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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 10:40

Vendanges d'automne (5)

 

Des vendanges au bistrot, un certain temps s’écoule, nécessaire à laisser se bonifier le jus de la treille. Le raisin de la dernière récolte devra patienter encore un peu avant de prétendre un jour, peut-être, après fermentation et maturation suivies de près, figurer auprès des grands crus du bistrot préféré de Renaud. Mais les personnages incarnant ceux-ci ont eu aussi à faire leurs premières armes – parfois hésitantes et brouillonnes, parfois péchant d’influences plus ou moins visibles, comme c’est naturel – quitte à être brocardés par des critiques péremptoires et manquant cruellement de « vista », dont tout le monde aujourd’hui a oublié le nom. Alors, laissons le temps au temps et apprécions à leur juste valeur nos fruits de saison, les saveurs (et même les délices) du moment présent (étiquetés de C à E pour cette livraison). En attendant demain (qui sera sans cesse un autre jour), pourquoi se priver ? À la bonne vôtre, avec la chanson nouvelle !

 

 

• CHANTEURS LATINS : Tres, Cuatro ; 12 titres, 64’08. Contrairement à ce que laisse penser son titre, il s’agit là d’un album revisitant le répertoire de Brassens. Un de plus ! En français dans le texte mais en mode salsa, et ça fonctionne aussi bien que l’avait fait Yuri Buenaventura avec Brel. Fruit de la rencontre à Montpellier (à travers Philippe Carmona et Sylvain Gilles) d’un tres cubain et d’un cuatro vénézuélien, ce premier album s’aventure aussi sur les terres de Gainsbourg et propose quatre inédits du groupe. Prod. Association De Bouche à Oreille / Label de Mai, 27 rue du faubourg Figuerolles, 34070 Montpellier (site du groupe).

quichote_3.jpg• ALAN CÔTÉ : Chercher son ours ; 12 titres, 52’15, digipack 3 volets. J’ai dit ici l’extraordinaire autant qu’émouvante impression que m’avait procurée la découverte, en Gaspésie, du Village en chanson de Petite-Vallée (« expérience » absolument unique, à ma connaissance, dans l’espace francophone : faire vivre presque tout un village par et pour la chanson). À sa tête, un tendre colosse, Alan Côté, lui-même artisan (fin et habile) en chanson. Après Chanter plus fort que la mer, voici son premier véritable album, paroles et musiques, en solo. Enfin, façon de parler car les Chanteurs du Village (Jérôme Béland, Fanny et Gilles LeBreux, Marie-Josée Roy et Danielle Vaillancourt) sont évidemment du voyage ainsi que Bïa, Pierre Flynn et Michel Rivard. Cette chanson-là, authentique dans tous les sens du terme, est la définition même de la chanson vivante. Nul n’est obligé de partager mon avis (mon ressenti, plutôt), mais je fonds littéralement en écoutant Noël 46, une histoire vécue de rescapés du Saint-Laurent (« Ce jour-là, les gars revenaient des chantiers / Pour le long congé de Noël / Quand l’avion plongea dans le fleuve glacé / Leurs prières montèrent vers le ciel / […] Rassemblez les gars, défiez l’hiver / Grand-père les a vus du coteau / Branle-bas de combat, pour prendre la mer / Il faut déglacer les bateaux… »), ou Bonbons sucrés : « …Dans chaque maison / Y a une histoire / Couteaux tirés… / Dans notre maison / Y a des chansons / Qui aiment entrer. » Dans ma maison aussi, pas vrai Félix ; et dans notre maison d’amour, donc : pas vrai les amis qui la fréquentez ?  

Alan Côté – Noël 46

Chercher son ours ? Un Quichotte évident de Si ça vous chante. Et mon disque de chevet, qui me dresse le poil sur la peau (« C’est pour la paix que je travaille / Loin des canons je vis en liberté / Je façonne l’acier qui sert à la semaille / Et ne forge le fer que pour l’humanité », Le Forgeron de la paix) et me fait monter les larmes aux yeux (J’ai pris le même vol que toi, dédié à Sylvain Lelièvre). Production Alain Côté et le Village en chanson de Petite-Vallée, C.P. 1016, Petite-Vallée, Québec, Canada, G0E 1Y0 (site de l’artiste).

• STÉPHANE CÔTÉ : Des nouvelles ; 14 titres, 42’59. Second album d’un ACI québécois de 39 ans (sans rapport de parenté avec le précédent), repéré par Chorus à son premier essai (transformé !), Rue des balivernes, en 2005. Tout un univers, dans le fond, l’écriture, l’imaginaire, comme dans la forme, les mélodies, l’orchestration. Pas étonnant : il sort sur le label de Bori (voir précédemment dans ces « Vendanges d’automne »). À signaler un livret très original en forme de journal… et son passage à Paris, les 18, 19, 25 et 26 octobre, au Sentier des Halles. Productions de l’Onde-Productions Bleu de Plume, Montréal, distr. Europe : Space – 1-fos@space-enligne.com  (site de l’artiste et site de l’album).

