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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 20:12

La ronde autour du monde

 

Au-delà de son contenu (traitement panoramique de l’actualité de la chanson française et de l’espace francophone, incursions régulières dans le patrimoine et quête permanente de nouveaux talents), ce qui a rendu définitivement « mythique » la revue Chorus (qualifiée tout au long de son existence d’organe de référence, de « bible » de la chanson), c’est sans nul doute l’esprit que son équipe avait su lui insuffler dès sa création. Des valeurs de fraternité et de solidarité en lesquelles tout amateur de chanson vivante se retrouvait naturellement. Car plus que la revue des chanteurs, plus que la revue du « métier », Chorus (comme l’indiquait d’ailleurs son sous-titre, « Les Cahiers de la chanson ») était d’abord et avant tout la vitrine de la chanson, celle-ci n’étant rien de plus mais rien de moins que l’expression artistique la plus populaire, universelle et authentique qui soit ; sa faculté première, son essence même, étant de jouer à saute-mouton avec les frontières physiques et mentales de toutes sortes. En un mot, l’« incarnation » de l’idée humaniste qui a toujours guidé notre démarche.
 

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? Peut-être parce qu’un an vient de sonner à l’horloge de Si ça vous chante, un an à continuer de faire chorus… sans Chorus. Reviendra ? Reviendra pas ? La position unique que cette revue atypique occupait dans la presse musicale francophone autorise à penser que sa renaissance s’inscrit dans l’ordre naturel des choses. Surtout sachant que son équipe reste sur le qui-vive, toujours aussi motivée, prête à reprendre du service d’une saison à l’autre… et que ses lecteurs ne cessent, urbi et orbi, en France comme à travers l’espace francophone, de s’en déclarer « orphelins ».  

 

En attendant, peut-être, ce sujet – le premier de l’an 02 de Si ça vous chante – est l’occasion de saluer le travail d’une autre équipe (américaine, celle-ci) qui, convaincue comme nous de l’importance de la chanson, dans la lutte nécessaire contre les inégalités, les préjugés, le repli sur soi (et les malheurs ordinaires ou catastrophes extraordinaires qui en découlent), a eu cette idée magnifique de faire interpréter un standard mondial en direct (et de le filmer en temps réel) à travers le monde par nombre d’artistes de cultures différentes. Une chanson, Stand By Me (Reste près de moi, de Ben E. King, 1961), puis deux (avec Don’t Worry, du Français Pierre Minetti), puis trois, puis bientôt tout un album, du fait de la complicité généreuse des participants et du résultat génial de l’entreprise (des voix nouvelles, des instruments, des chanteurs et groupes divers venant s’ajouter les uns aux autres ou s’y substituer, faisant fi des fuseaux horaires et des latitudes : une incroyable performance technique et artistique !).

 Au final, tout un album, Songs around The World (Chansons autour du monde), et un documentaire, Playing For Change : Peace Through Music (Jouer pour le changement : la paix à travers la musique), récompensé en 2009 d’un Oscar aux États-Unis. Nul besoin de commentaires : il suffit d’écouter, de regarder… et de se régaler. En se disant que dans ce monde trop souvent inhumain, au profit toujours (mais de façon toujours plus prégnante) de la rentabilité immédiate, il est heureusement à toutes les époques des individus – et des chansons – pour tenter d’enrayer les maux qui nous étouffent et nous éloignent ; alors que les mots mis en musique nous lient et nous rendent plus forts.

 

Un demi-siècle avant ce Playing For Change, souvenez-vous, mes aïeux, c’était en 1955, un autre film exaltait le même esprit de compagnonnage et de fraternité universelle, Si tous les gars du monde. Réalisé par Christian-Jaque (avec au générique les jeunes Georges Poujouly et Jean-Louis Trintignant notamment), il était inspiré d’un poème du « prince des poètes » Paul Fort (oui, celui du Petit Cheval blanc de Brassens), La Ronde autour du monde : « Si toutes les filles du monde voulaient s’donner la main / Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde / Si tous les gars du monde voulaient bien êtr’ marins / Ils f’raient avec leurs barques un joli pont sur l’onde / Alors on pourrait faire une ronde autour du monde… »

