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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 11:00

Dans la rue et sur la route

Nouvelle plongée dans le temps, cette fois jusqu’au Paris de Bruant, au début du XXe siècle, avec un « long format » de quatre disques produit par EPM (vous savez, le label que François Dacla, évincé de chez RCA par ses propriétaires américains, créa en 1986 avec le soutien de Léo Ferré qui choisit alors, en guise de représailles – « Et Puis Merde ! » ; d’où ce nom : EPM… –, de quitter la multinationale pour suivre Dacla). En l’occurrence, et pour la première fois, toutes les chansons et la plupart des monologues écrits par Aristide Bruant sur Paris.

 

En fait, l’intégrale – et dans l’ordre exact choisi par leur auteur – de ses recueils de textes Dans la rue mais aussi Sur la route. Ses chansons Urbi et orbi, quoi ! Conçu par Jean Buzelin (en collaboration avec Marc Monneraye), ce digipack d’anthologie (dans tous les sens du terme) s’inscrit naturellement dans le sillage de la fameuse collection « Poètes & Chansons » lancée chez EPM par le regretté Marc Robine. Une collection dans laquelle, en 2002, déjà, il avait réalisé un Aristide Bruant chanté par plusieurs interprètes (et Bruant lui-même pour un titre), que Bernard Ascal poursuit aujourd’hui dans le même esprit et avec un même souci de qualité.

Robine


L’occasion d’un bref arrêt sur image sur l’ami Marc (disparu en août 2003, il cumulait de multiples talents, d’auteur, de compositeur et d’interprète bien sûr, mais aussi d’arrangeur, de collecteur, de réalisateur, d’historien, de biographe… et de journaliste à Paroles et Musique et Chorus surtout), que l’on peut retrouver en cliquant ICI, dans l'émission Bouillon de Culture à laquelle Bernard Pivot l’avait convié le 25 novembre 1994 (il y a presque seize ans jour pour jour) pour présenter sa monumentale Anthologie de la chanson française. On le voit entonner, suivi par Marcel Amont, autre invité de cette mémorable émission culturelle, un extrait de la fameuse chanson de Bruant, Les Canuts, devant un Pivot visiblement ravi (NB : l’intégrale de cette émission est téléchargeable individuellement sur le site de l’INA). Les Canuts qui figure évidemment dans le quatrième CD du digipack, Aristide chante Bruant (et autres « enregistrements historiques » : vingt-six titres gravés de 1898 à 1933), et dont le contenu, hélas, reste fondamentalement d’actualité : « Mais notre règne arrivera quand votre règne finira / […] Nous tisserons le linceul du vieux monde / Car on entend déjà la révolte qui gronde… »

 

Pour le reste, les trois premiers CD proposent quatre-vingt-quatre titres enregistrés au fil du temps par de grands interprètes (Monique Morelli, Germaine Montero, Patachou, Marc Ogeret – qui lui consacra en 1978 un superbe coffret de quatre 30 cm, 60 chansons et monologues – ou Yves Montand avec Les Canuts, justement, qu’il mit en boîte en 1955) ; et tout récemment, en 2009, par Jean Weber et surtout Yves Mathieu (treize morceaux à lui seul). À noter que ce dernier, dit Vivi, est le patron actuel du Lapin Agile à Montmartre (rue des Saules), que Bruant racheta, pour le sauver, le 15 mars 1913, alors que Frédéric Gérard, dit Frédé, en était le gérant. En 1922, Bruant le revendra au fils de Frédé, Paul Gérard, dit Paulo – lui-même beau-père d’Yves Mathieu qui, dès sa jeunesse, l’entendait chaque jour chanter et réciter Bruant comme celui-ci le lui avait appris…

« C’est là (devant le Lapin Agile), écrit Pierre Mac Orlan, que pour la première fois, je vis Aristide Bruant, tel que la célèbre lithographie de Toulouse-Lautrec l’a rendu populaire. » Le miracle est que ce petit lieu (mais haut lieu de l’histoire de la chanson française) soit resté de nos jours identique (et toujours bien vivant) à ce qu’il était à l’époque ! Fréquenté au long de son histoire par la fine fleur du monde artistique (Toulouse-Lautrec et Mac Orlan, donc, mais également Max Jacob, Picasso, Francis Carco et tant d’autres à l’instar de Rimbaud), c’est aussi au Lapin (anciennement « à Gill », du nom du peintre de l’enseigne) que Ferré rencontra Caussimon ou que Nougaro fit ses débuts.

