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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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La Maison de la chanson vivante
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Jean-Jacques Goldman, confidentiel
  (page dédiée au livre)

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 11:00

Trompe la mort (suite)

  

Brassens, on le sait, est probablement le chanteur d’expression française dont le répertoire est le plus souvent repris par ses pairs, en France et dans le monde, quelles qu’en soient la génération, la langue et le style musical. Entre autres nouveautés brasséniennes de cet automne – qui sont légion, comme à chaque fois que l’auteur de Trompe la mort revient sous les feux des projecteurs –, voici la sélection de Si ça vous chante.

 

collectionneur.jpg

 

À chacun des dossiers de Paroles et Musique ou de Chorus que nous lui avons consacrés en l’espace de trente ans, un chapitre spécial (souvent signé Michel Trihoreau) était dédié au recensement puis à la réactualisation de ses interprètes, toujours plus innombrables, qu’ils s’expriment en chinois ou en hébreu comme dans la langue de Molière. Rien de tel ici, d’autant plus que d’autres le font maintenant très bien, sur papier (la revue Les Amis de Georges) ou sur le Net (la lettre Auprès de son arbre). Je m’en tiendrai donc à un choix extrêmement pointu et subjectif, non sans préciser que j’ai forcément échappé (à mon corps défendant) à nombre de nouveautés que j’aurais sans doute eu plaisir à présenter. Si les journaux précités étaient l’œuvre de toute une équipe, Si ça vous chante est la résultante d’un seul bonhomme…

   

 

En revanche – voilà une idée, qu’elle est bonne ! –, rien n’interdit aux brasséniens, brassenssophiles et autres brassenssomaniaques d’apporter en commentaires à ce sujet tous les compléments d’information qu’ils souhaitent, avec les références concernées. N’est-ce pas, depuis sa création il y a déjà près de deux ans (le 18 novembre 2009), l’un des objectifs affichés de ce blog de promotion de la chanson française et de l’espace francophone ? Compter sur ses lecteurs-auditeurs-spectateurs pour faire chorus et prolonger ainsi, dans l’intérêt général, le propos initial…

Bref, voici notre sélection brassenssophilique (ou brassenssophilesque ? brassenssonienne ?...) 2011, délibérément diversifiée et limitée, par ordre alphabétique. Pour en savoir plus sur chaque création et surtout pour en écouter des chansons et se faire soi-même sa propre idée, nous renvoyons au site concerné.

alcaz  

• ALCAZ & Georges B. : Vent fripon.
Dix chansons parmi les plus célèbres de Tonton Georges revisitées de façon plutôt swing par Vyvian Cayol et Jean-Yves Liévaux (qui signe également un instrumental). Contrebasse, batterie, saxophones, guitares et harmonica accompagnent leurs voix chaleureuses, éraillée et rock pour lui, claire et tendre pour elle. Alcaz ? Voir « Étoiles des neiges » dans ce blog. 11 titres, 39’07, Transformances Prod (site d’Alcaz).

     

 quichote_3.jpgArbatz• MICHEL ARBATZ (et Olivier-Roman Garcia) : Chez Jeanne (la jeunesse de Brassens).
C’est indéniablement la réussite la plus originale réalisée cette année en la matière. Et donc un « Quichotte » de Si ça vous chante. Plus qu’un album de reprises, il s’agit en effet d’une création qui marie pour le meilleur le répertoire de Brassens et les chansons spécifiques d’Arbatz avec des commentaires intercalés restituant avec pertinence la jeunesse du Sétois jusqu’à ses débuts. Superbe album et sans doute concert de la même eau (on connaît le talent du bougre : voir ICI la critique de son disque précédent, De A à Z, publiée en mai 2010 dans Si ça vous chante). 29 titres, 78’26, Production Zigzags (site de l’artiste).
 

