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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 20:18

L’écrivain de marine

 

Le 17 juillet dernier disparaissait Bernard Giraudeau, à l’âge de 63 ans. Les médias se sont aussitôt et largement fait l’écho de l’émotion générale, tant ce comédien-metteur en scène, également grand voyageur et ardent défenseur des droits de l’Homme à travers le monde (quitte parfois à se faire expulser), était apprécié. Le professionnel mais aussi l’être humain, surtout depuis qu’il avait choisi de rendre public son cancer – face auquel il a montré un courage extrême, dix ans durant – pour mener avec d’autant plus de force et de crédibilité son combat de sensibilisation de l’opinion et des pouvoirs publics. On me permettra d’ajouter à ces hommages mérités (mais parfois un peu convenus) quelques souvenirs et commentaires personnels (sait-on qu’à ses débuts sur scène, ce natif de La Rochelle se fit chanteur dans une comédie musicale ?) sur cet artiste tout-terrain qui, comme le dit la chanson, était juste… quelqu’un de bien.  

 

 

Ces mots de la chanson de Kent, popularisée par Enzo Enzo, Juste quelqu’un de bien, se sont imposés à moi, spontanément, quand j’ai appris la mort de Bernard Giraudeau. À la peine qu’on fait sienne chaque fois que la Camarde choisit de nous priver, précisément, de quelqu’un de bien, s’est ajouté un vif regret personnel : celui de n’avoir pas pu le rencontrer depuis mon séjour dans la corne de l’Afrique en janvier dernier (voir « Ballade en mer Rouge »). Je m’étais en effet promis de lui donner des nouvelles récentes d’un ami mien (retrouvé sur place après trente ans à voguer sur l’océan sans fin du mot et de la note entrelacés) qui lui servit de guide à Djibouti fin 2005-début 2006, de lui montrer des photos prises ensemble, de converser avec lui de Rimbaud et Monfreid, de parler chanson bien sûr… et surtout de lui dire mon admiration pour l’écrivain magnifique qu’il était devenu. 

 

 

À toutes ses facettes d’homme de scène et de cinéma qu’on connaît bien (souvenez-vous de son rôle en 1984 dans Rue Barbare, de Gilles Béhat (avec cette chanson de Lavilliers qui lui allait si bien : « Je prends la tangente / Y a p’t’être un ailleurs ? / Un accord majeur / Plus loin du malheur / Partir… »), il avait en effet ajouté ces dernières années celle d’écrivain à la plume océane. Le Marin à l’ancre en 2001, Les Hommes à terre en 2004, Les Dames de nage en 2007 – des titres éloquents (tous aux Éditions Métailié) rappelant l’adolescent qu’il fut à La Rochelle, épris d’ailleurs lointains, qui n’hésita pas à s’engager à 16 ans (père absent et air du large aidant) dans la marine nationale – et surtout, surtout, en 2009, Cher amour qui lui valut la reconnaissance unanime de la critique… et le Prix Pierre Mac Orlan.

Un livre où il raconte, enfant émerveillé de London, Conrad, Melville et autres Kessel ou Hugo Pratt (mais avec un réalisme brut et une lucidité sans concession sous une écriture de velours), ses voyages récents en Amérique latine, en Asie et à Djibouti, que d’aucuns, dans les médias, estimèrent imaginaires. Je savais bien, moi, subjugué en juin 2009 par son sublime récit sur Djibouti, qu’il ne faisait que retranscrire la réalité, sous le filtre littéraire du « roman ». Ses lignes sur le lac Assal, le Goubet, Tadjoura, Rimbaud, Obock, Monfreid, le drame de l’infibulation aussi… résonnèrent si profondément en moi qu’elles me donnèrent l’envie de poursuivre le dialogue en direct avec l’auteur, sans savoir encore que mes pas s’inscriraient bientôt à nouveau dans les siens, comme une trentaine d’années plus tôt, dix ans déjà après lui… Mais, chaque chose en son temps, reprenons par le commencement.

 

Attention fragile

Deux tours du monde sur la Jeanne d’Arc, entre 18 et 20 ans (dont une première escale à Djibouti), et quelques petits métiers plus tard, Bernard s’inscrit au Conservatoire national d’art dramatique de Paris. Un premier prix en poche, il joue Arrabal, Kleist et Giraudoux au théâtre, incarne à l’écran le fils de Jean Gabin (Maintenant je sais…) dans Deux hommes dans la ville (1973), de José Giovanni. Cinéma et théâtre, théâtre et cinéma, il n’arrêtera plus. La chanson pourtant, qu’il adore, le taraude, le tente si fort qu’il va jusqu’à y céder via une comédie musicale qu’il adapte et joue avec sa compagne Anny Duperey en 1977 à Paris, au Théâtre Saint-Georges (et en 1978 en tournée en France, en Belgique et en Suisse), Attention fragile.

