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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 14:00

Le Roi-Soleil de la chanson française


Lundi 19 février 2001. « Charles Trenet est mort. » La nouvelle est tombée un peu après 8 h du matin. Dans les minutes qui suivent, les radios puis les chaînes de télévision la répercutent auprès du public. Les programmes sont instantanément bouleversés. Tout au long de la journée, jusque tard dans la nuit, l’audiovisuel va multiplier les réactions et les témoignages, diffuser émissions spéciales et documents d’archives. Henri Salvador, qui vient tout juste d’être honoré par les Victoires de la Musique, de quatre ans seulement le cadet du Fou Chantant (qui aurait eu 88 ans le 18 mai), réclame avec insistance un hommage national pour celui qu’il qualifie de « Roi-Soleil de la chanson française »…

 

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Dix ans après, un sondage (réalisé par BVA) montre qu’il occupe toujours une place de choix dans la culture populaire : 60 % des Français continuent d’aimer ses chansons ; parmi eux, 75 % des plus de 50 ans, 53 % des 35-49 ans et 43 % des 18-34 ans, chiffres d’autant plus impressionnants (surtout ce dernier) que, depuis sa disparition, on n’entend plus guère Charles Trenet sur les ondes. Comme c’est souvent le cas après la mort d’un chanteur, ses chansons traversent une période plus ou moins longue (voire définitive) de purgatoire… à laquelle, en l’occurrence, ce dixième anniversaire va peut-être mettre fin.

L’occasion en tout cas pour nous de rendre hommage au « père » de la chanson française moderne. Une fois de plus (et ce ne sera jamais de trop), l’ayant fait souvent de son vivant, du spécial Trenet de Paroles et Musique en 1981 (que j’eus la chance de lui remettre en mains propres, à Antibes-Juan-les-Pins) à celui de Chorus en 1999. Entre les deux, en 1989, ma chère et tendre et moi avons même édité sous notre propre label l’excellent livre de Richard Cannavo, reconnu comme la biographie de référence du Fou Chantant, Trenet, le siècle en liberté… Ouvrage que j’eus également le plaisir de lui porter et, ma foi, le plaisir semblait partagé.

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Autre souvenir pas banal lié à ce beau travail (650 pages bien denses !) : mon « incrustation » chez Cabu, plusieurs matins par semaine pendant près d’un mois, le temps de repartir avec les dessins que je lui avais demandés pour illustrer chacun des chapitres de ce siècle en liberté. Le résultat, venant d’un grand fan comme Cabu, ne pouvait être que génial (et souvent inattendu !) ; encore fallait-il qu’il trouvât le temps nécessaire à cette tâche, d’où mon insistance que d’autres que Cabu auraient jugée quelque peu déplacée, alors que je garde en fait de ces petits matins-là le souvenir de nos fous rires à l’évocation du dessin à naître : Trenet et l’Académie Française, par exemple…

Les chansons préférées des Français, selon le sondage cité (qui constate aussi que les sympathisants de gauche sont presque 10 % de plus que ceux de droite : 65 % contre 56, à aimer les chansons de Trenet – peut-être le souvenir pour la « génération Mitterrand » du soutien du chanteur à l’homme politique) ? Dans l’ordre : Douce France, La Mer, Que reste-t-il de nos amours ?, Y a d’la joie !, Le soleil a rendez-vous avec la lune, L’Âme des poètes, Le Jardin extraordinaire, Je chante, Boum !

 

Bien difficile, en vérité, de choisir dans cette œuvre immense, quand on sait que cet éternel revenant, tombé du ciel, chantait encore (à Pleyel, en novembre 99) soixante-six ans exactement après ses débuts sur scène, le 3 novembre 1933, à l’Alcazar de Paris, en compagnie de Johnny Hess... « Ça, c’est du music-hall / On dira tout c’qu’on peut en dire / Mais ça restera toujours, toujours, l’école / Où l’on apprend à mieux voir / Entendre, applaudir, à s’émouvoir / En s’ fendant de larmes ou de rire... » Chacun a sa chanson préférée de Trenet (la mienne c’est La Folle Complainte), car aujourd’hui, dit Jacques Higelin, héritier direct s’il en est, « Les hommes font l’amour / Du sport, la guerre / Des enfants, des joints / De culasse, la sieste... / Charles Trenet fait l’unanimité. »

On reconnaît en effet en lui le principal novateur de la chanson française du XXe siècle. Notamment par l’apport de rythmiques nouvelles. Cette évidence, certains mal entendants mirent pourtant longtemps à l’admettre, ne voyant en Trenet qu’un saltimbanque superficiel, aux airs légers, datés, jardinier de l’éphémère. Comme ils se trompaient ! « Toi, ma pauvre chanson / Je te garde dans mon cœur / À l’abri des saisons / À l’abri des choses qu’emporte le vent / Des choses qu’emporte le temps / À l’abri du faux et du clinquant des modes / [...] Et tous deux, tous deux main dans la main / Nous irons jusqu’au bout du chemin », chantait-il en 1965, en pleine traversée du désert.

