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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 11:30

Sorcières, je vous aime

 

Retour à Eurythmie pour un double retour. D’abord, celui du groupe toulousain Zebda, reformé en 2011 après une longue séparation de ses créateurs, le temps de mener leurs propres projets en solo, en duo ou en groupe : Magyd Cherfi d’un côté, les frères Amokrane (Mouss et Hakim) de l’autre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la mayonnaise a pris comme à l’origine, que ça fonctionne et que ça communie au mieux avec le public, et que ça swingue (en dignes héritiers de leur inoubliable concitoyen et chantre de la Ville rose) dans un esprit bon enfant, en dégageant plein de bonnes vibrations.

 

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Retour d’Hubert-Félix Thiéfaine, ensuite, après les premières Victoires de la Musique de sa déjà longue carrière. Certes, il n’avait guère besoin de ces hochets pour continuer de tracer sa route à nulle autre pareille, néanmoins je l’ai senti un poil plus libéré. Pas forcément en scène où il ne s’est jamais ménagé, pour le plus grand bonheur de son public (toujours aussi nombreux, fidèle et connaisseur… à l’instar des plus jeunes qui viennent aujourd’hui le renouveler, paroles de ses chansons à fleur de lèvres : « Trois générations se côtoient maintenant à mes concerts, me disait-il, amusé, à l’issue de celui-ci ; les grands-parents, les enfants et les petits-enfants ! »), mais en dehors, disons aussi libéré désormais à la ville qu’à la scène.

 

Thiefaine3.jpg 

 Après le final incontournable en compagnie de La Fille du coupeur de joints, reprise en chœur dès les premières notes de guitare (Alice Botté), je l’ai retrouvé dans sa loge plus reposé et en forme que jamais, la silhouette inchangée, dirait-on, depuis la fin des années 70. Il faut dire que son dernier album n’a pas été pour rien dans cette renaissance, qui lui a valu d’ajouter quelques nouvelles perles (La Ruelle des morts, Infinitives voiles…) à ses succès de toujours (Lorelei, Les Dingues et les Paumés, Narcisse 81, Soleil cherche futur, etc.). Indestructible Thiéfaine. Indispensable et irremplaçable auteur-rockeur… en français dans le texte.  

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Pas vu cette fois Carmen Maria Vega qui passait en première partie, car nous étions au Théâtre pour applaudir Chloé Lacan et Presque Oui, mais de l’avis général la petite bombe (la voix et le physique de Piaf) a frappé fort. Et les dérapages que l’on a pu regretter à ses débuts remarqués (elle a été « Bravos » du public et des pros d’Alors… Chante ! en 2009) semblent aujourd’hui sinon relégués aux oubliettes, du moins en passe d’être canalisés. On en est heureux, car la chanson française a tout à gagner d’un personnage aussi charismatique, doué du sens de la dérision, d’une énergie peu commune et de rares qualités vocales.  

 

 

Chloé Lacan et Presque Oui, donc. Piano et/ou accordéon pour la première (« Bravos » du public et des pros en 2011), seule en scène mais aux talents multiples d’auteure, de musicienne et d’interprète. Du culot, du frisson et de l’humour à revendre ; en un mot du talent à l’état pur, sans besoin du moindre artifice pour être évident. À suivre de près. Guitare virtuose pour le second (« Bravos » des pros en 2008), le Lillois Thibaud Defever qui, après la disparition prématurée de Marie-Hélène Picard avec laquelle il avait formé le duo Presque Oui (du titre d’une chanson de Mireille et Jean Nohain)  poursuit sa route enchantée aux côtés désormais d’un remarquable et malicieux violoncelliste-flûtiste, Sylvain Berthe.

