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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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La Maison de la chanson vivante
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Jean-Jacques Goldman, confidentiel
  (page dédiée au livre)

Livres

16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 10:16
Quand le bateau est ivre,
 
qu’on a bu tous les livres…
 
 
Quelques jours encore et le Salon du Livre ouvrira ses portes à Paris. L’occasion, avant d’aller flâner dans la plus grande librairie de l’espace francophone, de vous convier à une petite visite guidée dans ma bibliothèque personnelle. Ou plutôt à prendre un verre – en toute simplicité et sans sacrifier aux diktats de l’actualité médiatique qui voudrait qu’un livre (ou un disque) n’ait qu’une durée de vie limitée – dans mon café littéraire…
 
Dessin.jpg
 
Ce blog, petit rappel à l’attention des nouveaux venus (bienvenue !), a été créé en novembre 2009 pour renouer le fil avec nos anciens lecteurs, ceux de « la revue de référence de la chanson française et de l’espace francophone » (non, ce n’est pas un pléonasme, puisque nous traitions aussi des langues régionales et vernaculaires) ; lecteurs et lectrices de Chorus, donc, parmi lesquels certains l’étaient déjà de Paroles et Musique quelque trente ans plus tôt – éloquente histoire de fidélité. Cela nous a permis de poursuivre notre action d’illustration et de promotion de la chanson vivante ; de faire encore et toujours chorus… Bref, comme le chantait le poète, de continuer à tenir « la lampe allumée ».
 
 
Et puis, avec le temps, si aucun nouveau journal, où que ce soit à travers la Francophonie, n’est parvenu (hélas !) à prendre la relève de cette revue qui fédérait toutes les parties composantes de la chanson vivante, sur la toile en revanche, les blogs et les sites se sont multipliés ; à commencer par ceux d’anciens membres de notre équipe. Dès lors, comme je l’expliquais ici l’été dernier (cf. « Le jardin extraordinaire »), Si ça vous chante a pris quelques distances avec le rôle que certains de ses visiteurs les plus assidus lui avaient implicitement assigné : celui de continuer à faire Chorus (avec un C majuscule) à lui tout seul. Impossible, en effet – même sur le Net –, à un seul individu de reproduire ce qui était le fruit d’un collectif de journalistes aux talents complémentaires, à l’affût permanent, sur le terrain, de la découverte et du meilleur de la création francophone.
 
 
C’est pourquoi ce simple trait d’union qu’a représenté Si ça vous chante au début, comme « un joli fil entre nos cœurs passé », est devenu à la fois un salon où l’on cause (à travers l’important groupe éponyme, sous-titré « La maison de la chanson vivante », relié à ce blog sur un « réseau social ») et un café littéraire (salut Allain !), aux cimaises duquel j’expose exclusivement, désormais, sans contrainte aucune ni obligation de résultat, des œuvres qui me touchent de plus ou moins près. « Mon café littéraire / Suivez l’itinéraire… »
   
 
Ainsi, à l’approche du Salon du livre, vais-je suggérer, en quelques sujets à suivre, une sélection toute subjective d’ouvrages biographiques ou thématiques sur la chanson. Et comme il n’est plus question de tenter de refaire Chorus, avec des critiques et des commentaires aussi pointus et nombreux que j’ai pu en proposer pendant deux bonnes années (voir notamment la rubrique « Disques »), je me restreindrai à l’information essentielle. Prenez cela, s’il vous plaît, comme une incitation à la découverte, une invitation au voyage – aux voyages, au pluriel, tels que présentés par leurs guides respectifs. Dans l’espoir que cela vous chante et que vous les commentiez à votre tour, histoire de les prolonger collectivement. « Au café littéraire / On a déjà les verres / Apportez l’écriture… »       
       
