Profil

  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Le blog de Fred Hidalgo

Présentation

  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…

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Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 12:57

Le griot des Flandres

   

Attention, cador ! Un poète lucide au cœur lunaire, reconnu et respecté de longue date en Nord-Pas-de-Calais : « Ribouldingue en pays flamand ! » écrivait serge Dillaz dans Chorus. Passé successivement par la guitare, la contrebasse et le piano, il s’accompagne principalement sur scène au violoncelle et a pris en quelque sorte la relève de Raoul de Godewarsvelde, le fameux « barde des Flandres » disparu en 1977, d’où son surnom de « Griot des Flandres ». Grand frère de Dany Boon, des Blaireaux et autres Marcel et son Orchestre, William Schotte sort son sixième album, Dédicaces, et tourne pour l’occasion en duo avec l’accordéoniste Sonia Rekis.

 

Il y a urgence. D’abord parce que William Schotte a démarré sa nouvelle tournée et qu’il ne faut pas le manquer (lui qu’on voit rarement dans la capitale se produit du 7 au 10 septembre à 22 h au Connétable – 55 rue des Archives, Paris 3e). Ensuite et surtout parce qu’il est temps de reconnaître en lui une vraie pointure de la chanson. « Souris-moi, souris-moi / Je n’suis pas un clown si triste / Souris-moi, souris-moi / Ou alors je quitte la piste… » prévient-il dans Cabot, le premier titre de Dédicaces.

 

 

C’est après avoir composé pour le théâtre et la télévision qu’il se lance dans la chanson, la presse écrite saluant aussitôt la richesse de l’univers du « plus flamand des chanteurs hexagonaux », pionnier du violoncelle : drôlerie, brio, émotion et sensualité sont au rendez-vous et font de William ce « poète halluciné » qui n’a jamais transigé sur la tolérance, mouillant sa chemise à volonté tant pour l’amour et l’amitié que pour les estaminets ! Alors, vite fait (à vous ensuite de parcourir le reste du chemin, notamment via les liens ci-dessous), résumons son parcours (fléché de plusieurs Cœur Chorus, la distinction qu’offrait la « revue de référence de la chanson francophone »), grâce à ce qu’écrivait Serge Dillaz – l’un des deux chtis de l’équipe ! – dans une « Rencontre » avec lui (n° 44, été 2003).

1984-1993 : William décide de former une compagnie. « Rien à voir avec le théâtre pour lequel j’avais pourtant déjà travaillé. Non, en fait, je pensais au rock, aux groupes plus ou moins associatifs de mon adolescence. » Pour le coup, on est plus proche des Blues Brothers que des Stones. Qu’à cela ne tienne, « William Schotte et Cie » jouent les rockers pour rire… Ambiance farfelue pour kermesses de bord de mer. Juste de quoi se faire remarquer par les gens du Printemps de Bourges où nos lascars seront invités en 1989 et 1993 après avoir raflé le prix Jeunes talents de la Sacem.

schotte.jpg

 

1994 : Parution du premier album, Geel en Swart, aux couleurs de Flandres. Ce que William résume par « le jaune, soleil, et le noir, traumatisme de l’enfance ». Une formule lapidaire qui définit plutôt bien le bonhomme : entre rayonnement et ombre mouillée. Apparemment, le clown a toujours un sourire pour les jours mauvais ! Le ton est décalé, volontairement inclassable. Sur fond de musique hybride, les paroles racontent des histoires de gens simples comme ceux que William côtoyait naguère. Avec drôlerie mais aussi avec une bonne flopée de tendresse. Les origines sont clairement revendiquées. Et si la fronde existe en filigrane de ce beau programme, c’est façon Thyl Uylenspiegel : en tirant une (ir)révérence en direction du jacobinisme hexagonal.

1996 : Dès l’album suivant, la bonne franquette reprend d’ailleurs ses droits. Intitulé Au roi du potje vleesch (c’est le boucher-charcutier de William…), le disque dévoile la composition de cette recette gastronomique : du musette, du jazz, du rock, du pop. Dans l’intervalle, William a tout de même eu le temps d’enregistrer un autre opus en trio, Vues d’Ostende. Un pur instrumental, celui-là.

1998 : Pour la « Compagnie » ce n’est pas encore le Nirvana mais quasiment. Pensez donc : leur potée a été mitonnée au studio Gorgone de Lille, là même où Philippe Léotard, Sapho et Renaud (pour l’album Cante el Nord) ont déjà traîné guêtres et guépières ! C’est dans ce lieu magique des vieux quartiers lillois que William mettra en boîte ses Échos du Westhoek. Une sorte de gazette provinciale, de journal musical agencé de main de maître par Joël Cartigny, compagnon de route des Tri Yann.