Favreau.jpg• JOËL FAVREAU (et Jean-Jacques Franchin) : Brassens autour du monde.
C’est une réédition (l’original date de 2008), mais plus que bienvenue provenant de celui qui fut le guitariste de Brassens tant pour les enregistrements que pour les émissions télévisées à partir de 1969 (voir la vidéo de La Supplique dans ce blog). En l’occurrence, Joël Favreau (auteur-compositeur-interprète lui-même, hélas trop méconnu) a réalisé un vieux rêve avec son accordéoniste Jean-Jacques Franchin : « Jouer des chansons de Brassens avec des musiciens de tous les horizons, mêlant ainsi la structure musicale, les mélodies et les paroles de Georges à d’autres cultures traditionnelles. » L’album nous emmène en Nouvelle-Calédonie, au Liban, au Bénin et en Afghanistan, montrant, une fois de plus « à quel point les musiques de Brassens sont universelles et qu’elles sont ouvertes à tous les mélanges ». 11 titres, 40’10, prod. Le Sourire du chat/Le Chant du Monde, distr. Harmonia Mundi (site de Joël Favreau). 

 

affaire.jpg• L’AFFAIRE BRASSENS : éponyme.
Œuvre du quatuor composé de Jean et Pascal Bonnefon, Jacques Gandon et Patrick Salinié, L’Affaire Brassens (qui donne aussi son titre au groupe) est autant une jolie recréation de l’œuvre du bon Georges, à travers dix chansons bien choisies, qu’un hommage intelligent. Les quatre au chant et aux guitares sont accompagnés d’une contrebasse, d’une boîte à musique, de cordes diverses et d’une mandoline (jouée par Francis Cabrel sur un titre : c’est dire, quand on connaît l'admiration de celui-ci pour Brassens, la pertinence de ce projet). Et ça swingue d’une guitare l’autre et ça dialogue d’une voix l’autre et c’est un vrai régal ! Sur scène, le concept va plus loin, les quatre (bacheliers ?) étant convoqués devant un juge (la voix de Claude Villers, président du mythique Tribunal des flagrants délires de France Inter) pour expliquer en paroles et en musiques pourquoi ils chantent l'auteur sulfureux de La Mauvaise Réputation… Au final, du Brassens qui emprunte des chemins de traverse. 10 titres, 33’12, chez V.music (site du groupe).

 

 Brassens-CD• Autre parution à recommander, pour son originalité et le soin apporté à sa réalisation, le CD-livre Georges Brassens, Gare au gorille qui propose deux disques accompagnés d’un livret bilingue (français-anglais) avec illustrations d’époque de 36 pages. Le CD1 rassemble « ses premiers titres », soit 24 chansons de 1952 (La Mauvaise Réputation) à 1960 (Embrasse-les tous), plus un inédit jamais enregistré par son auteur, Le Bout du cœur, extrait de l’émission Télé Vichy (!) diffusée le 11 août 1954 par l’ORTF. Le CD2, lui, réunit « ses premiers interprètes » de 1953 à 1960, à savoir Patachou, Barbara, Les Quatre Barbus, Les Cinq Pères, Les Compagnons de la Chanson, Juliette Gréco, Sidney Bechet, Christian Méry, Pia Colombo, Michèle Arnaud, Michel Frenc et Joss Baselli. Compilation réalisée par Laurent Balandras (CD1, 25 titres, 68’07 ; CD2, 25 titres, 69’05), Discograph (site du label).
 
   

 Sermonte

• Cerise sur le gâteau, Jean-Paul Sermonte, créateur de la revue Les Amis de Georges (voir plus haut), nous offre un livre-CD intitulé Brassens et les poètes (versions originales des poèmes mis en musique, biographies de leurs auteurs, versions chantées par Brassens…) qui, pour être une nouvelle édition (revue et augmentée) du numéro spécial éponyme paru en 1998, n’en devient pas moins un ouvrage à ajouter à la bibliothèque idéale sur Brassens. D’autant plus que ce livre (cartonné, format 170 x 245 mm) s’accompagne d’un CD (42’) de poèmes commentés, dits ou chantés par Brassens, enregistrements tirés de l’émission Pirouettes de Georges Wargnier diffusée de septembre 1979 à juillet 1980 sur Europe 1. Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Paul Sermonte, 128 pages, Editions Didier Carpentier.

___________

NB. Dans le prochain Si ça vous chante, le fruit d’une sélection des nouveautés discographiques du moment, nos « Vendanges d’automne » 2011… avant un grand reportage en plusieurs volets, sur les traces de… Mais chut, chaque chose en son temps.

