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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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Jean-Jacques Goldman, confidentiel
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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 12:41
Livre.jpgEt elle chante encore ?

Riche « de quelque quatre-vingts interviews inédites, de proches, de collaborateurs, de journalistes ou de chanteuses et chanteurs », cette première biographie d’Anne Sylvestre, précise son auteur, « a bénéficié de la participation active de l’artiste elle-même, qui a largement abordé sa carrière et sa vie privée (y compris les périodes douloureuses de l’enfance et de l’adolescence), offrant au lecteur autant de clefs pour mieux comprendre et apprécier ses chansons ».
 
L’auteur ? Daniel Pantchenko. Ancien titulaire de la rubrique chanson à L’Humanité, dans les années 70 et 80, puis membre du comité de rédaction de Chorus (Les Cahiers de la chanson), dans les années 90 et 2000, c’est à lui qu’en accord avec la veuve de Marc Robine je confiai après la mort de celui-ci la tâche d’aller au bout de la biographie de référence que notre regretté ami (voir « Le Colporteur de chansons ») – dont j’avais déjà eu le bonheur de publier les livres sur Francis Cabrel (1987), Julien Clerc (1988) et Jacques Brel (1998) – était en train d’écrire sur Charles Aznavour. Cscene-95omplété et achevé de belle façon, l’ouvrage, sous-titré Le Destin apprivoisé, parut en 2006, coédité par Chorus et Fayard et donc cosigné Marc Robine, de façon posthume, et Daniel Pantchenko. C’est encore à celui-ci que je proposai ensuite, en ma qualité de directeur du « Département chanson » Chorus/Fayard, de s’attaquer à la bio de Jean Ferrat que j’avais moi-même longtemps espéré écrire, mais à quatre mains, avec l’artiste, avant d’y renoncer définitivement du fait de sa volonté, réaffirmée au fil des ans (pour des raisons toutes personnelles), de ne jamais participer à aucun livre le concernant. « Non, je n’ai pas changé d'avis, me disait-il, sourire aux lèvres, à chacune de nos rencontres. Oui, tu peux écrire ce livre, non je n'y participerai pas... » Ce sera donc Daniel Pantchenko qui s’y collera, avec autant de bonheur que de talent, et l’ouvrage, écrit du vivant de l’artiste, Jean Ferrat, Je ne chante pas pour passer le temps, paraîtra en octobre 2010, sans que l’intéressé, hélas, ait pu en prendre connaissance.

 
Cette fois, Daniel Pantchenko a donc bénéficié de la collaboration de l’artiste monographiée. L’artiste ? Un des grands noms de l’histoire de la chanson française et pourtant l’une des chanteuses les plus méconnues du grand public et surtout les plus oubliées des grands médias… Arrêt sur image. Fin des années 70 : c’est depuis Djibouti, où je contribuais (à ma très modeste mesure) à la naissance d’une nation (mais de façon très résolue à la lutte contre les mutilations sexuelles féminines, en particulier l’inconcevable, si barbare et ô combien meurtrière infibulation, pratiquée dans la Corne de l’Afrique), que je pris contact pour la première fois, par correspondance, avec Anne Sylvestre. Objectif : lui consacrer le premier dossier et donc la couverture du mensuel de chanson francophone que « ma chère et tendre » (comme l’a chanté si joliment Henri Salvador) et moi-même avions décidé de créer à notre retour en France, Paroles et Musique.

scene-80-PM.jpg

En mai 1980, la grande dame me recevait chez elle, à Paris. Elle avait récemment sorti son treizième opus studio, superbe album au demeurant (J’ai de bonnes nouvelles, Je cherche mon chemin, Douce maison, La Faute à Ève…). Au début, notre conversation tourna logiquement autour des difficultés pour une femme, qui écrit et compose elle-même, à s’imposer dans le métier scene-90et dans les médias. « Je ne sais pas si j’ai eu plus de difficultés qu’un homme, nous confia-t-elle d’abord, mais tout ce que je sais, c’est qu’en vingt-deux ans de carrière, je n’ai pas eu une seule fois une émission en vedette, je n’ai pas eu une seule fois une couverture de magazine... »


