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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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La Maison de la chanson vivante
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Jean-Jacques Goldman, confidentiel
  (page dédiée au livre)

Livres

7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 14:27

Des chants et des rires d’enfants…

 

C’est déjà la trente-troisième occasion qui m’est donnée d’adresser mes vœux enchantés, noir sur blanc ou par écran interposé. Alors, avec Jacques Brel, en cette période qui a tant besoin d’émules et d’alter ego de Don Quichotte, je vous souhaite de poursuivre la quête d’un « impossible rêve » jusqu’à son accomplissement – l’« impossible » ou l’utopie n’étant que ce qu’il nous reste à réaliser –, mais avant tout et sans attendre « des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants »  

 

 

Trente-trois tours plus tôt, durant l’hiver 1979-1980, nous travaillions à l’élaboration du « mensuel de la chanson vivante » destiné à combler une invraisemblable lacune : l’absence totale en France (et dans ce qu’il est convenu d’appeler l’espace francophone) de tout journal « sérieux » consacré à la chanson d’expression française (et des langues régionales ou vernaculaires de France et dudit espace francophone). À son origine indirecte : Jacques Brel. C’est en effet une phrase du Grand Jacques, extraite d’un chef-d’œuvre de son dernier album, qui allait finir de nous décider : « Nous savons tous les deux (lui et Jojo, mais c’était comme si cela s’adressait aussi à « Mauricette et Frédo ») que le monde sommeille par manque d’imprudence. »  

 

 

 Nous décider… et nous apporter la motivation nécessaire – car il en fallait de la motivation pour lancer un magazine mensuel à vocation internationale sans financier ni sponsor ni groupe de presse, sans être reconnus ni même connus du « métier » (de la musique) et de la profession (journalistique). Là encore, c’est une assertion de Brel qui contribuerait à nous faire passer le pont : « Le talent, c’est d’avoir envie. » Or, si les finances nous faisaient bien défaut, il y avait une chose en revanche qui ne nous manquait pas, mais vraiment pas, c’était l’envie, justement…

Restait à constituer l’équipe (de talent) pour nous accompagner dans notre quête. Car nous avons toujours été persuadés pour notre part que, dans une entreprise collective, le talent c’est aussi de savoir s’entourer. Et c’est là un talent qu’a posteriori nous revendiquons sans fausse modestie. Ainsi nous honorons-nous d’avoir compté (par exemple) sur la participation de Jean-Pierre Leloir au comité de rédaction de Paroles et Musique, lequel nous offrit (par exemple) de nombreuses photos inédites de Jacques Brel dans notre premier numéro consacré à celui-ci, en juin 1982 (comme celle de sa couverture prise à l’Olympia 1964, lors de la création d’Amsterdam).

 

couv-PM21-copie-1.jpg 

On jugera plus globalement de ce talent d’équipe par le « générique » (ci-dessous) de nos collaborateurs au long de ces trois décennies passées à faire chorus en paroles et musiques… Autrement dit, à faire Paroles et Musique dans les années 1980 puis Chorus (Les Cahiers de la chanson) dans les années 90 et 2000. En paroles et musiques mais aussi en illustrations avec certains des meilleurs photographes de la scène française (outre Leloir, Rénald Destrez, Claude Gassian, Jean-Louis Rancurel, Pierre Terrasson… et Francis Vernhet) et de formidables dessinateurs et graphistes : Bridenne, Cabu, Glez, Hours, Margerin, Plantu… ou Quinton à qui l’on doit la pleine page d’ouverture du dossier Brel déjà cité.

 

dessin-Brel 

Sans oublier nos duettistes du Plat Pays : Frédéric Jannin (ex-assistant et ami de Franquin) et son scénariste Serge Honorez qui souhaitaient à leur façon (voir ces deux planches extraites d’une BD exclusive et à suivre intitulée La Cité Soupir, présentées ci-dessous l’une au-dessus de l’autre) la bonne année aux lecteurs de Paroles et Musique en janvier 1988… il y a exactement un quart de siècle.