 

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Presque Oui est de cette famille d’esprit dont Trenet est le géniteur. De l’art (fort difficile) de dire légèrement des choses graves. Si bien qu’on rit avec la larme à l’œil ou qu’on pleure le sourire aux lèvres. À cet égard, la première chanson de son tour de chant, non enregistrée encore, est exemplaire. L’histoire d’un couple qui pourrait vivre, ensemble, une vie pleine dans tous les sens du terme, mais qui passera peut-être à côté de tout, par indécision, par prudence égoïste… Quitte à voir vieillir sa jeunesse sans avancer pour autant dans sa vie. « Nous parlons en silence / D’une jeunesse vieille », disait Jacques Brel à Jojo, convaincus qu’ils étaient tous deux « que le monde sommeille par manque d’imprudence »  

 

 

Quoi de moins étonnant, juste à l’issue de la prestation de Thibaud et de Sylvain, de voir débouler sur scène Jo Masure, directeur du festival, et Gérard Davoust, président des fameuses et historiques éditions Raoul-Breton (Mireille et Jean Nohain justement, Charles Trenet bien sûr, Félix Leclerc, puis Aznavour, etc., jusqu’à Sanseverino aujourd’hui dont on ne souligne pas assez les qualités d’auteur, Lynda Lemay ou Agnès Bihl), pour remettre à Presque Oui le prix Raoul-Breton de la Francophonie. Créé en 1966 par la Sacem pour récompenser le travail d’un auteur ou d’un compositeur français, cette distinction a pris une dimension nouvelle en 2011 en s’ouvrant à l’ensemble des pays ayant le français en partage, via le partenariat de la Fédération des festivals de chanson francophone (FFCF). Ce sont donc en majorité les professionnels les plus connaisseurs, ceux qui font tourner les artistes dans leur élément naturel, la scène, qui ont élu Presque Oui… Et à l’unanimité, qui plus est, s’agissant du vote des directeurs de festivals ! Bravo et chapeau, Thibaud.

 

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La veille en fin de matinée, sous le Chapitô, on avait déjà retrouvé Gérard Davoust pour une rencontre-débat sur le métier d’éditeur. Animée par Philippe Albaret, directeur du Studio des Variétés, elle a été passionnante de bout en bout, grâce à l’expérience rare de son protagoniste, à sa simplicité naturelle et à l’amour authentique de la chanson qui le caractérise. Il faut dire que l’actuel président des Éditions Raoul-Breton (et président d’honneur de la Sacem) est l’un des plus estimés professionnels du monde de la chanson dont, au fil des décennies, il a fait le tour : il fut même directeur de Philips à sa grande époque (celle de Barbara, Brassens, Brel, Nougaro…), avec une vingtaine de directeurs artistiques à ses côtés pour l’aider notamment à découvrir de nouveaux talents puis à les accompagner au mieux.

 

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Le témoignage de Gérard Davoust – qui n’a pas manqué de déplorer le choix croissant de l’anglais par les talents actuels les plus médiatisés, félicitant au passage le festival de Montauban pour sa fidélité à sa ligne francophone – s’est poursuivi par un dialogue fort instructif et chaleureux entre lui et Agnès Bihl, sur la façon dont leur rencontre a eu lieu et sur l’aide que peut apporter un éditeur véritable dans le développement d’une carrière à laquelle il croit. Et puis Agnès, en guise de bouquet final, a interprété l’une de ses chansons, accompagnée au piano par Dorothée Daniel.

 

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Celles-ci et deux autres dames nous avaient régalés d’une création dès le mardi soir au Théâtre (après Clément Bertrand, ses textes forts, sa tension poétique et son pianiste « génialement déjanté » en première partie), intitulée Carré de dames, mais qui pourrait tout aussi bien s’appeler « Carré d’âmes »… Imaginez le plateau : deux pianos à queue face à face, à chaque extrémité latérale de la scène, auxquels deux magnifiques musiciennes, également chanteuses à leurs heures, donnent une âme. Dorothée Daniel côté cour, Nathalie Miravette côté jardin (à moins que ça ne soit l’inverse puisqu’elles changent de piano en cours de spectacle). Tour à tour au diapason, jouant leur propre partition ou se complétant (à merveille)…

 

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D’entrée, elles donnent le ton avec une succession de thèmes musicaux fusionnant peu à peu dans la mélodie de La Lettre à Élise d’Anne Sylvestre. Et justement, voici la grande dame qui fait son apparition pour chanter ce classique beethovien de son répertoire, bientôt rejointe à la voix et à la complicité par la fringante Agnès Bihl, de rouge et noir vêtue et toute blondeur dehors. Commence alors un fameux numéro, en solo ou en duo, où le double A de la chanson féministe, à deux générations d’écart, fait vite craquer et chavirer de bonheur le public. Heureux privilégiés du reste, ce spectacle, offert ici en avant-première, n’étant prévu pour tourner qu’à partir de l’automne prochain.