Un beau spectacle, alliant chant, danse et comédie, dont il ne reste que peu de chose aujourd’hui (le 33 tours éponyme sorti en 1978 est sûrement introuvable), si ce n’est un court reportage réalisé à l’époque par le JT* de la première chaîne de télévision française : on y voit Anny et Bernard en répétitions, travaillant un pas de danse, chantant en solo ou en duo, et parlant de leur complicité, de leur exigence mutuelle et des difficultés rencontrées pour monter ce spectacle. Je vous invite à visionner ici ce document aussi instructif que passionnant. Car qui se souvient (sauf bien sûr les heureux spectateurs d’Attention fragile) que Bernard Giraudeau s’était ainsi essayé à la chanson ?

 

 

Vingt ans après ou presque, en 1996, l’acteur étant devenu metteur en scène de cinéma avec Les Caprices du fleuve, superbe réussite sur tous les plans (notamment pour son message humaniste et sa beauté formelle), j’avais demandé à notre regretté collaborateur François-Régis Barbry de lui consacrer une « Mémoire qui chante » (la rubrique de Chorus qui permettait de montrer que la chanson concerne absolument tout le monde, à tout âge de la vie, quelque fonction sociale qu’on exerce), et voici ce que Bernard Giraudeau avait répondu à la question « vous avez chanté vous-même ? » : « Oui, dans une comédie musicale que j’ai jouée avec Anny Duperey, Attention fragile, qui était une sorte de fresque sur la vie d’un couple, de la rencontre jusqu’aux vieux jours. J’ai pris des cours (de chant) avec Jean Lumière, mais je ne suis pas un bon chanteur. À l’expérience, je me suis aperçu que chanter est un vrai métier auquel il faut accorder tout son temps et toutes ses forces si on veut parvenir à quelque chose. Et puis il faut être doué ! En l’occurrence, je le suis plus comme auditeur que comme praticien. »

Perfectionniste, Giraudeau était sans doute trop dur avec lui-même, ou simplement trop modeste. Ce fut en tout cas la croisée des chemins pour cet artiste-né, amoureux de la musique. Pour celle de son film qui se déroulait au XVIIIe siècle, en « SénéGambie », voici ce qu’il nous confiait alors [cf. Chorus 16, été 1996] : « J’avais imaginé mon clavecin au bord du fleuve, le théorbe marié à la kora, la voix du contre-ténor enveloppée du chant des femmes et des plaintes d’esclaves étouffées par le ressac. René-Marc Bini [le compositeur] a précédé l’aventure, composant ce que je rêvais d’entendre… La musique est ainsi qu’elle nous lie. »

Et à notre collaborateur qui s’étonnait du culot de placer sur un pied d’égalité le clavecin de Couperin et les tambours mandingues, il expliquait : « C’est tout l’intérêt du regard que nous pouvons porter aujourd’hui sur un tel sujet : la tolérance de la différence et, même, de la fusion possible entre des éléments qu’on croyait naguère contradictoires… Écoutez ce que l’on parvient à faire aujourd’hui dans ce que l’on appelle la world music. Loin de moi l’idée d’affirmer que toutes les tentatives sont réussies, mais certains musiciens sont parvenus à de véritables chefs-d’œuvre. L’audace du compositeur René-Marc Bini participe de cette création à l’échelle du monde et du grand répertoire : violon ou balafon ? Violon ET balafon ! Vive le métissage ! »

Que disais-je, déjà, en début d’article ? Juste quelqu’un de bien… 

 

 

Sans avoir bénéficié de la moindre éducation musicale, Bernard fit preuve assez tôt de goûts musicaux aussi larges que pertinents : « J’ai été fasciné par les voix du bout du monde, celles des Philippines, et aussi par la musique des Andes : la kena et le charango ont pour moi la magie du voyage immédiat. » Beatles et Stones, « bien sûr » côté anglo-saxon, Bix Beiderbecke versant jazz… Et la chanson française ? « Je ne vais pas briller par l’originalité, avouait-il, mais je possède en moi un profond attachement pour les supergrands que sont Jacques Brel, Léo Ferré ou Georges Brassens. »

 

Giraudeau_chorus.jpg

 

Peut-être, notait François-Régis Barbry, parce que, déjà attiré par le verbe et la scène, il y trouvait des répertoires bien écrits, proches de la poésie, et parfois du théâtre ? « Pas spécialement, précisait Giraudeau en connaisseur, la chanson est un genre à part, qui se suffit à lui-même… et n’a nul besoin de faire référence à la littérature ou au théâtre. C’est vrai que lorsque Ferré met une musique sur des vers d’Aragon et que cela donne Est-ce ainsi que les hommes vivent, on est à la fois devant un poème magnifique et une chanson remarquable. Mais quand Brassens interprétait Je suis un voyou, c’était du grand art. Et quand Renaud, aujourd’hui, reprend son répertoire, c’est toujours du grand art, ça n’a pas pris une ride.

