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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 17:00

Ne chantez pas la mort (2/3)

 

Comme Jean-Claude Darnal, Ricet Barrier ne songeait pas à faire carrière dans la chanson. Né en région parisienne, il se destinait plutôt au métier de professeur d’éducation physique. il nourrissait pourtant, même inconsciemment, d’autres ambitions. « Après le bac, confiait-il à Serge Dillaz pour une rencontre-bilan de Chorus (n° 15), ma mère a tout de même consenti à m’emmener voir Félix Leclerc aux Trois Baudets. C’est lui, en fait, qui m’a donné envie de gratter de la guitare… ». Tout est parti de là. Près d’un demi-siècle de chanson. C’est le temps que la grande Faucheuse lui a concédé, avant de lui fixer à son corps défendant (« N’insistez pas, Stanislas… ») un ultime Rendez-vous, le 20 mai dernier.

 

 

À l’âge de vingt-trois ans, en 1955, il fait la connaissance de Bernard Lelou qui devient dès lors un compagnon de chansons inséparable (ils travailleront, paroles et musiques, en étroite complicité jusqu'à la mort de celui-ci en 1990), et c’est grâce aux Frères Jacques en particulier, qui interprètent Dolly 25 (la première des vingt et une chansons signées Barrier/Lelou qu’ils auront chantées), que Ricet Barrier se fait connaître. En 1958, son premier album (produit par Jacques Canetti) obtient le Grand Prix de l’académie du disque français : La Servante du château, La Java des Gaulois, Dolly 25, Le Crieur de journaux… Sa carrière est lancée, caractérisée par « une joyeuseté de bon aloi », famille Boby Lapointe. « Depuis quarante ans, écrivait l’ami Dillaz dans Chorus au printemps 96, ce fabuliste aux personnages pittoresques, tout droit sortis du petit théâtre de la vie, brosse à coups d’éclats de rire le portrait de notre société. »

Tout comme pour Darnal avec son dernier album, Chorus chercha à rafraîchir les mémoires en promouvant et en offrant à ses abonnés, en accord et en collaboration avec Ricet et son épouse, trois de ses albums dont une compilation, le Disque d’or (Les Spermatozoïdes, Les Vacanciers, L’Enterrement, Isabelle v’là l’printemps, Stanislas/Rendez-vous, La Java des hommes-grenouilles, Eh ! la Marie, Y a plus d’sous – une chanson plus que jamais d’actualité !) et les deux derniers, celui de 1991 (vingt titres de Faut qu’ça plaise à Thérèse à Trompet’ Spleen) et le superbe digipack double (Ricet Barrier tel quel) enregistré en décembre 1994 à la Maison de la Chanson de Québec, ex-Théâtre du Petit-Champlain où il avait fêté en 1988 ses trente ans de métier, à l’initiative, tiens tiens, d’un certain Pierre Jobin. Quand je vous dis qu’il n’y a pas de hasard...

L’an dernier à Montauban, où l’on célébrait les vingt-cinq ans du festival, l’une des « découvertes » d’Alors… Chante !, Manu Galure, avait choisi d’interpréter Les Spermatozoïdes de Ricet, son grand classique, une merveille d’humour et d’intelligence, rappelant que ce même festival lui avait fait « la Fête » en 1989. L’occasion alors, pour Si ça vous chante, de remettre à l’honneur « les Spermatos », sous-titrés 300 millions, dans leur version originale. À Chorus, l’auteur-compositeur avait confié l’origine de cette chanson qui s’était imposée d’emblée, en 1975, suite à une manifestation sanglante à la Bastille : « Maurice Fanon est arrivé au Port du Salut où je me produisais. Il était bouleversé. Dame, on déplorait des dizaines de blessés, un tué ! Là-dessus, on a gambergé sur la vie, la mort. L’idée des “Spermatos”, curieusement, est venue de cette discussion. Du hasard, de la série de miracles nécessaires à ce qu’on appelle la vie humaine… »

Vainqueur des 299 millions 999 999 autres spermatozoïdes de sa course personnelle à la vie à la mort, le dénommé Ricet Barrier (né Maurice-Pierre Barrier, le 25 août 1932 à Romilly-sur Seine) a pris définitivement la poudre d’escampette le 20 mai 2011 à Sainte-Christine, en Auvergne. Loin de la grande ville, il aimait à y cultiver son jardin personnel, entre deux séjours dans son pied-à-terre de La Chaux-de-Fonds où, il y a deux ans, fut réalisé le « portrait » suivant. Il avait alors 77 ans.  