 

Pour le plaisir, je vous propose un extrait d’un film intitulé Le Music-Hall francais, dont les images datent de 1910. On y voit plusieurs figures importantes, parmi lesquelles, fugacement certes, mais quand même, Frédé du Lapin Agile, Gaston Montéhus… et Aristide Bruant en personne ! Un véritable document où déjà il était question du débat engagé entre « la chanson qui charme et la chanson qui lutte »... Et puis quelques montages vidéos qui permettent de se replonger dans l’univers de ce géant de la chanson dont Pierre Mac Orlan disait encore ceci : « Parmi les grandes figures de la compagnie du Chat Noir […], Bruant est une des plus émouvantes, parce que sa personnalité est celle de l’expérience des rues et, quelquefois, des routes. Comme tous les poètes dominés par la lueur d’une révélation exceptionnelle, il échappa à toute critique. Ses chansons […] sont autant de vérités premières dans la chronique sentimentale des rues de Paris. »

Citons pour mémoire, parmi les œuvres du « Maître de la rue », comme l’appelait Anatole France : À Batignolles, À la Villette, À Montpernasse, À Montmerte, À Saint-Lazare, À la Roquette, À la Glacière, À Grenelle, À la Madeleine, À la Chapelle, À la Bastille, À la Bastoche, Belleville-Ménilmontant, ou encore À la Goutte d’or que François Béranger, alors très marqué par le « chansonnier populaire » (né à Courtenay, dans le Loiret, en 1851 et mort à Paris en 1925),  choisira d’enregistrer dès son premier album, en 1970.

 

Il faut saluer enfin, dans cette belle réussite phonographique, le livret de 44 pages (où l’on trouve des reproductions du Mirliton, l’hebdomadaire dirigé par Bruant – du nom de son cabaret situé dans les locaux rachetés à Rodolphe Salis, 84 boulevard Rochechouart, du Chat Noir d’origine –, de petits formats et de recueils de ses chansons et monologues, ainsi que des photos de l’artiste et même un plan de Paris établi à partir de ses titres de chansons), qui apporte toutes les informations biographiques et historiques souhaitées, outre celles concernant la conception et la réalisation du Paris de Bruant. Son principal auteur, Jean Buzelin nous y rappelle notamment que « sur les 310 ou 320 chansons et monologues écrits de sa main, que nous avons répertoriés (liste non close), auxquels s’ajoutent une bonne vingtaine de chants traditionnels qu’il a retrouvés et adaptés à sa manière, Bruant en a laissé sur disque, pour la postérité, un peu plus de quatre-vingts, soit à peine un quart de son répertoire. Bien heureusement, d’autres interprètes se sont plongés dans son œuvre et en ont extrait des merveilles… »

quichote 3Pour être tout à fait précis, on retrouve ici dix-neuf chansons enregistrées par Bruant (celles des rues évoquées ci-dessus pour la plupart, plus La Ronde des marmites, Le Gréviste, Dans la rue, À Biribi, P’tit gris ou Ah ! les salauds !) et quatre-vingt-onze par une trentaine d’interprètes différents et de toutes époques (de Paulo à Vivi, du Lapin Agile, ou d’Yvette Guilbert à Mouloudji). Un must, un collector… en un mot, un « Quichotte » de Si ça vous chante !

Bruant

• LE PARIS DE BRUANT :
Aristide Bruant dans son cabaret ; digipack de 3 volets, long format, 4 CD ; 110 titres, 4 heures 33’. Production EPM, 37 rue des Vignerons, 94300 Vincennes ; distr. Universal (site de vente en ligne du label EPM).

