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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 19:24

Le printemps des poètes

 
Pour ce centième « numéro » de Si ça vous chante, j’aurais aimé vous convier à un festival d’airs printaniers, car la saison du renouveau est l’un des sujets récurrents de la chanson francophone. De la variété légère (Y a le printemps qui chante, Claude François) à l’interpellation citoyenne (Au printemps de quoi rêvais-tu ?, Jean Ferrat) en passant par la célébration poétique (L’Hymne au printemps, Félix Leclerc) ou la dérision irrésistible (V’là l’printemps gnan-gnan, Anne Sylvestre), les chanteurs qui se sont livrés à l’exercice, chacun à sa façon, se comptent par dizaines (Aufray, Ricet Barrier, Lucienne Boyer, Brel, Henri Dès, Fugain, IAM, Marie Laforêt, Perret, Édith Piaf, Jean Sablon, Vasca, Vigneault…), tant et tant d’autres sans oublier Gérard Delahaye qui a consacré au printemps un bijou d’album-concept.

Mais le Japon, la Libye, la Côte d’Ivoire, la vie des populations foulée aux pieds par des dictateurs sanguinaires… et tout le reste, alouette, m’en ont fait passer l'envie. La chanson paraît si futile face à cette actualité désespérante, c’est une si petite chose en regard du malheur des hommes… Néanmoins, comme le spectacle doit continuer, quoi qu’il en coûte et quoi qu’il arrive, je vous propose un rapide arrêt sur image, à l’occasion d’une chanson de circonstance, sur Léo Ferré : « Le printemps ça s’invente et ça se fout en taule… »

 

 

Il y a exactement vingt ans, au printemps 1991, ma chère et tendre et moi planchions sur le contenu d’un numéro type de Chorus, arrêté à 196 pages, après avoir décidé que chaque édition couvrirait l’actualité chanson de l’espace francophone sous toutes ses formes et présenterait à la fois un rappel du patrimoine et un cahier entier consacré à la découverte des nouveaux talents. Nous étions encore à un an et demi de la naissance de ces « Cahiers de la chanson », mais savions déjà qu’un artiste entre tous figurerait au sommaire du n° 1, que la première « Rencontre » du premier numéro, actualité ou pas, serait réservée au Vieux Lion, à Léo the Last, au Grand Ferré.

Finalement, pour être au plus près possible de sa sortie, cette rencontre eut lieu en août 1992, trois mois avant une rentrée parisienne annoncée au Grand Rex. C’est Marc Robine, « le meilleur d’entre nous » – aurait dit Jean Sommer, également au… sommaire de ce numéro –, qui s’y colla, le veinard ! Heureux à l’évidence de retrouver ainsi Léo, comme le montre la photo (de Francis Vernhet) qui servit parmi d’autres à illustrer le papier…

 

Jean Sommer – Les Meilleurs d’entre nous


Formidable interview, à mille lieues de l’habituelle langue de bois. Sur l’amour et l’anarchie : « L’anarchie, c’est l’extrême solitude ; mais une solitude qui n’est pas coupée des autres » ; sur la chanson, la poésie et la musique : « Il n’y a pas de poésie sans musique. Quand elle est bonne, la poésie a sa propre musique » ; sur les poètes : « Tous ces poètes que l’on dit maudits auraient certainement mieux vécu s’il y avait eu des disques à leur époque » ; sur la banalisation du franglais : « J’en ai marre de ces mots qui ne veulent rien dire et qui ne sont là que pour faire du genre » ; sur la programmation des médias : « Vous me parlez de poètes, de musiciens, mais écoutez ce qui passe à la radio : la chanson n’est plus qu’une question de commerce » ; sur les multinationales du disque : « Ces boîtes-là sont dirigées aujourd’hui par des jeunes marketing… marketingers – c’est comme ça qu’il faut les appeler, n’est-ce pas ? – de jeunes marketingers de 35 ans qui sont bien contents de vendre encore mes disques, mais qui se fichent de savoir ce qu’il y a dedans… »