« Et puis, poursuivait-il, il y a aussi le chanteur en scène. Lorsque Jacques Brel chantait, cela devenait une dramaturgie tout à fait saisissante. De l’homme déchiré de Ne me quitte pas au peintre naturaliste de Ces gens-là, quelle présence ! J’étais à l’Olympia le soir où il a créé Amsterdam : pouvait-on se douter, en pénétrant dans la salle, qu’il allait nous bouleverser autant avec cette chanson de colère, d’invective et de désespoir ? La puissance d’une chanson ! On pourrait en parler pendant des heures… » Les générations suivantes ? « Il y a chez Alain Souchon ou chez Michel Jonasz un véritable témoignage sur l’état d’esprit collectif de cette fin de siècle. Leur désillusion, leur ironie procèdent du regard intelligent qu’ils portent sur la vie actuelle. Ils remettent les choses à leur vraie dimension, avec talent. Et dans ce rap qui occupe tant nos enfants, il y a, chez MC Solaar, de vraies tentatives au niveau des textes, une création originale qui va plus loin, je crois, que les effets d’une simple mode… »

 

L’aventurier du verbe

Les textes, le sens, Bernard Giraudeau allait bientôt s’y adonner lui-même, s’y colleter de près, et plus seulement comme interprète : scénariste déjà, il se lançait totalement dans l’écriture au seuil du nouveau siècle avec les romans déjà cités, mais sans exclusive de genre. Sans frontières toujours : en 2002 il publiait pour la jeunesse Les Contes d’Humahuaca, puis en 2005 une nouvelle, Holl le marin, dans un ouvrage collectif (Nos marins) des « Écrivains de Marine » qu’il venait de rejoindre… juste avant d’embarquer pour une redécouverte – quarante ans après et sur le même navire ! – de Djibouti. « Vous ai-je annoncé que je venais d’être nommé écrivain de marine ? racontait-il à son Cher Amour (Éditions Métailié, mai 2009). C’est une étrange promotion pour un ex-quartier-maître mécanicien, je deviens capitaine de frégate. Assimilé, s’entend. J’ai la possibilité de naviguer, selon disponibilité, sur un navire de la marine nationale. J’ai une petite fierté que vous comprendrez, même si elle peut paraître enfantine. […] Je vais donc embarquer sur un navire avec lequel j’ai déjà fait deux fois le tour du monde. Il y a une place à bord pour moi entre Tunis et Djibouti. […] Douze jours avec des prolongations sur Djibouti qui est un peu le but de ce voyage. […] Cette fois je ne descends pas au poste 8. On m’accompagne là-haut, près du Pacha. Je veux dire le commandant. Quel privilège. Écrivain de marine, officier supérieur, pas si mal, madame. Capitaine de frégate littéraire, mais tout de même… »

 

Assal.jpg   

Dans « Ballade en mer Rouge », je vous parlais de la Porte des larmes, de Tadjoura la blanche, du poète d’Une Saison en enfer, du fabuleux lac Assal… dont je citais la description qu’en faisait un personnage de Fortune carrée. De tout cela, Bernard Giraudeau fit à son tour, après Monfreid, Kessel ou Albert Londres, des pages d’une beauté sublime. Jugez-en par ces quelques extraits : « Nous venons de passer le détroit de Bab El-Mandeb, la porte des larmes, bonjour le golfe d’Aden. Au loin Djibouti, des grues, de grands réservoirs, des montagnes pastel. Quarante ans après, c’est l’inconnu. […] Rimbaud et Monfreid ont écumé ce golfe et les lèvres du désert. J’attends mon tour pour aller voir les laves noires et le sel éblouissant, je vais marcher sur la blancheur des cristaux, retrouver des traces inutiles, voir où tu créchais, Arthur, et contempler ceux que tu as cloués aux poteaux de couleur. La tempête a béni mes éveils maritimes, plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots.

« […] Le lendemain, Emo m’attend devant la résidence, il est de ceux qu’une jeunesse curieuse a conduits ici et qui, tombés amoureux du pays, y sont restés. Racines fragiles qui avaient trouvé dans le sable apparemment stérile des Somalies de quoi faire pousser une autre vie. Emo a beaucoup d’histoires à raconter. Ce Français italo-grec connaît les plis du désert mieux qu’un Afar ceux du chalma des femmes. Il parle d’histoire, de géologie, d’un certain commandant Cousteau qu’il n’a pas trop apprécié, des gens d’ici, de cette terre qu’il aime et de cette beauté âpre qui le fascine toujours. »