Il fallut l’exigeante et intelligente lucidité d’un Jean Cocteau pour remettre les pendules à l’heure. « Ceux qui lui reprochent d’être un feu de paille, une poudre aux yeux, se trompent. Ils ne savent pas de quel charme ils sont victimes. S’il est exact que M. Trenet lance de la poudre aux yeux, la boîte où il la puise il est le seul qui la possède, et s’il allume un feu de paille, il connaît le moyen magique d’empêcher ce feu de s’éteindre. Il éternise un feu de joie. Il n’en reste pas moins le sourcier d’une source auprès de laquelle ses collègues de la chanson passent très vite et sans la voir. »

 

Cette source, toutes les générations de chanteurs venant après l’avènement du Fou Chantant s’y abreuveront pourtant peu ou prou... Inconsciemment souvent, parfois de façon délibérée : et les signes de reconnaissance, dès lors, les témoignages d’admiration et de gratitude de se multiplier. De l’homme au canotier, Maurice Chevalier, qui, le premier, popularisa Y a d’la joie en 1937 : « Je suis heureux, et un peu fier, de vous avoir donné le départ avec Y a d’la joie, lui écrira-t-il en 1961. Je vous ai depuis regardé de loin suivre votre route enchantée. Vous avez beaucoup créé, souvent réussi, admirablement tenu. [...] Vous méritez grandement de la chanson française. C’est avec beaucoup d’estime que je vous donne un coup de chapeau – de paille. » Jusqu’à Charles Aznavour, devenu aujourd’hui le « patron » de la chanson française (il aura 87 ans le 22 mai prochain) : « C’est l’ami de ma prime enfance, car c’est lui qui m’a éveillé à la chanson. C’est grâce à lui que je suis arrivé à devenir l’auteur-compositeur que je suis, parce qu’il est mon maître, il est mon modèle. »

Jean Ferrat témoignera de souvenirs identiques : « Certains enfants sont élevés au lait, moi je fus nourri au Trenet... » ;  Nougaro lui devra, de même qu’à Piaf, sa découverte de la chanson française ; Brassens lui vouera – toujours – une grande admiration, comme le montre cette savoureuse vidéo du 21 mars 1966 où on le voit accompagner Trenet à la guitare, puis à la voix… Léo Ferré aussi qui, le sait-on, l’a chanté… et de quelle admirable façon (cf. le document audio de décembre 1980) ! Quant à Brel, il aura cette formule qui restera célèbre : « Sans Trenet, aujourd’hui nous serions tous experts comptables... »

 

Comment expliquer – sinon par le génie – pareille unanimité, tant de ses pairs que du public, toujours aux anges – quelle que soit sa tranche d’âge – lorsqu’il assistait à un spectacle du Fou Chantant ? « Quand Charles Trenet ouvre sa porte, à midi / Chacun voit midi à sa porte » (Higelin). Son premier biographe traduisait ainsi le « miracle Trenet » : « Si ce soir vous vous sentez d’humeur morose, prenez l’un de ses disques au hasard et écoutez-le. L’émotion que vous éprouverez, personne n’a jamais vraiment pu la définir. Pourquoi vous sentirez-vous tout autre, plus mélancolique ou plus heureux ? Pourtant les mots qu’il emploie sont simples et familiers, les airs faciles à retenir... Ça, c’est le miracle... »

Une magie, un mystère, qui ont – le génie à part – beaucoup à voir avec la sincérité, la vérité de l’artiste : « Si je parle de rêve, de solitude, c’est parce que je les ai connus à l’âge où les impressions marquent le cœur d’un fer rouge... » L’œuvre du chanteur de Narbonne abonde en éléments biographiques : « On n’invente pas ses sentiments, ses souvenirs, expliquait-il au début des années 50. Ils vivent au fond de soi, puis un jour mûrissent, éclatent. Alors, selon son tempérament, et suivant ses moyens d’expression, on peint, on chante, on écrit, on compose une symphonie. La part d’invention poétique reste minime, mais toujours sincère, car sans franchise ne peuvent exister de création valable ni de contact avec les autres. »

 

