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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 12:45

Un an de vendanges enchantées 
 

Alors que Si ça vous chante célèbre aujourd’hui son premier anniversaire, le prochain millésime sera décrété « Année Brassens ». Il y aura en effet trente ans en 2011 que le bon Georges nous a quittés. Enfin, « quittés », façon de parler, car il nous accompagne toujours, nous tous derrière et lui devant. Toujours aussi modeste, simple et prêt à trinquer avec autrui... malgré les usages qui se perdent, « Car aujourd’hui, c’est saugrenu / Sans être louche, on ne peut pas / Trinquer avec des inconnus / On est tombé bien bas, bien bas... » (La Rose, la Bouteille et la Poignée de mains). Le « Mécréant » traitait volontiers du sang de la terre en chanson, qu’il parle du temps du Grand Pan (« La plus humble piquette était alors bénie / Distillé par Noé, Silène et compagnie / Le vin donnait un lustre au pire des minus / Et le moindre pochard avait tout de Bacchus… »), ou d’un coin pourri du pauvre Paris abritant un vieux Bistrot (« Si t’as le bec fin / S’il te faut du vin / De première classe / Va boire à Passy / Le nectar d'ici / Te dépasse »). Sans parler de son ode au Vin, tout simplement, qu’il appelait « le bon lait de l’automne »…

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L’occasion, tout en poursuivant ces vendanges 2010 (opus n° 9), de vous offrir un document exceptionnel de 1957 (enregistré le 12 juin par l’ORTF), où l’on voit le « patron » de la chanson française interpréter cette chanson, parmi ses copains. « On conte que j’eus / La tétée au jus / D’octobre... / […] En guise de sang / (Ô noblesse sans / Pareille !) / Il coule en mon cœur / La chaude liqueur / D’la treille... / […] Au ventre replet / Rempli du bon lait / D’l’automne... » On y reconnaîtra le moustachu René-Louis Lafforgue (Julie la rousse…) à ses côtés, mais aussi, en y prêtant attention (au début du document, sur la gauche), un certain Roger Riffard, grand « chansonneur » scandaleusement ignoré des dictionnaires et dont la disparition elle aussi passa inaperçue, la Camarde venant s’en saisir le 28 octobre 1981… vingt-quatre heures seulement avant Brassens : « Que vienne le temps / Du vin coulant dans / La Seine ! / Les gens, par milliers, / Courront y noyer / Leur peine... »

 

• NOGA : Miel & Poivre, 13 titres, 45’42. C’est en 2006 que Noga, ACI née en Suisse, fait ce qu’elle estime être son « entrée en chanson » avec l’album Rien de neuf sauf les bulles (auparavant, en effet, elle a vécu une autre vie musicale, adaptant et enregistrant notamment Kurt Weill en jazz, sous le nom de Noga & Quartet). Ce Miel & Poivre, mélange de sons et de couleurs apparemment contradictoires, comme son titre l’indique, a été conçu entre l’été 2008 et le printemps 2010 pour sortir cet automne. Définition de l’album par l’intéressée ? « Pfff ! répond-elle. Je fais de la chanson. De la “chanson-jazzy”, comme ils disent. Jazzy, pas jazz… Jazz sans alcool, vous voyez un peu ? De la chanson-jazzy-world. World comme nomade. De la chanson-jazzy-world-eat-pray and love. “Eat, pray and love”, oui, je revendique ! Encore des mots-clefs ? Populaire comme simple. Simple comme s’émerveiller. S’émerveiller comme Frank Capra. Capra comme La vie est belle. La vie est belle comme deux niveaux de lecture. Lecture comme histoires. Histoires trempées dans la réalité mais abordées dans la joie. La joie comme une arme revendiquée. Revendiquée comme ma chanson Oser. Oser comme “être la rebelle qui voit la vie belle”… » Voilà, vous savez tout ou presque : ne reste plus qu’à écouter Noga sur son site (et plus si affinités). Production GoElan (Genève), autodistribution (site de l’artiste).