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 10:00

« Il était une fois la chanson française », suite

 

Après l’exposition Il était une fois la chanson française, dont le texte était signé Marc Robine, voici 80 ans de chanson française, du microphone au MP3, un second volet écrit par Jacques Vassal qui réactualise et complète en quelque sorte le premier : en dix-huit panneaux retraçant l’histoire de la chanson francophone moderne, cette nouvelle exposition conçue et produite par Dazibao est appelée à tourner largement – et pour un bon moment – dans le circuit culturel de l’espace francophone.

 

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Dazibao accompagnait déjà Paroles et Musique dans les années 1980 en publiant, à l’attention des abonnés du mensuel, des cassettes audio (labellisées « La Chanson vivante ») destinées à favoriser la promotion des découvertes les plus intéressantes de notre équipe – parmi lesquelles, j’ai plaisir à le relever, bien des artistes devenus incontournables aujourd’hui. Toujours important de remettre les choses dans leur perspective historique, quand il s’agit de juger de la pertinence et de l’authenticité d’une démarche.

 

 

Quoi de plus naturel, dans ces conditions, que la conception et l’écriture de la première exposition de Dazibao, en 1998, aient été confiées à Marc Robine dont on connaissait les qualités d’historien de la chanson. Il faut d’ailleurs rappeler que, pour lui rendre hommage après sa disparition en 2003, le texte développé de cette expo (qui devait lui-même constituer les bases d’une grande histoire de la chanson française en plusieurs volumes) donna lieu à un ouvrage posthume, Il était une fois la chanson française, des origines à nos jours, chez Fayard/Chorus (2004).

 

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D’excellente facture, cette exposition n’a cessé d’arpenter le territoire francophone, des années durant, jusqu’à ce que le besoin de lui donner une suite se fasse sentir. Cette fois, Dazibao a confié à Jacques Vassal (ex-Paroles et Musique et Chorus, comme on le sait, ainsi qu’auteur tout récent du Brassens, homme libre dont on a signalé ici la rare valeur) le soin de synthétiser l’histoire de la chanson française contemporaine, autrement dit l’histoire de la chanson enregistrée, celle qui s’inscrit en effet entre la mise en service du microphone et l’invention du mp3.

 

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L’ensemble se décompose en dix-huit panneaux illustrés avec pertinence (photos de Francis Vernhet pour l’essentiel), chacun d’entre eux brossant un chapitre important de l’évolution de notre chanson ; celle de l’Hexagone bien sûr mais aussi de la Francophonie tout entière, et sans exclusive de genre musical. Disponible depuis la fin octobre, destinée en priorité aux bibliothèques, médiathèques, maisons de jeunes, instituts culturels et autres lieux de spectacles et festivals, elle s’adresse à tous les amateurs de chanson, peu ou prou connaisseurs, car elle fait œuvre de vulgarisation tout en présentant un large panoramique de la création, médiatisée ou pas.

   

 

Qu’on en juge par l’énoncé de ses différents « chapitres », après un panneau introductif résumant l’évolution de la chanson française depuis le Moyen Âge : 1. Un air de liberté (un son nouveau venu d’outre-Atlantique, avec l’essor de la radio et l’utilisation du micro) ; 2. Quand notre cœur fait boum ! (Charles Trenet, père fondateur de la chanson moderne) ; 3. Chantons sous l’Occupation (les heures sombres, entre souffrance et espérance) ; 4. À Saint-Germain-des-Prés (la chanson se réinvente sur un air de liberté) ; 5. La Galaxie Piaf (la chanteuse qui transcende son époque et révèle les talents) ; 6. Les « Exotiques » (la chanson française à l’écoute du monde) ; 7. Le règne des A-C-I (les auteurs-compositeurs-interprètes de Montmartre à la Rive Gauche) ; 8. La tornade jeune (de nouvelles idoles pour la génération du baby-boom) ; 9. L’après yé-yé : les survivants (sans les copains… de nouveaux amis) ; 10. Des carrières au long cours (ils ont résisté à l’âge et au temps) ; 11. Rire et chanson (le rire est le propre de l’homme, il l’est souvent, aussi, de la chanson : de l’art de brocarder les puissants, simples moqueries ou vrais cris de révolte selon l’air du temps) ; 12. Les années télé (les « variétés » vues à travers le petit écran) ; 13. Dans les marges du showbiz (une génération en révolte et en pleine recherche) ; 14. La « Nouvelle Chanson Française » (avec Alain Souchon en figure de proue) ; 15. La langue de chez eux (ailleurs qu’en France, on chante en français) ; 16. Un rock « made in France » (comment faire swinguer la langue de Molière) ; 17. La « Génération Chorus » (la chanson se réinvente sans cesse : « cette génération est aussi celle que, de 1992 à 2009, a régulièrement décrite, présentée, relayée et analysée la revue trimestrielle Chorus. Une expérience de presse indépendante dont les dossiers, interviews, reportages et rubriques constituent rétrospectivement, peut-être, la meilleure photographie chansonnière de la période »).