Stupéfaction de ma part : ainsi, la Une du n° 1 de Paroles et Musique, à paraître le mois suivant, constituerait sa toute première couverture de magazine ! Alors que ses débuts scéniques remontaient à 1957, à la Colombe, à peu près à la même époque que Barbara, Béart, Ferrat ou Perret, suivis d’un premier album (Mon mari est parti, Porteuse d’eau, Les Cathédrales…) dès 1961. Vingt-trois ans exactement et tant de chefs-d’œuvre (T’en souviens-tu la Seine, Lazare et Cécile, Mousse, Aveu, Maumariée, Des fleurs pour Gabrielle, Les Pierres dans mon jardin, Non tu n’as pas de nom, Un mur pour pleurer, Une sorcière comme les autres, Clémence en vacances, Les gens qui doutent…) avant de se retrouver, enfin, en couverture d’un magazine national ! Incroyable et pourtant vrai. Cela avait été d’une telle évidence pour nous… Surtout qu’en figure de proue de notre mensuel, nous tenions à une femme (ACI, bien sûr), pour incarner d’autant mieux cet art féminin, résultante de l’union amoureuse de paroles et d’une musique, qu’on nomme chanson.


Portrait-2005.jpg

Ce jour de notre première rencontre, la grande dame parla vrai, comme toujours, franche et directe, sans faux-semblants et sans crainte du qu’en dira-t-on : « Sachant que je fais quand même quelque chose d’important – la fausse modestie, je trouve ça imbécile – et que mes chansons ont un niveau assez élevé, je suppose en effet que le fait d’être femme, et pas conforme, s’est avéré bien ennuyeux… » Et Anne Sylvestre de conclure à ce sujet : « Il est sûr que, normalement, j’aurais dû être connue beaucoup plus vite, mais je n’ai pas choisi la route la plus facile… Je n’ai pas montré mon cul. Ni au sens propre ni au sens figuré. Je n’étais pas cette jeune fille gentille qui aurait dit ce qu’on avait envie qu’elle dise. Non, j’avais envie de dire ce que, moi, je voulais ! »  
 avec-Marc.jpg

Cela se passait il y a exactement… trente-trois ans ! Et depuis ? Rien ou presque n’a changé dans le regard du métier et des médias, sur la plus grande ACI française de l’histoire contemporaine avec Barbara… Nous en parlons en connaissance de cause, après l’avoir accompagnée tout ce temps sans jamais lui faire défaut : après la décennie Paroles et Musique, citons seulement deux autres dossiers importants dans Chorus (le premier, en 1998, écrit par Daniel Pantchenko et Marc Legras, le second en 2005, par ce dernier – voir notre photo ci-dessus) et une dernière rencontre (cette fois avec Michel Trihoreau) à l’occasion de son « Jubilé plein d’avenir », fin 2008. Non, quasiment rien n’a changé… si ce n’est une dizaine d’albums studio de plus et des centaines, voire des milliers de spectacles supplémentaires, où la chanteuse a continué, en toute liberté et en parfaite indépendance – ce qui n’est certes pas « la route la plus facile » – de dire et de faire ce qu’elle voulait, et rien que cela. Par exemple une création très originale, Gémeaux croisées, en 1988 avec la Québécoise Pauline Julien. Ou une autre, beaucoup plus récente, dont nous eûmes la primeur au festival Alors… Chante ! 2012 de Montauban, Carré de dames, en compagnie cette fois d’Agnès Bihl – Anne étant très proche des artistes des nouvelles générations, qui reprennent d’ailleurs de plus en plus son répertoire et revendiquent volontiers son héritage chansonnier.
 

