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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 13:15

Les fables de sa fontaine

 

Au début de sa carrière, ou plutôt avant de commencer à chanter, Claude Nougaro disait des poèmes, ses poèmes. C’était au Lapin Agile, sur la Butte Montmartre, dans les années 1950. Un demi-siècle plus tard, comme pour boucler la boucle de son parcours d’artiste, il reviendra à ses premières amours en disant ses textes de chansons sur scène. Ce sera son tout dernier spectacle, Les Fables de ma fontaine, heureusement filmé à sa création à Paris, au Théâtre des Bouffes-du-Nord, en mai 2002. La distribution du DVD qui en a résulté a été confiée récemment par Hélène Nougaro au label indépendant des Ogres de Barback, Irfan.

 

noug_DVD.jpg

 

Septembre 1984 : samedi 8, Claude Nougaro a chanté sur la grande scène de la Fête de l’Humanité devant plus de cent mille personnes. Le dimanche, jour de ses 55 ans, nous conversons en tête à tête dans l’atelier de sa maison de Montmartre, avec pour seul témoin le grand photographe Jean-Pierre Leloir, venu nous rejoindre le temps de mettre en boîte quelques images en vue d’un dossier de Paroles et Musique. Est-ce parce qu’il a ouvert le champagne ? Toujours est-il que Claude est particulièrement en verve. Répondant à une double interrogation de ma part sur l’écriture et la voix (la différence entre les mots couchés sur le papier et ceux portés par les cordes vocales) et sur l’auteur-interprète qui, bien qu’amoureux du jazz et de la java, n’est pas musicien, il me livre instantanément ce néologisme génial (jamais en effet personne ne trouvera de meilleure définition de son art) : « Moi, je suis un motsicien ! »  

 

 

Motsicien, il l’était à l’origine ; motsicien, il le restera jusqu’au bout. Entre-temps, Claude Nougaro n’aura jamais été à bout de souffle, toujours à remettre son ouvrage sur les planches et la page blanche. Toujours à renaître de ses cendres (« Quand j’arrive au bout de quelque chose, il faut tourner la page. La veine est épuisée, si tu veux… »), dans une formule musicale ou scénique systématiquement renouvelée. En 1984, il se produit avec un trio magnifique (Lubat à la batterie, Michelot à la contrebasse, Vander au piano) ; en 1989, il tourne avec une formation rock de onze musiciens américains ; en 1991, c’est Une voix, dix doigts, seul avec Maurice Vander… Toujours à se mettre en danger, quitte à prendre le risque de désorienter le public, au lieu de gérer classiquement sa carrière comme la plupart de ses collègues.

Après Embarquement immédiat en 2000 et le CD live qui allait suivre en 2001, Au Théâtre des Champs-Élysées, avec l’équipe et les arrangements d’Yvan Cassar, Nougaro tente un pari de plus, comme on se jette un défi, avec la création d’un spectacle en solo. Mais pas comme chanteur cette fois, comme diseur ou plutôt « acteur de ses textes ». Motsicien par excellence. La seule « expérience » jamais testée depuis ses débuts au Lapin Agile en 1953. Et le résultat sera… fabuleux !  

quichote_3.jpgLe DVD enregistré les 10 et 11 mai 2002 en public dans le superbe cadre du Théâtre des Bouffes-du-Nord, qui reprend le spectacle dans son intégralité, est une perle précieuse (et un « Quichotte » de Si ça vous chante, distinction d’autant plus évidente en l’occurrence quand on a écrit : « La poésie c’est mon dada / Et l’utopie c’est mon topo / Chantent Don Quichotte et Sancho… »). Réalisé par Bruno Roche et Maxime Ruiz, c’est plus que la captation d’une représentation, c’est l’apothéose d’une carrière. Où l’on retrouve, après une introduction écrite spécialement, une quinzaine de morceaux sans musique qui proposent une balade aléatoire (à trois inédits près : Les Pigeons, Les Ogives de Julien, Le Papillon et le Troubadour) parmi plusieurs décennies d’écriture. Plus précisément entre 1963 (Chanson pour Marilyn) et 2000-2001 (Langue de bois, Ma cheminée est un théâtre, Comédie musicale), en passant par 1977 (Plume d’ange, Victor, Jésus, Le K du Q), 1978 (L’Aspirateur), 1980 (Le Coq et la Pendule), 1981 (Rimes), 1983 (Eugénie) et 1997 (Comme l’hirondelle).