• PASCAL PARISOT : Bêtes en stock, 14 titres + versions instrumentales, 69’27. Après trois albums en l’espace de six ans (Rumba, 2000 ; Wonderful, 2003 ; Clap ! Clap !, 2006) et un autre de reprises yéyé (Radiomatic), début 2006, Pascal Parisot nous revient avec un bel opus jeune public à mettre entre toutes les oreilles. Voix toujours aussi nonchalante, mélodies tranquilles et entêtantes, sonorités un brin désuètes teintées de bossa nova, textes ciselés où les mots s’amusent. Pour parler de souris qui ont la tête de maman, de caniches qui rôdent dans les bois, de mouches qui empêchent les enfants de se lever pour aller à l’école, de vaches espagnoles qui parlent mal anglais… Un bien curieux bestiaire en chansons qui s’amuse surtout des bêtes que nous sommes. Prod. et distr. Naïve (site de l’artiste).

• MAXIME PIOLOT : Fais confiance… mais attache ton chameau, 12 titres, 38’28. Naissance à Toulon, de parents bretons, enfance entre l’Afrique et la Bretagne. Débuts au théâtre (avec Lavelli, Peter Brook, Jérôme Savary…), puis premier album en 1974 (Cinq jours de pluie) et Prix du public en 1976 au Festival de Spa. Outre son activité d’écrivain de nouvelles, de contes musicaux et d’auteur dramatique (13 pièces de théâtre), d’animateur et de conférencier, Maxime Piolot est comme un baladin moderne, un trouvère toujours sur les routes, souvent à l’étranger, d’où il tire son inspiration (cf. son Rimbaud à Djibouti du précédent opus de 2009, Le temps qui nous est donné : « As-tu écrit des poésies / Rimbaud / À Djibouti / Un soir de fièvre ou le temps d’un sanglot / D’une insomnie ? […] Au lac Assal, à Tadjourah / La poésie ne s’écrit pas / Chacun la chante, elle est partout / Sur les visages et les cailloux… » – pour mémoire, voir Ballade en mer rouge dans ce blog). Ce nouvel opus, qui sort fin novembre, est le dix-huitième en trente-six ans. Il le cosigne avec Corinne Schorp au chant, et principalement Christian Desbordes aux musiques. Autoproduction, distr. Coop Breizh (site de l’artiste).

• POÈTES DE LA NÉGRITUDE (mis en musique et chantés par Bernard Ascal) : 50 ans – Les Indépendances ; double album, CD1 : Voix fondatrices, 21 titres, 52’40 + CD2 : Avant, ailleurs, aujourd’hui, 23 titres, 61’16. Cet anniversaire – un demi-siècle d’indépendance pour les anciennes colonies françaises – a donné lieu cette année à de multiples commémorations. Pour sa part, Bernard Ascal, auteur-interprète (et directeur artistique de la collection Poètes & Chansons chez EPM), a choisi de rassembler son travail de mise en musique des poètes d’expression française issus d’une quinzaine de pays africains et de l’océan Indien, mais aussi des Antilles (Aimé Césaire), de Guyane (Léon Gontran Damas) ou d’Haïti (René Depestre). Un livret de 22 pages présente tous ces poètes et rappelle l’avènement majeur du « Mouvement de la Négritude » qui, selon Bernard Ascal, « partage avec le Surréalisme d’avoir affirmé que l’expression poétique constituait la forme la mieux à même d’ébranler les consciences et de miner les chapes des certitudes. C’est un événement exceptionnel dans l’histoire d’une langue d’autant qu’il advient dans une période de doute envers elle et les valeurs dont elle est porteuse. Mais, alors que le Surréalisme choisit de rester en marge du pouvoir politique, le Mouvement de la Négritude relève le défi et prend sa pleine part des responsabilités… » Ce double album (qui constitue le 64e titre de la collection Poètes & Chansons) a reçu un Coup de Cœur de l’académie Charles-Cros. Prod. EPM, distr. Socadisc (site de « Poètes & Chansons »).

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• TOM POISSON :
Trapéziste, 12 titres, 35’43. Un vieux chanteur, mort de trac en coulisses, juste avant d’entrer en scène pour la dernière fois de sa carrière : c’est le point de départ de ce quatrième album (le premier, Tom Poisson fait des chansons, remonte à 2004). On y trouve ensuite de la méchanceté jubilatoire, du bonheur ahuri de flâner dans l’herbe avec ceux que l’on aime ; on y parle des amours englouties, du temps qui reste, de la renaissance après la maladie, de la difficulté de rester altruiste dans un monde individualiste…Tom traite simplement des choses (importantes) de la vie : nos liens, nos chaînes, nos victoires et nos ratages. « Je repousse mes limites avec délice sur chacun de mes albums », explique Tom. Fred Pallem (Le Sacre du Tympan) signe une réalisation qui vient renforcer la sincérité du tout, en mêlant habilement les guitares folk aux guitares électriques. « Il a eu carte blanche pour arranger, coloriser, réaliser, malaxer la matière brute que je lui ai confiée. » C’était risqué, mais c’est (Sacrément) réussi ! Production La Familia & LQCG, distr. L’Autre Distribution (site de l’artiste)