• LA COTERIE : Les Gens ; 13 titres, 35’07. Quand les Têtes Raides, une bonne part du groupe du moins (Christian Olivier, Serge Bégout et Grégoire Simon) se mêlent de chanson « jeune public », ça gratte, ça tape, ça souffle, ça chante et ça joue, avec intelligence, pour tenter de répondre à ces questions : c’est quoi les gens ? C’est qui les gens ? C’est fait comment ? Et comme dirait Renaud, c’est quand qu’on va où. D’autres artistes venus d’horizons divers s’associent au grand bazar joyeux (fréquenté aussi bien par des extraterrestres, des éléphants et des fantômes que des SDF) de cette Coterie. Et musicalement, ça déménage ! Production Mon Slip, distr. Fnac (site du groupe).

• GAËLLE COTTE : Vole, vole ; 9 titres, 32’10. Interprète qui chante comme elle respire, enfant de Nougaro et Piaf, « la trentaine épanouie, sensuelle et généreuse », elle choisit très tôt la chanson, le jazz et la scène pour s’exprimer. Fruit de sa rencontre avec un guitariste finlandais, co-compositeur de l’album, coécrit avec Dodie Gréau, Matthias Vincenot, Arbon, Céline Caussimon et Frédéric Pagès, ce premier opus est celui d’une femme libre « qui assume son grain de folie et sa révolte contre tous les égoïsmes ». Production Plas & Partners, distr. : rleclerc@plasetpartners.com  (site du label où écouter et voir des chansons de Gaëlle Cotte, ainsi que d’Arbon).

quichote_3.jpg• GÉRARD DELAHAYE : 1000 chansons de voyage, d’amour, d’eau, de pluie, de soleil, de pirates, de rêve, d’animaux, de rire, d’amitié, de fraternité, de San Francisco, de Bretagne, de la Terre ; 12 titres, 42’18, digipack 3 volets. Que dire après un tel titre, qui est tout un programme (enchanteur) à lui seul ? Qu’on ne présente plus Gérard Delahaye, à moins d’être obstinément sourd et aveugle au meilleur de la création chantée, qu’il s’adresse aux adultes, aux enfants comme ici… et/ou aux adultes ayant conservé leur âme d’enfant. « Oui, j’ai écrit et composé 1000 chansons… assure Gérard. Mais si certaines peuvent survivre des années, la plupart ont une existence très brève ! En tout cas, la 1000e est dans cet album, à vous de la trouver… » Serait-ce La Petite Marseillaise, que l’on a pu écouter et voir en primeur sur ce blog (cf. « À chacun sa Marseillaise ») ? Toujours est-il que ces chansons racontent toutes une histoire, c’est intelligent et passionnant, autant que les musiques et arrangements sont entraînants, pleins d’influences bienvenues en situation, et le chant particulièrement complice. 1000 chansons… et maintenant, même si c’est pas cher payé, un Quichotte pour Gérard Delahaye ! Dylie Productions, distr. Coop Breizh (site de l’artiste).

• HENRI DÈS : Contes d’enfance n° 1 ; 6 plages, 68’02. Autre album « jeune public » d’un autre grand de la chanson pour enfants ; en l’occurrence de l’artiste qui a réussi l’exploit d’ouvrir à celle-ci une voie alternative aux goyâneries aussi étouffantes que dominantes des années 70-80. Mais, fort de son œuvre en la matière (qui n’a d’égale que celle d’Anne Sylvestre, avec ses Fabulettes), Henri Dès semble vouloir constituer à présent une collection de contes dits, comme l’annonce la mention « N° 1 ». Ce premier numéro, donc, propose Le Petit Poucet et Le Chat botté de Perrault, Le Vilain Petit Canard d’Andersen, Le Petit Chaperon Rouge d’après Perrault et les Frères Grimm et deux contes de la tradition orale, Les Trois Petits Cochons et Boucle d’or. L’interprétation savoureuse du narrateur est soutenue par les musiques d’Olivier Delevingne jouées en acoustique par cinq musiciens. À noter qu’Henri Dès se produira à Paris dans son tour de chant « Tout simplement », en trio (clavier, batterie et lui-même à la guitare), à l’Espace Cardin du 26 au 28 novembre et du 3 au 5 décembre (séances à 14 h 30, 16 h 30 et 19 h 30, reservation@victorie-music.com). Productions Mary-Josée, distr. Universal (site de l’artiste).

