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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 18:04

L’utopie… ou la mort ?

  

« Si tous les gars du monde » faisaient chorus… Les « Chansons autour du monde » (Songs Around The World) du mouvement Playing For Change : Peace Through Music (« Jouer pour le changement : la paix à travers la musique »)… L’esprit qui anime ces pages (commentaires inclus : allez-y voir, on y parle d’utopie comme seule solution d’avenir, seul remède possible à un monde en déconfiture) est récurrent dans la chanson vivante, quel que soit son langage. Souvenez-vous par exemple de Give Peace A Chance (« Donnez une chance à la paix ») ou bien sûr d’Imagine (« …le monde entier / Vivant le moment présent / Vivant dans la paix / Partageant la planète entière »), d’un certain John Lennon… assassiné il y a exactement trente ans.

 

 

  « John Winston Ono Lennon, dit John Lennon (Liverpool, 9 octobre 1940 ; New York, 8 décembre 1980), auteur-compositeur-interprète. D’abord avec le groupe The Beatles, groupe phare des années 1960 et de la culture pop/rock (voir « Édith et John » dans ce blog avec les séances épiques d’enregistrement de Help…) ; puis en solo, période ponctuée de plusieurs albums (dont le célèbre Imagine) et marquée par ses actions en faveur de la paix avec sa compagne Yoko Ono. » Voilà, de façon (très) succincte, comment l’on pourrait résumer l’histoire professionnelle de cet artiste majeur. L’histoire de l’empreinte qu’il laisse dans la chanson comme dans l’esprit des hommes (et des femmes) de bonne volonté, elle, n’a pas fini de s’écrire.

On se contentera donc de lui rendre hommage à travers quelques vidéos éloquentes. D’abord, l’annonce de sa disparition (ici, au JT d’Antenne 2 du 9 décembre 1980) qui plongeait dans la stupeur des centaines de millions d’amateurs de chanson. Pour notre part, nous venions de sortir le dernier numéro de la première année d’existence de Paroles et Musique, le « mensuel de la chanson vivante » qui, pour se consacrer prioritairement à l’actualité, au patrimoine et aux lendemains qui chantent de l’espace francophone, n’allait pas faire l’économie d’un hommage à cette icône de la chanson anglophone dans le numéro suivant. Mais comment apporter quelque chose d’original, un mois plus tard, après le déferlement médiatique que l’on… imagine ? En choisissant, comme le ferait intelligemment notre ami et collaborateur Jacques Vassal, de relier John Lennon à la tradition du folk-song, pointant précisément en lui un guitar-hero de la classe populaire (cf. sa chanson Working Class Hero de 1970).

 

 

Défendant depuis toujours l’idée que la chanson est une chaîne sans fin, dont chaque artiste est un maillon par définition aussi indispensable que celui qui le précède ou qui le suit (même s’il existe indubitablement des maillons plus brillants que d’autres !), conforté en cela par des conversations sur la chanson avec Jean-Roger Caussimon (la métaphore de la chaîne est de lui) et Gilles Vigneault, la découverte de passerelles entre les artistes (de quelque genre musical, langue, frontière ou époque soient-ils) me réjouit à chaque fois. C’est en effet le signe que la chanson est vraiment l’expression artistique (pour ne pas dire l’art – sacré Gainsbarre ! –, même si pour moi la chose n’a jamais souffert de discussion, ne pouvant en aucun cas être moins qu’un art, étant de fait la synthèse de plusieurs arts reconnus comme majeurs : poésie, musique, théâtre, voire danse… et donc l’art majeur par excellence !) la plus chargée d’humanité immédiate. Capable de faire éprouver simultanément la même émotion (cf. Quand les hommes vivront d’amour, en août 1974, sur les Plaines d’Abraham, à Québec…) ou de relier les hommes entre eux à travers le temps et l’espace.