 


Il y aurait évidemment beaucoup à dire, encore, sur lui (voir son SITE officiel) pour tenter simplement de retracer les grandes lignes de sa carrière, de La Mythologie (un album-concept pour les Frères Jacques) au Roman de Renart adapté en comédie musicale, en passant par l’anecdotique qui lui valut pourtant une renommée certaine : la voix qu’il prêta de 1964 à 1970 au personnage principal de la série télévisée, fort populaire, de Jean Tourane, Saturnin le canard… Mais le mieux à faire, aujourd’hui, c’est plutôt de l’écouter, lui. Dans ses chansons bien sûr, mais aussi dans la dernière interview qu’il donna le 3 mars 2011 à l’émission Carnet de notes de la Radio Suisse Romande, et dont Añe Barrier nous a fait l’amitié de nous informer.

Cet entretien d’une heure, entrecoupé de chansons, a été recueilli par Philippe Robin qui annonçait ainsi sa diffusion, le 19 août dernier : « Lorsque nous avons rencontré Ricet Barrier, nous l’avons découvert, comme toujours, accueillant, volubile, malicieux et bavard. Nous pourrions presque dire en pleine forme. Et puis, au cours de la discussion, autour d’un bon café, Ricet nous avouait qu’il avait perdu une vingtaine de kilos. La maladie nous était masquée par sa bonne humeur communicative, et son plaisir d’évoquer ses souvenirs à notre micro. Et puis, le 20 mai 2011, la nouvelle de son décès était publiée. Il aurait eu 79 ans le 25 août. Quelques jours après, Añe Barrier nous envoyait un message pour nous apprendre que notre interview fut la dernière de la vie du chanteur fantaisiste. » C’est cette discussion, « chaleureuse et animée », que l’on vous propose de découvrir aujourd'hui, en cliquant ICI.

ricet 
  

Entre autres souvenirs personnels, je garderai au cœur celui d’un déjeuner de fins gourmets avec lui et son épouse, qui ne s’acheva qu’au milieu bien sonné de l’après-midi : le temps qu’il me raconte toute son histoire, avec la bonne humeur et l’autodérision dont il avait le secret. Sur la même longueur d’ondes, nous refîmes le monde en mode rigolade. Le monde tout court… et celui de la chanson où certains sont beaucoup moins chanceux que d’autres, mais font souvent preuve de beaucoup plus d’humanité. Eh oui, Ricet, comme tu le disais toi-même (cf. On t’enterrera, olé !, 1973), « Ce sont toujours les meilleurs qui nous quittent les premiers. »

(À SUIVRE)

 

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 18:59

Ne chantez pas la mort (1/3)

 

Dur-dur, de voir les artistes que l’on a accompagnés depuis leurs débuts, et dont la fidélité était réciproque, tirer leur révérence avant l’heure : Lhasa de Sela et Mano Solo, Alain Bashung, Allain Leprest… Dur-dur de voir nos proches collaborateurs, auxquels la profession devrait tresser des lauriers, comme Jean-Pierre Leloir récemment, contraints de lâcher la rampe, « par arrêt de l’arbitre ». Dur-dur de voir les phares qui nous ont guidés dans notre traversée s’éteindre d’un coup alors qu’on les croyait éternels (et ils le sont à travers leur œuvre), comme Jean Ferrat. « Ne chantez pas la Mort », prévient Jean-Roger Caussimon (mis en musique et chanté ici par Ferré), « C’est un sujet morbide / Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit / Les gens du show-business vous prédiront le bide / C’est un sujet tabou / Pour poète maudit… » Certes, mais comment faire autrement sans contribuer à l’indifférence médiatique généralisée ? Dur-dur en effet que les adieux successifs, le printemps dernier, de Jean-Claude Darnal, de Ricet Barrier et de Claude Léveillée n’aient suscité en France que si peu d’écho…

 

 