Cette première vraie biographie, parue le 24 octobre dernier, vient donc combler enfin – cinquante-cinq ans après les débuts de l’intéressée – une lacune abyssale dans l’édition française. Un « Préambule familial » (qui évoque l’histoire singulière de son père, collaborateur durant la Seconde Guerre mondiale, adjoint de Doriot, qui échappera à la peine capitale mais passera huit ans en prison), suivi de vingt-six chapitres chronologiques en quatre parties (De la Demi-Lune à la mer, De la rive gauche aux Capucines, L’Indépendance, Re-naissance) et, en annexes, d’une discographie intégrale, pour adultes et jeune public (notamment avec les fameuses Fabulettes, nées en 45 tours dès 1962 !) ; le tout écrit à l’encre sympathique. Oui, Anne Sylvestre chante encore, toujours aussi bien et toujours aussi juste, dans tous les sens du terme. Et tant que la « Carcasse » (quelle chanson extraordinaire !) le permettra, elle continuera de chanter encore et encore. La preuve avec son nouveau spectacle, qu’elle créera le 15 mai prochain au Casino de Paris, après un nouvel album (à paraître le 22 avril). Son vingt-deuxième opus studio, six ans après le précédent, Bye mélanco (2007), et cinq ans après Son jubilé en public (2008) pour célébrer son demi-siècle de chanson…
 
 
Dix nouvelles chansons à l’affiche : Malentendu, Violette, L’Habitant du château, Des calamars à l’harmonica (pendant l’enregistrement de laquelle, le 15 février dernier, a été tournée la vidéo ci-dessus), La Lettre d’adieu, Pelouse au repos, Pour un portrait de moi, Le P’tit sac à dos, Je n’ai pas dit… et celle qui donnera son titre au disque comme au spectacle, Juste une femme. En 1977, Jacques Brel disait : « Tu n’es pas le bon Dieu / Toi tu es beaucoup mieux / Tu es un homme. » Avec humour et autodérision, depuis 1985 (et son album Écrire pour ne pas mourir), Anne Sylvestre chante Trop tard pour être une star. Peut-être, mais qu’importe ? Non contente d’être l’un des principaux artisans de la chanson vivante de ces six dernières décennies, elle aura été bien plus et bien mieux qu’une star, bien moins éphémère et tellement plus authentique qu’une image en toc renvoyée par des miroirs aux alouettes : une femme, juste une femme… qui, pour notre bonheur, chante encore !


• Toutes précisions sur le livre (Fayard, 476 pages + cahier photos noir et blanc de 16 pages), le disque (Prod. Sylvestre/EPM-Universal) et les concerts sur le site d’Anne Sylvestre.
NB. Il nous reste quelques exemplaires collectors des deux numéros de Chorus comportant un dossier consacré à Anne Sylvestre, le premier (n° 24, été 98) abondamment illustré, sur 24 pages, de photos d’actualité et d’archives (biographie, œuvre, interview, repères, discographie…) et le second (n° 52, été 2005) réactualisant le premier avec douze pages d’entretien exclusif pour l’essentiel. Si intéressé(e), nous contacter ici.


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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 15:13
La fête à la chanchon
     
Le bougre est coutumier du fait. Un coup, il nous propose Garyun CD-livre, un autre c’est un livre-CD. Sa dernière parution, qui date de la fin du premier semestre 2012, relève plutôt de la seconde catégorie. Si un CD y est discrètement glissé sous le rabat de la quatrième de couverture, c’est bien un livre, en effet, qu’on tient entre ses mains et qu’on a d’autant plus plaisir à feuilleter qu’il faut préalablement en découper les feuilles, à l’ancienne... Le tout, précise son auteur, forme « un genre d’essai, une sorte de petite anthologie sauvage de la chanson ». Dans mon café littéraire, j’appelle aujourd’hui Ponchon et Cie
 
Son premier album, un 33 tours 30 cm autoproduit, remonte à 1983, il y a exactement trente ans ! Ne cherchez pas, il fait désormais partie des Archives introuvables de la chanson française ; d’ailleurs il ne s’agissait pas encore de Rémo Gary, mais de Rémi Garraud, chanteur frais émoulu de la campagne franc-comtoise, tout comme les deux albums suivants, une cassette en 1989 et un premier CD en 1991. Rémo Gary, disciple de Jean Richepin, proche parent spirituel d’un Jacques Bertin ou d’une Michèle Bernard, ami des poètes, naît en 1996. Coïncidence, les fonts baptismaux sont avancés par un journaliste de Chorus, Noël Balen, qui a fondé son propre label de production, Moby Dick. C’est L’Appel du petit large
 
