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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 11:22

Vendanges d’automne (7)

 

Au début de ces vendanges automnales censées présenter les meilleurs produits du terroir francophone, j’annonçai d’emblée – à l’impossible nul n’étant tenu – que l’importance quantitative de ces millésimes 2010 (fruit sélectif de mes récoltes d’œnologue chansonnier qui se fait un devoir – et un plaisir – de considérer tous les arômes, tous les bouquets et saveurs du moment) allait m’obliger à me restreindre à l’information la plus élémentaire. Quitte à laisser faire au lecteur le reste du chemin. Et puis, chassez le naturel, il revient au galop : je n’ai pu m’empêcher de goûter longuement à chaque cru soumis à votre appréciation…

 

Le problème, c’est que ma hotte de vendangeur est toujours aussi pleine. Et que j’ai de plus en plus l’impression (tel Le Trou dans le seau chanté par Guy Béart et Dominique Grange, cf. le premier chapitre de ces « Vendanges d’automne ») que si je ne m’en tiens pas rigoureusement à ce « florilège informatif » dont je parlais au début de la saison, nombre de bons voire d’excellents crus nous (vous) passeront sous le nez… comme ça n’est déjà que trop le cas par ailleurs. Je vais donc me faire violence (vraiment ! tant je continue de prendre du plaisir à la découverte de nouveaux crus comme à la dégustation du dernier millésime d’une appellation d’origine contrôlée) et me limiter à l’info brute de scan (au moût ?), lien à l’appui en guise d’invitation au voyage ; pour aller, désormais au grand galop.

« Au grand galop »… Moi, vous me connaissez, réservé de nature mais (parfois) grand bavard en compagnie d’amis et de compagnons de partage – ce qui est le cas des lecteurs et lectrices de ce blog qui manifestent par leur nombre et leur assiduité la même chansono-dépendance que moi. Lancez un nom, un titre, un lieu voire une date et aussitôt des souvenirs jaillissent et me submergent d’émotion renouvelée. En l’occurrence – excusez la digression, mais c’est le prix à payer pour obtenir votre dose quotidienne ! – le souvenir du jour où j’ai entendu chanter « Au grand galop », pardon : A galopar, pour la première fois en public…

 

 

Oui, je sais, ça n’est pas de la chanson française. Et alors ? C’est un monument de la chanson mondiale ! Et pour une « première fois », c’était une sacrée première ! La première fois que j’allais voir Paco Ibañez en concert. La première fois que « l’homme en noir » (comme l’appelait Marc Robine qui lui dédia une chanson en 1997) passait à l’Olympia. Un jour unique, dans tous les sens du terme. Le 2 décembre 1969. Ce passage, rappelle Marc Legras dans la « Rencontre » de Chorus (n° 26, hiver 98-99) consacrée à Paco, « atteint des sommets d’émotion. La salle archicomble, le chanteur fait monter une centaine de spectateurs sur scène, autour de lui, de sa guitare et de son verre d’eau. La foule scande “Pa-co ! Pa-co !” entre chaque chanson. Présent ce soir-là, le compositeur Jean Wiener dira son étonnement : “Qui eût imaginé qu’une foule invraisemblable allait envahir l’Olympia et ses abords… Tout cela pour ce grand garçon simple, détendu, qui – après qu’on l’eut accueilli avec une chaleur telle que je ne me rappelle en avoir enregistré de semblable qu’en l’honneur de Toscanini, de Chaplin ou de Lindbergh – se mit à chanter, accompagné de sa seule guitare”… »

Toscanini, Chaplin, Lindbergh… Ça se passe de commentaires. Heureusement qu’il y a eu de « grands » témoins comme Monsieur Wiener pour rendre compte de l’événement. Et confirmer son importance exceptionnelle. Pour la mémoire, pour l’Histoire. J’y étais, je témoigne aussi de ce moment prodigieux (dont il reste la trace audio dans un double album – cf. l’extrait ci-dessus, avec intro parlée de l’artiste – illustré par Jean-Pierre Leloir… qui, quelque douze ou treize ans plus tard, allait devenir le photographe de Paroles et Musique – quand je dis qu’il n’y a pas de hasard…). Pour l’étudiant que j’étais alors, ce fut « le » moment à jamais inoubliable (la preuve !) de ma vie de simple amateur de chanson ; voire, rétrospectivement, de toute ma vie de passeur, d’armateur de poésie chargée musicalement de futur.

 

pacoOlympia.jpg

 

Depuis, j’en ai vécu plein d’autres, de grands moments, en public ou en privé. En compagnie de plein de « grands », célèbres ou méconnus, français, européens, québécois et africains. Mais de l’intensité émotionnelle de celui-ci, peut-être pas. Et à coup sûr jamais avec une chanson comme A galopar, qui fit frémir et vibrer l’assistance en chœur. Tant de beauté et de signifiance à la fois en une aussi « petite » chanson (1’42 en studio), qui devint – sans l’avoir cherché – l’hymne antifranquiste et antifasciste par excellence (avant, bien avant L’Estaca de Lluís Llach, qu’on trouvera par ailleurs dans ce blog : voir « Mille cœurs debout »).

Mais une fois cet aspect idéologique évacué, contrairement à tant de chansons engagées, « à dégager » (comme disait Nougaro) une fois le but atteint, A galopar reste un sommet de l’art poétique et musical. Mélodie de Paco Ibañez, bien sûr – qui a fait avec les grands poètes hispaniques ce que Ferrat fit avec la poésie d’Aragon : une relecture personnelle pour en tirer de vraies chansons –, et texte de Rafael Alberti : « Las tierras, las tierras, las tierras de España / Las grandes, las solas, desiertas llanuras / Galopa, caballo cuatralbo / […] Galopa, jinete del pueblo / Que la tierra est tuya / A galopar, a galopar / Hasta enterrarlos en el mar » (Les terres, les terres, les terres d’Espagne / Immenses et rases, étendues désertes / Galope, cheval balzan / Galope, cavalier du peuple / Car la terre est tienne / Au grand galop, au grand galop / Jusqu’à les enfouir dans la mer…). Un hymne à l’homme en fait, de fraternité et de résistance à l’oppression sous toutes ses formes, annonçant d’une certaine manière la fameuse Foule sentimentale d’Alain Souchon.