Arrêt sur image à propos d’Emo. Notre ami Emo ! Comme Bernard s’adresse à Mme T. dans son ouvrage, je parlerai seulement d’Emo P. L’un des grands personnages de ce bout du monde oublié des dieux, à la beauté infernale (« 45° à l’ombre, m’avertit un jour Haroun Tazieff, crapahutant de concert avec lui vers un volcan nouveau-né, l’Ardoukoba, à deux pas d’Assal, sauf qu’il n’y a pas d’ombre »), dont il aura été toute sa vie un défricheur inlassable : Assal ? Il y a marché au fond, à plus de 150 m sous le niveau de la mer, en scaphandre, les pieds lestés de plomb dans une eau à 30 gr de sel par litre ! Les pistes actuelles du territoire (dont celle, devenue route nationale qui contourne le golfe et vit la caravane de Rimbaud quitter Tadjoura, avec ses fusils de contrebande, pour le royaume de Ménélik), c’est lui qui, la plupart du temps, les a tracées dans la lave, le sable, les oueds et la roche, à force de les sillonner. Les secrets de la mer Rouge ? Qui les connaît mieux que lui désormais ? Il a exploré tous les fonds, admiré toutes les merveilles, se faufilant parmi les requins curieux mais pacifiques ou nageant avec les dauphins et les majestueuses raies mantas, au large de ces îles où Monfreid cachait ses ballots de haschisch… Le livre d’Emo P., qui reste à écrire, serait le plus passionnant des romans d’aventures… vécues.

À la joie de nos retrouvailles s’ajouta chez lui le bonheur d’apprendre que Bernard Giraudeau avait publié un récit où il parlait de lui. Souvenirs complémentaires de ces jours et nuits passés avec le comédien-baroudeur, beaucoup de tendresse aussi et une admiration affichée devant sa volonté d’aller toujours de l’avant malgré la présence de compagnons impossibles à semer (« Chaque jour, il prenait une batterie de comprimés… »). Un message, enfin : « Il faut lui dire qu’on se connaît depuis longtemps, qu’on a souvent vadrouillé ensemble, il faut lui montrer nos photos de l’époque et celles d’aujourd’hui. Lui dire aussi que j’aimerais recevoir son livre… » Pour le livre, pas de problème, notre ami BBR, responsable du centre culturel Rimbaud, allait s’en charger. Pour le reste, j’ignorais évidemment que la Camarde s’empresserait à ce point de remplir son triste office. Bernard G. n’aura pas eu ce dernier signe d’amitié d’Emo P., il n’aura jamais vu ces photos, et je m’en veux, je suis sûr que ça lui aurait fait plaisir, j’aurais dû le joindre dès mon retour.

Emo, lui, a aujourd’hui bien plus que l’âge de la retraite – qu’il ne prendra qu’au jour de son ultime sortie – et accompagne toujours volontiers, comme un éternel gamin (tel Graeme Allwright, un temps « De passage » à Djibouti ainsi qu’Antoine le globe-flotteur, également ami de cette figure locale incontournable), sur terre ou sur mer, les hôtes de marque de ce pays, du moins ceux qui n’ont pas froid aux yeux. Le reste du temps, Emo P., secondé par son fils, le passe dans son atelier de la presqu’île du Héron à rafistoler des 4x4 ou des hors-bord : toujours sur la brèche, toujours les mains dans le cambouis, dans la vraie vie ; toujours prêt à prendre la piste ou à fendre la houle. On ne se refait pas.

 

Tadjoura.jpg   

« Djibouti, écrit plus loin Giraudeau, ce n’est pas Los Angeles, on en est vite sorti et c’est tout de suite Grand Bara, le désert comme une plage à marée basse. Piste cahoteuse qui se perd dans les dunes, oueds asséchés, antilopes comme la lumière, vives, émouvantes, les digs digs. Il n’y a plus de traces, rien. Emo n’a que de rares hésitations pour prendre le cap. Il rejoint des villages échoués sur des îlots sans rive. […] Embarquement pour Tadjoura sous un ciel de traîne mauve. Sous le sublime, le carnage. Des oiseaux s’affolent sur des bouillonnements, c’est la curée. Une chasse impitoyable. Les dauphins se régalent de sardines et les mouettes s’engueulent pour le partage. Les prédateurs de la mer sont au boulot. Je n’en ai jamais vu autant. Ils sautent dans le rougeoiement des vagues, traversent les arceaux de lumière, un instant suspendus, et retombent dans le blanc de l’écume, c’est presque insupportable de bonheur. Tadjoura la blanche en vue. […] Rimbaud a débarqué là. L’éternité c’est la mer mêlée au soleil, disait-il. Il est venu ici pour cela, peut-être. C’est comme sur la photo, un front de mer bordé de commerces aux façades décrépies et rendu à l’Afrique de l’Est, à l’aridité du désert. […] Pas de traces d’Arthur, rien, une masure sans preuve et pourtant il a vécu ici, le poète, reconverti dans le commerce et la contrebande. Peut-être avait-il médité sur ce que disait Flaubert, que la célébrité la plus complète ne vous assouvit point et que l’on meurt presque toujours dans l’incertitude de son propre nom à moins d’être un sot. Épictète fut sa dernière lecture : Si tu cherches à plaire te voilà déchu. »

