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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 09:13

La vie d’artiste à Montauban

 

Pour le vingtième anniversaire de la disparition du Vieux Lion, l’édition 2013 d’Alors… Chante ! de Montauban – la vingt-huitième du nom, du 6 au 12 mai prochains – rend hommage à celui qui fut son invité d’honneur en mai 1992. Cinq jours durant, l’artiste participa à la vie du festival, assistant aux spectacles et encourageant les jeunes talents avant d’assurer lui-même la première partie d’un final, à jamais mémorable, qui réunissait autour de lui Jean-Pierre Chabrol, Nicole Croisille, Leny Escudero, Jacques Haurogné, Xavier Lacouture, France Léa, Georges Moustaki, Bruno Ruiz, Sapho, Jean Vasca…   

 Leo-portrait.jpg 

Il y eut encore deux récitals durant l’été 1992 et une ultime apparition en public à la Fête de l’Humanité pour chanter Est-ce ainsi que les hommes vivent ? en compagnie de Bernard Lavilliers, mais cette soirée à Montauban constitua son dernier grand rendez-vous scénique du genre. À l’automne, la maladie l’empêcha de faire sa rentrée dans la capitale, prévue en novembre au Grand Rex. Déjà, le 8 octobre, son ami et directeur artistique historique Richard Marsan s’était discrètement éclipsé ; « Richard ? Un dernier pour la route ?... » Quelques mois plus tard, le 14 juillet 1993, la Mort (qui, racontait-il avec le plus grand sérieux, lui avait téléphoné pour lui dire qu’elle aimait beaucoup ce qu’il faisait…) privait à son seul profit les amateurs de chanson, d’amour et d’anarchie mêlés, d’un des plus importants représentants de son histoire millénaire.  

 

 

Vingt ans après donc, Montauban se souvient de Léo Ferré… Si l’édition de 1992 s’était refermée avec lui, celle de 2013 va s’ouvrir avec « Les enfants de Léo ». Sur la grande scène du festival, les uns accompagnés par le grand orchestre du Conservatoire de Montauban (fort d’une soixantaine de musiciens !), les autres par un pianiste seul, comme du temps où Léo taillait la route avec « Popaul », ou bien se produisant a capella, à la guitare ou en trio, ils seront une douzaine de privilégiés à redonner vie aux différentes époques de son répertoire exceptionnel. Une bonne vingtaine de chansons et de textes parmi lesquels (selon des sources « autorisées », dirait Coluche), les heureux spectateurs auront droit à une sélection de grands classiques (La Mémoire et la Mer, La Vie d’artiste, Les Anarchistes, C’est extra…), de premiers succès, de poètes mis en musique voire de grands récitatifs de la dernière période. On parle notamment du Chien et d’Il n’y a plus rien… Mais chut, mieux vaut laisser la surprise et le plaisir de la découverte.  

 Leo-portrait-NB.jpg

 

Les enfants de Léo ? demanderez-vous. Ils auraient pu être dix fois plus nombreux ! Mais pour une seule soirée, et non un marathon de la chanson, il a bien fallu limiter le générique. Alors, ceux qui seront là sont tout simplement les premiers à avoir répondu par l’affirmative à la proposition de Jo Masure, directeur-créateur et âme (des poètes) de ce festival : Alexis HK, Cali, Nilda Fernandez, Yves Jamait, Camélia Jordana, Les Grandes Bouches, Mélissmell, Bruno Ruiz… et Catherine Boulanger, en quelque sorte la « régionale de l’étape » dont la (superbe) chanson écrite spécialement Pour Léo constitua un sommet d’émotion de la fête de mai 1992, chantée en sa présence :   

Léo, j’aurais aimé être une chanson de toi
Pour naître sur tes lèvres et vivre par ta voix
M’endormir dans tes rêves, m’éveiller sous tes doigts
J’aurais aimé, Léo, être une chanson de toi.

