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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 13:09

Des Bravos (à la relève)

et un coup de chapeau (à Leprest)

 

Que dire encore de cette édition d’Alors… Chante ! qui s’inscrira indéniablement dans les grands crus du festival, en dépit du fait (rare, mais déjà survenu) qu’aucune « Fête à… » n’est venue la couronner ? À Montauban, si on a fait la fête aux plus grands, en leur présence, à Ferré, Gréco, Nougaro, Trenet, Moustaki, Perret, etc., ainsi qu’à ceux des générations suivantes, de Cabrel, Renaud ou Juliette à Jamait ou Sanseverino, on ne s’impose aucune autre contrainte que celle de l’évidence, de l’authenticité, de la qualité et du plaisir partagé. Pour cela, il faut que l’artiste honoré soit disponible pour des rencontres avec ses collègues et le public, une semaine durant. Si tel n’est pas le cas, Jo Masure, Roland Terrancle (le nouveau président, qui a succédé à Jean-Pierre Crouzat) et leur équipe de bénévoles préfèrent passer leur tour plutôt que de proposer une fête artificielle, sans osmose réelle entre ses participants. Et ce refus de la facilité, qui prive l’édition d’une soirée fort courue, est à mettre à l’honneur des organisateurs.

 

Bravos.jpg

 

C’est donc Chloé Lacan puis Thomas Dutronc qui ont clôturé le festival, dans la grande salle d’Eurythmie où, entre les deux concerts, a eu lieu la proclamation des « Bravos » 2012, avec les prestations sur trois chansons de chacun des deux lauréats, Tiou et Liz Cherhal, devant un public enthousiaste. Chloé les a ensuite rejoints, histoire de faire le lien avec l’an passé où elle avait cumulé les Bravos du public et des pros (cf. notre photo avec aussi les trois musiciens de Tiou). Dans le même temps, Nevchehirlian chantait Jacques Prévert au Chapitô, un Prévert peu connu, citoyen engagé socialement et politiquement, mais toujours au meilleur de sa forme poétique ; un Prévert insoumis, d’une incroyable résonance actuelle, parfaitement mis en musique par son interprète, qui s’incarne dans les mots du poète, qu’il le chante ou le déclame. Et pendant que Thomas Dutronc faisait vibrer sa guitare manouche à Eurythmie, ce sont les Blankass, au Magic Mirrors, qui mettaient fin en beauté aux festivités.

Sans parler, bien sûr, du dimanche après-midi au cours duquel deux spectacles étaient offerts gracieusement aux festivaliers encore présents : celui du groupe barcelonais Che Sudaka, des amis de Manu Chao qui ont mis le feu à Eurythmie (« un ravissement festif pour les derniers festivaliers, “noctambules d’après-midi”, disait le poète : un feu d’artifice sans artifices », écrit Bernard Kéryhuel dans le quotidien du festival), et celui des Saltimbranks (ci-dessous), pour le jeune public, qui a dû être doublé au dernier moment, vu l’importante affluence…  

 Saltimbranks.jpg

 

Justement, je me garderai bien d’oublier de citer l’intelligente programmation jeune public, « Mômes en zic », en début d’après-midi, qui a fait le bonheur des milliers d’écoliers venus s’amuser et chanter avec  Chtriky, Pascal Peroteau, Merlot, les Wackids, Jacques Haurogné (convaincant dans Les Fabulettes d’Anne Sylvestre), le formidable Petit Noof (ex-Wriggles), Franz et autre Oldelaf. Tout cela bien sûr en français dans le texte : une programmation de plus en plus nécessaire, par sa qualité mais aussi par sa pédagogie naturelle, implicite, quand on constate les dégâts (croissants) causés au « grand public » par le formatage télévisé.... et la franglomanie galopante.