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NB. Vous aimez la chanson ? Alors, inscrivez-vous à la « newsletter » de ce blog : pour citer un de ses lecteurs, « c’est gratuit et ça rapporte plein de petits bonheurs » ! N’hésitez pas non plus à y ajouter vos commentaires (sur quelque article que ce soit : tous les sujets restent disponibles depuis la création de Si ça vous chante, le 18 novembre 2009, par ordre chronologique, par rubriques ou individuellement, selon que vous cliquiez sur « Archives », « Catégories » ou « Articles récents » et « liste complète » dans la colonne de gauche) : ceux-ci sont en effet très courus (et fréquentés) par ses lecteurs. Enfin, si vous appréciez cet outil ludique de découverte et d’illustration de la chanson, ne manquez pas de faire chorus en incitant vos amis et relations aimant celle-ci à s’y inscrire également (on trouve sur la ligne ci-dessous les moyens techniques de le partager aisément, soit sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, soit par simples courriels). Merci !
 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 15:30

Démons et merveilles du music-hall

 

Moi, vous me connaissez, depuis le temps qu’on se fréquente (quelques décennies pour les plus chenus d’entre vous qui font fidèlement chorus depuis Paroles et Musique ; la rencontre étant beaucoup plus récente – cure de jouvence ! – avec la majorité des lecteurs et lectrices de Si ça vous chante), vous savez combien je suis attaché à la découverte, aux joies grisantes qu’elle procure. Toujours à l’affût des talents en herbe, jamais je ne pourrai me contenter de regarder seulement dans le rétroviseur. Impossible. Pour autant, quand l’occasion se présente de faire une pause, quel bonheur de redécouvrir les merveilles de notre chanson, les riches heures du music-hall français !


 

 

Justement, en cette saison qui nous rappelle la chanson de Prévert et Kosma, m’arrive une livraison de productions nouvelles, constituées de compilations du répertoire de la chanson française d’après-guerre – la Seconde –, qu’il serait bien dommage de passer sous silence. Il faut savoir que, la production phonographique tombant dans le domaine public au terme de cinquante ans d’exploitation, les éditeurs qui le souhaitent ont dès lors tout loisir de ressortir les enregistrements concernés (tout en s’acquittant évidemment des droits légaux dus aux créateurs). Cela peut prendre la forme de rééditions plus ou moins à l’identique, avec plus ou moins de soin et de souci d’exactitude (parfois ça craint vraiment !), ou bien – comme a choisi de le faire Frémeaux & Associés – se présenter de façon originale (des coffrets de deux ou trois CD, accompagnés d’un livret bio-discographique toujours très informatif) et avec un contenu en partie inédit (par exemple des versions alternatives de chansons enregistrées en studio, des récitals ou des enregistrements radiophoniques jamais repris en disque).

Chemin faisant, dirait Gilles Vigneault, le label créé il y a une quinzaine d’années et dirigé par Patrick Frémeaux et Claude Colombini est devenu un véritable panthéon phonographique de la chanson française. Plus de 1200 références à ce jour dont près de cent nouveautés en 2010. Un travail de préservation (et de restauration technique) qui mérite bien de la nation – d’ailleurs, l’académie Charles-Cros lui a décerné en 2001 son Grand prix In Honorem « pour la défense du patrimoine sonore et de la parole enregistrée » (prix décerné pour la première fois à une maison de disques pour son œuvre éditoriale).

quichote_3.jpgC’est tout dire. Nul besoin, par conséquent, de longs commentaires sur les parutions en question, d’autant que les noms des artistes et la qualité bien connue de leur répertoire parlent d’eux-mêmes. Et qu’un « Quichotte » de Si ça vous chante vient « sanctionner » l’ensemble de ces productions (voir le site du label Frémeaux et Associés, ou distr. France : Socadisc) ; celle des Frères Jacques en particulier qui contient nombre d’inédits – à côté de futurs « standards », tels L’Entrecôte, À la Saint-Médard, La Marie-Joseph, Barbara, Le Tango interminable des perceurs de coffres-forts, Le Poinçonneur des lilas, La Queue du chat… ou encore Les Boîtes à musique.


 

 

Pour sa part, Si ça vous chante vous offre ici – on va s’gêner, tiens ! – la possibilité de revoir tous ces artistes en chair et en os, en sons et en images : Pierre Louki, Yves Montand, Mouloudji, Charles Trenet… et Juliette Gréco dont chaque prestation, aujourd’hui, continue de nous remplir d’admiration. Démons et merveilles, dirait Jacques Prévert (dont Les Frères Jacques assuraient L’Inventaire), de notre patrimoine.


