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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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Jean-Jacques Goldman, confidentiel
  (page dédiée au livre)

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 12:51

Caveaux, cabarets...

et autres petits lieux

 

Avant que le star system ne vienne provoquer les ravages que l’on sait, creusant un fossé aussi énorme qu’injustifié de part et d’autre de la scène, avec des « idoles » d’un côté et des simples consommateurs de l’autre, la chanson était un art partagé de façon égale, mais surtout un art de proximité comme vient nous le rappeler aujourd’hui à bon escient Michel Trihoreau dans un livre intitulé La Chanson de proximité. Lequel annonce d’ailleurs, du fait de la crise majeure du disque, un certain retour (voire un retour certain) de la chanson à ses fondamentaux humains et citoyens.

 

Dans cet ouvrage extrêmement fouillé et parfaitement documenté (on reconnaît là le responsable des rubriques historique et thématique de Paroles et Musique et de Chorus…), Michel Trihoreau nous livre le fruit d’une expérience de quelque quarante ans de fréquentation de la chanson, de toutes sortes de lieux où elle s’expose, puis de réflexion autour de ce phénomène artistique populaire sans égal.

CouvProximite.jpgIl en rappelle d’abord les « Traces historiques » en remontant à ses origines populaires (« Du pain, du vin et des chansons ») avant qu’elle n’investisse les tavernes, cabarets, caveaux et autres goguettes, dressant dès lors un tableau extrêmement érudit – mais toujours dans un style limpide et accessible à tous (pas de jargon universitaire pour initiés !) – de l’histoire de la chanson dans les petits lieux. On effectue une plongée au temps du Chat Noir, on remonte les années jusqu’au Lapin Agile ou Le Bœuf sur le Toit, croisant au passage Aristide Bruant, Jules Jouy, Frédé… C’est la grande époque de Montmartre, puis celle de Saint-Germain-des-Prés que l’on redécouvre sur les pas notamment de Jacques Prévert (à qui Michel avait consacré un ouvrage original, La Chanson de Prévert, en 2006). D’une rive à l’autre de la capitale (« Rive droite, rive gauche, la querelle sourde »), la chanson est là, toute proche des gens…

 

 

On continue ainsi de remonter le fil du temps jusqu’à nos jours, en passant par « L’Âge d’or », ce que l’auteur appelle d’abord « le terreau » (les fruits de l’Éducation populaire, le TPC et la Fine Fleur de la chanson française, la Révolution culturelle, l’avènement des auteurs-compositeurs-interprètes) et par « La floraison magique » (Ferré, Brassens et Brel, les voies de l’Olympia, les Trois Baudets, les princes des cabarets, les chevaliers errants ou maudits). Arrive ensuite « Le schisme » autour de Mai 68 et toutes les confusions qui en découlèrent et que Michel Trihoreau analyse avec pertinence : amalgames, « bonne » chanson, art mineur… avec toutes les conséquences de l’industrialisation d’un art par définition artisanal, qu’il décline en sous-chapitres : « la proximité ou la pop », « le mur du son », « l’envers du décor ».

  

MichelPortrait.jpg

                                                                                              Michel Trihoreau chez lui (Ph. F. Hidalgo)

Après une analyse passionnante du pouvoir des mots (« culture populaire ou culture de masse », « la langue et son usage », « les transactions verbales »), on en arrive à l’époque actuelle où l’auteur montre (sous le titre « L’Éternel Retour ») comment la chanson de proximité réinvestit progressivement les petits lieux en même temps que les mentalités. Il énumère et décrit alors nombre de lieux de Paris et de province, ou de festivals (« Les nouveaux pionniers »), en particulier celui de Chant’Appart créé par Bernard Kéryhuel en Vendée, dont la formule conviviale à souhait (faire venir des artistes chez l’habitant, et attirer ainsi un nouveau public d’amis et de voisins à la chanson) obtient un succès à ce point exponentiel qu’elle s’exporte désormais en Belgique, en Suisse et même outre-Atlantique au Québec, où elle commence également à essaimer.