Magnifique, non ? « Sous le sublime, le carnage » ! Giraudeau a hissé les voiles au seuil d’une seconde carrière de toute beauté. Écrivain de marine ? Promis au long cours (et au Goncourt ?), il restera à jamais un auteur fulgurant. Dans tous les sens du terme. Je cite à nouveau, tellement c’est beau. Presque plus que la réalité, aussi beau en tout cas et ce n’est pas peu dire. Le voici comme Kessel face au lac Assal, fasciné par ce diamant dans sa gangue : « Bientôt la banquise de sel ourlée de vert. Il y a des bandes de lave noires, un chaos de déchirures, un chantier gigantesque, guerre atomique, cendres, laves effritées, blocs en éboulis sombres, terre âpre, cristaux acérés de sel et de quartz, de mica et de schiste. Le lac est un œil grand ouvert, une immense pupille bleu marine, bordée d’un liseré émeraude et d’une paupière de neige, dans une orbite de cristaux enfoncée à cent cinquante mètres au-dessous du niveau de la mer. Étrangement beau et désolant. Impressions de crainte et d’éternité. […] Piste difficile dans ls croûtes effondrées. La pioche d’un géant fou a défoncé le sol pour un sublime spectacle, un autre monde. Le volcan Ardoukoba domine à la fois le lac Assal et la mer. L’inimaginable est dans cet acacia et l’herbe au creux de la lave, cette gazelle fauve qui se sauve dans le contre-jour avec une poussière de cendre sous les sabots. Il y a des vapeurs au-dessus des failles, une haleine brûlante… »

 

 

Il est aussi question, dans Cher Amour, du Brésil, du Chili, des Philippines, du Cambodge… et de Paris, de répétitions théâtrales entre deux départs. Le tout est de cette même veine. Et de l’auteur à l’orateur, il n’y avait pas loin, comme on le constatera dans cette vidéo du 23 juin 2009, prise à la librairie Dialogues de Brest, où il rencontrait ses lecteurs, à l’occasion de la parution de Cher amour (chez Métailié, je le répète). Écoutez-le lire des extraits, écoutez-le parler du désespoir…

« Bernard René Giraudeau, acteur, réalisateur, producteur, scénariste et écrivain français, né le 18 juin 1947 à La Rochelle, en Charente-Maritime, est mort d’un cancer le 17 juillet 2010 à Paris. » Entre les deux dates de cette notice nécrologique, toute une vie de passions, d’amours et de combats. Et un dernier rappel triomphal : nommé « Écrivain de Marine » le 29 octobre 2005, ce petit-fils de cap-hornier embarquait peu après sur le porte-hélicoptère Jeanne d’Arc avec lequel il avait déjà fait deux fois le tour du monde quarante ans auparavant. En témoigne ce livre, Cher Amour, dont un critique littéraire a dit : « l’ouvrir c’est partir ». La simple histoire de quelqu’un de bien. Juste quelqu’un de bien.

 

*On remarquera que le présentateur de ce JT n’était autre que Dominique Baudis, futur président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, mais aussi futur maire de Toulouse : celui-là même qui marierait Hélène et Claude Nougaro en avril 1994 ! Comme le chantait ce dernier, la vie est une Comédie musicale

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Hommage
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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 18:06
Parodie 

 

Juste pour rire (comme on dit à Montréal) ou au moins sourire, voici – en présence de l’intéressé, SVP ! – une petite curiosité chansonnière : un hommage en forme de patchwork parodique à l’auteur de Nougayork.

 

 

Cela se passait le 24 mars 1987 sur Antenne 2 dans Le Théâtre de (Philippe) Bouvard. Parmi les interprètes débutants de ce Nougaro patchwork, on reconnaîtra le grand brun moustachu (à la droite de Jean-Jacques Delaunay, Maria Saint-Paul, Jean Martiny et Marcel Philippot) : un certain… Serge Llado, bien connu désormais (notamment des auditeurs de Laurent Ruquier et des lecteurs de Si ça vous chante), à qui l’on doit l’écriture de ces textes parodiques. Exercice peu aisé à oser, on en conviendra, que de détourner ainsi les versions originales de grandes chansons devant leur géniteur, visiblement aussi interloqué que touché par « tellement d’affection »...