 

 

Qu’en dire en quelques mots, sinon que ce Carré de dames – dont Agnès a eu l’idée et dont Anne a trouvé le titre – résume le meilleur de ce qu’on peut espérer de l’art de la chanson : du rire et des larmes. Avec de la tendresse, forcément, et de la révolte subtile contre les injustices dont sont victimes les femmes depuis toujours (on connaît la chanson, c’est La Faute à Ève…), ces Hommes pas tout à fait comme les autres.  

 

 

Les chansons d’Agnès (Treize ans, Merci maman merci papa, La plus belle c’est ma mère…) épousent parfaitement celles d’Anne (Le Mari de Maryvonne, un sommet de fantaisie subversive, etc.), au point que parfois l’assistance peut se demander laquelle des deux a signé la chanson en cours. Des chefs-d’œuvre d’Anne parsèment le fil de cette performance à quatre (les pianistes reprennent des chansons à l’unisson ou viennent brièvement suppléer les chanteuses), comme Les gens qui doutent, Un mur pour pleurer, Une sorcière comme les autres, Non tu n’as pas de nom ou cette méconnue et si originale Carcasse  

 

 

Le tout est très enlevé, dans une mise en scène théâtrale de Fred Radix où, physiquement, la sagesse tranquille de l’une contraste avec la présence virevoltante de l’autre. Mais complices et solidaires, toutes deux, au-delà du temps qui passe et toujours en français dans le texte. Carré de dames ? Carré d’âmes ? Carré d’as, pour le moins ! Jubilatoire et pas innocent ni gratuit pour un sou. Sorcières, je vous aime !

[À SUIVRE]

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 10:28

Boby, Wally, Camille, Tiou, Liz et les autres

 

Évidemment, il faut faire ses choix. Parfois les spectacles se chevauchent, ce qui permet d’en voir un en entier et la fin d’un autre, parfois les horaires concordent et le choix s’impose. D’autant plus quand les salles sont bondées, ce qui a été le cas du jeudi de l’Ascension au samedi soir, la fréquentation des trois premiers jours étant progressive pour atteindre quasiment le plein dans la soirée du mercredi. Notamment avec la création Boby Lapointe repiqué, à 21 h 15 au Chapitô. Pour être repiqué, le répertoire du Boby, ça, il est repiqué. Mais comme ledit Boby était un poil piqué lui-même, si la forme peut surprendre, le fond est à l’avenant (lavement ?) du personnage ainsi honoré. Ou plutôt revisité avec du poil à gratter, et même carrément déjanté… mais, heureusement, toujours en français lapointesque dans le texte.

 

 

On connaît la victime, c’est un Piscénois anti-pisse-froid. Mais les coupables ? Ils viennent de partout. Dénonçons-les sans état d’âme : Roland Bourbon (batterie), Dimoné (guitare électrique), Évelyne Gallet (guitare ac.), Imbert Imbert (contrebasse), Presque Oui (guitare ac.) et Yeti (ustensiles divers), et tout ce petit monde au chant… et à l’hélicon pour démarrer la soirée, pom-pom-pom-pom ! Une folle création appelée à tourner, si l’on en juge par le triomphe obtenu ce soir-là (où Dany Lapointe, la petite fille et directrice du Printival de Pézenas, a rejoint la troupe sur scène pour le salut final). À noter entre autres la reprise du fameux duo de Boby avec Anne Sylvestre (voir vidéo ci-dessus) sur l’inénarrable Depuis l’temps que j’l’attends, mon prince charmant

 

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Au Chapitô encore, Wally, le régional de l’étape, est venu nous régaler seul en scène avec ses petites chansons. Petites au sens de brèves, parfois très brèves, mais toujours très réussies. Il faut dire que le bougre (qui, soit dit au passage, a perdu quarante kilos en un an, sans perdre un gramme de son humour) est non seulement un excellent interprète, tant au plan vocal que de sa maîtrise de la scène, mais aussi une bien belle pointure à la guitare. On a ri comme des fous, y compris quand le drôle s’amuse à inventer une chanson dramatique, bien lourde et dense, irrésistible parodie de « chanson à texte » (un qualificatif que j’ai toujours trouvé ridicule, soit dit en passant, puisqu’il laisse entendre qu’il existerait une chanson sans texte…). Dans la salle, un public aux anges, des directeurs de festivals enthousiastes, des collègues complices…   