Soixante plus tard, comme le prouve le sondage évoqué plus haut, Trenet continue d’en… traîner ses contemporains sur cette route enchantée qu’il a lui-même tracée. Hors modes, hors saison, dirait certain chanteur du Sud-Ouest que son homologue catalan affectionnait. Son secret ? À l’en croire, encore et toujours son authenticité. « Je n’ai pas voulu composer un “personnage” : “je suis comme je suis”, dit une chanson de Jacques Prévert... » Vrai, vrai, vrai, en somme. D’accord... mais le chapeau ? « Oh ! le chapeau... Ce fut, puisque vous voulez le savoir, répond l’intéressé, une aide bien précieuse à un débutant haut de six pieds qui se sentait petit et perdu, seul sur la scène, et ne savait que faire de ses bras et de ses mains. Le chapeau lui sauva la mise. Il le portait négligemment en entrant en scène, derrière la tête (car il voulait montrer ses cheveux). Il l’ôtait, le remettait, lui donnait toutes les formes. Cela l’aidait à souligner un geste, une attitude et lui faisait oublier la gaucherie de ses dix doigts. Peu à peu, cet auxiliaire des premiers jours devint un accessoire, puis un fétiche. »

Auteur d’un millier de chansons environ, un rien le fait chanter... et le monde entier reprend son répertoire, quitte à se l’approprier. « Longtemps, longtemps, longtemps / Après que les poètes ont disparu / Leurs chansons courent encore dans les rues / La foule les chante, un peu distraite / En ignorant le nom de l’auteur... » (voir les vidéos de cette chanson et de La Folle Complainte dans « Alors… Chante ! » du 21 février 2010.) En 1995, quarante-quatre ans après L’Âme des poètes, fidèle à lui-même, Trenet persistait et signait humblement avec Le Peintre perdu, jolie fable dont la morale nous « prouve / Qu’avec lenteur / L’œuvre recouvre / Son créateur. »

 

Enfin, Les poètes descendent dans la rue (1999), la chanson éponyme de son dernier opus studio (excepté l’album posthume Je n’irai pas à Notre-Dame, paru en 2006), à l’inspiration, l’écriture, la composition et l’interprétation aussi incroyablement fringantes et fraîches qu’aux premiers jours, enfonce tout à fait le clou. En résumant admirablement la philosophie du Fou Chantant, son irréductible optimisme (« Enfin, enfin, on aime les poètes ! / Les poètes, heureux, descendent dans la rue ») ne servant jamais à occulter la réalité de la vie d’artiste : « Ce sont tous des amis dont beaucoup ont souffert / Masquant les mauvais jours de sourires frivoles / Parlant de Paradis pour oublier l’Enfer / Et pour signer le tout : Musiques et Paroles... »

Cette chanson valait bien un hommage, sans doute.
Alors... chapeau, Maestro !
________

PS. Quelques précisions concernant les vidéos de ce sujet : Charles Trenet chante Le Jardin extraordinaire au Palmarès des chansons le 20 avril 1967, Fidèle sur scène en mai 1972, puis L’Ami des lendemains en 1990 (il a alors 77 ans) dans une émission qui lui est consacrée. On le découvre d’autre part en compagnie de Georges Brassens, le 21 mars 1966, et – autre document exceptionnel – on entend Léo Ferré chanter Que reste-t-il de nos amours ? au Tribunal des Flagrants Délires, la fameuse émission de Claude Villers sur France Inter, le 24 décembre 1980 : sacré cadeau de Noël !!!CDCollec.jpg CDIntegrale.jpg

NB. Plusieurs compilations sortent évidemment à l’occasion de ce 10e anniversaire. Parmi celles-ci, nous recommandons spécialement les deux suivantes. 1) Le coffret 3CD « Platinum Collection » qui, en 60 chansons,  réussit à présenter  les principaux standards de Trenet  (dont les chansons préférées des Français, citées plus haut)  mais aussi nombre de titres beaucoup moins connus et qui méritent de l’être davantage, voire de véritables raretés (chez EMI). 2) Le plus récent coffret 2CD de l’Intégrale Charles Trenet publiée chez Frémeaux & Associés, qui présente l’insigne avantage de rassembler des enregistrements rares, truffés de bribes d’interviews, de répétitions et d’émissions de radio, outre ici quelques chansons interprétées par Juliette Gréco, Guylaine Guy ou Les Compagnons de la Chanson (volume 10, période 1949-1955, 41 plages, livret de 24 pages en anglais et français signé Daniel Nevers).