Le succès du film et de la musique de Georges Van Parys inspira à son tour l’auteur dramatique Marcel Achard qui écrivit la chanson éponyme, enregistrée aussitôt par Les Compagnons de la chanson (puis par nombre d’autres interprètes) : « Si tous les gars du monde / Décidaient d’être copains / Et partageaient un beau matin / Leurs espoirs et leurs chagrins / Si tous les gars du monde / Devenaient de bons copains / Et marchaient la main dans la main / Le bonheur serait pour demain… »

 

Naïf ? Utopique ? Sans doute. Mais d’abord, quel mal y a-t-il à faire chorus quand cela nous fait du bien ? Et puis, comme me l’a dit un jour Paco Ibañez, « une chanson, ce n’est jamais que quelques mots, ce n’est que trois minutes dans le cours du temps, mais une seule seconde peut être d’éternité. En fait, le pouvoir de la chanson est énorme, et tout à fait inexplicable : elle nous entraîne vers des limites que, peut-être, nous n’atteindrions pas sans elle, et c’est cela notre destin : croire à l’utopie. » Oui, si tous les gars du monde…

 

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Published by Fred Hidalgo - dans La Chanson vivante
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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 12:45

Un an de vendanges enchantées 
 

Alors que Si ça vous chante célèbre aujourd’hui son premier anniversaire, le prochain millésime sera décrété « Année Brassens ». Il y aura en effet trente ans en 2011 que le bon Georges nous a quittés. Enfin, « quittés », façon de parler, car il nous accompagne toujours, nous tous derrière et lui devant. Toujours aussi modeste, simple et prêt à trinquer avec autrui... malgré les usages qui se perdent, « Car aujourd’hui, c’est saugrenu / Sans être louche, on ne peut pas / Trinquer avec des inconnus / On est tombé bien bas, bien bas... » (La Rose, la Bouteille et la Poignée de mains). Le « Mécréant » traitait volontiers du sang de la terre en chanson, qu’il parle du temps du Grand Pan (« La plus humble piquette était alors bénie / Distillé par Noé, Silène et compagnie / Le vin donnait un lustre au pire des minus / Et le moindre pochard avait tout de Bacchus… »), ou d’un coin pourri du pauvre Paris abritant un vieux Bistrot (« Si t’as le bec fin / S’il te faut du vin / De première classe / Va boire à Passy / Le nectar d'ici / Te dépasse »). Sans parler de son ode au Vin, tout simplement, qu’il appelait « le bon lait de l’automne »…

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L’occasion, tout en poursuivant ces vendanges 2010 (opus n° 9), de vous offrir un document exceptionnel de 1957 (enregistré le 12 juin par l’ORTF), où l’on voit le « patron » de la chanson française interpréter cette chanson, parmi ses copains. « On conte que j’eus / La tétée au jus / D’octobre... / […] En guise de sang / (Ô noblesse sans / Pareille !) / Il coule en mon cœur / La chaude liqueur / D’la treille... / […] Au ventre replet / Rempli du bon lait / D’l’automne... » On y reconnaîtra le moustachu René-Louis Lafforgue (Julie la rousse…) à ses côtés, mais aussi, en y prêtant attention (au début du document, sur la gauche), un certain Roger Riffard, grand « chansonneur » scandaleusement ignoré des dictionnaires et dont la disparition elle aussi passa inaperçue, la Camarde venant s’en saisir le 28 octobre 1981… vingt-quatre heures seulement avant Brassens : « Que vienne le temps / Du vin coulant dans / La Seine ! / Les gens, par milliers, / Courront y noyer / Leur peine... »

 