FreresJacques• LES FRÈRES JACQUES :
Les Premiers Récitals, 1948-1959 ; coffret 3 CD + livret de 32 pages (67 titres, 77’38 + 74’56 + 76’18). Ce coffret de 3 CD présente onze titres, dont La Belle Arabelle, totalement inédits et deux récitals publics jamais réédités sur disque compact. Jean Buzelin et Marc Monneraye redonnent vie aux premiers récitals des Frères Jacques, « de la Rose Rouge à la Comédie des Champs-Élysées », et permettent ainsi de justement apprécier la naissance et l’essor d’un ensemble mythique, dans l’énergie inégalée de ses prestations scéniques.

 

 

Les quatre Frères, en fait, étaient cinq... Aux vrais frères Bellec, André (le grand en maillot vert, 1914-2008) et Georges (le petit au maillot jaune, né en 1916), à François Soubeyran (le grand en maillot rouge, 1919-2002) et à Paul Tourenne (maillot bleu, né en 1923, installé aujourd’hui à Montréal), il faut en effet ajouter le pianiste Hubert Degex, arrivé dans le groupe en 1966. Leur carrière (mondiale et pas seulement internationale) s’étend de 1944 à 1982, avec un succès jamais démenti… et des tenues de scène (les fameux collants dessinés en 1946 par le décorateur de théâtre Jean-Denis Malclès) pour le moins inhabituelles.

 

Nous avions eu la chance de les recevoir at home, aux débuts de Paroles et Musique, où ils nous avaient résumé ainsi, avec autant d’humour que de modestie, leur parcours professionnel : 1420 chapeaux, 2752 paires de gants, 468 maillots collants, 136 paires de chaussures de scène et 420 moustaches ! Un inventaire à la Prévert, derrière lequel il fallait voir une carrière réellement hors du commun, un groupe à jamais unique, célèbre dans le monde entier qu’ils ne cessèrent de sillonner. Au final, des milliers de prestations devant des publics enthousiastes… jusqu’à leur tout dernier récital – grand souvenir – au Théâtre de Boulogne-Billancourt, le dimanche 3 janvier 1982 : j’y étais (cf. Paroles et Musique n° 18, mars 82) !


Greco JULIETTE GRÉCO : La Muse de Saint-Germain, 1950-1957 ; coffret 2 CD + livret de 32 pages (36 titres, 56’10 + 56’13). De François Mauriac à Jean-Paul Sartre, de Françoise Sagan à Jacques Prévert ou Jean Renoir, de Georges Brassens à Léo Ferré en passant par Jacques Brel, Guy Béart et tant d’autres, durant les soixante ans de son extraordinaire itinéraire, la Grande Dame nous a invariablement apporté la preuve que la chanson est bien « un art majeur » – n’en déplaise à qui vous savez, qu’elle a également chanté (La Javanaise…) de la plus belle des manières.

 

Les trente-six titres inclus dans ce coffret, enregistrés entre 1950 et 1957 (et sélectionnés par Dany Lallemand qui signe le texte détaillé du livret, illustré d’une dizaine de photos rares), sont parmi les plus emblématiques de son répertoire : Sous le ciel de Paris, Les Feuilles mortes, Je hais les dimanches, La Chanson de Barbara, Ça va (le diable), Je suis comme je suis, Chanson pour l’Auvergnat, Chandernagor, Qu’on est bien, La Valse brune, Les enfants qui s’aiment… ou Si tu t’imagines (de Queneau et Kosma).


Louki• PIERRE LOUKI : Concert au Kiron, 1999 ; coffret 2 CD + livret de 12 pages (53 titres, 59’01 + 54’27). Pierre Louki, disparu le 21 décembre 2006, restera une figure singulière de la chanson française et de la poésie, entre humour, amour, gravité légère et fantaisie profonde. Sa postérité, la fidélité de ses musiciens et le nombre de ses interprètes actuels (au premier rang desquels Claire Elzière qui lui a consacré un bel album) en témoignent

 

Le présent coffret – précédemment distribué par Universal pour Rym Musique et réédité en accord avec la « succession Pierre Louki » – permet de retrouver l’éclat incarné de son œuvre lors d’un concert enregistré intégralement en décembre 1999 à l’Espace Kiron, à Paris. Cet artiste rare (qui accueillit Chorus chez lui pour une belle interview parue dans le n° 49 de l’automne 2004) était en quelque sorte le chaînon manquant entre Georges Brassens (qui introduit ce coffret en chantant le début de Mes copains, superbe chanson) et Pierre Perret.