 
Et comme l’intéressé a « de la fuite dans les idées », cet appel se concrétisera par un nouvel album tous les deux ou trois ans, jusqu’à un mémorable livre-disque en 2010, La Lune entre les dents, remarqué ici comme il convenait. Après une jolie « récréation » à l’attention plus spéciale du jeune public, Jeter l’encre (2011), sous forme de CD-livre (épais et intelligent comme un titre de la collection originale « Poésie et Chansons » de chez Seghers), voici donc que notre trentenaire de la chanson nous convie à un festin de mots, en 190 pages, chez Ponchon et Cie. « Voilà que je suis arrivé au bout d’une aventure qui me tenait à cœur, m’écrivait l’intéressé à sa parution. C’est un livre-disque à ouvrir au couteau de cuisine, page après page. J’ai rassemblé des écritures que j’aime et des gens qui m’ont transformé peu à peu en chanteur (il en manque forcément beaucoup). » Des gens trop nombreux pour être tous cités ici… « Avec des textes écrits par des camarades, des amis, des collègues, des voisins, des parents, qui ont planché sur la question suivante : “Est-ce que cet objet artistique nommé chanson peut servir aujourd’hui à un peu d’émancipation ? Et comment ?” »
 
De qui, ces textes sur la chanson aux titres éloquents (« Engagée à perpétuité », « Chassée de la culture », « L’Engagement en chanson », « C’est tout ce que tu sais faire ! », « Quand la voie est dégagée, la chanson peut s’engager »…) ? Pour ne citer que des collègues siens, ils sont l’œuvre de Jacques Bertin, Michel Bühler, Pierre Delorme, Dominique Grange, Nicolas Jules, Hélène Martin, Sarcloret, Francesca Solleville… Et chacun, précise Rémo, « a répondu comme il l’entendait. Tant mieux ! Il ne faut pas trop répondre à ce qu’on nous demande ! » C’est donc aussi « un genre d’essai » sur la chanson, mais sans fil conducteur, comme une balade improvisée sur des sentiers de traverse, où l’on n’est pas à l’abri de coups de pied au cœur…
   
 
En fait, pour qui s’attache au de près au parcours de l’artiste, cet ouvrage était déjà annoncé par La Lune entre les dents, à l’identique présentation (format 200 x 134 mm, papier bouffant, feuilles à découper incluses), dont le dernier texte, signé Rémo Gary (sur lequel Jeanne Garraud allait déposer une musique), s’intitulait tout simplement Chez Ponchon !
 
On choisit pas son camp, moitié Jacques Lapointe
Moitié Boby Lacan. Je y va sur les pointes
Moi à califourchon, chez Ponchon

Pourquoi chercher ailleurs, dans quelle œuvre concave
Aucun autre gouailleur ne se tint mieux en cave
En poussant la chanchon, que Ponchon

Devant vous je prends acte, en levant haut mon verre
Qu’à mon futur compact, qu’à mon prochain bréviaire
Je ferai mon mâchon, de Ponchon…
… Sauf si les p’tits cochons…
 