   

 

Nouvelle occasion, en tout cas, de retrouver le génial artiste lui-même dans ses œuvres, avec deux vidéos d’archives de 1966 et 1968 : Bidonville, l’une de ses chansons les plus reprises aujourd’hui (« Donne-moi ta main, camarade / J’ai cinq doigts, moi aussi / On peut se croire égaux… ») en forme de clip avant l'heure, et un « live » en couleur (extrait d'une émission de télévision) de son fameux et très personnel Paris Mai, où le chanteur des années 60 anticipe le rappeur des années 2000 (n’est-ce pas, cher Abd Al Malik ?).

 

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Published by Fred Hidalgo - dans En bref et en vrac
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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 17:33
Tisseur de temps, fileur de liens, lieur de gens*…

  

Son précédent album, Même pas foutus d’être heureux, était un bel objet – ce que l’on appelle un CD-livre (en l’occurrence un double CD avec d’une part ses nouvelles chansons et d’autre part un choix de textes de Jean Richepin, son poète de prédilection, qu’il a mis en musique), – mais chez lui le contenu prime largement sur l’écrin. Sa moisson chansonnière 2010 se présente cette fois sous la forme inverse, celle d’un livre-CD (à savoir un vrai livre, avec un florilège de ses chansons et textes, complété discrètement, sous le rabat de la 4e de couverture, du CD éponyme) : La Lune entre les dents est le septième album (mais huitième CD en comptant le double) de Rémo Gary. Un auteur-compositeur-interprète qui, les « initiés » le savent, joue dans la cour des grands.  

Gary_livre.jpg

 

Avant que de renaître à la scène sous le pseudonyme de Rémo Gary, à la ville Rémi Garraud, natif du Beaujolais installé très tôt en Franche-Comté, comptait déjà trois albums à son actif (le 30 cm Archives en 1983, la cassette Un Bizet sur la touche en 1989 et le CD Desideratum en 1989). Mais le papillon n’a vraiment quitté sa chrysalide qu’avec L’Appel du petit large (produit par le label Moby Dick d’un ancien autant qu’avisé collaborateur de Chorus, Noël Balen). Pour rappel, suivront La Rue du monde (1998), 14 (2000), Quand le monde aura du talent (2003), Le Petit Matin (2005) et Même pas foutus d’être heureux (2007), évoqué ci-dessus (avec un livret de 40 pages illustré par Tardi), où il rassemble sous ce titre ses créations du moment et se fait « Client chez Richepin » dans le second, Dans la rade des lits, avec entre autres (et bien sûr pour la première fois) l’intégrale des Oiseaux de passage, sur la musique originale de Brassens. Un sommet… parmi d’autres, tant ce diable d’homme est béni des dieux : au commencement était le Verbe, paraît-il ; avec Rémo Gary il est omniprésent, du début à la fin de son œuvre.

 

Gary_portrait.jpg

Car c’est une œuvre, à l’évidence, qui se bâtit devant nous, dans le silence persistant des grands médias qui, comme avec un Leprest par exemple, ont le chic aujourd’hui de passer à côté du meilleur de la chanson d’auteur quand celle-ci n’a pas l’heur de plaire instantanément, sinon au « grand public » (puisqu’il ignore jusqu’à son existence), du moins aux programmateurs pour lesquels poésie chantée et indices d’audience sont antinomiques. Notre ami Jean-Michel Boris, pourtant l’un des professionnels français les plus consciencieux et toujours en quête – de façon désintéressée – du talent en herbe, après quatre décennies à côtoyer les plus grands à la tête de l’Olympia, a dû patienter jusqu’à 2008 pour écouter enfin Rémo Gary. « Je viens de recevoir votre dernier CD, s’empressait-il alors de lui écrire ; ça fait quinze ans que je n’avais pas entendu une écriture pareille. J’ai honte d’être passé à côté de ça pendant que je travaillais… »

 

Rémo Gary – Commencement

 

Côté écriture (et inspiration, car si Rémo Gary fait dans la dentelle, il ne fait pas pour autant dans la poésie gratuite : il polit ses vers comme un Pablo Neruda affûtait les siens, en plaçant toujours l’humain au-dessus de tout), je ne résiste pas au plaisir de vous proposer l’un de ses textes emblématiques ; histoire de savoir de quoi l’on parle. Cela s’intitule Le Petit Matin, du titre de son avant-dernier album avant La Lune entre les dents :

LE PETIT MATIN

À l’heure où juste avant l'aurore
L’araignée de nuit tisse encore
La toile noire de son drapeau
Voilà que passe l’inventaire
De la galerie de la Terre
La rue s’est réveillée très tôt

[Refrain:]
On a espéré le Grand Soir
Bonsoir
À nous
D’inventer le petit matin
Mutin
Pas chagrin du tout !