 

 

Respectueux des horaires, Wally s’est appliqué à terminer sa prestation juste avant celle de Camille à Eurythmie, qu’en connaisseur et bon camarade il n’a pas manqué de recommander à l’assistance. Bonne pioche, malgré le volume du lieu que ladite Camille parvient à nous faire oublier avec une création intime et grandiose à la fois. Mais, surtout, magique. Tout acoustique, trois musiciens faisant dans la dentelle, un son absolument parfait (comme quoi c’est bien l’ingé-son et pas la taille de la salle qui détermine la qualité sonore), des lumières tamisées comme dans un salon, dessinant un décor dépouillé, avec des projections et des ombres chinoises, pour une mise en scène réglée au cordeau, mais d’une sobriété, d’une finesse et d’une originalité remarquables. 

 

 

L’ensemble permet d’apprécier une Camille largement au-dessus du tout-venant artistique. Au-dessus ? Ailleurs, plutôt, se promenant vocalement et physiquement dans un univers étrange et magnifique qui ne ressemble à rien de ce que l’on connaît déjà. Une Camille à la voix d’or dont elle joue (et se joue) à merveille, quel que soit le registre choisi, dégageant une émotion esthétique pure, engendrant l’admiration du public, captivé et emporté après un instant de doute. Par moment, on pourrait presque entendre une mouche voler (d'où la demande faite au public et aux pros de ne pas prendre de photos). Car le spectacle de Camille est tout sauf facile. À émettre bien sûr, de même qu’à recevoir. Tout d’abord déroutant, sans véritables tubes auxquels se raccrocher, inclassable, puis de plus en plus prenant, saisissant. Beau, tellement beau… Allez-y voir, sans idées préconçues (y compris pour le rappel, avec une reprise d’un standard français des plus populaires, que Camille réinvente comme une magicienne, ou comme une fée dont elle a d’ailleurs l’allure dans sa longue robe claire), la tête et le cœur disponibles. Vous resterez longtemps sous le charme. Comme nous l’avons été, collectivement, au point qu’il nous aurait paru sacrilège, ce soir-là, de ne pas terminer la journée sur cette belle note. 

 

 

Il y avait pourtant, à ce moment-là au Magic Mirrors, un excellent Oldelaf installé au centre de la piste, ses musiciens et les spectateurs faisant cercle autour de lui, les uns debout, complices, les autres, assis à même le sol, visiblement séduits par le personnage et ses chansons. Le lendemain en ce même lieu s’achevait la série de concerts des Découvertes 2012 avec Jali, Carrousel et Zoufris Maracas (à suivre de près, ce quintette masculin, avec ses textes sociaux, son humour et ses rythmes ensoleillés).

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Au total, douze artistes et groupes sélectionnés (tous en français dans le texte) : From & Ziel, Liz Cherhal, Antoine Hénaut, Anouk Aïata, Tiou, Ginkoa, Alex Nevsky, Jeanne Plante, Les Yeux d’la Tête et les trois précités. Au final, le samedi soir à Eurythmie, deux lauréats interprétant chacun avec succès trois titres entre la prestation d’une autre découverte pour beaucoup de monde, Chloé Lacan (déjà vue et appréciée le jeudi au Théâtre, avant Presque Oui) et le concert de clôture de Thomas Dutronc : Tiou et Liz Cherhal.Tioujpg-copie-1

 Les « Bravos » du public sont allés au Bordelais Tiou (devant Zoufris Maracas, Jeanne Plante et Liz Cherhal) ; les « Bravos » des professionnels à la Nantaise Liz Cherhal (devant Zoufris Maracas, Tiou et Jeanne Plante). Le premier se décrit comme « un enfant des bistrots » qui possède « une forme de désinvolture et de liberté scénique hors du commun » ; avec des textes incisifs, accompagné par trois musiciens, il apparaît tour à tour satirique, lucide, déconcertant et tendre. Quant à la seconde (oui, la petite sœur…), avec ou sans accordéon pour compagnon (mais avec deux musiciens aux petits oignons), elle est confondante d’aisance et d’humour pince-sans-rire. On a pu le vérifier encore lors de la cérémonie de remise des prix « Coup de Cœur Chanson » de l’académie Charles-Cros (récompensant un album), le vendredi midi sous le Magic Mirrors.  