L’occasion de les remercier publiquement (une nouvelle fois) et de leur adresser notre amical et fidèle souvenir, en les réunissant ici (pour la première fois) tous ensemble, collaborateurs attitrés et autres compagnons de route réguliers, occasionnels ou exceptionnels de Chorus et de P&M :

Cécile Abdesselam, Jean-Pierre Andrevon, Antoine, Michel Arbatz, Louis Arti, Luis Eduardo Aute, Olivier Bailly, Noël Balen, François-Régis Barbry, Geneviève Beauvarlet, Christian Bedei, Jean-Daniel Belfond, François Bensignor, Laurence Berthier, Jacques Bertin, Pascale Bigot, Yves Bigot, François Blain, Danièle Blanchard, Cécile Bonzom, Marie-Agnès Boquien, Jean-Michel Boris, Valérie Bour, Michel Bridenne, dessinJean-Dominique Brierre, François-Xavier Burdeyron, Anne Bustarret, Francis Cabrel, Cabu, Olivier Cachin, Louis-Jean Calvet, Richard Cannavo, Bernard Capo, Jean-Claude Catala, Francis Chenot, François Chesnais, Jeanne Cherhal, Alain Cinquini, Philippe Claudel, Bernard Clavel, Gérard Cléry, Thierry Coljon, Caroline Collard, Philippe Conrath, Philippe Cousin, Jean-Louis Crimon, François-René Cristiani, Jean-Loup Dabadie, Didier Daeninckx, Marcel Dallaire, Nicolas Dambre, Gérard Davoust, Michaël De Montzlov, Patrice Delbourg, Thierry Delcourt, Guy Delhasse, Yannick Delneste, Gérard Delteil, Mario De Luigi, Jean-Claude Demari, Richard Desjardins, Rénald Destrez, Christian Deville-Cavelin, Bertrand Dicale, Serge Dillaz, Alain Dister, Jean-Pier Doucet, Dominique Dreyfus, Dominique Duchesnes, Jean-Jacques Dufayet, Yves Duteil, Jacques Erwan, Mathieu Fantoni, Guy Fasolato, Jacques Favart, Pierre Favre, Jean Ferrat, Gilles Floersheim, Jean-Louis Foulquier, Maurice Frot, Élizabeth Gagnon, Claude Gassian, Anne-Marie Gazzini, Denis Gérardy, Loïck Gicquel, Monique Giroux, Damien Glez, Jean-Jacques Goldman, Jean-Michel Gravier, Eve Griliquez, Salah Guemriche, Audry Guiller, Michel Hamel, André-Georges Hamon, Pascale Hamon, Jacques Hébert, Bernard Hennebert, Serge Honorez, Olivier Horner, Roland Hours, Christian Jacot-Descombes, Françoise Jallot, Frédéric Jannin, Alain Jeannet, Jean-Jacques Jelot-Blanc, Jofroi, Michel Jonasz, Thierry Jonquet, Bernard Joyet, Michel Kemper, Kent, Bernard Kéryhuel, Claude Klotz (alias Patrick Cauvin), Rémy Kolpa-Kopoul, Christian Laborde, Yann-Fanch Langoët, Pascale Lavergne, Olivier Lebleu, Thierry Lecamp, Yves Lecordier, Jean-Marie Leduc, Marc Legras, Valérie Lehoux, Anne Le Lann, Jean-Pierre Leloir, Claude Lemesle, Allain Leprest, Rémy Le Tallec, Michel Létourneau, Bernard Lopez (alias Bernard Maryse), Agnès Mabille, Pierre Mahier-Chopin, Monique Malfato, René Maltête, Frank Margerin, Guy Melki, Alain Meilland, Régine Mellac, Hervé Moisan (alias Achème), Jacques Mondoloni, Catherine Monfajon, Richard Montaignac, Jean-Pierre Moreau, Annie Morillon, Christian Mousset, Christine Mulard, Lucien Nicolas, Michèle Oster, Daniel Pantchenko, Jacques Perciot, Pascal Perrot, Catherine Pinot, Didier Pinot, Plantu, Patrick Poivre d’Arvor, François Possot, Alain Poulanges, Jacques Poustis, Patrick Printz, Miquel Pujado, Philippe Quinton, Jean-Louis Rancurel, Évelyne Reb, Éric Rémy, Renaud (Séchan), Alexandre Révérend, Philippe Richard, Robin Rigaut, Lucien Rioux, Marc Robine, Fabienne Roche, Daniel Rossellat, Didier Sandoz, Jean-Marc Sandoz, Robert Schlockoff, Patricia Scott-Dunwoodie, Thierry Séchan, Laurent Séroussi, Yves Simon, Mano Solo, Alain Souchon, Frank Tenaille, Pierre Terrasson, Françoise Ténier, Jean Théfaine, Marc Thirion, Maryo Thomas, Stéphanie Thonnet, Marc Thonon, Michel Trihoreau, Hélène Triomphe, Michel Troadec, Caroline Vanbelle, Didier Varrod, Jean Vasca, Jacques Vassal, Jean-Marie Verhelst, Francis Vernhet, Gilles Vigneault, Bernard Villiers, Éric Vogel, Albert Weber (en caractères italiques, les membres de nos comités de rédaction).