 

 

Voilà pour le scénario de cette grande histoire de la chanson française moderne, qui va en gros de Charles Trenet à Thomas Fersen et aurait sans doute fait le bonheur d’un François Truffaut. « Bonheur fané, cheveux au vent, baisers volés, rêves mouvants, que reste-t-il de tout cela, dites-le-moi… » expo14.jpgQuant à sa distribution, elle pétille (champagne !) de talents en tout genre : Jean Sablon, Jean Tranchant, Mireille et Jean Nohain, Pills et Tabet, Gilles et Julien, Charles et Johnny, Ray Ventura et ses Collégiens, Georgius, Milton, Marie Dubas, Maurice Chevalier, Mistinguett, Fernandel, Georges Guétary, André Dassary, Rina Ketty, Léo Marjane, Germaine Sablon, Anna Marly, Juliette Gréco, Boris Vian, Jacques Douai, Stéphane Golmann, Mouloudji, Renée Lebas, Cora Vaucaire, Catherine Sauvage, Les Frères Jacques, Édith Piaf, Yves Montand, Raymond Asso, Michel Emer, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, Georges Moustaki, Charles Dumont, Les Compagnons de la Chanson, Francis Lemarque, Bernard Dimey, Georges Brassens, Jacques Brel, Guy Béart, Léo Ferré, Jean-Roger Caussimon, Monique Morelli, Anne Sylvestre, Ronnie Bird, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Les Chaussettes Noires, Dick Rivers et Les Chats Sauvages, Claude François, Richard Anthony, Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Sheila, France Gall, Claude Nougaro, Jean Ferrat, Barbara, Leny Escudero, Henri Tachan, Adamo, Christophe, Antoine, Michel Polnareff, Nino Ferrer, Jacques Dutronc, Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Michel Delpech, Michel Sardou, Maxime Le Forestier, François Béranger, Catherine Ribeiro, Gérard Manset, Renaud, Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Colette Magny, Bernard Lavilliers, Hubert-Félix Thiéfaine, CharlElie Couture, Jacques Bertin, Jeaexpo15.jpgn Vasca, Gilles Elbaz, Jean-Max Brua, Bernard Haillant, Môrice Bénin, Alan Stivell, Malicorne, La Bamboche, Mélusine, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Francis Cabrel, Michel Jonasz, Alain Bashung, Jean-Jacques Goldman, Yves Duteil, William Sheller, Louis Chedid, Michel Berger, Véronique Sanson, Catherine Lara, Gilbert Laffaille, Téléphone, Starshooter, Trust, Indochine, Garçons Bouchers, Mano Negra, Pigalle, Manu Chao, Louise Attaque, Noir Désir, La Tordue, Têtes Raides, Allain Leprest, Juliette, Thomas Fersen, Bénabar, Vincent Delerm, Cali, Jeanne Cherhal, Olivia Ruiz, Dominique A, Renan Luce, Arthur H, Matthieu Chedid, Thomas Dutronc, Ours, Izia, Tino Rossi, Dario Moreno, Luis Mariano, Eddie Constantine, Dalida, Graeme Allwright, Joe Dassin, Manu Dibango, Pierre Akendengué, Francis Bebey, Dick Annegarn, Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Robert Charlebois, Claude Léveillée, Beau Dommage, Michel Rivard, Richard Séguin, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault, Richard Desjardins, Lynda Lemay, Julos Beaucarne, André Bialek, Christiane Stéfanski, Claude Semal, Arno, Maurane, Jofroi, Michel Bühler, Sarcloret, Stephan Eicher, Henri Salvador, Bourvil, Boby Lapointe, Ricet Barrier, Pierre Vassiliu, Richard Gotainer, Annie Cordy, Les Frères Jacques, Les Quatre Barbus, Au Bonheur des Dames, Odeurs, la Confrérie des Fous… et bien d’autres encore !

