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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 19:32

Dans sa maison d’amour… et d’amitié

 
1965, premier album de Pierre Vassiliu : La Femme du sergent, Armand, Charlotte, Twist anti-yéyé… Un ovni apparaît dans la chanson française. Une sorte de rigolo anticonformiste voire iconoclaste. 1969, deuxième album : avec Amour amitié, chef-d’œuvre de tendresse, l’artiste surprend tout son monde et surtout les amateurs d’étiquettes. Bientôt les médias se jettent sur l’amusant Qui c’est celui-là ?... et négligent, dans l’album qui le reprend en 1974, la merveilleuse Dans ma maison d’amour. Jamais plus l’image publique de l’interprète, réduite à ce tube, ne sera en phase avec le répertoire formidablement diversifié de l’auteur-compositeur. On vient encore de le voir (et de l’entendre), quarante ans après, à l’annonce de son décès, ce 17 août 2014.
  

 Portrait-1.jpg

 
C’est en clin d’œil amical à Pierre Vassiliu, et en souvenir de notre première rencontre, au tout début des années 70 en Afrique (où il irait lui-même vivre par la suite), qu’en créant ce blog – comme le savent tous ceux qui sont inscrits à sa
newsletter – je l’avais sous-titré « Dans ma maison d’amour ». C’était en novembre 2009, après quelques mois d’une « petite mort » due à la disparition brutale de nos « Cahiers de la chanson » qui, si regrettés aujourd’hui, n’ont jamais manqué de faire chorus en temps voulu avec l’artiste.

 

 

Pour mémoire, voici juste quelques repères de ces décennies 1990 et 2000.
Automne 1994 : ouvert sur un hommage à Mouloudji, disparu le 14 juin précédent, Chorus n° 9 propose une « Rencontre » avec Pierre Vassiliu. Son actualité ? Un nouveau spectacle, grande réussite par son mélange d’humour, d’émotion, de musique et de professionnalisme :cd-LaVie « Je l’ai beaucoup travaillé, nous confiait-il, car pour une fois j’ai eu les moyens de répéter, dix jours dans un théâtre à Ivry. J’ai essayé de faire un peu la synthèse de mes voyages, de quelques années… » Et un nouvel album, La vie, ça va, après six ans d’attente (L’amour qui passe datait de 1987), du fait de la « sourde oreille » des maisons de disques.

« Un album charnu et épicé, soulignait le signataire de l’article, notre collaborateur Daniel Pantchenko, largement influencé par la période africaine de l’artiste et dont la chanson-titre (samba-reggae d’origine brésilienne) commence à se faire entendre sur les médias. »

Depuis que je traîne sur la terre
On n’me dit toujours pas ce que je fais là
Eh bien j’ai percé le mystère…

 

 

Et de préciser encore : « Ce sera sans doute beaucoup plus long pour Dangereux, un “bon gros reggae” où nos princes de tous poils en prennent pour leur gouverne. » « Y en a marre, confirmait l’auteur-compositeur. Les gens sont tristes, solitaires, y a plus de solidarité. Tout ça, c’est la faute aux politiques. Faut qu’on arrête de se plaindre et qu’on bouge ! » Le délai pour que cette chanson soit enfin diffusée s’avéra bien plus que « beaucoup plus long » : pire, pas une fois à ma connaissance on ne l’entendit sur les ondes nationales ! Difficile, il est vrai et bien dérangeant (surtout pour un chanteur catalogué rigolo), de faire plus radical comme révolte…

 

 
Automne 2003, rubrique Disques de Chorus n° 45. Au sommaire les Têtes Raides avec Qu’est-ce qu’on s’fait chier !, Louis Chedid avec Botanique et Vieilles Charrues, Anne Sylvestre avec Les Chemins du vent, Jean-Louis Murat avec Lilith, François Béranger avec 18 chansons de Félix, Cali avec L’Amour parfait, Paule-Andrée Cassidy avec Lever du jour, Claude Semal avec Les Chaussettes célibatairesCD-Pierres-precieuses.jpget puis une cinquantaine d’autres critiques (du jeune public à une sélection d’albums du monde), dont celle du double CD de Pierre Vassiliu, le bien-nommé Pierres précieuses.