 

 

 

Ça, c’est pour le mardi 7 mai à 21 h 30. Le hors d’œuvre (composé seulement de chefs-d’œuvre) d’un plat de résistance (francophone) s’articulant comme toujours autour des fameuses « Découvertes d’Alors… Chante ! », celles qui ont permis de révéler en avant-première les Bénabar, Jeanne Cherhal, Camille, Yves Jamait, Aldebert, Amélie-les-Crayons, Émily Loizeau, Renan Luce, Daphné, Barcella, Carmen Maria Véga, Melissmell, Zaz… ou plus récemment Vendeurs d’Enclumes, Chloé Lacan, Tiou et Liz Cherhal, lauréats des « Bravos » du public et des professionnels. À l’affiche 2013, douze groupes et artistes (français, belges, suisses et québécois) encore inconnus du grand public, mais dont certains ne le seront peut-être plus pour très longtemps : Charles-Baptiste, Jur, Patrice Michaud, Strange Enquête, Blanche, Échappés de Sangatte, Lia, Laura Cahen, Yordan, Iaross, Face à la Mer, La Mine de Rien. Départ pour le futur, du mardi au samedi à 14 h 30, sous le Magic Mirrors, à raison de trois prestations chaque après-midi. 

Une sélection mise sur orbite par un panel plus que représentatif de « professionnels » puisque c’est à Montauban et nulle part ailleurs dans l’espace francophone que, chaque année, se retrouvent et se réunissent (pour travailler dans l’intérêt général, et d’abord des artistes et du public) Bernard.jpgles directeurs et responsables de programmation d’une bonne vingtaine de festivals internationaux constitués en Fédération des festivals de chanson francophone. Coïncidence éloquente : à la fin les choix desdits professionnels recoupent souvent, sans concertation préalable, ceux du public. Il est vrai qu’une bonne partie de celui-ci, extrêmement connaisseur, est composé d’habitués venus d’un peu partout qui retiennent spécialement cette semaine de l’Ascension pour suivre ce festival qui, en France et dans cette catégorie-là, je veux dire cette dimension populaire, est probablement le « dernier des Mohicans »…

Côté jeune public, la programmation affiche la même volonté farouche de présenter toujours le meilleur de la création du moment pour permettre aux « consommateurs » de demain de former eux-mêmes leur propre jugement face au rouleau compresseur débilitant de la société (médiatique) du spectacle. À 10 h et 14 h 30 : Poncet, Nicolas Berton, Zut, Abel, Alain Schneider, Tomas Sidibé… et même Bia et Michèle Bernard dans leur nouveau spectacle plus spécialement destiné aux enfants, Pyjama party et Sens dessus dessous respectivement.  

 

HK-Cherhal-Amelie-copie-1.jpg

 

Et puis d’anciennes découvertes qui montent en « grade » (Askehoug, Imbert Imbert, Mélissmell, Maissiat, Alexis HK, Julien Fortier, Amélie-les-Crayons), des secondes parties de soirée (Lo’Jo, Barcella, Valérian Renaut, Barbara Carlotti…), et puis des têtes d’affiche (BB Brunes, Olivia Ruiz avec Liz Cherhal en première partie, etc.), et puis une programmation spéciale Wallonie Bruxelles (Vincent Delbushaye, Peter Bultink, Françoiz Breut)… Et puis des « Afters » comme on dit maintenant partout, y compris au Québec (quelle tristesse que l’acceptation tacite et sans réflexion aucune du reniement de sa culture !) – et pourquoi pas simplement des « Après », messieurs et mesdames du festival (n’y aurait-il plus d’après, aussi, à Montauban-les-Prés ?) – en fin de soirée du mardi au vendredi au Magic, avant une « Nuit des Découvertes », le samedi, tous et toutes ensemble réunis à minuit et demie pour finir en beauté l’édition, dans la foulée de la remise des Bravos 2013, elle-même précédée du récital du lauréat 2012 des Bravos du public, l’excellent Tiou (qui gagne vraiment à être connu) et suivie du grand spectacle de Tryo (qui, lui, n’est plus à présenter).