 

pacoGalopar.jpg

 

Bien des années après, quand j’ai dit à Paco que j’avais été des quelque 2500 privilégiés qui s’entassaient à l’Olympia ce soir-là, il ne voulut pas me croire, tout d’abord ironique : « Ça n’est pas possible, tu n’es pas aussi vieux ! » Mais il dut se rendre à l’évidence et accepter que l’âge de mes artères ne soit plus celui que j’ai pour toujours dans la tête et dans le cœur. Cette digression aussi, et surtout, pour dire que la chanson, quand elle est réussie, n’a besoin de rien d’autre qu’une voix et un instrument pour faire naître l’émotion. Ensuite, on peut toujours l’enrober de tous les arrangements que l’on veut. Mais si la chanson est ratée, ceux-ci ne joueront jamais qu’un rôle de cache-misère. La preuve, quand Paco Ibañez a repris A galopar en octobre 2002, toujours seul à la guitare, dans l’immense Palau de la Musica de Barcelone (archicomble évidemment), l’émotion restait palpable comme le laisse voir la vidéo tournée à cette ocasion (il existe un DVD complet du concert). Ou ce compte rendu de M. Jurado publié dans El Pais, le quotidien espagnol de référence :

« Émotion. C’est, probablement, la parole la plus adéquate pour décrire l’ambiance que l’on vivait au Palau dans les minutes qui précédaient le début du concert de Paco Ibañez. Une émotion contenue qui poussait pour s’extérioriser et qui éclata au moment même où s’éteignirent les lumières de la salle : une ovation terrible, chaleureuse, emplissant le lieu tout entier, alors que Paco n’était même pas encore arrivé sur scène. Quand il apparut, guitare à la main et vêtu de noir comme à son habitude, l’ovation se transforma en clameur. […] Sa performance sonna avec la même fraîcheur qu’une première fois, ou peut-être serait-il plus juste de dire : avec la fraîcheur de retrouvailles nécessaires avec une sensibilité en voie d’extinction. Et la poésie avec des majuscules, celle que l’on cloue comme des poignards affilés, redevint une arme chargée de présent. » L’émotion… Qu’en disait Jehan Jonas, déjà ? Ce « mot-clef de l’artiste »

   

 

Dans la liste qui suit (et reprend l’ordre alphabétique à la rangée L), plein de belles chansons, où les paroles, la musique et la voix s’épousent pour le meilleur. D’autres ont besoin de mûrir, de se bonifier encore, les raisins sont parfois un peu verts, dirait l’excellent (et trop oublié) Jean-Christophe Averty. Mais globalement, vous pouvez vous balader en toute confiance dans ces vignobles. Quels que soient votre terroir de prédilection et le sang de la terre que vous préférez, blanc, rouge ou rosé, vous y trouverez votre compte. Mais cela demande un minimum d’efforts. Il faut savoir prendre le temps de descendre au fond de la cave... À vous de voir (et d’écouter) maintenant, avec cette nouvelle grappe que je vous tends en toute amitié. Un deuxième (voire un troisième volet) après celui-ci clôturera ces vendanges alphabétiques d’automne… dont je me réserve néanmoins sinon la primeur du moins la possibilité de vous faire goûter, ensuite (si ça vous chante ?), quelques échantillons complémentaires aux caractéristiques bien particulières. Mais n’allons pas plus vite que la musique : quand le vin est tiré, il faut le boire !  

• BASTIEN LALLEMANT : Le Verger ; CD-livre 12 titres + 1 en vidéo live et album photos, 39’15. Après Les Premiers Instants (2003) et Les Érotiques (2005), ce troisième album réalisé par Albin de la Simone et Bertrand Belin, « inspiré par le roman noir, est un recueil de chansons écrites à la manière de nouvelles. Bastien (ex-ACI du groupe Les Joueurs de biques, 3 albums) creuse le sillon d’une chanson à la fois littéraire et picturale, presque figurative, où s’affirme son goût pour la fiction et les contes cruels ». Autoproduit, L’Autre Distribution (site de l’artiste).

• ROBIN LEDUC : Hors-pistes ; 11 titres, 39’20. Premier album. « Deux personnes m’ont vraiment marqué, qui m’ont donné le plaisir d’écrire dans ma langue : Dominique A, qui m’a permis de faire le pont entre une inspiration pop-rock indé que j’aimais et l’écriture en français. Et JP Nataf, dont l’album Plus de sucre a été une révélation, un disque que j’ai énormément écouté. Il y a eu aussi Jacques Higelin, Mathieu Boogaerts, Dick Annegarn, Serge Gainsbourg, Alain Souchon, Léo Ferré et bien d’autres. » Prod. Tôt Ou Tard/VF Musiques, distr. Wagram (site du label).

• LYNDA LEMAY : Blessée ; 19 plages, 72’47. Album en public, mais composé essentiellement de titres inédits (13 sur 18, les reprises étant Les Mûres, Gros colons, gros blaireaux, Un golfeur, Une mère et Un verre de n’importe quoi). Vingt ans de répertoire et une nouvelle tournée française (plus quelques dates en Belgique et en Suisse) à partir du 4 novembre (Metz) qui passera par Paris au début 2011. Un jour, je raconterai notre rencontre à l’inauguration de la Maison de la Chanson de Québec, en 1994, et les suites heureuses qui en découlèrent pour Lynda en France… Prod. Warner Music Canada, distr. Warner France (site de l’artiste)

 • LOUISE : Chante Léo Ferré – Salut l’artiste ; 12 titres, 38’32. Pas une débutante, ça c’est sûr, ce qui en fait une interprète d’expérience, ici au service de Léo à qui elle consacre un joli hommage en chanson, Salut l’artiste. « Une sensibilité dans l’interprétation, écrit Mathieu Ferré, et dans le respect des musiques. Imbibée d’une couleur un peu jazz très agréable. Surtout quand on sait que souvent les interprètes tendent à métamorphoser une chanson par des arrangements improbables. » Claisse Production, autodistribution : 9 rue de la Haie d’Aumet, La Sogne, 27240 Thomer la Sogne (site de l’artiste).

• MACADAM BAZAR : Na Mbeni la… ; 13 titres, 41’48. Six musiciens, une douzaine d’instruments, six origines non contrôlées, France, Europe de l’Est, Amérique latine, Afrique « qui se mélangent et s’apprivoisent au sein d’une musique inévitablement métissée. » Ô joie, ces compagnons de route de la Rue Kétanou, Sinsémilia et autres Hurlements de Léo, reprennent en dernier titre La Fin du bal, formidable chanson de Vladimir Vissotsky (« Pourquoi ? J’voudrais savoir pourquoi / Pourquoi ? / Elle vient trop tôt la fin du bal / C’est les oiseaux, jamais les balles / Qu’on arrête en plein vol »)… sans hélas créditer son auteur, tout au plus (et en lettres des plus minuscules !) Maxime Le Forestier qui l’adapta en français. L’occasion en tout cas de réécouter ici, également en VF, la version de « Volodia », comme l’appelait son épouse Marina Vlady (voir « Paris-Moscou »). Art’Maniak’s Production, autodistribution (site du groupe).

• YVAN MARC : À bout de bras ; 12 titres, 39’48. Quatrième album déjà pour ce finaliste 2009 du Prix Adami-Bruno Coquatrix. « Une poésie légère et douce avec des influences sérieusement électriques dans le sillage de la pop anglo-saxonne ». Autoproduction, Anticraft distribution (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• FLORENT MARCHET : Courchevel ; 11 titres, 34’33. Comme Benoît Dorémus était de la famille Renaud, Florent Marchet était de la famille Souchon. Comme Benoît, Florent s’émancipe ici de son influence majeure. Après Gargilesse (2004), Rio Baril (2007) et Frère mal (2008), il franchit indéniablement un cap tout en confirmant « son goût pour le romanesque et les plongées dans les provinces françaises qui lui sont chères. Onze cartes postales pop, de vrais instantanés comme autant d’invitations au voyage : des pistes de ski à l’île de Ré, en passant par la plage de Narbonne ou encore Roissy (en duo avec Jane Birkin). Ce faisant il livre une véritable galerie de portraits. Musicalement, un recueil de pop lumineux où les orgues se mêlent aussi bien au piano de prédilection qu’aux cordes folk et aux programmations singulières, non sans laisser une juste place aux cuivres. » Un « Quichotte » de Si ça vous chante. Prod. et distr. Pias (site de l’artiste).