quichote_3.jpg• ALEXANDRE POULIN : Une lumière allumée, 12 titres, 53’28. Après un premier opus paru en 2008, qui lui a valu une nomination au Gala de l’ADISQ dans la catégorie Révélation (car le jeune homme est québécois), Alexandre Poulin monte en puissance avec ces chansons au contenu encore plus personnel et aux arrangements intimes et chaleureux, mariant habilement l’émotion des textes à la musique – synthèse des multiples influences revendiquées par l’artiste : de Dylan et Neil Young à Brel et Brassens en passant par Paul Piché et Harmonium. Mention spéciale à la chanson éponyme, portée par une voix délicate mais vibrante : « Je suis propriétaire d’une terre qui n’est pas à vendre / J’suis tout sauf millionnaire, je n’ai que du p’tit change / Je suis tout c’qu’on pense et on pense beaucoup / J’suis Amérique et France, tout ça mis bout à bout / Je suis arpents de neige, je suis fleuve de fierté / Je suis de ceux qui rêvent d’un pays “juste à moé” / Je suis… » (Une lumière allumée). Ainsi qu’à celle retraçant l’arrivée de ses ancêtres en Nouvelle-France, récit poignant sur un rythme crescendo : « Mes enfants grandiront ici / Dans l’abondance et la beauté de ce pays / Ils seront fiers de qui je suis / Et jamais ils ne connaîtront… la misère de Paris / La misère de Paris. » Un album touchant et prometteur… pour le moins ! Qui vaut bien, d’ores et déjà, un « Quichotte » de Si ça vous chante. Production Les Disques Victoire, Montréal (site de l’artiste). 

• MIQUEL PUJADO : A contraveu, 14 titres, 61’07. On a commencé ce sujet avec Brassens, on le termine (indirectement) avec lui. En effet, dans le premier dossier spécial de Chorus consacré à Tonton Georges (n° 17, automne 96), je présentais ainsi le chanteur catalan Miquel Pujado : « Amoureux de Brassens, qu’il a traduit, chanté et enregistré en catalan (une trilogie est en cours de parution), grand amateur et connaisseur de la chanson française (il prépare une anthologie personnelle en catalan), auteur-compositeur-interprète (il compte une dizaine d’albums à son actif depuis 1982), Miquel Pujado est sinon le plus atypique des chanteurs catalans, sans aucun doute le plus francophile des catalanistes chantants. » Depuis, non seulement Miquel a mené tous ses projets ou presque à bien, continuant à publier de nouveaux albums (comme celui-ci dont le titre À contre-voix, littéralement, peut également s’entendre À contre-courant), mais il a travaillé aussi cette année à la création d’un spectacle, à Barcelone, avec le comédien-chanteur Ferran Frauca, « consacré à des chansons françaises dramatisées, qui racontent une histoire ou qui mettent au moins un personnage en scène ». Il a ainsi adapté Le Souffleur (Reggiani), La Grande Farce (Escudero), Rosy and John (Bécaud), Non, je n’ai rien oublié (Piaf), Le chef d’orchestre est amoureux (Montand), le monologue de Plume d’Ange (Nougaro), etc. De plus, une troupe de Barcelone a présenté l’an passé, au Teatre Raval, un spectacle sur Boris Vian avec plus de vingt chansons et poèmes adaptés par lui en catalan. Enfin, il prépare pour l’an prochain un double CD avec l’intégrale de ses adaptations de Brassens (40) et un spectacle (Brassenswing), avec un trio de jazz. Production Columna Musica, Barcelone (site de l’artiste et en version française)
 

 