 

• YVES MONTAND : Une étoile à l’Étoile, Intégrale volume 3, 1953-1954 ; coffret 2 CD + livret de 28 pages (41 titres, 66’45 + 69’07). Troisième volume d’une intégrale en cours (les deux premiers couvrent les périodes 1945 à 1949 et 1949 à 1953), ce coffret poursuit la chronologie du répertoire Montanddiscographique d’un interprète majeur de la chanson française : « La romance se réveille, écrivait alors Jacques Prévert, avec au pied du lit, ce grand garçon vivant ingénu et lucide, viril, tendre et marrant, qui déjà s’appelle Yves Montand. » On y trouve les quatorze titres enregistrés en studio et sortis chez Odéon en 78 et 45 tours entre le printemps 53 et l’hiver 53-54 ; outre les vingt-sept plages de son récital intégral au Théâtre de l’Étoile, en octobre 53, avec Bob Castella et son ensemble (lequel donna lieu à l’époque à l’édition d’un double 30 cm 33 tours) : Quand un soldat, Une demoiselle sur une balançoire, Le Flamenco de Paris, Sanguine, Le chef d’orchestre est amoureux, Barbara, Les Feuilles mortes, C’est si bon… ou l’incontournable À Paris (de l’immortel camarade Francis Lemarque).

 

Un récital dont le célèbre arrangeur Hubert Rostaing, alors clarinettiste du chanteur, dira ceci : « J’ai la nostalgie du Théâtre de l’Étoile. Ça collait avec Montand. Je dirais que la loge, les balcons, les fauteuils, les ouvreuses, ressemblaient à Montand... » Alors que Prévert, toujours lui, signait le texte du programme : « Un rideau rouge se lève, devant un rideau noir. Devant ce rideau noir, Yves Montand, avec le regard de ses yeux, l’éclat de son sourire, les gestes de ses mains, la danse de ses pas, dessine le décor. Et la couleur de sa voix éclaire le paysage de New Orleans, Old Belleville and Vieux Ménilmontant. »


Mouloudji

• MOULOUDJI : 1951-1958 ; coffret 2 CD + livret de 28 pages (36 titres, 57’05 + 54’59). Créateur fantaisiste aux dons multiples, tour à tour comédien, peintre, écrivain, Mouloudji reste dans les mémoires l’une des figures les plus authentiques de la chanson française d’après guerre. Créateur du Déserteur de Boris Vian (le 7 mai 1954, au Théâtre de l’Œuvre, le jour même de de la chute de Diên Biên Phû !), il nous a quittés le 14 juin 1994, à l’âge de 71 ans.

La couleur unique et l’expressivité incomparable de sa voix en firent l’interprète des plus grands (cf. La Complainte de la Butte de Jean Renoir et Georges Van Parys), mais cet infatigable serviteur de la parole des autres fut également un auteur-compositeur talentueux et inspiré. Le présent florilège réalisé par Dany Lallemand (où l’on retrouve notamment La Complainte des infidèles, Comme un p’tit coquelicot, La Chanson de Tessa, Mon pot’ le Gitan, Rue de Lappe, Le Déserteur…) en témoigne avec des chansons comme Province blues, Les Enfants de l’automne, La Complainte de Paris ou Un jour tu verras.