C’est avec regret que nous avons fait l’impasse sur bien d’autres spectacles, faute de disposer du don d’ubiquité… contrairement au Tchatchival, le journal du festival réalisé quotidiennement sur 8, 12 puis 16 pages sous la rédaction en chef de Bernard Kéryhuel. « Inventeur » du festival Chant’Appart en région Vendée-Pays de la Loire (depuis lors, l’idée a essaimé en Belgique, en Suisse et jusqu’au Québec) et ancien rédacteur de Paroles et Musique dans les années 80, Bernard s’est d’ailleurs fait un malin plaisir d’envoyer au charbon son rédac’chef de l’époque, comme un remake de L’Arroseur arrosé… Parmi ses collaborateurs « attitrés », présents à chaque spectacle et prêts à tirer le portrait des nombreux pros venus au festival (agents, managers, directeurs de salles et de festivals, tourneurs, producteurs ou distributeurs indépendants de disques, etc., sans même parler des artistes croisés au hasard, tels Barcella, Hervé Lapalud, Gilles Roucaute, Gérard Morel, Lili Cros et Thierry Chazelle, Jean-Philippe Rimbaud, Les Becs Bien Zen, Liz Cherhal, Cyril Romoli, Agnès Bihl, Chtriky, Jacques Haurogné, Clément Bertrand, Zedrus, Delly K., Les Grandes Bouches, Thierry Romanens, Presque Oui, Les Yeux d’la tête, Jeanne Plante, Émilie Marsh, Moran, Aldebert…), le fidèle Xavier Lacouture. Auteur, compositeur et interprète, of course, mais aussi metteur en scène, formateur et donc, une fois par an à Montauban, rédacteur !

 

debat-Leprest.jpg

 

Impossible de manquer, en revanche, l’hommage du festival à l’un (Allain !) de ses grands amis, disparu il y a moins d’un an, puisqu’on m’avait prié de l’animer et de témoigner de nos longues relations amicales (depuis 1982 et sa première série de concerts à Paris : voir « Donne-moi de mes nouvelles »). Une rencontre-débat à trois, avec Claude Lemesle et Jo Masure, devant un public de connaisseurs (et de relations personnelles et professionnelles d’Allain) qui emplissait entièrement le Chapitô, comme pour dire à celui qu’on venait célébrer : « Je viens vous voir / C’est pour l’amour / Pas pour la gloire… »  

 

 

Voici d’ailleurs ce qu’en disait Damien Bruey, le lendemain, dans le Tchatchival : « Réunis par l’amour de la chanson, donc par Leprest, Jo Masure (fondateur du festival Alors… Chante !), Fred Hidalgo (rédacteur en chef de l’irremplaçable Chorus) et Claude Lemesle (auteur de chansons incontournables et célébrissimes), ont cheminé de concert sur le sentier Leprest. […] Évoquant tour à tour les circonstances de leur découverte respective de l’artiste, […] ils ont fait naître des sourires sur les visages d’un public fervent. Les souvenirs, égrenés comme autant d’instants rares, ont ravivé de manière saisissante la présence du chanteur. Chaque propos résonnait visiblement en chacun des assistants.

 

public-Leprest.jpg

 

« […] De l’émotion tranquille, comme on pleure entre amis, sans se creuser la tête en vaines consolations, prenait corps à chaque coin d’anecdote, chaque recoin d’élégance, et culminait parfois, à la lecture de propos de l’artiste ou d’une préface d’Henri Tachan. Des envolées lyriques de Claude Lemesle aux propos mesurés de Jo Masure, en passant par les lectures visiblement émues de Fred Hidalgo, cet échange de souvenirs a souligné l’unanimité des propos et des avis sur la prépondérance d’Allain Leprest dans le ciel de la chanson francophone. […] Lemesle6.jpgEmpruntons à Claude Lemesle le constat et le désir suivants : “Allain Leprest possède à mon sens l’écriture la plus aboutie du vingtième siècle… Il était le plus grand… J’espère que l’avenir saura le mériter”. Merci de ce moment qui prouve que l’émotion peut trouver d’autres véhicules que le voyeurisme pour enfler les cœurs. »  