D’autre part, pour qui s’intéresse à la chanson d’outre-Pyrénées, à la cançó catalane comme à la canción espagnole, signalons que Miquel a adapté en catalan (« fifty-fifty » avec Joan Isaac qui en est l’interprète) douze chansons de Luis Eduardo Aute (prononcer Aouté), l’un des cantautores (auteurs-compositeurs-interprètes) majeurs du monde hispanophone. On retrouve d’ailleurs celui-ci en duo avec Joan Isaac dans six titres de cet album, Auteclássic (du fait de son traitement musical), qui s’achève par la très poétique Al Alba (À l’aube), l’une des trois chansons emblématiques de la résistance au franquisme, avec L’Estaca (Lluís Llach) et A galopar (Paco Ibañez). Une chanson à la fois sibylline, pour raisons de censure, et suffisamment éloquente pour être comprise de tous (ayant été écrite à… l’aube des dernières exécutions politiques du franquisme), que l’on peut découvrir ci-dessus par son auteur, en concert, seul à la guitare, ou l’écouter dans une version exceptionnelle, entièrement a cappella, en cliquant ICI : ce lien mène en effet à une page qui permet d’écouter tout un spectacle de l’artiste. Production de Auteclassic : Sony Music Espagne (site de L.E. Aute). 

NB. Pour rappel, à l’attention des privilégiés possédant la collection complète de Chorus, le n° 1 (automne 1992) consacrait une dizaine de pages à cet « artiste total » (Aute est également artiste-peintre et réalisateur de films, ayant été jadis assistant de Manckiewicz, Max Ophuls ou Maurice Ronet), lequel y signait aussi un témoignage exclusif sur sa dernière rencontre avec « Don Ata », le « maestro » (argentin) de la chanson hispanophone, disparu quelques mois plus tôt : un certain Atahualpa Yupanqui, considéré comme… « le Brassens latino-américain ».

(À SUIVRE) 

    

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 17:59

 Vendanges d’automne (8)


Chose promise, chose due : au grand galop ou en prenant le temps de gambader un peu, voici la suite de nos vendanges d’automne – la huitième récolte de la saison. Où les « petits » vins de terroir, des régions de France, de Nouvelle-France, d’Helvétie ou d’ailleurs font la nique aux crus les plus commercialisés. Il est vrai que le fruit desdites vendanges résulte surtout d’un coup de foudre (de qualité supérieure). Je vous invite donc à reprendre nos vendanges d’amour là où nous les avions laissées (au début du sillon « M ») ; cette balade enivrante d’un château l’autre, n’ayant de sens que dans le partage convivial entre amateurs de palais fins (entre « chorusiens », avez-vous dit ?) : oui,
« Nous les referons ensemble / Nous les referons ensemble / Demain, les vendanges de l’amour / Car la vie toujours rassemble / Oui, la vie toujours rassemble / Malgré tout, ceux qui se quittent un jour… »

 

Vous connaissez la musique ? L’échanson de la chanson propose des échantillons. Mais il revient ensuite à chacun de poursuivre la dégustation (via les liens directs sur lesquels il suffit de cliquer en fin de « chronique »… comme on débouche une bonne bouteille). Après, c’est la surprise du chef : chacun ses goûts, ses couleurs (blanc, rosé ou rouge ?), ses terroirs de prédilection… et sa durée préférée de maturation. Mais bouquetés, fruités, capiteux, âpres, moelleux, râpeux, généreux ou clairets, longs en bouche ou encore un peu verts, tous les châteaux et les palais qui suivent valent la visite. Car « Mon palais, dirait Jean Ferrat, ce n’est pas un palais comme les autres / Mon palais et la foule assemblée / Cette complicité qui fait qu’on se connaît / Sans être présenté / Par la vertu des mots, magie de la musique… » Suivez le guide !

• XAVIER MÉRAND : Phare Ouest, 12 titres, 45’42. Après un premier galop d’essai en 2005 (Toutes les histoires ont une chanson) et cinq ans passés à écumer les scènes et à travailler sa plume aux côtés de Claude Lemesle, Xavier Mérand jette l’ancre le temps d’un second album pour lequel il a demandé à douze artistes différents de mettre ses textes en musique (dont Roucaute, Romain Didier ou Ignatus). À noter un duo croustillant (Paradis rose) avec Agnès Bihl. « Xavier, écrit Alexis HK (un de mes artistes préférés de la « Génération Chorus »), je l’ai vu sur scène dans un théâtre de poche. Il est arrivé la main posée sur l’épaule d’un de ses partenaires pour lui servir d’yeux, car il n’y voit pas, ou très peu… Puis il a chanté qu’il était “bigleux” justement, puis plein d’autres chansons où c’est lui qui nous a montré bien des choses de la France des comptoirs et des grèves de train, éclairci l’atmosphère par son charme et son autodérision. […] Le public a suivi le sourire aux lèvres les histoires du drôle d’oiseau aux yeux brillants de malice et de plaisir. […] En repartant, je me suis senti moins aveugle, je voyais différemment… » Autoproduction et autodistribution (site de l’artiste).