Trenet• CHARLES TRENET : En avril à Paris, Intégrale volume 9, 1952-1953 ; 38 titres et plages (76’20 + 70’58). « Le premier auteur-compositeur-interprète français que l’on puisse dire vraiment inspiré par le jazz est ce garçon du nom de Charles Trenet. […] Cette pulsation nouvelle, cette extraordinaire joie de vivre apportée par les chansons que ce garçon ébouriffé lançait à la douzaine, étaient nées de la conjoncture d’un remarquable don poétique et de la vitalité du jazz assimilée pleinement par une fine sensibilité. » De qui cette appréciation ? D’un certain Boris Vian, dans son livre En avant la zizique

 

Dans ce coffret (déjà le neuvième de cette intégrale extrêmement pointue), Trenet est accompagné successivement par les orchestres de Jean Faustin, Jo Boyer, Albert Lasry, Jacques Hélian, Wal Berg ainsi que par le Trio Raisner. À noter aussi quelques interventions parlées, des imitations (de Suzy Solidor, Damia et Jean Cocteau !), une demi-heure extraite de l’émission La joie de vivre d’Henri Spade, en compagnie notamment de Mireille et de Jean Sablon, outre des « compléments » de 1935 à 1939 (Charles et Johnny, etc.). S’il y aura bientôt dix ans (le 19 février prochain) que le Fou Chantant nous a quittés, ses chansons courent encore dans les rues. Et courront longtemps, longtemps, longtemps après que le poète a disparu... 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 15:13

Paroles et musiques en images

 

Je pensais que les crus offerts précédemment en partage, qu’ils aient de la bouteille ou soient dans leur primeur, mériteraient quelque appréciation des goûteurs de Si ça vous chante… Il faut croire que l’œcuménisme l’emporte. Ou bien que chacun se contente de consommer en solitaire (salut, Manset !), bien à l’abri dans sa cave personnelle... alors que c’est tellement mieux, tellement plus convivial, de boire un coup, des coups (de cœur) au grand jour, entre amis. Dommage. Mais quand le vin est tiré, disais-je, il faut le boire : avant de reprendre nos vendanges d’automne là où on les a laissées et histoire de varier un peu l’approche (dé)gustative, on a choisi aujourd’hui de visiter des vignobles spectaculaires…


Autrement dit, des DVD de derrière les fagots plutôt que des CD nés de la dernière pluie. Et des enregistrements en public plutôt qu’en studio. Soit quatre DVD, dont un doublé d’un CD. Mais comme l’avarice et Si ça vous chante sont deux termes antinomiques, on ajoutera aussitôt après (dans un sujet spécifique) quelques compils discographiques des plus « récentes » (dans la forme sinon dans le contenu) indispensables à toute bonne discothèque de chanson française. Enfin, à mon humble avis… Lequel ne serait cependant rien de moins – à l’en croire une lectrice (fort aimable) qui, visiblement inspirée par le thème de ces vendanges, me qualifie ainsi dans un message – que celui de « l’échanson de la chanson » ! C’est-y pas beau ? Trinquons en chœur, donc, et à la bonne vôtre !

 • JEAN-LOUIS BERGÈRE : Grand Théâtre d’Angers : Au lit d’herbes rouges ; 17 titres. À son propos, notait Jean Théfaine dans son « Portrait » de Chorus (n° 38, hiver 2001-2002), on évoque souvent Brel ou Ferré, auxquels il consacra des spectacles : « L’Angevin Jean-Louis Bergère aimerait que l’on retienne simplement son nom. Histoire de vivre enfin d’une plume qui doit essentiellement aux poètes. » Entre autres références actuelles, j’ajouterai Jacques Bertin, Rémo Gary ou Philippe Forcioli pour la famille d’esprit. Avec un environnement musical plutôt rock (claviers, batterie, basse et guitare électriques), qui sait se rendre intime au besoin (piano, guitare sèche, violoncelle ou bandonéon). Ça vous situe un homme et l’ambition de cet artiste que je qualifierais volontiers de cantautor (« chantauteur », littéralement), un terme espagnol qui fait bien défaut à la langue et à la chanson françaises et n’a guère d’équivalent que le songwriter anglais.