Rémo Gary – Chez Ponchon
   
Eh bien, non, ceux-ci n’ont pas fait ripaille de notre rimailleur. Et c’est une chance pour nous, car, cochon qui s’en dédie, chez Ponchon, c’est fête à la chanson : aux contributions textuelles des auteurs cités plus haut s’ajoutent en effet dix-neuf chansons reprises et interprétées par Rémo Gary sur le CD joint. « J’ai revêtu l’habit de l’interprète, une fois n’est pas “costume” ! Un peu de tout et pas du tout de rien… Sans chronologie, sans ordre, sans hiérarchie, sans préférences, sans préséance. Comme ça, au plaisir des choses. » De qui ces « choses », paroles et/ou musiques ? De Ponchon, bien sûr… et compagnie ; autrement dit, excusez du peu, de Louis Aragon, Michèle Bernard, Jacques Bertin, Eugène Bizeau, Frédéric Bobin, Gaston Couté, Yvan Dautin, Théodore de Banville, Richard Desjardins, Robert Desnos, Jacques Douai, Jeanne Garraud, Jean Genet, Victor Hugo, Paco Ibañez et Gabriel Celaya (en espagnol dans le texte : La poesia es un arma cargada de futuro…), Jules Jouy, Lino Léonardi, Allain Leprest, Hélène Martin, Paul Meslet, Gérard Pierron, Francis Poulenc, Jean Richepin…        
      scene.jpg
Pourquoi Ponchon et Cie, au fait ? « Pour célébrer la poésie. Grâce à Raoul Ponchon. C’est le plus beau prétexte, explique notre homme, que j’ai trouvé pour me lancer dans cette affaire. Magnifique poète, grand copain de mon “arrière-grand-père de chevet”, Jean Richepin qui disait : “Nous sommes copains comme Ponchon.” Il fut un grand chansonnier et ne voulut pas être publié de son vivant. Il y a donc aussi un peu de Ponchon dans ce livre-disque. » De la musique (poétique) avant toute chose, avec de l’humour, de la tendresse… et puis de la révolte, comme ici avec Aragon et Léonardi.
 
Rémo Gary – Je proteste
 
Avec un peu de Leprest aussi, via le titre placé à la coda du CD (enregistré, composé et arrangé par Clélia Bressat-Blum, Joël Clément, Nathalie Fortin, Jeanne Garraud, Frédéric Bobin, Jean-François Bidet, Alain Pilon et Mikael Cointepas) : Le Sculpteur et le Cerisier, sur une musique de Gérard Pierron. Allain Leprest, l’Albatros aux deux ailes, qui sera de nouveau à l’affiche de son prochain album (l’enregistrement doit avoir lieu en avril), mais cette fois sous forme d’hommage. Une exception chez Rémo Gary qui  m’avoue : « Je me méfie des hommages… Mais j’ai tenu à faire celui-là, à ma façon », et qui en offre aujourd’hui la primeur du texte (la musique sera de Clélia Bressat-Blum) aux lecteurs et lectrices de Si ça vous chante – merci Rémo !
     
COMME UN LUNDI
Ça s’est passé un dimanche
Il pleut, il pleut sur ma manche
Je suis plus vieux d’un copain
Qu’avait plus le goût du pain
Plus de goût pour le malheur
Plus beaucoup de ventre au cœur
Qu’avait plus de corps, ou presque
Je fais du Allain Lepresque

Quelque part après minuit
Il a bien plu sur mes nuits
Je l’ai appris au matin
Il avait bu son bulletin
De naissance, comme on dit
J’ai pissé tout mon lundi
Du chagrin crocodilesque
Je fais du Allain Lepresque

Écoutez frères humains
La pluie me tombe des mains
Je suis plus vieux d’un Villon
Qui abreuvait mon sillon
Et ses chansons à la mer
Sont belles, comme Outremer
Sont les révoltes arabesques
Je fais du Allain Lepresque

Dis-le pas, c’est défendu
Je suis plus vieux d’un pendu
La pluie quand ça pleut beaucoup
Ça vous rentre dans le cou
Arthur aurait pu le dire
Le temps, pour les dépendire
Est abracadabrantesque
Je fais du Allain Lepresque

Ça s’est passé un dimanche
Il m’a tant plu sur la manche
D’un chanteur je suis plus vieux
Ça m’occupe encore les yeux
Ça sert à rien mais depuis
Je chante comme un lundi
Et je me demande est-ce que
Je fais du Allain Lepresque

On n’a pas le choix des larmes
Changeons le chagrin en armes
Chantons, va ça séchera
Mouchons-nous dans des grands draps
Nous qu’on n’est pas déjà mort
Pour nos amours, nos amor
J’inverse, c’est pas malin
Faisons du Lepresque Allain

(Rémo Gary, 2013)
 
Pour mémoire, voici ce que j’écrivais sur Rémo Gary dans mon compte rendu du festival de Tadoussac en juin 2009. Je me permets de m’autociter pour de bonnes raisons : d’abord parce que c’était la première apparition du chanteur au Québec ; ensuite parce que cet article aurait dû paraître dans le n° 69 (automne 2009), à jamais mort-né, de Chorus ; enfin parce que son tour de chant, donné devant des spectateurs qui, ce jour-là, le découvraient pour la plupart, s’acheva par une standing ovation, comme on dit en français de France…
 