LeoMarc.jpg
C’est dans le Gard, au Festival de Sauve aujourd’hui disparu, où Léo devait donner un concert, que cette rencontre fut arrêtée et surtout concrétisée ; enfin, en partie, car la vie d’artiste pour l’auteur d’Avec le temps était sur le point de s’achever, sans que nul ne s’en doute. Homme fatigué, mais homme de parole, Léo Ferré proposa à Marc Robine de poursuivre l’entretien par téléphone, une fois rentré chez lui, en Toscane, aux premiers jours de septembre... Vous imaginez l’angoisse des Hidalgo qui avaient à sortir le 21 septembre, premier jour de la nouvelle saison, le premier numéro d’un nouveau journal (héritier du mensuel Paroles et Musique) dont tous les articles devaient être rendus avant la fin août !

Après un premier complément d’entretien le 3 ou 4 septembre, Léo, vraiment fatigué mais on ne peut plus « réglo », demanda à Marc de bien vouloir reporter la suite au lendemain, « voire la fin au surlendemain ». Au final, hasard ou destin, cette conversation publiée dans le n° 1 de Chorus (Les Cahiers de la chanson) fut de fait la dernière interview que donna le poète de Castellina in Chianti. On diagnostiqua en octobre le mal qui allait l’emporter et la « rentrée parisienne » fut annulée. Définitivement. Léo, dès lors, resta chez lui, ne recevant que de très rares amis, comme Maurice Frot, avant d’être appelé à rejoindre ses copains Jacques et Georges, dernier pied de nez du chanteur anarchiste, le jour même de la Fête nationale 1993. Le jour du quatorze juillet, aurait dit Brassens, il resta dans son lit douillet : la musique qui marche au pas, cela ne le regardait pas…


Ferre_PM.jpg
Léo et nous, c’est toute une histoire. Personnelle d’abord avec Le Flamenco de Paris, Le Bateau espagnol, Franco la muerte, Les Anarchistes… Puis professionnelle. En 1985, nous lui consacrions un premier dossier spécial dans Paroles et Musique (n° 51), photo de couverture signée Alain Marouani... Deux ans plus tard, en coédition Paroles et Musique/Seghers, nous sortions La Mémoire et le Temps, de Jacques Layani, très originale « biographie d’une œuvre » qui me valut plusieurs conversations téléphoniques nocturnes et, disons, pointues, avec Léo et Marie-Christine Ferré. À titre personnel, je garde notamment au cœur un dîner et une soirée (jusqu’à trois heures passées !) sur nos terres, en 1982, avec Léo et Marie-Christine, et… Jean Sommer (voir plus haut) qui avait fait spécialement le déplacement depuis Paris. J’entends encore Marie-Christine souffler, à juste titre, à Léo : « Demain, tu chantes à Caen, il est peut-être temps d’aller se coucher… » Mais Léo, pétant le feu, n’avait pas sommeil et ne se faisait pas prier pour pousser la chansonnette (quel souvenir !)… alors même qu’il avait donné ce soir-là un concert de plus de deux heures et demie !

Après d’autres entretiens glanés ici et là jusqu’à la fin des années 80, le n° 4 de Chorus allait proposer un nouveau « Spécial Ferré », avec une photo de Francis Vernhet en Une. Sans qu’on puisse bien sûr l’imaginer au moment de le concevoir (tant était grande la discrétion entourant alors l’état de santé de Léo), ce numéro – sorti dans les kiosques le 21 juin 1993 – précédait d’à peine un mois sa disparition.

Dix ans plus tard, enfin, Chorus partait « sur les pas de Léo » avec un dossier posthume (sous une nouvelle – et superbe – illustration de Francis Vernhet) : soixante-douze pages (!) de ce numéro d’été tentaient de cerner au plus près l’homme et l’artiste.