Un moment auquel ont largement contribué les artistes illustrant avec bonheur le talent d’auteur exceptionnel de Leprest. Après une intro de Claude Lemesle, s’attaquant à La Retraite, guitare en mains et voix fragilisée par l’émotion palpable, se sont succédé (à un quart d’heure d’intervalle) Les Becs Bien Zen avec La Gitane (1992), Moran avec J’ai peur (1984), Dimoné avec Lue, un texte caché de l’album Chez Leprest, volume 2 (2009), enfin Les Grandes Bouches avec La Meilleure de mes copains (1992).  

 GBouches-Leprest-copie-1.jpg 

Claude Lemesle parla entre autres du projet d’album concept qu’Allain et lui avaient en commun ; Jo Masure rappela que celui-ci était un fidèle d’Alors… Chante !, auquel il se faisait un plaisir d’assister chaque année, même sans y être programmé (voir notre photo en compagnie de Jamait et Nilda Fernandez)… mais qu’il l’avait été, depuis le milieu des années 80, plus qu’aucun autre artiste : à neuf reprises ! Enfin, on ne manqua pas d’insister sur le travail formidable de l’éditeur Didier Pascalis (Tacet), grâce auquel les dix dernières années du chanteur ont pu se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Après Donne-moi de mes nouvelles (2002), le florilège des deux volumes collectifs Chez Leprest (2007 et 2009) et le dernier album studio, Quand auront fondu les banquises (2008), un Leprest symphonique arrangé par Romain Didier est paru l’automne dernier : un projet initié il y a un an et qui le faisait rêver, a écrit Pascalis en hommage posthume : « Pour les chansons que tu n’as pas eu le temps d’enregistrer, je me suis permis d’appeler certains des amis de Chez Leprest pour qu’ils viennent te remplacer au pied-levé. Tu verras, c’est beau… Je crois que tu seras content. » En l’occurrence six titres sur treize enregistrés par Jehan, Christophe, Kent, Daniel Lavoie, Enzo Enzo et Sanseverino… en français dans le texte.

 

CD-Leprest.jpg

 

En conclusion de cette rencontre amicale et sensible autour d’Allain Leprest, j’ai voulu lui céder la parole en lisant les derniers mots de sa dernière déclaration à Chorus, recueillie par Marc Legras. À l’ultime question de Marc (« Où en es-tu aujourd’hui de ta traversée de l’existence ? »), Allain répondait : « Je suis assez apaisé. Avec le sentiment d’avoir fait une bonne partie de mon boulot. Au plus précis de ce que je voulais décrire. Et en accord aussi avec ce que j’attendais de ce métier… J’ai traversé une épreuve, mais, c’est drôle, il y a vingt, trente ans, j’étais du genre un peu angoissé, persuadé qu’on allait m’annoncer de sales trucs. Ma force provient toujours du flux d’amitié et d’énergie qu’on m’a rendu de l’extérieur. Et si j’ai pu, modestement, apporter quelque chose à tous ceux et celles qui m’ont fait l’honneur de m’écouter, ils me l’ont rendu au centuple. Directement. C’est forcément pour ça que je dis que la chanson est un beau joli putain de métier ! »  

 

 

« Modestement »… Ça t’allait bien, Allain, toi qui étais toujours à l’écoute des autres, notamment des jeunes ; toi qui es parti sur les pointes, sans faire de bruit. Mais ce « quelque chose » que tu nous laisses n’est pas prêt de s’effacer. Ni de notre vivant, à nous tous qui avons eu le bonheur et l’honneur – car l’honneur était pour nous, Allain – de te connaître à la ville et/ou à la scène, ni bien après : comme dans L’Âme des poètes, longtemps, longtemps, longtemps après ta disparition, tes chansons courront encore dans les rues... même si « la foule les chante un peu distraite / En ignorant le nom de l’auteur ». Merci pour tout, Allain. Et merci aussi, pour cette rencontre autour de toi, pour sa fidélité aux hommes et aux idées, merci vraiment – en français dans le texte – à toute l’équipe d’Alors… Chante ! 