On l’a dit : Les Fables de ma fontaine (qui, énorme succès tant public que critique, allait tourner quasiment sans interruption jusqu’en avril 2003) serait le dernier spectacle de Claude Nougaro, puisque la Camarde viendrait frapper à sa porte le 4 mars 2004, alors qu’il travaillait à son nouvel opus, La Note bleue (album à jamais inachevé qui connaîtra néanmoins une sortie posthume). Deux extraits vidéo de ce merveilleux spectacle accompagnent cet article, pour vous donner l’envie de vous régaler avec ce DVD.  

 

 

Mais comme c’est déjà la tradition, à Si ça vous chante, d’offrir des documents rares, nous vous proposons une autre vidéo d’un passage du chanteur débutant (en 1962, l’année de parution de son premier album 25 cm Philips) à la télévision néerlandaise… où il explique lui-même les motifs de son évolution, du passage de l’auteur au chanteur ! « Avant j’écrivais des poèmes, des poèmes inspirés par de très belles femmes, mais aucune ne les lisait, elles préféraient danser sur des disques bourrés de chanteurs de rythme…. alors je me suis mis à chanter et j’ai mis de la musique rythmique sur l’un de mes anciens poèmes ; le voici mesdames, mesdemoiselles… » Et d’enchaîner sur Ouh ! (Allez-y les bergères), dont voici quelques strophes éloquentes :

Puisque aux vers que j’écris,
Votre cœur est fermé et votre oreille sourde,
Puisque ma poésie
Vous fait bâiller d'ennui, ô ravissantes gourdes,
Pour être dans le bain
J’y mets de la musique de style afro-cubain

[…]

Puisqu’il n'y a pas d’espoir
Qu’on se rencontre un jour dans le lit de mes livres
Et puisque le sang noir
Qui sort de mon stylo jamais ne vous enivre,
D’un cha-cha j’vous régale
Pour mettre des fourmis dans vos corps de cigale

[…]

Adieu Victor Hugo,
Ronsard et toi Alfred, adieu cher Baudelaire
Je vous quitte le cœur gros
Mais dormir avec vous, vraiment j’ai mieux à faire
Derrière votre dos,
Les muses dansent le cha-cha avec Perez Prado

Allez-y les bergères
Dansez avec vos loups
Tout au long de mes vers
Agoudougoudougoun ouh !

Mais s’il est parmi vous
Une fée, une fleur, quelque part sur la piste
Qui entend malgré tout,
Malgré le cha-cha-cha les mots de ma voix triste,
Si elle est parmi vous
Cette fille, cette sœur, alors dites-moi vite
Où ?

Et comme dans ce 25 cm fondateur de 1962 (le premier était sorti sous la marque Président en 1959), Claude poursuit logiquement, dans ce qui est peut-être son premier passage télévisé hors de France, avec La Chanson, « Celle qui est incarnée sous la pluie / Par une Édith qui piaffe / À l’angle de la rue… » Mais écoutez, voyez et savourez vous-mêmes.

 

 

Ajoutons aussi, pour être tout à fait complet, que ce DVD offre cinq séquences complémentaires en bonus : trois chansons… chantées (Langue de bois, Ma cheminée est un théâtre et Le Coq et la Pendule) et deux interventions de Claude où il explique la conception et le rôle du banc et de la canne qu’il utilise durant le spectacle (les deux uniques « éléments de ma scénographie » !). Et enfin que la ressortie chez Irfan le label de ce DVD s’est accompagnée de la création d’un site spécifique, Les Mots de Claude, consacré au poète Nougaro et, plus précisément, à une exploration de son verbe. S’il s’adresse en priorité aux amoureux de la langue nougarienne, il intéressera forcément tous ceux de la langue française (en particulier avec deux guides pédagogiques : l’un dédié aux enseignants du français à l’étranger, l’autre à ceux du français en France).