• BENOÎT DORÉMUS : 2020 ; 12 titres, 38’03. Malgré son jeune âge, une vieille connaissance de Chorus et de Si ça vous chante (voir « Alors… Chante ! 2 »). Un enfant de la génération Renaud (lequel a produit son premier véritable album, Jeunesse se passe, fin 2007, reprenant sept titres de son opus autoproduit de 2005, Pas en parler) qui peu à peu a su se dégager de l’influence prégnante de celui-ci. Aujourd’hui, Benoît Dorémus est non seulement quelqu’un de très attachant (ce qui ne gâte rien) mais un des ACI actuels les plus intéressants aux plans musical (famille Renan Luce pour les mélodies) et textuel. Quelqu’un qui ose dire les choses, avec une écriture moderne (que Frédéric Dard, j’en suis sûr, aurait appréciée) sans crainte de s’exposer lui-même : « Deux s’condes pour vous parler d’ma pomme / C’est peut-être mon dernier album / Pas au sens où j’veux plus en faire / Mais dans l’sens où dans c’genre d’affaire / Y a une énorme prise de risques / Y a une énorme crise du disque / Moi qui dis tout depuis l’début / J’vais pas vous la faire en rébus / Ah ! moi les gars je suis un soucieux / Super veinard superstitieux / Ceux qui n’étaient pas là je leur dis / De l’autre côté de l’ordi / Je cramponne un permis d’chanter / À coups d’concerts à coup de trac / À coups d’grass’ mat’ entre chaque / Intermittent comme le destin / J’ai ce métier dans les intestins / […] Ah ! moi je suis pas visionnaire / Ni Hugo ni Apollinaire / Mais je glisse en subliminal / L’idée qu’un disque au final / C’est une âme… dans un objet. » Qu’écrivais-je donc dans « C’est déjà ça »… ? Prod. Capitol, distr. Emi (site de l’artiste).

• JOSEPH EDGAR : Y a un train qui s’en vient ; 11 titres, 43’42. Il y a les disques que l’on reçoit, et puis il y a les rencontres en direct, y compris les plus inattendues, comme celle de Joseph Edgar, jeune ACI (feutre noir et bouc idem) qui s’en venait du Nouveau-Brunswick au théâtre des Trois Baudets, le 29 septembre dernier, le soir où nous y organisions une soirée privée… Échange rapide d’impressions, poignée de mains franche… et album en cadeau. Un vrai de vrai, car si j’ignorais tout de cet artiste à ce jour (membre fondateur du groupe acadien 0° Celsius, premier album solo en 2004, La Lune comprendra, deuxième en 2006, Oh ma ma), son troisième opus est une jolie ballade acoustique (cordes, claviers, cuivres, acordéon, percussions…) qui invite au voyage et nous évoque un certain Zachary Richard (voix et accent inclus). Zachary ? Tiens, son nom est cité dans les remerciements… Autoproduit, distr. Plages, Caraquet, N.-B. (site de l’artiste).

• EDWARD (pour les intimes) : Ma guitare est dérisoire ; 13 titres, 47’38. Sa guitare ? Sur la pochette (où l’homme, barbe noire à la Delerm, est assis, instrument en mains, dans un fauteuil, une femme derrière lui), son manche pend mollement vers le sol… Un premier album en solo pour un ACI qui a déjà de la bouteille (groupes d’électro-pop, musique de film…). Flegme, fantaisie, autodérision (Le Mâle alpha, Carla, Psychopathe, La Ballade de l’homme préhistorique, Le Playboy de Paris…), univers électro-groovy et pop, Edward (pour les intimes) avoue raffoler des Michel (Berger et Polnareff en particulier) ; on pourrait ajouter sans grand risque de se tromper un certain Gainsbourg voire un probable Dutronc. Mais le traitement musical (à l’instar d’une Jeanne Cherhal récemment, il a presque tout fait dans l’album, jouant lui-même de chaque instrument), la rythmique omniprésente, la voix parfois mixée en retrait risquent de décourager plus d’un amateur de chanson pour qui le fond, l’émotion, prime sur l’emballage – aussi sophistiqué soit-il. Quand même, artiste à suivre… Prod. Blue Bear, distr. Wagram (site de l’artiste).

• NATACHA EZDRA : Chante Jean Ferrat – Un jour futur ; 18 titres, 62’43. De l’émotion ? En veux-tu en voilà ! À ses qualités, connues et reconnues, d’interprète sensible, dans le sillage de ses grandes aînées, Natacha ajoute en l’occurrence la particularité d’avoir vécu son enfance à Antraigues, le village de Jean Ferrat, qui plus est au café « La Montagne » ouvert par ses parents Jacques Boyer et Odile Ezdra, grands amis de l’auteur de la chanson éponyme. Alors, quand elle lui a demandé « l’autorisation » de créer un spectacle qui lui soit entièrement consacré (lire à ce sujet le témoignage de Natacha dans le Jean Ferrat de Daniel Pantchenko), il n’est guère étonnant que celui-ci se soit montré enthousiaste. Seul regret de part et d’autre : qu’il n’ait pu assister à sa création (« Chère Natacha, lui écrit-il, J’aurais aussi aimé être là, mais je sais que tu es très bien entourée ! Et que le plaisir sera partagé avec, sans nul doute, beaucoup d’émotion. » L’entourage ? Trois musiciens (accordéon, accordina, guitares, flûtes, psaltérion…) avec Patrick Reboud à la direction musicale et aux arrangements (sauf pour Nuit et brouillard, signés Léo Nissim). Enregistré en public, cet album (son troisième en dix ans) reprend l’intégralité du spectacle créé à l’automne 2009 : dix-huit chansons qui composent un panorama judicieux du répertoire de l’Ardéchois d’adoption, inclus La Matinée que Natacha chante en duo avec Serge Utgé-Royo. Prod. Édito Musiques, distr. Rue Stendhal (site de l’artiste).