Autre spécificité insigne : elle n’a quasiment besoin de rien, d’aucun matériel sophistiqué pour exister, à peine d’un instrument (quoi de plus beau et plus émouvant qu’une chanson reprise en chœur et a cappella ?), et se contente le plus souvent, pour sa diffusion, du bouche à oreille. Comme le montre par exemple Le Temps des cerises, sans doute la chanson la plus populaire de l’Histoire de France. Car on ne peut pas dire qu’elle soit le fruit de faiseurs ou de producteurs à but lucratif, ni qu’à sa création elle fut matraquée par des médias intéressés directement (ou indirectement par l’audience suscitée : « ici, m’avait-on expliqué dans les années 80, à l’avènement des FM musicales, on a pour consigne de ne diffuser que ce qui plaît au public » !) aux bénéfices. C’est là toute la définition de la « chanson vivante », celle qui aura guidé toute ma « carrière » comme on part en quête de l’inaccessible étoile. Ainsi, j’aime bien qu’à trois décennies d’intervalle John Lennon et l’équipe de Playing For Change : Peace Through Music aient montré une même prédilection pour cette belle chanson qu’est Stand By Me

   

 

Il est d’ailleurs probable que ladite équipe se soit inspirée de la première chanson que Lennon a écrite en solo (en 1969), au moment de mettre en pratique leur gageure à travers le monde (voir « Prends le chorus » du 29 novembre dernier). De Peace Through Music à Give Peace A Chance, il n’y a en effet qu’un pas. Mêmes vibrations humanistes. « Tout ce que nous disons, c’est : donnez une chance à la paix ! » Une autre manière de chanter, à l’instar de Paco Ibañez, que « la poésie est une arme chargée de futur ». C’était la grande époque de « Faites l’amour, pas la guerre ! » Quelle meilleure façon pour John, avec Yoko auprès de lui, de faire passer le message qu’en donnant une conférence de presse dans son lit…

 

   

Dépassé, le mouvement pacifiste ? Périmé le slogan Make Love Not War ? Trop relié à la Guerre du Vietnam ?... Allons donc ! C’est comme si l’on voulait nous faire croire que l’Irak et l’Afghanistan, aujourd’hui, étaient des opérations de maintien de la paix, en oubliant les intérêts financiers sous-jacents… Qui cela trompe-t-il encore ? Baisse la pression (de pétrole ou de gaz), dirait San-Antonio, tu me les gonfles ! Alors que les mêmes laudateurs de la Liberté (de faire du fric) s’assoient gaiement sur les droits de l’homme les plus élémentaires quand il y a des contrats juteux à la clé. Jean Rostand, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Trente ans après d’ailleurs, en 2008 plus précisément, Paul McCartney a montré combien le sujet restait d’actualité. Cet été-là, sur les fameuses Plaines d’Abraham, théâtre final du conflit entre troupes royales anglaises et françaises qui scella le sort de la Nouvelle-France (« Je me souviens »…), il donna un concert inoubliable sous les étoiles, le long du Saint-Laurent où à quelques encablures se détachait l’île d’Orléans du roi Félix. Et que croyez-vous qu’il chanta, en hommage à son ami John ? Après A Day In The Life, signée Lennon et McCartney en 1967, ce fut bel et bien Give Peace A Chance, reprise en chœur par cent mille francophones au diapason. Tous et toutes, à ce moment-là, « Citoyens du Monde »… Comme jadis Jean-Roger Caussimon, comme aujourd’hui Gilbert Laffaille et tant d’autres dont votre serviteur.

   

   

Alors, « Imagine qu’il n’y ait pas de paradis / C’est facile si tu essaies / Pas d’enfer en dessous de nous / Au-dessus seulement le ciel / Imagine le monde entier / Vivant le moment présent. » Oui, « Imagine qu’il n'y ait plus de pays / […] Aucun emblème pour lequel tuer ou mourir / Et aucune religion non plus / Imagine le monde entier / Vivant dans la paix. » Imagine un autre monde où quelques centaines de rats du Cac40 et autres valets de la finance assoiffés de pouvoir ne régiraient plus la vie quotidienne de milliards d’être humains : « Plus besoin d’avidité ou de famine / Une fraternité entre hommes… »

   

   

« Imagine le monde entier / Partageant la planète entière ».
Naïveté ? Utopie ? demandé-je dans « Prends le chorus ».
Tu te dis que je suis un rêveur ?... Que je ne suis qu’un rêveur !
Peut-être bien, mais je ne suis pas le seul ; j’espère qu’un jour tu nous rejoindras et que le monde entier ne fera qu’un… « You may say I’m a dreamer / But I’m not the only one / I hope some day you’ll join us / And the world will live as one. »

L’utopie ou la mort ? Non : l’utopie ET la vie !