 



2003 : Quatre ans d’attente et de remise en cause ont été nécessaires pour relancer la machine. L’arrivée du piano à bretelles est à cet égard des plus significative. Le classicisme de William Schotte découle de ses racines. Il est ancré dans la tradition populaire d’un pays où le vent colporte les souvenirs d’autrefois, cette époque où l’enfance est éternelle. C’est Le Grand Biscornu, avec notamment cette Valse à Toto à plusieurs temps, plusieurs niveaux de compréhension : « Allez Toto, chante-nous ta chanson / Pendant c’temps-là, tu pourras pas boire ! / Allez Toto, chante-nous ta chanson / Elle n’est pas bonne, mais t’as l’air d’y croire ! / Tu sais bien, cette chanson où tu parles de la mer / Où tu quittes ta maison, où tu quittes père et mère… »

2006 : Changement de look… Pour le coup, William  a décidé d’aller au Bal des amours. Une façon de taquiner les rythmes en matant les seins de sa cavalière. Passant de la rumba à la valse, du slow au tango, du calypso à la bourrée (manouche), il promène sa silhouette d’escogriffe sur les pistes des dancings, des bals de village ainsi que dans la moiteur des boîtes à champagne. Le personnage, à vrai dire, est resté le même. Un brin fanfaron, ce timide aux allures de M. Hulot endimanché ressemble à un héron égaré dans un magasin de porcelaine…

quichote_3.jpg

Schotte CD originalEt voici que nous arrive Dédicaces, son sixième opus, dont il signe tous les titres, paroles et musique, enfonçant le clou du précédent avec les mêmes musiques de genre. Enregistré cette fois rien qu’à deux, avec sa complice de scène Sonia Rekis, il est néanmoins très dense, musicalement parlant (violoncelle, guitare, piano et basse pour William, accordéon, basse et percussions pour Sonia qui intervient aussi de loin en loin au chant). Et chaleureux au point de susciter chez l’âme sensible (c’est-à-dire, par définition, chez tous les amateurs de chanson vivante) des larmes de plaisir, ou du moins plein de petits bonheurs… et de lui valoir, chez Si ça vous chante, un « QuiSchotte » on ne peut plus approprié !

Pourquoi Dédicaces ? Il faudrait le demander à l’intéressé, mais au-delà du fait qu’il a dédié chacune de ces chansons à un ami, un proche, un parent… ou même à une ville, l’auditeur attentif ne manquera pas de déceler ici et là quelques références-révérences, musicales (comme Trenet pour La Petite Violette, Nougaro-Constantin pour Le Cha-Cha de la souris… dédié à Tex Avery) ou textuelles : « Dans la rue du clap en bas […] / Je suis repassé hier / Après de longues années / Y avait plus Brigitte, y avait plus Françoise / Et les autres commerçants / Avaient tous plié bagages / C’est d’un banal effrayant / […] C’est du “Petit bal perdu”… »

   

 

Loin, si loin des bourrasques des faiseurs qui emportent et raflent (presque) tout sur leur passage au détriment de créations au long cours, c’est du « velours-velours » que souffle ici doucement et sans esbroufe le joli vent du Nord : « Tout là-haut, auprès des dieux qui passent leurs journées / À deviser sur l’avenir des hommes / Je fais le malin, je bois de la rosée du vin / Je fais le malin, je bois et je perds mon chemin… » Un conseil : ne passez pas à côté de William Schotte si votre chemin vient à croiser le sien. Une précision, enfin : discret à la ville (et à la télé), William est un bavard à la scène et ses intermèdes entre les chansons valent le déplacement. Souvent drôles mais pas que ! « La tristesse, la douleur, la joie, le plaisir, la danse sont des valeurs communes à tous les hommes et l’intérêt réside en particulier dans la forme que ces sentiments revêtent. C’est la chanson française imbibée d’esprit flamand. » Goûtez-y, vous y reviendrez !

 

• Dédicaces – William Schotte et Sonia Rekis, 13 titres, 43’56 (Bemol Productions ; contact scène : compagnieaece@live.fr, tél. 06 11 37 29 42).

 

 

NB. On peut écouter nombre de chansons (ou d’extraits de chansons) de William Schotte sur les différents sites suivants :
Cliquer ICI pour écouter notamment des chansons de Dédicaces et consulter son agenda des concerts à venir.
Cliquer ICI pour écouter des extraits du Grand Biscornu.
Cliquer ICI pour écouter des chansons de ses albums antérieurs.

 

Publié dans : Actu disques et DVD - Par Fred Hidalgo
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