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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 18:20

Du Plat Pays à la Terre des Hommes


 Jacques Brel, mort à 49 ans, en avait 45 lorsqu’il a pris la mer le 24 juillet 1974 pour réaliser un rêve d’enfance : faire le tour du monde à la voile. On le sait – je l’ai raconté dans L’aventure commence à l’aurore –, le projet a tourné court lorsque Brel a posé le pied sur « l’île en partance » dont il rêvait aussi « depuis l’enfance ». Hiva Oa, archipel des Marquises. Quarante ans pile après qu’il eut largué les amarres, on espérait que l’Askoy, son voilier échoué sur les côtes de Nouvelle-Zélande, rapatrié en Flandre et restauré depuis, pourrait être remis à l’eau et, pourquoi pas, remettre le cap sur cet archipel du bout du monde, le plus isolé au monde… Où en est-on ? Que s’est-il passé ce 24 juillet à Anvers ? Si ça vous chante d’en savoir plus, je vous invite à embarquer pour un nouveau voyage du Plat Pays aux Marquises, en collaboration (du 11 au 14 août) avec France Culture…
  

Brel-dinghy-copie-1.jpg

Quand l’Askoy mettra les voiles

24 juillet 1974-24 juillet 2014… Je l’avais laissé entendre dans mon précédent article consacré aux aventures de « Jacbrel », comme on l’appelait là-bas : ses amis et plus particulièrement les Askoyers (autrement dit le groupe d’amateurs-promoteurs de l’Askoy, auquel j’ai le plaisir d’être associé), ceux et celles qui suivent de près l’incroyable épopée de la restauration de ce bateau (après qu’on l’eut retrouvé en piteux état – il ne restait plus que sa coque –, enfoui sur une plage de Nouvelle-Zélande où une tempête l’avait fait s’échouer), espéraient que celui-ci pourrait être remis à l’eau cet été pour marquer symboliquement ce quarantième anniversaire.
  

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Les circonstances et surtout le manque de moyens ne l’auront pas permis : les voiles sont toujours en attente d’être confectionnées… Un comble, ou plutôt un clin d’œil malicieux du destin, puisque les maîtres d’œuvre de cette restauration (une entreprise purement philanthropique, je le rappelle, qui ne bénéficie d’aucune aide officielle ; Staftout comme la restauration du Jojo, l’avion de Brel, a été à Hiva Oa le fruit d’une chaîne fraternelle de solidarité) ne sont autres que les fils de Johan Wittevrongel, le spécialiste flamand auquel Jacques Brel, justement, avait commandé ses voiles !

Piet et Staf (diminutifs de leurs prénoms) nous avaient cependant donné rendez-vous ce 24 juillet, après nous avoir ainsi, discrètement et humblement, prévenus : « Quarante ans après l’appareillage de Jacques Brel sur l’Escaut, la restauration de l’Askoy avance plus lentement que prévu. Doucement donc… mais sûrement (voir notre site “Save Askoy II”) : nous espérons naviguer bientôt avec l’Askoy, ayant retrouvé toute sa gloire, l’an prochain sans doute, peut-être à l’occasion de l’anniversaire de Jacques, le 8 avril 2015.

» En attendant, nous voudrions vous inviter à Anvers ce 24 juillet 2014 à 11 heures à une petite cérémonie, à l’endroit où l’Askoy est restauré (Imalsosluis Thonetlaan 131, 2050 Antwerp), où nous inaugurerons un petit mémorial adapté, lui souhaitant un bon voyage… »
   

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Le 24 juillet 1974, Jacques Brel larguait, concrètement, les amarres. Mais surtout il rompait complètement avec ses vies antérieures de fils de bourgeois, de chanteur et de comédien. Ce jour-là, naissait un aventurier libertaire, marin au long cours (avec les traversées de l’Atlantique et du Pacifique) puis pilote (au grand cœur) dans les mers du Sud. Un Don Quichotte en chair et en os, ce héros idéaliste et altruiste auquel il vouait depuis toujours une grande admiration, comme il le confiait ici (à Michel Polac) sur son premier voilier, l’Albena (un ketch de quatorze mètres, contre 18 pour l’Askoy), dix mois précisément avant qu’il n’incarne l’Homme de la Mancha à la scène.  