Mais l’ouvrage de Michel Trihoreau ne s’arrête pas à une espèce de condensé de l’histoire de la chanson française, des lieux et des festivals qui la font vivre (avec, de-ci de-là des portraits d’artistes atypiques), puisqu’il s’intéresse également au disque, à l’autoproduction et aux labels indépendants qui se développent chaque jour davantage, aux médias, à Internet, à la formation, aux concours et j’en oublie… avant de faire une pause sur la vocation de Paroles et Musique puis de Chorus et les traces que laisseront auprès des futurs historiens et autres sociologues ces deux journaux nés bien sûr d’une passion mais surtout d’une conviction que la chanson – trop souvent considérée avec condescendance – est bien plus qu’un loisir, bien plus qu’une simple expression artisque, un art et pas n’importe lequel : l’art populaire par excellence.

dessinLieu.jpg

Ce livre (composé d’une dizaine de parties) est à mettre entre toutes les mains des aspirants chanteurs qui – combien de fois l’avons-nous constaté pour le déplorer – ignorent trop souvent tout ou partie de ce qui a construit la profession dans laquelle ils espèrent exceller un jour (comme si un aspirant metteur en scène pouvait se permettre d’ignorer l’histoire des grands films et grands réalisateurs du 7e Art). Des jeunes talents mais aussi, beaucoup plus largement, de tous les gens, amateurs ou professionnels, qui s’intéressent de près à la chanson. Un conseil partagé par Allain Leprest qui en signe la préface : « Pour y avoir rencontré des publics curieux, attentifs, interrogatifs et des artistes aguerris ou débutants, gens généreux ou sévères qui m’ont tant appris de ce métier, je suis  heureux de voir un livre qui chante ces petites scènes et leurs acteurs. Vous verrez comme il tiendra bien dans le creux de vos mains… »

• La Chanson de proximité – Caveaux, cabarets et autres petits lieux, de Michel Trihoreau, préface d’Allain Leprest, 188 p., 18 € ou 21 par correspondance : L’Harmattan, 5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75009 Paris.

 

Rencontres autour de Brassens

couvRencontres.jpgJ’en profite pour signaler un autre ouvrage de Michel Trihoreau, en collaboration avec l’illustratrice Cathy Beauvallet, qui paraît simultanément aux Éditions du Petit Véhicule. Il propose vingt-cinq récits imaginaires, vingt-cinq nouvelles où des personnages semblent sortir tout droit de l’imagination de l’auteur. À première vue seulement, puisque, comme l’explique Paul-René Di Nitto dans sa préface, au détour d’une phrase, au terme d’une confidence chuchotée, nous avons la surprise – et l’émotion – de découvrir que ces gens, hommes ou femmes, qui se racontent, évoquent un moment de leur passé, « croyants ou impies, bourgeois ou bohèmes, sont sans le savoir sortis du même moule, d’un grand livre de poésie, en fait, un cahier d’écolier tenu par un homme seul, souvent désespéré… un certain Brassens ». Tonton Georges que l’on retrouve d’ailleurs en couverture, via une photo de son ami sétois Jimmy Rague.

Penelope.jpg

À noter que Michel Trihoreau a ajouté en regard des titres de ses récits ceux des chansons de Brassens qui les lui ont inspirés : Bonhomme, Le Bistrot, Brave Margot, Je suis un voyou et une vingtaine d’autres, y compris pour une seule et même nouvelle (Un grand soleil) trois chansons différentes (Chanson pour l’Auvergnat, Le Pluriel et Mourir pour des idées). Quant aux illustrations de Cathy Beauvallet, dont la passion est de croquer sur le vif des chanteurs pendant leur spectacle (on a pu voir certains de ses dessins illustrant des comptes rendus de festivals dans Chorus), au style très personnel (cf. Pénélope ci-dessus), elles sont toutes réalisées en noir et blanc. Au final, une aventure aussi originale que joliment réussie, dans le fond comme dans la forme.

• Rencontres, de Michel Trihoreau et Cathy Beauvallet, 90 pages, format 21 x 21 cm, 20 € port compris pour la France, à l’ordre des Éditions du Petit Véhicule, 20 rue du Coudray, 44000 Nantes (epv2@wanadoo.fr)

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu livres
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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 17:39

Le meilleur des choses

 

Il nous l’avait annoncé dans une interview fleuve, la seule et unique depuis des années, pour son dossier du n° 63 de Chorus (printemps 2008) : il finissait de peaufiner ses nouvelles chansons et surtout d’en opérer la sélection en vue d’un prochain album. C’est chose faite aujourd’hui puisque sort ce 27 septembre le nouveau disque de Guy Béart, Le Meilleur des choses. Et c’est un événement !