     
Dans l’espoir aussi, qui sait, de pouvoir susciter des vocations. « L’échanson de la chanson » (comme me qualifia un jour une bien aimable lectrice) en serait ravi, n’ayant d’autre ambition – mais est-il besoin de le rappeler, depuis le temps qu’on se fréquente ?! – que de jouer les passeurs… et si possible les ouvreurs. Comment disait Vasca déjà (qui va bientôt sortir son vingt-cinquième album) ? Ah oui : J’ouvre des portes ! « J’ouvre des portes sur les entrepôts de la nuit / Où s’entassent des rêves en transit / Toutes les brocantes de la solitude…. / J’ouvre des portes au bout du labyrinthe / Où l’on étouffait / Dans le purgatoire de vos silences / Dans l’enfer de vos futiles paroles… / J’ouvre des portes de secours / Des portes dans la marge / Juste à côté / À deux doigts / À quelques décibels de la rumeur quotidienne… »
 
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Published by Fred Hidalgo - dans Actu livres
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 14:00
« Préserver sa liberté de pondre »
   
Il y aurait beaucoup à dire sur l’industrie phonographique, sur l’histoire et l’évolution des maisons de disques. Beaucoup à dire sur le formatage « culturel » dans la production et la médiatisation, accouchant d’éphémères « produits staristiques sans artistes » qui masquent la forêt (et la solitude) des chanteurs de fond. Beaucoup à dire aussi sur le déclin incessant de la francophonie non seulement dans le monde, faute d’une politique volontariste, mais dans le pays même de la langue de Brassens : ainsi, les Victoires de la Musique viennent-elles de franchir un nouveau seuil en consacrant « artiste féminine de l’année » une chanteuse (débutante) qui écrit et chante en anglais…
 
Oui, il y aurait beaucoup à dire, mais ayant moi-même déjà beaucoup écrit sur tout ceci, je préfère passer le témoin… en laissant ici la parole à Nilda Fernandez, gentilhomme s’il en est de la chanson vivante. Il vient en effet de signer une chronique sur le métier (récemment mise en ligne sur son site sous le titre « Prélude au retour vers l’artiste-producteur / La musique à celui qui la fait ») dont la pertinence, par les constats qu’elle dresse et les questions qu’elle soulève, lui mérite la diffusion la plus large. Et de susciter notamment chez ses pairs et les « professionnels de la profession » un dialogue constructif, en vue de nouveaux lendemains qui chantent… et restent à (ré)inventer.
 
Nilda1
 
Je profite d’autre part de l’occasion pour remettre en mémoire, à la suite de ladite chronique, son dernier album, magnifique (sorti le 7 janvier 2010), mais passé inaperçu des grands médias. Peut-être, justement, parce qu’il est l’œuvre d’un « artiste-producteur » ?... En tout cas, parce qu’il le vaut bien et pour qu’au moins il puisse figurer dans les discothèques des « honnêtes hommes » (femmes incluses, ô combien !) qui me font l’heur et l’honneur de continuer à me suivre nombreux, en toute confiance (et pour certains depuis bientôt trente-trois printemps, 33 tours millésimés !). Mais d’abord, chant libre à Nilda Fernandez.
  