• MILLY : Des histoires d’hommes, 13 titres, 43’26. Un premier album d’une maturité prometteuse. Il est vrai que si Milly a écrit (et co-composé) la plupart des chansons, cette jeune femme à l’accent vocal aigu, délicat mais assuré, a bénéficié du soutien de Gabriel Yacoub et Sylvie Berger (La Bergère), ainsi que de Valentin Akriche, Christophe Devillers et Michel Goubin à la réalisation. De ses influences diverses, anglo-saxonnes ou françaises, reste le goût pour la musique vocale, acoustique et la transmission. Un univers à contre-courant, des portraits, des tranches de vie, de l’énergie et de la sensibilité au service d’un voyage hors du temps. Coproduction Événement Productions & Le Roseau, distr. Harmonia Mundi (site de l’artiste).

• FRANÇOIS MOREL : Le Soir, des lions…, 14 titres, 45’47. Trois ans après Collection particulière, voici le Morel (François) nouveau, avec un titre éponyme (mais en V.O., La Sera, leoni…), prétexte à un bel canto endiablé avec Juliette aux chœurs et Nino Rota au cœur. Textes joliment ciselés, mis en musique et en mélodies par le fidèle complice Reinhardt Wagner (ex-Jacques Bertin) et par Antoine Sahler, « le pianiste sur lequel, écrit Morel, on n’a pas envie de tirer », avec du beau monde au casting instrumental. Il y a du Bourvil et du Boris Vian chez François Morel : du premier il affiche la gouaille tendre et candide, du second la fantaisie acérée et mordante. Faut pas exagérer, nous répondrait-il en écho à la chanson d’ouverture, fausse vantardisse de fier-à-bras pas dupe, où l’auteur se compare en vrac et tout à trac à Rambo et Picasso, Corneille et Clooney, Sacha Guitry et Émile Louis… Quand il était petit, François ne savait pas s’il préférait devenir comédien, humoriste, auteur ou chanteur. Alors, il est devenu tout ça à la fois, tel un touche-à-tout d’égal talent. Au final, ici, l’ex-Deschiens (Yolande Moreau participe d’ailleurs à un titre, La Fille du GPS) nous balade du rire aux larmes ; et c’est avec beaucoup de plaisir qu’on effectue la visite. Productions de l’Explorateur, distr. Polydor (site de l’artiste).

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• JEAN MOUCHÈS : Quand j’avais encore mon troupeau d’éléphants…, 14 titres, 60’44. Voici un des artistes de la « Génération Chorus » (non seulement que j’apprécie le plus mais surtout) dont je ne m’explique pas la discrétion médiatique à son égard. « Dans sa famille chanson (avec le grand-père Trenet, le père Boby Lapointe, l’oncle Nougaro, le grand frère Laffaille et les cousins Cabrel ou Beaucarne), ne manquez surtout pas de demander le petits-fils : vous en redemanderez ! À son image, nonchalante en diable, son répertoire balance entre la ballade du Néandertal et la fin du monde, frappé d’une voix tendre et faussement fragile. Rien d’autre, en somme – à travers un répertoire jubilatoire conjuguant finesse d’écriture et variété musicale (du blues au rap) – que l’histoire de l’Homo Sapiens. » Rien à retrancher à ces lignes que j’ai écrites en… 1998 (pour Chorus n° 23), après la sortie de La Malédiction du caméléon (un Cœur Chorus, d’ailleurs) ; ses deux précédents albums empruntant à une même thématique zoologique (Tango chevalin et autres chansons, 1988 ; En descendant du singe…, 1993), ainsi que les deux suivants : Du coq à l’âne en 2000 et Pattes de mouche, fin 2001. Il aura donc fallu attendre (hors CD jeune public) neuf ans pour que nous arrive enfin ce sixième opus. Enregistré en public « comme à la maison » (avec ses excellents et fidèles complices Jakes Aymonino à la guitare et Michel Macias à l’accordéon), si sa production ne peut prétendre à la qualité d’un album studio, son contenu présente l’avantage d’offrir à la fois des titres inédits et d’autres « revisités », dont un Sac d’embrouilles délirant en bonus cadeau – « Mais est-ce bien un cadeau ? » s’inquiète ce drôle de fabuliste de la chanson. Autoproduction, distr. Mosaic Music (site de l’artiste).