L’occasion aussi de penser à nos chers disparus (François-Régis Barbry, Jean-Pierre Leloir, Régine Mellac, Marc Robine et Jean Théfaine), et de souhaiter à tous les autres le meilleur pour les douze mois à venir, en continuant de « vivre debout »… si toutefois ça veut bien chanter pour la planète. L’occasion enfin de vous souhaiter, « lecteurs » réguliers ou intermittents de Si ça vous chante (dont certains nous sont fidèles depuis le premier numéro de Paroles et Musique, il y a donc trente-trois millésimes de cela : champagne, dirait Higelin !) nos vœux aussi fraternels que possible en ce monde où l’égoïsme et la duplicité, la frime et le profit sans partage gagnent chaque jour du terrain, au détriment du bien commun, comme une vieille maladie poisseuse (salut, la Souche !). En quelques mots, plus d’actualité que jamais, voici tout ce que nous vous souhaitons… et que je me permets d’emprunter au responsable indirect de ces trente-trois dernières années passées à élever pierre après pierre notre Maison d’amour de la chanson vivante :  

 

  

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir,
et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer,
et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement,
à l’indifférence, aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite surtout d'être vous...

Des vœux de Jacques Brel (prononcés le jour de l’an 1968), comme autant de maillons d’une chaîne solidaire reliant les hommes et les femmes de bonne volonté (souvenez-vous du « Fil de Chorus »…), qui sont aussi ceux de vos serviteurs Fred et Mauricette Hidalgo pour 2013. Ou plutôt, comme le chantait Gilbert Laffaille dans son succès satirique de 1977, Le Président et l’Éléphant (à l’époque où nous vivions justement en Afrique dans le pays où ledit « Président » venait chasser discrètement « l’Éléphant »), vos amis « Mauricette et Frédo »… qui, pensant déjà à créer un journal de chanson, commençaient alors à faire leurs gammes et à « se gratter » le do !  

 

 

PS. Avec toutes nos excuses, par avance, à ceux que nous aurions (involontairement) oubliés dans notre liste de collaborateurs « papier ». Qu’ils n’hésitent pas à nous contacter (et nous les y rajouterons volontiers). Pour le Net et Si ça vous chante, je tiens également à saluer et à remercier Serge Llado (… qui nous adressait d’ailleurs ICI ses vœux « présidentiels » de nouvelle année, toujours d’actualité).

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Éditoriaux
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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 12:46

Supplément d’âme

 

Puisque je sais d’avance que ça vous chante, en tant qu’amateurs éclairés de chanson vivante, j’ai le plaisir de vous informer qu’un film documentaire consacré à Hubert-Félix Thiéfaine va être diffusé ce samedi 15 décembre à quinze heures vingt sur plusieurs stations régionales du réseau France 3. Sous-titré Supplément d’âme (tiens, comme l’un des sujets de mon blog…), et signé par Michel Buzon et Dominique Debaralle, son tournage s’est quasiment achevé l’été dernier par un témoignage de Jean Théfaine, qui fut non seulement de « l’aventure » Chorus (Les Cahiers de la chanson) de bout en bout, mais aussi le biographe (de référence) de l’artiste franc-comtois, avec son ouvrage Hubert-Félix Thiéfaine : Jours d’orage (publié en 2005 chez Chorus/Fayard puis réédité en 2011 dans une version revue et augmentée). 

 

HFT1 

L’occasion de découvrir un film (de cinquante-deux minutes) qui ravira d’autant plus les amateurs de Thiéfaine que celui-ci n’a guère été célébré par l’audiovisuel depuis 1978 et la sortie de son premier album Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir… (rappelons qu’il lui a fallu attendre 2011 pour être enfin distingué par les Victoires de la Musique), et que cette Galaxie Thiéfaine est l’œuvre d’excellents professionnels alliant passion et compétence.  