« … Rémo Gary dont c’était la première venue au Québec. Accompagnée de sa pianiste Clélia Bressat-Blum, sans autre artifice de scène qu’un répertoire exceptionnel qu’il investit et incarne intensément, il a charrié un torrent de haute poésie qui, après un moment de surprise et d’adaptation nécessaire, a déchaîné l’enthousiasme du public. Ovation debout saluant la performance de l’interprète de chansons au long cours (notamment la version intégrale des Oiseaux de passage de Richepin, sur la musique de Brassens), l’inspiration de l’auteur (Les Pieds de singe, extraordinaire inventaire de plus de dix minutes du rôle des doigts et des mains !) autant que la richesse globale du répertoire, d’émotion, d’érotisme et d’humanité à fleur de peau. Dans l’assistance, un couple d’abonnés de Chorus venus spécialement de Montréal pour assister à cette prestation du Franc-Comtois… Rebelotte le lendemain à 20 heures, puis quelques jours plus tard à Québec grâce à Pierre Jobin et… Aux oiseaux de passage, son réseau d’amoureux de la chanson ; enfin à Montréal où, comme le dit la chanson, Rémo Gary reviendra tôt ou tard armé de sa poésie chargée de futur. »
 
Un futur, notez-le déjà dans vos tablettes (ou mieux, réservez sans tarder), qui passera, c’est sûr, par le Théâtre de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain (« le zéro-un ! », me dit Rémo), le dimanche 13 octobre 2013. L’artiste y sera le maître d’œuvre d’une grande fête de la chanson et de la parole. Rien qu’à l’idée, j’en jubile déjà. D’ailleurs, cela s’appellera La Jubilation
__________
• Contacts (livres, disques et spectacles) : Rémo Gary, 278 route de Salles, 01250 Tossiat (site de l’artiste) ; Jean-Pierre Huguet Editeur, Le Pré Battoir, 42220 Saint-Julien-Molin-Molette (site de l’éditeur).
 
 
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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 11:25
La chanson est une clé à molette
  
C’est un « essai », du moins l’ouvrage se présente-t-il ainsi, mais c’est surtout un coup de maître. Un essai sur la chanson francophone, signé Michel Bühler – l’un des grands auteurs-compositeurs-interprètes de Suisse romande, « cousin » de François Béranger et de Gilles Vigneault –, qui met à plat les problématiques auxquelles se heurte actuellement cet art millénaire et réussit à la fois le prodige (le tour de passe-passe ?) de se montrer (raisonnablement) optimiste quant à son devenir. Malgré ce constat : « Être en rébellion aujourd’hui, chez nous, c’est chanter en français. »
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Format poche (240 pages), comme pour montrer le côté « portatif » de la chanson, exclusif de cet enfant de l’amour entre des paroles et une musique, ainsi que l’explique l’auteur : « La chanson, c’est le PPPC, le Plus Petit Produit Culturel ! En trois minutes, en quelques couplets, quelques refrains, vous avez une histoire, un roman, un film entier !  Que l’on pense à La Mère à Titi de Renaud : tout est là, le décor, la vie quotidienne, la banlieue, les rapports entre les personnages ! Que Jacques Brel chante son Plat pays, vous voyez défiler devant vous mieux que tous les documentaires sur la Belgique ! Avec la poésie et les frissons en plus. Écoutez La Pinte vaudoise ou La Partie de Cave de Jean Villard-Gilles, c’est tout le canton de Vaud, c’est toute l’âme vaudoise qui est là, ce sont les vignes pentues du Lavaux, et la lune qui “se reflète au profond de l’eau qui dort”….
 