Trois artistes de générations antérieures à la nôtre qui, ayant une haute idée de la chanson, nous avaient pourtant fait l’amitié d’être attentifs à notre démarche. Et de l’encourager de diverses façons depuis le début des années 80... Ce printemps 2011 nous a fait revivre le printemps meurtrier de l’année 2002 où Bernard Haillant, Francis Lemarque, Pierre Rapsat et Sylvain Lelièvre nous quittèrent en l’espace de deux semaines : « quatre grands amis de Chorus, quatre grands noms pour tous les amoureux de la chanson, écrivais-je dans notre numéro d’été (cf. Chorus n° 40) : deux Français, un Belge et un Québécois aux modes d’expression musicale aussi spécifiques que différents, mais unis par un même esprit de simplicité, d’ouverture, de fraternité et de solidarité. Par un même talent, surtout, scandaleusement méconnu ou à jamais populaire, mais un talent immense… »

Si je me permets cette autocitation, c’est non seulement parce qu’il ne faut pas manquer une occasion de saluer la mémoire des gens qui ont œuvré, chacun à sa façon, à rendre la vie meilleure et plus belle, mais aussi parce que ces mots, j’ai l’impression qu’on pourrait les reprendre tels quels à propos de Jean-Claude Darnal, Ricet Barrier et Claude Léveillée : pas des « stars » ni des « people », cela n’a jamais été leur ambition, mais d’authentiques artisans de la chanson francophone, deux Français (dont un presque Franco-Suisse : bien que né à Paris, Ricet avait épousé une Suissesse, Añe, et vivait en partie en Suisse romande) et un Québécois, partis comme pour Leprest dans la même globale (et révoltante) indifférence des grands médias hexagonaux – voire du « métier » lui-même. « Putain, le beau métier ! » disait Ricet avec cette bonne humeur qui le caractérisait, toujours égale et contagieuse malgré les coups du sort et le temps qui passe…

 

 

C’est Darnal qui a pris le premier la poudre d’escampette, mardi 12 avril, à l'âge de 81 ans (il était né à Douai en 1929). À vrai dire, il ne chantait plus depuis longtemps – sauf à titre exceptionnel, ou d’illustration comme dans la vidéo ci-dessous –, ayant choisi de se consacrer pleinement et avec beaucoup de bonheur à l’écriture de romans. Pour lui, nous avions inventé une rubrique spéciale dans Chorus : « La Croisée des chemins », moyen détourné de parler d’un ex-chanteur – mais en l’occurrence toujours auteur-compositeur en même temps qu’écrivain, scénariste et dramaturge – que nous avions tant aimé (il avait fait ses premières armes aux Trois Baudets aux côtés de Brassens).

S’il se fit surtout connaître de la génération du baby-boom par ses chansons pour enfants (il co-animait le jeudi une émission à la télévision…), Darnal a écrit ou a été chanté pour et par les plus grands interprètes de l’époque, comme les Compagnons de la chanson, les Frères Jacques, Juliette Gréco, Édith Piaf ou Catherine Sauvage. On se souvient entre autres du Soudard, du Tour du monde… (on peut écouter nombre de ses chansons en cliquant ICI) ou de Quand la mer monte, dont son ami Raoul de Godewarsvelde, « le barde des Flandres », fera un succès.

 

 

Ironie du destin : cette « Croisée des chemins », dans laquelle l’artiste se décrivait en « papillon scribomane » (du nom de son totem d’ancien scout, qu’il souhaitait donner à l’autobiographie en deux tomes à laquelle il travaillait sous le titre générique On va tout seul au paradis…), figure dans le même numéro (41, automne 2002) que la « Chorusgraphie » consacrée à Leprest… Premier disque, un 45 tours EP, en 1955, sous la houlette de Jacques Canetti et Boris Vian ; des enregistrements réguliers jusqu’à l’album M’am Little Suzanne Dublanc en 1970 ; puis dix ans d’attente pour découvrir ce qui sera son ultime 33 tours 30 cm.

Dans les années 90, lancé dans la littérature, il rencontre Pierre Jobin, ex-agent de Félix Leclerc et de Claude Léveillée, qui sympathise avec lui et l’invite à se produire “Aux Oiseaux de passage”, le petit lieu qu’il a ouvert après son départ du fameux Théâtre du Petit-Champlain, devenu en 1994 sous sa direction « la Maison de la Chanson » du Québec. Le récital est enregistré, et un CD intitulé Nature en rend compte, sans autre distribution française, hélas, que celle réservée (gracieusement) aux abonnés de Chorus : « Pour l’instant, disait Darnal à notre collaborateur Serge Dillaz, seuls les lecteurs de votre revue peuvent en bénéficier avec “Le Fil de Chorus”. La suite des événements ne dépend pas de moi. » 

 

 

Mais la vie, l’amour, la mort… n’est-ce pas, matelot ou plutôt capitaine Caussimon ? « La Mort / Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles / Il semble que la Mort est la sœur / De l’amour / La Mort qui nous attend, l’amour que l’on appelle / Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours… » C’est en 1981, au stand Paroles et Musique de la Fête de l’Huma, que j’ai fait la connaissance de Jean-Claude Darnal : il m’en reste cette photo où on le voit, entre deux dédicaces de son dernier album, en train de converser avec… Jean-Roger Caussimon – il n’y a pas de hasard.

