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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 09:38

Vendanges d'automne (6)


Sixième sillon de nos vendanges d’automne, rangées F à L. Avec Philippe Forcioli à la proue et Gilbert Laffaille à la poupe, excusez du peu ! Entre ces deux grands crus (hélas trop modestes, sans esbroufe, goûtés qu’ils sont seulement par un public d’initiés), c’est à une java sans modération que nous vous convions ; à une dégustation de ces vins canailles, comme le chante justement Laffaille, ceux qu’ont jamais d’médaille au concours agricole, qui sont nés sur la paille. Ceux qu’ont pas d’étiquette, qui s’prennent pas au sérieux, qu’en mettent pas plein les yeux, qui sont tout nus sans liquette… Tel « ce rouge pas farouche / Qui roule bien dans la bouche / Ni trop mou ni trop vert / Çui des Bois et Charbons / Qu’a pas l’nez Bourbon / Mais fait chanter les verres ! » Buvons en chœur, chers frères, chères sœurs du taste-vin chansonnier.

 

Gilbert Laffaille – La Java sans modération


quichote_3.jpg• PHILIPPE FORCIOLI : Le mystère demeure ; 16 titres, 64’45. Que dire de lui que nous n’avons déjà écrit cent fois depuis notre rencontre au début des années 80 à la Sainte-Baume (haut lieu chansonnier de l’époque qui accueillait formateurs, artistes et stagiaires de la plus belle eau) ? Qu’il fait partie du haut du panier de la chanson poétique d’expression française, simple et humaine, sans rien d’hermétique. « Enfant de Brassens et de Félix Leclerc », précisait Valérie Lehoux dans son « Portrait » du n° 27 de Chorus : « C’est un homme de parole, de passion, de colère et de silence. Un insoumis, qui échappe au désespérant conformisme de rigueur, et se soustrait aux règles d’un jeu convenu. C’est un homme de richesses, qui pourtant ne possède que trois fois rien. Difficile à cerner. Impossible à cadrer. Philippe Forcioli est de cette race d’hommes intègres et exigeants en voie de disparition. Un poète. Libre comme l’air. » Son nouvel album (le premier, Le Temps des bleuets, remonte à 1990) est une merveille. Un Quichotte, bien sûr, de Si ça vous chante. L’album d’un homme de Parole, au chant profond et proche à la fois, porté par de jolies mélodies. Enfant de Tonton Georges et de Félix, certes, mais aussi camarade de Léo et frangin de Bertin… Il y a pire comme parenté. Autoproduit et autodistribué : P. Forcioli, La Teille, 04290 Salignac (site de l’artiste). 

 • SOPHIE FORTE : Chou-fleur ; 12 titres et leurs versions instrumentales, 75’24. Après Maman dit qu’il ne faut pas et J’suis vert, c’est son troisième album pour enfants, où elle aborde sans tabou tous les thèmes qui la touchent, de la sexualité aux interdits, du temps qui passe aux grands questionnements. Les sans-abri aussi dans un magnifique duo, dénué de sensiblerie mais tout d’émotion, avec Henri Dès (à la manière de La Matinée de Ferrat et Christine Sèvres) : « – Les gens qui vivent dans la rue / D’où ils viennent papa ? / Y en a qui marchent les pieds nus / Ils doivent avoir froid / Est-ce qu’ils avaient une maison / Là où ils sont nés ? / – Je n’sais pas mon chéri / Où était leur maison / On peut changer de vie / Pour un tas de raisons / On peut fuir un pays / Parce qu’il est en guerre / Être né à Paris / Et trouver la misère… » Prod. Victorie Music/Music Box, distr. Universal (site de l’artiste).

• FOUX : La Valse des hommes ; 13 titres, 56’21. Une curiosité. Premier album d’un auteur-compositeur à la voix grave… plus habituée à se faire entendre dans les prétoires que dans les salles de concerts. Fx. Gombert à la ville et au Palais de Justice devient Foux à la scène… et dans cet opus réalisé par un confrère du barreau (Matthieu Maillet), embrigadé dans cette histoire d’hommes (Comme Montaigne à La Boétie), de femmes (Le Vers féminisant) ou d’humains (« Alors mamie ? Qu’est-ce qui se passe ? / Qui dans ta tête a pris ta place ? », Alzheimer). Des plaidoiries parlées-chantées sur fond de guitares acoustique et électrique. Foux Prod., autodistribué : 67 rue St-Martin, 95300 Pontoise (site de l’artiste).

• GAËLE : Diamant de papier, 12 titres, 44’48. Ainsi Albert Weber présentait-il Gaële (avec un l) en chapeau de son « Portrait » de Chorus n° 64 : « Originaire de Haute-Savoie, cette auteur(e)-compositrice-interprète a embarqué pour le Québec il y a huit ans [en 2000]. C’est là qu’elle a réussi son décollage grâce à un tendre et décoiffant Cockpit, premier envol discographique entre imaginaire et réalisme. » Après avoir couru les scènes européennes (elle a été remarquée tout récemment à l’Estival de St-Germain-en-Laye) et québécoises et prêté sa plume à nombre de collègues, Gaële vient de graver un Diamant de papier qui vaut son pesant musical et textuel de carats. À noter la participation de Richard Desjardins sur une chanson : « J’aurai jamais l’accent d’icitte… » Gaële, ma belle, c’est quand tu veux au septième ciel… Productions de l’Onde & Productions du Cockpit, distr. Québec : Sélect (site de l’artiste).