• MARIE AMÉLIE : Dans un vertige ; 12 titres, 42’07. Un premier album parfaitement réalisé et au charme certain, à l’image de cette jeune femme (Seigner de son patronyme), qui écrit en collaboration la plupart des chansons mais a le bon goût, quand elle choisit d’être uniquement interprète, de faire appel à Pierre Lapointe, L’Éternel infidèle. Prod. My Major Company (avec 1371 producteurs !), distr. Warner (site de l’artiste).

• MARIE TOUT COURT : Assise sur le bord ; 12 titres, 41’05. Née à Beaucourt (Territoire de Belfort) et connue au départ sous le nom de « Marie et ses Beaux Courtois » (un album en 2003, Vas-y comme j’te pousse !), Marie Renaud – alias Marie Tout Court, désormais – délivre une chanson subtilement métissée dans la forme. « Entre folk, influences traditionnelles et parfois énergie rock, le charme agit dans l’immédiat, mais à l’instar de grands crus, les chansons de Marie continuent de libérer saveurs et arômes longtemps après la toute première dégustation. » Ajoutez-y une pincée d’impertinence et d’espièglerie, un timbre de voix souriant et des plus sympathique (auquel s’associe, le temps d’une chanson, celui de Thomas Pitiot : cela situe bien la famille d’esprit), et vous comprendrez que ce nouveau nom, Marie Tout Court, en dit plus long qu’il n’y paraît. Paulette la Prod. L’Autre Distribution (site de l’artiste).

• FABRICE MAUSS : Minuit passé ; 10 titres, 27’49. On l’avait découvert, timide à la ville et extraverti à la scène, au festival de Risoul (voir « Étoiles des neiges » sur ce blog). Deux albums en groupe sous le nom générique de Mauss (dont un succès en 2007, Je recherche, en duo avec Charlie), et voici un premier album d’auteur-compositeur. Un peu bref peut-être, la durée d’un 33 tours, mais à la réalisation musicale superbe : orchestrations pléthoriques mais utilisées à bon escient, tout en finesse, à l’instar de son chant. À 32 ans en 2010, le jeune homme a du caractère et un style. Pas étonnant qu’il se soit rapproché de l’équipe de Tôt ou Tard. Prod. Guess What !/VF Musiques, distr. Warner (site de l’artiste).

• CLAUDIA MEYER : Fuego – Au fil des langues et des pays ; 14 titres, 47’37. On a commencé ce sujet en espagnol, on le conclut de même avec Claudia Meyer, chanteuse française aux racines métissées (elle est née au Maroc), qui sort un second album (le premier remonte à 2006) dans la langue de Cervantès. Revisitant de grands succès internationaux comme My Lady d’Arbanville de Cat Stevens ou des chansons du répertoire de Mercedes Sosa, on trouve aussi à son générique les Brésiliens Vinicius de Moraes et Tom Jobim, l’Argentin Atahualpa Yupanqui… ainsi que Claudia Meyer pour quatre titres. À signaler d’autre part un duo de feu (Fuego, en espagnol) et en VF cette fois avec Yves Jamait. Et plein de belles pointures aux guitares, accordéon, percussions… Kobbiprod Productions, distr. Mosaic Music (site de l’artiste).

(À SUIVRE)

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:43

Prenez pas les morts pour des cons

 

Arrêt sur image momentané dans nos « Vendanges d’automne ». Comme pour le nouvel album de Béart et les reprises de Brassens, la sortie d’un album (posthume) de Jehan Jonas, grand précurseur de la chanson moderne contestataire (mâtinée d’humour – souvent corrosif – et de poésie tendre), mérite en effet qu’on s’y attarde spécifiquement. D’autant plus qu’au-delà des modes et du temps, nombre de ses chansons restent dramatiquement d’actualité. Forcément, quand on n’est pas à une Bavure près…

  

 Soixante-neuvième sujet de Si ça vous chante – soixante-neuf comme le numéro mort-né de Chorus (visible néanmoins en grande partie sur le site de la rédaction) – avec un artiste (mort il y a trente ans) hautement représentatif de notre démarche (trentenaire) de partage du meilleur de la chanson francophone. Entre la découverte des talents en herbe et la « redécouverte » des géants consacrés, nous n’avons en effet eu de cesse de rendre justice aux artistes confirmés (et reconnus par leurs pairs) mais scandaleusement méconnus, parce qu’occultés par les médias « qui font l’opinion » pour diverses raisons (censure politique, économique, mode de production ou de distribution, « couleur d’antenne »…) dont certains comme Jacques Debronckart ou Jehan Jonas, en l’occurrence, n’avaient rien, mais vraiment rien, à envier aux plus grands.

Jehan Jonas ? Vous ne connaissez pas ? Vous n’avez jamais entendu parler de lui ou, du moins, jamais entendu la moindre de ses chansons ? Voilà une lacune (hénaurrrrrrrrme !) qui n’attendra pas davantage pour être comblée. Sachez simplement que, mort à 35 ans le 29 avril 1980 (il était né le 12 août 1944 à Paris), les cinq albums (AZ/Vogue pour les trois premiers et SFPP pour les deux autres) qu’il avait sortis entre 1966 et 1972, et n’étaient plus disponibles, furent réédités (par le producteur indépendant Michel Bachelet, chaque pochette déclinant sous une couleur de fond différente le portrait repris ici) suite à l’article qui parut dans le n° 5 de Paroles et Musique. Une simple « brève » dans le n° 2 annonçant sa disparition (en même temps que celle de Stephan Reggiani) nous valut à l’époque un courrier si abondant qu’il ne fit que conforter notre envie de lui consacrer ce sujet.