 

ferreChorus.jpg
« Auteur-compositeur-interprète majeur, écrivais-je en chapeau de cet hommage, et formidable interprète de chansons qui l’ont fait jouer le “troisième homme” – le premier et le dernier des trois – aux côtés de Brel et de Brassens, Léo Ferré a aussi été un poète et un musicien exceptionnels. Un créateur “total” au bout du compte, à la fois Rimbaud et Debussy, Beethoven et Verlaine, Baudelaire et Ravel. […] Entre ses débuts en piano-solo au Quartier latin et ses dernières tournées, à nouveau seul (“mais peinard” et terriblement charismatique – comme on peut le voir dans la vidéo du Printemps des poètes jointe à ce sujet), Léo a conduit la chanson dans la cinquième dimension. Au-delà des paroles, de la musique, des arrangements et de l’interprétation. Avec ses textes de révolte et d’espoir (“Je provoque à l’amour et à l’insurrection”), ses mélodies inoubliables, ses envolées musicales ou poétiques somptueuses, avec sa voix bien sûr (cette voix si chère à notre cœur dont l’inflexion jamais ne se taira), Léo Ferré a ouvert la chanson à l’Anarchie. Son grand œuvre d’homme de la Renaissance, innovateur, moderne et classique à la fois. L’œuvre de toute une vie. C’est dire si elle est digne d’Amour. »

 Rien à retrancher à ces mots écrits au printemps 2003. Tragique ironie du destin, deux mois après la sortie de ce numéro, auquel il avait aussi largement que talentueusement contribué, Marc Robine s’éclipsait en silence pour rejoindre Léo et les autres... En 2011, alors qu’on aurait célébré les 95 ans du poète, je persiste et signe à l’occasion de ce printemps des poètes… malgré ce qu’il disait lui-même, sincère mais un peu amer à l’ami Marc pour Chorus n° 1 : « Je ne suis rien ! Ni considéré comme un poète, ni considéré comme un musicien. Je suis considéré comme rien ! »



C’est vrai que de son vivant, les professionnels et les officiels furent bien avares de signes de reconnaissance à son égard. Les médias surtout le frappaient d’une sorte d’ostracisme permanent. Pour les besoins d’un état des lieux sur la chanson demandé en 1982 à la « Commission consultative nationale pour la chanson et les variétés » à laquelle j’appartenais (aux côtés de Max Amphoux, Jacques Bertin, Patrice Blanc-Francard, Jean-Michel Boris, Jean-Pierre Bourtayre, Daniel Colling, Philippe Constantin, Jean Dufour, Michel Jonasz, Marc Ogeret, François Rauber, Roger Siffer et Charles Trenet, excusez du peu !), une enquête minutieuse avait été menée dont il ressortait – entre autres considérations tristement édifiantes – que Ferré n’était pas passé une seule fois à la télévision entre septembre 1981 et septembre 1982 aux heures de grande écoute (sur 72 émissions, dites de variétés, recensées) ! Cela ne s’améliora guère par la suite. Et plus tôt, dans les années d’après Mai 68 (Le Printemps des poètes fut créé en 1969 à Bobino), la censure faisait son office. Il fallait s’appeler Denise Glaser pour oser l’inviter alors…

Mais aujourd’hui, Léo, qui oserait dire que, dans l’histoire de la chanson, tu es considéré « comme rien » ?! Alors que tu étais « tout » à toi seul. Un monde, une galaxie, un univers. Une leçon de vie : « Le vers doit faire l’amour dans la tête des populations. À l’école de la poésie et de la musique, on n’apprend pas. ON SE BAT ! » Tu vois, Léo : avec le temps, va, on t’aime toujours autant. Peut-être même plus qu’hier… et moins que demain.

 

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Published by Fred Hidalgo - dans La Chanson vivante
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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 15:32

Collection d’hiver, fin… de saison


Voilà quelqu’un qui séduit son monde partout où il passe mais qui, hélas, ne passe pas partout et encore moins dans les grands médias… Sans doute son univers très personnel et sa grosse voix écorchée à la Tom Waits, Arno ou Arthur H sont-ils jugés hors normes pour plaire au plus grand nombre ? Peu importe, le Vosgien Louis Ville trace son propre chemin, à l’instar d’autres artistes bourrés de talent dont j’ai parlé ici, comme
Marcel Kanche, Loïc Lantoine, Éric Lareine ou William Schotte, enfin, vous voyez, un de ces saltimbanques qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes (tout juste y a-t-il chez Louis Ville une pincée de Brel, pour l’émotion, et un zeste de Ferré, pour la révérence et la révolte) et se soucient peu de ce qui fait le bonheur des marchands. L’homme nous invite aujourd’hui à partager son cinéma, ou plutôt ses Cinémas, son quatrième opus en l’espace de douze ans.