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 11:30

Sorcières, je vous aime

 

Retour à Eurythmie pour un double retour. D’abord, celui du groupe toulousain Zebda, reformé en 2011 après une longue séparation de ses créateurs, le temps de mener leurs propres projets en solo, en duo ou en groupe : Magyd Cherfi d’un côté, les frères Amokrane (Mouss et Hakim) de l’autre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la mayonnaise a pris comme à l’origine, que ça fonctionne et que ça communie au mieux avec le public, et que ça swingue (en dignes héritiers de leur inoubliable concitoyen et chantre de la Ville rose) dans un esprit bon enfant, en dégageant plein de bonnes vibrations.

 

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Retour d’Hubert-Félix Thiéfaine, ensuite, après les premières Victoires de la Musique de sa déjà longue carrière. Certes, il n’avait guère besoin de ces hochets pour continuer de tracer sa route à nulle autre pareille, néanmoins je l’ai senti un poil plus libéré. Pas forcément en scène où il ne s’est jamais ménagé, pour le plus grand bonheur de son public (toujours aussi nombreux, fidèle et connaisseur… à l’instar des plus jeunes qui viennent aujourd’hui le renouveler, paroles de ses chansons à fleur de lèvres : « Trois générations se côtoient maintenant à mes concerts, me disait-il, amusé, à l’issue de celui-ci ; les grands-parents, les enfants et les petits-enfants ! »), mais en dehors, disons aussi libéré désormais à la ville qu’à la scène.

 

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 Après le final incontournable en compagnie de La Fille du coupeur de joints, reprise en chœur dès les premières notes de guitare (Alice Botté), je l’ai retrouvé dans sa loge plus reposé et en forme que jamais, la silhouette inchangée, dirait-on, depuis la fin des années 70. Il faut dire que son dernier album n’a pas été pour rien dans cette renaissance, qui lui a valu d’ajouter quelques nouvelles perles (La Ruelle des morts, Infinitives voiles…) à ses succès de toujours (Lorelei, Les Dingues et les Paumés, Narcisse 81, Soleil cherche futur, etc.). Indestructible Thiéfaine. Indispensable et irremplaçable auteur-rockeur… en français dans le texte.  

 Thiefaine2.jpg

 

Pas vu cette fois Carmen Maria Vega qui passait en première partie, car nous étions au Théâtre pour applaudir Chloé Lacan et Presque Oui, mais de l’avis général la petite bombe (la voix et le physique de Piaf) a frappé fort. Et les dérapages que l’on a pu regretter à ses débuts remarqués (elle a été « Bravos » du public et des pros d’Alors… Chante ! en 2009) semblent aujourd’hui sinon relégués aux oubliettes, du moins en passe d’être canalisés. On en est heureux, car la chanson française a tout à gagner d’un personnage aussi charismatique, doué du sens de la dérision, d’une énergie peu commune et de rares qualités vocales.  

 

 

Chloé Lacan et Presque Oui, donc. Piano et/ou accordéon pour la première (« Bravos » du public et des pros en 2011), seule en scène mais aux talents multiples d’auteure, de musicienne et d’interprète. Du culot, du frisson et de l’humour à revendre ; en un mot du talent à l’état pur, sans besoin du moindre artifice pour être évident. À suivre de près. Guitare virtuose pour le second (« Bravos » des pros en 2008), le Lillois Thibaud Defever qui, après la disparition prématurée de Marie-Hélène Picard avec laquelle il avait formé le duo Presque Oui (du titre d’une chanson de Mireille et Jean Nohain)  poursuit sa route enchantée aux côtés désormais d’un remarquable et malicieux violoncelliste-flûtiste, Sylvain Berthe.