 
 « Il y a deux mois, dans une émission consacrée au rôle du Web dans la musique enregistrée, j’ai entendu le PDG d’Universal – que j’ai connu plus inspiré avant qu’il devienne gourou de l’industrie du disque – répondre à la question d’une journaliste par une phrase ahurissante : “Vous savez, quand je produis un disque, c'est moi qui prends tous les risques !”
 « Ainsi, l’employé le mieux rémunéré de la plus grande multinationale du disque reverse une grande partie de son gros salaire mensuel à six chiffres pour soutenir la création ! Avec de tels capitaines à la barre, avec leur myopie et leur suffisance suicidaire, nos Titanic sont bien menés.
« J’ai pourtant voulu les convaincre de ne pas s’éreinter au profit d’actionnaires qui resserrent budgets et personnel mais jamais leur ceinture. Je les ai souvent exhortés à ne plus manipuler le consommateur à coups de pub mais à respecter leurs clients pour ne pas leur fourguer ce dont ils n’auraient pas voulu pour eux-mêmes, semblables à des bouchers qui ne mangeraient pas leur propre viande.Nilda3
« Peine perdue : pour eux, j’étais un idéaliste avec zéro sens des réalités, moi qui ai toujours pensé qu’à force de se confronter à la matière, aux mots et aux sons, les artistes ont davantage les pieds sur terre que n’importe quel diplômé d’HEC, perdu dans ses abstractions.
« Alors, plutôt que m’épuiser la voix en prêchant dans un désert, j’ai préféré abandonner un contrat discographique pour partir cinq années en Russie, dans un show-business autrement sauvage et dangereux mais qui a renforcé, par contraste, ma foi dans l'indispensable mission gallinacée de l’artiste : préserver sa liberté de pondre.
« Pendant tout ce temps, donnant de la voix entre Moscou, Odessa, Irkoutsk, Vladivostok ou Samarcande, j’entendais les échos du coup de grâce infligé par tous ceux qui, au pays de Brassens ou Léo Ferré, voulaient faire croire que tout peut s’obtenir – argent, succès, talent – par la soumission. Les fabriques de stars étaient l’ultime tentative pour créer des produits staristiques sans artistes mais aussi le début de la dégringolade, jusqu'au Virgin Megastore qui vient de rendre les dernières armes. Bien sûr, le sort du millier de personnes laissées sur le carreau me désole, surtout quand on pense aux actionnaires bien vite repartis vers des valeurs plus sûres et pérennes comme l’eau, le vent, la lumière, mais qu’on ne vienne pas nous assommer avec de prétendues conséquences “culturelles” qui feraient passer les “déforesteurs” d'Amazonie pour des bûcherons.
« Depuis longtemps, le mot “artiste” est galvaudé. C’est dommage parce qu’il sonne bien. Je dirai donc à mes confrères “artisans de notes” qu’ils ne s’inquiètent pas pour leurs méventes de disques, qu’ils oublient les vaches trop grasses et les soucis de défiscalisation car, pour notre honte et le malheur de ceux qui les aiment, nos pièces uniques se sont longtemps vendues à la criée, entre jambon et liquide vaisselle.
« La disparition de l’industrie n’est pas la fin de la musique. Au contraire. Elle n’est qu’un coup d’arrêt à l’usurpation d’identité de ses financeurs et de ses re-producteurs.
« Saluons nos albums passés mais soyons fiers de notre musique à venir, immatérielle par nature, et imaginons un autre sort pour elle que des petits carrés aux dimensions de “bacs” en voie d’extinction.
« Soyons notre propre moteur, attirons des forces neuves et enthousiastes, des esprits décidés à ne pas se lamenter sur la fin d'un monde mais prêts à accueillir celui qui vient. Ce sera un bon exemple d’intelligence, ça donnera du souffle et des idées à nos semblables et ça ne se présentera pas deux fois. »
(Nilda Fernandez, auteur-compositeur-interprète, janvier 2013)

 
quichote_3.jpgJe me souviens d’un certain Daniel Fernandez, découvert à l’occasion de son 33 tours de 1981, puis sur scène au Printemps de Bourges. Je me souviens du choc ressenti à l’écoute de cette voix si belle et particulière, née pour chanter la tendresse. Je me souviens de Frédéric Dard me demandant dix ans plus tard, en tête à tête, ce que je pensais d’un certain Nilda Fernandez dont il appréciait beaucoup le premier album CD : Nos fiançailles, Madrid Madrid, Entre Lyon et Barcelone… Succès immense et apparemment fulgurant – sauf qu’une décennie s’était écoulée entre ces deux premiers albums, le laps de temps moyen pour faire d’un débutant un véritable artiste. L’année suivante, en 1992, Nilda figurait au sommaire du premier numéro de Chorus, en « Rencontre », juste après Léo Ferré… et avant Maurane et Richard Desjardins ! Et déjà, il confiait (à Pascale Bigot) ses doutes sur ce métier : « Toute réussite repose sur un malentendu : au-delà d’un certain nombre de disques vendus, on doit se poser des questions. Sur scène, quand j’arrive accueilli par une ovation, cela me gêne presque… »
  