 

Leprest-jamait

 

Ce n’est pas tout ? Ben non, puisque Montauban ne manque pas de rester fidèle aux siens, en l’occurrence à celui qui, programmé ou pas, arpentait ses allées et fréquentait ses salles chaque année avec autant de curiosité que de plaisir, autant d’obstination que d’enthousiasme – j’ai nommé Allain Leprest. Une création autour de ses chansons, Où vont les chevaux quand ils dorment ?, rassemblera mercredi 8 mai au Théâtre à 20 h 15 un trio chantant à bride abattue : Jean Guidoni, Yves Jamait (photo ci-dessus avec Leprest... à Montauban) et Romain Didier. À ne pas manquer, est-il besoin de le préciser... ? 

 

 

Ajoutez à cela un salon des professionnels de la scène (tourneurs et producteurs, programmateurs de salles et de festivals) le samedi matin (le dernier « salon où l’on cause » de francophonie en France ?), la remise du Prix Raoul-Breton le vendredi sur la scène du Théâtre à Alexis HK (après Pierre Lapointe en 2011 et Presque Oui en 2012), la cérémonie désormais traditionnelle des Coups de cœur de l’académie Charles-Cros le jeudi (et je ne parle même pas des ateliers et résidences durant l’année), et vous n’en douterez plus, si vous n’avez encore jamais mis les pieds dans la ville d’Ingres (et de son fameux violon) : la vie d’artiste, c’est ici et maintenant à Montauban, qu’il faut la vivre et l’apprécier.

_________ 

• Programmation détaillée de l’édition 2013 et réservations sur le SITE Internet d’Alors… Chante !  

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 10:15
Éphémère éternité
  
C’est un florilège de l’œuvre de Georges Moustaki, la fine fleur de son répertoire : un bouquet de chansons, des plus évidentes aux plus discrètes (96 textes exactement sur quelque trois cents), choisies et présentées par Marc Legras, expert connu et reconnu en « moustakiologie ». Des chansons qui jalonnent nos souvenirs, nos intimes cheminements, précise-t-il avant d’inviter à l’embarquement pour Cythère : « Pour peu que l’on soit disposé livre-copie-1.jpgà se laisser surprendre une nouvelle fois en les lisant, elles apparaissent comme si les années avaient glissé autour d’elles sans toucher à leur fraîcheur, à leur éclat. »
 
     
Proche de Moustaki, qu’il aura fréquenté tant amicalement que professionnellement depuis les années 1970, Marc Legras a vécu deux existences journalistiques en parallèle : l’une de « responsable d’édition » des journaux télévisés de France Télévisions et l’autre de spécialiste de la chanson ; à la radio d’abord, avec ses propres émissions sur France Musique et France Culture (seul ou en duo avec Jacques Erwan) dans les années 70 à 90, puis dans la presse à travers Paroles et Musique et Chorus, dont il fut un membre éminent (et fidèle de bout en bout, trois décennies durant) des comités de rédaction.

Avec-marc.jpg 
C’est lui qui écrivit, par exemple, le dossier spécial Moustaki, extrêmement pointu et complet, de Chorus (n° 15, printemps 1996). Plusieurs dizaines de pages de biographie et d’entretien où l’on croisait ce « citoyen de la langue française » aux côtés de Barbara, Georges Brassens (c’est par admiration pour lui que Joseph Moustaki – Yussef Mustacchi à l’état civil – se fera appeler Georges en empruntant les pistes chansonnières…), Léo Ferré, Paco Ibañez, Maxime Le Forestier, Serge Reggiani, Mikis Theodorakis… Édith Piaf, bien sûr, à qui l’auteur-compositeur offrit le fringant Milord, en 1958, avant que l’interprète ne connaisse lui-même la gloire avec Le Métèque (1969).
 