Ce n’est plus un jeune homme, bien qu’il en ait toujours l’allure. Avant ses précédents albums (Hôtel pourri en 1999, Une goutte en 2003 et À choisir en 2007), il avait déjà accompagné « d’obscurs inconnus » à la guitare puis créé un groupe de rock (Do It) où il chantait en anglais. « Un jour, racontait-il à Valérie Lehoux pour son portrait de Chorus (n° 32, été 2000), je me suis rendu compte qu’on pouvait aussi faire swinguer les mots en français… et qu’on pouvait atteindre une imagerie plus originale. »

Dès lors, le garçon se dotera d’un nouveau répertoire, entre chanson réaliste pour le texte (écriture « crue, abrupte, immédiate, aussi directe qu’un uppercut », notait notre chorusienne à propos de son premier opus) et rock pour la musique (« le tout porté par une mélodie claire à la guitare ou l’accordéon »), sans crainte aucune de nommer un chat un chat : « La chanson ne doit pas être engoncée, expliquait-il, son vocabulaire doit coller à la réalité. Ça me chagrine d’entendre des textes figés dans une sorte de fadeur. En son temps, le réalisme de Marianne Oswald dérangeait certains… Et il était pourtant sacrément intéressant. »



Marianne Oswald, tiens donc ! Loin de se douter de son influence dans la chanson, par le choix de ses textes et son interprétation expressionniste qui ouvrait la voie, dans les années 30, à Saint-Germain-des-Prés, combien de chanteurs actuels savent-ils seulement que cette grande dame a existé ? Louis Ville, si ! Pas étonnant qu’il ait repris, lui le rocker de l’Est, Mon amant de Saint-Jean, créée par Lucienne Delyle en 1942. C’était en morceau caché d’Hôtel pourri, en 1999… trois ans avant l’Entre-deux tubesque de Bruel, mais, surtout, c’était chanté sans fioritures inutiles, d’une façon dépouillée, vraiment ressentie, comme vécue de l’intérieur. Allez, on vous l’offre ici, en public et rien qu’en guitare-voix, pour le plaisir… d’amour.

Louis Ville – Mon amant de St-Jean


Des reprises (très personnelles), il en existe deux autres dans sa discographie : Y en a marre de Ferré dans À choisir, et puis Vingt ans, du même Léo, dans Cinémas… Louis, dont l’adolescence a plutôt été bercée par David Bowie et Iggy Pop, aime bien brouiller les pistes. D’ailleurs, comme il le dit dans l’interview ci-dessus, ce nouvel album se veut volontairement éclectique, éclaté à tous vents, sans astreinte de ton ou de thème, pour que chacun puisse se faire son propre cinéma avec chaque chanson. Annoncé pour fin 2009, il aura donc fallu attendre mars 2011 pour qu’il puisse enfin paraître (en coproduction indépendante). 


CD.jpg

 

• …CINÉMAS… Ne te retourne pas – Il y a toi – Cruelle – Sans rien dire – De beaux riens – Embrasse-moi – Épousez-moi 1 – Épousez-moi 2 – Vingt ans – Marcello – L’Égyptienne – Tes yeux – Le Chanteur. (51’07 ; coproduction Badabing-Fabrice Issen ; distr. L’Autre Distribution ou par correspondance ainsi que les trois CD précédents ; site de l’artiste)

 