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 12:46

Vendanges d’automne (10)

   

 

Il existe une autre façon de faire « la ronde autour du monde », c’est de partager un verre entre amis ou gens de bonne compagnie, comme l’avait bien compris (et surtout si bien écrit) l’un de nos grands poètes populaires contemporains, j’ai nommé Bernard Dimey : « Si tu me payes un verre, on ira jusqu’au bout / Tu seras mon ami au moins quelques secondes / Nous referons le monde, oscillants mais debout / Heureux de découvrir que si la Terre est ronde / On est aussi ronds qu’elle et qu’on s’en porte bien. » Plus qu’à un verre, c’est à une nouvelle cuvée que je vous convie… si ça vous chante : la dixième de nos vendanges phonographiques d’automne de A à Z.

    

Rangées R à T pour cette fois (en attendant donc U à Z) : en même temps que l’hiver, le dénouement approche… Mais d’abord – puisqu’il est question de lui, on ne va pas s’en priver – on trouvera ici deux chansons de Bernard Dimey : celle qui donne son titre à cette page, mise en musique par Cris Carol et interprétée par Serge Reggiani. Et puis, rien que pour le plaisir (« plaisir d’amour » en l’occurrence, car c’est peut-être bien, mine de rien, l’une de nos plus grandes chansons d’amour), un montage vidéo de Michel Simon s’adressant à Mémère (sur une musique de Daniel White). Merveilleux Bernard Dimey qui, le croirez-vous, s’installa juste à côté de moi, à ma gauche, un soir à l’Olympia où Jacques Debronckart y donnait un récital unique (dans tous les sens du terme). Soirée doublement mémorable pour moi. C’était le 6 avril 1981… et moins de trois mois plus tard, le 1er juillet, à deux semaines d’atteindre la cinquantaine, mon illustre voisin méconnu d’un soir s’éclipsait sur la pointe des pieds.

 Quand il est mort le poète, on ne se bouscula pas pour lui rendre hommage. À l’exception notable de Charles Aznavour qui composa tout un album avec lui, d’Henri Salvador (Syracuse…) et surtout de Jacques Debronckart qui ne tarda pas à lui consacrer une émouvante chanson : « Bernard Dimey n’est pas mort le dix mai / On aurait cru qu’il l’avait fait exprès / L’est mort le premier juillet au matin / Et rud’ment bien / Dans son cercueil il avait l’air hautain / Volant à sa hauteur, pour la première / Et la dernière fois de sa carrière / Très haut, très loin / [ …] Un jour, dans quelques années, pas beaucoup, / On vous dira : “Vous l’avez connu ? Vous ?” / Vous partirez vexé, souvenirs flous / Et cœur bien triste / Si j’avais su... bien sûr, si l’on savait / On regarderait les gens de plus près / Quand tombe le rideau, quand part le train / Y a plus moyen. »

 

 

 

 RED CARDELL : Soleil blanc, 12 titres, 44’06 ; production et distribution Keltia Musique (site du groupe).
Quatuor à l’origine, trio depuis, ce groupe de Finistériens célébrera ses vingt ans d’existence en 2012. Composé du batteur Manu Masko, de l’accordéoniste Jean-Michel Moal et du chanteur-guitariste Jean-Pierre Riou (qui écrit tous les textes, les musiques étant collectives), Red Cardell (« fumier rouge » ou « engrais qui court » en breton de Douarnenez mâtiné d’anglais) nous offre ici son dixième album studio (auquel s’ajoute un live) depuis Rouge sorti en 1993. Un bonheur de métissage musical entre héritage breton, rock anglo-saxon et autres influences africaines ou sud-américaines. De la chanson française bien comprise, en somme, tel un creuset dans lequel se rejoignent et s’intègrent toutes sortes d’airs d’ici et d’ailleurs, au service de textes significatifs à l’écriture soignée. « Chaque fois, écrivait Jean Théfaine à propos de leur album précédent, Le Banquet de cristal (Cœur Chorus n° 64, été 2008), c’est le même constat : l’énergie post-punk et le lyrisme corps à cœur qui ruissellent là ont le parfum sauvage des pistes nouvellement défrichées. Difficile d’expliquer l’alchimie qui fait fusionner au plus tripal la guitare rageuse et la voix griffée de Jean-Pierre Riou, auteur-compositeur inspiré, l’accordéon chavirant de Jean-Michel Moal, et la batterie impeccable et les samples inventifs de Manu Masko, mais le miracle est là. » Confirme et signe : se renouvelant d’un album à l’autre, ce « miracle » fait de Red Cardell, à défaut d’être médiatisé à sa juste valeur, l’un des groupes français au long cours les plus originaux et attachants de ces dernières décennies.