- DVD Fables de ma fontaine, « Nougaro, acteur de ses textes au Théâtre des Bouffes-du-Nord, 17 titres + 5 séquences bonus ; Production Miss Terre, distribution Irfan le label (Château de Verchaüs, RN 86, 07220 Viviers ; 04 75 49 95 32 ; irfanlelabel@wanadoo.fr).

 

   

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 09:45

Il faut tourner la page

 

Cinquante articles (éditoriaux, critiques de disques et de concerts, comptes rendus de festivals, reportages, hommages, etc.) en un peu moins de trente-six semaines : un tous les cinq jours en moyenne, de façon toute naturelle, sans jouer au mineur stakhanoviste, rien que pour le plaisir du partage de l’Art (mineur ?) de fond qu’est la chanson… Cinquante articles : une simple étape, un jalon symbolique, un aboutissement ? L’heure de tourner la page ? « Est-ce bien sérieux d’ailleurs / Passé les soixante berges / De pratiquer l’art mineur / Qu’a illustré le beau Serge ? »

 

Mission accomplie ? Au départ, après une période de deuil forcé, la création de ce blog – conçu un peu comme un journal – était nécessaire pour renouer le fil entre rédacteurs et lecteurs de Chorus, abandonné comme un chien sur le bord de la route, en plein été, alors que nous avions déjà en ligne de mire son vingtième anniversaire… et la somptueuse fête qu’il méritait de connaître. Mais au fil des mois, Si ça vous chante a largement transcendé le « cas » Chorus, pour devenir un support à part entière, un lien nouveau entre amateurs de chanson francophone à travers le monde. Alors, aujourd’hui, à l’issue de ces cinquante rendez-vous proposés sur le net comme on tend une main fraternelle à qui veut bien la saisir (ou comme un Souchon lance ses « balles »), je me pose la question de son avenir, à la façon de Nougaro s’interrogeant sur son rôle : « Pourquoi suis-je et à quoi sers-je / Dans la mine où je m’immerge / Charbon rouge de mon cœur / Un projecteur sur le front / Comme au casque du mineur / Artiste mineur de fond… »

À bout de souffle ?

Je vous dis tout, je ne vous cache rien : aurai-je le loisir de poursuivre ce blog (de plus en plus prenant) encore longtemps ? Des livres à éditer (ma seconde activité depuis 1984 ; le prochain paraît à la fin de l’été dans le Département chanson que j’ai créé en 2003 chez Fayard), d’autres à écrire… et différents projets (conférences, exposition…) m’obligent en effet à déterminer des priorités. Et dans l’affirmative – puisque sa fréquentation (cf. son classement persistant au Top international des blogs francophones) montre une véritable attente –, selon quelle périodicité ? Le sprint final étant exclu, du demi-fond au marathon, tous les rythmes sont possibles, tant que le souffle ne fait pas défaut.

 

 

À vrai dire, au-delà de ces considérations pratiques, je crains surtout – étant habitué depuis des lustres (1975 !) à animer une rédaction – de me lasser de la solitude du blogueur (mineur ?) de fond, alors que Si ça vous chante se voulait collectif dès l’origine (notamment avec sa rubrique « Chant libre » qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est guère utilisée). L’envie d’avoir envie ne va-t-elle pas disparaître, finalement, faute de « partenaires actifs »… voire de commentaires réactifs (même si le fait de s’être inscrit soi-même à ce blog, et surtout de le rester, est un évident indice de satisfaction) ? Pour détourner un vieux slogan publicitaire, Si ça vous chante ne s’use que si l’on ne s’en sert pas… « Pourquoi suis-je et à quoi sers-je / Dans la mine où je m’immerge ? »

Or, il est essentiel d’aller toujours de l’avant, quitte à suivre le même sillon, en creusant plus à fond la même veine, de ne jamais se reposer sur ses lauriers pour mieux faire fructifier son talent (au sens biblique du terme). Un jour, Claude Nougaro, véritable Phénix de la chanson, m’a dit : « Quand j’arrive au bout de quelque chose, il faut tourner la page*. La veine est épuisée, si tu veux… Moi, ma carrière, finalement, c’est en termes de minerais qu’il faut l’évaluer, c’est une carrière de craie. » C’était joliment exprimé, selon son habitude, et surtout, il avait raison – pour autant, bien sûr, que l’on cherche à vivre sans cesse de nouveaux lendemains qui chantent.