 

 

Mais aussi la « chance » unique, pour tous ceux qui ont eu le bonheur de connaître notre ami Jean Théfaine ou simplement de le croiser dans des spectacles ou des festivals (voire d’être interviewés par lui au long de sa brillante carrière de journaliste musical), de le retrouver dans son petit paradis breton tel qu’en lui-même, quelques jours seulement avant que les infinitives voiles d’un blanc gréement ne le poussent vers d’autres paradis. dedicace.jpgDisponible, amoureux à la vie à la mort de la chanson et connaisseur comme personne de l’œuvre de Thiéfaine, dont il était curieusement le presque homonyme à l’état civil, comme un double en coulisses de ce héraut atypique mais ô combien authentique du monde de la note et du verbe.

Encore un mot, qui n’a rien d’un « supplément de mensonge » mais tout d’un « supplément d’âme » : gageons, comme l’annonçait le premier 33 tours d’Hubert-Félix Thiéfaine, que plus d’un téléspectateur – en faisant chorus ce samedi (et les jours suivants*), branché sur France 3 pour visionner ce film – sera « appelé à s’émouvoir »… À plus d’un titre.

_________

*Après le 15 décembre à 15 h 20 sur France 3 Franche-Comté, France 3 Bourgogne et France 3 Bretagne notamment, il est prévu des rediffusions dès le 17 décembre à 8 h 45 sur les mêmes stations ainsi que sur France 3 Alsace, Champagne Ardenne, Lorraine, Nord Pas de Calais et Picardie dans un premier temps. Galaxie Thiéfaine : Supplément d’âme (coproduit par France 3 Franche-Comté et Séquence SDP Couleurs du Monde) devrait également être visible sur le Net, dès sa première diffusion, puis programmé en 2013 sur France 3 national.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 13:24

Chronique d’un album annoncé

 

Voilà, c’est fait. Le gentleman d’Astaffort a mené à terme son projet d’album sur le répertoire de Bob Dylan. Ou plutôt son envie de projet, tant l’idée lui semblait irréalisable, telle une inaccessible étoile : n’a-t-on pas dit et redit, entendu et réentendu que l’univers du folksinger américain était intraduisible et inadaptable ? Pourtant, c’est fait et bien fait. Au point que ce « Bob Dylan revisité » qui porte le titre éloquent de Vise le ciel apparaît non pas comme une parenthèse entre deux disques de Cabrel, auteur et compositeur, mais bel et bien comme un nouvel album original, son douzième opus studio en l’espace de trente-cinq ans. Chronique d’un album annoncé... à Paroles et Musique puis à Chorus, au fil des décennies.

 

CD

 

Certes, il y avait eu le fameux Aufray chante Dylan, adapté par Pierre Delanoë, mais c’était en 1965, quand l’artiste américain commençait seulement à être connu en France (son premier album datait tout juste de trois ans), alors que le chanteur français, lui, tenait le haut de l’affiche. Quarante ans plus tard, pour le dossier « spécial Dylan » de Chorus (n° 51, printemps 2005), voici ce qu’en disait Francis Cabrel à Jean Théfaine : « Lorsqu’il est sorti, j’ai adoré cet album. Ça m’a aidé à mieux connaître l’univers de Dylan dont, jusque-là, je ne comprenais qu’un dixième des textes. Delanoë, alors en très grande forme, avait un peu poétisé le truc et pris quelques libertés, mais c’était quand même vachement bien. »

 

FrancisGuitare

 

En 1977, c’était le premier album de Cabrel qui sortait. Le cinquième en 1983, Quelqu’un de l’intérieur, déclenchait l’envie collective, chez nous, de lui consacrer son premier dossier de Paroles et Musique, à la veille d’un Olympia. N° 39, avril 1984, signataires : Rémy Le Tallec et votre serviteur pour l’analyse discographique, Marc Legras et Jacques Vassal pour l’entretien. À ceux-ci, Francis évoquait déjà Dylan : « J’avais 14 ans en Mai 68… J’avais commencé à faire de la musique, du bal… Après les samedis et dimanches, en Corrèze ou en Dordogne, le bus me déposait le lundi matin devant le lycée et j’en descendais avec mon sac. Passionné par Dylan, je m’accrochais beaucoup en anglais, je commençais à le traduire un peu… »