• FRANÇOIS GAILLARD : On s’en fout ; 12 titres, 41’20. « Un mélange de mélancolie allégée et d’humour de situation sans violence apparente, d’où l’émotion surgit insidieusement ». De ce jeune ACI lyonnais, Michel Trihoreau écrivait (dans son « Portrait » de Chorus n° 55) : « Sa façon de “décravater” le vocabulaire à la Vian et son élégance décomplexée dans la syntaxe sur des mélodies aigres-douces, dévoilent un Gaillard méticuleux dans le présent et constamment en éveil devant les probabilités du futur. » Ce troisième album (après Salut l’ami ! en 2002 et Chanson au poing en 2006) comporte deux vidéos en bonus dont celle de la chanson qui donne son titre au CD… sans y figurer en audio : on s’en fout ? Ça serait une erreur de le croire, car le bougre a du talent, « la parole percutante, l’humour incisif et la critique insolente », et tout l’avenir devant lui. Prod. Édito Musiques, distr. Rue Stendhal (site de l’artiste).

• MANU GALURE : Vacarme ; 11 titres, 42’28. « Boulimique et surdoué, notait Yannick Delneste dans son « Portrait » du n° 66 de Chorus, le jeune artiste toulousain séduit par son aisance, dans une ambiance cabaret où les influences de Guidoni et de Juliette sont pleinement assumées. » Bien vu : ce nouvel album bénéficie justement d’une certaine Juliette à la direction atistique, une première pour elle. C’est dire si elle croit en ce talent, jeune prodige plutôt, dont le premier album en piano-voix (Le Meilleur des 20 ans de Manu Galure, 2008) était une simple photo sonore de son spectacle en piano-voix, le charisme et la présence en moins ; car, poursuivait Yannick, « le Gavroche de la ville rose, qui emmène aussi le groupe des Ptits T’hommes (deux albums en 2007 et 2008), est une bête de scène autant qu’un amoureux des mots ». Cet album lui fait vraiment passer un cap. Ambiances puissantes à la Kurt Weill, « entre rock catastrophé et musique bruitiste ». Cela évoque le théâtre burlesque, les débuts du cinéma fantastique, nous conduisant à la rencontre de super-héros aviateurs, de loups-garous dans les ruelles de Berlin… et même, révérence oblige, d’un certain Méliès. Si vous décidez de visiter Le Cabaret de Galure, vous aurez toutes les chances de m’y trouver en train de sabler le Champagne avec Higelin… Kiui Prod., L’Autre Distribution (site de l’artiste).

• OLIVIER GANN : Les Éoliennes ; 12 titres, 48’. Un ancien « astagiaire » d’Astaffort, originaire des Pays de la Loire, dont Francis Cabrel a produit le premier opus, On m’a dit, en 2001. Suivront Instantané en 2004 et À l’ouest en 2007. Compositeur-interprète, son nouvel album a été écrit pour l’essentiel par Nérac, chanteur lui-même (avec Nicolas Peyrac pour un titre, Rendez-vous manqués) et enregistré en électro-acoustique par six musiciens. De la « pop française légère et concernée » d’un artiste en développement durable… Prod. et distr. Musikalouest (site).

Tonneau.jpg

• PASCAL GASQUET : Taillé dans rock ; 10 titres, 43’50. Cinquième album taillé dans le rauque pour la voix, le rock et le blues pour le genre, d’un ACI nîmois attachant qui taille sa route depuis une vingtaine d’années. Pascal Gasquet & Co, c’est Bernard Giquet aux guitares électriques et claviers, Olivier Arnardi également aux claviers, à la basse et à la guitare slide, Steve Belmonte aux drums et le chanteur lui-même à la guitare acoustique et à l’harmonica. Famille Paul Personne, pour vous donner une idée. Ça sonne du feu de Dieu, sans exclure la ballade en tendresse (clin d’œil amusé, mine de rien, à un certain Aragon) : « Je suis ton homme à rien faire / J’ne suis pas sur cette terre / Pour être une bête de somme / La flemme est l’avenir de l’homme / […] Mais un jour il y aura la guerre / C’est ainsi que vivent les hommes / Et tous ces insectes éphémères / Effacés d’un coup de gomme… » Les textes, on le voit, sont signifiants (oui, le contraire d’insignifiants) : dommage seulement, autoproduction oblige, que ceux-ci fassent défaut au livret. Aimerez-vous un peu, beaucoup, énormément… pas du tout ? Moi, comme dit l’autre, j’adore ! Prod. et distr. Anatole Music, 516 rue de Bouillargues, 30000 Nîmes (site de l’artiste).

• LAURENCE HÉLIE : éponyme, 11 titres, 44’41. Une voix aérienne, des musiques qui prennent leur temps, douces mélodies planantes en rapport avec l’intimité des textes (écrits, à deux près, par cinq auteurs différents dont le Français Brice Homs), Laurence Hélie avoue un faible pour le folksong et son admiration pour Hank Williams. Native de la Beauce québécoise, cette jeune et blonde compositrice-interprète est, avec ce premier album tout acoustique où dominent les cordes, la nouvelle révélation de la Nouvelle-France. Prod. Gordon Musique, distr. Canada : Sélect (site de l’artiste). 

• HENRI LÉON ET LES AUTRES : 56 min 12 CHansons ; 12 titres, 56’25. Henri Léon et les autres, c’est Antoine, Denis, Maxime et Nicolas, un quatuor masculin des Pays de la Loire qui joue dans la cour de la chanson fantaisiste, ce qui n’empêche pas – mais toujours de façon légère et ironique – de traiter de sujets sérieux (Tout le monde a le droit… « à son cancer »). Ces quatre garçons dans le vent (ils collectionnent les distinctions dans les concours : Vive la Reprise ! 2010 à Paris, Prix L’Esprit Frappeur en Suisse, Prix Le Mans Cité Chanson…) chantent (Aux quatre vents, à voile et à vapeur : « …je crie mon désespoir / Tonnerre de Brest que mon foyer est loin / Ah mon Roger il me tarde de te voir / Foutre Dieu c’est dur d’être marin ! ») à tour de rôle ou en chœur, dans un environnement tout acoustique. À noter (outre la reprise de À la pêche des cœurs, de Vian et Goraguer) que cet album a été enregistré à l’Autrement Café d’Angers (dont on a parlé dans ces « Vendanges d’automne » à propos de Marielle Dechaume). Prod. Les Saligauds, autodistribution (site du groupe).