 

beart_CD.jpg

 

Sans provoquer le même engouement markético-médiatique que pour l’ultime album de Brel, Les Marquises (dont le lancement commercial avait d’ailleurs provoqué l’ire de l’exilé insulaire), il n’en constitue pas moins un événement considérable dans le monde de la chanson française. Pensez : le dernier des trois B, comme disait Jacques Canetti (Brel, Brassens*, Béart), nous revient avec douze chansons inédites (douze + une en version courte, notez bien : à l’ancienne, comme dans les 33 tours, alors qu’il en avait bien d’autres en réserve)… quinze ans après son précédent opus ! Toujours aussi jeune dans la tête, toujours aussi souriant et savoureux dans l’expression, bien que mordant dans le fond, avec une voix incroyablement intacte et des mélodies dont il a le secret et qui font qu’une chanson reste dans les mémoires. En l’occurrence, s’agissant de Guy Béart (80 ans cet été), dans la mémoire collective où ses œuvres coulent comme de l’eau vive…

 

Guy Béart– Le Meilleur des Choses

 
C’était au siècle dernier ! Dernier album studio, Il est temps, en 1995 ; dernière « rentrée parisienne » à Bobino (un mois) en février-mars 1999 (suivi d’un double album en public) : entre la date de ce spectacle où il nous avait reçus dans sa loge de Bobino (interview réalisée par Marc Robine) et 2008 où il avait accepté de faire une exception pour Chorus en nous accueillant toute une journée (Marc Legras, ma « Blonde » et votre serviteur), dans son antre aussi extravagant qu’inexpugnable de Garches, il n’avait accordé qu’un seul et unique entretien (c’était pour Le Monde en 2003). C’est dire si l’interview dont nous n’avions publié qu’une partie (onze pages bien denses, quand même, dans un dossier de trente pages comprenant plus de cinquante illustrations !) faisait alors figure de « scoop ».

 Il y annonçait donc son intention d’enregistrer un nouveau disque (« à la maison »), en mettant l’accent sur la difficulté principale à laquelle il était confronté alors : en effectuer le tri final parmi une quarantaine de cahiers remplis à ras bords ! « Depuis huit ans, nous confiait-il, je me suis mis volontairement à l’écart de tous les métiers de la chanson en refusant toutes les propositions de concerts, de disques “best of”, les invitations à la télé où l’on a toujours besoin d’anciens pour raconter, témoigner. Mais je n’ai cessé d’étudier les êtres et les choses, et d’écrire et de composer. Une quarantaine de cahiers de cent pages chacun. En attendant que les choses s’arrangent un peu dans cet univers en grand chambardement. J’ai réécouté toutes mes chansons avec l’impression d’avoir déjà tout dit, tout exprimé des interrogations sur moi-même (Qui suis-je ?), sur les enfants, les adolescents, les adultes, les amours heureuses ou malheureuses, le monde en général… Quoi rajouter ? Je me suis heureusement souvenu, s’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, que selon André Gide “tout a été dit, mais comme personne n’écoute, il faut recommencer”. » 

 

BeartFredMarc

 

Avant de faire un bilan global de sa carrière, de son répertoire et de sa vision du monde, nous étions entrés aussitôt dans le vif du sujet pour en savoir plus sur ce « prochain album » encore hypothétique, vu que parfois l’embarras du choix paralyse l’action. « Autrefois, expliquait-il, quand j’avais une émotion, une idée, je m’y mettais immédiatement puis j’usais la chanson dans mes concerts en la présentant au public en inédit. Dans mes quarante cahiers, il y a des débuts de chansons reprises plus loin, des mélodies précisément datées… Je suis actuellement en train de découper, classer, regrouper… Je m’arrête sur ce qui me paraît pratiquement terminé ou à revoir. L’approche n’est donc plus la même. Je n’ai pas la pression d’une maison de disques qui aurait prévu une date de sortie. Lorsque j’ai commencé à faire une sélection d’une centaine de textes, je me suis dit qu’il me faudrait six mois pour faire le tri. Au bout de deux ans, j’en suis à vingt-cinq chansons terminées. »

Il aura donc fallu à Guy Béart deux ans de plus pour arrêter définitivement son choix et tout enregistrer (at home !), avec des arrangements marqués du sceau de la guitare (Hervé Brault aux guitares et basses électriques, Michel Haumont à la guitare acoustique, Manu Galvin à la guitare slide, outre Nicolas Montazaud aux percussions et Roland Romanelli à l’accordéon et à l’accordina : excusez du peu, seulement des pointures !), que symbolise une émouvante et amusante chanson en mémoire au maître du picking, Marcel Dadi : Pique sur tes ficelles. Et que vous dire, sinon que c’est du bonheur, rien que du bonheur ! Avec, toujours (ou presque), l’espérance folle en point de mire.