(À SUIVRE)

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 19:00

Vendanges d'automne (4)

 

Après la sortie du nouvel album de Guy Béart, qui valait bien un sujet en soi, et celle de deux livres indispensables à tout amateur de chanson, il est temps de revenir à nos vendanges phonographiques d’automne. On en était resté au chapitre 3, avec un spécial Brassens (« Les Amis de Georges »), voici le quatrième du nom qui – abondance de disques oblige (pour l’essentiel autoproduits ou de labels indépendants) – reprend l’ordre alphabétique à son début. C’est reparti, de A jusqu'à Z.

 

Tout récemment se tenait à Montpellier la première édition du Forum des Musiques Indépendantes (le FMI !), auquel on m’avait invité pour débattre du rôle et de la place des médias dans l’industrie musicale. Il en est résulté (grâce à une forte participation d’artistes, de producteurs indépendants, de responsables de médiathèques, de journalistes de presse écrite et de radio, etc. ; sans parler des « simples » amateurs de chanson) le constat que le disque physique – malgré la crise et la révolution numérique – reste pour l’artiste le moyen par excellence d’exister en tant que tel. Mais aussi une carte de visite professionnelle irremplaçable, pour lui permettre de se faire connaître (en particulier des organisateurs de spectacle) et de pouvoir se rendre ainsi, sur scène, à la rencontre du public.

 

standFMI.jpg

 

Nous l’avons d’ailleurs vérifié de visu, car ce FMI – appelé à devenir une manifestation importante du « métier » (sous réserve que la ville de Montpellier, qui s’y est associée pleinement dans l’esprit, et via la présence volontariste du maire adjoint délégué à la Culture, Michaël Delafosse, la soutienne à l’avenir à la hauteur de ses ambitions) – a fait la part belle aux labels indépendants. Lesquels exposaient leurs productions, les 17 et 18 septembre dernier, dans les allées piétonnes de l’Esplanade Charles-de-Gaulle (qui débouche sur la fameuse place de la Comédie). « La production phonographique indépendante, soulignait le directeur artistique (et « philosophique » !) du FMI, Daniel Bourguet, représente (en France) 35 % du marché du disque. » Malgré cette contribution importante à la diversité culturelle, « elle reste dans une économie précaire et la place qu’elle occupe dans les médias et la distribution est faible voire inexistante ».

À partir de là (et du fait que « l’objet CD », en dépit d’une rentabilité devenue difficile, demeure « une étape nécessaire voire indispensable au développement d’un artiste ou d’un groupe »), le FMI s’est fixé pour objectifs de « s’interroger sur un nouveau modèle économique “équitable” et sur le rôle de chacun – institutionnels, labels indépendants, réseaux et sociétés de distribution, vente numérique, vente par correspondance, presse, radios… –, de dialoguer avec le public sur la réalité de la production musicale, le rôle d’Internet, le téléchargement libre et/ou payant, l’avenir de la création et de la diversité de l’offre ». Plus généralement, « face à une offre très limitée dans les rayons des supermarchés et une promotion sélective sur les ondes des radios commerciales », l’idée de ce marché du disque indépendant est de « créer la rencontre directe et physique entre la diversité et la richesse de la création musicale et le grand public ».

 

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 Tout est là, dans la problématique de cette rencontre entre créateurs et public, car plus personne (ou presque) n’ose affirmer aujourd’hui (comme nous ne l’avons que trop entendu au cours des décennies précédentes, avant l’avènement de la « Génération Chorus », dite « nouvelle scène ») que « la chanson française se meurt ». C’était naguère une antienne reprise à plaisir par les grands médias, comme un serpent de mer journalistique (on appelle ça un « marronnier » dans notre jargon), simplement parce qu’il était impossible aux jeunes talents de passer le mur des médias… et que la ménagère de moins de 50 ans se contentait du prisme déformant desdits médias, alors que la presse écrite (dans le sillage de Paroles et Musique puis de Chorus) ne cessait de s’enthousiasmer de ses découvertes régulières.

Néanmoins, le fait que, pour la première fois, la production chansonnière a baissé chez les majors du disque (qui n’ont quasiment pas « signé » de nouveaux artistes durant l’année passée), risque de laisser à nouveau se propager le virus bidon selon lequel notre création serait en danger. Simplement, celle-ci se réfugie de plus en plus dans l’autoproduction et les petits labels qui, hélas, sont rarement pris en compte (voire jamais) dans les grands médias, les nouveaux talents restant dès lors inconnus du grand public. Un cercle vicieux que tente de rompre le Forum des Musiques Indépendantes de Montpellier (qui, le temps d’un week-end, a également occupé avec une douzaine d’artistes et de groupes les salles « historiques » locales comme l’Antirouille, le Rockstore ou la salle Rabelais, et dont les ateliers-débats ont eu lieu quasiment à « guichets fermés »), sa première édition augurant de lendemains qui chantent, mais aussi des médias… comme Si ça vous chante.