• VICTOR HUBLOT : Brassens selon Vitor Hublot ; 9 titres, 30’05. Encore un « Brassens » revisité ! Mais pour le coup, c’est plus qu’une visite, c’est un déménagement de fond en comble. Avec du bon, du moins bon, du pire et du meilleur… selon une hiérarchie différente, c’est sûr, en fonction de l’auditeur, de ses goûts et attentes. En tout ça décape sérieusement le « canon », et dans le chant et dans le traitement musical disons, plutôt, « underground ». La pipe de Tonton Georges s’en retourne-t-elle dans sa tabatière ou s’en bidonne-t-elle devant pareilles blagues… belges ? Car, oui, fume, c’est du belge ! « Vitor Hublot », en effet, c’est une joyeuse bande où l’on trouve (ou trouvera, car ce CD est annoncé comme le premier d’une trilogie) un savant mélange de chanteurs, d’auteurs, de journalistes, de comédiens, de dessinateurs de BD : Jacques Duvall, Renaud Janson, Gilles Verlant, Jean-Louis Sbille, les chœurs des Talbot Sisters, ceux de Sttellla, la voix enfuie (et si regrettée) de Jeff Bodart, celle de Lou Deprijck (détournée jadis, sauf erreur, par un certain Plastic Bertrand quand ça planait pour lui…), sans oublier celle, fort reposante dans ce contexte, de Jil Caplan interprétant Brave Margot. Textes et musiques de Brassens, donc, mais adaptations libres de Guy Clerbois, qui annonce clairement la couleur : « Quoiqu’il en soit, ces différentes approches ne nuisent en rien à l’œuvre initiale, c’est juste une manière d’affirmer notre amour et notre respect à l’artiste pour sa liberté de penser, n’en déplaise aux puristes et à leur récupération… Brassens est toujours vivant et n’appartient pas aux esprits fermés et grâce à Dieu… il bande encore !!! » CQFD ? Prod. Guy Clerbois, Team 4 Action, distr. Cod&s (site du groupe).

• ANAÏS KAËL : Tête de mule ; 11 titres, 40’25. Nous l’avions remarquée en 2005, dès son premier album autoproduit, Chansons coquelicot-trash. Depuis, cette Montpelliéraine installée à Ménilmontant, qui s’accompagne à la guitare mais surtout au piano, a trusté les prix et les concours (lauréate du Grand Zébrock, Prix Paris Jeunes Talents, Médaille d’or de la chanson en suisse, etc.), et chanté sur toutes les scènes de France et de Navarre, du piano-bar local au Zénith (nombreuses premières parties, notamment d’Émily Loizeau, ça situe !). Certains y seront indifférents, d’autres – et j’en suis – applaudiront à sa capacité de briser les carcans de la chanson pour s’y promener en toute liberté. Écriture singulière, musiques et arrangements destructurés en apparence (mais en apparence seulement), chant qui gambade sans limite, rien n’est formaté chez elle. Sensuelle mais non consensuelle, et sans tabou, jusqu’à se glisser dans la peau, si j’ose dire, d’un objet bien identifié (La Confession du vibromasseur) ! Bref, en studio comme à la scène, la jeune femme a décidé de s’« en foutre à cœur joie ». Retenez bien ce nom, Anaïs Kaël, avec deux trémas et une rare personnalité. Prod. Le Chaudron et Ignatub, distr. Musicast (site de l’artiste).

• KARPATT : À droite, à gauche ; CD double, 10 titres, 40’13 + 9 titres, 44’42. « Fred, auteur-compositeur, chante et s’accompagne à la guitare. Hervé y met une pincée de contrebasse et Gets/Gaëtan une pointe de guitare à la Django. C’est la recette de Karpatt, cocktail de swing et de chanson “roots” » : ainsi Stéphanie Thonnet présentait-elle ce joyeux trio, dans leur « Portrait » de Chorus n° 49, à l’occasion de leur deuxième album, Dans le caillou. Le premier, À l’ombre du  ficus, était sorti deux ans plus tôt, en 2002. Suivront Dans d’beaux draps en 2006, Montreuil en 2009 et aujourd’hui, pour fêter les dix ans du groupe, un premier opus en public, et en deux CD, SVP ! Musicalement ça swingue, c’est festif certes, mais ça sait aussi se faire tendre et intime, et gouailleur et intelligent au plan des textes. Parfois même, Brassens et Boby Lapointe affleurent… Et puis l’album est dédié à Mano Solo. Que demander de plus ? Autoproduit, L’Autre Distribution (site du groupe).