• NOGA : Miel & Poivre, 13 titres, 45’42. C’est en 2006 que Noga, ACI née en Suisse, fait ce qu’elle estime être son « entrée en chanson » avec l’album Rien de neuf sauf les bulles (auparavant, en effet, elle a vécu une autre vie musicale, adaptant et enregistrant notamment Kurt Weill en jazz, sous le nom de Noga & Quartet). Ce Miel & Poivre, mélange de sons et de couleurs apparemment contradictoires, comme son titre l’indique, a été conçu entre l’été 2008 et le printemps 2010 pour sortir cet automne. Définition de l’album par l’intéressée ? « Pfff ! répond-elle. Je fais de la chanson. De la “chanson-jazzy”, comme ils disent. Jazzy, pas jazz… Jazz sans alcool, vous voyez un peu ? De la chanson-jazzy-world. World comme nomade. De la chanson-jazzy-world-eat-pray and love. “Eat, pray and love”, oui, je revendique ! Encore des mots-clefs ? Populaire comme simple. Simple comme s’émerveiller. S’émerveiller comme Frank Capra. Capra comme La vie est belle. La vie est belle comme deux niveaux de lecture. Lecture comme histoires. Histoires trempées dans la réalité mais abordées dans la joie. La joie comme une arme revendiquée. Revendiquée comme ma chanson Oser. Oser comme “être la rebelle qui voit la vie belle”… » Voilà, vous savez tout ou presque : ne reste plus qu’à écouter Noga sur son site (et plus si affinités). Production GoElan (Genève), autodistribution (site de l’artiste).

• PASCAL PARISOT : Bêtes en stock, 14 titres + versions instrumentales, 69’27. Après trois albums en l’espace de six ans (Rumba, 2000 ; Wonderful, 2003 ; Clap ! Clap !, 2006) et un autre de reprises yéyé (Radiomatic), début 2006, Pascal Parisot nous revient avec un bel opus jeune public à mettre entre toutes les oreilles. Voix toujours aussi nonchalante, mélodies tranquilles et entêtantes, sonorités un brin désuètes teintées de bossa nova, textes ciselés où les mots s’amusent. Pour parler de souris qui ont la tête de maman, de caniches qui rôdent dans les bois, de mouches qui empêchent les enfants de se lever pour aller à l’école, de vaches espagnoles qui parlent mal anglais… Un bien curieux bestiaire en chansons qui s’amuse surtout des bêtes que nous sommes. Prod. et distr. Naïve (site de l’artiste).

• MAXIME PIOLOT : Fais confiance… mais attache ton chameau, 12 titres, 38’28. Naissance à Toulon, de parents bretons, enfance entre l’Afrique et la Bretagne. Débuts au théâtre (avec Lavelli, Peter Brook, Jérôme Savary…), puis premier album en 1974 (Cinq jours de pluie) et Prix du public en 1976 au Festival de Spa. Outre son activité d’écrivain de nouvelles, de contes musicaux et d’auteur dramatique (13 pièces de théâtre), d’animateur et de conférencier, Maxime Piolot est comme un baladin moderne, un trouvère toujours sur les routes, souvent à l’étranger, d’où il tire son inspiration (cf. son Rimbaud à Djibouti du précédent opus de 2009, Le temps qui nous est donné : « As-tu écrit des poésies / Rimbaud / À Djibouti / Un soir de fièvre ou le temps d’un sanglot / D’une insomnie ? […] Au lac Assal, à Tadjourah / La poésie ne s’écrit pas / Chacun la chante, elle est partout / Sur les visages et les cailloux… » – pour mémoire, voir Ballade en mer rouge dans ce blog). Ce nouvel opus, qui sort fin novembre, est le dix-huitième en trente-six ans. Il le cosigne avec Corinne Schorp au chant, et principalement Christian Desbordes aux musiques. Autoproduction, distr. Coop Breizh (site de l’artiste).