Après ce dossier de référence et deux livres écrits en collaboration avec l’artiste (Un chat d’Alexandrie en 2002, Chaque instant est toute une vie en 2005), Marc Legras propose donc ce recueil de textes, comme un arrêt sur image : un « moment de grâce et de beauté / Une rencontre où chaque instant / Dure jusqu’à la fin des temps / Une éphémère éternité » (2003). Une anthologie présentée non pas dans l’ordre chronologique mais sous forme de trois grandes thématiques : « Le Temps d’aimer » (et de vivre), « Le Temps d’un regard » (sur l’autre et le monde), « Le Temps de la mémoire ».
 

Une géographie du cœur, de la musique et du souvenir, en somme : l’Égypte des premiers jours (« Dans ma mémoire encore émue / Les parfums, les odeurs, les cris / De la cité d’Alexandrie / Le soleil qui brûlait les rues / Où mon enfance a disparu… »), le Brésil adopté (« C’est la saison des pluies, c’est la fonte des glaces / Ce sont les eaux de mars, la promesse de vie… »), la Méditerranée revendiquée (« Dans ce bassin où jouent / Des enfants aux yeux noirs / Il y a trois continents / Et des siècles d’histoire… ») ; enfin, son Île-de-France, l’île Saint-Louis (« Adieu Tahiti, Fort-de-France / Adieu Doudou et Vahiné / Qu’elle est douce, ma douce France / Depuis que je l’ai rencontrée / Mon Île-de-France… ») et sa Dame brune (« Pour une longue dame brune / J’ai inventé / Une chanson au clair de la lune / Quelques couplets / Si jamais elle l’entend un jour / Elle saura / Que c’est une chanson d’amour / Pour elle et moi… »). « Mes chansons, confirme l’auteur à son accoucheur (dans un long entretien de dix pages réalisé en janvier 2010 et publié ici en introduction des textes), ont le poids de ce que je vis. »
 
   

Ce que Legras traduit ainsi en avant-propos : « Chacun de ses disques est le chapitre d’un journal intime mis en musique, porté par les mélodies, célébrant un lieu, un moment, une rencontre, ou stigmatisant les blessures et les travers de l’époque. Ce “nonchalant qui passe” (bien vu, Marc !) à l’esprit vif témoigne à sa façon, sans hausser le ton, engagé dans le seul parti qui vaille sous toutes les latitudes, celui de l’Humain. » Une intro, un avant-propos… et un prologue spécialement réservé à Brassens, à qui le jeune Moustaki avait remis ses premiers écrits. Un texte incroyablement visionnaire que le bon Georges lui offrit en mai 1954, pour encourager le poète qu’il voyait déjà en lui : « Il a eu vingt ans tout à l’heure (NDLA : Moustaki est né le 3 mai 1934) et c’est plus difficile qu’on ne le suppose (le petit cheval de Paul Fort dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage !). Il écrit des chansons entre les lignes. Il aurait pu bâcler des insanités et se faire chanter par la canaille lyrique. Il a choisi les chemins escarpés, les chemins coupés. Il fait confiance au public. Il aura sa récompense. […] Chante Moustaki ! Ta chanson s’envolera vers des oreilles. Le temps s’en charge. Tu n’es pas seul. Écoute Guy-Charles Cros :

Avec des mots chantés à voix profonde et douce
Avant qu’un peu de terre n’emplisse notre bouche,
Confier la vie à notre lucide amour.
C’est là notre travail sans trêve et notre fête,
Notre raison de vivre et de mourir poète,
Notre unique et divin recours. »
    
scene.jpg
 
Vingt ans après, en 1974, une fois les prédictions de Brassens réalisées, Moustaki paiera sa dette – et de bien belle façon – en écrivant Les Amis de Georges. « La plupart d’entre eux n’ont pas bougé d’un poil / Ils se baladent encore la tête dans les étoiles… » À Marc Legras qui lui rappelle aujourd’hui l’œuvre « de philosophe, d’écrivain, de moraliste, de poète » qu’il a vue dans les chansons de Brassens, « Jo » assure qu’il persiste et signe : « Je suis heureux d’avoir parlé de lui en de tels termes. » Mais sans se déclarer en reste, sans fausse modestie : « J’ai, moi aussi, la prétention, à moindre échelle, d’être un peu tout ça. »
 