La preuve ? Ce qui suit ci-dessous. Une production pléthorique qui continue de nous être adressée, malgré le fait que je ne dirige plus aucun journal et que les coordonnées de Chorus sont devenues obsolètes (ne les utilisez plus, votre courrier se retrouverait au rebut de La Poste à cause de la mise en place de machines de tri automatique qui ne font pas dans le sentiment et n’ont pas la moindre mémoire…). Un signe de santé à la fois réconfortant, dans l’absolu, mais un poids extrêmement lourd pour votre serviteur, étant totalement impossible de rendre compte en détail (du meilleur) de ce que l’on reçoit. Car, même si je ne sollicite rien, la confiance qui m’est ainsi accordée (dans l’espoir implicite et bien légitime d’en trouver ici l’écho) me fait culpabiliser en permanence…

verreRaisin.jpg

 

Alors, à ma manière, équivalente à celle du FMI qui a permis à tous les labels indépendants de France et de Navarre qui le souhaitaient d’exposer publiquement leur catalogue, on trouvera ici et dans la suite de ces « vendanges d’automne » une liste de nouveautés (outre quelques « rattrapages » du dernier semestre), avec un minimum de commentaires. Rien qu’à titre informatif, afin qu’on puisse aller soi-même plus loin dans la découverte : un simple clic et nous voilà sur le site de l’artiste ou du groupe concerné.

J’écris ces mots, avec un goût d’inachevé, tant j’aurais aimé prendre le temps de me pencher vraiment sur nombre de ces albums, mais à l’impossible nul n’est tenu. Pas plus le blogueur que je suis devenu (et reste classé depuis des mois, sans le chercher, dans « Le Top des blogs » de l’espace francophone !) que l’artiste qui, mettant le meilleur de lui-même dans sa création, ne peut jouer efficacement le rôle d’agent, de tourneur et d’attaché de presse à la fois. Tel est le prix de l’indépendance : savoir-faire et faire savoir vont rarement bien ensemble… Alors, je me console en me disant, comme Alain Souchon, que… c’est déjà ça. À vous, ensuite, de faire chorus... si ça vous chante !

 

 

 

• ALEX TOUCOURT : Studiorange, 15 titres, 50’05. Sept ans passés au sein du groupe lorrain « Conscience tranquille », 450 concerts, deux albums… et voilà un premier album en solo. La Prod Toucourt, 11 bis rue des écoles, 54440 Herserange (Site de l’artiste).

• ALLAIN : Allain, 10 titres, 35’56. Premier album en 2006 : celui-ci est le second d’un ex-étudiant en sociologie qui a fait ses premiers pas dans la chanson, à 15 ans, en interprétant Cohen, Dylan, Brassens, Yves Simon… Prod. Quart de Lune, distr. Rue Stendhal (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• ARESKI : Le Triomphe de l’amour, 11 titres, 40’12. À Jean Théfaine, pour le dossier de Chorus n° 59 (printemps 2007) consacré à Brigitte Fontaine, son alter ego dans la vie et en musique, il annonçait déjà son projet de sortir Le Triomphe de l’amour. Le voici enfin (ce 25 octobre) : trente-neuf ans après Un beau matin (Saravah), c’est son second album sous seul nom ! Formidable à tous points de vue : un Quichotte de Si ça vous chante. Prod. Emarcy, distr. Universal Music Classics & Jazz (site de l’artiste).

• SAMIR BARRIS : Tenter l’atout, 12 titres, 42’37. Second album (après Quel effet ? en 2007) d’un jeune ACI d’outre-Quiévrain porté sur les musiques latines et les ambiances jazzy, vu avec plaisir en Off du dernier Alors… Chante ! de Montauban, juste après avoir été Découverte belge du Printemps de Bourges. Prod. Team 4 Action, distr. en Belgique : Bang ! (Site de l’artiste).

• BATIGNOLLES : Y a pas de problème… 14 titres, 61’02. Ex-La Rue Kétanou, Olivier Leite a formé ce quatuor (du nom du quartier où il vivait à Paris avant de s’installer dans le Lot) avec Olivier Cocatrix, Alex Roger, Benjamin et Thierry Roques. À côté de leurs propres chansons, Bruant et Dimey sont relookés rock, façon Mano Solo. Autoproduit, distr. L’Autre Distribution (site du groupe).

• LES BECS BIEN ZEN : À la force du vent, 13 titres, 55’34. Second album d’un quintette (tendance Têtes Raides…) formé autour de l’ACI Pierre Luquet, aux textes à dimension poétique. Prod. Aza-i.d productions et l’O dans le gaz, distr. Mosaic Music (site du groupe).

• LES BERTHES : Chroniques amères, 13 titres, 43’04. Troisième album après Mines de rien en 2004 et Contes de faits en 2006. En formation acoustique à quatre dans les bars ou à sept sur les grandes scènes, cette brochette de Francs-Comtois « festifs, incisifs et amoureux du mélange des genres » a déjà plus de cinq cents concerts au compteur. Prod. Trollsprod, distr. Anticraft (site du groupe).