• POÈTES DE LA NÉGRITUDE (mis en musique et chantés par Bernard Ascal) : 50 ans – Les Indépendances ; double album, CD1 : Voix fondatrices, 21 titres, 52’40 + CD2 : Avant, ailleurs, aujourd’hui, 23 titres, 61’16. Cet anniversaire – un demi-siècle d’indépendance pour les anciennes colonies françaises – a donné lieu cette année à de multiples commémorations. Pour sa part, Bernard Ascal, auteur-interprète (et directeur artistique de la collection Poètes & Chansons chez EPM), a choisi de rassembler son travail de mise en musique des poètes d’expression française issus d’une quinzaine de pays africains et de l’océan Indien, mais aussi des Antilles (Aimé Césaire), de Guyane (Léon Gontran Damas) ou d’Haïti (René Depestre). Un livret de 22 pages présente tous ces poètes et rappelle l’avènement majeur du « Mouvement de la Négritude » qui, selon Bernard Ascal, « partage avec le Surréalisme d’avoir affirmé que l’expression poétique constituait la forme la mieux à même d’ébranler les consciences et de miner les chapes des certitudes. C’est un événement exceptionnel dans l’histoire d’une langue d’autant qu’il advient dans une période de doute envers elle et les valeurs dont elle est porteuse. Mais, alors que le Surréalisme choisit de rester en marge du pouvoir politique, le Mouvement de la Négritude relève le défi et prend sa pleine part des responsabilités… » Ce double album (qui constitue le 64e titre de la collection Poètes & Chansons) a reçu un Coup de Cœur de l’académie Charles-Cros. Prod. EPM, distr. Socadisc (site de « Poètes & Chansons »).

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• TOM POISSON :
Trapéziste, 12 titres, 35’43. Un vieux chanteur, mort de trac en coulisses, juste avant d’entrer en scène pour la dernière fois de sa carrière : c’est le point de départ de ce quatrième album (le premier, Tom Poisson fait des chansons, remonte à 2004). On y trouve ensuite de la méchanceté jubilatoire, du bonheur ahuri de flâner dans l’herbe avec ceux que l’on aime ; on y parle des amours englouties, du temps qui reste, de la renaissance après la maladie, de la difficulté de rester altruiste dans un monde individualiste…Tom traite simplement des choses (importantes) de la vie : nos liens, nos chaînes, nos victoires et nos ratages. « Je repousse mes limites avec délice sur chacun de mes albums », explique Tom. Fred Pallem (Le Sacre du Tympan) signe une réalisation qui vient renforcer la sincérité du tout, en mêlant habilement les guitares folk aux guitares électriques. « Il a eu carte blanche pour arranger, coloriser, réaliser, malaxer la matière brute que je lui ai confiée. » C’était risqué, mais c’est (Sacrément) réussi ! Production La Familia & LQCG, distr. L’Autre Distribution (site de l’artiste)

quichote_3.jpg• ALEXANDRE POULIN : Une lumière allumée, 12 titres, 53’28. Après un premier opus paru en 2008, qui lui a valu une nomination au Gala de l’ADISQ dans la catégorie Révélation (car le jeune homme est québécois), Alexandre Poulin monte en puissance avec ces chansons au contenu encore plus personnel et aux arrangements intimes et chaleureux, mariant habilement l’émotion des textes à la musique – synthèse des multiples influences revendiquées par l’artiste : de Dylan et Neil Young à Brel et Brassens en passant par Paul Piché et Harmonium. Mention spéciale à la chanson éponyme, portée par une voix délicate mais vibrante : « Je suis propriétaire d’une terre qui n’est pas à vendre / J’suis tout sauf millionnaire, je n’ai que du p’tit change / Je suis tout c’qu’on pense et on pense beaucoup / J’suis Amérique et France, tout ça mis bout à bout / Je suis arpents de neige, je suis fleuve de fierté / Je suis de ceux qui rêvent d’un pays “juste à moé” / Je suis… » (Une lumière allumée). Ainsi qu’à celle retraçant l’arrivée de ses ancêtres en Nouvelle-France, récit poignant sur un rythme crescendo : « Mes enfants grandiront ici / Dans l’abondance et la beauté de ce pays / Ils seront fiers de qui je suis / Et jamais ils ne connaîtront… la misère de Paris / La misère de Paris. » Un album touchant et prometteur… pour le moins ! Qui vaut bien, d’ores et déjà, un « Quichotte » de Si ça vous chante. Production Les Disques Victoire, Montréal (site de l’artiste). 