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• D’autre part, il nous reste quelques exemplaires collectors du numéro CHARLES TRENET de Chorus (n° 28, été 1999) comportant un dossier spécial de 36 pages abondamment illustré de photos et de dessins (biographie, œuvre, interview, discographie, bibliographie… et un beau témoignage de Charles Aznavour). Si intéressé(e), nous adresser un courriel en cliquant sur sicavouschante.info@orange.fr .

   

 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 14:00

Collection d’hiver – 7


Second album solo du Nordiste Thibaud Defever (à la ville) qui a choisi de conserver à la scène le nom du duo qu’il avait formé en 1998 avec Marie-Hélène Picard, prématurément décédée en novembre 2006. Les ingrédients qui ont fait le succès du duo (un album, Sauvez les meubles, en 2005) puis de Thibaud auprès des professionnels (lauréats de prix, tremplins et concours à tire-larigot) sont toujours là, plus affirmés et affinés que jamais. Presque Oui, c’est sûr, a l’art de raconter des histoires, drôles ou tragiques, l’air de rien, façon Trenet, Souchon, Laffaille, sur des mélodies légères et variées.

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• MA BANDE ORIGINALE. Et j’aime bien – Séquoia – L’Autobus – J’étais vieux – Le Feu sous la toque – Le Capitaine du firmament – Mi-clos – L’Eau de l’aurore – Mancini – Top movie – Nina – Tchou tchou – Rossignol – Bande originale. (47’15 ; co-prod. Sostenuto-Absilone-Ass. Presque Oui ; distr. L’Autre Distribution ; disques et tournées : Sostenuto sostenuto1@free.fr ; site de l’artiste.)

Présentant dans Chorus (n° 66) son premier album en solo, Peau neuve, paru à l’automne 2008, Serge Dillaz notait que Thibaud avait eu d’autant plus raison de conserver ce nom, Presque Oui (hommage à Marie-Hélène… ainsi qu’à Mireille et Jean Nohain), qu’il résume « assez bien le personnage : drôle, sentimental, timide, grave, futile… Toujours entre retenue et excentricité ». En scène, ajoutait notre collaborateur, seul à la guitare ou à la mandoline (dont il joue en… presque virtuose), le jeune homme montre en tout cas un punch pas commun, capable d’emballer « vite fait un public sidéré de voir comment l’artiste reste lui-même en faisant Peau neuve ».


Et Yannick Delneste, à l’issue du festival Alors… Chante ! 2008 de Montauban où Thibaud fut lauréat des Bravos des professionnels (et deuxième des Bravos du public), estimait que « la tragédie du décès prématuré de sa compagne, le chanteur la porte artistiquement, sans l’ombre aucune d’un exhibitionnisme douteux mais en filigrane d’un répertoire comique et (ou) bouleversant. […] Ou comment faire pleurer en souriant. » Tout est dit : loin des chansons rentre-dedans qui assènent, Presque Oui propose des chansons « en filigrane », sur le fil ; empreintes de douceur et de délicatesse. Des chansons tout en finesse, tant dans l’écriture que dans les mélodies, avec des musiques de genre (tango, etc.) qui n’hésitent pas à emprunter aux rythmes ensoleillés, pour rire, façon Lavilliers qui ne se la jouerait pas.

 

 

Autre caractéristique de Presque Oui : la remise au goût du jour d’une chanson qui raconte, au lieu de se complaire dans l’introspection nombrilesque aux antipodes de l’universalité qui caractérise les grandes chansons. Si certains représentants de la « nouvelle scène » font penser à cette littérature « moderne » aussi falote que pâlotte, sans intérêt aucun pour le lecteur, la manière de faire de Defever renvoie à la meilleure tradition de la chanson française. Celle qui raconte des histoires et nous emporte sans coup férir là où on ne s’y attend pas. On l’a compris, plutôt qu’à ces littératés à la mode qui s’écoutent écrire pour mieux se pavaner sur les plateaux qui font l’opinion, Presque Oui s’apparente à un Pennac ou un Vautrin. Pour la qualité de l’écriture, l’humour et l’intrigue. Voyez, ou plutôt écoutez, la triste histoire du commissaire Mancini…

 

Une inspiration devenue assez rare en la matière (mais qui semble reprendre du poil de la bête grâce à des Alexis HK, Bénabar, Agnès Bihl et autre Renan Luce) qui n’exclut pas pour autant, traités avec une infime pudeur, les sujets graves. L’Autobus, par exemple (voir vidéo ci-dessus, en guitare-voix), ne vous fait-il pas songer à l’immigration tunisienne qui touche massivement les côtes italiennes ces jours-ci ? « Une place pour mes fesses dans cet autobus / Où qu’il aille, je me taille, je m’expulse / […] Ce radeau, ce rafiot, ce pousse-pousse / Même à l’étroit, même sur le toit / Je veux du vent dans ma voilure… » Allez Thibaud, tiens bon la vague et tiens bon le vent, hisse et ho !