Il fallut attendre presque une décennie entière entre ses deux premiers albums. Huit titres (dont Éden blues, interprété aussi par Piaf) rassemblés en 1960 sur un 33 tours 25 cm, puis douze en 1969, constituant une incroyable litanie de succès : Le Métèque, Gaspard, Le Facteur, Ma solitude, Il est trop tard, La Carte du tendre, Le Temps de vivre, Joseph… ! L’homme se souvient, partagé entre tendresse et lucidité : « Le Métèque a changé ma vie. Encore aujourd’hui, des gens m’affirment gentiment qu’ils connaissent toutes mes chansons. Ils citent Le Métèque… et rien derrière ! Entre-temps, j’ai rencontré Barbara – lien d’amitié et de travail – qui m’a présenté à Serge Reggiani. Je n’imaginais pas qu’il existait encore des gens de sa stature. Après Piaf, on devient difficile ! Nos chansons m’ont sorti de la retraite où, à trente et quelques années, je me confinais avec volupté. »  Et quelles chansons ! Ma liberté, Ma solitude, Madame Nostalgie, Sarah, Votre fille a vingt ans
 
 
Les deux derniers albums en studio de Georges Moustaki portent des titres qui ressemblent à sa vie de chanteur errant : Vagabond (2005) et Solitaire (2008). Ce livre aussi lui ressemble intimement qui s’ouvre sur Le Temps de vivre (1968) et se referme en compagnie de L’Ambassadeur (1984) :
 
Je suis l’ambassadeur du temps et de l’espace
Mon pays c’est un peu toute la galaxie
Je ne suis pas d’ailleurs je ne suis pas d’ici
Je suis contemporain de chaque instant qui passe […]

Demain lorsque l’hiver étouffera ma voix
Demain lorsque la mort aura raison de moi
Lorsque viendra le temps de rejoindre l’espace
Le ciel d’Alexandrie sera mon dernier toit.
 
Demain, ce recueil de textes constituera l’une de ces petites traces qui font que jamais tout à fait la mémoire ne s’efface. Une trace sensible, une borne affective, un instant… d’éphémère éternité. Celui, peut-être, au train où vont les choses, qui précédera les retrouvailles d’une bien-aimée, d’une infidèle, d’une fille bien vivante, qui se réveille à des lendemains qui chantent… et « qui nous donne envie de vivre / Qui donne envie de la suivre / Jusqu’au bout, jusqu’au bout ».   
 
   
• Georges Moustaki : Éphémère éternité – Chansons choisies, Prologue de Georges Brassens ; édition établie par Marc Legras. 210 pages, dont quelques annexes (repères biographiques, discographie, bibliographie). Éditions Le Cherche Midi, Paris (site officiel de Georges Moustaki).
_______
NB. Quelques précisions sur certaines vidéos (merci à l’Ina !) illustrant ce sujet. Le document d’archive où Édith Piaf est filmée chez elle, interprétant Milord avec Marguerite Monnot au piano et Moustaki debout date de 1958 ; l’émission des « Dossiers de l’écran » qui le reprend, où Moustaki rappelle la genèse de cette chanson, a été diffusée le 24 janvier 1978. La première vidéo en compagnie de Barbara (Fleurs de méninges, que reprendra Reggiani) date de 1962 (avril) et les deux versions de La Dame brune, l’une en couleur, de 1967 (octobre), et l’autre en noir et blanc, de 1968. La version du Métèque, en duo avec Zazie, a été captée le 28 novembre 2000 à l’Olympia dans un concert « autour de la guitare ». Enfin, la toute dernière vidéo (Sans la nommer) est tirée d’une émission du premier août 1981 présentée par le regretté Michel Lancelot.
 