Beaucoup d’humour et une écriture jubilatoire qui aurait fait les délices d’un Boby Lapointe : « La planète / Pas très nette / Internette / Intervient / Des loufoques / S’y déloquent / M’y provoquent / Ça qu’est bien / […] Ça fricote / Ça vivote / Mais je vote / Ça qu’est bien / […] Des cohortes / De cloportes / Me colportent / Des potins… » (Ça qu’est bien) ; « Y en a qui nag’nt aux Maldives / D’autres qui ont mal au dos / Certains se jett’nt en eau vive / J’vais au Burkina Faso » (Je vais au Burkina Faso…). De la légèreté dans la forme qui n’empêche pas la satire, loin de là, et même la charge : « La télé toute en lamelles / D’éclairs et d’éclats / Qui te tranchent la cervelle / Comme un coutelas / C’est pourquoi elle s’appelle / Télé Attila », avec au refrain : « Là où elle passe et trop passe / L’esprit ne repousse pas / Le cœur dans ce passe-passe / Passe de vie à trépas » (Télé Attila). Ailleurs (Paix à la guerre), l’ironie fait rire jaune quand elle décline génialement le fameux dicton latin Si vis pacem, para bellum (Si tu veux la paix, prépare la guerre), en version (encore plus) pessimiste : « Mais ça n’est qu’un mauvais rêve / La paix n’est jamais que trève / La poudre est là, au milieu / La paix, c’est la poudre aux yeux ! / Paix à la guerre, guerre à la paix ! » Il est vrai que l’auteur se met dans la peau d’un soldat de fortune : « Hélas nos valeurs se rouillent / Quand personne n’a la trouille / Regardez tous ces civils / Rassasiés dans leurs chenils / Dans la paix, ils la ramènent / Qu’ils attendent la prochaine / Ils nous suivront, tous ces veaux / En chantant cet air nouveau : / Paix à la guerre, guerre à la paix ! »

Un album de jeune homme révolté de 80 berges, qui parle aussi, beaucoup, de l’amour ; comme Brel parlait des Vieux Amants (Ça pourra s’arranger : « Au diable nos chamailles / Nos étés naufragés / Aux prochaines semailles / Ça pourra s’arranger ») ou tirant des leçons à la Brassens (Il faut avoir été « …catin pour être une femme honnête / Il faut avoir été coquin pour devenir ascète »), le tout avec sa patte qui ne ressemble à aucune autre. Quand il chante par exemple Les Amours tranquilles, c’est pour dire exactement le contraire, interprétation orientalisante à la clé (comme pour mieux se moquer de ses rêves pas avouables : « Je rêve d’amours bien chaudes / Je n’ai pas dit torrides / Avec de franches ribaudes / Qui n’ont lu ni Freud ni Ovide », ou à ne pas mettre entre toutes les oreilles : « Je rêve d’amours chatouilles / Pas de salamaleks / Avec des filles qui mouillent / La chemise et le reste avec… ») – une première chez lui qui vient ainsi nous rappeler que sa ville natale n’est autre que Le Caire.

 

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 Et puis des mélodies, en veux-tu en voilà ! Tout ce qui manque (parfois) à la « nouvelle scène » est ici réuni : écriture précise et simple au service d’histoires à caractère universel, sens de la mélodie, interprétation savoureuse... Et, bons dieux de la chanson, quel plaisir ! Ça nous fait du bien comme lorsqu’on est dans les bras d’une personne du sexe…