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Un exemple (signé « Annie et Michel Dubois » de Vénissieux) : « Nous avons lu les deux premiers numéros de votre revue avec une grande joie, pour ne pas dire une jubilation intense, car elle correspond exactement à ce que nous attendions : elle dit ce qu’il y a à dire sur la chanson que nous aimons. Mais quelle stupeur et quelle tristesse quand, dans un entrefilet de la page 11, nous apprenons la mort de Jehan Jonas !... Nous ne possédons qu’un 33 tours de ce jeune chanteur et deux ou trois chansons enregistrées à la radio, et nous ne savons rien de lui, mais quel talent ! quelle voix extraordinaire ! et quelles merveilles que des chansons comme Mon copain de la lune, L’Album de famille, Tahiti, À celle que j’aime… Le disque a beaucoup tourné ces derniers jours… À quand une rétrospective Jehan Jonas dans Paroles et Musique, avec une discographie complète et peut-être le témoignage de Jean-Marie Vivier* dont nous avons un disque où les chansons de Jehan Jonas occupent une place de choix ? »

Sous le titre « Un “grand” de la chanson est parti sur la pointe des pieds », dans ce n° 5 de décembre 1980 (avec Alain Souchon à la Une, côtoyant Pascal Auberson, Toto Bissainthe et Quilapayun), je rappelai notamment ceci : « Jehan Jonas était en effet l’égal des “grands” de la chanson, mais ça ne se savait que dans le cercle restreint des vrais connaisseurs. Car Jehan avait été rejeté par les médias pour avoir osé chanter (et stigmatiser) la Mentalité française. Une chanson-révolte qui l’avait rendu “maudit” et lui avait valu d’être traité de “petit voyou” par un présentateur radio-télé bien connu ; alors que Jehan était en fait un véritable poète, un tourmenté, un écorché vif, dont les œuvres étaient toujours empreintes de cet humour corrosif, voire cynique, qu’il savait si bien manier. […] Il est mort brusquement, dans le silence général. Nul journal n’a donné l’information, aucune station de radio n’a diffusé la nouvelle, ne parlons même pas de la télévision… »

 

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Aujourd’hui, trente ans pile après ces lignes, Jehan reste (hélas) l’exemple même du grand talent méconnu, une étoile filante de la galaxie Léo Ferré. On serait étonné, à l’écoute de ses chansons, de constater l’ampleur de la dette d’un Lavilliers ou d’un Renaud à son égard, et de tant d’autres (peut-être même d’un Béranger dont il avait contribué à préparer la venue), jusqu’à Jamait aujourd’hui. C’est pourquoi le travail entrepris il y a déjà une dizaine d’années par son ancienne épouse, Laure Cousin-Jonas, est capital (outre d’être digne d’éloges). Elle a notamment permis la réédition en CD dans un beau coffret digipack 5 volets (format livre) de son œuvre enregistrée, accompagnée d’un CD d’inédits. L’album qui sort cette fois est un événement, puisqu’il s’agit de chansons écrites dans les années 60 et 70 et enregistrées par Jehan comme des pré-maquettes, en guitare-voix, sur son magnétophone Revox. Des bandes, certes « malmenées par l’usure du temps, écrit Laure, mais recélant l’évolution de son écriture et de sa voix. Elles représentaient pour lui un support de préservation, d’instantanés musicaux, et de réserve à proposer à d’autres interprètes, mais évidemment pas à destination d’écoute en l’état ».

Malgré cela, malgré le travail de restauration conservant délibérément quelques imperfections pour éviter d’éliminer certains titres par souci d’exigence technique (« manière de ne pas sacrifier l’humain à la technologie »), l’essentiel y est : la tendresse désespérée du créateur, à vous faire chialer (« C’est le regard des femmes / Qu’on s’accroche aux souv’nirs / C’est un peu de désir / Qui devient multigamme / C’est un chien écrasé / Qui gît sur le bitume / C’est le feu sans fumée / De la vie qui s’consume… / C’est l’espoir / Qui soupire / Dans le noir… »), la véhémence humaniste du créateur (souvent dissimulée sous une apparence nihiliste, anarchiste pour le moins), chantée sur fond de dérision ou de confidences poétiques, qui n’est pas sans faire écho à certains thèmes d’actualité. Telle cette Bavure qui donne son titre au CD : « Bavure… / Je suis né… Je suis mort Bavure / Faut croire que c’était dans ma nature / Comme d’autres sont flics ou sont curés / Membres de la magistrature / Ma vocation c’est d’être bavure / C’est une question d’ponctualité… »

  

Jehan Jonas – Bavure

À ceux qui possèdent la collection complète de Chorus, je ne saurais trop recommander la (re)lecture de l’excellent dossier signé par Michel Trihoreau (« Rappels », n° 32, été 2000). « Comme un démenti cinglant infligé à ceux qui continuent aveuglément de prétendre qu’il n’existe pas de “grands talents” voire de “génies” méconnus de leur vivant, écrivait-il en introduction, Jehan Jonas a laissé dans la chanson une trace indélébile pour ceux qui ont eu la chance de l’entendre. Auteur prolifique, poète pamphlétaire, “Pierrot noir” (selon sa propre définition), démon angélique, Jonas jongle avec les idées, provoque, joue et charme à la fois. Ses chansons ne demandent qu’à courir encore dans les rues. En dépit de son absence scandaleuse des principaux “dictionnaires” et autres “encyclopédies” de la chanson, de sa courte carrière restent aujourd’hui quelques enregistrements, le souvenir fraternel indéfectible de ses nombreux amis… mais surtout une œuvre exceptionnelle et colossale de plusieurs centaines de chansons inédites. »  

Des chansons que, grâce à l’obstination de Laure Cousin et de son association, on découvre peu à peu, soit comme ici – ô miracle ! – soit dans la bouche de ses interprètes d’aujourd’hui, car, à l’exemple d’un Jamait, ils commencent à se multiplier. En réalité, cela a démarré après le vingtième anniversaire de sa disparition, comme le notait Pierre Favre dans un autre article important de Chorus consacré à Jehan, « Le Pierrot noir est de retour » (n° 42, hiver 2002-2003). « Il serait certainement le premier à s’étonner de ce regain d’intérêt, supposait notre ami et collaborateur : “Comment !... On me chante encore ? À nouveau ?” Oui, plus de vingt ans ont passé et l’eau coule toujours sous le pont Mirabeau. L’esprit d’Apo, un cri de vieux Rimb’, une plainte à la Dimey ou à la Ferré, s’il y eut de cela en elle – par esprit de fraternité et non pour les copier –, cette œuvre que l’on entend rechanter est bien celle de Jehan Jonas. […] Un destin – enfin – heureux le remet en scène et sa justification est criante, comme évidente son actualité. Oui, Jehan Jonas n’est pas de retour par hasard. Sa chanson nous parle d’aujourd’hui. Elle s’enflamme comme un feu éteint en apparence qui, couvant en fait sous les cendres, reprend subitement, attisé de façon inattendue par les événements. Chanson-phare qui éclaire plus loin que son époque… »

 

 

Et Pierre Favre (qui l’avait vu chanter en scène), de conclure : « Occulté voire censuré par les médias, Jehan Jonas qui refusait toute concession et prenait tout en dérision, n’a guère compté d’appuis de son vivant. Comment se fait-il donc qu’aujourd’hui, près d’un quart de siècle après s’en être allé (dans une totale indifférence médiatique), il puisse revenir et vibrer avec autant d’allant, d’actualité et de vérité ? Si l’auteur-compositeur emporte ausitôt l’adhésion de tous ceux qui, maintenant, font sa connaissance, ou enfin le découvrent, n’est-ce pas parce qu’il nous chante intensément, singulièrement et avec noblesse ce qui donne un sens à la vie ? »