Notre révolution boutonne
Et ceux qui viennent de Lisbonne
Ont des œillets aux boutonnières
Y a les primevères de Prague
Notre terrain d’entente est vague
Des poings serrent des roses trémières

[au refrain]

Y a pas de soldat, pas de troupe
Y a des têtes de rois qu’on coupe
Sans aucune méchanceté
Y a plein d’intifadas faciles
Des cailloux contre des fossiles
Des lois par-dessus le marché

[au refrain]

Les souvenirs de vieux stratèges
Viennent hanter notre cortège
Y a Proudhon, Jaurès, et Babeuf
Et c’est avec ces références
Que l’on fera de préférence
Mille sept cent quatre-vingt tout neuf

Nous sommes humains de toutes sortes
On casse des murs et des portes
Y a pas de mot d’ordre, les cris
Les slogans, c’est des pièces uniques
Ça n’empêche qu'on revendique
Tout ce que l’autre aura aussi

[au refrain]

Sous les pavés, c’est formidable
Il y a de nouveau du sable
Dont on ne fait pas les châteaux
Comme tout se démocratise
On chante le temps des merises
Qui suffiraient sur nos gâteaux

[au refrain]

Dans la rue, ça y est c’est grand jour
Bonjour...

Et puis, pour ne pas laisser supposer que Rémo Gary ne serait qu’un poète éthéré, loin des gens, permettez-moi de me citer à travers cet extrait du compte rendu du Festival de Tadoussac (où le chanteur était programmé en juin 2009), qui aurait dû figurer dans le n° 69 mort-né de Chorus (on peut le lire intégralement sur le site de « la Rédaction de Chorus », voir lien en page d’accueil), où je m’efforçais d’être objectif devant la performance de l’interprète que découvrait ce jour-là le public québécois :

 

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«  […] Rémo Gary dont c’était la première venue au Québec. Accompagné de sa pianiste Clélia Bressat-Blum, sans autre artifice de scène qu’un répertoire exceptionnel qu’il investit et incarne intensément, il a charrié un torrent de haute poésie qui, après un moment de surprise et d’adaptation nécessaire, a déchaîné l’enthousiasme du public. Ovation debout saluant la performance de l’interprète de chansons au long cours (notamment la version intégrale des Oiseaux de passage de Richepin, sur la musique de Brassens), l’inspiration de l’auteur (Les Pieds de singe, extraordinaire inventaire de plus de dix minutes du rôle des doigts et des mains !) autant que la richesse globale du répertoire, d’émotion, d’érotisme et d’humanité à fleur de peau.

« Dans l’assistance, un couple d’abonnés de Chorus venus spécialement de Montréal pour assister à cette prestation du Franc-Comtois… Rebelote le lendemain 20 heures, puis quelques jours plus tard à Québec grâce à Pierre Jobin et… “Aux oiseaux de passage”, son réseau d’amoureux de la chanson ; enfin à Montréal où, comme le dit la chanson, Rémo Gary reviendra tôt ou tard armé de sa poésie chargée de futur. »

Standing ovation, yes ! À quelques exceptions près, l’artiste n’était pourtant connu de l’assistance ni des lèvres… ni des dents : transition toute trouvée pour introduire La Lune entre les dents ! Quinze titres de la plus belle eau, mis en musique – c’était le pari de cet album – par autant de collègues nommés Laurent Berger, Fred Bobin, Michèle Bernard, Romain Didier, Allain Leprest, Véronique Pestel, Gérard Pierron, Hervé Suhubiette, Anne Sylvestre… et autres Fred Clélia Bressat-Blum et Joël Clément – ses deux pianistes –, Nathalie Fortin , François Forestier, François Grinand ou encore Jeanne Garraud, sa chanteuse de fille ; quinze chansons plus une, Je pleut, dont il a lui-même signé paroles et musique.

 

Rémo Gary – Je pleut 

 

Le tout qui dessine un univers aux sentiments polychromes (de la tendresse à la révolte via l’humour et toujours l’amour du beau) est joliment orchestré de façon acoustique. On y croise à tour de rôle ou parfois réunis des instruments en adéquation parfaite avec l’humeur de chaque chanson : piano, guitare, violon, accordéon, contrebasse, violoncelle, percussions, clarinette basse, flûte traversière… Quant au livre, fort de 160 pages, il propose une anthologie de ses chansons (environ 80) depuis son album Archives de 1983 (ce qui fait près de trente ans d’écriture) ainsi que de longs textes, comme par exemple La Preuve par l’œuf, aussi génial dans l’inspiration que savoureux à la « consommation ». Et comme Rémo Gary ne fait rien comme personne, son livre est fabriqué (par l’éditeur Jean-Pierre Huguet) à l’ancienne, avec du beau vélin dont il faut découper les pages (ressortez votre vieux coupe-papier !), ce qui ajoute encore au plaisir de la découverte du contenu. Textes-fleuve de plusieurs pages… ou l’inverse, comme celui-ci qui montre que le poète, loin de l’image de personnage triste et purement intellectuel, est bel et bien un être de chair et de sang comme tout un chacun, avec seulement, en plus, l’art (et les références !) de mettre en scène les mots trop souvent galvaudés ou maltraités dans la vie courante : « Le sommeil a rendez-vous avec ma brune / Mais ma brune n’est pas là / Et le sommeil attend / À l’heure qu’il est chacun baise sa chacune / J’aimerais bien en faire autant. »