 

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 14:00

Collection d’hiver – 6

 

Au départ, rappelait Marc Legras dans son Portrait de Chorus (n° 62) « la voix, la présence, le charisme de Fabiola, sa passion de tous les instants, lui valent de passer au Québec comme l’interprète idéale d’Édith Piaf ». C’était dire combien la native de Trois-Rivières est douée : « Un bijou d’artiste » pour Lynda Lemay qui en fera sans hésiter l’héroïne de son opéra-folk Un éternel hiver. Puis Fabiola se lance en solo, avec son propre répertoire de chansons poétiques, et ne cesse dès lors de tourner de part et d’autre de l’Atlantique. Quand l’amour bascule, récemment paru dans la Belle Province, est ce que l’on appelle « l’album de la maturité ».

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• QUAND L’AMOUR BASCULE. Le cœur à marée haute – Neige – Plus de haine – Tout ce qu’il fallait – Attends-moi – On s’est pris un appart – Petite braise – Libertia – Parfois – Y a pas d’amour qui m’aime – Mon requiem – Le Vent. (37’35 ; coproduction Fabiola Toupin & À l’infini Communications ; distr. Québec : Sélect, France : seulement à la Librairie du Québec à Paris ; disponible par correspondance via le label ou la page spéciale de l’artiste ; site de la chanteuse ; page spécifique pour l’écoute de l’album.)

Naissance à Trois-Rivières (Québec) en 1975, premier spectacle, Brel valse avec Piaf, à 19 ans ; interprète le rôle de Fantine dans Les Misérables puis le rôle-titre d’Un éternel hiver (2005-2006) de et avec Lynda Lemay ; premier album en 2007, Je reviens d’ici, dont Manu Trudel, son complice de toujours, compose la musique de la plupart des chansons. Aujourd’hui, Quand l’amour bascule, tout en se voulant une sorte d’ouvrage thématique, élargit son inspiration, en même temps que son panel d’auteurs (dont elle-même pour Le Cœur à marée haute et Tout ce qu’il fallait). L’amour dans tous ses états, déclinés par Lili Cros (Neige), Catherine et Claude Lemesle (Plus de haine), Lynda Lemay (Parfois)… et le groupe Blou (superbe Mon requiem, en écoute ici) qui signe la réalisation du disque avec Réjean Bouchard. 

 

Fabiola Toupin – Mon requiem

Mais c’est surtout dans l’interprétation que Fabiola atteint des sommets. Dotée d’une voix qui semble capable de tout, elle échappe aux canons habituels de « la gueularde québécoise », comme dirait William Sheller pour qualifier des performances sans âme, apportant à ses chansons des nuances que seule permet une sensibilité hors pair. Bref, un disque idéal pour la semaine de la Saint-Valentin, pour les amoureux de la « bonne chanson » (notion chère à la Belle Province d’antan) et plus généralement pour qui espère qu’un jour les soldats seront troubadours…

 

   

Pour le plaisir, je vous propose notamment une vidéo de Fabiola (interprétant Brel) dans une émission de Bernard Pivot qui célébrait en public, en 2004, les « Trophées de la langue française » : un concours de haut vol, à l’échelle francophone, qui a duré plusieurs années (et dont le final était retransmis sur France 3 et TV5 Monde). Pour la catégorie « Chanson-poésie », le jury, assez restreint, était notamment composé de Jean-Michel Boris (L’Olympia), Françoise Dost (Radios Francophones Publiques), Claude Lemesle (auteur)… et votre serviteur au titre d’une certaine « revue de référence de la chanson francophone ». Parmi les lauréats et révélations de ce Trophée : Lynda Lemay, Thomas Fersen, JP Nataf, Jeanne Cherhal, Alexis HK, Aldebert, Loïc Lantoine, Amadou et Mariam, Ridan… et Fabiola Toupin.
 

 

Écoutez-la, Fabiola : elle tire de son chant des sentiments aussi divers qu’inattendus, ce qui n’est ni courant ni aisé quand on chante essentiellement l’amour. Musicalement, batterie et percus, piano et accordéon, guitares et basse sonnent comme un orchestre symphonique. Comme celui de Trois-Rivières, comme l’Orchestre national des Pays de la Loire qui ont déjà eu le bonheur de poser leurs notes sur sa voix. En attendant de la retrouver ici ou là en pareille compagnie, contentez-vous de poser son disque sur votre platine. Vous verrez : c’est un diamant à l’état brut. 

 

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