 

 

Alain Fantapié, le président de cette docte Académie créée il y a plus d’un demi-siècle, en 1947, a remis les diplômes 2012 en mains propres aux trois quarts des artistes distingués, présents au festival (soit qu’ils y étaient programmés, heureux hasard, soit qu’ils avaient spécialement effectué le déplacement). Devant un parterre de membres du Charles-Cros et une assistance nombreuse, chaque artiste a pu commenter son parcours et interpréter une chanson. 

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Par ordre alphabétique : Aldebert (pour son album Les Meilleurs Amis), Wladimir Anselme (Les Heures courtes), Barcella (Charabia), Barbara Carlotti (L’Amour, l’Argent, le Vent), Liz Cherhal (Il est arrivé quelque chose), Lili Cros et Thierry Chazelle (Voyager léger), Claide Denamur (Vagabonde), Mansfield Tya (Nyx), Nevchehirlian (chante Prévert : Le soleil brille pour tout le monde ?) ; outre quatre « Coups de cœur francophones » : Bo Houss (Shimaore Tu, Mayotte), Vincent Liben (éponyme, Belgique), Moran (Mammifères, Québec), Sand (Sirocco, Suisse romande). Pour la petite histoire, quatre de ces lauréats (Aldebert, Anselme, Cherhal, Cros et Chazelle) avaient été distingués par votre serviteur dès le 11/11/11 (!) dans un seul et même sujet (voir « Les Chansons de l’échanson »). Un « Coup de Cœur Pro » complétait enfin le palmarès de cette douzième édition, décerné à Patricia Teglia pour son travail d’attachée de presse qui, dans son cas, va souvent jusqu’à l’accompagnement des artistes dans leur développement de carrière. « Bien mérité ! », dirait Clarika.

[À SUIVRE]

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 09:51

En français dans le texte... à la sauce Tistics 

 

Avec le temps, si l’on est un humain normalement constitué (je veux dire attiré par les belles choses, les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales), on a tendance à se faire de plus en plus exigeant. On n’en apprécie que mieux les gens et les créations authentiques, pour oublier les autres, les tricheurs et les faiseurs. Avec le temps, dans la culture comme dans la vie en général, une valeur domine toutes les autres : la fidélité à ses idées et à ses convictions. Tout cela – l’exigence, l’authenticité et la fidélité – constitue la caractéristique principale du festival Alors… Chante ! de Montauban, dont la vingt-septième édition s’est déroulée du lundi 14 au dimanche 20 mai.

Pas besoin d’aller chercher plus loin les raisons de son succès, mélange rare de convivialité (pour une manifestation de cette taille) et de confiance jamais démentie entre organisateurs et festivaliers. La première attire ici les principaux relais professionnels du spectacle vivant (dont une trentaine de responsables de festivals de chanson francophone, réunis en fédération) et quantité d’artistes venus simplement côtoyer leurs collègues une semaine durant ; la seconde a fait du public de Montauban non pas un conglomérat de chapelles musicales, imperméables les unes aux autres, mais une entité globale, avide de belles émotions, quel qu’en soit le genre musical.

 

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On en parle rarement au moment de rendre compte d’un festival. On parle de sa programmation, des goûts et dégoûts du journaliste, de la météo et de l’indice d’occupation des salles. Pas du public, sauf pour le comptabiliser. Celui-ci (ou du moins la somme d’individus le composant) est pourtant le premier acteur d’un festival (et son premier commanditaire, comme disent en bon français nos cousins québécois) ; c’est pour lui d’abord et avant tout que l’équipe d’Alors… Chante ! s’applique des mois durant à bâtir une affiche de qualité. Et justement, à Montauban, il n’y a pas que les artistes qui ont du talent, le public aussi, intelligent, sensible, à l’affût de tout, y compris du plus déroutant a priori, pourvu que la qualité soit au rendez-vous. Et ça, nom d’un pipeau, dans un monde où l’ouverture et l’éclectisme sont souvent battus en brèche par le repli sectaire qui a causé tant de mal à l’image de la chanson (« c’est une vieille maladie poisseuse » qui gagne…), ça fait un bien fou !