• ÉRIC BÉLANGER : À 35 millimètres du bonheur, 12 titres, 41’39. Un Bélanger québécois (Daniel) peut en cacher un autre (Éric), lui aussi ACI et ne dédaignant pas les duos (Andrea Lindsay, Anaïs). Autoproduit, distr. Sony Music (site de l’artiste).

• BIZERN : 13 vies, 14 titres, 54’11. Un « rattrapage » pour une curiosité. Un premier album à la quarantaine, paroles et chant de Bizern, musiques (enlevées et mélodiques) du guitariste Jean-Louis Fourcade, pointures et invités à l’appui, dont Denis Barthe (Noir Désir), Cali et plusieurs de ses musiciens dont le talentueux Julien Lebart (claviers, accordéon). Prod. BCBA label Arlette et Mireille Productions (site de l’artiste).

• FLORIAN BRINKER : Filer à l’anglaise, 10 titres, 42’12. On l’a croisé dans divers groupes de folk, pop ou rock avant de basculer dans le tourbillon électronique avec Rinôcérôse. ACI originaire de Montpellier, il se lance à présent en solo, avec « le désir d’innover, l’amour des belles mélodies et des histoires sensées, mêlées aux tourments de l’existence ». Dandy et mélancolique. Atlantis Productions, distr. Anticraft (site de l’artiste).

(À SUIVRE) 

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 15:22

Il ne chantait pas pour passer le temps


Juste en amont de sa parution en librairie, le 1er octobre, l’ouvrage sur Jean Ferrat qui restait à écrire a vu ses « bonnes feuilles » publiées dans l’hebdomadaire Marianne. Et l’introduction à celles-ci, carrément signée du P.-D.G. et directeur de la publication, Maurice Szafran, s’achève ainsi : « …Voilà tout ce que nous rappelle, et tant d’autres choses, le journaliste Daniel Pantchenko dans cette biographie somme de Jean Ferrat, Je ne chante pas pour passer le temps, que nous étions nombreux à guetter. Ferrat ne nous manque pas. Nous écoutons souvent ses chansons. Et nous disposons désormais de ce livre. »


couvFerrat.jpg


Comme le dit la chanson, Nul ne guérit de son enfance. La mienne fut d’abord bercée, dans la langue de Cervantès, de chants d’exil et de résistance à l’oppression sous toutes ses formes, plus souvent poétiques (Atahualpa Yupanqui, Violeta Parra…) que purement « à message », mais aussi de chansons dites légères, imprégnées surtout d’une nostalgie qui – miracle de la chanson – m’inventait une seconde patrie, magnifiée comme le songe d’une nuit d’été, et réchauffait à la fois le cœur de l’écolier qu’on traitait « d’espingouin » et qui, par réaction, collectionnait les prix de français… Une enfance immergée ensuite, très vite, dans un bain de chansons diffusées par la « TSF », dont l’éclectisme d’inspiration m’éblouissait naturellement, à fleur de peau, sans bien sûr que ce soit réfléchi, mais me touchant au point d’en être marqué d’un sceau à jamais indélébile.


 

Alors, pensez, quand j’ai entendu Ferrat pour la première fois (c’était en 1960) avec Ma môme et surtout Federico Garcia Lorca… Tout d’un coup, cette chanson – son sujet, sa musique, ses orchestrations, la voix de l’artiste parlant du poète massacré par les franquistes (« Voilà plus de vingt ans, Camarades / Que la nuit règne sur Grenade… ») – réalisait de la plus belle et sensible des façons la jonction entre mes deux univers, jusqu’alors* bien distincts et apparemment imperméables l’un à l’autre. Contrairement à L’Idole à papa ou aux yéyés adolescents qui trustaient les ondes, cet artiste-là ne chantait pas pour passer le temps…  


 

Pourquoi cette digression ? Pour une meilleure compréhension de la genèse de ce livre. Longtemps, en effet, j’ai pensé moi-même à en écrire un sur Jean Ferrat. Avec l’ambition qu’il soit le plus beau et complet possible, le plus proche de lui. Souvent, dès que j’ai eu le bonheur de le connaître, dès notre première rencontre ( pour le dossier du n° 7 de Paroles et Musique), je lui en ai parlé. Tellement souvent même (ayant été, comme l’écrit Daniel Pantchenko, FerratPM.jpg« l’un des rares journalistes à l’avoir régulièrement rencontré depuis 1980 »), que cela en était devenu une plaisanterie récurrente entre nous.

Le jour (près de vingt ans plus tard !), où il a fini par m’expliquer entre quatre yeux, me parlant de Brel (alors que je venais d’évoquer une nouvelle fois avec lui La ville s’endormait : « Et je ne suis pas bien sûr / Comme chante un certain / Qu’elles soient l’avenir de l’homme… »), pourquoi il se refusait à participer à un livre à son sujet (tout en me laissant entièrement libre de l’écrire), j’ai compris définitivement l’extrême pudeur, et la grande humilité, d’un homme qui ne se sentait jamais aussi bien qu’auprès des « simples gens », ses semblables, et ne voulait pas être sacralisé de son vivant, bien qu’étant objectivement l’un des géants de la chanson contemporaine. On me permettra de garder pour moi le détail, fort émouvant et intime, de cette conversation à cœur ouvert.

