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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 17:41

Vagabondages


Apprenant la disparition de Roger Gicquel, ce samedi 6 mars (le 22 février il avait célébré ses 77 ans), je ressens l’impérieuse nécessité de lui rendre hommage : voilà en effet quelqu’un qui a bien mérité de la chanson. Tout le monde sait et va saluer aujourd’hui l’excellent journaliste qu’il fut (grand reporter, présentateur vedette du JT, etc.), mais je crains fort qu’on oublie l’amateur passionné de chanson. C’est pourtant pour elle qu’il abandonna le journal télévisé, créant, produisant (avec Monica Soro) et animant dans la seconde partie des années 80 une formidable et mémorable émission de chanson, Vagabondages

Celui qui regardait la France « au fond des yeux », du milieu des années 70 au début des années 80, lors de la grand-messe télévisée du 20 heures, avait en effet d’autres cordes à son arc et une passion avant tout : la chanson francophone. C’est ce qui le conduisit à créer cette émission qui faisait défaut à la télévision française depuis la disparition de l’incomparable Discorama de Denise Glaser, puis du Bienvenue de Guy Béart. Vagabondages sera réalisée dans les conditions du direct et diffusée sur la première chaîne, jusqu’à sa privatisation, de 1983 à 1986. Roger Gicquel y reçut le meilleur de la scène francophone, autrement dit des artistes de terrain, des vrais, délaissant les sempiternelles vedettes de variétés qui passaient et repassaient alors, jusqu’à satiété, dans nos étranges lucarnes. Bref, c’était un Apostrophes ou un Bouillon de culture de la chanson française.

J’en témoigne personnellement, ayant eu le bonheur d’être invité à plusieurs reprises à son enregistrement (Roger était un lecteur assidu de Paroles et Musique…), et même invité tout court, une fois, en compagnie notamment du Québécois Claude Léveillée (« Je me fous du monde entier / Quand Frédéric me rappelle / Les amours de nos vingt ans… »), du comédien Daniel Gélin (qui adorait la chanson) et de Gilles Servat qui, pour la première et la dernière fois de sa carrière, put librement chanter sur une antenne nationale son texte fleuve (et ô combien dérangeant !) de seize minutes, Je ne hurlerai pas avec les loups… Roger Gicquel adorait les artistes, et le prouvait, quitte à mettre sa propre carrière en péril.

   

 

Une autre fois, en 1985, et Paroles et Musique y était aussi, il monta un Vagabondages spécial autour de Félix Leclerc. Pour ce faire, il se déplaça avec toute son équipe jusqu’au Théâtre de l’Île d’Orléans (dont s’occupait encore Pierre Jobin, le « gérant » québécois de Félix), tout proche de la maison du chansonnier aux fleurs de lys. Lequel avait définitivement abandonné le tour de chant depuis plusieurs années (sa dernière tournée en France datait de 1977). Au-delà de sa qualité intrinsèque, cette émission réalisée en public constitue donc l’ultime témoignage filmé de Félix chantant en direct, seul avec sa guitare, ou accompagné au piano par François Rauber, l’immortel compositeur et orchestrateur de Jacques Brel.

C’est la vidéo que nous vous offrons ici. Extraite de cette émission spéciale, on y voit Félix chanter, en compagnie de ses collègues Claude Léveillée, Sylvain Lelièvre, Marie-Claire Séguin, Yves Duteil et Jean-Pierre Ferland… autour du journaliste amoureux de la chanson. Beau souvenir, plein de tendresse… et d’humour aussi, quand Roger se « plante » !

Le Paradis des musiciens

Un dernier mot (mais il en faudrait bien d’autres pour rendre justice à l’action de Roger Gicquel à une époque où la variété télévisée écrasait la chanson vivante – y compris des Aznavour, Bécaud ou Trenet, considérés comme « ringards », qui avaient le plus grand mal à exister à la télévision –, tant et si bien que les « nouveaux talents » d’alors, comme Jean Guidoni par exemple, n’auraient jamais existé aux yeux du grand public sans Vagabondages, véritable émission de résistance qualitative dans le P.A.F. des années 80) ; un dernier mot, disais-je, pour rappeler que Roger avait fait tout son possible, justement, pour contribuer à la découverte d’une chanteuse qu’il estimait particulièrement : une artiste, Danielle Messia, au talent réellement exceptionnel mais à la carrière et à la vie hélas fulgurantes... Vagabondages sera sa dernière apparition télévisée, juste avant sa mort, le 13 juin 1985, de « ce mal mystérieux dont on cache le nom » : elle n’avait que 29 ans (voir « L’Étoile filante de la chanson » dans Chorus n° 4).