« Acte (ou CD) 1, annonce notre collaboratrice Valérie Lehoux : les nouvelles chansons. Car si les télés et radios le boudent, Vassiliu continue d’écrire, sans jamais se renier. Outre quelques reprises aussi inattendues que réussies (Mon pote le Gitan, L’Étrangère), on le retrouve ici en terrain connu : son disque exhale ce parfum d’Afrique qui lui est devenu si cher. Hymne d’amour aux charmes du Sénégal, titres signés avec le Casamançais Youssou Mané, chansons sensuelles, histoires de pirogues… Vassiliu conserve l’âme généreuse et le cœur nomade. »

Le second CD était un autre bijou, composé d’extraits de concerts pris sur le vif, à Marseille et à Pézenas (la ville dont était natif son copain Boby…). Dont Amour amitié, bien sûr. Et Valérie de conclure : « Ces chansons, des années soixante à aujourd’hui, brossent le portrait d’un homme ironique certes, mais inquiet aussi, tendre et concerné. À l’inverse d’une étiquette qu’il est temps de déchirer pour voir celui qui se planque derrière. Un artiste. » Ce sera hélas le dernier album original dudit artiste...

 

 

Hiver 2005-2006, rubrique Livres de Chorus n° 54 : où il est question de Francis Cabrel, Joe Dassin, Nino Ferrer, Juliette, Georges Moustaki, Étienne Roda-Gil, Alain Souchon et Laurent Voulzy, Zazie… et puis aussi de Pierre Vassiliu, avec son autobiographie intitulée Qui c’est celui-là ? Un titre qui s’imposait, note Serge Dillaz, « car la question n’a jamais eu de réponse. Que savait-on au juste de M. Vassiliu ? Un rigolo aux élans de tendresse inattendus, baba-cool toujours par monts et par vaux, artiste atypique pour qui la carrière compte moins qu’un gueuleton copieusement arrosé ?… “C’mec-là”, finalement, a décidé de mettre de l’ordre dans ce fatras de clichés avec une vraie autobiographie.
  

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» Vassiliu joue franc-jeu », constate Dillaz. « L’enfance avec une mère sensible aux charmes du piano et un père toubib, violoniste à ses heures, les boîtes à bachot, l’amour des canassons (il fut apprenti jockey), la rébellion, le rejet de la famille : tout y passe dans ce qui constitue les préludes d’une vocation.cd-AmourAmitie.jpg La guerre d’Algérie, aussi, qui eut un rôle non négligeable dans cette découverte chansonnière. La Femme du sergent fut en effet écrite à cette époque. Immédiatement testée sur les populations autochtones, elle confirma notre homme dans sa conviction : la chanson pouvait faire office de gagne-pain !

» De retour au foyer (une péniche au bord de la Marne), l’ex-bidasse s’empresse de fréquenter Le Petit Conservatoire de Mireille ; tout en officiant dans un club de jazz et en chantant dans les cabarets. cd-Toucouleur.jpgÀ travers mille anecdotes, Vassiliu fait revivre ces jours (et nuits) de rencontres, de rires et de bitures. Les amitiés qui résisteront au temps, comme celles qui ne durent que quelques heures. Les tournées avec les yéyés. Les premières parties à l’Olympia ou ailleurs. Les joies, les déceptions.

» Grand sentimental, Pierre Vassiliu n’oublie pas d’évoquer ses enfants, ses amours, ses voyages. Les séjours prolongés en Afrique tiennent la piste un bon moment. À la réflexion, on se demande d’ailleurs comment ce paresseux invétéré a eu le loisir de mettre en boîte dix-sept albums… sans compter ses musiques de films. Tant pis pour lui. On a envie de dire : une autre ! Encore une histoire, encore une chanson… »
  

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Une autre, oui, encore une autre ! Il nous en a tellement offertes, de belles et de splendides. Et pourtant, il ne reste de lui, pour l’audiovisuel grand public, qu’un seul et unique titre. Je ne sais pas pourquoi, mais en écrivant ces derniers mots, j’ai envie de me repasser le « Coup de gueule » d’Hervé Cristiani (évidemment ignoré des diffuseurs). Lui aussi, tout récemment disparu, nous a offert de formidables albums, d’inoubliables chansons comme celles de son dernier opus, Paix à nos os. Mais toute sa carrière, pour les « grands » médias, s’est inexorablement réduite à son seul Il est libre Max...