• MOUSS & HAKIM : Vingt d’honneur, double album live, 25 titres, 92’16. Deux décennies d’activisme musical déjà pour les deux frères Amokrane, ex-Zebda ou 100% Collègues, devenus Mouss et Hakim lors du festival « Origines Contrôlées » qu’ils ont créé à Toulouse en 2005. Ce double album conçu pour célébrer l’événement est un véritable bonheur d’échanges, de rencontres et de partage. Et s’il n’y avait qu’un message à tirer de leurs chansons (originales ou adaptées de symboles de l’exil et du combat politique maghrébin, tels que Matoub Lounès, Slimane Hazem, Cheikh El Asnaoui, Lounis Aït Menguellet ou Idir), ce serait que la fraternité n’a pas de papiers. Ajoutez-y des standards de la résistance aux impéralismes fascistes ou nazis comme L’Estaca, Bella Ciao, El Paso del Ebro ou Le Chant des Partisans, et comme le public qui les reprend en chœur dans la joie et la bonne humeur, comment ne pas se sentir Motivés ? Bonne route, les frangins ! Production Tactikollectif, distr. L’Autre Distribution (site du duo).

• MICHÈLE MÜHLEMANN : Les Pires Espoirs, CD 14 titres + 1 titre caché, 61’50 (+ DVD du concert). On l’a découverte en duo du temps de « Mimi et Clode », prix « Meilleur espoir » 1992 à la Médaille d’or de Saignelégier, en Suisse (car « Mimi », née dans l’ex-Zaïre, a grandi au pays de Guillaume Tell), et finalistes de la Truffe de Périgueux 1994 (un album live en mai 1995) ; on l’a retrouvée en solo en 1997 à la ville (Toulouse) comme à la scène (un premier album, Amourdeuse, en 2001). Depuis Michèle Mühlemann, ACI nourrie au biberon de Renaud et de Perret dans son enfance, a multiplié les spectacles (dont un double Whisky-Chocolat, enregistré en public et en « trio » en 2008) et engrangé les prix d’un tremplin à l’autre… sans parvenir à accrocher l’oreille des médias nationaux (vous avez dit parisianistes ?). Dommage… pour eux. Mais surtout pour le public ! Vous pourrez en juger à l’écoute de cet album enregistré à la Salle Nougaro de Toulouse, mais plus encore en regardant le DVD du concert (entre récital et café-théâtre, car la belle n’a pas la langue dans sa poche) qui montre bien l’énergie, l’humour et la maîtrise de l’artiste (qui n’hésite pas à changer de tenue devant le public !). Sa tendresse aussi quand elle le veut. Accompagnée de trois excellents musiciens multi-instrumentistes (Loïc Laporte, Frédéric Cavallin et Thierry Roques), on la voit arriver jusqu’à la salle à cheval, guitare en bandoulière ; le DVD (réalisé par Marc Khanne) s’achevant par un joli portrait-interview, entrecoupé de bribes de répétitions. À noter que certains titres de Michèle ont été mis en musique par Manu Galure, comme J’aime pas les choses (« Quoi qu’il y ait bien une exception / Mais là, ô rage, ô déception / Elles n’ont de choses que le nom / Et elles appartiennent aux garçons » !). Orphée Productions, distr. Mosaic Music (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• NIOBÉ : Manifeste, 12 titres, 45’15. Jean-Pierre Niobé, originaire de la région angevine, s’oriente d’abord vers le théâtre avant de monter un tour de chant en 1990. En 1994, sa rencontre avec Lionel Tua, un comédien qui écrit des textes de chansons, se révèle décisive : un premier album remarquable, Rêves de comptoir, paraît un an plus tard. Deuxième opus en public, Le Nanalphabète, en 1999, concerts (plus de cinq cents à ce jour), Festival d’Avignon, petites salles parisiennes… puis sortie en 2004 d’un troisième CD (…De l’humain dans nos affaires), distingué aussitôt par un Cœur Chorus (n° 50) et un Coup de Cœur de l’académie Charles-Cros. Voici aujourd’hui un Manifeste des plus éloquent et des plus riche quant à l’orchestration, marqué par la découverte de la Réunion. Niobé bénéficie en effet de l’apport aux instruments, au chant voire à la prise de son pour certains titres du groupe Zong et surtout de l’excellent accordéoniste chanteur René Lacaille (Mé sauvé, La Saison sèche…). Superbes titres où Niobé, interprète et mélodiste sensibles, s’essaie au kayamb entre les cuivres, les cordes et les claviers. Superbe album où l’humain reste au cœur des préoccupations, bravant les moulins à vent : « Chez moi comme chez vous autres / Le monde court à nos pertes / Je n’demande rien d’autre / Que les portes restent ouvertes… » Forcément, un « Quichotte » de Si ça vous chante ! Coproduction Collectif Crock’Notes et Tonton La Prod, autodistribué (site de l’artiste).