À propos de Félix, quelques années après cette émission à l’île d’Orléans où les artistes mentionnés ci-dessus et d’autres comme Michèle Bernard interprétaient ses chansons, Roger nous avait rappelé son humanité, son étonnement de voir ses chansons reprises par plus jeunes que lui : « C’était un hommage d’artistes français et québécois à son talent… Mais il était déjà malade, l’asthme le faisait souffrir : il n’a chanté que deux ou trois chansons. Mais c’était émouvant et cela faisait chaud au cœur. C’était un vrai poète doté d’une imagination incroyable, il sautait d’un sujet à l’autre en improvisant des images merveilleuses… C’était un personnage hors du commun, d’une invention poétique étonnante et d’une véritable générosité vis-à-vis du public. »

  


La générosité, l’humanité… Des mots qui s’appliquaient aussi à Roger Gicquel. C’est pourquoi je me permets de rendre hommage au créateur de Vagabondages, via L’Héritage de Félix… Une histoire d’âge ?! Un devoir, en fait : à défaut de pouvoir leur dire notre gratitude de leur vivant, comme Roger Gicquel l’a fait avec Félix Leclerc – l’époque actuelle étant plutôt à la destruction systématique voire planifiée de l’humain –, il nous incombe, quand ils en sont dignes, de perpétuer l’héritage spirituel de ceux qui nous ont quittés. Je ne serais d’ailleurs pas surpris, s’il est un ailleurs meilleur qu’ici-bas, que l’homme de Vagabondages occupe une place à part dans ce Paradis des musiciens si joliment chanté et popularisé par Danielle Messia : « Quand j’vas mourir / Moi j’veux aller dans le paradis des musiciens / Là où tout le monde ça s’met ensemble / Et où ça chante de belles chansons... » Merci pour tout, Roger.

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Published by Fred Hidalgo - dans Hommage
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commentaires

Gilbert Duroux 19/12/2016 05:20

Vous dites que Danielle Messia est morte de « ce mal mystérieux dont on cache le nom ». Que voulez-vous insinuer alors qu'officiellement elle est morte d'une leucémie foudroyante ?

Fred Hidalgo 27/12/2016 10:11

Bonjour Gilles,
En utilisant cette métaphore bien connue des amateurs de chanson et de Brassens en particulier (cf. « Le Bulletin de santé »), il s’agissait simplement (je ne sais quelle arrière-pensée vous semblez m’accuser d’« insinuer »), que d’éviter de parler crûment de cancer ou de leucémie. Cela ne change rien à la réalité, mais elle paraît moins pénible à supporter.

Pascale PATRON 11/07/2014 12:24

pourriez-vous m'indiquer les références de l'indicatif de l'émission ? merci de me répondre sur mon adresse e-mail. cordialement.

Fred Hidalgo 12/07/2014 15:04



Bonjour,
Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question. Voulez-vous savoir de quelle émission précisément il s'agissait ? Celle dont est tirée la vidéo mise en ligne ?
Si oui, c'était "Vagabondages" de Roger Gicquel, réalisée à l'île d'Orléans, dans le Théâtre de l'Île, tout près de la maison de Félix Leclerc.
S'il s'agit de l'indicatif musical de "Vagabondages", je ne saurais malheureusement vous répondre. Peut-être un lecteur ou lectrice de ce blog ?...
Cordialement 



pierrot rochette 09/02/2013 22:14

roger Gicquel et son émission vagagondages
wowwwwwwwwwwwwwww
merci de nous offrir
ce témoignage vidéo



ICI LE RÊVEUR ÉQUITABLE
QUÉBEC:)))

fantastique votre blog :)))

Permettez-moi
de vous offrir
une de mes chansons
qui parle de la vie
d'un artiste-peintre
et du rapport entre
sa vie privé et son art

EN MARCHE VERS UNE VIE PRIVEE OEUVRE D'ART

Ce qui est beau dans la vie privée oeuvre d'art,
c'est d'en être le peintre,
dans un atelier où on doit à la fois
peindre l'infinie joie d'une humanité
qui s'élève peu à peu en soi
et donner une poignée de main à celui ou celle
qui reprend sa vie d'artiste du quotidien en main.