 
Un deuxième CD suivit « normalement » en 1993 : Ne me fais pas mal. En 1997, avec un superbe album sans frontières, Innu Nikamu, l’artiste commençait à dérouter son monde. Il prit alors ses distances avec le métier, ou plutôt avec ce que le métier attend d’un artiste à succès : qu’il fasse fructifier son fonds de commerce, en réutilisant les mêmes recettes. Nilda2En 1999, il consacre tout un disque en espagnol, Castelar 704, à la poésie de Federico Garcia Lorca ; en 2000, telle une carte postale d’adieu, il adresse ses Hommages à la chanson française, avec un disque surprenant de reprises. Et puis plus rien, du moins phonographiquement parlant, car Nilda va continuer de mener sa vie d’artiste de scène mais le plus souvent à l’étranger, en Amérique latine, en Russie où il s’installe, où il devient une vedette, où il crée même un festival itinérant ; sans oublier de rentrer en France, discrètement, le temps d’un concert ou deux. « Je crois en l’organisation du hasard, dit-il aujourd’hui. Ma vie est difficile à lire parce que, de l’extérieur, on ne sait pas forcément à quoi elle obéit. »
 
Enfin, à l’automne 2009, Nilda retourne en studio pour nous donner de ses nouvelles. Après quatre mois de travail à Gênes, avec des musiciens italiens, il regagne Paris pour enregistrer sa voix (et les accordéons de Marcel Azzola et de Lionel Suarez, excusez du peu) : « C’est difficile d’enregistrer ma voix quand on ne comprend pas mes textes… » Dix ans d’attente donc ! Pour douze chansons en forme d’autobiographie. De son « départ » (« Le monde est en délire et moi je me tire / C’est une façon d’être en avance », chante-t-il rétrospectivement dans Plus loin de ta rue, une merveille de chanson d’amour, avec refrain en espagnol et guitare flamenca) jusqu’à son « retour », avec le titre qui ouvre l’album (un tube assuré pour peu que la chanson soit diffusée) : « Plages de l’Atlantique / Ou falaises de la mer Baltique / Je reviendrai sûrement un jour / Je reviendrai place de la Concorde / Ou de la révolution d’Octobre… »
 
Nilda Fernandez ? Un artiste majuscule, un maître ès-mélodie, un chant vibrant d’authenticité grâce auquel on croit tout ce qui est dit, écrit, décrit, raconté. Comme Je lui raconte, justement : « Je lui raconte n’importe quoi / Ce qui me tient chaud, ce qui me tient froid / Mes pensées d’amour et de guerre… » Comme Berceuse : « Pendant que dans le monde / Y a des gens qui se lèvent / Y a des gens qui se couchent sous les bombes… » Comme Si tu me perds : « On devrait pas se laisser mourir / Tant qu’on s’est pas tout dit / Mourir, mourir et sans prévenir / C’est pas d’l’amour d’ami. » Comme Où tu habites, constat de l’absence divine avec chœurs en anglais : « À force de ne pas comprendre où tu es, où tu habites / Je finirai par me pendre / Alors réponds-moi vite, réponds-moi vite. » Comme Le monde est ce qu’il est… « Et t’aurais tort de dire / Qu’il est laid »… Voulez-vous que je vous dise ? J’aime tellement ce disque, ou plutôt ce disque est tellement « aimable » – paroles et musiques, chant et orchestrations (riches et subtiles, cosignées du chanteur et de Mario Canepa) – que je me sens terriblement frustré de ne pouvoir en parler qu’ici, dans la virtualité d’une « toile » qui peut s’effilocher voire se défiler à tout moment ; alors que nous avions prévu de consacrer à Nilda Fernandez un dossier de nos « Cahiers de la Chanson » à l’occasion, précisément, de ce nouvel album…
 

Nilda Fernandez – Où tu habites
 

Mais à défaut de Chorus et pour compenser aussi peu que ce soit le silence audiovisuel assourdissant et le manque de reconnaissance du « métier », décernons-lui notre Victoire de la… chanson : un « Quichotte » de Si ça vous chante (la distinction discographique par excellence de cette « maison d’amour de la chanson vivante »), car si celui-ci se mérite par la hardiesse du propos, de l’éthique et de l’esthétique de l’œuvre concernée, en l’occurrence il ne se discute même pas !