(À SUIVRE)

 

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 11:00

Dans la rue et sur la route

Nouvelle plongée dans le temps, cette fois jusqu’au Paris de Bruant, au début du XXe siècle, avec un « long format » de quatre disques produit par EPM (vous savez, le label que François Dacla, évincé de chez RCA par ses propriétaires américains, créa en 1986 avec le soutien de Léo Ferré qui choisit alors, en guise de représailles – « Et Puis Merde ! » ; d’où ce nom : EPM… –, de quitter la multinationale pour suivre Dacla). En l’occurrence, et pour la première fois, toutes les chansons et la plupart des monologues écrits par Aristide Bruant sur Paris.

 

En fait, l’intégrale – et dans l’ordre exact choisi par leur auteur – de ses recueils de textes Dans la rue mais aussi Sur la route. Ses chansons Urbi et orbi, quoi ! Conçu par Jean Buzelin (en collaboration avec Marc Monneraye), ce digipack d’anthologie (dans tous les sens du terme) s’inscrit naturellement dans le sillage de la fameuse collection « Poètes & Chansons » lancée chez EPM par le regretté Marc Robine. Une collection dans laquelle, en 2002, déjà, il avait réalisé un Aristide Bruant chanté par plusieurs interprètes (et Bruant lui-même pour un titre), que Bernard Ascal poursuit aujourd’hui dans le même esprit et avec un même souci de qualité.

Robine


L’occasion d’un bref arrêt sur image sur l’ami Marc (disparu en août 2003, il cumulait de multiples talents, d’auteur, de compositeur et d’interprète bien sûr, mais aussi d’arrangeur, de collecteur, de réalisateur, d’historien, de biographe… et de journaliste à Paroles et Musique et Chorus surtout), que l’on peut retrouver en cliquant ICI, dans l'émission Bouillon de Culture à laquelle Bernard Pivot l’avait convié le 25 novembre 1994 (il y a presque seize ans jour pour jour) pour présenter sa monumentale Anthologie de la chanson française. On le voit entonner, suivi par Marcel Amont, autre invité de cette mémorable émission culturelle, un extrait de la fameuse chanson de Bruant, Les Canuts, devant un Pivot visiblement ravi (NB : l’intégrale de cette émission est téléchargeable individuellement sur le site de l’INA). Les Canuts qui figure évidemment dans le quatrième CD du digipack, Aristide chante Bruant (et autres « enregistrements historiques » : vingt-six titres gravés de 1898 à 1933), et dont le contenu, hélas, reste fondamentalement d’actualité : « Mais notre règne arrivera quand votre règne finira / […] Nous tisserons le linceul du vieux monde / Car on entend déjà la révolte qui gronde… »

 

Pour le reste, les trois premiers CD proposent quatre-vingt-quatre titres enregistrés au fil du temps par de grands interprètes (Monique Morelli, Germaine Montero, Patachou, Marc Ogeret – qui lui consacra en 1978 un superbe coffret de quatre 30 cm, 60 chansons et monologues – ou Yves Montand avec Les Canuts, justement, qu’il mit en boîte en 1955) ; et tout récemment, en 2009, par Jean Weber et surtout Yves Mathieu (treize morceaux à lui seul). À noter que ce dernier, dit Vivi, est le patron actuel du Lapin Agile à Montmartre (rue des Saules), que Bruant racheta, pour le sauver, le 15 mars 1913, alors que Frédéric Gérard, dit Frédé, en était le gérant. En 1922, Bruant le revendra au fils de Frédé, Paul Gérard, dit Paulo – lui-même beau-père d’Yves Mathieu qui, dès sa jeunesse, l’entendait chaque jour chanter et réciter Bruant comme celui-ci le lui avait appris…