 Ma préférée ? La chanson éponyme : Le Meilleur des choses, d’une tendresse inouïe et dont le thème – ô miracle ! – n’a jamais été traité, à ma connaissance, dans la chanson. En tout cas pas comme ça. Un titre qui vient resituer à leur juste place, dans ce monde assujetti à l’argent-roi, les vraies valeurs, les seules valeurs qui vaillent, pour l’homme (et la femme) de bonne volonté : « Le meilleur des choses ne coûte rien / Tout ce qui vraiment nous fait du bien / Un rire d’enfant / Un rêve insouciant / Sans rien demander il nous soutient / Le meilleur des choses ne coûte rien / […] Sans les intérêts / À payer après / Avoir partagé l’eau et le pain / […] Un air qui revient / Et chante avec nous dans le pétrin / Le meilleur des choses ne coûte rien… »

Vous savez quoi ? Cet album me redonne une pêche d’enfer pour continuer encore et encore à faire chorus. D’autant plus, « ce sont des choses qui arrivent », disait Prévert, que ce sujet de Si ça vous chante est (pure coïncidence !) le 63e du nom… comme le numéro de Chorus qui comprenait notre dossier spécial en hommage à ce géant de la chanson. Un numéro avec Cali en second dossier (il y avait toujours dans nos « Cahiers de la chanson » un représentant de la « relève » et un artiste des générations précédentes en dossiers), qui – sans savoir que Béart se retrouverait en Une avec lui – nous confiait ceci (en réponse à la question de Jacques Vassal : « Par qui as-tu découvert la musique ? Et la chanson ») : « Tout petit, c’était Guy Béart. Lorsque ma grand-mère me promenait dans ma poussette, elle chantait “Ma petite est comme l’eau…” et il paraît qu’un jour j’ai continué en chantant “Elle est comme l’eau vive” ! Vrai ou légende, c’est parti de là. Et le premier disque qu’on m’a offert, très jeune, a été un disque de Guy Béart. J’aimais beaucoup son tempérament, quand je le voyais à la télévision. Je le trouvais très franc… J’ai bouclé la boucle, d’ailleurs, puisque, pour un disque contre l’illettrisme, j’ai fait une reprise de L’Eau vive… »

CQFD, non ? Notre vie durant, passée au service de la chanson, nous n’avons cessé de montrer que la chanson était une chaîne sans fin dont chaque maillon – plus ou moins brillant – est aussi indispensable à ladite chaîne que celui qui précède ou celui qui suit. Gilles Vigneault nous a dit un jour : « Si l’on veut traverser la rivière du présent, il faut  poser un pied sur la pierre du passé et tenir l’autre prêt à sauter sur la pierre du futur. Sinon, on se retrouve le cul dans l’eau ! » Voilà pourquoi cet album de Béart devrait ne pas passer inaperçu des nouvelles générations d’artistes. Plutôt que de les voir se retrouver un jour « le cul dans l’eau », on leur souhaite en effet de parvenir à toucher aux cimes de l’intemporel comme a su le faire l’interprète de Bal à Temporel.

beart_bestoff.jpgDernière chose, à saluer comme il se doit : alors que RIEN, absolument rien de la discographie de Guy Béart n’était disponible dans le commerce (l’un des grands scandales de ce métier : imaginez ne plus rien pouvoir trouver de Brel, Brassens, Ferré, Trenet, Leclerc, Barbara, Ferrat, Gainsbourg ou Nougaro dans les bacs…), alors que nombre de ses chansons, on le sait, font d’ores et déjà partie de notre patrimoine (Qu’on est bien, Chandernagor, Suez, La Vérité, Le Grand Chambardement, Il n’y a plus d’après, Les Grands Principes, Les Souliers…), un Best of de trois CD est commercialisé en même temps que ce nouveau disque. Vous connaissez maintenant la meilleure des choses qu’il vous reste à faire !

*Brassens qui, malicieux, disait ceci (cf. Chorus n° 63) : « Il y a deux grands auteurs-compositeurs-interprètes au XXe siècle : moi et Georges Brassens ! À part ça, ll y a Guy Béart… »

 

• Le Meilleur des choses, 13 titres (Le Meilleur des choses – Téléphonez-moi quand même – Télé Attila, version longue – Amour passant – Ça qu’est bien – Je vais au Burkina Faso – Les Amours tranquilles – Paix à la guerre – Ça pourra s’arranger – Il faut avoir été – Pique sur tes ficelles – Si je t’ai jetée – Télé Attila, version courte), 44’01 ; Production Bienvenue, distr. Sony Music.