 

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Presque Oui est de cette famille d’esprit dont Trenet est le géniteur. De l’art (fort difficile) de dire légèrement des choses graves. Si bien qu’on rit avec la larme à l’œil ou qu’on pleure le sourire aux lèvres. À cet égard, la première chanson de son tour de chant, non enregistrée encore, est exemplaire. L’histoire d’un couple qui pourrait vivre, ensemble, une vie pleine dans tous les sens du terme, mais qui passera peut-être à côté de tout, par indécision, par prudence égoïste… Quitte à voir vieillir sa jeunesse sans avancer pour autant dans sa vie. « Nous parlons en silence / D’une jeunesse vieille », disait Jacques Brel à Jojo, convaincus qu’ils étaient tous deux « que le monde sommeille par manque d’imprudence »  

 

 

Quoi de moins étonnant, juste à l’issue de la prestation de Thibaud et de Sylvain, de voir débouler sur scène Jo Masure, directeur du festival, et Gérard Davoust, président des fameuses et historiques éditions Raoul-Breton (Mireille et Jean Nohain justement, Charles Trenet bien sûr, Félix Leclerc, puis Aznavour, etc., jusqu’à Sanseverino aujourd’hui dont on ne souligne pas assez les qualités d’auteur, Lynda Lemay ou Agnès Bihl), pour remettre à Presque Oui le prix Raoul-Breton de la Francophonie. Créé en 1966 par la Sacem pour récompenser le travail d’un auteur ou d’un compositeur français, cette distinction a pris une dimension nouvelle en 2011 en s’ouvrant à l’ensemble des pays ayant le français en partage, via le partenariat de la Fédération des festivals de chanson francophone (FFCF). Ce sont donc en majorité les professionnels les plus connaisseurs, ceux qui font tourner les artistes dans leur élément naturel, la scène, qui ont élu Presque Oui… Et à l’unanimité, qui plus est, s’agissant du vote des directeurs de festivals ! Bravo et chapeau, Thibaud.

 

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La veille en fin de matinée, sous le Chapitô, on avait déjà retrouvé Gérard Davoust pour une rencontre-débat sur le métier d’éditeur. Animée par Philippe Albaret, directeur du Studio des Variétés, elle a été passionnante de bout en bout, grâce à l’expérience rare de son protagoniste, à sa simplicité naturelle et à l’amour authentique de la chanson qui le caractérise. Il faut dire que l’actuel président des Éditions Raoul-Breton (et président d’honneur de la Sacem) est l’un des plus estimés professionnels du monde de la chanson dont, au fil des décennies, il a fait le tour : il fut même directeur de Philips à sa grande époque (celle de Barbara, Brassens, Brel, Nougaro…), avec une vingtaine de directeurs artistiques à ses côtés pour l’aider notamment à découvrir de nouveaux talents puis à les accompagner au mieux.

 

Davoust-Bihl.jpg

 

Le témoignage de Gérard Davoust – qui n’a pas manqué de déplorer le choix croissant de l’anglais par les talents actuels les plus médiatisés, félicitant au passage le festival de Montauban pour sa fidélité à sa ligne francophone – s’est poursuivi par un dialogue fort instructif et chaleureux entre lui et Agnès Bihl, sur la façon dont leur rencontre a eu lieu et sur l’aide que peut apporter un éditeur véritable dans le développement d’une carrière à laquelle il croit. Et puis Agnès, en guise de bouquet final, a interprété l’une de ses chansons, accompagnée au piano par Dorothée Daniel.