V’là ce qu’elle donne, la vie d’artiste
Depuis que l’tiroir-caisse a pris le pouvoir
Sainte Madonne, comme c’est devenu triste
Y a plus d’place pour mes belles histoires
Ah ! que ça m’fait de la peine
Misère humaine tu m’assassines
Moi qui rêvais d’être sur scène
Je meurs oublié dans la cuisine… 

 

 

Aujourd’hui, c’est sûr qu’au paradis des musiciens, ils sont tout à fait libres, Hervé et Pierre. Mais à nous, qui les aimions de leur vivant, ça nous fait une p… de sacrée consolation ! Comme l’écrivait Paul Fort cité par Brassens (l’idole absolue de Vassiliu, jusqu’à s’installer à Sète ces dernières années) : « Ne crois pas au cimetière / Il faut nous aimer avant / Ma poussière et ta poussière / Deviendront le jouet du vent / Il faut nous aimer sur terre / Il faut nous aimer vivants. » Ce que Jean-Roger Caussimon traduisait ainsi : « Il faut aimer de tout son cœur / Et, sans attendre, / Dire “Je t’aime” à ceux qu’on aime / Avant qu’ils ne soient loin de nous… »
 

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Dans une chanson plus méconnue, Barbara, elle, enfonçait le clou, douloureusement :

C’est trop tard pour verser des larmes
Maintenant qu’ils ne sont plus là
Trop tard, retenez vos larmes
Trop tard, ils ne les verront pas
Car c'est du temps de leur vivant
Qu’il faut aimer ceux que l’on aime
Car c’est du temps de leur vivant
Qu’il faut donner à ceux qu’on aime.

Que feront-ils de tant de fleurs
Maintenant qu’ils ne sont plus là ?
Que feront-ils de tant de fleurs
De tant de fleurs à la fois ?
Alliez-vous leur porter des roses
Du temps qu’ils étaient encore là ?
Alliez-vous leur porter des roses ?

Ils auraient préféré, je crois,
Que vous sachiez dire je t’aime
Que vous leur disiez plus souvent
Ils auraient voulu qu’on les aime
Du temps, du temps de leur vivant.

 

 

C’est la morale (toujours recommencée) de cette triste histoire. Il faut faire chorus quand il est temps. Plus tard, c’est souvent trop tard. Une fois qu’on vous a tout pris, la vie, l’amour, l’amitié, et même vos yeux pour pleurer, il ne vous reste plus qu’à parler aux anges. S’agissant de Pierre, cependant, je veux croire que dans sa maison d’amour, guitare en mains, les anges, il s’en arrange…  

 

 

 

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 18:20

Du Plat Pays à la Terre des Hommes


 Jacques Brel, mort à 49 ans, en avait 45 lorsqu’il a pris la mer le 24 juillet 1974 pour réaliser un rêve d’enfance : faire le tour du monde à la voile. On le sait – je l’ai raconté dans L’aventure commence à l’aurore –, le projet a tourné court lorsque Brel a posé le pied sur « l’île en partance » dont il rêvait aussi « depuis l’enfance ». Hiva Oa, archipel des Marquises. Quarante ans pile après qu’il eut largué les amarres, on espérait que l’Askoy, son voilier échoué sur les côtes de Nouvelle-Zélande, rapatrié en Flandre et restauré depuis, pourrait être remis à l’eau et, pourquoi pas, remettre le cap sur cet archipel du bout du monde, le plus isolé au monde… Où en est-on ? Que s’est-il passé ce 24 juillet à Anvers ? Si ça vous chante d’en savoir plus, je vous invite à embarquer pour un nouveau voyage du Plat Pays aux Marquises, en collaboration (du 11 au 14 août) avec France Culture…
  

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Quand l’Askoy mettra les voiles

24 juillet 1974-24 juillet 2014… Je l’avais laissé entendre dans mon précédent article consacré aux aventures de « Jacbrel », comme on l’appelait là-bas : ses amis et plus particulièrement les Askoyers (autrement dit le groupe d’amateurs-promoteurs de l’Askoy, auquel j’ai le plaisir d’être associé), ceux et celles qui suivent de près l’incroyable épopée de la restauration de ce bateau (après qu’on l’eut retrouvé en piteux état – il ne restait plus que sa coque –, enfoui sur une plage de Nouvelle-Zélande où une tempête l’avait fait s’échouer), espéraient que celui-ci pourrait être remis à l’eau cet été pour marquer symboliquement ce quarantième anniversaire.
  