______

NB. Les bilieux diront sans doute que « Béart fait toujours du Béart ». À l’instar de ce qu’on a dit, avec condescendance, à propos du dernier album de Brel. Comme si on demandait à une chienne d’accoucher de chats, ou à un pommier de donner des poires ! On sait depuis ce qu’il est advenu du disque du Grand Jacques, entré pour toujours au panthéon de la chanson française.

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 17:57

Vendanges d’automne (3)

 

Petite entorse à notre « hiérarchie » alphabétique : après deux premières balades dans les vignobles chansonniers des cépages A à D, retour vers la cuve ou plutôt la cave (là où l’on conserve les crus « hors catégorie » !) du B avec un « spécial Brassens* » (et plus, si affinités, via une envolée aussi rapide que « royale » jusqu’au monde du L), actualité oblige… Aujourd’hui, nous avons en effet rendez-vous avec les Amis de Georges !

 

 

LES AMIS DE GEORGES

Brassens.jpgL’actu, d’abord : ce samedi 25 septembre, le gala annuel de la revue Les Amis de Georges se déroule à La Grande Comédie (40 rue de Clichy), avec de nombreux interprètes qui, non contents de faire comme toujours la fête au Bon Georges, vont également chanter Guy Béart, Jean Ferrat, Léo Ferré et Édith Piaf. Parmi ces artistes, certains de ceux que l’on retrouve sur le disque réalisé à l’initiative de l’association et de la revue éponymes : Valérie Ambroise, Canta U Populu Corsu, André Chiron, Eva Dénia, Sandrine Devienne, Joël Favreau, Goun, Bruno Granier, Guénaëlle, La Mauvaise Réputation, La Rouquinante, Les Étrangers Familiers, Les Z’Embruns d’Comptoirs, Jacques Muñoz, Miquel Pujado, Soul’Sens, Jacques Yvart, Yves Uzureau… et notre Serge Llado à nous (oui, oui, celui de « L’Amusicoscope » de Si ça vous chante), s’offrant tout spécialement La Femme d’Hector.

Au final, un florilège brassénien dans le texte, et dans le respect de la forme originale… ou pas : Tonton Georges en versions hip-hop ou folk, ça vaut le détour, tout comme chanté en provençal (André Chiron), en catalan (Miquel Pujado), en anglais (Les Étrangers Familiers, lire ci-dessous) ou en corse (magnifique adaptation et interprétation de La Prière par le groupe historique Canta U Populu Corsu !). Une belle réussite qui annonce un second volume… En attendant, rendez-vous à la Grande Comédie, ce samedi, où l’on retrouvera aussi avec plaisir Marcel Amont qui chantera Brassens et… Amont. Sinon, ce premier CD vous tend les bras, comme la première fille qu’on a…

• Les Amis de Georges chantent Brassens, 19 titres, 62’06 ; Prod. Les Amis de Georges, distr. : 13 av. Pierre-Brossolette, 94400 Vitry-sur-Seine (Site).

 

LES ÉTRANGERS FAMILIERS

Etrangers.jpgVoilà sans doute le disque (un double album) et le spectacle (une coprod’ de l’association rouennaise Les Musiques à Ouïr et de la Scène Nationale de Sète) réalisés à partir du répertoire brassénien sans doute les plus originaux, inventifs… et dérangeants (pour les partisans de l’ordre établi – contraire même à l’esprit anar de Tonton Georges, faut-il le rappeler ? – et du respect scrupuleux du « dogme » originel) qu’il m’ait été donné d’écouter. Étranges, comme le nom de ce groupe composé sur mesure… et pourtant familiers, vu le répertoire en question que l’on a tous et toutes plus ou moins en mémoire, voire sur le bout des lèvres.

Le groupe ? Sept drôles de garnements au chant et/ou aux instruments : Alexandre Authelain, Denis Charolles, Joseph Doherty, Julien Eil, François Pierron… et puis Loïc Lantoine et Éric Lareine ! Le répertoire ? En français dans le texte, mais aussi en anglais (deux titres adaptés et chantés par Joseph Doherty, dont Saturne), en espagnol (La Juana – Jeanne – par Éric Lareine) et même en c’hti avec une adaptation de J’ai rendez-vous avec vous qui, dans le « parlé-chanté » propre à Loïc Lantoine, devient Mi c’hé vous aut’ que j’attinds !