• OLIVIER L’HÔTE : Fantastique et monotone ; 7 titres, 26’34. Mini-album mais chansons qui promettent et artiste (originaire de l’Hérault) à suivre : après cinq ans à la tête du groupe Les Hôtes, 150 concerts et un disque (Ô plaisir), en 2007 Olivier décide de poursuivre l’aventure sous son propre nom avec sa guitare, ses paroles, ses musiques, un violoniste, un violoncelliste, voire un contrebassiste quand c’est possible. Un univers de cordes épousant des textes pas banals sur de bien jolies mélodies. Références avouées ? Brassens, « pour son humanité », Brel, « pour l’intensité de l’interprétation », La Tordue et les Têtes Raides « pour leurs inventions », et puis « la musique classique pour les chevauchées lyriques et les musiques traditionnelles du monde pour le côté originel et dansant ». Ça donne envie, non ? Autoproduit et autodistribué (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• GILBERT LAFFAILLE (& Nathalie Fortin) : En public ; 18 titres, 67’39. Laffaille en public et en duo, avec notre Franco-Québécoise préférée au piano, c’est rien qu’du bonheur ! Comme quoi, primo, un piano seul suffit quand vous êtes armé de mélodies imparables (et en la matière, Laffaille est un maître) ; secundo, quand vos textes sont jouissifs, et dans l’écriture (et de ce côté-là, Laffaille n’a guère, dans sa génération, que Souchon et Leprest pour « rivaux ») et dans leur signifiance, vous êtes partout chez vous, que vous chantiez à l’Olympia ou, comme ici, à l’Esprit Frappeur de Lutry, en Suisse. Toujours élégant, sans sophistication, toujours très fin, sans jamais le moindre hermétisme, Laffaille est aujourd’hui à la tête d’une œuvre qui lui mérite le panthéon de la chanson. « Dès qu’il chante, disait Nougaro à son propos, en moi un oiseau fraternel s’éveille. » Enfant de Trenet (et de Boby Lapointe) quant à la forme, Laffaille, qu’il joue du registre tendre ou humoristique, de la ballade ou de la musique de genre, se révèle un témoin impitoyable (parce que lucide) de notre temps. À vrai dire, je me demande s’il existe aujourd’hui un artiste dans la  chanson francophone qui manie aussi bien l’art de la satire. L’air de rien, sans jamais élever la voix (encore moins le poing) ni chausser ses grands sabots. Et pourtant, il touche juste, là où ça fait mal. Et quand il vous balance une petite chanson poétique, « à plat », sans arrière-pensée, c’est tout simplement magnifique. Écoutez donc ces Raisins dorés qui parlent des ours, de l’eau dans les sources, des cerfs et des biches, des chemins buissonniers, des vieux châtaigniers, des piverts, de la neige d’hiver, des hiboux solitaires, des merles moqueurs et de quelques vieux hérissons, pour écrire une chanson qui chante au fond du cœur… Si vous ne rendez pas les armes, il n’y a plus d’autre remède pour vous que la Légion étrangère, un abonnement à Minute ou un gavage à toutes les Star Academy et Nouvelles Star du PAF.

 

Gilbert Laffaille – Les Raisins dorés

 

Laffaille ? Un Quichotte, c’est sûr, défenseur de la veuve et de l’orphelin, des petites filles de Chiang Maï, des éléphants (mais pas des présidents), de l’Homme avec un grand H… et du fruit de ses vendanges, quand il « fait chanter les verres » : un chevalier des notes et lettres, amateur épicurien – l’un n’empêche pas l’autre – de java sans modération. Ce nouvel album est le quatorzième ou quinzième depuis son premier 33 tours : c’était il y a… trente-trois ans, en 1977. Quatre sketches irrésistibles complètent ici son tour de chant, outre une Ballade des pendules (un sommet de la versification en allitérations) qu’il dit désormais, avec un vrai talent de comédien. Ne manquez pas son numéro, car ce genre de funambule, Ça ne tient (souvent) qu’à un fil… Prod. et distr. Traficom Musik (site de l’artiste).

(À SUIVRE) 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 10:40

Vendanges d'automne (5)

 

Des vendanges au bistrot, un certain temps s’écoule, nécessaire à laisser se bonifier le jus de la treille. Le raisin de la dernière récolte devra patienter encore un peu avant de prétendre un jour, peut-être, après fermentation et maturation suivies de près, figurer auprès des grands crus du bistrot préféré de Renaud. Mais les personnages incarnant ceux-ci ont eu aussi à faire leurs premières armes – parfois hésitantes et brouillonnes, parfois péchant d’influences plus ou moins visibles, comme c’est naturel – quitte à être brocardés par des critiques péremptoires et manquant cruellement de « vista », dont tout le monde aujourd’hui a oublié le nom. Alors, laissons le temps au temps et apprécions à leur juste valeur nos fruits de saison, les saveurs (et même les délices) du moment présent (étiquetés de C à E pour cette livraison). En attendant demain (qui sera sans cesse un autre jour), pourquoi se priver ? À la bonne vôtre, avec la chanson nouvelle !

 

 

• CHANTEURS LATINS : Tres, Cuatro ; 12 titres, 64’08. Contrairement à ce que laisse penser son titre, il s’agit là d’un album revisitant le répertoire de Brassens. Un de plus ! En français dans le texte mais en mode salsa, et ça fonctionne aussi bien que l’avait fait Yuri Buenaventura avec Brel. Fruit de la rencontre à Montpellier (à travers Philippe Carmona et Sylvain Gilles) d’un tres cubain et d’un cuatro vénézuélien, ce premier album s’aventure aussi sur les terres de Gainsbourg et propose quatre inédits du groupe. Prod. Association De Bouche à Oreille / Label de Mai, 27 rue du faubourg Figuerolles, 34070 Montpellier (site du groupe).

quichote_3.jpg• ALAN CÔTÉ : Chercher son ours ; 12 titres, 52’15, digipack 3 volets. J’ai dit ici l’extraordinaire autant qu’émouvante impression que m’avait procurée la découverte, en Gaspésie, du Village en chanson de Petite-Vallée (« expérience » absolument unique, à ma connaissance, dans l’espace francophone : faire vivre presque tout un village par et pour la chanson). À sa tête, un tendre colosse, Alan Côté, lui-même artisan (fin et habile) en chanson. Après Chanter plus fort que la mer, voici son premier véritable album, paroles et musiques, en solo. Enfin, façon de parler car les Chanteurs du Village (Jérôme Béland, Fanny et Gilles LeBreux, Marie-Josée Roy et Danielle Vaillancourt) sont évidemment du voyage ainsi que Bïa, Pierre Flynn et Michel Rivard. Cette chanson-là, authentique dans tous les sens du terme, est la définition même de la chanson vivante. Nul n’est obligé de partager mon avis (mon ressenti, plutôt), mais je fonds littéralement en écoutant Noël 46, une histoire vécue de rescapés du Saint-Laurent (« Ce jour-là, les gars revenaient des chantiers / Pour le long congé de Noël / Quand l’avion plongea dans le fleuve glacé / Leurs prières montèrent vers le ciel / […] Rassemblez les gars, défiez l’hiver / Grand-père les a vus du coteau / Branle-bas de combat, pour prendre la mer / Il faut déglacer les bateaux… »), ou Bonbons sucrés : « …Dans chaque maison / Y a une histoire / Couteaux tirés… / Dans notre maison / Y a des chansons / Qui aiment entrer. » Dans ma maison aussi, pas vrai Félix ; et dans notre maison d’amour, donc : pas vrai les amis qui la fréquentez ?  