Quelques années plus tard, pour le n° 9 de Chorus (qui avait succédé en 1992 à Paroles et Musique), Francis enfonçait le clou, me confiant le rôle important de Dylan dans sa propre évolution artistique. Nous venions de passer tout un après-midi de l’été 1994, chez lui, à parler de Samedi soir sur la terre, son huitième album studio, quand on en est arrivés à parler de Dylan… et de Brassens, ses deux références majeures :

Chorus9« Bob Dylan ?
– C’est grâce à lui, je pense, si je tiens debout, si j’existe en tant que chanteur, j’ai tout appris, tout écouté, tout chanté de lui, et j’ai essayé de tout traduire. Lorsqu’il est arrivé, il s’est produit comme une évidence absolue pour moi : c’était lui !
– Et Brassens ?
– Je l’adore bien sûr, mais je l’ai connu après Dylan, longtemps après même…
– Pourquoi ?
– Parce que c’est difficile, après avoir connu Bob Dylan, Leonard Cohen ou Jimi Hendricks d’abord, après les avoir écoutés à ce point, jour et nuit, c’est difficile de se plonger dans l’univers de Brassens, c’est une galaxie tellement différente, forcément ça prend du temps. Mais on est obligé d’être admiratif devant tout ce qu’il raconte, comment il le dit, combien c’est beau, combien c’est drôle… »

Dix ans s’écoulent. Nouveau retour à Astaffort… et nouvelle avancée dylanienne, à l’occasion des Beaux dégâts, dixième album du « rocker agricole » – comme il s’était lui-même qualifié pour son premier dossier des « Cahiers de la chanson ». L’occasion aussi, puisque son titre fait référence au temps qui passe, de retracer un peu le parcours de l’artiste… et d’intituler cet entretien, à paraître dans le n° 48 de Chorus (été 2004), « Des beaux débuts aux “Beaux dégâts” ».   

Astaffort, 25 mars 2004. Francis Cabrel vient tout juste d’arriver de Paris, après trois semaines passées en studio… En poche, la toute première copie CD de son nouvel album. La seule et unique disponible – avec plusieurs mixages différents encore de certaines chansons : l’artiste s’est en effet accordé deux-trois jours de réflexion pour opérer le choix définitif à tête (et oreilles) reposée(s)… Bon prince, le seigneur d’Astaffort nous en propose aussitôt l’écoute. Il nous remet les textes de ses chansons, corrigés, raturés, complétés, sur des feuilles volantes, nous confie son CD et nous installe dans une pièce à part, avec un lecteur. Nous avons ainsi le privilège d’être les premiers, ma « Blonde » et moi, à découvrir la version finale des Beaux Dégâts [l’album, sur lequel la maison de disques allait décréter un embargo total pour la presse, ne sortirait que le 17 mai]… et les premiers à le commenter dans la foulée avec l’auteur.  

 

 

 
Pour la première fois, Francis a sauté le pas (le premier avant de passer le pont) : sous le titre S’abriter de l’orage, il a adapté une chanson de Dylan !

« En as-tu conservé le thème originel ?
– Non. J’ai pris le titre Shelter From The Storm – une chanson de Blood On The Tracks, l’un de ses meilleurs albums à mon avis –, et je suis parti sur une histoire à moi, en oubliant celle de Dylan. […] C’était superbe, mais c’est devenu autre chose, tout en gardant la mélodie et le titre.
– Tu ne l’as toujours pas rencontré, Dylan ?
– Non, je crois que ça m’impressionnerait trop… Comme un petit garçon devant son idole. Je suis le vrai fan… Il y a longtemps que je connais toutes ses chansons par cœur, je l’ai vu sur scène quantité de fois…
– Il reste ton grand phare ?
– Ah oui, c’est LE phare ! Définitivement. Tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit, comment il l’a fait… Une fois que la chanson est là, Dylan ne l’arrange pas avec plein de trucs ; c’est pour ça que mes disques, aussi, sont relativement dépouillés… En fait, c’est l’idée du périssable que je n’aime pas ; cette idée de suivre la mode…
– Tu m’as dit un jour que lorsque tu avais un blocage, en cours d’écriture, tu te mettais un Dylan…
– C’est vrai, c’est une source d’inspiration automatique. Si j’entends une chanson de Dylan, des tas d’images me sautent à la figure et cela me redonne envie d’écrire, ce qui est rare… Dylan est quelqu’un d’extrêmement motivant. »