 

  

Ne croirait-on pas – vu ce que l’on sait aujourd’hui de son parcours ultérieur, des risques pris pour défendre « la veuve et l’orphelin » aux Marquises, parfois au péril de sa vie – que Jacques Brel parle (inconsciemment) de lui-même ?! « Ce refus systématique d’accepter la réalité, j’aime ça… Il m’a un petit peu cautionné, cet homme… alors, obligatoirement j’ai une tendresse pour lui… Et puis il y a ce côté : il repart… Don Quichotte repart. Il ne souffle jamais, cet homme… Il meurt, c’est sa seule façon de souffler. Il se relève, il continue… Il redémarre et c’est ça qui est fantastique. »
 
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La grande traversée de l’Aranui

Aujourd’hui, le souvenir qu’il laisse aux Marquises est impérissable, même si les Marquisiens, discrets par nature à son sujet (par respect envers ce qu’il souhaitait lui-même) autant qu’ils sont accueillants, n’en parlent pas volontiers au premier venu. Mais surtout il suscite de nouveaux « pèlerinages »… Ainsi, le grand reporter de France Culture, Jean-Paul Taillardas, a-t-il fait le voyage aux Marquises, en avril dernier. Et comme il s’agissait d’en tirer une série estivale de l’émission « La Grande Traversée », il a élargi son sujet aux différentes îles de l’archipel. Choisissant d’utiliser en fil rouge l’Aranui, le cargo mixte qui relie Tahiti aux Marquises une fois par mois environ, « comme un cordon ombilical entre les îles », nous avait expliqué son capitaine. « L’idée, précise Taillardas, est d’accompagner l’équipage de l’Aranui au long de son périple. Elle est aussi de rencontrer nos lointains concitoyens marquisiens qui, malgré les contraintes de l’isolement, affirment une exubérante joie de vivre. Elle est enfin de montrer comment ils se réapproprient une culture qui, du haka au tatouage, en passant par la sculpture, a essaimé au-delà de la Polynésie jusqu’à l’île de Pâques et Hawaï. »
  

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L’Aranui, aujourd’hui rendu à sa troisième mouture, n’était du temps de Jacques Brel qu’une « goélette ». C’est ce bateau qui ravitaillait les îles, c’est par lui par exemple que le Grand Jacques avait fait venir depuis Papeete l’orgue électrique sur lequel, outre sa guitare, il allait composer les chansons (et chefs-d’œuvre) de son futur et dernier album… Entre deux bières partagées avec « le Chinois », le patron « du » magasin d’Atuona, dans la rue principale, où, trois quarts de siècle plus tôt, allait déjà s’approvisionner Paul Gauguin.
  

MagasinGauguin

Quatre émissions au total sous le titre générique « Marquises, Terre des Hommes », chacune de près de deux heures, vont être diffusées quotidiennement, entre 9 heures 09 et 11 heures du matin, du lundi 11 au jeudi 14 août. Et la deuxième, « L’Aranui d’île en île », propose des témoignages d’anciens amis de Jacques Brel, ou des documents comme celui du maire de Ua Pou (et président de la communauté de communes des Marquises) Joseph Kaiha, interprétant au chant et à l’ukuléle, de façon aussi prenante qu’émouvante, la chanson du Grand Jacques devenue depuis sa mort une sorte d’hymne officieux des Marquises…  

 

 
Une émission qui se prolonge ensuite, pendant une heure, par une table ronde autour de Jacques Brel, avec Charley Marouani, qui fut d’abord son impresario puis son ami fidèle à la vie à la mort, et votre serviteur. Débat enregistré il y a quelques semaines...
  

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Voici l’affiche de ces quatre émissions à ne pas manquer, si toutefois vous avez le cœur marin et la tête dans les étoiles :
Lundi 11 août : « Aranui, un navire qui descend du ciel. »  
  


Mardi 12 août : « Aranui, d’île en île » (avec table ronde sur Jacques Brel en seconde heure).
 Mercredi 13 août : « La culture marquisienne. »
 Jeudi 14 août : « Fatu Hiva, la marquise des Marquises. »
        