  
» Contrairement à tous les autres produits culturels, la chanson peut vivre sans support. Pour remplir son rôle, le cinéma a besoin d’un écran et d’un projecteur, ou au moins d’un DVD et d’un lecteur. La littérature n’existe pas sans papier, sans ordinateur ; la peinture nécessite une toile, la sculpture, un morceau de pierre ou de ferraille… La chanson ? Infiniment portable et pratique, elle se moque de ces béquilles. Vous pouvez la mettre au fond de votre mémoire, l’emmener partout, et la faire renaître au moment que vous choisirez ! Elle n’encombrera pas vos bagages, elle ne fera sonner aucun portillon de sécurité, et vous pourrez, sans risquer la moindre question, passer tranquillement avec elle devant les douaniers les plus suspicieux ! C’est l’objet d’art idéal. On ne le répétera jamais assez. »

Trois « couplets », proposant une vingtaine de mini-chapitres chacun (suivis d’annexes sur le métier) composent cet hymne bühlérien, véritable déclaration d’amour à la chanson… considérée comme « une clé à molette » ! Pourquoi ce titre si étrange, au fait ? Parce « tout dépend de l’usage qu’on en fait », écrit Michel. Simple outil pour un garagiste ou un menuisier, une clé à molette peut en effet devenir une arme mortelle entre les mains d’un assassin… À partir de là, extrapole l’auteur, « à partir de la radio et du disque, à partir du moment où la chanson a pu être diffusée largement, à partir surtout de l’instant où elle a pu rapporter gros, elle a été kidnappée par le marché, et s’est transformée en produit commercial. Et tout a changé pour elle ».
 Portrait
  
Les temps changent, chantait Bob Dylan, dès 1964. En l’espace d’un demi-siècle, tout est allé très vite. Au début des années 70, rappelle Bühler, régnait la multiculturalité. « Chaque pays, chaque région, avec sa langue et son génie propre, apportait sa pierre à l’édifice. Pas de mouvement centralisé, non, pas d’hégémonie d’une culture sur les autres, toutes étaient les bienvenues, toutes étaient invitées à participer à un foisonnement créatif extraordinaire. On entendait Dylan et Joan Baez, Vigneault, Leclerc, les Chiliens, les Cubains, les Portugais, les Catalans, les Wallons. En France, on chantait en occitan, en breton, en alsacien… Dans ce contexte, il était tout naturel qu’on revendique son appartenance à la Suisse romande pour écrire ses chansons, parler d’ici. C’est ce qu’a fait une génération d’auteurs-compositeurs qui affichaient tranquillement leur origine valaisanne, jurassienne, fribourgeoise, vaudoise. J’étais de ceux-là. » Parmi eux, ceux de la génération « parrainée » par le grand Jean Villard-Gilles, il y avait Pascal Auberson, Michel Buzzi, Henri Dès, Jean-Pierre Huser, Gaston Schaeffer, Sarcloret, Dominique Scheder, Yvette Théraulaz…
 
Et puis, avec le temps, cette belle diversité a été battue en brèche, en Suisse romande comme partout ailleurs, par le marketing agressif de l’oncle Sam ; ce que Michel Bühler nomme « le trop de présence » : « Le problème, souligne-t-il, c’est que ce qui vient d’Outre-Atlantique ne se comporte pas comme un invité poli, que l’on accueille, chez soi, à qui on demande, curieux, qu’avons-nous à partager ? Non, pas de partage ! C’est la plupart du temps quelqu’un qui entre dans votre maison sans y avoir été invité, et qui vous dit : “Ôte-toi de là, que je m’y mette !” »
 
 
Et nous voilà ce soir… comme disait Brel. Avec un intrus dans la maison, qui vire tous les meubles et refait le décor à sa façon, toujours la même, sans se soucier des goûts, us et coutumes de ses habitants. Il reste pourtant « des raisons d’espérer », assure Bühler. « Les nouveaux outils de communication et de stockage », d’abord, qui, selon lui, « vont peut-être nous rendre un peu de liberté : Internet donne la possibilité à chacun d’aller choisir, sur toute la planète, les airs qui lui conviennent, sans être tributaires des goûts des programmateurs radio ; les iPods nous permettent d’emporter et de faire renaître partout les PPPCs qui nous plaisent ». Et puis et surtout le public, certes minoritaire mais toujours bien présent – car jamais le virtuel, même s’il prend le pas sur la « galaxie Gutenberg » (celle du livre… et du disque), ne pourra rivaliser avec le vivant. Le public du village d’à côté, tellement plus authentique que celui du village planétaire électronique prophétisé en son temps par McLuhan. Un public « fervent et heureux [qui] remplit à longueur d’année les petits lieux où l’on offre de la chanson belle. » Ce que Michel Trihoreau, dans un livre unique en son genre, à recommander encore et encore, urbi et orbi, nomme La Chanson de proximité
 