  

 

Alors ? Serions-nous en passe de parvenir au bout du voyage de Si ça vous chante, après celui de Chorus, brusquement interrompu en pleine traversée ? Certes, cher Claude, il faut savoir tourner la page. Quand la veine est effectivement épuisée. Mais, pour reprendre ta métaphore, si la mine regorge encore de pépites ?! Quel serait ton conseil aux mineurs de fond qui se shootent au charbon du langage, toi qui faisais si volontiers chorus ? Stop ou encore ? S’il s’agit d’aborder de nouveaux rivages – et il n’en manque pas dans la chanson française, dont l’horizon continue de s’élargir autant qu’il reste de territoires à (re)découvrir –, j’ai comme l’impression solidaire qu’aujourd’hui, « ami chemin », tu nous dirais : « Embarquement immédiat »… et vogue la galère !

 

*« Cette chanson, me confia-t-il, je l’avais écrite avenue Junot [sa maison de Montmartre, avant de partir pour New York début 1987]. Je venais de me faire opérer d’une hernie discale qui m’avait martyrisé pendant deux semaines et, comme la souffrance purifie, quand je me suis retrouvé dans ma maison, quittant l’univers clinique et douloureux, j’ai écrit cette chanson comme on écrit un poème. »

 

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Published by Fred Hidalgo - dans En bref et en vrac
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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 15:48

La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses…

 

Comme le fabuleux interprète de cette chanson, le temps qui passe ne faisant rien à l’affaire, je continue de m’interroger (et d'apprendre) sur la vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses. En particulier en ce 22 juillet (« remember » l’an dernier ?), où cinquante articles exactement sonnent à l’horloge de Si ça vous chante

Cinquante « numéros » déjà ?! À quoi bon, tout ça, dirait Gainsbourg ? Je sais seulement que la vie est plus forte que tout… et que la chanson en est sa plus belle expression, le plus beau réceptacle de nos sentiments. Alors, sans autre commentaire, je nous offre ce merveilleux moment de tendresse (signé Jean-Loup Dabadie pour les paroles et Philip Green pour la musique : merci messieurs !), qui date de 1974. « No comment » ? Un avertissement quand même : que celui ou celle qui n’a jamais versé une larmichette à l’écoute de cette chanson passe son chemin, il ou elle n’a rien à faire ici. Ça oui, au moins, je le sais !

 



NB. Cinquante articles déjà : c’est le Top 50 de Si ça vous chante ! Créé le 18 novembre 2009 (voir « En guise de prologue »), cet outil de promotion de la chanson, qui fait suite à la cessation de parution prématurée de la revue Chorus (voir « C’était menti »), est entré dès la mi-mars 2010 dans le « Top des blogs » francophones (classement international réalisé et réactualisé tous les quinze jours par l’ensemble des hébergeurs de l’espace francophone), sans autre soutien que votre bouche à oreille ! Non seulement il y est entré, mais il y reste ! Cela vaut bien une « spéciale dédicace » : un grand MERCI à vous tous qui le fréquentez avec assiduité, qui lui êtes fidèles et, mieux encore, qui ne cessez d’en parler autour de vous et d’inciter vos amis et relations aimant la chanson à s’y inscrire – bref, de faire chorus avec Si ça vous chante… comme l’ami Boby Lapointe et sa leçon ludique de blog sommaire (cf. « Blog, mode d’emploi »).
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Published by Fred Hidalgo - dans En bref et en vrac
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