 

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Celles-ci et deux autres dames nous avaient régalés d’une création dès le mardi soir au Théâtre (après Clément Bertrand, ses textes forts, sa tension poétique et son pianiste « génialement déjanté » en première partie), intitulée Carré de dames, mais qui pourrait tout aussi bien s’appeler « Carré d’âmes »… Imaginez le plateau : deux pianos à queue face à face, à chaque extrémité latérale de la scène, auxquels deux magnifiques musiciennes, également chanteuses à leurs heures, donnent une âme. Dorothée Daniel côté cour, Nathalie Miravette côté jardin (à moins que ça ne soit l’inverse puisqu’elles changent de piano en cours de spectacle). Tour à tour au diapason, jouant leur propre partition ou se complétant (à merveille)…

 

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D’entrée, elles donnent le ton avec une succession de thèmes musicaux fusionnant peu à peu dans la mélodie de La Lettre à Élise d’Anne Sylvestre. Et justement, voici la grande dame qui fait son apparition pour chanter ce classique beethovien de son répertoire, bientôt rejointe à la voix et à la complicité par la fringante Agnès Bihl, de rouge et noir vêtue et toute blondeur dehors. Commence alors un fameux numéro, en solo ou en duo, où le double A de la chanson féministe, à deux générations d’écart, fait vite craquer et chavirer de bonheur le public. Heureux privilégiés du reste, ce spectacle, offert ici en avant-première, n’étant prévu pour tourner qu’à partir de l’automne prochain.

 

 

Qu’en dire en quelques mots, sinon que ce Carré de dames – dont Agnès a eu l’idée et dont Anne a trouvé le titre – résume le meilleur de ce qu’on peut espérer de l’art de la chanson : du rire et des larmes. Avec de la tendresse, forcément, et de la révolte subtile contre les injustices dont sont victimes les femmes depuis toujours (on connaît la chanson, c’est La Faute à Ève…), ces Hommes pas tout à fait comme les autres.  

 

 

Les chansons d’Agnès (Treize ans, Merci maman merci papa, La plus belle c’est ma mère…) épousent parfaitement celles d’Anne (Le Mari de Maryvonne, un sommet de fantaisie subversive, etc.), au point que parfois l’assistance peut se demander laquelle des deux a signé la chanson en cours. Des chefs-d’œuvre d’Anne parsèment le fil de cette performance à quatre (les pianistes reprennent des chansons à l’unisson ou viennent brièvement suppléer les chanteuses), comme Les gens qui doutent, Un mur pour pleurer, Une sorcière comme les autres, Non tu n’as pas de nom ou cette méconnue et si originale Carcasse  

 

 

Le tout est très enlevé, dans une mise en scène théâtrale de Fred Radix où, physiquement, la sagesse tranquille de l’une contraste avec la présence virevoltante de l’autre. Mais complices et solidaires, toutes deux, au-delà du temps qui passe et toujours en français dans le texte. Carré de dames ? Carré d’âmes ? Carré d’as, pour le moins ! Jubilatoire et pas innocent ni gratuit pour un sou. Sorcières, je vous aime !

[À SUIVRE]

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 10:28

Boby, Wally, Camille, Tiou, Liz et les autres

 

Évidemment, il faut faire ses choix. Parfois les spectacles se chevauchent, ce qui permet d’en voir un en entier et la fin d’un autre, parfois les horaires concordent et le choix s’impose. D’autant plus quand les salles sont bondées, ce qui a été le cas du jeudi de l’Ascension au samedi soir, la fréquentation des trois premiers jours étant progressive pour atteindre quasiment le plein dans la soirée du mercredi. Notamment avec la création Boby Lapointe repiqué, à 21 h 15 au Chapitô. Pour être repiqué, le répertoire du Boby, ça, il est repiqué. Mais comme ledit Boby était un poil piqué lui-même, si la forme peut surprendre, le fond est à l’avenant (lavement ?) du personnage ainsi honoré. Ou plutôt revisité avec du poil à gratter, et même carrément déjanté… mais, heureusement, toujours en français lapointesque dans le texte.

