai plutôt réécouté tous les albums
dudit avec mon habituelle émotion amusée.
Pardon mais... même pas honte. Merci Fred !