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Published by Fred Hidalgo - dans Actu livres
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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 14:11
… Que l’on devrait tous connaître par cœur

Quelles sont vos dix chansons préférées ? C’est en posant cette question à 276 auteurs, compositeurs et/ou interprètes, ainsi qu’à 69 « spécialistes » que Baptiste Vignol a pu établir ce qu’il appelle « l’anthologie des cent plus belles chansons de la variété francophone ». Où l’on découvre que les dix chanteurs dont le plus grand nombre de titres a été cité (par les premiers) sont TOP100-copie-2.jpgFerré, Gainsbourg, Brassens, Brel, Souchon, Bashung, Nougaro, Barbara, Édith Piaf et Charles Aznavour (devant Renaud et Trenet), tandis que les seconds plébiscitent Mistral gagnant (Renaud), Avec le temps (Ferré), La nuit je mens (Bashung), La Javanaise (Gainsbourg) et Ne me quitte pas (Brel). 
 
Baptiste Vignol fait partie de ces journalistes et auteurs de la nouvelle génération (du moins par rapport aux anciennes, auxquelles j’ai le triste privilège d’appartenir désormais !) dont le discours sur la chanson est attendu, par sa pertinence bien sûr mais d’abord et surtout parce qu’il est la résultante d’une excellente connaissance de son histoire. « Élémentaire, mon cher Watson » ? Ne croyez surtout pas cela, les « tenants » de la chanson française dans les médias, ceux qui ont le plus voix au chapitre, n’étant pas toujours les mieux informés. Passons... Diplômé d’un DEA de Science-Politique, Baptiste Vignol a déjà consacré plusieurs ouvrages à l’art qui nous occupe ici : Cette chanson que la télé assassine (2001), Des chansons pour le dire (2005), Tatatssin, parole de Renaud (2006), Cette chanson qui emmerde le Front National (2007), tout en tenant un blog de qualité, intitulé Mais qu’est-ce qu’on nous chante ?
 

L’idée de ce nouveau livre (paru le 14 janvier dernier), explique son auteur en avant-propos, lui est venue en apprenant qu’André Gide, au lendemain de la fondation de la NRF, soumettait tous ses amis ou connaissances « à la plus excitante des questions intellectuelles : “Quels sont, selon vous, les dix plus grands romans de tous les temps ?” » En extrapolant à ce qu’il appelle (curieusement) « la musique de variété », il a choisi de poser la même question « à quelque 250 paroliers et/ou compositeurs, le plus souvent chanteurs, tous rompus au travail d’écriture, qu’il soit textuel ou musical ». Au bout du compte, Vignol a reçu les réponses de 345 participants : 276 émanant d’artistes et 69 de journalistes (dont une quinzaine d’anciens collaborateurs de Paroles et Musique et de Chorus...) et de professionnels divers (programmateurs, responsables de salles, etc.).
 
 
Le résultat est livré au lecteur sous forme d’un texte de deux à trois pages maximum relatif à la chanson concernée. Cent chansons, donc, présentées par ordre décroissant, de celle classée à la centième place (On The Road Again, de Bernard Lavilliers) à la toute première (Avec le temps, de Léo Ferré), chacune accompagnée d’une note précisant quels artistes l’ont citée (la chanson de Lavilliers, par exemple, a recueilli quatre suffrages et celle de Ferré, quarante-cinq), voire de la reproduction manuscrite du Top 10 de l’expéditeur. Pas de vérité gravée dans le marbre, cependant, ni même dans la cire : par définition, un tel classement – aussi intéressant et instructif soit-il – ne possède qu’une valeur indicative. D’abord, parce que la question concernait « dix chansons préférées », sans hiérarchie entre elles, et surtout parce que ce genre de palmarès, comme le soulignait d’emblée l’auteur, est « mission quasi impossible, trop de chansons étant liées à d’innombrables souvenirs ». D’où ce conseil donné en amont aux personnes sollicitées : dresser votre liste « dans l’urgence, en prenant un quart d’heure… En sachant très bien qu’une liste rédigée aujourd’hui serait sûrement légèrement différente demain » – voire que chacun d’entre nous, comme je l’ai moi-même vérifié, serait probablement capable d’établir dix listes différentes et d’affilée de ses « chansons préférées », sans le moindre doublon entre elles… et sans qu’une seule liste s’impose d’évidence aux autres.
 