• MIQUEL PUJADO : A contraveu, 14 titres, 61’07. On a commencé ce sujet avec Brassens, on le termine (indirectement) avec lui. En effet, dans le premier dossier spécial de Chorus consacré à Tonton Georges (n° 17, automne 96), je présentais ainsi le chanteur catalan Miquel Pujado : « Amoureux de Brassens, qu’il a traduit, chanté et enregistré en catalan (une trilogie est en cours de parution), grand amateur et connaisseur de la chanson française (il prépare une anthologie personnelle en catalan), auteur-compositeur-interprète (il compte une dizaine d’albums à son actif depuis 1982), Miquel Pujado est sinon le plus atypique des chanteurs catalans, sans aucun doute le plus francophile des catalanistes chantants. » Depuis, non seulement Miquel a mené tous ses projets ou presque à bien, continuant à publier de nouveaux albums (comme celui-ci dont le titre À contre-voix, littéralement, peut également s’entendre À contre-courant), mais il a travaillé aussi cette année à la création d’un spectacle, à Barcelone, avec le comédien-chanteur Ferran Frauca, « consacré à des chansons françaises dramatisées, qui racontent une histoire ou qui mettent au moins un personnage en scène ». Il a ainsi adapté Le Souffleur (Reggiani), La Grande Farce (Escudero), Rosy and John (Bécaud), Non, je n’ai rien oublié (Piaf), Le chef d’orchestre est amoureux (Montand), le monologue de Plume d’Ange (Nougaro), etc. De plus, une troupe de Barcelone a présenté l’an passé, au Teatre Raval, un spectacle sur Boris Vian avec plus de vingt chansons et poèmes adaptés par lui en catalan. Enfin, il prépare pour l’an prochain un double CD avec l’intégrale de ses adaptations de Brassens (40) et un spectacle (Brassenswing), avec un trio de jazz. Production Columna Musica, Barcelone (site de l’artiste et en version française)
 

 

D’autre part, pour qui s’intéresse à la chanson d’outre-Pyrénées, à la cançó catalane comme à la canción espagnole, signalons que Miquel a adapté en catalan (« fifty-fifty » avec Joan Isaac qui en est l’interprète) douze chansons de Luis Eduardo Aute (prononcer Aouté), l’un des cantautores (auteurs-compositeurs-interprètes) majeurs du monde hispanophone. On retrouve d’ailleurs celui-ci en duo avec Joan Isaac dans six titres de cet album, Auteclássic (du fait de son traitement musical), qui s’achève par la très poétique Al Alba (À l’aube), l’une des trois chansons emblématiques de la résistance au franquisme, avec L’Estaca (Lluís Llach) et A galopar (Paco Ibañez). Une chanson à la fois sibylline, pour raisons de censure, et suffisamment éloquente pour être comprise de tous (ayant été écrite à… l’aube des dernières exécutions politiques du franquisme), que l’on peut découvrir ci-dessus par son auteur, en concert, seul à la guitare, ou l’écouter dans une version exceptionnelle, entièrement a cappella, en cliquant ICI : ce lien mène en effet à une page qui permet d’écouter tout un spectacle de l’artiste. Production de Auteclassic : Sony Music Espagne (site de L.E. Aute). 

NB. Pour rappel, à l’attention des privilégiés possédant la collection complète de Chorus, le n° 1 (automne 1992) consacrait une dizaine de pages à cet « artiste total » (Aute est également artiste-peintre et réalisateur de films, ayant été jadis assistant de Manckiewicz, Max Ophuls ou Maurice Ronet), lequel y signait aussi un témoignage exclusif sur sa dernière rencontre avec « Don Ata », le « maestro » (argentin) de la chanson hispanophone, disparu quelques mois plus tôt : un certain Atahualpa Yupanqui, considéré comme… « le Brassens latino-américain ».