 

Nilda

   
• NILDA FERNANDEZ : Ti amo, 12 titres (Prélude – Plages de l’Atlantique – Plus loin de ta rue – Laissez-moi dormir – Je lui raconte – Berceuse – Si tu me perds – Où tu habites – Le Baiser sous le lilas – Le monde est ce qu’il est – Elle m’aimait plus – Derrière ma fenêtre). 38’10 ; production Nilda Fernandez, distribution Harmonia Mundi (site de l’artiste).
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NB. « Je crois à l’organisation du hasard », dit ci-dessus Nilda Fernandez… Eh bien, le hasard veut que les prochains concerts de Nilda Fernandez en France, les 19 et 20 avril au théâtre Antoine-Vitez d’Ivry-sur-Seine, nous permettront de le retrouver sur le même plateau que… Paco Ibañez à qui, sans savoir cela, j’ai consacré mes deux sujets précédents ! Chacun chantera son répertoire et les deux artistes se réuniront en fin de soirée… pour le plus grand bonheur des spectateurs (qui ont déjà pris la précaution de réserver leurs places) ! Cliquer ICI pour tous renseignements à ce sujet.
 
 
 

   

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Published by Fred Hidalgo - dans Chant libre
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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 13:16
La poésie nécessaire comme le pain quotidien
 
En ces temps d’ignominie, à l’échelle planétaire, alors que la cruauté s’étend partout, froide et robotisée, nous sommes nombreux encore, gens de bonne volonté qui écoutons des chansons ou lisons des poèmes, dont la patrie est le chant, la voix et la parole. C’est la seule patrie qu’ « ils » ne pourront pas nous voler, même en nous collant le dos au mur… Que personne ne pense jamais : je n’en peux plus, j’arrête là. Au contraire, il faut « les » regarder droit dans les yeux et leur crier fort : tremblez, car nous sommes des millions et la planète ne vous appartient pas !
 
Paco1.jpg
 
Ces mots ne sont pas de moi (seulement leur traduction-adaptation), mais du grand poète espagnol contemporain José Agustín Goytisolo (l’auteur du magnifique Palabras para Julia – « Paroles pour Julie » – que l’on peut écouter et voir chanter par Paco Ibañez dans mon sujet précédent), mais je les ressens comme miens. Allez savoir pourquoi… Atavisme redevable de ce « buen Hidalgo señor » qui parcourait les plateaux désolés de la Mancha en quête d’inaccessible étoile ? Ou simple bon sens que le commun des mortels devrait naturellement partager ? Le poète, en tout cas, a raison qui voit l’ignominie en question se répandre partout et chaque jour davantage sur la planète, « comme une vieille maladie poisseuse » ; l’ignominie comme un virus propagé sciemment par ceux pour lesquels piétiner leurs semblables, voire fouler aux pieds leurs cadavres, n’est qu’un moyen de multiplier leurs avoirs et/ou maintenir leur pouvoir – les exemples sont légion, hélas, en ce vingt et unième siècle désespérant.
 