Quand et comment l’avait-il découvert, au fait ? Francis le précisera à Jean Théfaine pour le « spécial Bob Dylan » de Chorus (n° 51, printemps 2005) : « Je devais avoir 13 ou 14 ans. Avec un groupe de copains, dont j’étais le chanteur, je répétais dans un immeuble d’Agen que l’on nous avait prêté, et quelqu’un avait apporté un 45 tours de Dylan sur lequel se trouvait Like A Rolling Stone. Faute de place dans le local, l’électrophone était posé dans le couloir. La chanson, soudainement, est partie comme un boulet de canon ! Le son de la voix et cette espèce d’arrogance contenue, avec un peu de dédain : il y avait tout là-dedans. Je me souviens exactement de la pièce vitrée, du couloir vert pâle et de l’escalier en ciment un peu pourri qui descendait à l’étage inférieur… À partir de ce moment, j’ai économisé petit à petit pour m’acheter les albums déjà sortis. »

 

Francis-Fred-Jean-copie-1 

Nous voici en 2008. L’enfant prodige d’Astaffort, « fils d’immigrés italiens à babord, Français enraciné dans la terre du Sud-Ouest à tribord », s’apprête à sortir son onzième album original, Des roses et des orties. Comme d’habitude, nous sommes sur le pont. Encore une fois dans son village natal. « Pas courant, un artiste de cette envergure qui n’a jamais quitté ou presque (dix ans à Paris, quand même) l’ombre du clocher qui le vit naître. “Ce n’est pas un refuge. Je rentre chez moi, point barre”, répond le monsieur avec un soupçon d’agacement. Un soupçon seulement car il faudrait pousser loin le bouchon pour faire sortir de ses gonds le discret gentleman. Discret, voilà un adjectif qui colle particulièrement à la personnalité de Francis Cabrel, pourtant l’un des plus gros vendeurs de l’Hexagone avec, notamment, ses 2 800 000 exemplaires de son himalayesque Samedi soir sur la terre, probablement un record dans la chanson francophone, qui reste à battre. »

À la manœuvre, pour ce nouveau dossier de Chorus (n° 64, été 2008), Jean Théfaine et votre serviteur au texte, Francis Vernhet aux photos, et puis, comme toujours, Mauricette Hidalgo à l’iconographie et à la mise en page. On débute la conversation en plaisantant :

« Quatre ans au lieu de cinq entre tes derniers albums [Sarbacane, 1989 ; Samedi soir sur la terre, 1994 ; Hors saison, 1999 ; Les Beaux Dégâts, 2004], c’est un progrès…
– Oui, j’ai accéléré… [rires] »

 

Francis-Fred

 

À un moment, on lui fait remarquer ce qui semble être un goût prononcé pour les reprises (une version de Colchiques dans les prés, « traditionnel » de Francine Cockenpot rebaptisé Automne, la chanson qui fera connaître le Québécois Richard Desjardins en France, Quand j’aime une fois j’aime pour toujours, ou encore Le Gorille et Les Passantes de Brassens) ; mais surtout pour les adaptations de standards d’artistes anglophones (James Taylor, Jackson Brown, Otis Redding, Willie Nelson…). Ce nouvel album n’en compte pas moins de trois, nombre inhabituel qui semble indiquer que le gentleman d’Astaffort prend chaque fois plus de plaisir à cet exercice : Chorus64une de JJ Cale, une autre de John Fogerty, et la troisième de… Bob Dylan, She Belongs To Me, devenue Elle m’appartient : « C’est ma façon de dire : si j’aime la musique, c’est parce que ces gens-là me l’ont fait découvrir… »

De là à penser que sorte un jour un album entier d’adaptations signées Francis Cabrel, il n’y a qu’un pas – écrivons-nous dans un encadré spécifique de ce dossier –, d’ailleurs vite franchi par l’intéressé : « C’est dans mes intentions… J’adorerais consacrer un disque entier à Dylan, mais ça me semble beaucoup trop difficile… C’est le genre de projet que je remets toujours à la prochaine fois… et qui n’aboutit jamais !... On verra bien. »