À Montauban, tous les maillons de la chanson vivante, organisateurs, artistes et spectateurs, qui se croisent et se recroisent dans les salles, les allées et les bars-restaurants du festival – pour faire connaissance, échanger, témoigner, discuter et commenter le monde comme il va et la chanson comme elle se porte – sont au diapason. Sans chichis ni protocole ou star-système. Autre spécificité d’Alors… Chante ! et non la moindre : la défense et l’illustration de la langue française. Fidélité aux idées et aux convictions, disais-je. La chose pourrait sembler évidente en France, elle devrait aller de soi dans un festival francophone. Mais l’anglais (ou plutôt le franglais…) devient peu à peu le véhicule dominant de la relève hexagonale, la nouvelle non-chanson française, sans que les médias et, pire encore, certains festivals, bien oublieux des principes qui ont présidé à leur création, n’en paraissent gênés le moins du monde. C’est même tout le contraire, parfois, puisqu’on va jusqu’à revendiquer ce non-sens culturel comme un signe d’ouverture au monde ! Dans le concert des grands festivals (au sens premier du terme : qui attirent des dizaines de milliers de spectateurs), Montauban serait-il le dernier des Mohicans ?

 

 

L’ouverture aux autres, la véritable ouverture, c’est d’apprécier les artistes malgaches, par exemple, lorsqu’ils chantent dans l’une des langues vernaculaires de l’Île rouge (pareil pour n’importe quelle autre culture) ; mais le jour où les Malgaches chanteront en anglais, ils perdront absolument tout intérêt, en abdiquant au passage leur histoire, leur mémoire, leur identité. Bref, leur raison d’être. En France, on voit ainsi, d’une année sur l’autre, les « découvertes » de tel ou tel festival (où la notion de « production française » s’est peu à peu substituée à celle de la langue, quitte à cautionner cette dérive de l’artistique vers l’économique) renier la langue de Molière pour celle de Shakespeare.

À les entendre, vieille rengaine démentie par l’histoire de la chanson (qu’ils méconnaissent visiblement), c’est parce que le français ne swinguerait pas… Et l’espagnol, et l’italien, etc., ça ne swingue pas non plus ? Pourquoi choisir toujours l’anglais plutôt que le catalan, le portugais du Brésil ou le créole réunionnais – par exemple – qui sonnent à la perfection (réécoutez donc Lluís Llách, Caetano Veloso ou Danyel Waro… par exemple !). En réalité (sauf exception qui se justifie, comme celle d’une double culture maternelle), soit l’on pense (à tort dans la plupart des cas) que l’anglais ouvrira plus facilement les portes de la réussite commerciale ; soit on s’en sert d’alibi pour masquer des lacunes dans sa langue maternelle.

Réveille-toi, Nougaro, ils sont devenus fous ! « Moi, ma langue, c’est ma vraie Patrie / Et ma langue, c’est la Française / Quand on dit qu’elle manque de batterie / C’est des mensonges, des foutaises. / Ceux qui veulent lui casser les reins / Je leur braque mes alexandrins ! » Il y aura bientôt un siècle, depuis Mireille et Jean Nohain (pour ne considérer que la chanson contemporaine), qu’on fait swinguer le français. Trenet ensuite, puis Nougaro (suivis de tant d’autres !) l’ont démontré sans coup férir. Suffit de s’en donner la peine… et de posséder un brin de talent. « Vive l’alexandrin ! / La bête aux douze pieds qui marche sur la tête / Vive l’alexandrin ! / Le ring du poids des mots, la boxe des poètes / L’alexandrin, l’alexandrin ! »

La suite ? « Les cordes de Nerval, les orgues de Racine / Le grisou du génie dans un crayon à mine / Le grand marteau-piqueur adapté tout-terrain / L’alexandrin, l’alexandrin ! / Lamartine, Baudelaire, Hugo / Audiberti, allez hue ! Go ! » Oui, go, les jeunes, foncez en français dans le texte… ou passez votre chemin, si vous tenez à emprunter les autoroutes de l’industrie culturelle censées vous mener au succès international, formaté, sans originalité, sans personnalité. Triste à pleurer.  