 
Antidotes à ce virus ? La poésie et la chanson vivante… Au Châtelet, le 30 janvier dernier, devant une salle archicomble (2700 personnes) et admirablement attentive, ce sont par ces mêmes mots, déclamés en espagnol, que s’est ouvert le récital de Paco Ibañez. Cet hymne « patriotique » au chant, à la voix et à la parole, c’est d’ailleurs, depuis quatre décennies, la teneur essentielle de chacune de ses prestations*. « Dans tes moments de désespoir », écrit le poète à sa fille Julia, en évoquant le sort des plus humbles, ceux que Ferré appelait les pauvres gens, « souviens-toi, souviens-toi toujours de ce qu’un jour j’ai écrit en pensant à toi : / Ils attendent que tu résistes, que tu les aides de ta joie / Et que les aide ta chanson / Parmi les leurs… »

 
Concert exceptionnel pour le grand compositeur-interprète que celui du Châtelet, qui nous a remis en mémoire, au plan de la qualité d’émotion et de la beauté du répertoire, celui de Barbara en 1987. C’est tout dire… Un concert en deux parties avec la contribution, rarissime en l’occurrence (car l’artiste s’accompagne presque toujours seul à la guitare), de plusieurs musiciens intervenant à tour de rôle. Joxan Goikoetxea à l’accordéon, César Stroscio au bandonéon, Mario Mas à la guitare, Gorka Benitez au saxo, Michael Nick au violon… sans oublier François Rabbath, complice fidèle du chanteur en studio : « le plus grand contrebassiste du monde », dixit Paco en évoquant son « génie » musical. Paco-2.jpgDes pointures qui n’ont pas besoin de faire étalage de frime, comme tant de leurs collègues adulés des médias, pour laisser libre cours au talent pur. Simplicité humaine et virtuosité instrumentale (mention spéciale au magnifique duo de six-cordes et de voix mêlées sur Soldadito boliviano entre Paco et Mario, à l’âme flamenca).
 
Le 9 décembre 1969, Jean-Michel Boris mettait l’Olympia à disposition de ce jeune homme élancé, tout de noir vêtu, alors totalement inconnu du monde médiatique. Qui aurait pu penser que l’Olympia – aux abords « envahis d’une invraisemblable foule » au point de laisser un maximum de gens s’installer sur la scène, assis de chaque côté de l’artiste – vivrait alors certaines des plus riches heures de son histoire ? « Tout cela pour ce grand garçon simple, détendu, qui, après qu’on l’eut accueilli avec une chaleur telle que je ne me rappelle pas en avoir enregistré de semblable qu’en l’honneur de Toscanini, de Chaplin ou de Lindberg – se mit à chanter, accompagné par sa seule guitare… » écrivit ensuite le grand compositeur Jean Wiener. À la fin de cette soirée unique à tous points de vue, on vécut un dernier grand moment de fraternité frissonnante quand les spectateurs (des étudiants pour la plupart) reprirent en apothéose (et en v.o. dans le texte !) la chanson A galopar qu’ils venaient tout juste de découvrir un peu plus tôt dans le concert, sur un texte allégorique de Rafael Alberti : « Galope, mon cheval balzan / Galope, cavalier du peuple / Car la terre est tienne / Au galop, au galop / Jusqu’à les enfouir dans la mer… »


En 1969, ces paroles visaient la dictature fasciste sévissant au pays de Lorca depuis 1939 : trente ans de crimes, d’abominations et d’ignominie. « À quoi sert une chanson si elle est désarmée ? » s’interrogeait Étienne Roda-Gil, autre enfant de républicains espagnols exilés en France… Commentant aujourd’hui cette chanson qui restera la plus emblématique de la résistance antifranquiste (avec L’Estaca de Lluis Llách et Al alba de Luis Eduardo Aute), Paco Ibañez actualise son propos en l’élargissant à l’anti-impérialisme culturel. A galopar, encore et encore, mais pour dénoncer désormais – sans nul besoin de changer un seul mot à la chanson ! – les méfaits d’une standardisation… galopante et débilitante des goûts et des mœurs, résultat d’un formatage culturel à l’échelle de la planète.