 
La bande-son de L’aventure

D’autre part, puisqu’il est question de radio, de son et de chansons, il me plaît de partager ici l’initiative totalement spontanée d’un (très) aimable lecteur, Emmanuel Guilloteau, par ailleurs directeur de médiathèque. Une somme improbable de travail qui lui a réclamé forcément beaucoup de temps, de minutie et de patience : la mise en ligne de « la bande-son » de mon ouvrage. C’est-à-dire de toutes les chansons (et musiques) citées au fil des pages, ou du moins de tous les titres qu’il a pu trouver en écoute légale (il doit en manquer seulement une douzaine). Voici comment il a lui-même expliqué cette initiative : « Aux biographies musicales, il manquera toujours le son pour illustrer les propos de l’auteur. Alors, pour ne pas aller à gauche et à droite et faire d'interminables recherches, et pour un plus grand confort de lecture, voici la bande-son chronologique du livre L’aventure commence à l’aurore de Fred Hidalgo, ou l’aventure si humaine de Jacques Brel aux Marquises. Plus d'une centaine de titres en écoute. Bonne lecture et bonne écoute ! »

Plus de sept heures trente d’un bout à l’autre ! Et plus de 120 titres, en fait, qu’on peut écouter mieux qu’à la radio, dans l’ordre où ils sont cités ou individuellement. La plupart sont évidemment de Jacques Brel, mais on y trouvera aussi ceux, également évoqués dans l’ouvrage, qui sont en rapport avec lui (Antoine, Aubret, Aznavour, Barbara, Bee Gees, Brassens, Caussimon, Dassin, João Donato, Ferrat, Ferré, Escudero, Gréco, Terry Jacks, Lévesque, Paola, Perret, Peyrac, Renaud, Salvador, Serrat, Souchon, Thiéfaine, etc.). Alors, si ça vous chante de lire ou de relire le livre en écoutant « ses » chansons, en situation, n’hésitez pas : pour un petit CLIC ici, je garantis une grande claque ! Et si ça vous chante, ne manquez pas de faire chorus…
  

Tahuata

NB. Je profite de l’occasion pour apporter une réponse collective à des demandes individuelles régulières : oui, je peux (vous) dédicacer un livre (avec grand plaisir) et (vous) l’envoyer rapidement par correspondance… à son prix normal (frais de port offerts pour la France). Il suffit pour cela de nous contacter en cliquant sur cette adresse mail.


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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 09:40

Du « Petit Bonheur » à « L’Alouette en colère »…

 
Ce 2 août 2014, Félix Leclerc aurait eu cent ans. Nous avons eu la chance de le rencontrer plusieurs fois et lui avons consacré deux grands dossiers : de son vivant et avec lui, pour le n° 38 de Paroles et Musique (« La chanson de Félix le Lion », mars 1984), en direct de son domicile de l’île d’Orléans où il nous avait (très chaleureusement) reçus ; et plus tard, pour lui rendre hommage, dans le n° 4 de Chorus (« Une vie comme le tour d’une île », été 1993), avec notamment une entrevue restée inédite dans la presse et plusieurs témoignages exclusifs (de Jacques Bertin, Jean Dufour, Yves Duteil, Roger Gicquel, Pierre Jobin…). Il y avait cinq ans alors que le « Roi Heureux » nous avait quittés, le 08-08-88... 
  

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Pour ma part, je conserve de nos rencontres avec lui un souvenir privilégié, et vraiment très spécial : celui du soir où le Printemps de Bourges, septième du nom, avait décidé de l’honorer en lui faisant la fête. C’était en avril 1983 et jamais auparavant aucun hommage de ce type ne lui avait été consacré en France. Félix était assis au milieu de la salle (c’était la toute première fois – sur trente et une ! – qu’il traversait l’Atlantique sans sa guitare…) pour écouter les artistes, sur scène, reprendre ses chansons : il y avait là, autour de Jean-Pierre Chabrol, en maître de cérémonie, Michèle Bernard, Yves Duteil, Roger Gicquel, Maxime Le Forestier, Sylvain Lelièvre, Claude Léveillée, Gérard Pierron, Sol, Philippe Val… 
  

 
Au piano, aux arrangements et à la direction d’orchestre, « maître » François Rauber lui-même (oui, le pianiste et orchestrateur de Jacques Brel, qui avait connu Félix dès ses tout débuts aux Trois Baudets), et parmi les musiciens, à la contrebasse, un certain Pierre Nicolas (oui, « le » Nicolas de Georges Brassens !). Du beau monde s'il en est...
       