Alan Côté – Noël 46

Chercher son ours ? Un Quichotte évident de Si ça vous chante. Et mon disque de chevet, qui me dresse le poil sur la peau (« C’est pour la paix que je travaille / Loin des canons je vis en liberté / Je façonne l’acier qui sert à la semaille / Et ne forge le fer que pour l’humanité », Le Forgeron de la paix) et me fait monter les larmes aux yeux (J’ai pris le même vol que toi, dédié à Sylvain Lelièvre). Production Alain Côté et le Village en chanson de Petite-Vallée, C.P. 1016, Petite-Vallée, Québec, Canada, G0E 1Y0 (site de l’artiste).

• STÉPHANE CÔTÉ : Des nouvelles ; 14 titres, 42’59. Second album d’un ACI québécois de 39 ans (sans rapport de parenté avec le précédent), repéré par Chorus à son premier essai (transformé !), Rue des balivernes, en 2005. Tout un univers, dans le fond, l’écriture, l’imaginaire, comme dans la forme, les mélodies, l’orchestration. Pas étonnant : il sort sur le label de Bori (voir précédemment dans ces « Vendanges d’automne »). À signaler un livret très original en forme de journal… et son passage à Paris, les 18, 19, 25 et 26 octobre, au Sentier des Halles. Productions de l’Onde-Productions Bleu de Plume, Montréal, distr. Europe : Space – 1-fos@space-enligne.com  (site de l’artiste et site de l’album).

• LA COTERIE : Les Gens ; 13 titres, 35’07. Quand les Têtes Raides, une bonne part du groupe du moins (Christian Olivier, Serge Bégout et Grégoire Simon) se mêlent de chanson « jeune public », ça gratte, ça tape, ça souffle, ça chante et ça joue, avec intelligence, pour tenter de répondre à ces questions : c’est quoi les gens ? C’est qui les gens ? C’est fait comment ? Et comme dirait Renaud, c’est quand qu’on va où. D’autres artistes venus d’horizons divers s’associent au grand bazar joyeux (fréquenté aussi bien par des extraterrestres, des éléphants et des fantômes que des SDF) de cette Coterie. Et musicalement, ça déménage ! Production Mon Slip, distr. Fnac (site du groupe).

• GAËLLE COTTE : Vole, vole ; 9 titres, 32’10. Interprète qui chante comme elle respire, enfant de Nougaro et Piaf, « la trentaine épanouie, sensuelle et généreuse », elle choisit très tôt la chanson, le jazz et la scène pour s’exprimer. Fruit de sa rencontre avec un guitariste finlandais, co-compositeur de l’album, coécrit avec Dodie Gréau, Matthias Vincenot, Arbon, Céline Caussimon et Frédéric Pagès, ce premier opus est celui d’une femme libre « qui assume son grain de folie et sa révolte contre tous les égoïsmes ». Production Plas & Partners, distr. : rleclerc@plasetpartners.com  (site du label où écouter et voir des chansons de Gaëlle Cotte, ainsi que d’Arbon).

quichote_3.jpg• GÉRARD DELAHAYE : 1000 chansons de voyage, d’amour, d’eau, de pluie, de soleil, de pirates, de rêve, d’animaux, de rire, d’amitié, de fraternité, de San Francisco, de Bretagne, de la Terre ; 12 titres, 42’18, digipack 3 volets. Que dire après un tel titre, qui est tout un programme (enchanteur) à lui seul ? Qu’on ne présente plus Gérard Delahaye, à moins d’être obstinément sourd et aveugle au meilleur de la création chantée, qu’il s’adresse aux adultes, aux enfants comme ici… et/ou aux adultes ayant conservé leur âme d’enfant. « Oui, j’ai écrit et composé 1000 chansons… assure Gérard. Mais si certaines peuvent survivre des années, la plupart ont une existence très brève ! En tout cas, la 1000e est dans cet album, à vous de la trouver… » Serait-ce La Petite Marseillaise, que l’on a pu écouter et voir en primeur sur ce blog (cf. « À chacun sa Marseillaise ») ? Toujours est-il que ces chansons racontent toutes une histoire, c’est intelligent et passionnant, autant que les musiques et arrangements sont entraînants, pleins d’influences bienvenues en situation, et le chant particulièrement complice. 1000 chansons… et maintenant, même si c’est pas cher payé, un Quichotte pour Gérard Delahaye ! Dylie Productions, distr. Coop Breizh (site de l’artiste).

• HENRI DÈS : Contes d’enfance n° 1 ; 6 plages, 68’02. Autre album « jeune public » d’un autre grand de la chanson pour enfants ; en l’occurrence de l’artiste qui a réussi l’exploit d’ouvrir à celle-ci une voie alternative aux goyâneries aussi étouffantes que dominantes des années 70-80. Mais, fort de son œuvre en la matière (qui n’a d’égale que celle d’Anne Sylvestre, avec ses Fabulettes), Henri Dès semble vouloir constituer à présent une collection de contes dits, comme l’annonce la mention « N° 1 ». Ce premier numéro, donc, propose Le Petit Poucet et Le Chat botté de Perrault, Le Vilain Petit Canard d’Andersen, Le Petit Chaperon Rouge d’après Perrault et les Frères Grimm et deux contes de la tradition orale, Les Trois Petits Cochons et Boucle d’or. L’interprétation savoureuse du narrateur est soutenue par les musiques d’Olivier Delevingne jouées en acoustique par cinq musiciens. À noter qu’Henri Dès se produira à Paris dans son tour de chant « Tout simplement », en trio (clavier, batterie et lui-même à la guitare), à l’Espace Cardin du 26 au 28 novembre et du 3 au 5 décembre (séances à 14 h 30, 16 h 30 et 19 h 30, reservation@victorie-music.com). Productions Mary-Josée, distr. Universal (site de l’artiste).