Rien à retrancher à cet article, huit ans exactement après sa publication. Tout au plus faut-il relativiser l’enthousiasme de son auteur, quant à la redécouverte du chanteur, emporté qu’il était alors par la sortie de son intégrale CD et la tenue de spectacles autour de son œuvre. Alors, juste pour ne pas donner l’impression de vouloir transformer en vérités absolues ce qui ne serait que jugements subjectifs de notre part, voici ce qu’en disaient à Michel Trihoreau (pour le dossier de Chorus précité) deux témoins de l’époque. Bernard Lavilliers d’abord : « Je l’ai connu à la Contrescarpe. On chantait quatre ou cinq chansons maximum. Je me souviens qu’il chantait Comme dirait Zazie. Mince, fragile, il était toujours en velours noir, avec une grande écharpe. J’étais pote avec lui, mais les cabarets ce n’était pas mon truc ; on vivait une époque charnière, on allait vers autre chose. Mais Jehan, lui, nous donnait l’impression d’avoir réussi : il avait une 404 cabriolet et il avait fait des disques, alors qu’on était nombreux à galérer… C’était un anar romantique. »

 

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Puis Marc Jolivet : « Cette année-là, en 1966, j’avais seize ans, ceux de ma génération célébraient les Stones, les Beatles, Jean Ferrat, Léo Ferré, que nous appréciions aussi… Mais, avec mon frère Pierre, notre idole s’appelait Jehan Jonas et ce sont ses chansons que nous apprenions à la guitare. Pour nous, il incarnait le chanteur-poète révolté, insoumis, intègre, et nous allions l’écouter à la Mutualité, aux côtés de Brel ou de Ferré, nous insuffler l’esprit de résistance. Quelques années plus tard, lorsqu’on a eu du succès, on a souhaité le rencontrer. On l’a peu connu, mais ce peu-là nous a alors confortés dans notre première impression. C’était un grand artiste, original et contestataire. L’homme que je suis aujourd’hui ne l’oublie pas. »

Révolté, insoumis, intègre, c’est sûr. Mais toujours (à quelques chansons près de tendresse pure) la plume trempée dans l’encre noire d’un humour ravageur ; qu’il apostrophe un Flic de Paris, un an avant Mai 68 (« Dans le panier de la connerie / Tu vas taper sur les gars qui / N’ont pas voulu marcher tout droit / Et qu’ton odeur n’impressionne pas / Tu m’diras qu’tu fais ton boulot / Qu’t’es pas payé pour le cerveau / Heureusement qu’on t’paye pas pour ça / Parce que sinon tu boufferais quoi ? »), ou nous adresse une carte postale d’outre-tombe : « Après on dira / Comme on l’dit toujours / Que les morts n’ont pas / Le sens de l’humour / Gardez donc vos r’mords / Vos larmes, vos chandelles / C’est quand on est mort / Qu’la vie est belle… »

  

Jehan Jonas – Prenez pas les morts pour des cons

Deux vidéos accompagnent ce sujet : la première (une belle réalisation de l’association Jehan Jonas Second Souffle) donne une idée globale du parcours du chanteur (il faudrait encore parler de l’auteur de pièces de théâtre, de nouvelles radiophoniques et de sketches, du dialoguiste de cinéma… et même de l'auteur d’ouvrages érotiques) ; quant à la seconde, c’est un document : son passage dans la mythique émission de Denise Glaser, Discorama, le 19 mars 1967, la seule apparition qu’il ait faite à la télévision (du moins à notre connaissance), excepté le Bienvenue de Guy Béart qui l’avait rencontré dès 1964, l’année de ses débuts dans les cabarets parisiens et à la Mutualité, en novembre, en compagnie de Léo Ferré. Il y chante Le Manège, chanson extraite de son premier album sorti en juin 1966. À noter qu’en 1967, l’année de Discorama, il participa à un grand spectacle organisé au Théâtre du Vieux-Colombier, avec Les Enfants Terribles, Bernard Haillant, Jacques Serizier et une certaine Hélène Martin (qui nous fait l’honneur de suivre ce blog de près). Il n’y a pas de hasard.

Dernière chose, c’est Jehan Jonas qui a écrit ce texte que je considère fondateur, au point de l’avoir publié en intégralité dans le n° 5 de Paroles et Musique :
« Artiste. La noblesse d’un mot. Les privilèges et les abnégations qu’il représente. Au service d’un art… De l’Art. Que ce soit l’art de tailler la pierre, de se balancer sur un trapèze en costume pailleté à quinze mètres du sol, de se dessaper au rythme d’un blues devant une poignée d’excités (dont je suis, parfois), d’écrire Anna Karenine, ou d’annoncer tous les soirs depuis trente ans que “Madame est servie” sur la scène des Capucines. Un monde à part. Sans hiérarchie. C’est Toulouse-Lautrec qui hantait les coulisses du Moulin Rouge. C’est Verlaine, le nez dans le ruisseau à deux heures du matin, rue Descartes. Tous, les mêmes souffrances, les mêmes joies, le même but : amuser, distraire, faire rire ou pleurer, faire penser, frissonner, bander. Bref procurer une émotion par la route des sensations.


 

« L’émotion… Mot-clef de l’artiste. Qu’elle vienne du cœur, de l’esprit ou du sexe (n’en déplaise aux gens qui pensent qu’on ne doit pas toucher à “ces choses-là” parce que c’est sale ! Ces gens qui font des enfants, on se demande comment et surtout pourquoi). Nous sommes des marginaux. Qu’importe si nos émotions à nous, sur la piste ou sur la scène, soient des émotions factices, du moment que celles ressenties par le public sont vraies. Sans émotion, pas de pensées ; pas d’idées ; rien. Pas même de sentiment car il n’y a pas de sentiment sans émotion. La Révolution est née d’un sentiment d’injustice que des artistes ont contribué à développer, qu’on le veuille ou non. La faim a fait le reste. »

Un texte étonnant de lucidité et d’authenticité. De vécu. Une véritable profession de foi, venue du fond des tripes mais adoubée par la raison. Vous pourrez le lire en totalité dans le coffret de « l’intégrale » si toutefois vous décidez de poursuivre la (re)découverte. C’est tout le malheur que je vous souhaite. En attendant, écoutez ici (en tenant compte du côté brut de ce qui n’était même pas encore des maquettes) si l’émotion – ce maître-mot de la chanson, celui en tout cas qui a guidé toute ma vie « professionnelle » – est au rendez-vous. Si oui, plus de quarante ans après ces enregistrements artisanaux, c’est que Jehan Jonas est bel et bien vivant.

   

• Bavure, 21 titres (Les Années douces – On l’appelait la gitane – Bonne impression – J’écrirai des violons – Bavure – L’Arbre – La Vie au singulier – La Femme de Sydney – C’est l’espoir – Une singesse qui m’attend… – Square Dance Peace – Pour vivre nos vingt ans… – Oh ! Non ! Madame – De Villeneuve à Montauban – Le Récalcitrant – Wanda – Sur un air de Chopin – Tu ressembles à tes caresses – Demain peut-être – Le Mort de théâtre – Prenez pas les morts pour des cons), 60’29. Prod. et distr. Association Jehan Jonas Second Souffle (site de l’association), Le Pradal, 7 allée du Stade, 31570 Bourg Saint-Bernard. 