(À SUIVRE) 

    

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 17:59

 Vendanges d’automne (8)


Chose promise, chose due : au grand galop ou en prenant le temps de gambader un peu, voici la suite de nos vendanges d’automne – la huitième récolte de la saison. Où les « petits » vins de terroir, des régions de France, de Nouvelle-France, d’Helvétie ou d’ailleurs font la nique aux crus les plus commercialisés. Il est vrai que le fruit desdites vendanges résulte surtout d’un coup de foudre (de qualité supérieure). Je vous invite donc à reprendre nos vendanges d’amour là où nous les avions laissées (au début du sillon « M ») ; cette balade enivrante d’un château l’autre, n’ayant de sens que dans le partage convivial entre amateurs de palais fins (entre « chorusiens », avez-vous dit ?) : oui,
« Nous les referons ensemble / Nous les referons ensemble / Demain, les vendanges de l’amour / Car la vie toujours rassemble / Oui, la vie toujours rassemble / Malgré tout, ceux qui se quittent un jour… »

 

Vous connaissez la musique ? L’échanson de la chanson propose des échantillons. Mais il revient ensuite à chacun de poursuivre la dégustation (via les liens directs sur lesquels il suffit de cliquer en fin de « chronique »… comme on débouche une bonne bouteille). Après, c’est la surprise du chef : chacun ses goûts, ses couleurs (blanc, rosé ou rouge ?), ses terroirs de prédilection… et sa durée préférée de maturation. Mais bouquetés, fruités, capiteux, âpres, moelleux, râpeux, généreux ou clairets, longs en bouche ou encore un peu verts, tous les châteaux et les palais qui suivent valent la visite. Car « Mon palais, dirait Jean Ferrat, ce n’est pas un palais comme les autres / Mon palais et la foule assemblée / Cette complicité qui fait qu’on se connaît / Sans être présenté / Par la vertu des mots, magie de la musique… » Suivez le guide !

• XAVIER MÉRAND : Phare Ouest, 12 titres, 45’42. Après un premier galop d’essai en 2005 (Toutes les histoires ont une chanson) et cinq ans passés à écumer les scènes et à travailler sa plume aux côtés de Claude Lemesle, Xavier Mérand jette l’ancre le temps d’un second album pour lequel il a demandé à douze artistes différents de mettre ses textes en musique (dont Roucaute, Romain Didier ou Ignatus). À noter un duo croustillant (Paradis rose) avec Agnès Bihl. « Xavier, écrit Alexis HK (un de mes artistes préférés de la « Génération Chorus »), je l’ai vu sur scène dans un théâtre de poche. Il est arrivé la main posée sur l’épaule d’un de ses partenaires pour lui servir d’yeux, car il n’y voit pas, ou très peu… Puis il a chanté qu’il était “bigleux” justement, puis plein d’autres chansons où c’est lui qui nous a montré bien des choses de la France des comptoirs et des grèves de train, éclairci l’atmosphère par son charme et son autodérision. […] Le public a suivi le sourire aux lèvres les histoires du drôle d’oiseau aux yeux brillants de malice et de plaisir. […] En repartant, je me suis senti moins aveugle, je voyais différemment… » Autoproduction et autodistribution (site de l’artiste).

• MILLY : Des histoires d’hommes, 13 titres, 43’26. Un premier album d’une maturité prometteuse. Il est vrai que si Milly a écrit (et co-composé) la plupart des chansons, cette jeune femme à l’accent vocal aigu, délicat mais assuré, a bénéficié du soutien de Gabriel Yacoub et Sylvie Berger (La Bergère), ainsi que de Valentin Akriche, Christophe Devillers et Michel Goubin à la réalisation. De ses influences diverses, anglo-saxonnes ou françaises, reste le goût pour la musique vocale, acoustique et la transmission. Un univers à contre-courant, des portraits, des tranches de vie, de l’énergie et de la sensibilité au service d’un voyage hors du temps. Coproduction Événement Productions & Le Roseau, distr. Harmonia Mundi (site de l’artiste).