• BENOÎT DORÉMUS : 2020 ; 12 titres, 38’03. Malgré son jeune âge, une vieille connaissance de Chorus et de Si ça vous chante (voir « Alors… Chante ! 2 »). Un enfant de la génération Renaud (lequel a produit son premier véritable album, Jeunesse se passe, fin 2007, reprenant sept titres de son opus autoproduit de 2005, Pas en parler) qui peu à peu a su se dégager de l’influence prégnante de celui-ci. Aujourd’hui, Benoît Dorémus est non seulement quelqu’un de très attachant (ce qui ne gâte rien) mais un des ACI actuels les plus intéressants aux plans musical (famille Renan Luce pour les mélodies) et textuel. Quelqu’un qui ose dire les choses, avec une écriture moderne (que Frédéric Dard, j’en suis sûr, aurait appréciée) sans crainte de s’exposer lui-même : « Deux s’condes pour vous parler d’ma pomme / C’est peut-être mon dernier album / Pas au sens où j’veux plus en faire / Mais dans l’sens où dans c’genre d’affaire / Y a une énorme prise de risques / Y a une énorme crise du disque / Moi qui dis tout depuis l’début / J’vais pas vous la faire en rébus / Ah ! moi les gars je suis un soucieux / Super veinard superstitieux / Ceux qui n’étaient pas là je leur dis / De l’autre côté de l’ordi / Je cramponne un permis d’chanter / À coups d’concerts à coup de trac / À coups d’grass’ mat’ entre chaque / Intermittent comme le destin / J’ai ce métier dans les intestins / […] Ah ! moi je suis pas visionnaire / Ni Hugo ni Apollinaire / Mais je glisse en subliminal / L’idée qu’un disque au final / C’est une âme… dans un objet. » Qu’écrivais-je donc dans « C’est déjà ça »… ? Prod. Capitol, distr. Emi (site de l’artiste).

• JOSEPH EDGAR : Y a un train qui s’en vient ; 11 titres, 43’42. Il y a les disques que l’on reçoit, et puis il y a les rencontres en direct, y compris les plus inattendues, comme celle de Joseph Edgar, jeune ACI (feutre noir et bouc idem) qui s’en venait du Nouveau-Brunswick au théâtre des Trois Baudets, le 29 septembre dernier, le soir où nous y organisions une soirée privée… Échange rapide d’impressions, poignée de mains franche… et album en cadeau. Un vrai de vrai, car si j’ignorais tout de cet artiste à ce jour (membre fondateur du groupe acadien 0° Celsius, premier album solo en 2004, La Lune comprendra, deuxième en 2006, Oh ma ma), son troisième opus est une jolie ballade acoustique (cordes, claviers, cuivres, acordéon, percussions…) qui invite au voyage et nous évoque un certain Zachary Richard (voix et accent inclus). Zachary ? Tiens, son nom est cité dans les remerciements… Autoproduit, distr. Plages, Caraquet, N.-B. (site de l’artiste).

• EDWARD (pour les intimes) : Ma guitare est dérisoire ; 13 titres, 47’38. Sa guitare ? Sur la pochette (où l’homme, barbe noire à la Delerm, est assis, instrument en mains, dans un fauteuil, une femme derrière lui), son manche pend mollement vers le sol… Un premier album en solo pour un ACI qui a déjà de la bouteille (groupes d’électro-pop, musique de film…). Flegme, fantaisie, autodérision (Le Mâle alpha, Carla, Psychopathe, La Ballade de l’homme préhistorique, Le Playboy de Paris…), univers électro-groovy et pop, Edward (pour les intimes) avoue raffoler des Michel (Berger et Polnareff en particulier) ; on pourrait ajouter sans grand risque de se tromper un certain Gainsbourg voire un probable Dutronc. Mais le traitement musical (à l’instar d’une Jeanne Cherhal récemment, il a presque tout fait dans l’album, jouant lui-même de chaque instrument), la rythmique omniprésente, la voix parfois mixée en retrait risquent de décourager plus d’un amateur de chanson pour qui le fond, l’émotion, prime sur l’emballage – aussi sophistiqué soit-il. Quand même, artiste à suivre… Prod. Blue Bear, distr. Wagram (site de l’artiste).

• NATACHA EZDRA : Chante Jean Ferrat – Un jour futur ; 18 titres, 62’43. De l’émotion ? En veux-tu en voilà ! À ses qualités, connues et reconnues, d’interprète sensible, dans le sillage de ses grandes aînées, Natacha ajoute en l’occurrence la particularité d’avoir vécu son enfance à Antraigues, le village de Jean Ferrat, qui plus est au café « La Montagne » ouvert par ses parents Jacques Boyer et Odile Ezdra, grands amis de l’auteur de la chanson éponyme. Alors, quand elle lui a demandé « l’autorisation » de créer un spectacle qui lui soit entièrement consacré (lire à ce sujet le témoignage de Natacha dans le Jean Ferrat de Daniel Pantchenko), il n’est guère étonnant que celui-ci se soit montré enthousiaste. Seul regret de part et d’autre : qu’il n’ait pu assister à sa création (« Chère Natacha, lui écrit-il, J’aurais aussi aimé être là, mais je sais que tu es très bien entourée ! Et que le plaisir sera partagé avec, sans nul doute, beaucoup d’émotion. » L’entourage ? Trois musiciens (accordéon, accordina, guitares, flûtes, psaltérion…) avec Patrick Reboud à la direction musicale et aux arrangements (sauf pour Nuit et brouillard, signés Léo Nissim). Enregistré en public, cet album (son troisième en dix ans) reprend l’intégralité du spectacle créé à l’automne 2009 : dix-huit chansons qui composent un panorama judicieux du répertoire de l’Ardéchois d’adoption, inclus La Matinée que Natacha chante en duo avec Serge Utgé-Royo. Prod. Édito Musiques, distr. Rue Stendhal (site de l’artiste).