________

*Suite à leur rencontre en 1969, qui marqua le début d’une réelle amitié, Jehan Jonas confia dès lors nombre de ses chansons à Jean-Marie Vivier, interprète à la guitare fort couru et respecté dans le milieu de la chanson d’auteur, qui les créa souvent sur scène et les enregistra régulièrement (tous renseignements sur son site), avant de se constituer son propre répertoire (en collaboration étroite avec Yannick Mathias).

 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 09:38

Vendanges d'automne (6)


Sixième sillon de nos vendanges d’automne, rangées F à L. Avec Philippe Forcioli à la proue et Gilbert Laffaille à la poupe, excusez du peu ! Entre ces deux grands crus (hélas trop modestes, sans esbroufe, goûtés qu’ils sont seulement par un public d’initiés), c’est à une java sans modération que nous vous convions ; à une dégustation de ces vins canailles, comme le chante justement Laffaille, ceux qu’ont jamais d’médaille au concours agricole, qui sont nés sur la paille. Ceux qu’ont pas d’étiquette, qui s’prennent pas au sérieux, qu’en mettent pas plein les yeux, qui sont tout nus sans liquette… Tel « ce rouge pas farouche / Qui roule bien dans la bouche / Ni trop mou ni trop vert / Çui des Bois et Charbons / Qu’a pas l’nez Bourbon / Mais fait chanter les verres ! » Buvons en chœur, chers frères, chères sœurs du taste-vin chansonnier.

 

Gilbert Laffaille – La Java sans modération


quichote_3.jpg• PHILIPPE FORCIOLI : Le mystère demeure ; 16 titres, 64’45. Que dire de lui que nous n’avons déjà écrit cent fois depuis notre rencontre au début des années 80 à la Sainte-Baume (haut lieu chansonnier de l’époque qui accueillait formateurs, artistes et stagiaires de la plus belle eau) ? Qu’il fait partie du haut du panier de la chanson poétique d’expression française, simple et humaine, sans rien d’hermétique. « Enfant de Brassens et de Félix Leclerc », précisait Valérie Lehoux dans son « Portrait » du n° 27 de Chorus : « C’est un homme de parole, de passion, de colère et de silence. Un insoumis, qui échappe au désespérant conformisme de rigueur, et se soustrait aux règles d’un jeu convenu. C’est un homme de richesses, qui pourtant ne possède que trois fois rien. Difficile à cerner. Impossible à cadrer. Philippe Forcioli est de cette race d’hommes intègres et exigeants en voie de disparition. Un poète. Libre comme l’air. » Son nouvel album (le premier, Le Temps des bleuets, remonte à 1990) est une merveille. Un Quichotte, bien sûr, de Si ça vous chante. L’album d’un homme de Parole, au chant profond et proche à la fois, porté par de jolies mélodies. Enfant de Tonton Georges et de Félix, certes, mais aussi camarade de Léo et frangin de Bertin… Il y a pire comme parenté. Autoproduit et autodistribué : P. Forcioli, La Teille, 04290 Salignac (site de l’artiste). 

 • SOPHIE FORTE : Chou-fleur ; 12 titres et leurs versions instrumentales, 75’24. Après Maman dit qu’il ne faut pas et J’suis vert, c’est son troisième album pour enfants, où elle aborde sans tabou tous les thèmes qui la touchent, de la sexualité aux interdits, du temps qui passe aux grands questionnements. Les sans-abri aussi dans un magnifique duo, dénué de sensiblerie mais tout d’émotion, avec Henri Dès (à la manière de La Matinée de Ferrat et Christine Sèvres) : « – Les gens qui vivent dans la rue / D’où ils viennent papa ? / Y en a qui marchent les pieds nus / Ils doivent avoir froid / Est-ce qu’ils avaient une maison / Là où ils sont nés ? / – Je n’sais pas mon chéri / Où était leur maison / On peut changer de vie / Pour un tas de raisons / On peut fuir un pays / Parce qu’il est en guerre / Être né à Paris / Et trouver la misère… » Prod. Victorie Music/Music Box, distr. Universal (site de l’artiste).

• FOUX : La Valse des hommes ; 13 titres, 56’21. Une curiosité. Premier album d’un auteur-compositeur à la voix grave… plus habituée à se faire entendre dans les prétoires que dans les salles de concerts. Fx. Gombert à la ville et au Palais de Justice devient Foux à la scène… et dans cet opus réalisé par un confrère du barreau (Matthieu Maillet), embrigadé dans cette histoire d’hommes (Comme Montaigne à La Boétie), de femmes (Le Vers féminisant) ou d’humains (« Alors mamie ? Qu’est-ce qui se passe ? / Qui dans ta tête a pris ta place ? », Alzheimer). Des plaidoiries parlées-chantées sur fond de guitares acoustique et électrique. Foux Prod., autodistribué : 67 rue St-Martin, 95300 Pontoise (site de l’artiste).

• GAËLE : Diamant de papier, 12 titres, 44’48. Ainsi Albert Weber présentait-il Gaële (avec un l) en chapeau de son « Portrait » de Chorus n° 64 : « Originaire de Haute-Savoie, cette auteur(e)-compositrice-interprète a embarqué pour le Québec il y a huit ans [en 2000]. C’est là qu’elle a réussi son décollage grâce à un tendre et décoiffant Cockpit, premier envol discographique entre imaginaire et réalisme. » Après avoir couru les scènes européennes (elle a été remarquée tout récemment à l’Estival de St-Germain-en-Laye) et québécoises et prêté sa plume à nombre de collègues, Gaële vient de graver un Diamant de papier qui vaut son pesant musical et textuel de carats. À noter la participation de Richard Desjardins sur une chanson : « J’aurai jamais l’accent d’icitte… » Gaële, ma belle, c’est quand tu veux au septième ciel… Productions de l’Onde & Productions du Cockpit, distr. Québec : Sélect (site de l’artiste).

• FRANÇOIS GAILLARD : On s’en fout ; 12 titres, 41’20. « Un mélange de mélancolie allégée et d’humour de situation sans violence apparente, d’où l’émotion surgit insidieusement ». De ce jeune ACI lyonnais, Michel Trihoreau écrivait (dans son « Portrait » de Chorus n° 55) : « Sa façon de “décravater” le vocabulaire à la Vian et son élégance décomplexée dans la syntaxe sur des mélodies aigres-douces, dévoilent un Gaillard méticuleux dans le présent et constamment en éveil devant les probabilités du futur. » Ce troisième album (après Salut l’ami ! en 2002 et Chanson au poing en 2006) comporte deux vidéos en bonus dont celle de la chanson qui donne son titre au CD… sans y figurer en audio : on s’en fout ? Ça serait une erreur de le croire, car le bougre a du talent, « la parole percutante, l’humour incisif et la critique insolente », et tout l’avenir devant lui. Prod. Édito Musiques, distr. Rue Stendhal (site de l’artiste).