 MAURICE REVERDY : 52 chansons vertes et bleues, double album, 34 + 18 titres, 77’44 + 77’08 ; Hacienda Productions, distr. label Éveil & Découvertes (site de l’artiste).
Il ne se considère pas (du tout) comme un « chanteur jeune public » mais revendique le droit d’écrire et de chanter « aussi » des chansons pour enfants. Auteur de trois albums « tout public » en 1980 (Lucidéaliste), 1982 (Énergie bleue) puis 1995 (Et le monde glisse), Maurice Reverdy mène son « Chemin de Bonhomme » d’une scène à l’autre, « une main en musique, l’autre en écriture, s’appliquant à fabriquer du beau ». C’est avec la rencontre de Daniel Thibon, l’auteur de Je reviendrai à Montréal pour Charlebois, que la chanson jeune public est entrée dans son existence. Le fruit d’un travail de commande, 24 petites chansons pour grandir, sur des textes de Thibon qu’il met en musique et enregistre, lui donne goût à la chose ! Il redemande des textes à Daniel, mêle sa propre plume à la sienne, en écrit seul aussi et compose C’est ma planète et autres chansons, nouvel album qui « s’échappe de la petite enfance et jette une passerelle vers ailleurs ». Au printemps 2006, Daniel Thibon tire sa révérence et Maurice se remet à l’établi, seul, pour les Chansons de sous mon chapeau, quinze titres « pratiquement tout public, mais largement imprégnés d’enfance » que l’on trouve, en inédits, aux côtés des deux albums précédents, dans ce vivier de 52 chansons vertes et bleues. À noter entre toutes ces chansons tendres, émouvantes, drôles, mélodiques, toutes d’harmonies douces, très « nature », très « guitare » et résolument écologiques, pour « grandes et petites personnes et inversement », un duo des plus réussi avec Steve Waring, Le nez, c’est nose, et la présence d’un Petit Joueur de flûteau (ici médiévalo-folk !) qui est la première pierre d’un Brassens Bien Brassé (BBB), travail original (autour de vingt-trois titres de Tonton Georges) qui cherche production. Signalons enfin que les Chansons de sous mon chapeau paraîtront « en solo » en mars prochain sous le nom de Chapeau & Co chez le même éditeur.

 
• CHRISTINE SALEM : Lanbousir, 12 titres, 52’58 ; Prod. Cobalt, distr. L’Autre Distribution (site de l’artiste).
Je l’avais rencontrée à ses débuts lors d’un reportage pour Chorus (n° 53, automne 2005) à la Réunion : Christine Salem était alors, avec Nathalie Natiembé et Françoise Guimbert, l’une des pionnières du maloya au féminin, ce blues local auquel Danyel Waro a donné une portée mondiale en reprenant (et en l’enrichissant) l’héritage des anciens. Sur scène, écrivais-je, le charisme et le magnétisme de Christine, sa voix grave aussi, font merveille. Sur disque, la nature essentiellement rythmique du maloya rend l’exercice plus difficile, mais Christine sait le rendre mélodieux, voire mélodique, quand elle le veut, non seulement grâce à son chant et à l’harmonie des voix chorales, mais aussi en associant parfois la guitare, le gambousi (une sorte de luth à cinq cordes) et le dzenzé comoriens (le cousin de la valiha, la harpe malgache) aux instruments traditionnels du maloya (kayamb, rouler, piker, bobre et autres percussions : congas, djembé…). L’essentiel est de toute façon dans le message dispensé, la défense d’une créolité fièrement assumée, s’enracinant autant dans ses origines ethniques que sociales. Lanbousir (« L’Embouchure ») est déjà son quatrième album depuis Waliwa (« Assoiffé ») en 2001. Résultante d’un long voyage initiatique sur les traces de ses ancêtres qui l’a menée de la côte est-africaine aux Comores et à Madagascar – un retour aux racines qu’elle a intitulé Raisinaz –, il constitue pour Christine Salem une sorte d’aboutissement artistique, du personnel à l’universel : des racines à l’embouchure…