   
Tout l’inverse, chante notre porteur de parole, de « la poésie des pauvres, la poésie nécessaire / Comme un pain pour chaque aurore / Comme l’air que nos poumons veulent à chaque seconde ». Une poésie (de Gabriel Celaya en l’occurrence) conçue comme une arme chargée de futur, dont les « combattants », au défilé de ce 30 janvier 2013 au Châtelet, se nomment Pablo Neruda, Alfonsina Storni, Antonio Machado, Ruben Darío, Federico García Lorca, Nicolas Guillen… Pour mettre ces poètes en musique, constatait un jour Henri-François Rey, « il fallait les doigts exacts de Paco Ibañez et sa rigueur. Il fallait d’abord avoir le sens du silence et ensuite celui de la note qui éclate dans le silence. Il fallait avoir l’amour de l’amour pour accrocher à ces mots flamboyants ces notes flamboyantes. L’amour comme la mort exige une certaine musique. Rares sont ceux qui la dépistent, la débusquent et la traquent, et finalement la domptent. Ils sont marqués par une grâce, par un don, par un signe. Paco Ibáñez est de ceux-là. »

Paco3
 
Parmi « ceux-là », fort rares en effet, Paco a tenu à rendre hommage à deux grands maîtres, deux « Working Class Heroes » comme disait Lennon se souvenant notamment de Woody Guthrie : à l’Argentin Atahualpa Yupanqui, avec un morceau très enlevé qui donnait l’occasion au chanteur de rappeler l’ensemble des musiciens autour du bandonéon de César Stroscio, et bien sûr au Sétois Georges Brassens, en version originale s’il vous plaît (Le Parapluie, repris en majesté par toute la salle). Au final, en guise de cadeau d’adieu (et de « remerciement à la France »), un certain Pierre de Ronsard mis en musique par l’ex-Espagnol d’Aubervilliers : « Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain / Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie… »
   
   
Vous savez quoi ? Tant qu’une salle entière comme celle-ci (où, loin des « people » en toc qui attirent l’écume des médias, se croisaient et se reconnaissaient discrètement des personnalités authentiques, à l’instar d’Edgard Morin…) vibrera pareillement à l’unisson d’un humble poème mis en musique ; tant qu’il y aura des gens de bonne volonté « dont la patrie est le chant, la voix et la parole », c’est sûr : rien n’est perdu, tout reste possible ! Car cette poésie dont Paco Ibañez est le chantre n’est pas un luxe culturel, conçu par et pour ceux qui restent neutres en toutes occasions, non, cette poésie-là « n’est pas goute à goutte pensée / Ce n’est pas une fleur, et pas un fruit parfait / C’est ce qui est nécessaire, ce qui n’a pas de nom / Des actes sur la terre, un cri vers l’horizon ».
 
       
NB. Attention, document : cinq des vidéos accompagnant ce sujet composent un formidable portrait biographique (d’une heure quinze) de l’artiste, réalisé le 23 décembre dernier à Buenos Aires par la télévision publique argentine. L’entretien extrêmement chaleureux, mené en public (…et en espagnol) par la journaliste Cecilia Rossetto, est entrecoupé de chansons interprétées en direct et d’archives audiovisuelles où l’on voit notamment des images et des personnalités artistiques du Paris des années 50 et 60, où l’on entend Brassens… L’émission qui s’intitule Paco Ibañez, poésie nécessaire, débute par un enregistrement en noir et blanc de la télévision française datant de 1969 où « le maestro » (comme l’appelle respectueusement la présentatrice) chante La poésie est une arme chargée de futur, avec des images du Pays Basque où il vécut enfant, des photos de ses grands-parents et de ses parents… La sixième vidéo (caméra fixe) a été réalisée à Paris lors d’une émission de France Musique quelques jours avant le spectacle du Châtelet.
_______
*En France, on pourra retrouver Paco Ibáñez au mois d’avril : le 5 à Unieux (Loire) et les 19 et 20 au Théâtre Antoine-Vitez d’Ivry-sur-Seine. Voir son site pour le détail des concerts. NB : Les photos illustrant cet article, signées Francis Vernhet, ont été prises pendant les « balances » précédant le spectacle du 30 janvier.
 
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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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