 

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À Montauban, puisque c’est ce qui nous occupe, ç’a été tout le contraire : à mourir de rire. Même en chantant délibérément en franglais avec Les Tistics, une douzaine de joyeux et jeunes lurons, quatre filles et huit garçons, tous à la voix et trois à la guitare, avec une sorte de Monsieur Loyal pince-sans-rire. Leur spectacle s’intitule précisément Les Franglaises. À savoir tout un répertoire de « grandes » chansons anglaises et américaines, interprétées en français, non pas adaptées mais traduites de façon littérale… Des standards que l’on a tous en mémoire dans leur version originale, dont on pense naïvement (si l’on ne parle pas l’anglais ou si l’on écoute distraitement, emportés qu’on est par la mélodie et/ou la voix) qu’ils sont bien écrits, enfin écrits correctement… et dont on découvre en réalité, stupéfaits, la bêtise, l’inanité, la nullité, la vacuité parfaite ! Une simple suite de mots la plupart du temps, sans rapport les uns avec les autres, choisis simplement pour leur son par leurs « auteurs ». Cela va des Bee Gees ou des Beach Boys aux Spice Girls, en passant par les Pink Floyd, Michael Jackson ou les Beatles (prenez le temps de déchiffrer le texte d’Hello good bye, par exemple : vous ne serez pas déçus du voyage !).

   

 

Malice pédagogique délibérée de nos loustics-Tistics ? Histoire de montrer que les plus grands succès anglophones (enfin, ceux qu’ils ont choisis !) n’existent que par leur musique et leur interprétation, le texte venant simplement en illustration sonore ? Dans ce cas, il faudrait emmener tous les écoliers de France et de Navarre voir ce spectacle pour le moins éducatif. Ou simple volonté de passer un moment de franche rigolade ? Les deux peut-être, mon capitaine, car c’est réussi dans les deux cas, gestuelle et mise en scène incluses, sans recours à aucun décor.   

 

 

Je m’en voudrais d’en dire plus, au risque de déflorer l’intérêt du spectacle, car celui-ci est interactif, notre Monsieur Loyal proposant directement au public de trouver le titre de la chanson originale en lui donnant les premiers mots de la traduction française. Ce qui marche à tout coup et nous permet de découvrir alors la totalité de la chanson à la sauce Tistics, pour le plus grand bonheur de l’assistance. Simplement, pour vous donner quand même un aperçu, lorsque notre homme s’avance vers le public et lui dit : « Georgette dans ma tête… », on comprend qu’une chanson qu’on imaginait aussi géniale qu’émouvante (ce qu’elle est vraiment, interprétée par son créateur… Ray Charles) n’est qu’une daube infâme, côté texte : Georgia on my Mind

Ne croyez pas pour autant que ces sacrés Tistics se contentent de se livrer à une démolition en règle du patrimoine tubesque de nos amis anglais et américains : loin d’être primaires (et encore moins sectaires), ils savent s’en prendre également à la chanson française en la traduisant en anglais. Et cela frise aussi le ridicule, parfois, même lorsque c’est un dénommé Gainsbourg qui en est l’auteur...

 

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Cela se passait au Théâtre Olympe de Gouges dans la programmation réunissant deux concerts différents entre 18 et 20 h 30. Les trois autres lieux investis par le festival étant la grande salle Eurythmie (3 000 places), le Chapitô (environ 500 places) réservé notamment aux débats du matin, au jeune public et aux soirées plus intimes, et le Magic Mirrors accueillant dans l’après-midi les fameuses « Découvertes » d’Alors… Chante ! – la marque de fabrique du festival, celles qui attirent tous les professionnels de la scène – et le bœuf traditionnel de fin de soirée, pour prolonger encore une journée déjà bien chargée (dix à douze concerts quotidiens).

[À SUIVRE]

 

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