 

 

 

 

• LES TIT’ NASSELS : Même pas mal, 14 titres, 44’09 ; Production At(h)ome, distr. Wagram (site du groupe).
Sauf erreur c’est déjà leur septième album en dix ans (Et hep ! en 2000, Bric à brac en 2002, Pareil en 2004 – en fait une compil des deux précédents, mais réenregistrés, et le premier à bénéficier d’une distribution nationale –, Fonds de tiroir en 2005, CRAC ! Crac ! en 2006 et Deux, trois trucs en 2008). On peut même y ajouter un Best Of sorti l’an dernier, Pêle-Mêle. C’est dire si le duo ne manque pas de sujets à traiter et à chanter. Le duo ? Aurélien (alias Axel) et Sophie, tous deux originaires de Roanne. Dix ans donc qu’ils écument les scènes, d’abord de Rhône-Alpes puis du reste de l’Hexagone. Le style ? « Les Tit’Nassels, écrivait Michel Kemper dans leur Portrait de Chorus (n° 47), font dans la chanson gaiement légère, chargée de sens. » Depuis, ils ont creusé ce sillon, celui de la famille chansonnière qui dit des choses graves l’air de rien, ou plutôt sur des musiques enlevées, des mélodies qui tournent, des orchestrations qui chantent. Un titre en particulier résume bien cette démarche, c’est Au royaume des gallinacés, tube musical en puissance brossant un tableau plutôt sombre de l’évolution des mœurs sociopolitiques : « Au royaume des gallinacés / La révolution est en marche / […] Propriétaires les pieds devant / Tous au cimetière en chantant… » Détail, la chanson (qui n’est pas sans faire penser, dans l’esprit, à Poulailler’ song de Souchon) est interprétée en duo (en double duo !) avec Fred et Alice… des Ogres de Barback. Des « volailles », pour le coup, dont on aimerait bien qu’elles fassent l’opinion. 

   

quichote_3.jpg• BERGE TURABIAN : Aznavour en arménien, CD-livre, 13 titres, 52’35 ; autoproduction (site de l’artiste).
C’est une curiosité, une belle histoire et une réussite. Auteur-compositeur-interprète originaire d’Arménie soviétique mais vivant à New York, Berge Turabian a publié plusieurs albums de ses propres chansons ou d’œuvres de poètes arméniens qu’il a mis en musique. Mais, amoureux de la chanson française et racines obligeant, il a voulu adapter Aznavour(ian) dans la langue de leurs ancêtres communs et lui consacrer tout un album, comme il l’explique dans le livret de ce disque sous forme d’une lettre à l’artiste : « Dans les années 70, en Arménie, la culture française avait une présence considérable, surtout la chanson. On connaissait entre autres Aznavour, Brel, Bécaud, Reggiani ou Piaf. Vous vous étiez déjà rendu en Arménie et aviez donné des concerts pour vos innombrables admirateurs. Vos chansons avaient été traduites et publiées et elles étaient souvent récitées comme de la poésie. Mais elles n’étaient pas traduites pour être chantées. » Alors, Berge (qui avait déjà adapté certains titres de Brel, Brassens, Ferré, Trenet, Le Forestier…), s’est attelé à la tâche. « Aujourd’hui, alors que la chanson française a presque disparu du monde musical arménien, il est encore plus impératif de réintroduire les œuvres de ces auteurs-compositeurs pour montrer que la chanson peut avoir un fond poétique, un message, une qualité. »