• FRANÇOIS MOREL : Le Soir, des lions…, 14 titres, 45’47. Trois ans après Collection particulière, voici le Morel (François) nouveau, avec un titre éponyme (mais en V.O., La Sera, leoni…), prétexte à un bel canto endiablé avec Juliette aux chœurs et Nino Rota au cœur. Textes joliment ciselés, mis en musique et en mélodies par le fidèle complice Reinhardt Wagner (ex-Jacques Bertin) et par Antoine Sahler, « le pianiste sur lequel, écrit Morel, on n’a pas envie de tirer », avec du beau monde au casting instrumental. Il y a du Bourvil et du Boris Vian chez François Morel : du premier il affiche la gouaille tendre et candide, du second la fantaisie acérée et mordante. Faut pas exagérer, nous répondrait-il en écho à la chanson d’ouverture, fausse vantardisse de fier-à-bras pas dupe, où l’auteur se compare en vrac et tout à trac à Rambo et Picasso, Corneille et Clooney, Sacha Guitry et Émile Louis… Quand il était petit, François ne savait pas s’il préférait devenir comédien, humoriste, auteur ou chanteur. Alors, il est devenu tout ça à la fois, tel un touche-à-tout d’égal talent. Au final, ici, l’ex-Deschiens (Yolande Moreau participe d’ailleurs à un titre, La Fille du GPS) nous balade du rire aux larmes ; et c’est avec beaucoup de plaisir qu’on effectue la visite. Productions de l’Explorateur, distr. Polydor (site de l’artiste).

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• JEAN MOUCHÈS : Quand j’avais encore mon troupeau d’éléphants…, 14 titres, 60’44. Voici un des artistes de la « Génération Chorus » (non seulement que j’apprécie le plus mais surtout) dont je ne m’explique pas la discrétion médiatique à son égard. « Dans sa famille chanson (avec le grand-père Trenet, le père Boby Lapointe, l’oncle Nougaro, le grand frère Laffaille et les cousins Cabrel ou Beaucarne), ne manquez surtout pas de demander le petits-fils : vous en redemanderez ! À son image, nonchalante en diable, son répertoire balance entre la ballade du Néandertal et la fin du monde, frappé d’une voix tendre et faussement fragile. Rien d’autre, en somme – à travers un répertoire jubilatoire conjuguant finesse d’écriture et variété musicale (du blues au rap) – que l’histoire de l’Homo Sapiens. » Rien à retrancher à ces lignes que j’ai écrites en… 1998 (pour Chorus n° 23), après la sortie de La Malédiction du caméléon (un Cœur Chorus, d’ailleurs) ; ses deux précédents albums empruntant à une même thématique zoologique (Tango chevalin et autres chansons, 1988 ; En descendant du singe…, 1993), ainsi que les deux suivants : Du coq à l’âne en 2000 et Pattes de mouche, fin 2001. Il aura donc fallu attendre (hors CD jeune public) neuf ans pour que nous arrive enfin ce sixième opus. Enregistré en public « comme à la maison » (avec ses excellents et fidèles complices Jakes Aymonino à la guitare et Michel Macias à l’accordéon), si sa production ne peut prétendre à la qualité d’un album studio, son contenu présente l’avantage d’offrir à la fois des titres inédits et d’autres « revisités », dont un Sac d’embrouilles délirant en bonus cadeau – « Mais est-ce bien un cadeau ? » s’inquiète ce drôle de fabuliste de la chanson. Autoproduction, distr. Mosaic Music (site de l’artiste).

• MOUSS & HAKIM : Vingt d’honneur, double album live, 25 titres, 92’16. Deux décennies d’activisme musical déjà pour les deux frères Amokrane, ex-Zebda ou 100% Collègues, devenus Mouss et Hakim lors du festival « Origines Contrôlées » qu’ils ont créé à Toulouse en 2005. Ce double album conçu pour célébrer l’événement est un véritable bonheur d’échanges, de rencontres et de partage. Et s’il n’y avait qu’un message à tirer de leurs chansons (originales ou adaptées de symboles de l’exil et du combat politique maghrébin, tels que Matoub Lounès, Slimane Hazem, Cheikh El Asnaoui, Lounis Aït Menguellet ou Idir), ce serait que la fraternité n’a pas de papiers. Ajoutez-y des standards de la résistance aux impéralismes fascistes ou nazis comme L’Estaca, Bella Ciao, El Paso del Ebro ou Le Chant des Partisans, et comme le public qui les reprend en chœur dans la joie et la bonne humeur, comment ne pas se sentir Motivés ? Bonne route, les frangins ! Production Tactikollectif, distr. L’Autre Distribution (site du duo).