 

 

Difficile de faire plus et mieux dans le cadre d’une exposition, par définition synthétique et non exhaustive. Gageure au départ, cette véritable quadrature du cercle a été résolue grâce à une maquette intelligente (de Gaston Riou) jouant avec des encadrés mettant en valeur certains « épiphénomènes » du moment et affichant une volonté d’esthétique qui ne sacrifie pas le fond à la forme (les illustrations proviennent du Studio Viollet pour la période précédant la « nouvelle chanson française », et des archives de Jean-Louis Rancurel et de Francis Vernhet pour celle des yé-yés à nos jours).

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Cerise sur le gâteau : comme pour chacune de ses expositions (voir Il était une fois… la chanson russe dans ce blog), Dazibao propose en complément de celle-ci une conférence de Jacques Vassal qui, c’est le moins qu’on puisse dire, vaut le détour. En attendant l’occasion d’y assister, allez déjà jeter un coup d’œil au synopsis de 80 ans de chanson française, du microphone au mp3 et à ses différents panneaux, en cliquant ICI. Et ne manquez pas (mais vous connaissez la musique !) de faire chorus, « pour chanter le fil enchanté / Le joli fil entre nos cœurs passé / Le fil de nos sentiments enlacés / Le fil tendu entre nous comme un lien / Le fil qui nous tient, nous retient… »

_______ 

Toutes précisions auprès de Dazibao Expositions, 4 rue de la Tour, 34500 Béziers (tél. 04 67 62 56 18 ; dazibaoexpo@gmail.com ; site).

 

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Published by Fred Hidalgo - dans En bref et en vrac
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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 11:01

Trompe la mort

 

Né à Sète le 22 octobre 1921, Georges Brassens est mort à St-Gély-du-Fesc, une semaine après son soixantième anniversaire, le jeudi 29 octobre 1981 à 23 h 14. Le vendredi 30, la nouvelle filtrait dans l’après-midi. Le soir à l’Olympia, Montand annonçait son décès en voix off, et Le Forestier pleurait sur scène à Bobino : j’y étais et je me souviendrai toujours, entre la stupeur et le désarroi frappant le public de Maxime, de celui-ci forcé d’interrompre, la gorge nouée par le chagrin, Dans l’eau de la claire fontaine qu’il avait voulu chanter en hommage au grand chêne de la chanson ; Maxime, le cœur serré et le regard noyé de larmes impossibles à réprimer... Ce soir-là, le « Théâtre de la chanson et de la gaîté », que Brassens avait marqué de son empreinte, portait bien mal son nom.

   


Entre ces deux dates – 22 octobre 1921, 29 octobre 1981 –, soixante ans d’une vie de chanteur assez ordinaire, mais la création d’une œuvre sans pareille qui fait et fera date à jamais dans l’histoire de la chanson. Non par un éventuel côté pléthorique comme chez Trenet ou Ferré, puisqu’elle compte à peine cent cinquante chansons enregistrées en studio (138 exactement, soit l’équivalent de douze albums 30 cm quand tant d’artistes de la génération suivante ont atteint voire dépassé le seuil de la vingtaine), mais par son côté extraordinairement achevé, peaufiné et poli comme un ouvrage d’artisan cent fois remis sur le métier. Une œuvre raffinée et populaire à la fois. Simple et profonde. Accessible aux plus « modestes », grâce notamment à son art des mélodies, et cependant adulée des « intellectuels ».