L’adaptation ? « Elle a parfois été facile et gratifiante, beaucoup plus souvent difficile. C’est ainsi qu’une simple chanson peut vous posséder pendant plusieurs mois… » L’orchestration ? « C’était une autre difficulté. Nous avons maintes fois fait et refait les arrangements avec Tigran [Nanian] pour trouver le juste milieu : nous ne voulions pas que les orchestrations ressemblent à des karaokés et ne voulions pas non plus d’arrangements originaux… » Il en résulte un ouvrage – interprétation incluse, sobre, fidèle et chaude – à la hauteur de l’attente. Et je me félicite d’autant plus d’avoir joué les Messieurs Bons Offices entre Berge Turabian – lecteur passionné de Chorus à New York ! – et les Éditions Raoul-Breton pour aplanir la question des droits d’édition. Le livret comprend tous les textes à la fois en V.O. et en arménien, outre des articles de présentation du projet également traduits en anglais. Bref, un travail à découvrir ; un « Quichotte » de Si ça vous chante à la clé pour distinguer cet amour exemplaire envers la chanson française et bien sûr pour le résultat des plus estimable et respectable auquel il aboutit ici. Comme une Autobiographie (premier titre du disque) de l’auteur de Je m’voyais déjà (qui conclut l’album), jalonnée de bornes incontournables : La Bohème, Emmenez-moi, Mes emmerdes, Mourir d’aimer, Comme ils disent, Hier encore…

 

 

NB. Dans le deuxième volet de ces « Vendanges d’automne » daté du 21 septembre, je présentais le nouvel album de Romain Dudek, J’veux qu’on m’aime, tout aussi excellent que les précédents mais le premier produit par un label reconnu (Le Chant du Monde). « Artiste engagé ? Enragé ? » écrivais-je. « Peut-être bien les deux, mon capitaine ! Dérangeant, ça c’est sûr. Artiste, en somme, avec un A majuscule, qui n’a que faire de plaire à la ménagère de moins de 50 ans ou de complaire à l’animateur télé. Mais qui trace sa route, coûte que coûte, vaille que vaille. » Ce sujet dédié aux mots et à l’amour (cf. Dimey) me permet d’en rajouter une petite couche sur l’auteur de La Poésie des usines (2006), avec une autre chanson tirée de son récent opus n° 5. Malgré la qualité de celui-ci, l’artiste dérangeant dont je parlais reste toujours aussi occulté. Alors, rien que pour nous, ce petit bijou d’amour tendre, histoire de montrer que, pour avoir la rage contre les maux de notre société, et le rock entre les dents, on n’en est pas moins homme, amoureux des mots… et des « simples gens », des enfants et des femmes. Après Mémère de Dimey, L’Amour et les Mots de Dudek ! À chacun sa déclaration d’amour.

(À SUIVRE)

   

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 20:12

La ronde autour du monde

 

Au-delà de son contenu (traitement panoramique de l’actualité de la chanson française et de l’espace francophone, incursions régulières dans le patrimoine et quête permanente de nouveaux talents), ce qui a rendu définitivement « mythique » la revue Chorus (qualifiée tout au long de son existence d’organe de référence, de « bible » de la chanson), c’est sans nul doute l’esprit que son équipe avait su lui insuffler dès sa création. Des valeurs de fraternité et de solidarité en lesquelles tout amateur de chanson vivante se retrouvait naturellement. Car plus que la revue des chanteurs, plus que la revue du « métier », Chorus (comme l’indiquait d’ailleurs son sous-titre, « Les Cahiers de la chanson ») était d’abord et avant tout la vitrine de la chanson, celle-ci n’étant rien de plus mais rien de moins que l’expression artistique la plus populaire, universelle et authentique qui soit ; sa faculté première, son essence même, étant de jouer à saute-mouton avec les frontières physiques et mentales de toutes sortes. En un mot, l’« incarnation » de l’idée humaniste qui a toujours guidé notre démarche.
 