 
J’écrivis le compte rendu de cette soirée dans le n° 31 (juin 1983) de
Paroles et Musique. Mais mon souvenir intime de cette soirée, à part l’ovation debout de plusieurs minutes qui accueillit Félix à son entrée dans la salle (le Grand Théâtre de la Maison de la Culture de Bourges), ce sont les larmes qu’il essuya à plusieurs reprises pendant que les artistes le chantaient. Des larmes discrètes forcément passées inaperçues des spectateurs et des artistes… Son ami et « gérant » québécois Pierre Jobin nous avait en effet demandé, à ma chère et tendre et moi, de faire partie des six personnes choisies (dont lui-même et son alter ego Jean Dufour pour la France) pour entourer Félix (assis à ses côtés et juste devant et derrière lui) durant la soirée, pour le cas (fort improbable) où il aurait eu affaire à des importuns.
     

 

Tout se passa au mieux, vous l’imaginez bien… et c’est très ému que Félix Leclerc gagna finalement la scène pour remercier tout le monde, public, artistes et organisateurs confondus. Un grand moment et une soirée aujourd’hui entrée dans les annales de la chanson. Et nous, qui étions là, à ses côtés, nous vivions, nous buvions littéralement son émotion, le regard presque plus porté sur lui que vers la scène… Quelle intensité ! Et quelle simplicité, quelle humilité chez lui... Le signe des vrais « grands ». Et que de bonheurs il aura su nous offrir. Des bonheurs de fraternité mais aussi de colère appropriée. En titre de l’ « entrevue » fleuve qu’il nous accorda pour son « dossier » (signée de notre excellent collaborateur Jacques Erwan), nous reprîmes cette phrase prononcée spontanément : « Le poète est le miroir de son temps : parler de jardins et de roses, quand le sang coule dans la rue, n'est ni réaliste, ni brave, ni utile... »
       

 

C’était en 1984. Trente ans plus tard, ne croirait-on pas que ces mots viennent tout juste d’être prononcés ?! À méditer en tout cas par nombre de chanteurs actuels, du moins par ceux qui ont une certaine ambition poétique… La poésie n’est-elle pas une arme chargée de futur ? Merci Félix ! Comme le disait ton copain Jacques, on n’oublie rien, de rien, on n’oublie rien du tout, on s’habitue, c’est tout…
 

  

 

 

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 14:54

Rencontres Marc-Robine, dixième...


Il y a les festivals qui jouent correctement leur rôle de diffusion d’une chanson intergénérationnelle et de promotion des talents émergents, et puis il y a les festivals qui surfent seulement sur la vague de l’air du temps et du succès éphémère (mais aussitôt rentable) ; il y a les festivals grand public à œillères qui occultent presque totalement la chanson de proximité, comme dirait Michel Trihoreau, celle qui pourtant constitue l’essentiel de notre création, et puis il y a les festivals sourds et aveugles à tout ce qui ne ressort pas d’un genre donné dans lequel ils s’enferment et se sclérosent. Et puis, il y a les festivals qui ouvrent des portes, dans la fraternité artistique et le partage convivial. Parmi ceux-ci – comment aurait-il pu en être autrement sans usurper leur appellation ? –, les « Rencontres Marc-Robine » qui célébraient déjà pour la dixième fois, du 16 au 19 juillet, la mémoire de notre ami… 
  

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Blanzat (département du Puy-de-Dôme, région Auvergne), 3400 habitants seulement… mais une commune mue d’une belle volonté politique qui lui a permis de se doter d’infrastructures culturelles que nombre de villes moyennes lui envieraient : un complexe ouvert aux spectacles, expositions et conférences, la salle Muscade, et un grand bâtiment avec étage, la médiathèque (d’agglomération) Aimé-Césaire, qui, ouverte en 2013, s’associait pour la première fois aux Rencontres Marc-Robine, organisées par l’association « On connaît la chanson ». J’ai d’ailleurs eu le plaisir d’être le tout premier à inaugurer cette collaboration avec ma conférence sur la fabuleuse histoire du Grand Jacques aux Marquises. Et – le croirez-vous ? – la salle était comble, il a fallu rajouter au dernier moment plusieurs rangées de chaises…
  