bergereOK.jpg 

 Le concert proposé dans ce DVD (avec cinq musiciens) reprend le titre et recoupe l’essentiel du contenu de son troisième album, Au lit d’herbes rouges (après Une définition du temps en 2001 et Bouches de silence en 2005), dont Chorus écrivait à sa sortie en 2006 (sous la plume de Michel Kemper) : « C’est le travail d’un auteur aussi exigeant que rare, dans une interprétation qui habite ces textes et leur donne un surcroît d’émotion. Ce disque est important. » Ledit auteur publie par ailleurs un (tout) petit livre de textes plus ou moins brefs (« Tous les chemins mènent à l’homme », « Avec âme et bagage », « C’est bien au contraire tout ce qui aura été écrit qui sera un jour inévitablement perdu »…), intitulé Jusqu’où serions-nous allés si la Terre n’avait pas été ronde ? Bonne question, tant « sur le grand écran de tous les possibles, notre angle de vue est extrêmement réduit »… Coprod. Vertige Productions et Catapulte, en partenariat avec Le Chant des mots ; distr. Catapulte, 3 allée des magnolias, 49800 Trélazé (label et site de l’artiste). 

• RICHARD GOTAINER : Comme à la maison ; coffret DVD (environ 125’, bonus inclus) + CD du spectacle éponyme, 27 titres, 76’. Plus de trente ans (son premier album, Le Forgeur de temps, remonte à 1977) que Gotainer promène sa dégaine de personnage de bédé dans le monde de la chanson française. Avec des hauts et des bas dus en partie à son activité de touche-à-tout (comédien, compositeur de B.O., réalisateur de pubs… ou auteur-interprète en 2005-2006 d’un one-man-show, La Goutte au Pépère), mais aussi aux perturbations climatomédiatiques : un jour les médias vous portent aux nues, un autre jour ils vous ignorent (voire pire) parce qu’ils décrètent que vous n’êtes plus dans l’air du temps, enfin au goût, à la mode du jour. Il faut faire avec en attendant la prochaine mode. Et c’est ce qu’a fait Gotainer contre vents et marées. Cette nouvelle (auto) production captée en public (dans l’intimité conviviale du New Morning, le mythique club de jazz parisien) a le mérite de nous le restituer à la fois dans un généreux répertoire de chansons connues (Le Youki, Le Mambo du décalquo, Le Moustique, Le Sampa…), de perles rares, de tubes publicitaires iconoclastes, et dans un environnement musical étonnamment « relouqué ». Au final, du groove, de la drôlerie, de l’émotion, de la poésie, résume à juste titre la 4e de couverture du DVD : une espèce de Boby Lapointe qu’on aurait passé au tamis du rock.

DVDGotainer.jpg


À noter que Gotainer a assuré lui-même le montage des images, alors que le son est l’œuvre de son complice de toujours, Celmar Engel. Et si le CD reproduit fidèlement le spectacle avec lequel il tourne aujourd’hui en formule légère (quatre musiciens – claviers, guitares, basse, batterie – et une choriste), le DVD propose des bonus (PréSHOWffage, Gotainer en Sorbonne et Le Rock’n’roll de l’existence, clip inédit tourné dans le Grand Canyon pour la chanson éponyme de son dernier album studio, Espèce de bonobo, 2008) qui ont été filmés par un jeune étudiant en cinéma nommé Léo… Gotainer. Joint à l’ensemble, le livret où sont couchées noir sur blanc les paroles des chansons permet de mieux comprendre pourquoi l’auteur de La photo qui jaunit est étudié à l’école… Production et distribution Gatkess (label et site de l’artiste).

• GÉRARD MOREL & TOUTE LA CLIQUE QUI L’ACCOMPAGNE :  En concert ; 16 titres, 117’. Début 2001, dans son « Portrait » du n° 35 de Chorus, notre collaborateur Yannick Delneste écrivait : « Ce comédien de théâtre s’est mis à la chanson par hasard il y a trois ans et c’est une bénédiction : entre Perret et Brassens, Lapointe et Dutronc, Gérard Morel est une vraie et belle découverte, rien de moins. » Depuis, l’homme a tracé son chemin, sorti trois albums (le suivant est annoncé pour bientôt) et deux DVD (dont celui-ci), en proposant des spectacles à géométrie variable, du groupe au solo en passant par le duo. On l’a connu ainsi (selon les circonstances et les demandes) avec « Les Garçons qui l’accompagnent », « Le Duette qui l’accompagne », « La Guitare qui l’accompagne » (!) et, enfin, aujourd’hui, avec « Toute la Clique qui l’accompagne » – soit six musiciens multi-instrumentistes (accordéon, clavier, batterie, percussions, saxophones, cornemuse, tuba, cor, trompette, clarinette, basse, guitare, ukulélé…) qui font également office de choristes (trois garçons, trois filles).