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? Peut-être parce qu’un an vient de sonner à l’horloge de Si ça vous chante, un an à continuer de faire chorus… sans Chorus. Reviendra ? Reviendra pas ? La position unique que cette revue atypique occupait dans la presse musicale francophone autorise à penser que sa renaissance s’inscrit dans l’ordre naturel des choses. Surtout sachant que son équipe reste sur le qui-vive, toujours aussi motivée, prête à reprendre du service d’une saison à l’autre… et que ses lecteurs ne cessent, urbi et orbi, en France comme à travers l’espace francophone, de s’en déclarer « orphelins ».  

 

En attendant, peut-être, ce sujet – le premier de l’an 02 de Si ça vous chante – est l’occasion de saluer le travail d’une autre équipe (américaine, celle-ci) qui, convaincue comme nous de l’importance de la chanson, dans la lutte nécessaire contre les inégalités, les préjugés, le repli sur soi (et les malheurs ordinaires ou catastrophes extraordinaires qui en découlent), a eu cette idée magnifique de faire interpréter un standard mondial en direct (et de le filmer en temps réel) à travers le monde par nombre d’artistes de cultures différentes. Une chanson, Stand By Me (Reste près de moi, de Ben E. King, 1961), puis deux (avec Don’t Worry, du Français Pierre Minetti), puis trois, puis bientôt tout un album, du fait de la complicité généreuse des participants et du résultat génial de l’entreprise (des voix nouvelles, des instruments, des chanteurs et groupes divers venant s’ajouter les uns aux autres ou s’y substituer, faisant fi des fuseaux horaires et des latitudes : une incroyable performance technique et artistique !).

 Au final, tout un album, Songs around The World (Chansons autour du monde), et un documentaire, Playing For Change : Peace Through Music (Jouer pour le changement : la paix à travers la musique), récompensé en 2009 d’un Oscar aux États-Unis. Nul besoin de commentaires : il suffit d’écouter, de regarder… et de se régaler. En se disant que dans ce monde trop souvent inhumain, au profit toujours (mais de façon toujours plus prégnante) de la rentabilité immédiate, il est heureusement à toutes les époques des individus – et des chansons – pour tenter d’enrayer les maux qui nous étouffent et nous éloignent ; alors que les mots mis en musique nous lient et nous rendent plus forts.

 

Un demi-siècle avant ce Playing For Change, souvenez-vous, mes aïeux, c’était en 1955, un autre film exaltait le même esprit de compagnonnage et de fraternité universelle, Si tous les gars du monde. Réalisé par Christian-Jaque (avec au générique les jeunes Georges Poujouly et Jean-Louis Trintignant notamment), il était inspiré d’un poème du « prince des poètes » Paul Fort (oui, celui du Petit Cheval blanc de Brassens), La Ronde autour du monde : « Si toutes les filles du monde voulaient s’donner la main / Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde / Si tous les gars du monde voulaient bien êtr’ marins / Ils f’raient avec leurs barques un joli pont sur l’onde / Alors on pourrait faire une ronde autour du monde… »

Le succès du film et de la musique de Georges Van Parys inspira à son tour l’auteur dramatique Marcel Achard qui écrivit la chanson éponyme, enregistrée aussitôt par Les Compagnons de la chanson (puis par nombre d’autres interprètes) : « Si tous les gars du monde / Décidaient d’être copains / Et partageaient un beau matin / Leurs espoirs et leurs chagrins / Si tous les gars du monde / Devenaient de bons copains / Et marchaient la main dans la main / Le bonheur serait pour demain… »

 

Naïf ? Utopique ? Sans doute. Mais d’abord, quel mal y a-t-il à faire chorus quand cela nous fait du bien ? Et puis, comme me l’a dit un jour Paco Ibañez, « une chanson, ce n’est jamais que quelques mots, ce n’est que trois minutes dans le cours du temps, mais une seule seconde peut être d’éternité. En fait, le pouvoir de la chanson est énorme, et tout à fait inexplicable : elle nous entraîne vers des limites que, peut-être, nous n’atteindrions pas sans elle, et c’est cela notre destin : croire à l’utopie. » Oui, si tous les gars du monde…

 

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Published by Fred Hidalgo - dans La Chanson vivante
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