16 ANS D'AVENTURE

une ière neige sur le lac
un pic bois qui passe en ami
un chien qui marche sur la galerie
deux hommes qui parlent de la vie

une peinture sur le mur
l’homme se lève
me rappelle l’essentiel

sa peinture date de 16 ans
l’homme avait déja 38 ans
était amoureux fou d’une femme
qui tenait dépanneur, corps et âme

pendant que lui
d’un autobus
était chauffeur de vie

travaillait pour
Chevrette transport La Tuque
avait hâte a la fin de semaine
tiens ben ta tuque

rêvait du cap de la madeleine
mais le dépanneur ferme si tard
toute la semaine

en attendant
monte chez son frêre en haut
avec toiles et pinceaux

REFRAIN

sur sa toile
des arbres, des billots et de l’eau
qui dansent l’amour
comme la chute entraîne tout su l’tableau

quand on contrôle pu rien
c’est qu’y a des matins
où l’amour doux
c’est trop fou

quand on contrôle pu rien
c’est qu’y a des matins
où l’amour doux
c’est trop fou

COUPLET 2

y a pu de neige sur le lac
ou est le pic bois mon ami
le chien est en bas d’la galerie
l’homme est dehors avec un sac de voyage

sa vieille peinture
reste sur le mur
avec toute sa magie

un grand amour
c’est tellement fort
que leur ière fille s’appelle Pascale
une ado de 15 ans qui mord
la vie comme à son ier bal

pendant qu’sa soeur
Justine 9 ans
sourit aux étoiles

la femme se meurt d’un cancer
l’homme a finit par jeter sa dernière bière
il doit monter à Trois-Rivières
il sera bientôt père et mère

sa vieille peinture
su l’mur le rassure
sur 16 ans d’aventures

pierrot
vagabond céleste

www.enracontantpierrot.blogspot.com
www.reveursequitables.com

sur google,
Simon Gauthier, video vagabond celeste

Christian Camerlynck 12/07/2012 19:23

Oui, merci cher Roger Gicquel.
Avec vous, la France n'avait pas peur de la Belle chanson et de découvrir les artistes. Je me souviens de la réaction de Francesca Solleville après l'émission où Colette Magny avait été programmée.
Je me souviens de celle avec Danielle Messia, j'étais sur le plateau d'enregistrement en invité, il y avait Jean Guidoni et Pierre Philippe.
Et je me souviens aussi de Bourges, de l'Hommage à Félix où Roger Gicquel avait chanté. Comme il était ému!!! Cette date est à jamais dans ma mémoire. J'avais pu serrer la main de Félix, mon
philosophe à moi... Jean Dufour avait peine à me reconnaitre, j'étais encore tout boursouflé des suites de mon accident.
Aujourd'hui, j'ai la force émotionnelle d'écrire, je suis envahi par l'émotion et des larmes surgissent. Des larmes de bonheur d'avoir vécu ces moments-là. Mon album souvenir impérissable, tant que
la vie sera en moi.

Gérard Classe 04/01/2012 16:14

Je prends connaissance de cet article hommage ô combien justifié !
Il me rappelle la lettre que Michèle Bernard m'avait écrite dans un TGV la conduisant à Paris et que j'ai bien sûr gardée. "Je file faire une émission avec Roger Gicquel" (suivi des !?! marquant
son étonnement, tant elle ne connaissait alors que le présentateur vedette du JT).
Quant à Danielle Messia, elle le rencontra de nouveau en novembre 84 à Brest pour recevoir le Prix Radio France Bretagne ouest de la chanson vivante de ses mains. En direct à l'antenne, en
compagnie de Maurice Fanon et Mannick. Danielle avait chanté la veille devant 6.000 personnes au parc de Penfield, dans le même programme que ces derniers ainsi que Tachan, Bedos, Font et Val,
Pauline Julien, Servat,Romain Didier, Ionatos etc. C'est cette nuit là qu'elle m'avait appris l'aggravation du cancer qu'elle soignait depuis des mois. Cette nuit où nous avons décidé de nous
battre encore plus contre les injustices (physiques et du métier !).
Quant à Jean-Pierre Ferland, je l'ai rencontré en... 1966 à Paris (où j'habitais alors), chez "Monde Mélody", un label dans lequel enregistrait un copain. Jean-Pierre y négociait l'édition de
quelques chansons. Rencontre aussi d'une certaine Jackie Galil qui fit un tabac plusieurs années après avec "Le jour se lève". Elle était devenue Esther Galil. etc... mais tant de choses...
A bientôt Fred.