« C’est là (devant le Lapin Agile), écrit Pierre Mac Orlan, que pour la première fois, je vis Aristide Bruant, tel que la célèbre lithographie de Toulouse-Lautrec l’a rendu populaire. » Le miracle est que ce petit lieu (mais haut lieu de l’histoire de la chanson française) soit resté de nos jours identique (et toujours bien vivant) à ce qu’il était à l’époque ! Fréquenté au long de son histoire par la fine fleur du monde artistique (Toulouse-Lautrec et Mac Orlan, donc, mais également Max Jacob, Picasso, Francis Carco et tant d’autres à l’instar de Rimbaud), c’est aussi au Lapin (anciennement « à Gill », du nom du peintre de l’enseigne) que Ferré rencontra Caussimon ou que Nougaro fit ses débuts.

 

Pour le plaisir, je vous propose un extrait d’un film intitulé Le Music-Hall francais, dont les images datent de 1910. On y voit plusieurs figures importantes, parmi lesquelles, fugacement certes, mais quand même, Frédé du Lapin Agile, Gaston Montéhus… et Aristide Bruant en personne ! Un véritable document où déjà il était question du débat engagé entre « la chanson qui charme et la chanson qui lutte »... Et puis quelques montages vidéos qui permettent de se replonger dans l’univers de ce géant de la chanson dont Pierre Mac Orlan disait encore ceci : « Parmi les grandes figures de la compagnie du Chat Noir […], Bruant est une des plus émouvantes, parce que sa personnalité est celle de l’expérience des rues et, quelquefois, des routes. Comme tous les poètes dominés par la lueur d’une révélation exceptionnelle, il échappa à toute critique. Ses chansons […] sont autant de vérités premières dans la chronique sentimentale des rues de Paris. »

Citons pour mémoire, parmi les œuvres du « Maître de la rue », comme l’appelait Anatole France : À Batignolles, À la Villette, À Montpernasse, À Montmerte, À Saint-Lazare, À la Roquette, À la Glacière, À Grenelle, À la Madeleine, À la Chapelle, À la Bastille, À la Bastoche, Belleville-Ménilmontant, ou encore À la Goutte d’or que François Béranger, alors très marqué par le « chansonnier populaire » (né à Courtenay, dans le Loiret, en 1851 et mort à Paris en 1925),  choisira d’enregistrer dès son premier album, en 1970.

 

Il faut saluer enfin, dans cette belle réussite phonographique, le livret de 44 pages (où l’on trouve des reproductions du Mirliton, l’hebdomadaire dirigé par Bruant – du nom de son cabaret situé dans les locaux rachetés à Rodolphe Salis, 84 boulevard Rochechouart, du Chat Noir d’origine –, de petits formats et de recueils de ses chansons et monologues, ainsi que des photos de l’artiste et même un plan de Paris établi à partir de ses titres de chansons), qui apporte toutes les informations biographiques et historiques souhaitées, outre celles concernant la conception et la réalisation du Paris de Bruant. Son principal auteur, Jean Buzelin nous y rappelle notamment que « sur les 310 ou 320 chansons et monologues écrits de sa main, que nous avons répertoriés (liste non close), auxquels s’ajoutent une bonne vingtaine de chants traditionnels qu’il a retrouvés et adaptés à sa manière, Bruant en a laissé sur disque, pour la postérité, un peu plus de quatre-vingts, soit à peine un quart de son répertoire. Bien heureusement, d’autres interprètes se sont plongés dans son œuvre et en ont extrait des merveilles… »

quichote 3Pour être tout à fait précis, on retrouve ici dix-neuf chansons enregistrées par Bruant (celles des rues évoquées ci-dessus pour la plupart, plus La Ronde des marmites, Le Gréviste, Dans la rue, À Biribi, P’tit gris ou Ah ! les salauds !) et quatre-vingt-onze par une trentaine d’interprètes différents et de toutes époques (de Paulo à Vivi, du Lapin Agile, ou d’Yvette Guilbert à Mouloudji). Un must, un collector… en un mot, un « Quichotte » de Si ça vous chante !

Bruant

• LE PARIS DE BRUANT :
Aristide Bruant dans son cabaret ; digipack de 3 volets, long format, 4 CD ; 110 titres, 4 heures 33’. Production EPM, 37 rue des Vignerons, 94300 Vincennes ; distr. Universal (site de vente en ligne du label EPM).

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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