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L’Auvergne et la chanson, c’est toute une histoire que nous vous avons régulièrement contée dans la revue
Chorus au long des années 90 et 2000. Blanzat, donc, avec son association et ses actions permanentes de diffusion, de promotion et d’accompagnement de la chanson dans les différents départements de la région (notamment, depuis 2004, avec ses « Rencontres Marc-Robine », nées à St-Bonnet-près-Riom). Et puis Cébazat, tout à côté, avec le Sémaphore, une grande salle conventionnée, sa saison culturelle et son festival « Sémaphore en chanson » (la prochaine édition, quatorzième du nom, s’y déroulera du 7 au 14 novembre). Enfin, à Clermont-Ferrand, les « Rencontres de la chanson française » dues au tenace et passionné Claude Mercier qui ont permis, durant un bon quart de siècle, de mettre en évidence l’essentiel de la relève française voire francophone. Puys-de-Dome.jpgSans oublier, à Cournon d’Auvergne, la Baie des singes, le « petit haut lieu » de l’humoriste Chraz dédié aux one-man-shows et à la chanson. Bref, terreau particulièrement fertile (voire volcanique) pour la chanson vivante que cette vallée de la Limagne, surplombée par la chaîne des puys, avec le Puy-de-Dôme en point d’orgue. 

Les Rencontres Marc-Robine ? Elles sont nées de l’admiration que lui professait Alain Vannaire, l’âme et la cheville ouvrière d’« On connaît la chanson », et des liens qui s’étaient tissés entre lui et Marc lors de venues de celui-ci dans son festival. Pour leur dixième édition, ma présence avait été requise pour parler de celui qui nous accompagna vingt-trois ans durant, dans l’amitié et le travail étroitement mêlés. Une première pour moi, que de retracer ainsi, en public, pendant près de deux heures (avec ma chère et tendre aux manettes, pour illustrer le tout en son et lumière sur grand écran), la vie et l’œuvre de celui qui se définissait comme « un colporteur de chansons ». Moment d’émotion intense, forcément, et de partage (visiblement) nécessaire. « …Et nous savons tous, à ce moment précis – écrit Claude Fèvre sur le site « NosEnchanteurs » qui a couvert la manifestation – que nous vivons à l’écouter un moment rare. »
  

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C’était en début d’après-midi dans la grande salle d’expositions de La Muscade, où Radio Arverne ouvrait ensuite ses micros aux Rencontres, chaque jour de 17h à 19h, en particulier aux artistes à l’affiche ou seulement de passage qui venaient en outre chanter une chanson ou deux en public ; comme Rémo Gary, qu’on écoute toujours avec bonheur, ou Coline Malice, la régionale de l’étape. Le lendemain, même heure, même chaleur (au propre et au figuré)Vannaire mais à la Médiathèque cette fois, c’est de Brel l’aventurier magnifique que j’allais parler. Comme un « bonus » à la plus belle et sensible biographie qui lui ait été consacrée… par Marc Robine. Tout se tient, tout s’enchaîne comme je l’ai montré lors de cette causerie (une synthèse, en fait, de ma conférence)… et tout continue, car Jacques Brel reste vivant auprès de ses amis des Marquises (qui sont désormais les miens). 

C’est à la Muscade que tout le monde se donne rendez-vous dans la matinée. C’est au restau du festival (la cantine de l’école maternelle) que festivaliers, artistes et organisateurs se retrouvent pour papoter en liberté. C’est aux conférences qu’on accourt (le lendemain de mon départ, hélas obligé, Jacques Bertin présentait la sienne sur Félix Leclerc dont on célèbrera le 2 août le centenaire de la naissance). C’est à la salle d’expos qu’on assiste ou participe aux deux heures quotidiennes de radio en direct, coanimées par Alain Vannaire, qu’on découvre une belle exposition (de Serge Féchet et Jacqueline Girodet) sur « les paysages de Jacques Bertin », une autre sur les dix ans des Rencontres (photos d’André Hébrard)Livres-copie-1.jpg ou qu’on fouille dans les bacs de disques vinyles et CD, de livres et de revues aussi, à la recherche de petits bonheurs (tirés de la collection de Jean-Yves Coissard : troc à volonté !). 

C’est ici aussi qu’on se rencontre, qu’on se retrouve, qu’on se reconnaît. Entre « usagers » d’Internet et familiers de « Si ça vous chante » (ou de « La maison de la chanson vivante ») comme les passionnées Martine F. ou Danièle S. Entre anciens « toujours orphelins » de Paroles et Musique et/ou de Chorus, comme Gérard S. Disques.jpg(qui organisa le dernier concert de Francis Lemarque) ou Serge J., président d’une association de chanson située en Lorraine. Plein d’autres comme Arturo González Martín, ami des poètes de la chanson et poète lui-même, venu spécialement de la région de Madrid (et auteur d’un superbe pregón* sur la manifestation, ci-dessous en post-scriptum pour l’introduction et en castillan dans le texte pour la partie qui me concerne… que je ne résiste pas au plaisir de reprendre, sans aller jusqu’à oser la traduire), ou Christian Landrain, venu lui d’Ivry, du Picardie plus précisément dont les murs restent imprégnés du souvenir d’Allain Leprest… Banderolledont les Rencontres Marc-Robine accueillirent l’ultime récital, un soir d’été 2011. 