Cerise sur le gâteau, en tout cas pour moi (mais sans aucun doute aussi pour le lecteur, qu’on en juge par ce qui suit), le plaisir supplémentaire, encore, de lire une jolie préface signée Michel Kemper, « journaliste chanson » : « Mais se limiter à pétrir les mots c’est un peu nous rouler dans la farine. Gary fait son du sens et sens du son. Ses doigts travaillent tout autant nos vieilles idées, nos espoirs, nos utopies, que cette combinaison de vingt-six lettres qui les exprime tant bien que mal. En allant au-delà de lui, Gary va au-delà de nous, se surpasse en nous aidant à nous dépasser. » Plaisir supplémentaire, en effet, car confirmation a posteriori que j’eus le nez creux en proposant à Michel, entre tous les collaborateurs de Chorus, de consacrer un « Chant des artisans » spécial à Rémo Gary dans nos « Cahiers de la chanson »  (cf. Chorus n° 65, « L’Alchimiste des mots ») : « Je suis comme un tailleur de pierre rendant hommage à Rodin, un peintre en lettres barbouillant pour Matisse, un marmiton invitant à sa table un des Troisgros ou les trois à la fois. Là je précède les pas d’un dont je n’ai pas la pointure. Mais qui me l’a demandé. […]. Un jour, ma route a croisé la sienne. […] Échange de mots, trafic d’émotions, commerce du verbe entre celui qui tente de le dompter et celui qui instruit le lendemain du lecteur, dans la minuscule case culture coincée entre foot et météo. Ce Gary m’a surpris, interpellé, intrigué. Séduit au-delà de ses mots. Hasard ou destinée, nos chemins n’ont cessé alors de se recouper, quel que soit le lieu, la scène ou le support de publication, au local de Barjac comme au national qui fait Chorus. »

Pourquoi ce titre, au fait, La Lune entre les dents ? En exergue de son ouvrage, Rémo Gary en livre sobrement l’explication en rappelant que l’expression « prendre la lune entre les dents » signifie « tenter l’impossible »… CQFD ?

 

Rémo Gary – Rime orpheline 

 

Encore un mot, pour dire qu’au-delà des trois nouvelles chansons qui figurent ici à titre incitatif (la première du CD, intitulée comme il se doit Commencement, la sixième, Rime orpheline, mises en musique respectivement par François Grinand et Véronique Pestel, et l’avant-dernière, entièrement de son fait, Je pleut), on peut écouter plusieurs titres de chacun de ses sept albums parus depuis 1996 en allant sur la page Discographie de son site.

Par exemple la superbe Quand je s’rai deux j’irai (musique de Joël Clément) de La Lune entre les dents, encore, ou cette merveilleuse leçon de vie qui s’appelle Des coups d’pied au cœur, tirée du précédent album Même pas foutus d’être heureux. Ce sera ma conclusion personnelle, à usage collectif : « Les jours se suivent et se rassemblent / Et voilà qu’on vieillit ensemble / Bien sûr on a quelques misères / Des catastrophes ordinaires / Un voisin qui part avant nous / Des instants que l’angoisse noue / Les petits coups de pied en vache / Que le temps rumine et remâche / Qui font mal, mais sont peu de chose / Quand tout autour la terre explose… / Alors tu vois / Avec tout ça / Faut s’obstiner à être heureux / Plus nombreux / Y a des coups de pied au cœur qui s’perdent. »

• La Lune entre les dents : recueil de 160 pages de textes « de chansons anciennes ou récentes dont 15 toutes neuves avec leur enregistrement » : Commencement – Puisque tu arrives – J’veux me saouler à l’utopie – Quand je s’rai deux j’irai – Rime orpheline – Il pleut toujours où c’est déjà mouillé – Nourrice des étoiles – Il était une mauvaise fois – À perpette – Le marchand de sommeil est passé – Foutez-nous la paix – Hiver indien – Pars pas avant – Je pleut – Chez Ponchon (durée : 44’40, réf. Poisson à tiroir, PAT 2010-1/3). Disponible chez l’éditeur : Jean-Pierre Huguet Éditeur ou sur le site de Rémo Gary.

*« Tisseur de temps, fileur de liens / Lieur de gens, tisseur de rien / À moitié fous, à moitié triche / Les artistes vont dans les friches / Sur les souffrances du moment / Ils appliquent leurs pansements… » (Où est le fil, 2005, CD Le Petit Matin)

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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