• MANU GALURE : Vacarme ; 11 titres, 42’28. « Boulimique et surdoué, notait Yannick Delneste dans son « Portrait » du n° 66 de Chorus, le jeune artiste toulousain séduit par son aisance, dans une ambiance cabaret où les influences de Guidoni et de Juliette sont pleinement assumées. » Bien vu : ce nouvel album bénéficie justement d’une certaine Juliette à la direction atistique, une première pour elle. C’est dire si elle croit en ce talent, jeune prodige plutôt, dont le premier album en piano-voix (Le Meilleur des 20 ans de Manu Galure, 2008) était une simple photo sonore de son spectacle en piano-voix, le charisme et la présence en moins ; car, poursuivait Yannick, « le Gavroche de la ville rose, qui emmène aussi le groupe des Ptits T’hommes (deux albums en 2007 et 2008), est une bête de scène autant qu’un amoureux des mots ». Cet album lui fait vraiment passer un cap. Ambiances puissantes à la Kurt Weill, « entre rock catastrophé et musique bruitiste ». Cela évoque le théâtre burlesque, les débuts du cinéma fantastique, nous conduisant à la rencontre de super-héros aviateurs, de loups-garous dans les ruelles de Berlin… et même, révérence oblige, d’un certain Méliès. Si vous décidez de visiter Le Cabaret de Galure, vous aurez toutes les chances de m’y trouver en train de sabler le Champagne avec Higelin… Kiui Prod., L’Autre Distribution (site de l’artiste).

• OLIVIER GANN : Les Éoliennes ; 12 titres, 48’. Un ancien « astagiaire » d’Astaffort, originaire des Pays de la Loire, dont Francis Cabrel a produit le premier opus, On m’a dit, en 2001. Suivront Instantané en 2004 et À l’ouest en 2007. Compositeur-interprète, son nouvel album a été écrit pour l’essentiel par Nérac, chanteur lui-même (avec Nicolas Peyrac pour un titre, Rendez-vous manqués) et enregistré en électro-acoustique par six musiciens. De la « pop française légère et concernée » d’un artiste en développement durable… Prod. et distr. Musikalouest (site).

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• PASCAL GASQUET : Taillé dans rock ; 10 titres, 43’50. Cinquième album taillé dans le rauque pour la voix, le rock et le blues pour le genre, d’un ACI nîmois attachant qui taille sa route depuis une vingtaine d’années. Pascal Gasquet & Co, c’est Bernard Giquet aux guitares électriques et claviers, Olivier Arnardi également aux claviers, à la basse et à la guitare slide, Steve Belmonte aux drums et le chanteur lui-même à la guitare acoustique et à l’harmonica. Famille Paul Personne, pour vous donner une idée. Ça sonne du feu de Dieu, sans exclure la ballade en tendresse (clin d’œil amusé, mine de rien, à un certain Aragon) : « Je suis ton homme à rien faire / J’ne suis pas sur cette terre / Pour être une bête de somme / La flemme est l’avenir de l’homme / […] Mais un jour il y aura la guerre / C’est ainsi que vivent les hommes / Et tous ces insectes éphémères / Effacés d’un coup de gomme… » Les textes, on le voit, sont signifiants (oui, le contraire d’insignifiants) : dommage seulement, autoproduction oblige, que ceux-ci fassent défaut au livret. Aimerez-vous un peu, beaucoup, énormément… pas du tout ? Moi, comme dit l’autre, j’adore ! Prod. et distr. Anatole Music, 516 rue de Bouillargues, 30000 Nîmes (site de l’artiste).

• LAURENCE HÉLIE : éponyme, 11 titres, 44’41. Une voix aérienne, des musiques qui prennent leur temps, douces mélodies planantes en rapport avec l’intimité des textes (écrits, à deux près, par cinq auteurs différents dont le Français Brice Homs), Laurence Hélie avoue un faible pour le folksong et son admiration pour Hank Williams. Native de la Beauce québécoise, cette jeune et blonde compositrice-interprète est, avec ce premier album tout acoustique où dominent les cordes, la nouvelle révélation de la Nouvelle-France. Prod. Gordon Musique, distr. Canada : Sélect (site de l’artiste). 

• HENRI LÉON ET LES AUTRES : 56 min 12 CHansons ; 12 titres, 56’25. Henri Léon et les autres, c’est Antoine, Denis, Maxime et Nicolas, un quatuor masculin des Pays de la Loire qui joue dans la cour de la chanson fantaisiste, ce qui n’empêche pas – mais toujours de façon légère et ironique – de traiter de sujets sérieux (Tout le monde a le droit… « à son cancer »). Ces quatre garçons dans le vent (ils collectionnent les distinctions dans les concours : Vive la Reprise ! 2010 à Paris, Prix L’Esprit Frappeur en Suisse, Prix Le Mans Cité Chanson…) chantent (Aux quatre vents, à voile et à vapeur : « …je crie mon désespoir / Tonnerre de Brest que mon foyer est loin / Ah mon Roger il me tarde de te voir / Foutre Dieu c’est dur d’être marin ! ») à tour de rôle ou en chœur, dans un environnement tout acoustique. À noter (outre la reprise de À la pêche des cœurs, de Vian et Goraguer) que cet album a été enregistré à l’Autrement Café d’Angers (dont on a parlé dans ces « Vendanges d’automne » à propos de Marielle Dechaume). Prod. Les Saligauds, autodistribution (site du groupe).

• VICTOR HUBLOT : Brassens selon Vitor Hublot ; 9 titres, 30’05. Encore un « Brassens » revisité ! Mais pour le coup, c’est plus qu’une visite, c’est un déménagement de fond en comble. Avec du bon, du moins bon, du pire et du meilleur… selon une hiérarchie différente, c’est sûr, en fonction de l’auditeur, de ses goûts et attentes. En tout ça décape sérieusement le « canon », et dans le chant et dans le traitement musical disons, plutôt, « underground ». La pipe de Tonton Georges s’en retourne-t-elle dans sa tabatière ou s’en bidonne-t-elle devant pareilles blagues… belges ? Car, oui, fume, c’est du belge ! « Vitor Hublot », en effet, c’est une joyeuse bande où l’on trouve (ou trouvera, car ce CD est annoncé comme le premier d’une trilogie) un savant mélange de chanteurs, d’auteurs, de journalistes, de comédiens, de dessinateurs de BD : Jacques Duvall, Renaud Janson, Gilles Verlant, Jean-Louis Sbille, les chœurs des Talbot Sisters, ceux de Sttellla, la voix enfuie (et si regrettée) de Jeff Bodart, celle de Lou Deprijck (détournée jadis, sauf erreur, par un certain Plastic Bertrand quand ça planait pour lui…), sans oublier celle, fort reposante dans ce contexte, de Jil Caplan interprétant Brave Margot. Textes et musiques de Brassens, donc, mais adaptations libres de Guy Clerbois, qui annonce clairement la couleur : « Quoiqu’il en soit, ces différentes approches ne nuisent en rien à l’œuvre initiale, c’est juste une manière d’affirmer notre amour et notre respect à l’artiste pour sa liberté de penser, n’en déplaise aux puristes et à leur récupération… Brassens est toujours vivant et n’appartient pas aux esprits fermés et grâce à Dieu… il bande encore !!! » CQFD ? Prod. Guy Clerbois, Team 4 Action, distr. Cod&s (site du groupe).