 

 

On connaît la victime, c’est un Piscénois anti-pisse-froid. Mais les coupables ? Ils viennent de partout. Dénonçons-les sans état d’âme : Roland Bourbon (batterie), Dimoné (guitare électrique), Évelyne Gallet (guitare ac.), Imbert Imbert (contrebasse), Presque Oui (guitare ac.) et Yeti (ustensiles divers), et tout ce petit monde au chant… et à l’hélicon pour démarrer la soirée, pom-pom-pom-pom ! Une folle création appelée à tourner, si l’on en juge par le triomphe obtenu ce soir-là (où Dany Lapointe, la petite fille et directrice du Printival de Pézenas, a rejoint la troupe sur scène pour le salut final). À noter entre autres la reprise du fameux duo de Boby avec Anne Sylvestre (voir vidéo ci-dessus) sur l’inénarrable Depuis l’temps que j’l’attends, mon prince charmant

 

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Au Chapitô encore, Wally, le régional de l’étape, est venu nous régaler seul en scène avec ses petites chansons. Petites au sens de brèves, parfois très brèves, mais toujours très réussies. Il faut dire que le bougre (qui, soit dit au passage, a perdu quarante kilos en un an, sans perdre un gramme de son humour) est non seulement un excellent interprète, tant au plan vocal que de sa maîtrise de la scène, mais aussi une bien belle pointure à la guitare. On a ri comme des fous, y compris quand le drôle s’amuse à inventer une chanson dramatique, bien lourde et dense, irrésistible parodie de « chanson à texte » (un qualificatif que j’ai toujours trouvé ridicule, soit dit en passant, puisqu’il laisse entendre qu’il existerait une chanson sans texte…). Dans la salle, un public aux anges, des directeurs de festivals enthousiastes, des collègues complices…   

 

 

Respectueux des horaires, Wally s’est appliqué à terminer sa prestation juste avant celle de Camille à Eurythmie, qu’en connaisseur et bon camarade il n’a pas manqué de recommander à l’assistance. Bonne pioche, malgré le volume du lieu que ladite Camille parvient à nous faire oublier avec une création intime et grandiose à la fois. Mais, surtout, magique. Tout acoustique, trois musiciens faisant dans la dentelle, un son absolument parfait (comme quoi c’est bien l’ingé-son et pas la taille de la salle qui détermine la qualité sonore), des lumières tamisées comme dans un salon, dessinant un décor dépouillé, avec des projections et des ombres chinoises, pour une mise en scène réglée au cordeau, mais d’une sobriété, d’une finesse et d’une originalité remarquables. 

 

 

L’ensemble permet d’apprécier une Camille largement au-dessus du tout-venant artistique. Au-dessus ? Ailleurs, plutôt, se promenant vocalement et physiquement dans un univers étrange et magnifique qui ne ressemble à rien de ce que l’on connaît déjà. Une Camille à la voix d’or dont elle joue (et se joue) à merveille, quel que soit le registre choisi, dégageant une émotion esthétique pure, engendrant l’admiration du public, captivé et emporté après un instant de doute. Par moment, on pourrait presque entendre une mouche voler (d'où la demande faite au public et aux pros de ne pas prendre de photos). Car le spectacle de Camille est tout sauf facile. À émettre bien sûr, de même qu’à recevoir. Tout d’abord déroutant, sans véritables tubes auxquels se raccrocher, inclassable, puis de plus en plus prenant, saisissant. Beau, tellement beau… Allez-y voir, sans idées préconçues (y compris pour le rappel, avec une reprise d’un standard français des plus populaires, que Camille réinvente comme une magicienne, ou comme une fée dont elle a d’ailleurs l’allure dans sa longue robe claire), la tête et le cœur disponibles. Vous resterez longtemps sous le charme. Comme nous l’avons été, collectivement, au point qu’il nous aurait paru sacrilège, ce soir-là, de ne pas terminer la journée sur cette belle note. 