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 Bien écrit, bien joué, bien mis en scène, c’est surtout joyeux et contagieux. Au concert proprement dit (filmé par Éric Nadot au Théâtre d’Annonay) morel2.jpgs’ajoute une demi-heure d’images additionnelles, notamment des répétitions. Précisons d’autre part que le précédent DVD consacré à Gérard Morel par l’association Tranches de scènes (c’était en 2007, le n° 5 de la collection « Chansons en stock ») est toujours disponible (voir site dans la chronique suivante) : sous le titre Un moment avec Gérard Morel, on y trouve près d’une vingtaine de chansons interprétées en public par l’artiste, par ses invités (Wally, Hervé Lapalud, Romain Didier, Xavier Lacouture…) ou en duo (avec Yves Jamait, Alcaz’, Michèle Bernard…). Prod. et distr. Archipel Chanson, 5 rue Gabriel-Fauré, 07300 Tournon-sur-Roche (label et site de l’artiste).

 • TRANCHES DE SCÈNES : Le Centre de la chanson, 20 ans, 20 artistes ; 21 titres, 106’. En 1988 étaient déposés les statuts d’une association qui allait donner naissance l’année suivante, à Paris, au « Centre de la chanson d’expression française ». Devenu lieu de rencontres et de découvertes à travers notamment l’organisation de spectacles événementiels et de tremplins annuels visant aussi (tel « Vive la reprise ! ») à promouvoir le répertoire, il a été successivement présidé par Marc Chevalier, Roger Gicquel, Anne Sylvestre, Gilbert Laffaille, Jacques Yvart et aujourd’hui Gérard Morel (voir ci-dessus).

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C’est cette histoire que raconte le huitième DVD de la série « Chansons en stock », de l’association Tranches de scènes, réalisée par Éric Nadot. Pour ce faire, celui-ci a choisi d’interviewer Didier Desmas, directeur du Centre de la chanson depuis l’origine, dont les propos apparaissent en fil rouge entre vingt prestations d’artistes ayant, pour la plupart, participé à « Vive la reprise ! ». Soit, par ordre d’« entrée en scène », pour marquer (avec un an de retard, mais peu importe) les vingt ans du lieu (sis au 24 rue Geoffroy-l’Asnier, à Paris 4e) : Gildas Thomas, Anna Flori, Elsa Gelly, Claire Elzière, Mathieu Rosaz, Julie Rousseau, Nicolas Fraissinet, Katrin’ Wal(d)teufel, Gilles Roucaute, Alcaz’, Ivan Tirtiaux, Hervé Akrich, Béa Tristan, Presque Oui, Cristine, Hervé Lapalud, Lily Luca, Gatshen’s, Davy Kilembé et Bernard Joyet. Le « président » Gérard Morel, lui, expliquant parfaitement les tenants et aboutissants de cet organisme, considéré comme un vivier de chanson artisanale, par opposition (mais sans bellicisme aucun) à une certaine chanson industrielle.

Jehan – Adieu pour un artiste

Puis, le DVD se referme en beauté avec la chanson reprise au final, lors de la soirée anniversaire qui eut lieu au XXe Théâtre, par la plupart des artistes précités, outre Anne Sylvestre, Gilbert Laffaille, Michèle Bernard ou Xavier Lacouture, Adieu pour un artiste. Un texte superbe de Bernard Dimey (mis en musique par Maurice Blanchet) : « Si vous saviez comme ils sont les artistes / Si vous l’saviez, nous n’en serions pas là / Si vous saviez comme ils sont les artistes / On n’aurait pas enterré celui-là… » Tenez, pour le plaisir, on vous offre cette chanson interprétée par Jehan (tout court !) avec Agnès Bihl, Allain Leprest, Loïc Lantoine, Jamait et Romain Didier (disque Jehan chante Dimey, Prod. Tacet, 2006, distr. Mosaic Music). « Chansons en stock » n° 8 ; Coproduction et distr. : Ass. Tranches de scènes et le Centre de la chanson.  

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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