Une œuvre, pourquoi ne pas le dire, formellement parfaite, qui réalise la quadrature du cercle, constituant un ensemble étonnamment homogène, de ses premières chansons sorties au printemps 1952 (Le Gorille, La Mauvaise Réputation et Le Mauvais Sujet repenti, excusez du peu) à son ultime album de 1976 (Trompe la mort…). Parfaite, oui, dans l’écriture et la composition, et intemporelle, indémodable sur le fond, car intimement et définitivement enracinée dans l’âme humaine, ce qui lui vaut d’être reprise sans cesse, dans l’espace francophone et ailleurs où les interprètes de Tonton Georges et les versions en tout genre de ses chansons (car elles se prêtent à tous les styles musicaux, à tous les arrangements) ne se comptent plus.

   

 

Alors, c’est vrai, tout est bon chez Brassens, y a rien à jeter ? À quelques titres près, marqués par l’actualité, c’est vrai, oui, car l’auteur-compositeur – circonstances et période exceptionnelles aidant (la Seconde Guerre mondiale, l’Occupation…) – avait déjà fait ses premières armes avant d’entrer effectivement dans le métier. Quand il a débuté chez Patachou, il n’y avait plus une parole, plus une note de musique superflues chez lui. Déjà, Brassens allait jusqu’à l’os de la chanson. Depuis lors, pas la moindre graisse, jamais, dans son œuvre. De la pure gemme. Une pierre précieuse. LE joyau – le grand chêne – de la chanson française.

 

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C’est en partant de ce constat qu’au moment d’infléchir notre destin, ma chère et tendre et moi, en prenant la décision de mettre fin à nos aventures africaines pour créer le journal de chanson qui faisait alors défaut dans le paysage médiatique français et même francophone, nous avons spontanément pensé à Brassens – à tout seigneur tout honneur – pour la Une du premier numéro. Un quart de siècle plus tard, alors que nous tentions avec Jacques Vassal de convaincre Pierre Onténiente, alias Gibraltar (l’ami par excellence de Brassens, le « copain d’abord », celui qui ne l’a jamais quitté d’une semelle du jour où ils s’étaient connus en 1943, au camp de Basdorf en Allemagne – où les deux hommes avaient été enrôlés dans le Service du Travail Obligatoire –, jusqu’au jour de sa mort), de nous livrer son témoignage, unique et sans pareil par définition, celui-ci se souvenait encore de notre lettre adressée à l’artiste depuis un endroit aussi peu habituel et improbable que Djibouti.

   

 

Nous changerons finalement notre fusil d’épaule (voir « D’Anne Sylvestre à Olivia Ruiz » notamment), dans l’attente d’un nouvel album, mais Georges n’aura pas le temps d’enregistrer les chansons auxquelles il travaillait alors et resteront à jamais posthumes – à l’instar des différents dossiers que nous lui consacrerons dans Paroles et Musique puis dans Chorus au cours des années 1980, 1990 et 2000. Le premier parut en juin 1984, non pas à l’occasion d’une commémoration mais pour saluer la mise en vente de P&M dans le commerce, le « mensuel de la chanson vivante » n’ayant jusqu’alors été distribué que par correspondance.

 

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Sous le titre « Il suffit de passer le pont », j’annonçais ainsi la nouvelle à nos abonnés : « Aujourd’hui, Paroles et Musique franchit le gué, saute le pas de la distribution commerciale. Un petit pas peut-être à l’échelle du lecteur, mais un bond immense pour notre mensuel, dont le tirage est quadruplé à partir de ce numéro [NB : nous passions alors de dix mille à quarante mille exemplaires]. Curieusement, continuais-je plus loin, cette mise en vente de P&M chez les marchands de journaux de France et de Navarre coïncide avec le dossier sur Georges Brassens que nous avions projeté de réaliser pour le n° 1, en juin 1980. Des contacts en ce sens avaient été pris, dès 1979, avec Brassens lui-même et aussi avec Pierre Onténiente, son secrétaire (et ami). Ce n’est que la crainte – sans doute justifiée à l’époque, l’équipe de P&M étant encore en gestation – de ne pas assumer le sujet avec toute la rigueur nécessaire, qui nous avait poussés à le reporter. La suite, hélas, on la connaît : avec la disparition prématurée de l’auteur de Trompe la mort, le 29 octobre 1981, il n’était plus question d’envisager ce numéro avant que la douleur se fût apaisée dans les mémoires. » Et de préciser enfin que certains des témoignages figurant dans ces pages du n° 41 (le dossier à lui seul faisant la moitié du numéro, soit 44 pages sur 88) étaient, du reste, « les premiers accordés à la presse depuis lors »… et inédites « la plupart des photos de Jean-Pierre Leloir illustrant ce dossier. »