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Les circonstances et surtout le manque de moyens ne l’auront pas permis : les voiles sont toujours en attente d’être confectionnées… Un comble, ou plutôt un clin d’œil malicieux du destin, puisque les maîtres d’œuvre de cette restauration (une entreprise purement philanthropique, je le rappelle, qui ne bénéficie d’aucune aide officielle ; Staftout comme la restauration du Jojo, l’avion de Brel, a été à Hiva Oa le fruit d’une chaîne fraternelle de solidarité) ne sont autres que les fils de Johan Wittevrongel, le spécialiste flamand auquel Jacques Brel, justement, avait commandé ses voiles !

Piet et Staf (diminutifs de leurs prénoms) nous avaient cependant donné rendez-vous ce 24 juillet, après nous avoir ainsi, discrètement et humblement, prévenus : « Quarante ans après l’appareillage de Jacques Brel sur l’Escaut, la restauration de l’Askoy avance plus lentement que prévu. Doucement donc… mais sûrement (voir notre site “Save Askoy II”) : nous espérons naviguer bientôt avec l’Askoy, ayant retrouvé toute sa gloire, l’an prochain sans doute, peut-être à l’occasion de l’anniversaire de Jacques, le 8 avril 2015.

» En attendant, nous voudrions vous inviter à Anvers ce 24 juillet 2014 à 11 heures à une petite cérémonie, à l’endroit où l’Askoy est restauré (Imalsosluis Thonetlaan 131, 2050 Antwerp), où nous inaugurerons un petit mémorial adapté, lui souhaitant un bon voyage… »
   

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Le 24 juillet 1974, Jacques Brel larguait, concrètement, les amarres. Mais surtout il rompait complètement avec ses vies antérieures de fils de bourgeois, de chanteur et de comédien. Ce jour-là, naissait un aventurier libertaire, marin au long cours (avec les traversées de l’Atlantique et du Pacifique) puis pilote (au grand cœur) dans les mers du Sud. Un Don Quichotte en chair et en os, ce héros idéaliste et altruiste auquel il vouait depuis toujours une grande admiration, comme il le confiait ici (à Michel Polac) sur son premier voilier, l’Albena (un ketch de quatorze mètres, contre 18 pour l’Askoy), dix mois précisément avant qu’il n’incarne l’Homme de la Mancha à la scène.  

 

  

Ne croirait-on pas – vu ce que l’on sait aujourd’hui de son parcours ultérieur, des risques pris pour défendre « la veuve et l’orphelin » aux Marquises, parfois au péril de sa vie – que Jacques Brel parle (inconsciemment) de lui-même ?! « Ce refus systématique d’accepter la réalité, j’aime ça… Il m’a un petit peu cautionné, cet homme… alors, obligatoirement j’ai une tendresse pour lui… Et puis il y a ce côté : il repart… Don Quichotte repart. Il ne souffle jamais, cet homme… Il meurt, c’est sa seule façon de souffler. Il se relève, il continue… Il redémarre et c’est ça qui est fantastique. »
 
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La grande traversée de l’Aranui

Aujourd’hui, le souvenir qu’il laisse aux Marquises est impérissable, même si les Marquisiens, discrets par nature à son sujet (par respect envers ce qu’il souhaitait lui-même) autant qu’ils sont accueillants, n’en parlent pas volontiers au premier venu. Mais surtout il suscite de nouveaux « pèlerinages »… Ainsi, le grand reporter de France Culture, Jean-Paul Taillardas, a-t-il fait le voyage aux Marquises, en avril dernier. Et comme il s’agissait d’en tirer une série estivale de l’émission « La Grande Traversée », il a élargi son sujet aux différentes îles de l’archipel. Choisissant d’utiliser en fil rouge l’Aranui, le cargo mixte qui relie Tahiti aux Marquises une fois par mois environ, « comme un cordon ombilical entre les îles », nous avait expliqué son capitaine. « L’idée, précise Taillardas, est d’accompagner l’équipage de l’Aranui au long de son périple. Elle est aussi de rencontrer nos lointains concitoyens marquisiens qui, malgré les contraintes de l’isolement, affirment une exubérante joie de vivre. Elle est enfin de montrer comment ils se réapproprient une culture qui, du haka au tatouage, en passant par la sculpture, a essaimé au-delà de la Polynésie jusqu’à l’île de Pâques et Hawaï. »
  

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L’Aranui, aujourd’hui rendu à sa troisième mouture, n’était du temps de Jacques Brel qu’une « goélette ». C’est ce bateau qui ravitaillait les îles, c’est par lui par exemple que le Grand Jacques avait fait venir depuis Papeete l’orgue électrique sur lequel, outre sa guitare, il allait composer les chansons (et chefs-d’œuvre) de son futur et dernier album… Entre deux bières partagées avec « le Chinois », le patron « du » magasin d’Atuona, dans la rue principale, où, trois quarts de siècle plus tôt, allait déjà s’approvisionner Paul Gauguin.
  