À Blanzat, où tout se fait à pied, on est du matin au soir comme immergés dans un bain, de chansons bien sûr mais aussi et surtout de fraternité et d’ouverture. Et resurgissent spontanément en moi les vers de Jean Vasca : « Un jour la vie sera comme une main ouverte… », « Fraternité à la fenêtre… », « J’ouvre des portes… », « Amis soyez toujours… » Ici, on incarne la chanson telle qu’on l’aime, c’est-à-dire attisant la curiosité et le dialogue, jouant le rôle de trait d’union, rassemblant les énergies éparpillées, tissant du lien social et jetant des passerelles entre les êtres et les situations. 
       

 

Pour ce qui est de lancer des ponts, le Grenoblois Laurent Berger est un orfèvre en la matière. Aussi imposant à la scène par le physique que réservé à la ville, ce grand gaillard tricote l’écriture et la musique de ses chansons (accompagné par la délicate et virtuose Nathalie Fortin au piano) comme un artisan amoureux de son métier. En provenance directe du pont (et du festival !) d’Avignon, Laurent Berger allait d’emblée nous entraîner sous d’autres ponts, ceux de Paris d’où l’on finit par s’élancer, sans un rond mais pour de bon, « dans son dernier voyage / de ce bateau sans voiles / vers son ultime étoile » :

Car si j’ai de la veine
Si les vents me comprennent
Je veux que mon radeau
Ma galère, mon berceau
Tout chargé de mes doutes
Sache trouver sa route
Où l’amour vaut encore
Un peu plus cher que l’or…
Et qu’il s’immobilise
Enfin aux Marquises. »
       

 

 
Me revient alors en mémoire ce que Marc Robine, justement, écrivait à son sujet (dans le n° 37 de
Chorus) en 2001 : « Écriture remarquable, accompagnement musical limpide et intelligent, jeu de guitare assuré et voix d’une subtile sensualité métallique. Prenons date : funambule sur le fil incertain qui va de Brel à Leprest en passant par Dimey, ce type ira loin. Ou alors les amateurs de chanson n’ont plus que des curiosités frileuses… » Pas un mot à changer treize ans plus tard ! Sauf bien sûr à s’inquiéter sur ce qui pousse le grand public et surtout les grands médias (faute d’une véritable mission de service public) à ignorer systématiquement de tels artistes. 

Plein chant dans l’esprit et la forme (superbe voix, profonde et chaude), chanson de haute tenue et cependant à hauteur d’homme (un alliage d’autant plus beau qu’il est rare). Famille Brel, Leprest, Dimey, c’est sûr, Vasca, Bertin et Bruno Ruiz aussi, mais sans ostentation. Tout juste une référence soudaine, un clin d’œil pour initiés. Ainsi, le Grand Jacques qui avait « mal aux autres » et professait toujours la nécessité d’« aller voir », aurait-il été heureux de constater que les graines d’avenir et d’altruisme qu’il avait semées ne l’ont pas été en vain : « Aller voir / Juste en bas de chez soi / Il suffit d’une fois / Pour que son regard change / Aller voir / Sur le trottoir d’en face / Là où la vie se passe / Et se fait plus étrange… »
  

Bobin.jpg 

C’est dans un véritable écrin qu’on se presse au concert – deux récitals par soir ; une salle en gradins de 200 places, à l’acoustique parfaite. Ici, la tradition l’oblige, un projecteur braqué dans le noir sur un portrait dessiné de Marc Robine au-dessus de la scène (avec, en légende, cette citation de La Peur et la Fatigue, tirée de son album L’Errance : « On m’avait prévenu qu’il y aurait toujours un morceau de chemin que je ne ferais pas »), on commence chaque soirée par une de ses chansons enregistrées. Les Terre-Neuvas, Les Aventuriers
  