Je ne donnerai donc pas ici celle que j’ai fini par adresser à Baptiste Vignol, ni plus définitive ni moins valable que les autres jetées sur le papier dans la même journée ; en revanche, c’est avec plaisir que je me permets de communiquer celle de notre regretté Jean Théfaine, dont ce fut l’une des ultimes contributions au « métier » : Le Temps des cerises (Jean-Baptiste Clément), Comme ils disent (Charles Aznavour), Sarah (chantée par Serge Reggiani), La Mémoire et la Mer (Léo Ferré), La Non-Demande en mariage (Georges Brassens), La Manic (chantée par Pauline Julien), La Chanson des vieux amants (Jacques Brel), Je reviens chez nous (Jean-Pierre Ferland), Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve (chantée par Jane Birkin), Trois petites notes de musique (chantée par Cora Vaucaire).
 
Ce livre reprend en effet, en seconde partie, « le Top 10 » des 345 participants, par ordre alphabétique, les artistes d’abord, les « spécialistes » ensuite. Un générique d’un bel éclectisme, tant générationnel qu’artistique, allant par exemple de Dominique A, Akhénaton, Aldebert, Amélie-les-Crayons ou Marcel Amont à Danyèl Waro, Weepers Circus, Gabriel Yacoub ou Yoanna (tiens, dommage d’avoir « loupé » Zazie !)… en passant par Michel Bühler, Yves Duteil et Anne Sylvestre ; ou Ricet Barrier, Gérard Berliner, Allain Leprest et Claude Vinci,  disparus depuis. Mais aussi Antoine, Guy Béart, Morice Benin, Michèle Bernard, Jacques Bertin, Mathieu Boogaerts, Jeanne Cherhal, Christophe, Clarika, CharlÉlie Couture, Daran, Luc De Larochellière, Richard Desjardins, Jacques Duvall, Leny Escudero, Fatals Picards, Jean-Jacques Goldman, Françoise Hardy, Yves Jamait, Bernard Joyet, Jofroi, Kent, Gilbert Laffaille, Pierre Lapointe, Éric Lareine, Lynda Lemay, Émily Loizeau, David McNeil, Catherine Major, Florent Marchet, Christophe Miossec, Georges Moustaki, Jean-Louis Murat, Néry, Ours, Véronique Pestel, Thomas Pitiot, Michel Polnareff, Oxmo Puccino, Renaud, Olivia Ruiz, Sarcloret, Peio Serbielle, Yves Simon, Alain Souchon, Henri Tachan, Marie-Jo Thério, Jean Vasca, Louis Ville, etc.
 

En réalité, ce Top 100 propose treize chansons supplémentaires, repêchées en raison du fait qu’elles ont obtenu le même nombre de voix (quatre) que chacune des chansons classées 87 à 100. « Un score remarquable, note Vignol à raison, quand on songe aux dizaines de milliers de titres qui composent le répertoire de la variété francophone ». Au final, « pour affiner le classement et départager les morceaux ayant obtenu le même nombre de suffrages », les voix des 69 spécialistes se sont avérées déterminantes.
 Chorus60.jpg