J’ai donc cessé de l’« embêter » avec cela, me réservant la possibilité de publier un jour « mon » livre sur lui. Et puis la vie, certaines contingences dérisoires et surtout les difficultés à faire vivre en France une revue de chanson de deux cents pages (à laquelle Jean se réabonnait chaque année depuis sa création, comme il l’avait fait auparavant à Paroles et Musique, nous faisant même l’honneur, pour mon 40e anniversaire, de saluer cette « belle aventure » – voir ci-dessous), en y passant le plus clair de notre temps (mais quand on aime, hein, on ne compte pas !), m’ont contraint à admettre que je ne trouverais pas celui de concrétiser mon envie.

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J’ai alors proposé à Daniel Pantchenko, membre du comité de rédaction de Chorus, qui avait croisé le chanteur dès les années 70 (où il écrivait sur la chanson à L’Humanité) et surtout appréciait vivement l’homme et connaissait son œuvre par cœur (« Par ses mots, sa musique et sa voix d’humanité profonde, Jean Ferrat a toujours été le chanteur qui me touche le plus, avec lequel je me trouve en accord maximal, tant sur la forme que sur le fond », note-t-il aujourd’hui dans l’avant-propos), de s’attaquer à ce projet. C’était juste après la sortie de Charles Aznavour ou le destin apprivoisé, en 2006, dont Marc Robine avait déjà rédigé près d’un tiers au moment de son décès en 2003 et que Daniel avait accepté avec enthousiasme de mener à son terme.

Le temps de mûrir l’idée dans sa tête, un contrat de coédition Fayard/Chorus fut établi pour une sortie envisagée en décembre 2010, afin de rendre hommage à l’artiste à l’occasion de ses 80 ans (Jean Tenenbaum, de son vrai patronyme, était né le 26 décembre 1930 à Vaucresson, près de Nanterre). Entre-temps, on le sait, Chorus s’est retiré, contraint et forcé, de la coédition (où près de vingt ouvrages sont parus depuis 2003), mais surtout l’auteur d’On ne voit pas le temps passer s’en est allé discrètement, sans prévenir, là où il était étranger… On se souviendra longtemps, toujours, de l’immense émotion populaire suscitée par l’annonce de sa mort, le 13 mars dernier.


 

Que fallait-il faire de cette Montagne de feuillets déjà écrits après trois ans de réflexion, d’enquête, d’analyse et de confidences recueillies en grand nombre et sans réserve, grâce à la confiance liant l’artiste et le biographe (sans parler de la « caution », si besoin avait été, apportée par la marque « Chorus ») ? Tout arrêter pour d’obscures raisons ? Daniel Pantchenko a choisi au contraire de pousser son hommage (sans que cette « biographie somme », comme l’écrit Marianne, ne soit pour autant une hagiographie, loin de là, c’est une reconstitution extrêmement minutieuse de la vie et de la carrière de Jean Ferrat, avec un travail complémentaire et absolument unique d’analyse des chansons) jusqu’au plus loin possible. C’est-à-dire en recueillant d’autres témoignages, depuis la mort de l’artiste, d’amis et de proches qui se sont confiés, pour certains, comme jamais ils ne l’avaient fait auprès de quiconque.


 

On lit ainsi avec émotion les souvenirs de Véronique Estel (à qui ce livre est dédié), la fille de Christine Sèvres qui n’avait que quatre ou cinq ans lorsque Jean et Christine se sont rencontrés ; des nièces et du neveu du chanteur ; des amis proches d’Antraigues, comme bien sûr Francesca Solleville, mais aussi Jacques Boyer et Odile Ezdra, qui arrêtèrent la chanson pour ouvrir le café « La Montagne » sur la place du village, ainsi que de leur fille Natacha (qui sort d’ailleurs cette semaine un album de son spectacle, Ezdra chante Ferrat – on en reparlera). Les maires des deux villes où Ferrat a vécu pendant un demi-siècle, Ivry et Antraigues, parlent également des relations étroites qu’ils entretenaient avec lui, tout comme les musiciens qui l’accompagnèrent en tournée, Allain Leprest et Jack Ralite signant chacun un texte émouvant. « Il y avait quelque chose qui vibrait intensément entre Jean Ferrat et la population, conclut ce dernier. Quand on pense qu’il avait cessé la scène depuis 1973, il y avait comme un mystère solidaire et affectueux entre cet homme inoubliable et ceux qu’une minorité ne veut même plus appeler peuple. Jean Ferrat était une conscience. »