Sorti il y a plus d’un an, mais trop discrètement et seulement en Suisse, La Chanson est une clé à molette demande à être découvert et partagé dans toute la francophonie. Les livres de ce genre, depuis l’indispensable Chante toujours, tu m’intéresses, de Jacques Bertin (Le Seuil, 1981), se comptent en effet seulement sur les doigts des deux mains. Et encore... Il le demande d’autant plus que son auteur ne prétend pas détenir la vérité, n’ayant eu d’autre but que « de provoquer la réflexion ». Et « accessoirement » de montrer « que cet art de pauvres [est] un lieu de rencontre, de partage, porteur de mémoire, jamais innocent, capable de souder les foules, de réunir des amis... » C’est bien ce qui se passe ici (et maintenant), non ?
  
Pour le plaisir et parce qu’un disque, pas plus qu’un livre, ne se périme dans un temps donné (au contraire, souvent il se bonifie avec le temps) quand son auteur est un créateur-né, pas un faiseur opportuniste, voici ce que nous disions ici de son dernier album en public, paru en 2009.

• Voyageur, 21 titres, 75’06 (distr. France : EPM, Suisse : Disques Office). Enregistré au Théâtre de l’Échandole, à Yverdon (Suisse), du 23 au 26 septembre 2009, avec trois musiciens aux guitares, contrebasse, accordéon et bandonéon, Voyageur retrace Les Tribulations d’un chanteur en Suisse (et ailleurs dans le monde, au Kosovo, au Sahara, au Café arabe de Jésusalem… ou Rue de la Roquette), de son tout premier succès, Helvétiquement vôtre (1969), à plusieurs inédits de l’année. De la tendresse, de la poésie et de l’humour, que demander de plus ? La Simple histoire de quarante ans de carrière phonographique résumée en un seul album dont l’auteur (compositeur et interprète), malgré tout, malgré le temps qui passe et le monde tel qu’il est et se défait, s’efforce encore et toujours de croire en l’Homme : ouvert par une Berceuse pour un enfant qui vient, ce concert ne s’achève-t-il pas sous le signe de L’Espoir… ? Généreux et nécessaire Bubu ! (Voir ici, en complément d’info, une interview vidéo donnée à la Radio Télévision Suisse Romande à la sortie de cet album et du recueil On fait des chansons, imposant volume – près de 500 pages grand format, couverture cartonnée – de l’intégrale de ses chansons, textes et partitions).


Enfin, pour faire entièrement chorus avec le chanteur qui achève son livre sur ces mots : « Regardons l’avenir… », sachez que Michel Bühler vient tout juste de sortir son nouvel album studio, enregistré l’été dernier. Treize chansons (Les Ardéchois, Avignon, À la manif, Et voilà !, Je me bats, Cher Monsieur – en duo avec le Bel Hubert, La Chanson de Fernand, Actualités 2012, Petite berceuse, Tunis 2011, Zoologie, Le Polonais, Est-ce écrit ?), et un titre pour le résumer… et mettre le mot « fin » à ce sujet : Et voilà ! 
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Contacts pour les disques – Suisse : Éditions du Crêt Papillon, CP 13, Rue de l'Industrie 1, CH-1450 Sainte-Croix (e-mail) ; site de l’artiste ; France : Edito Musique, Cristine Hudin, 33 av. Philippe Auguste, 75011 Paris (e-mail).
Contact pour le livre : Bernard Campiche Éditeur, Grand-Rue 26, CH-1350 Orbe (lien direct, avec critiques de journaux suisses).
 
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Published by Fred Hidalgo - dans Actu livres
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