(À SUIVRE)

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 19:00

Vendanges d'automne (4)

 

Après la sortie du nouvel album de Guy Béart, qui valait bien un sujet en soi, et celle de deux livres indispensables à tout amateur de chanson, il est temps de revenir à nos vendanges phonographiques d’automne. On en était resté au chapitre 3, avec un spécial Brassens (« Les Amis de Georges »), voici le quatrième du nom qui – abondance de disques oblige (pour l’essentiel autoproduits ou de labels indépendants) – reprend l’ordre alphabétique à son début. C’est reparti, de A jusqu'à Z.

 

Tout récemment se tenait à Montpellier la première édition du Forum des Musiques Indépendantes (le FMI !), auquel on m’avait invité pour débattre du rôle et de la place des médias dans l’industrie musicale. Il en est résulté (grâce à une forte participation d’artistes, de producteurs indépendants, de responsables de médiathèques, de journalistes de presse écrite et de radio, etc. ; sans parler des « simples » amateurs de chanson) le constat que le disque physique – malgré la crise et la révolution numérique – reste pour l’artiste le moyen par excellence d’exister en tant que tel. Mais aussi une carte de visite professionnelle irremplaçable, pour lui permettre de se faire connaître (en particulier des organisateurs de spectacle) et de pouvoir se rendre ainsi, sur scène, à la rencontre du public.

 

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Nous l’avons d’ailleurs vérifié de visu, car ce FMI – appelé à devenir une manifestation importante du « métier » (sous réserve que la ville de Montpellier, qui s’y est associée pleinement dans l’esprit, et via la présence volontariste du maire adjoint délégué à la Culture, Michaël Delafosse, la soutienne à l’avenir à la hauteur de ses ambitions) – a fait la part belle aux labels indépendants. Lesquels exposaient leurs productions, les 17 et 18 septembre dernier, dans les allées piétonnes de l’Esplanade Charles-de-Gaulle (qui débouche sur la fameuse place de la Comédie). « La production phonographique indépendante, soulignait le directeur artistique (et « philosophique » !) du FMI, Daniel Bourguet, représente (en France) 35 % du marché du disque. » Malgré cette contribution importante à la diversité culturelle, « elle reste dans une économie précaire et la place qu’elle occupe dans les médias et la distribution est faible voire inexistante ».

À partir de là (et du fait que « l’objet CD », en dépit d’une rentabilité devenue difficile, demeure « une étape nécessaire voire indispensable au développement d’un artiste ou d’un groupe »), le FMI s’est fixé pour objectifs de « s’interroger sur un nouveau modèle économique “équitable” et sur le rôle de chacun – institutionnels, labels indépendants, réseaux et sociétés de distribution, vente numérique, vente par correspondance, presse, radios… –, de dialoguer avec le public sur la réalité de la production musicale, le rôle d’Internet, le téléchargement libre et/ou payant, l’avenir de la création et de la diversité de l’offre ». Plus généralement, « face à une offre très limitée dans les rayons des supermarchés et une promotion sélective sur les ondes des radios commerciales », l’idée de ce marché du disque indépendant est de « créer la rencontre directe et physique entre la diversité et la richesse de la création musicale et le grand public ».

 

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 Tout est là, dans la problématique de cette rencontre entre créateurs et public, car plus personne (ou presque) n’ose affirmer aujourd’hui (comme nous ne l’avons que trop entendu au cours des décennies précédentes, avant l’avènement de la « Génération Chorus », dite « nouvelle scène ») que « la chanson française se meurt ». C’était naguère une antienne reprise à plaisir par les grands médias, comme un serpent de mer journalistique (on appelle ça un « marronnier » dans notre jargon), simplement parce qu’il était impossible aux jeunes talents de passer le mur des médias… et que la ménagère de moins de 50 ans se contentait du prisme déformant desdits médias, alors que la presse écrite (dans le sillage de Paroles et Musique puis de Chorus) ne cessait de s’enthousiasmer de ses découvertes régulières.

Néanmoins, le fait que, pour la première fois, la production chansonnière a baissé chez les majors du disque (qui n’ont quasiment pas « signé » de nouveaux artistes durant l’année passée), risque de laisser à nouveau se propager le virus bidon selon lequel notre création serait en danger. Simplement, celle-ci se réfugie de plus en plus dans l’autoproduction et les petits labels qui, hélas, sont rarement pris en compte (voire jamais) dans les grands médias, les nouveaux talents restant dès lors inconnus du grand public. Un cercle vicieux que tente de rompre le Forum des Musiques Indépendantes de Montpellier (qui, le temps d’un week-end, a également occupé avec une douzaine d’artistes et de groupes les salles « historiques » locales comme l’Antirouille, le Rockstore ou la salle Rabelais, et dont les ateliers-débats ont eu lieu quasiment à « guichets fermés »), sa première édition augurant de lendemains qui chantent, mais aussi des médias… comme Si ça vous chante.