Enfin, un « chapitre » de ces annexes, intitulé « Paroles de chanteurs », nous fait découvrir l’admiration a priori inattendue portée à Jean Ferrat par Dominique A et par Akhenaton (du groupe IAM). « Quand on écoute Nuit et brouillard, on voit les images, assure Akhenaton. J’ai d’ailleurs une petite anecdote à propos de cette chanson : je devais avoir huit ans, je partais souvent en vacances en colonie à cette époque-là, et pour le premier radio-crochet auquel j’ai participé avec les moniteurs, j’ai chanté Nuit et brouillard. »


 

Témoignage éloquent du fait que Jean Ferrat avait vu juste en écrivant : « Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez. » Et Akhenaton de poursuivre : « Dans notre société, on formate les gens. On dit : “Ces gamins-là, ces gens-là, ils ne peuvent pas écouter ça !” Et tout le monde est rangé gentiment dans des boîtes. J’étais très jeune, mais je comprenais très bien ce qui était dit dans les paroles. Comme quoi, les arguments qu’on a fait valoir à l’encontre de grands chanteurs comme Jean Ferrat, ces arguments commerciaux selon lesquels on donne aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre, c’est parfaitement faux. Les gens, ils écoutent ce qu’on leur donne… »

Pour le « reste » (570 pages !), quatre parties divisées en vingt-neuf chapitres : du « Crépuscule de l’aube » (qui ouvre le livre de façon fort originale sur le second Palais des Sports de Ferrat, en octobre 1972, « lieu où seul s’est alors risqué Johnny Hallyday », qui sera son ultime apparition scénique à Paris), jusqu’à « L’émotion populaire » de 2010. Dans l’intervalle, rien ne manque, tout y est : l’enfance heureuse, la mauvaise « étoile », la scène, les chansons, les démêlés avec la censure, Cuba, Mai 68 (car ce livre, ce qui ajoute énormément à son intérêt, raconte aussi la grande histoire en parallèle à celle d’un artiste qui a su saisir à la perfection ses soubresauts, jusqu’à prendre sèchement ses distances en 1980 avec « le Parti » à propos du Bilan), Aragon bien sûr… « et tant d’autres choses » (comme dit l’hebdo déjà cité) dont cette mémorable rencontre avec Brassens, dans L’Invité du dimanche, le 16 mars 1969 sur la deuxième chaîne, autour de Jean-Pierre Chabrol et de l’engagement dans la chanson.


 

Une discographie exhaustive, un index et un cahier hors texte de seize pages (une trentaine d’illustrations et deux courriers de 1973 adressés à l’auteur par Ferrat et… Aragon !) complètent ce qui restera, à n’en pas douter, la biographie de référence de ce monstre sacré de la chanson. Si je me permets de l’affirmer ici, bien que j’en aie été le « directeur d’ouvrage », c’est non seulement parce que j’en suis convaincu, mais aussi – pour en revenir à ma « digression » de départ – parce que ce livre ressemble vraiment à celui que j’imaginais, à la hauteur de son sujet, en osmose avec lui, ce qui n’est pas peu dire en l’occurrence.

 

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Toujours en avant-propos, Daniel Pantchenko rappelle qu’il s’est lancé dans l’aventure en sachant « que Jean Ferrat aurait refusé d’y participer », avant de préciser : « Je me préparais à lui écrire pour l’en informer le premier, voire en parler avec lui, lorsque j’ai appris la nouvelle de sa mort. La conception de ce livre était déjà un parcours d’émotion ; affecté par ce même deuil qui a touché des milliers et des milliers de personnes, j’ai éprouvé d’autant plus le désir d’aller jusqu’au bout en donnant le meilleur de moi-même. » Dernière chose : la très belle photo de couverture, prise en octobre 1994 pour le dossier du n° 10 de Chorus (réalisé par Daniel Pantchenko, votre serviteur et son épouse**), est signée Francis Vernhet. Quand même, Jean, tu aurais pu vivre encore un peu…


 

• Jean Ferrat – « Je ne chante pas pour passer le temps », par Daniel Pantchenko, biographie, Fayard, 570 pages, 20 € 90 (plus d’infos sur le site des éditions Fayard).
___________

*J’en compte aujourd’hui plein d’autres, étant « Citoyen du Monde » dans l’esprit et dans les faits (carte d’identité n° 174 640), depuis que j’ai eu la chance, adolescent, d’assister à une conférence de Jean Rostand et de discuter un peu avec lui à bâtons rompus. Je conserve d’ailleurs précieusement le 25 cm, dédicacé, du discours formidable qu’il avait prononcé au Congrès du MCAA (Mouvement contre l’Armement Atomique pour le désarmement général et la paix par le désengagement), « Un cri d’indignation et d’espoir »… dont je m’étais souvenu (il n’y a pas de hasard) à la création de Paroles et Musique, au moment de trouver un titre à l’édito du premier numéro : « Un cri dans le silence ».
**Laquelle mena un jour, à titre personnel, une joute oratoire extrêmement pointue et malicieuse avec Jean, à propos du rôle de la femme dans La Matinée (magnifique chanson enregistrée en duo avec Christine Sèvres), qui poussa son auteur dans ses derniers retranchements, au grand étonnement d’abord puis au grand plaisir de celui-ci (et du nôtre, donc !). 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu livres
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