MagasinGauguin

Quatre émissions au total sous le titre générique « Marquises, Terre des Hommes », chacune de près de deux heures, vont être diffusées quotidiennement, entre 9 heures 09 et 11 heures du matin, du lundi 11 au jeudi 14 août. Et la deuxième, « L’Aranui d’île en île », propose des témoignages d’anciens amis de Jacques Brel, ou des documents comme celui du maire de Ua Pou (et président de la communauté de communes des Marquises) Joseph Kaiha, interprétant au chant et à l’ukuléle, de façon aussi prenante qu’émouvante, la chanson du Grand Jacques devenue depuis sa mort une sorte d’hymne officieux des Marquises…  

 

 
Une émission qui se prolonge ensuite, pendant une heure, par une table ronde autour de Jacques Brel, avec Charley Marouani, qui fut d’abord son impresario puis son ami fidèle à la vie à la mort, et votre serviteur. Débat enregistré il y a quelques semaines...
  

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Voici l’affiche de ces quatre émissions à ne pas manquer, si toutefois vous avez le cœur marin et la tête dans les étoiles :
Lundi 11 août : « Aranui, un navire qui descend du ciel. »  
  


Mardi 12 août : « Aranui, d’île en île » (avec table ronde sur Jacques Brel en seconde heure).
 Mercredi 13 août : « La culture marquisienne. »
 Jeudi 14 août : « Fatu Hiva, la marquise des Marquises. »
        

 
La bande-son de L’aventure

D’autre part, puisqu’il est question de radio, de son et de chansons, il me plaît de partager ici l’initiative totalement spontanée d’un (très) aimable lecteur, Emmanuel Guilloteau, par ailleurs directeur de médiathèque. Une somme improbable de travail qui lui a réclamé forcément beaucoup de temps, de minutie et de patience : la mise en ligne de « la bande-son » de mon ouvrage. C’est-à-dire de toutes les chansons (et musiques) citées au fil des pages, ou du moins de tous les titres qu’il a pu trouver en écoute légale (il doit en manquer seulement une douzaine). Voici comment il a lui-même expliqué cette initiative : « Aux biographies musicales, il manquera toujours le son pour illustrer les propos de l’auteur. Alors, pour ne pas aller à gauche et à droite et faire d'interminables recherches, et pour un plus grand confort de lecture, voici la bande-son chronologique du livre L’aventure commence à l’aurore de Fred Hidalgo, ou l’aventure si humaine de Jacques Brel aux Marquises. Plus d'une centaine de titres en écoute. Bonne lecture et bonne écoute ! »

Plus de sept heures trente d’un bout à l’autre ! Et plus de 120 titres, en fait, qu’on peut écouter mieux qu’à la radio, dans l’ordre où ils sont cités ou individuellement. La plupart sont évidemment de Jacques Brel, mais on y trouvera aussi ceux, également évoqués dans l’ouvrage, qui sont en rapport avec lui (Antoine, Aubret, Aznavour, Barbara, Bee Gees, Brassens, Caussimon, Dassin, João Donato, Ferrat, Ferré, Escudero, Gréco, Terry Jacks, Lévesque, Paola, Perret, Peyrac, Renaud, Salvador, Serrat, Souchon, Thiéfaine, etc.). Alors, si ça vous chante de lire ou de relire le livre en écoutant « ses » chansons, en situation, n’hésitez pas : pour un petit CLIC ici, je garantis une grande claque ! Et si ça vous chante, ne manquez pas de faire chorus…
  

Tahuata

NB. Je profite de l’occasion pour apporter une réponse collective à des demandes individuelles régulières : oui, je peux (vous) dédicacer un livre (avec grand plaisir) et (vous) l’envoyer rapidement par correspondance… à son prix normal (frais de port offerts pour la France). Il suffit pour cela de nous contacter en cliquant sur cette adresse mail.