Marc Robine – La peur et la Fatigue
   

À l’entracte et à la fin, on se retrouve pour échanger. Les avis, même concordants, ne sont jamais définitifs ; même dans la discordance, ils restent ouverts à la discussion. Comme avec le Québécois Moran, qui développe un univers intime sur fond de batterie et de riffs de guitares. Comme avec le groupe Musiques à ouïr dans un spectacle concept autour du répertoire de… Brigitte Fontaine : des chansons déjantées, un groupe qui ne craint pas d’aller encore plus loin, cela peut surprendre. Pour ma part, j’ai adoré ! Mené par le « percuteur »-arrangeur Denis Charolles, Musiques à ouïr (ex-Étrangers familiers qui revisitèrent naguère, avec Éric Lareine, les chansons de Brassens) c’est aujourd’hui un collectif de cinq musiciens multi-instrumentistes de haut vol (harpe, cuivres, batterie, claviers et cordes), dont trois au chant en complément de ou en alternance avec Oriane Lacaille (la fille de René, oui) et… Loïc Lantoine.

  

Musiques-a-ouir.jpg 
Cela commence de façon très classique avec
Cet enfant que je t’avais fait  (Higelin-Fontaine), sur les notes cristallines de la harpiste, et puis ça dérape dans la provocation et l’humour absurde. Quelle jubilation ! Pensez : Conne, Le Nougat, Brigitte, La Symphonie pastorale, La Viande, Kékéland… avec un sommet himalayesque au centre du motif : Lantoineun dialogue joué-chanté entre Areski et Fontaine, autrement dit Aurélie (la harpiste) et Loïc (car lui fait la fille et elle le garçon…). L’Incendie ! Un morceau d’anthologie, entre impassibilité (la description quasi-scientifique de la catastrophe en cours) et inquiétude (avec un Loïc Lantoine grandiose, masquant ses craintes au départ, l’air détaché, pour finir totalement frénétique) devant le désastre grandissant jusqu’à la chute finale de l’immeuble en flammes, après une explosion de gaz. Dix bonnes minutes de fou rire irrésistible, la salle écroulée, hurlant et pleurant de rire, n’en pouvant plus devant les mimiques et la gestuelle de Lantoine, dansant sur lui-même comme un Leprest mâtiné du meilleur Bourvil. Cocktail détonant ! Colossal. Grand moment. 

Pour Loïc Lantoine, ce spectacle n’est pourtant qu’« une parenthèse, en forme de récréation ». Alors ne le manquez pas s’il vient à passer près de chez vous et que « la » Fontaine revue et corrigée vous incite à l’ouïr plutôt qu’à la fuir. Mais souvenez-vous, de toute façon, que Loïc Lantoine, le spécialiste de « la chanson non chantée » (voir « Alors... chante ! 2 » vers la fin du sujet), est l’un de nos meilleurs auteurs francophones. Et quelle présence ! Quel charisme ! Quand Lantoine paraît, le public, aux anges, est captivé. 

Un mot encore, car je n’étais pas parti pour un compte rendu, d’autant plus que j’ai manqué les  prestations notamment de Kent, de Michel Bühler et de Jacques Bertin (avec ses propres chansons mais aussi dans une création autour du répertoire de Jacques Douai, disparu il y a dix ans), pour évoquer un des talents les plus prometteurs (et déjà bien connus) de la relève, j’ai nommé Frédéric Bobin
          

  

À la guitare, avec l’excellent Mikaël Cointepas à la contrebasse, il nous enveloppe de chansons tendres sans faire l’impasse, à travers des cas d’espèce, sur les préoccupations sociales et la dérive sociétale. Les textes sont écrits en symbiose avec son frère aîné, ses musiques font la part belle aux mélodies, la voix est chaleureuse et l’homme aussi attachant à la ville qu’à la scène. Que demander de plus ? Une distinction ? C’est fait : l’an dernier il a été lauréat du premier Prix Marc-Robine. Sûr que celui-ci aurait été particulièrement fier de voir son nom associé aux chansons de Frédéric Bobin. Reste maintenant à espérer que l’artiste saura creuser son sillon jusqu’à toucher l’ensemble du public qu’il mérite.  