Un disque entier de Dylan ! C’était en germe depuis si longtemps... Et ça n’avait beau être, encore, qu’une simple et forte envie, qu’un « genre de projet » rêvé, pour la toute première fois c’était dit ! Comme une évidence : « J’adorerais consacrer un disque entier à Dylan… On verra bien. » Suivait dans les colonnes de Chorus cette phrase prophétique signée Jean Théfaine : « Allez, on parie tout court qu’on va finir par voir. Et on s’en lèche déjà les babines ! »

Quatre ans et demi après cet entretien, Jean Théfaine (dont le concert de Dylan, fin juillet à Carhaix, a été la dernière sortie) aurait adoré découvrir ce Bob Dylan revisité ! Sûr qu’il s’en serait léché et pourléché les babines, car c’est une très belle réussite. Comment aurait-il pu en être autrement, du reste, de la part d’un des plus fins connaisseurs de Dylan, qui se trouve être l’un des plus sensibles auteurs-compositeurs de la francophonie ? Quant à l’interprète, n’en parlons même pas, tant il a l’art de s’approprier tout ce qu’il touche, vocalement et musicalement. Dylan, n’en déplaise à certains, comme le reste !  

 

 

Vise le ciel, c’est onze titres dont seulement deux ou trois standards (tel Just Like A Woman devenu Comme une femme), les autres reflétant plutôt la personnalité de Cabrel, du moins ses préférences personnelles. Musicalement, c’est un bijou, mixé à New York mais enregistré chez l’artiste, au studio Éphémère (!) d’Astaffort, avec son équipe habituelle, à peine enrichie ici ou là de soupçons d’accordéon, de bouzouki, de dobro, de cor et de buggle : Bernard Paganotti (basse, contrebasse), Denis Benarrosh (batterie), Gérard Bikialo (piano), Denys Lable et Michel Françoise (guitares électriques), Francis apportant sa touche personnelle à la guitare acoustique et à l’harmonica. Ajoutez-y un trio discret de choristes, utilisé à bon escient, des arrangements d’une finesse à vous régaler les tympans, et vous obtenez une réalisation tout ce qu’il y a de plus somptueux, cosignée Francis Cabrel et Michel Françoise. chorus51.jpgQuant au contenu textuel, subtil équilibre entre traduction et adaptation, libre à chacun de se faire son opinion, selon qu’on soit dylanophile ou pas, qu’on accepte ou non l’idée de toucher au monstre sacré autrement qu’en v.o. dans le texte.

Laissons la conclusion à notre artiste ; des confidences faites à Chorus, encore une fois, recueillies par l’ami Jean Théfaine, grand admirateur lui aussi de Robert Allen Zimmermann : « Dans mon panthéon à moi, Dylan est vraiment au sommet. Je n’ai jamais eu avec d’autres les mêmes tremblements intérieurs. La pureté absolue d’un Stevie Wonder ou d’une Aretha Franklin me touche profondément mais pas de la même manière que ce qui traîne dans la voix de Dylan et qui la rend mystérieuse, bouleversante. Je dirais que même ses maladresses vocales sont habitées… Qu’il y ait eu un avant et un après Dylan, c’est une évidence. Disons qu’il a rendu la chanson plus intelligente, ébranlant les consciences par le contenu de son discours. Il a chanté le comportement des Blancs par rapport aux Noirs, l’arrogance de la richesse par rapport au petit peuple ; il a chanté l’amour comme personne ne l’avait fait auparavant. C’est mon Himalaya personnel ! Un sommet dans l’écriture et l’attitude… » Et Francis Cabrel – c’était écrit – a fait de Dylan dans la langue de Molière un sommet qui, aujourd’hui, touche au ciel de la chanson française.

___________

VISE LE CIEL ou BOB DYLAN REVISITÉ, 11 titres (44’51) : Comme une femme (Just Like A Woman) – Quinn l’Esquimau (Quinn The Eskimo) – D’en haut de la tour du guet (All Along The Watchtower) – Je te veux (I Want You) – On ne va nulle part (You Ain’t Goin’ Nowhere) – Un simple coup du sort (Simple Twist Of Fate) – La dignité (Dignity) – Il faudra que tu serves quelqu’un (Gotta Serve Somebody) – Tout se finit là, Bébé Bleu (It’s All Over Now Baby Blue) – L’histoire d’Hollis Brown (Ballad of Hollis Brown) – Comme Blind Willie Mc Tel (Blind Willie Mc Tell). Chandelle Productions, Columbia, distr. Sony Music (site de l’artiste).

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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