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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 09:40

Du « Petit Bonheur » à « L’Alouette en colère »…

 
Ce 2 août 2014, Félix Leclerc aurait eu cent ans. Nous avons eu la chance de le rencontrer plusieurs fois et lui avons consacré deux grands dossiers : de son vivant et avec lui, pour le n° 38 de Paroles et Musique (« La chanson de Félix le Lion », mars 1984), en direct de son domicile de l’île d’Orléans où il nous avait (très chaleureusement) reçus ; et plus tard, pour lui rendre hommage, dans le n° 4 de Chorus (« Une vie comme le tour d’une île », été 1993), avec notamment une entrevue restée inédite dans la presse et plusieurs témoignages exclusifs (de Jacques Bertin, Jean Dufour, Yves Duteil, Roger Gicquel, Pierre Jobin…). Il y avait cinq ans alors que le « Roi Heureux » nous avait quittés, le 08-08-88... 
  

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Pour ma part, je conserve de nos rencontres avec lui un souvenir privilégié, et vraiment très spécial : celui du soir où le Printemps de Bourges, septième du nom, avait décidé de l’honorer en lui faisant la fête. C’était en avril 1983 et jamais auparavant aucun hommage de ce type ne lui avait été consacré en France. Félix était assis au milieu de la salle (c’était la toute première fois – sur trente et une ! – qu’il traversait l’Atlantique sans sa guitare…) pour écouter les artistes, sur scène, reprendre ses chansons : il y avait là, autour de Jean-Pierre Chabrol, en maître de cérémonie, Michèle Bernard, Yves Duteil, Roger Gicquel, Maxime Le Forestier, Sylvain Lelièvre, Claude Léveillée, Gérard Pierron, Sol, Philippe Val… 
  

 
Au piano, aux arrangements et à la direction d’orchestre, « maître » François Rauber lui-même (oui, le pianiste et orchestrateur de Jacques Brel, qui avait connu Félix dès ses tout débuts aux Trois Baudets), et parmi les musiciens, à la contrebasse, un certain Pierre Nicolas (oui, « le » Nicolas de Georges Brassens !). Du beau monde s'il en est...
       

 
J’écrivis le compte rendu de cette soirée dans le n° 31 (juin 1983) de
Paroles et Musique. Mais mon souvenir intime de cette soirée, à part l’ovation debout de plusieurs minutes qui accueillit Félix à son entrée dans la salle (le Grand Théâtre de la Maison de la Culture de Bourges), ce sont les larmes qu’il essuya à plusieurs reprises pendant que les artistes le chantaient. Des larmes discrètes forcément passées inaperçues des spectateurs et des artistes… Son ami et « gérant » québécois Pierre Jobin nous avait en effet demandé, à ma chère et tendre et moi, de faire partie des six personnes choisies (dont lui-même et son alter ego Jean Dufour pour la France) pour entourer Félix (assis à ses côtés et juste devant et derrière lui) durant la soirée, pour le cas (fort improbable) où il aurait eu affaire à des importuns.
     

 

Tout se passa au mieux, vous l’imaginez bien… et c’est très ému que Félix Leclerc gagna finalement la scène pour remercier tout le monde, public, artistes et organisateurs confondus. Un grand moment et une soirée aujourd’hui entrée dans les annales de la chanson. Et nous, qui étions là, à ses côtés, nous vivions, nous buvions littéralement son émotion, le regard presque plus porté sur lui que vers la scène… Quelle intensité ! Et quelle simplicité, quelle humilité chez lui... Le signe des vrais « grands ». Et que de bonheurs il aura su nous offrir. Des bonheurs de fraternité mais aussi de colère appropriée. En titre de l’ « entrevue » fleuve qu’il nous accorda pour son « dossier » (signée de notre excellent collaborateur Jacques Erwan), nous reprîmes cette phrase prononcée spontanément : « Le poète est le miroir de son temps : parler de jardins et de roses, quand le sang coule dans la rue, n'est ni réaliste, ni brave, ni utile... »
       

 

C’était en 1984. Trente ans plus tard, ne croirait-on pas que ces mots viennent tout juste d’être prononcés ?! À méditer en tout cas par nombre de chanteurs actuels, du moins par ceux qui ont une certaine ambition poétique… La poésie n’est-elle pas une arme chargée de futur ? Merci Félix ! Comme le disait ton copain Jacques, on n’oublie rien, de rien, on n’oublie rien du tout, on s’habitue, c’est tout…
 

  

 

 

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