 

  

Amis soyez toujours, chante Jean Vasca. À Blanzat, même sans se connaître forcément, on se sent déjà amis, en tout cas de totale connivence. D’ailleurs, on y rencontre ou retrouve aussi des artistes venus pour le plaisir : Dominique Cista (album Portes éphémères), Marc Gicquel (album Reggianissimo), Coline Malice (nouvel album Les Nouveaux Riches), Gérard Mayen (double album Encore Intime-idée), Jean-Michel Piton (album Le cœur se sert de tout…). D’autres sans doute que je n’ai pas reconnus ou qui ne se sont pas présentés à moi.
  

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Et puis Rémo Gary bien sûr, venu à Blanzat cette fois pour diriger avec Frédéric Bobin la chorale des spectateurs (« Chanter sur un volcan »), et qui s’interroge de plus en plus – au point de douter du pouvoir de la chanson – non seulement sur l’adéquation, parfois déficiente on le sait, entre l’homme et l’œuvre, mais surtout sur l’osmose ressentie par un certain public avec certaines idées chantées… sans entraîner pour autant quelque retombée positive que ce soit sur la marche du monde. Il en a d’ailleurs fait une chanson, paroles et musique, sur son nouvel album, Idées reçues
         
 

  

Une chanson – interprétée en direct à Radio Arverne, seul à la guitare – qui résume cette question de la plus simple et belle des façons : en énumérant, en guise de couplets, les membres d’un panthéon à faire figurer au fronton de toutes les écoles (républicaines) de France (et d’ailleurs, car on y retrouve aussi bien Machado que Van Gogh, Neruda que George Orwell, etc.), avec ce refrain aussi sobre qu’éloquent : « On devrait être / Ce que ceux-là / Voulaient pour nous / On devrait être / Ce que ceux-là / Voulaient pour nous. » Paroles et musique : Rémo Gary. À la guitare Frédéric Bobin, à la contrebasse Mikaël Cointepas, au piano Joël Clément. Et aux chœurs, je l’espère : tous les fidèles de Paroles et Musique puis de Chorus – déraciné sans préavis comme de la mauvaise herbe il y a cinq ans, jour pour jour, au moment où j’écris ces lignes –, et désormais de « Si ça vous chante ». 

Amis soyez toujours ces veilleuses qui tremblent
Cette fièvre dans l'air comme une onde passant
Laissez fumer longtemps la cendre des paroles
Ne verrouillez jamais la vie à double tour…

 

* « PREGÓN PARA 10 AÑOS DE MÚSICA SOBRE UN VOLCÁN LLAMADO MARC ROBINE »

(Qu’est-ce qu’un pregón ? Pensez à un marché où l’on vend de tout, du neuf et du vieux, et où les vendeurs présentent leur marchandise à tue-tête… Le pregón est devenu aussi un genre littéraire qui se pratique lors des fêtes populaires et qui a été repris par des poètes comme Rafael Alberti, Gloria Fuertes, etc.) 

« Manifeste pour 10 ans de musique sur un volcan nommé Marc Robine »
(par Arturo González Martín)

« Entrez, messieurs, mesdames, entrez ! Entrez, vous tous, chers mammifères, dans ce haut lieu de rencontre autour de Marc Robine, notre père à tous pendant bien des années, et passé au rang de fils de “On connaît la chanson”. Entrez, entrez dans ce marché cordial où l’on vend les meilleurs produits du monde, et où l’on vous en offre d’autres venus de planètes à venir…

Je vous vends les quatre vents,
L’air de la liberté,
Le cyclone de l’imagination,
Les zéphyrs de la joie,
Les alizés de l’espérance et de la paix.

Entrez, et achetez mes grimpeurs bénévoles qui escaladent pas à pas les sommets de la vérité blessée par la foudre de toutes les guerres…

« VENDO Hidalgos, con sus profundas y precisas historias sobre Jacques Brel y sobre los cantos y cantantes de casi todo el mundo, en alas de libros, revistas y encuentros horizontales… VENDO palabras vestidas de fiesta y pasión… VENDO Hidalgos con lujos de Altamira, escuchador de músicas nacidas en mil y un puertos de Francia, novelas con guitarra… ¡Canta, Hidalgo, canta! ¿ Dónde canta Hidalgo? ¿Cuándo canta? Su voz ilumina las costas de la Africa oscura, de la América más ignota como navío perdido… o excita, incita y forma círculos con el arco íris de voces de Brel, Brassens, Ferré o Marc Robine… y la suya, mascarón de proa hacia lo cierto… una voz navegante, serena, que absorbe el viento de los cuatro que viven… y en Francia se remansa sobre papel y lechos digitales. »


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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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