Que dire de plus, en complément des différentes vidéos de ce sujet (À choisir sur scène en juin 2009 et deux clips de ce quatrième opus : Ne te retourne pas et Sans rien dire) ? Que si Louis Ville ne prétend pas plaire à tout le monde, c’est bien le cadet de ses soucis, sa démarche et ses prestations scéniques ne peuvent que convaincre un public vraiment amateur de chanson, et non seulement fan d’un genre précis de chanson. Je sais, c’est difficile à faire comprendre dans un pays où, pourtant, tout est censé finir toujours par des chansons, mais où, en fait, on « adore » trop souvent des « idoles » au lieu d’aimer tout simplement la chanson. Tant que celle-ci n’aura pas été, officiellement et médiatiquement, reconnue comme un art, il y aura toujours des barrières et des malentendus, des artistes occultés et beaucoup de sectarisme (par esprit chagrin ou intérêt économique, le résultat est le même). Comme si, au cinéma dont parle Louis Ville, on ne pouvait pas aimer et promouvoir à la fois les frères Coen, Claude Sautet, Clint Eastwood, Guillaume Canet, George Lucas, Gérard Oury, Benigni, Denis Arcand, Klapisch, Spielberg, Resnais, Peter Jackson, Almodovar, Corneau, Carpenter, Lelouch, Ken Loach ou Gérard Jugnot... pourvu simplement que la qualité soit au rendez-vous.



Comme si certains, par crainte d’on ne sait quoi (sauf à être « purs et durs », cette engeance génocidaire à fabriquer du goulag ou de la chambre à gaz : cf. Ne te retourne pas…), n’osaient pas clamer leur goût naturel de la diversité, de la farce au drame, du mélange des genres, pour arriver en fin de compte – comme le chante Louis Ville – au refus de vivre : « Ils osent pas, comme s’ils avaient pas le droit / Pas le droit d’se dire combien ils tiennent à se toucher / À se sentir… et alors / Ils sont complètement morts, morts de froid. » Toujours la même histoire, c’est mort et ça ne sait pas… « Mais il y a deux soleils qui savent même pas / Qu’à deux pareils, en s’enlaçant, y a plus d’mot / Y a plus qu’un feu, le feu sacré, le feu d’aimer. » Que disais-je déjà, à propos de la pédagogie de l’enthousiasme, chère à Aragon, que d’aucuns me reprochent, non sans condescendance, de chercher à mettre en pratique ? Le feu d’aimer…

Que dire encore et enfin, à part le fait que plus on écoute cet album, …Cinémas…, et plus on l’aime ? Que notre homme, dont on aura compris la singularité, faite notamment d’une poésie charnelle et d’une voix rauque’n’roll, ne cesse de jalonner les routes hexagonales et européennes où, au fil des années, il a donné plusieurs centaines de concerts, accompagné par un ou deux musiciens (Albert Boutilier à la contrebasse et Patrice Hue dit Gonzo à la batterie) voire en guitare-voix. Que l’émotion qui fait parfois chavirer son public alterne avec l’humour de l’artiste, pétri de charisme. Et que sa musique, liée sans doute au métissage des populations du bassin lorrain de son enfance (où il continue de vivre), se déploie des confins de l’Orient aux Balkans, de la mélodie populaire au blues cajun, pour constituer cette chanson française bien comprise qui a toujours battu aux différents rythmes du monde.



Et puis aussi… que ce sujet n’est pas seulement le dernier de notre « Collection d’hiver » (le dixième sans compter les « hors série » comme Bertin, Cali, HFT et Vasca) – et pour cause, le printemps étant (enfin) à nos portes –, c’est également le 99e de Si ça vous chante ! Comme l’aurait dit Monsieur de la Palice, le prochain sera donc le centième : belle occasion, pour chacun et chacune à sa façon, de faire chorus… non ?

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 14:41

Le festin voyageur (coll. d’hiver n° 9)


Après un an et demi d’existence de Si ça vous chante, on commence à retrouver des artistes dont on a déjà parlé ici. C’est le cas aujourd’hui des Ogres de Barback : sans doute, mine de rien, le groupe français entre tous qui, dans la plus totale indépendance, a fait preuve ces quinze dernières années « d’autant d’inventivité, d’audace, de constance dans la qualité, de détermination, de sens du partage, d’absence de compromis et d’un ancrage viscéral à l’idée même de liberté ». Ils viennent de sortir leur septième album studio, Comment je suis devenu voyageur

 