La preuve ? Ce qui suit ci-dessous. Une production pléthorique qui continue de nous être adressée, malgré le fait que je ne dirige plus aucun journal et que les coordonnées de Chorus sont devenues obsolètes (ne les utilisez plus, votre courrier se retrouverait au rebut de La Poste à cause de la mise en place de machines de tri automatique qui ne font pas dans le sentiment et n’ont pas la moindre mémoire…). Un signe de santé à la fois réconfortant, dans l’absolu, mais un poids extrêmement lourd pour votre serviteur, étant totalement impossible de rendre compte en détail (du meilleur) de ce que l’on reçoit. Car, même si je ne sollicite rien, la confiance qui m’est ainsi accordée (dans l’espoir implicite et bien légitime d’en trouver ici l’écho) me fait culpabiliser en permanence…

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Alors, à ma manière, équivalente à celle du FMI qui a permis à tous les labels indépendants de France et de Navarre qui le souhaitaient d’exposer publiquement leur catalogue, on trouvera ici et dans la suite de ces « vendanges d’automne » une liste de nouveautés (outre quelques « rattrapages » du dernier semestre), avec un minimum de commentaires. Rien qu’à titre informatif, afin qu’on puisse aller soi-même plus loin dans la découverte : un simple clic et nous voilà sur le site de l’artiste ou du groupe concerné.

J’écris ces mots, avec un goût d’inachevé, tant j’aurais aimé prendre le temps de me pencher vraiment sur nombre de ces albums, mais à l’impossible nul n’est tenu. Pas plus le blogueur que je suis devenu (et reste classé depuis des mois, sans le chercher, dans « Le Top des blogs » de l’espace francophone !) que l’artiste qui, mettant le meilleur de lui-même dans sa création, ne peut jouer efficacement le rôle d’agent, de tourneur et d’attaché de presse à la fois. Tel est le prix de l’indépendance : savoir-faire et faire savoir vont rarement bien ensemble… Alors, je me console en me disant, comme Alain Souchon, que… c’est déjà ça. À vous, ensuite, de faire chorus... si ça vous chante !

 

 

 

• ALEX TOUCOURT : Studiorange, 15 titres, 50’05. Sept ans passés au sein du groupe lorrain « Conscience tranquille », 450 concerts, deux albums… et voilà un premier album en solo. La Prod Toucourt, 11 bis rue des écoles, 54440 Herserange (Site de l’artiste).

• ALLAIN : Allain, 10 titres, 35’56. Premier album en 2006 : celui-ci est le second d’un ex-étudiant en sociologie qui a fait ses premiers pas dans la chanson, à 15 ans, en interprétant Cohen, Dylan, Brassens, Yves Simon… Prod. Quart de Lune, distr. Rue Stendhal (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• ARESKI : Le Triomphe de l’amour, 11 titres, 40’12. À Jean Théfaine, pour le dossier de Chorus n° 59 (printemps 2007) consacré à Brigitte Fontaine, son alter ego dans la vie et en musique, il annonçait déjà son projet de sortir Le Triomphe de l’amour. Le voici enfin (ce 25 octobre) : trente-neuf ans après Un beau matin (Saravah), c’est son second album sous seul nom ! Formidable à tous points de vue : un Quichotte de Si ça vous chante. Prod. Emarcy, distr. Universal Music Classics & Jazz (site de l’artiste).

• SAMIR BARRIS : Tenter l’atout, 12 titres, 42’37. Second album (après Quel effet ? en 2007) d’un jeune ACI d’outre-Quiévrain porté sur les musiques latines et les ambiances jazzy, vu avec plaisir en Off du dernier Alors… Chante ! de Montauban, juste après avoir été Découverte belge du Printemps de Bourges. Prod. Team 4 Action, distr. en Belgique : Bang ! (Site de l’artiste).

• BATIGNOLLES : Y a pas de problème… 14 titres, 61’02. Ex-La Rue Kétanou, Olivier Leite a formé ce quatuor (du nom du quartier où il vivait à Paris avant de s’installer dans le Lot) avec Olivier Cocatrix, Alex Roger, Benjamin et Thierry Roques. À côté de leurs propres chansons, Bruant et Dimey sont relookés rock, façon Mano Solo. Autoproduit, distr. L’Autre Distribution (site du groupe).

• LES BECS BIEN ZEN : À la force du vent, 13 titres, 55’34. Second album d’un quintette (tendance Têtes Raides…) formé autour de l’ACI Pierre Luquet, aux textes à dimension poétique. Prod. Aza-i.d productions et l’O dans le gaz, distr. Mosaic Music (site du groupe).

• LES BERTHES : Chroniques amères, 13 titres, 43’04. Troisième album après Mines de rien en 2004 et Contes de faits en 2006. En formation acoustique à quatre dans les bars ou à sept sur les grandes scènes, cette brochette de Francs-Comtois « festifs, incisifs et amoureux du mélange des genres » a déjà plus de cinq cents concerts au compteur. Prod. Trollsprod, distr. Anticraft (site du groupe).

• ÉRIC BÉLANGER : À 35 millimètres du bonheur, 12 titres, 41’39. Un Bélanger québécois (Daniel) peut en cacher un autre (Éric), lui aussi ACI et ne dédaignant pas les duos (Andrea Lindsay, Anaïs). Autoproduit, distr. Sony Music (site de l’artiste).

• BIZERN : 13 vies, 14 titres, 54’11. Un « rattrapage » pour une curiosité. Un premier album à la quarantaine, paroles et chant de Bizern, musiques (enlevées et mélodiques) du guitariste Jean-Louis Fourcade, pointures et invités à l’appui, dont Denis Barthe (Noir Désir), Cali et plusieurs de ses musiciens dont le talentueux Julien Lebart (claviers, accordéon). Prod. BCBA label Arlette et Mireille Productions (site de l’artiste).

• FLORIAN BRINKER : Filer à l’anglaise, 10 titres, 42’12. On l’a croisé dans divers groupes de folk, pop ou rock avant de basculer dans le tourbillon électronique avec Rinôcérôse. ACI originaire de Montpellier, il se lance à présent en solo, avec « le désir d’innover, l’amour des belles mélodies et des histoires sensées, mêlées aux tourments de l’existence ». Dandy et mélancolique. Atlantis Productions, distr. Anticraft (site de l’artiste).

(À SUIVRE) 

 

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