• ANAÏS KAËL : Tête de mule ; 11 titres, 40’25. Nous l’avions remarquée en 2005, dès son premier album autoproduit, Chansons coquelicot-trash. Depuis, cette Montpelliéraine installée à Ménilmontant, qui s’accompagne à la guitare mais surtout au piano, a trusté les prix et les concours (lauréate du Grand Zébrock, Prix Paris Jeunes Talents, Médaille d’or de la chanson en suisse, etc.), et chanté sur toutes les scènes de France et de Navarre, du piano-bar local au Zénith (nombreuses premières parties, notamment d’Émily Loizeau, ça situe !). Certains y seront indifférents, d’autres – et j’en suis – applaudiront à sa capacité de briser les carcans de la chanson pour s’y promener en toute liberté. Écriture singulière, musiques et arrangements destructurés en apparence (mais en apparence seulement), chant qui gambade sans limite, rien n’est formaté chez elle. Sensuelle mais non consensuelle, et sans tabou, jusqu’à se glisser dans la peau, si j’ose dire, d’un objet bien identifié (La Confession du vibromasseur) ! Bref, en studio comme à la scène, la jeune femme a décidé de s’« en foutre à cœur joie ». Retenez bien ce nom, Anaïs Kaël, avec deux trémas et une rare personnalité. Prod. Le Chaudron et Ignatub, distr. Musicast (site de l’artiste).

• KARPATT : À droite, à gauche ; CD double, 10 titres, 40’13 + 9 titres, 44’42. « Fred, auteur-compositeur, chante et s’accompagne à la guitare. Hervé y met une pincée de contrebasse et Gets/Gaëtan une pointe de guitare à la Django. C’est la recette de Karpatt, cocktail de swing et de chanson “roots” » : ainsi Stéphanie Thonnet présentait-elle ce joyeux trio, dans leur « Portrait » de Chorus n° 49, à l’occasion de leur deuxième album, Dans le caillou. Le premier, À l’ombre du  ficus, était sorti deux ans plus tôt, en 2002. Suivront Dans d’beaux draps en 2006, Montreuil en 2009 et aujourd’hui, pour fêter les dix ans du groupe, un premier opus en public, et en deux CD, SVP ! Musicalement ça swingue, c’est festif certes, mais ça sait aussi se faire tendre et intime, et gouailleur et intelligent au plan des textes. Parfois même, Brassens et Boby Lapointe affleurent… Et puis l’album est dédié à Mano Solo. Que demander de plus ? Autoproduit, L’Autre Distribution (site du groupe).

• OLIVIER L’HÔTE : Fantastique et monotone ; 7 titres, 26’34. Mini-album mais chansons qui promettent et artiste (originaire de l’Hérault) à suivre : après cinq ans à la tête du groupe Les Hôtes, 150 concerts et un disque (Ô plaisir), en 2007 Olivier décide de poursuivre l’aventure sous son propre nom avec sa guitare, ses paroles, ses musiques, un violoniste, un violoncelliste, voire un contrebassiste quand c’est possible. Un univers de cordes épousant des textes pas banals sur de bien jolies mélodies. Références avouées ? Brassens, « pour son humanité », Brel, « pour l’intensité de l’interprétation », La Tordue et les Têtes Raides « pour leurs inventions », et puis « la musique classique pour les chevauchées lyriques et les musiques traditionnelles du monde pour le côté originel et dansant ». Ça donne envie, non ? Autoproduit et autodistribué (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• GILBERT LAFFAILLE (& Nathalie Fortin) : En public ; 18 titres, 67’39. Laffaille en public et en duo, avec notre Franco-Québécoise préférée au piano, c’est rien qu’du bonheur ! Comme quoi, primo, un piano seul suffit quand vous êtes armé de mélodies imparables (et en la matière, Laffaille est un maître) ; secundo, quand vos textes sont jouissifs, et dans l’écriture (et de ce côté-là, Laffaille n’a guère, dans sa génération, que Souchon et Leprest pour « rivaux ») et dans leur signifiance, vous êtes partout chez vous, que vous chantiez à l’Olympia ou, comme ici, à l’Esprit Frappeur de Lutry, en Suisse. Toujours élégant, sans sophistication, toujours très fin, sans jamais le moindre hermétisme, Laffaille est aujourd’hui à la tête d’une œuvre qui lui mérite le panthéon de la chanson. « Dès qu’il chante, disait Nougaro à son propos, en moi un oiseau fraternel s’éveille. » Enfant de Trenet (et de Boby Lapointe) quant à la forme, Laffaille, qu’il joue du registre tendre ou humoristique, de la ballade ou de la musique de genre, se révèle un témoin impitoyable (parce que lucide) de notre temps. À vrai dire, je me demande s’il existe aujourd’hui un artiste dans la  chanson francophone qui manie aussi bien l’art de la satire. L’air de rien, sans jamais élever la voix (encore moins le poing) ni chausser ses grands sabots. Et pourtant, il touche juste, là où ça fait mal. Et quand il vous balance une petite chanson poétique, « à plat », sans arrière-pensée, c’est tout simplement magnifique. Écoutez donc ces Raisins dorés qui parlent des ours, de l’eau dans les sources, des cerfs et des biches, des chemins buissonniers, des vieux châtaigniers, des piverts, de la neige d’hiver, des hiboux solitaires, des merles moqueurs et de quelques vieux hérissons, pour écrire une chanson qui chante au fond du cœur… Si vous ne rendez pas les armes, il n’y a plus d’autre remède pour vous que la Légion étrangère, un abonnement à Minute ou un gavage à toutes les Star Academy et Nouvelles Star du PAF.

 

Gilbert Laffaille – Les Raisins dorés

 

Laffaille ? Un Quichotte, c’est sûr, défenseur de la veuve et de l’orphelin, des petites filles de Chiang Maï, des éléphants (mais pas des présidents), de l’Homme avec un grand H… et du fruit de ses vendanges, quand il « fait chanter les verres » : un chevalier des notes et lettres, amateur épicurien – l’un n’empêche pas l’autre – de java sans modération. Ce nouvel album est le quatorzième ou quinzième depuis son premier 33 tours : c’était il y a… trente-trois ans, en 1977. Quatre sketches irrésistibles complètent ici son tour de chant, outre une Ballade des pendules (un sommet de la versification en allitérations) qu’il dit désormais, avec un vrai talent de comédien. Ne manquez pas son numéro, car ce genre de funambule, Ça ne tient (souvent) qu’à un fil… Prod. et distr. Traficom Musik (site de l’artiste).

(À SUIVRE) 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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