Souvenirs, souvenirs : sans le vouloir, Baptiste Vignol nous renvoie au n° 60 de Chorus (été 2007) qui, pour célébrer de façon originale les quinze ans des « Cahiers de la chanson », proposait un « Top 60 » des meilleurs albums de chanson francophone parus depuis sa création. « Et si l’on tentait d’établir un classement ? » Lancée comme une boutade en réunion de rédaction, l’idée fit son chemin. De boutade elle devint gageure. Jamais cela ne s’était fait, nulle part en « francophonie ». Cela permettrait en outre d’obtenir un superbe panorama de la chanson francophone et de juger de son évolution à la charnière de deux millénaires. On se prit au jeu, on recensa les milliers d’albums (jeune public et « soleil noir » inclus) sortis entre le n° 1 et le n° 60… et la gageure devint réalité. Vingt journalistes de Chorus répartis dans l’espace francophone planchèrent trois mois durant sur le sujet… et un « Top 60 » de la plus belle eau émergea, avec un beau trio sur le plongeoir (pardon, sur le podium !) : C’est déjà ça, d’Alain Souchon, Samedi soir sur la Terre de Francis Cabrel, Fantaisie militaire d’Alain Bashung.
 Podium.jpg

Rien à voir évidemment entre un classement d’albums (qui plus est, limité à une période donnée) et un classement de chansons, toutes époques confondues. Néanmoins, si l’on fait abstraction des classiques du patrimoine parus avant la naissance de Chorus, on relève bien des similitudes entre les résultats respectifs obtenus par l’équipe de la revue et les contributeurs du livre. D’ailleurs, sans trop déflorer celui-ci, voici (simplement pour vous mettre l’eau à la bouche, comme aurait dit le Beau Serge) les dix premiers titres de ce Top 100 des chansons que l’on devrait tous connaître par cœur : Avec le temps (Léo Ferré), La nuit je mens (Alain Bashung-Jean Fauque/Bashung-Les Valentins), Mistral gagnant (Renaud Séchan), La Javanaise (Serge Gainsbourg), Ne me quitte pas (Jacques Brel), La Chanson des vieux amants (Jacques Brel), La Mémoire et la Mer (Léo Ferré), Je suis venu te dire que je m’en vais (Serge Gainsbourg), Foule sentimentale (Alain Souchon), Que reste-t-il de nos amours ? (Charles Trenet).
 

Soit quatre auteurs-compositeurs de « l’âge d’or » de la chanson française, dont trois (Brel, Ferré et Gainsbourg) sont cités pour deux chansons différentes, et trois de la génération suivante : Renaud dont la chanson concernée (magnifique Mistral gagnant !) date de 1985, Bashung et Souchon dont les titres plébiscités (La nuit je mens et Foule sentimentale) font partie des albums (Fantaisie militaire et C’est déjà ça) arrivés sur le podium du « Top 60 » des « Cahiers de la chanson » (La Corrida, premier titre de l’album Samedi soir sur la Terre de Cabrel, n° 2 dudit podium, apparaissant en vingt-quatrième position du « Top 100 »).
 

Qu’est-ce qu’on nous chante ? Rien qu’une chanson qui s’envole et s’en va dans le vent… Avec le temps, va, tout s’en va ? Peut-être… hormis la chanson, rien qu’une musique, des paroles qu’on fredonne en rêvant… car son histoire est la même que la nôtre. Air connu : longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues… Alors, si ça vous chante d’en savoir plus sur cette « anthologie » de la chanson francophone à « connaître par cœur », ne manquez pas de faire chorus. « J’vous ai apporté des bonbons », chantait le Grand Jacques ; Baptiste Vignol, lui, nous offre ici une véritable bonbonnière, un paquet de mistrals gagnants ! 
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• Le Top 100 des chansons que l’on devrait tous connaître par cœur (choisies par 276 artistes de la variété francophone), 320 pages, Éditions Didier Carpentier, Paris (site de l’auteur, Mais qu’est-ce qu’on nous chante ?).
 
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Published by Fred Hidalgo - dans Actu livres
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