• MICHÈLE MÜHLEMANN : Les Pires Espoirs, CD 14 titres + 1 titre caché, 61’50 (+ DVD du concert). On l’a découverte en duo du temps de « Mimi et Clode », prix « Meilleur espoir » 1992 à la Médaille d’or de Saignelégier, en Suisse (car « Mimi », née dans l’ex-Zaïre, a grandi au pays de Guillaume Tell), et finalistes de la Truffe de Périgueux 1994 (un album live en mai 1995) ; on l’a retrouvée en solo en 1997 à la ville (Toulouse) comme à la scène (un premier album, Amourdeuse, en 2001). Depuis Michèle Mühlemann, ACI nourrie au biberon de Renaud et de Perret dans son enfance, a multiplié les spectacles (dont un double Whisky-Chocolat, enregistré en public et en « trio » en 2008) et engrangé les prix d’un tremplin à l’autre… sans parvenir à accrocher l’oreille des médias nationaux (vous avez dit parisianistes ?). Dommage… pour eux. Mais surtout pour le public ! Vous pourrez en juger à l’écoute de cet album enregistré à la Salle Nougaro de Toulouse, mais plus encore en regardant le DVD du concert (entre récital et café-théâtre, car la belle n’a pas la langue dans sa poche) qui montre bien l’énergie, l’humour et la maîtrise de l’artiste (qui n’hésite pas à changer de tenue devant le public !). Sa tendresse aussi quand elle le veut. Accompagnée de trois excellents musiciens multi-instrumentistes (Loïc Laporte, Frédéric Cavallin et Thierry Roques), on la voit arriver jusqu’à la salle à cheval, guitare en bandoulière ; le DVD (réalisé par Marc Khanne) s’achevant par un joli portrait-interview, entrecoupé de bribes de répétitions. À noter que certains titres de Michèle ont été mis en musique par Manu Galure, comme J’aime pas les choses (« Quoi qu’il y ait bien une exception / Mais là, ô rage, ô déception / Elles n’ont de choses que le nom / Et elles appartiennent aux garçons » !). Orphée Productions, distr. Mosaic Music (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• NIOBÉ : Manifeste, 12 titres, 45’15. Jean-Pierre Niobé, originaire de la région angevine, s’oriente d’abord vers le théâtre avant de monter un tour de chant en 1990. En 1994, sa rencontre avec Lionel Tua, un comédien qui écrit des textes de chansons, se révèle décisive : un premier album remarquable, Rêves de comptoir, paraît un an plus tard. Deuxième opus en public, Le Nanalphabète, en 1999, concerts (plus de cinq cents à ce jour), Festival d’Avignon, petites salles parisiennes… puis sortie en 2004 d’un troisième CD (…De l’humain dans nos affaires), distingué aussitôt par un Cœur Chorus (n° 50) et un Coup de Cœur de l’académie Charles-Cros. Voici aujourd’hui un Manifeste des plus éloquent et des plus riche quant à l’orchestration, marqué par la découverte de la Réunion. Niobé bénéficie en effet de l’apport aux instruments, au chant voire à la prise de son pour certains titres du groupe Zong et surtout de l’excellent accordéoniste chanteur René Lacaille (Mé sauvé, La Saison sèche…). Superbes titres où Niobé, interprète et mélodiste sensibles, s’essaie au kayamb entre les cuivres, les cordes et les claviers. Superbe album où l’humain reste au cœur des préoccupations, bravant les moulins à vent : « Chez moi comme chez vous autres / Le monde court à nos pertes / Je n’demande rien d’autre / Que les portes restent ouvertes… » Forcément, un « Quichotte » de Si ça vous chante ! Coproduction Collectif Crock’Notes et Tonton La Prod, autodistribué (site de l’artiste).

(À SUIVRE)

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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