 

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En 2005, fidèle à cette histoire et à notre propre fidélité à la mémoire de Georges, Pierre Onténiente acceptera enfin de se confier sans réserve à Jacques Vassal pour laisser aux génération futures un témoignage irremplaçable. Ce livre, Brassens, le regard de Gibraltar, que j’ai la faiblesse de considérer comme le document le plus important jamais publié sur l’auteur du Grand Chêne, car émanant du personnage qui fut le plus proche, et sur la durée la plus longue, de toute la vie de Brassens, parut en 2006, édité par votre serviteur chez Chorus/Fayard.

Quinze ans plus tôt, en 1991, nous avions déjà eu l’occasion de publier sous notre propre label Hidalgo Éditeur (en coédition cette fois avec Fixot) l’un des ouvrages aujourd’hui considérés de référence sur le Sétois, préfacé par Renaud : Georges Brassens, histoire d’une vie, de Marc Robine et Thierry Séchan.

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Enfin, à l’automne 2006 parut le dernier de nos dossiers, dans le n° 57 de Chorus. Introduit par un édito que j’intitulais sans hésiter « Tous derrière et lui devant », il proposait soixante pages d’analyse et de témoignages (dont ceux des jeunes artistes de la « Génération Chorus » recueillis par Jean Théfaine : « Ils ont tous en eux quelque chose de l’oncle Georges… ») et même une interview de Brassens datant de 1970 et restée inédite jusqu’alors. Celui-ci avouait entre autres que s’il n’avait pas « toujours été très négligent », il aurait écrit « beaucoup plus »

C’est dans ce dossier aussi que notre excellent collaborateur Damien Glez publia cette planche satirique « Et si Brassens était toujours là ? » dont il suffit de remplacer la mention « À 85 ans » par « À 90 ans » pour qu’elle demeure d’actualité.

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Notons au passage le dialogue d’outre-tombe entre Brel et Ferré, clin d’œil à la rencontre historique des trois géants de la chanson, organisée en janvier 1969 par François-René Cristiani avec la collaboration de Jean-Pierre Leloir (une « table ronde » que j’eus également l’honneur et le privilège d’éditer dans sa version intégrale, en 2003, chez Chorus/Fayard, accompagné de nombreuses photos inédites de Leloir, sous le titre Trois hommes dans un salon).

   

 

Vous le voyez, il ne me manque pas de motifs de me montrer intarissable au sujet de Brassens. En effet, si j’ai déjà dit tout ce que je devais à Ferré, de révolte et de fraternité, dans le choix et l’expression de mon propre parcours, alors que Brel m’a donné à jamais le besoin vital d’« aller voir », c’est Brassens qui, tout petit, m’a fait aimer la chanson française (et sa langue, qui n’était pas celle de mes parents). Brassens qui m’a communiqué le goût de l’indépendance (déjà mis en pratique par mon oncle Lamolla, artiste-peintre catalan – voir « Cali à bras-le-cœur ») –, illustrateur du Libertaire… lorsque Brassens y collaborait). Un goût incurable pour la liberté d’esprit et d’action qui se paie au quotidien et parfois au prix fort (« Après le Frente Popular / L’hidalgo non capitulard / Qui s’avisait de dire “niet” / Mourrait au son des castagnettes… », cf. Tant qu’il y a des Pyrénées, chanson hélas posthume de GB), mais dont la saveur est à nulle autre semblable… « Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens ! »

Je me garderai donc d’en rajouter ici, pour laisser plutôt la parole à l’un des plus grands amis de Georges. Ils vécurent même un temps sur le même palier d’immeuble (Le Méridien, rue Émile-Dubois à Paris), ce qui valut à Brel – car c’est bien sûr de lui qu’il s’agit – d’emmener lui-même d’urgence Brassens à la clinique, victime d’une crise sévère de coliques néphrétiques, pour y être opéré un soir de mai 1966. Dans un témoignage recueilli par Europe 1 et repris dans le 30 cm Philips 20 ans d’émissions avec Georges Brassens à Europe 1, le Grand Jacques a sûrement dit sur le Grand Chêne les choses les plus sensibles qu’on ait pu entendre de leur vivant à tous deux.