 
Darnal2.jpg
Vingt ans après, pour son mini-dossier bilan de Chorus, il avait toujours la même allure d’adolescent bourlingueur. « Une démarche chaloupée, écrivait Serge Dillaz, héritée du temps où il voguait sur les mers d’Afrique. » Enfant,
Jean-Claude Darnal (voir son SITE officiel) se rêvait en effet capitaine au long cours. En mettant les voiles pour le voyage sans retour, il s’est mis en règle avec son enfance : « Tant mieux si la route est longue / Je ferai le tour du monde… »  

(À SUIVRE)

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 21:58

L'arbre de vie ou le désespoir des singes 

 

C’était comme un pressentiment. Après la fin de Paroles et Musique et les débuts de Chorus, dans la première moitié des années 90, notre camarade Marc Robine avait pris l’habitude de m’interroger sur la santé de l’araucaria avant de prendre la route, à la veille de chaque nouvelle réunion de rédaction (les collaborateurs des « Cahiers de la chanson » qui souhaitaient participer à ces rencontres trimestrielles, aussi amicales que professionnelles, accouraient spontanément au siège de la rédaction – dans un village sans prétention* situé entre Île-de-France, région Centre et Normandie – de toutes parts de l’Hexagone et parfois de plus loin). Un pressentiment ? En tout cas, c’était devenu une sorte de rite entre nous. « Et l’araucaria, ça va ? » Question apparemment anodine. « Oui, rien à signaler, l’araucaria est en pleine forme et il t’attend – on t’attend ! – de pied ferme. Y a rien qui s’passe… »

   

À l’image de l’araucaria se dressant aux regards admiratifs telle une flèche vivante (Vivre en flèche, dirait Vasca), Chorus a pris son envol et s’est imposé très vite comme « l’organe de référence » de la  chanson française et de l’espace francophone (au sens large, langues vernaculaires incluses). « La bible », disaient simplement ses lecteurs… aussi bien que l’Agence France Presse dans chacune ou presque de ses dépêches annonçant un nouveau numéro. Et puis il y a eu la fameuse tempête de l’an 2000 (plus précisément du 26 décembre 1999, une semaine à peine après notre réunion d’hiver), bourrasque et déluge de concert, qui a occasionné pas mal de dégâts dans le village et la propriété (nommée… « L’Araucaria »), et de grosses pertes pour la revue avec une part des archives et des stocks touchée par une inondation. Mais surtout, surtout, l’araucaria s’est trouvé déraciné et couché à terre comme un vulgaire arbuste, malgré ses quinze mètres et quelque deux à trois tonnes.  

Partout dans le hameau, des dizaines d’arbres abattus ont dû être débités et brûlés sur place. Cela a duré plus d’une semaine, sans interruption. Triste souvenir. Et l’araucaria, me demanderez-vous ? Ses racines miraculeusement indemnes, nous l’avons redressé en prenant moult précautions et replanté à l’aide d’un tractopelle. Du rôle et de la force des symboles… Apparemment, l’ « opération » s’est bien passée puisque trois mois plus tard, à la veille de notre réunion de printemps, l’arbre de vie était redevenu pareil à lui-même. Majestueux, étonnant, attirant les regards mais pas m’as-tu-vu pour un sou. Araucaria.jpgChargé de promesses d’avenir, de lendemains qui chantent. « …Et l’arbre de vie / Tout contre nos cœurs / Déjà refleurit… » Coup de fil de Marc : « Et l’araucaria ? – T’inquiète, bonhomme, tout va bien, y a rien qui s’passe… »