« On connaît Les Ogres de Barback, écrivais-je ici le 10 décembre 2009 (voir Chanson d’automne où l’on trouvait aussi Éric Frasiak, Guilam, Allain Leprest, Sanseverino et autre Ziskakan…), cette famille chantante (Alice, Fred, Mathilde et Sam Burguière) qui s’est prise entièrement en mains et assume tout avec succès : création, production, distribution, paroles, musiques et images. Dans leur parcours atypique (onze albums depuis 1997), qui passe aussi bien par l’Olympia et le Zénith que par le chapiteau ambulant qui leur permet d’aller au-devant des gens là où personne d’autre ne va, il y eut en 2003 un premier album “jeune public” racontant l’histoire de Pitt Ocha, “ce petit garçon qui sait faire des choses incroyables avec ses mains et ses oreilles, qui jongle avec les bruits et fait sonner tout ce qu’il touche”… » Le second volet des aventures de Pitt Ocha, Au Pays des Mille Collines, faisait l’objet de cet article et valait aux Ogres un « Don Quichotte » de Si ça vous chante.

 
CD


• COMMENT JE SUIS DEVENU VOYAGEUR. Comment je suis devenu voyageur – Nos vies en couleurs – Entre tes saints – Marcelle de Sarcelles – Graine de brigand – Je n’suis pas courageux – Elle fait du zèle (pauvre France) – Ma tête en mendiant – Petite fleur – J’m’élance – Donc je fuis – Cœur arrangé – Palestine confession – Le Daron – L’Ennui et le Jour – Non remontant. (57’15 ; production et distribution : Irfan [le label] ; site du groupe ; site du label ; écoute partielle des chansons de l’album)

 

Cette fois, c’est un album « tous publics » qu’ils proposent, le septième depuis Rue du temps paru en 1997 (ont suivi Irfan [le héros] en 99, Fausses notes – Repris de justesse en 2000, Croc’ Noces en 2001, Terrain vague en 2004 et Du simple au néant en 2007), mais le douzième opus au total avec les deux albums jeune public, deux live (Concert en 2005 et Avril et vous en 2006) outre un disque collectif avec Les Hurlements d’Léo (Un air, deux familles en 2002). Une discographie aussi pléthorique que diversifiée dans l’expression, sans redondance, à laquelle il faut ajouter trois DVD : Un air, deux familles en 2003 et surtout 10 ans d’Ogres et de Barback en 2005 et Fin de chantier… à l’Olympia en 2009.




Ces précisions simplement pour signifier que si vous n’avez encore jamais entendu Les Ogres de Barback, il est temps de combler cette lacune, car je ne vois pas quel autre groupe – avec les Têtes Raides, bien sûr – est aujourd’hui aussi intéressant, captivant, jouissif et intelligent aux plans des textes et des musiques, que solidairement engagé au plan citoyen. « Uniques dans le paysage de la chanson en France, notait Daniel Pantchenko en chapeau de leur Rencontre de Chorus n° 67, non seulement parce qu’ils sont frères et sœurs et celles-ci jumelles, mais surtout parce qu’ils ont d’emblée appliqué une stratégie économique leur procurant une autonomie professionnelle et une liberté créatrice totales ». Dix-sept ans d’existence, un label indépendant, Irfan (le label) : 550 000 albums et DVD vendus, une structure de tournée indépendante, l’Association Les Ogres : plus de 1500 concerts dont plusieurs Zénith à Paris et en province, cinq passages à l’Olympia… et deux autres à venir en fin d’année (les 5 et 6 décembre).




Dernière chose (car les trois vidéos proposées ici sont suffisamment éloquentes sur le contenu et la réalisation de leur nouvel album, doublé d’un nouveau spectacle créé le 12 mars dernier), mais non la moindre : chacune de leur création est une réussite magnifique dans la forme : toujours de superbes illustrations dans le livret des textes autant que sur l’emballage lui-même (en l’occurrence un digipack trois volets). Bref, Les Ogres sont affamés de qualité dans le fond comme dans la forme, et ça « paye » : le respect absolu qu’ils montrent envers leur public est totalement réciproque, chacun de leurs concerts (affichant souvent complet) étant un moment de bonheur partagé. Ne les manquez pas si vous ne les avez jamais vus (et sinon, retournez-y : quelque 75 dates sont déjà arrêtées jusqu’à l’automne !) : le banquet auquel nous convient Les Ogres, le festin des Ogres, est toujours un régal.

 

 

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