Étrange, ça l’est indubitablement, au plan du chant, plutôt « à l’arrache » (Lareine et Lantoine le plus souvent, ainsi que Charolles, Doherty et Eil, chacun son morceau ou parfois à deux ou bien en groupe), comme des arrangements musicaux, disons jazzy (pour aller vite !). Parfois cela paraît totalement dépouillé, d’autres fois extrêmement riche avec, il est vrai, une ribambelle d’instruments, qu’ils soient traditionnels (guitares, flûtes, saxophones, clarinettes, trombone, contrebasse, percussions, batterie, harmonica, synthé, accordéon…) ou beaucoup moins (« percutterie » et « graviers »). Au final, on revisite la maison Brassens (et certains des poètes qu’il a mis en musique : Hugo, Richepin, Fort, Pol…) de fond en comble, tant dans l’interprétation (parfois seulement parlée, comme pour Hécatombe) que dans les mélodies.

 

 

Vous l’aurez compris : si vous êtes du genre néo-classique (voire un rien atrabilaire), pour éviter d’en faire une jaunisse, mieux vaut passer votre chemin ; en revanche, si vous appréciez les recréations (qui, réussies, nous font de belles récréations tout en contribuant à maintenir vivant le patrimoine) et… si vous avez un tant soit peu le goût du risque, ce Salut à Georges Brassens est fait pour vous. Même si, sans doute, un tel travail porte davantage ses fruits en scène (à noter que dans la vidéo présentant de brefs extraits de ce spectacle, Éric Lareine porte une moustache de circonstance !) : « Soirée magique, témoigne un spectateur, “inconditionnel du moustachu”, qui m’a fait voguer du rire aux larmes, où mon seul désir fut que cela ne s’arrêtât jamais. Larmes d’émotion en buvant les mots de Loïc Lantoine soulignés par ces traits de contrebasse, […] larmes de rire avec cette interprétation fantastique par le corps et par la voix d’Éric Lareine… »

Mon choix perso dans tout ça ? Sans exclusive, La Supplique… fabuleuse version lantonienne (« Place aux jeunes, en quelque sorte » !), La Religieuse déshabillée par Éric Lareine, à l’aide d’une guitare cristalline puis d’un harmonica orgasmique (« Encore, encore… »), et Le Vieux Léon en chant nord-sud (Lantoine le Lillois, Lareine le Toulousain) mâtiné d’une touche britannique avec Joseph Doherty : émotion garantie ! Mais aussi deux « bonus » apparemment hors sujet : La Romance de la pluie (de Hornez/Stern et Meskiel) par Lareine, et Presque oui de Jean Nohain et Mireille également en duo Lantoine-Lareine. Bref, comme l’indique la première de ces vingt-sept chansons, Il suffit de passer le pont

• Un salut à Georges Brassens, double CD digipack quatre volets, 15 titres, 53’21 + 12 titres, 53’58 ; Prod. Label Ouïe, distr. Anticraft (Site).

 

ÉRIC LAREINE

Lareine.jpgÔ Toulouse ! Ces dernières années, Éric Lareine (grand ami et compagnon de galère de Mano Solo) les a passées loin de sa ville natale. Cinq ans outre-Loire « engagé volontaire dans la “Campagnie” des Musiques à Ouïr » fondée par Denis Charolles (voir ci-dessus). Cinq ans et cent cinquante concerts en trois créations, dont celle consacrée à Brassens. Aujourd’hui, Éric est de retour à la maison où il a trouvé trois musiciens, frais émoulus de l’improvisation jazz, habiles artisans « d’un rock de décharge » : Frédéric Cavallin (batt., percussions), Frédéric Gastard (saxophone basse, claviers), Pascal Maupeu (guitares électriques). Comme ils pourraient être ses fils, Éric (le roi ?) s’est marié avec Lareine pour former un groupe avec « leurs enfants ». Avec un album – de tout premier ordre – à la clé.

Éric Lareine ? Encore un qui se fait bien discret (à son corps défendant) dans les grands médias. Lui aussi est pourtant une pointure, incontestable, de la chanson. Un… enfant de la « Génération Chorus » (vous savez, ce que la télévision a nommé finalement « la nouvelle scène »… à laquelle elle refusait obstinément l’accès à ses plateaux, pendant que Chorus, dans les années 1992 à 2000, remplissait sans faillir et sans relâche sa « mission » de découverte de nouveaux talents). Lareine était en effet au sommaire de Chorus (un « Portrait » d’une double page) dès son n° 1, il y a exactement dix-huit ans, presque jour pour jour ! « Ambulancier en maraude ou danseur de soleils italiens, étrange joueur de mots et rocker réaliste, ce prince de la scène lance de nouvelles pistes, un peu sauvages, pour la chanson », écrivait alors notre excellente amie et collaboratrice Pascale Bigot.