L’araucaria ? Un arbre magnifique originaire des hauts plateaux du Chili. Entre conifère et cactus. Appelé vulgairement « désespoir des singes » – on comprend pourquoi en le touchant, car qui s’y frotte s’y pique ! Séduits par sa forme, son port élégant et sa nature, ma chère et tendre et moi l’avions planté juste avant de créer Paroles et Musique, choisissant même de donner son nom à sa société éditrice : Les Éditions de l’Araucaria, qui allaient ensuite porter leurs fruits, non seulement avec « le mensuel de la chanson vivante » mais aussi avec les premiers « vrais » livres édités en France sur Francis Cabrel, Julien Clerc ou Renaud, en coédition avec Seghers. Un coup de cœur renforcé par la découverte de la magnifique Ode à l’araucaria de Pablo Neruda, le grand poète faisant de celui-ci le symbole de la liberté du peuple, puis les émigrés chiliens et plus généralement latino-américains le considérant comme celui de la résistance à l’oppression.

 

Pour ma part, je ne pouvais m’empêcher d’y voir un rapport implicite avec l’arbre de vie. Celui de Darwin ? Plus sûrement celui de Leny Escudero dont la chanson éponyme avait marqué ma pré-adolescence et dont l’histoire même, celle de la Guerre d’Espagne et de la Retirada de nos parents respectifs, était tellement proche : son « p’tit père » et le mien, par exemple, se retrouvèrent prisonniers en même temps, au printemps 39, dans un même camp du Roussillon, et tous deux eurent la chance d’en sortir vivants, puis de Vivre pour des idées Le 20 janvier dernier, nous eûmes une nouvelle fois l’occasion, avec Leny – que je considère (au même titre que Paco Ibañez) comme mon « grand frère » – de confronter nos souvenirs et ceux que nous confièrent nos parents.

 

Leny_Fred-copie-1.jpg

 

De cette conversation naquit un sujet de ce blog, à propos de Cali (voir « Tu es de ma famille ») pour rafraîchir les mémoires et rendre hommage à l’esprit de résistance. Puis, dans les jours suivants, convié par Fabrice Lucchini à l’émission Vivement Dimanche de Michel Drucker pour y rechanter Ballade à Sylvie et Pour une amourette, Leny Escudero allait utiliser l’essentiel de son temps de parole à rappeler – devant l’assistance médusée découvrant ce pan longtemps occulté, « ces années noires » de l’histoire de France – l’atrocité de l’accueil réservé alors aux réfugiés républicains espagnols fuyant le franquisme. Lui à la télévision (cliquer ICI pour voir la vidéo de ce témoignage), profitant de son image publique, avec son charisme, sa tendresse, sa profonde authenticité et son extraordinaire capacité à susciter l’attention ; moi, me servant de mon blog pour faire passer le même message. Devoir de mémoire. Il n’y a pas de hasard.

Ce même 20 janvier passé avec Leny, impossible aussi de faire l’impasse sur la fin soudaine et pour le moins prématurée de Chorus, en juillet 2009 ; l’auteur du Cancre et de La Grande Farce insistant sur le fait que cette revue, restée sans équivalent en son domaine, « mériterait » une seconde chance. « Va chercher de l’eau / Au fond du puits / Va chercher de l’eau / Et l’arbre de vie / Tout contre nos cœurs / Déjà refleurit… »

Leny_CD.jpg
C’était comme un pressentiment de Marc Robine, disais-je. Tant que l’araucaria s’est bien porté, Chorus aussi. Et puis, à un moment donné, il s’est mis à végéter. Coïncidence ? Sans doute, mais a posteriori la conjonction des faits, cette chronique de la mort non annoncée de l’un et de l’autre, n’en paraît pas moins troublante. Entre-temps, le 26 août 2003 – il y a huit ans… –, le sieur Marc avait tiré sa révérence et plus jamais, dès lors, les réunions de rédaction de Chorus ne furent les mêmes : autant sa présence y était imposante, constructive et jubilatoire à la fois (parfois intimidante aussi, pour les nouveaux venus de l’équipe, par sa profonde connaissance de l’histoire de la chanson), autant son absence se fit criante.
  