 

 

Il y avait pourtant, à ce moment-là au Magic Mirrors, un excellent Oldelaf installé au centre de la piste, ses musiciens et les spectateurs faisant cercle autour de lui, les uns debout, complices, les autres, assis à même le sol, visiblement séduits par le personnage et ses chansons. Le lendemain en ce même lieu s’achevait la série de concerts des Découvertes 2012 avec Jali, Carrousel et Zoufris Maracas (à suivre de près, ce quintette masculin, avec ses textes sociaux, son humour et ses rythmes ensoleillés).

 Liz.jpg

 

Au total, douze artistes et groupes sélectionnés (tous en français dans le texte) : From & Ziel, Liz Cherhal, Antoine Hénaut, Anouk Aïata, Tiou, Ginkoa, Alex Nevsky, Jeanne Plante, Les Yeux d’la Tête et les trois précités. Au final, le samedi soir à Eurythmie, deux lauréats interprétant chacun avec succès trois titres entre la prestation d’une autre découverte pour beaucoup de monde, Chloé Lacan (déjà vue et appréciée le jeudi au Théâtre, avant Presque Oui) et le concert de clôture de Thomas Dutronc : Tiou et Liz Cherhal.Tioujpg-copie-1

 Les « Bravos » du public sont allés au Bordelais Tiou (devant Zoufris Maracas, Jeanne Plante et Liz Cherhal) ; les « Bravos » des professionnels à la Nantaise Liz Cherhal (devant Zoufris Maracas, Tiou et Jeanne Plante). Le premier se décrit comme « un enfant des bistrots » qui possède « une forme de désinvolture et de liberté scénique hors du commun » ; avec des textes incisifs, accompagné par trois musiciens, il apparaît tour à tour satirique, lucide, déconcertant et tendre. Quant à la seconde (oui, la petite sœur…), avec ou sans accordéon pour compagnon (mais avec deux musiciens aux petits oignons), elle est confondante d’aisance et d’humour pince-sans-rire. On a pu le vérifier encore lors de la cérémonie de remise des prix « Coup de Cœur Chanson » de l’académie Charles-Cros (récompensant un album), le vendredi midi sous le Magic Mirrors.  

 

 

Alain Fantapié, le président de cette docte Académie créée il y a plus d’un demi-siècle, en 1947, a remis les diplômes 2012 en mains propres aux trois quarts des artistes distingués, présents au festival (soit qu’ils y étaient programmés, heureux hasard, soit qu’ils avaient spécialement effectué le déplacement). Devant un parterre de membres du Charles-Cros et une assistance nombreuse, chaque artiste a pu commenter son parcours et interpréter une chanson. 

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Par ordre alphabétique : Aldebert (pour son album Les Meilleurs Amis), Wladimir Anselme (Les Heures courtes), Barcella (Charabia), Barbara Carlotti (L’Amour, l’Argent, le Vent), Liz Cherhal (Il est arrivé quelque chose), Lili Cros et Thierry Chazelle (Voyager léger), Claide Denamur (Vagabonde), Mansfield Tya (Nyx), Nevchehirlian (chante Prévert : Le soleil brille pour tout le monde ?) ; outre quatre « Coups de cœur francophones » : Bo Houss (Shimaore Tu, Mayotte), Vincent Liben (éponyme, Belgique), Moran (Mammifères, Québec), Sand (Sirocco, Suisse romande). Pour la petite histoire, quatre de ces lauréats (Aldebert, Anselme, Cherhal, Cros et Chazelle) avaient été distingués par votre serviteur dès le 11/11/11 (!) dans un seul et même sujet (voir « Les Chansons de l’échanson »). Un « Coup de Cœur Pro » complétait enfin le palmarès de cette douzième édition, décerné à Patricia Teglia pour son travail d’attachée de presse qui, dans son cas, va souvent jusqu’à l’accompagnement des artistes dans leur développement de carrière. « Bien mérité ! », dirait Clarika.

[À SUIVRE]

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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