Qui poursuivait ainsi, ayant tout saisi d’emblée du personnage : « Marin perdu en terre, vacillant et fragile, entre un clavier sage et un batteur fou, […] beau, sombre et maigre, visage aigu, voix écorchée, un sourire comme une morsure douce. Dansant son “rock réaliste” dans une transe, confiant à son harmonica une plainte suspendue, passant du cri au chuchotement, il lance des filins ténus, souffle retenu, entre lui et nous. Du grand art ; l’extrême tension d’un déséquilibre apparent et permanent, la réalité maîtrisée d’un long travail complexe et d’une personnalité peu commune, déroutante, dérangeante. »

 

 

Du grand art, oui. Tout était dit dans cet article. Et même pressenti… jusqu’à ce nouvel album (en 1992, le premier, Plaisir d’offrir, joie de recevoir, venait juste de sortir), tellement sa personnalité est apparue insaisissable, tout ce temps, à l’establishment médiatique… Ce disque lui permettra-t-il enfin de se faire connaître à sa juste valeur d’un public autre que celui des (grands) passionnés de chanson ? C’est pour le moins à souhaiter, tant il échappe à la production courante, tant il est original, personnel, émouvant, emballant, enthousiasmant. Pas dans la norme, quoi. Et c’est bien pour ça, hein, hélas… De toute façon, l’artiste s’en moque, qui trace sa route sans se soucier des contingences, en donnant le meilleur de lui-même, ce qu’il a de plus profond en lui et d’« urgent » à exprimer.

En l’occurrence, « une musique de chambre électrisée comme une cage de Faraday, un combo pour le sens et la liberté, pour les mots pour le dire ; des paysages inventés, parcourus de créatures mythiques, mi-pop mi-rock, et de guitares environnementales. Des bois, des fûts, des lames percutés de plein fouet par une voix qui conte, murmure et hurle ». Une voix qui conte, crie et chante comme si elle devait s’éteindre demain, mais surtout, même étouffée, même inaudible au plus grand nombre par la pression de la consommation de masse à tout crin, une voix qui compte depuis longtemps, et pour longtemps encore, dans la chanson française.

(NB. La vidéo de Beauté, chanson que l’on retrouve sur cet album, a été enregistrée lors du « premier jet » de son nouveau spectacle, le 21 février 2009 à l’Espace Croix-Baragnon de Toulouse. Signalons aussi, à l’attention particulière des Parisiens, le concert d’Éric à l’Alhambra ce 29 septembre puis au FestiVal de Marne le 15 octobre. Autres dates de concerts sur son site).

• Éric Lareine et leurs enfants, 10 titres, 40’15 ; Les Productions du Vendredi/Le Chant du Monde, distr. Harmonia Mundi (Myspace).

(À SUIVRE)

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*À noter que « L'Intégrale Brassens », manifestation annuelle organisée à Paris depuis 2006 par l’association « Le Grand Pan » (et qui, comme son nom l’indique, a pour objet la reprise du répertoire de Brassens par différents interprètes), se tiendra cette année du samedi 16 au dimanche 24 octobre, à la salle Rossini de la mairie du 9e arrondissement (6 rue Drouot, Métro Richelieu-Drouot). Avec, en « supplément de programme » samedi 16 à 19 h 30, avant l’ouverture de la manifestation proprement dite (qui a lieu uniquement en soirée à partir de 20 h et le dimanche à 17 h), un spectacle en « Hommage à Jean Ferrat », avec Francesca Solleville. Une exposition de photos de Brassens par son amie Josée Stroobants est présentée dans le hall où auront lieu des signatures de livres. Détail du programme et infos pratiques sur le site de l’association. Précisons enfin que cette 5e édition est dédiée au comédien Pierre Maguelon, dit « Petit-Bobo », qui était un grand ami de Brassens et l’a rejoint, emporté par la Camarde, en juillet dernier.

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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