Il a fallu du temps encore pour que meure l’araucaria. Il s’est accroché, a fait ce qu’il a pu, mais l’amour, l’amitié et la tendresse qui l’ont entouré durant plus de trente ans n’ont pu compenser les épreuves et coups subis dans l’intervalle. Loin de ses racines ancestrales, il lui a fallu affronter toutes sortes d’aléas climatiques, le chaud et le froid, la tempête… Les tempêtes, puisqu’une seconde, plus localisée, l’a jeté à bas une nouvelle fois. Une fois de trop. Aujourd’hui, à l’endroit où il trônait en majesté, aucune trace ne subsiste de cet arbre de vie, l’arbre de Pablo Neruda – à la vue duquel se sont extasiés nombre d’artistes, du jeune débutant nommé Allain Leprest au monstre sacré. On appelle ça faire table rase. C’était il y a quelques mois. En parallèle, le projet de relance des « Cahiers de la chanson » mené par certains de ses anciens collaborateurs, auquel on croyait fort, a avorté avec le retrait d’un possible éditeur. Mais aussi, semble-t-il, avec le manque d’envie d’avoir encore envie… Sans parler de la crise qui n’arrange rien. Poussez pas, poussez plus, circulez, y a rien à voir, y a rien qui s’passe.

 

Quand il est mort, l’araucaria, je venais d’apprendre la disparition soudaine de Bruno Fecteau, pianiste, compositeur et directeur musical de Gilles Vigneault depuis une quinzaine d’années (voir la vidéo ci-dessus où l’un joue et l’autre chante Jack Monoloy), mais aussi le « chum » de l’excellente interprète québécoise Paule-Andrée Cassidy. Il n’avait pas 52 ans. J’avais sympathisé avec lui en juin 2003 (deux mois seulement avant le décès de Marc Robine) au Festival de Tadoussac où il m’avait abordé pour me remercier de nous montrer aussi attentifs, à travers Chorus, au parcours de sa « blonde » : « Vous êtes bien les seuls, en France, à parler d’elle… » Les lecteurs attentifs de Si ça vous chante, eux, auront lu ici ou là (en « commentaires », notamment de Natacha Ezdra) des informations sur les adieux trop précipités de ce talentueux musicien. J’y ajouterais simplement, ici, une vidéo en son hommage que, le 23 juin dernier (après la mise en terre de ses cendres « au cimetière La Souvenance »), nous a envoyée Paule-Andrée avec ce message : « En remerciement pour vos pensées, vos mots, vos témoignages, votre présence, votre écoute... Parce que ce sont ces gestes qui aident à voir ce qu'il reste malgré l'immensité de la perte. En mémoire des onze dernières années où Bruno et moi avons été si intimement liés, où nous avons tant fait ensemble, voici un enregistrement inédit que nous avons réalisé en 2006 et des photos récoltées au fil des ans. C'est bien peu pour vous dire ce que votre soutien a signifié. »

La chanson illustrant ces images, Il faut qu’on s’touche (signée Pascal Rinaldi, encore un auteur-compositeur de talent – suisse romand – par trop méconnu : écouter par exemple Au-delà de cette limite dans « Les Affranchis de Chant’Appart »), est aussi vraie et belle que bouleversante, portée par la voix frémissante d’émotion de Paule-Andrée. 

 

 

Oui, « La vie, ça a d’ces coups d’cravache »… Oui, « La vie, ça ne tient qu’à un fil »… Tous ces amis disparus depuis ce printemps : Jean-Claude, Ricet, Claude… sans parler des proches ou de très proches de grands amis. Jusqu’au camarade Allain qui a décidé lui-même du jour de son départ, ce 15 août de l’Assomption (un mois et quelque après avoir été programmé, en Auvergne, aux « Rencontres Marc-Robine »…). Désespoir de l’un, coup d’assommoir pour les autres, tous ceux qui l’aimaient. Et salaud de destin, salaud de crabe ! Comme Paule-Andrée et Pascal le chantent, je ne vois à tout cela qu’une issue, oh ! toute provisoire, certes, mais quand même : « Il faut qu’on s’aime, il faut s’le dire »… quand il est encore temps. Avant de tourner la page, s’entend, pour « aborder le rivage / Où rien ne fait semblant / Saluer le mystère / Sourire / Et puis se taire. » Là où y a vraiment plus rien à dire, plus rien qui s’passe. 

(À SUIVRE…)

« Ah ! Brézolles… » s’enflamma un beau matin de juillet, sur Radio Canada, le journaliste présentant le journal très écouté de la tranche matinale dont j’étais l’invité (à l’occasion du Festival d’été de Québec), « c’est l’adresse mythique de la chanson francophone ! ».

 

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Published by Fred Hidalgo - dans La Chanson vivante
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