   

 

« Je vais parler de Brassens, avertit Jacques Brel, un peu comme un enfant parle de sa maman. Tous les enfants sont un petit peu amoureux de leur maman. Et puis d’ailleurs, qu’on me comprenne bien quand je dis cela, je n’évoque pas du tout Georges Brassens avec des bigoudis et en robe de chambre le matin, je ne veux pas du tout disséquer Brassens, je n’en ai pas le droit et en plus il le fait infiniment mieux que moi. Donc, Brassens étant une porte ouverte, je n’ai pas du tout envie de l’enfoncer, j’ai envie simplement de vous faire pénétrer dans son salon, et non pas du tout dans sa chambre, voilà !

« Brassens a une manière bien à lui de poser certains problèmes, mais il les pose, oh ! il ne les pose pas, il les dépose en réalité… Parce que Brassens, je crois qu’au fond de lui il ne croit pas aux solutions ; je crois que Brassens ne croit pas aux disciplines que nécessite une solution, il n’y croit pas, il dépose ça, en réalité, comment vous dire ?... C’est un arbre de Noël, Brassens, il ne croit pas qu’il est là pour faire de l’ombre ; il croit simplement qu’il est là pour amener un sourire à des enfants qui regardent ça une nuit de Noël ; et les enfants étant nous, il pose tout de même au bout de ses branches non pas simplement des boules scintillantes ou des guirlandes, mais il pose certains petits points d’interrogation qui ne scintillent pas mais qui vibrent au fond de notre cœur.

« Brassens doit constater une forme d’espoir, il ne doit pas en être fier parce qu’il est trop intelligent pour s’envoyer des fleurs parce qu’il se découvre un peu d’espoir, et puis d’un autre côté il se heurte à cette envie de bonheur qu’il doit avoir envie de distribuer du coin de son sourire. J’insiste sur le sourire de Brassens qui est le plus beau sourire d’homme que je connaisse, d’ailleurs…

   

 

« En réalité, c’est la première ride d’adulte, et je crois qu’il faut se faire des rides dans l’oreille. Je crois que c’est un péché mortel de ne pas écouter Brassens. On peut ne pas l’aimer, on ne peut pas ne pas l’essayer. »

En codicille à cette déclaration de Brel, en particulier à son éloquente conclusion, il n’y a qu’à l’intéressé qu’on puisse céder la parole, tant il est vrai, en dépit du temps qui passe, qu’il continue d’être présent et de nous accompagner dans nos vies, quitte, comme il l’avait prédit, à s’exhumer régulièrement de son caveau du cimetière de Sète : « Et si jamais au cimetière / Un de ces quatre, on porte en terre / Me ressemblant à s’y tromper / Un genre de macchabée / […] Ce sera rien que comédie / Rien que fausse sortie / Et puis, coup de théâtre, quand / Le temps aura levé le camp / Estimant que la farce est jouée / Moi, tout heureux, tout enjoué / Je m’exhumerai du caveau / Pour saluer sous les bravos / C’est pas demain la veille, bon Dieu ! / De mes adieux. »

 

NB. On trouvera dans Si ça vous chante d’autres sujets où il est question de Brassens, d’autres vidéos de lui, notamment dans les articles suivants : « Vendanges d’automne », « Les Amis de Georges », « La Chanson de proximité »« Jean Ferrat, “la” bio ! », « Le Bon Lait d’l’automne ». Rappelons aussi la sortie récente de l’ouvrage de référence signé Jacques Vassal, Brassens, homme libre, la bio à coup sûr la plus complète à ce jour : voir à la fin d’« Allain Leprest (suite) ».

 

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Published by Fred Hidalgo - dans La Chanson vivante
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