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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 13:43

Chanter plus fort que la mer

 

Il existe au Québec, plus exactement en Gaspésie, sa péninsule du Sud-Est située entre l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, un « petit » festival, totalement méconnu ou presque dans notre vieille Europe, qui vaut franchement le détour. Non content d’être atypique, le Festival en chanson de Petite-Vallée est aussi la vitrine d’un village (d’à peine 250 âmes) qui vit principalement pour et par la chanson ! Nous y sommes allés hors festival, justement… et rien que pour vous.

 

On le sait, la Belle Province est la terre originelle des grands rassemblements populaires de chanson. N’est-ce pas l’exemple du Festival d’été international de Québec, le premier du genre (créé en 1967, il en est aujourd’hui à sa 43e édition !), et le souvenir de la Super Francofête d’août 1974 (marquée en guise de feu d’artifice final par la reprise, devant quelque 150 000 personnes massées sur les Plaines d’Abraham, du titre emblématique de Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour, par Robert Charlebois, Gilles Vigneault et Félix Leclerc) qui donnèrent l’idée et surtout l’envie de créer le Paléo Festival Folk de Nyon en 1975, le Printemps de Bourges en 1977 puis les Francofolies de La Rochelle en 1985 ?  

 

 

Or, pour alimenter ces manifestations autrement qu’avec les mêmes vedettes en tournée dans l’année, il faut bien qu’un travail de découverte et de formation des nouveaux talents soit effectué en amont, et à la base. C’est ce que font notamment dans ce beau « pays » les festivals de Granby et de Tadoussac (42e et 27e édition respectivement en 2010). Mais aussi ce Festival en chanson de Petite-Vallée qui attire pendant une semaine, à cheval entre juin et juillet, quelque cent cinquante aspirants chanteurs (dont certains, bien connus aujourd’hui, ont fait leurs débuts ici) en provenance de l’ensemble du Québec et parfois des autres provinces du Canada, autour d’un parrain ou d’une marraine de l’édition et d’autres artistes francophones de renom. 

Petite-Vallée ? Fondée en 1856, près d’une anse du fleuve, sur le versant nord de la Gaspésie, par des familles de pêcheurs, elle est loin de tout, y compris de Gaspé, la « capitale » de cette magnifique péninsule sillonnée de rivières à saumons, au relief montagneux à l’intérieur des terres et aux grandes étendues préservées, parcs naturels peuplés d’ours, de caribous et autres orignaux. En partant de Montréal, on arrive à Petite-Vallée – à 100 km au nord-ouest de Gaspé, où Jacques Cartier, découvreur du Saint-Laurent, accosta en 1534 (pour mémoire, Champlain fonda Québec en 1608) – après… dix heures de route. « Si j’avais un char / Ça changerait ma vie / J’irais me promener / Sur le bord de la Gaspésie » (Stephen Faulkner)

 

Un village en chanson  

Une fois passé Grande-Vallée, avant de quitter la nationale 132 qui fait le tour de la Gaspésie, un panneau indicateur donne la distance restant à parcourir jusqu’à « Petite-Vallée, village en chanson ». Étonnant ! Réjouissant… Et certainement unique dans l’espace francophone. En tout cas c’est la première fois, après trois bonnes décennies de pérégrinations chansonnières, que nous découvrons pareilles indications routières, répétées au fur et à mesure que l’on s’approche dudit « Village en chanson ». 

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On laisse la 132 poursuivre son « tour de l’île », bifurquant sur la gauche pour arriver rapidement en haut d’une falaise, avec vue imprenable sur le Saint-Laurent, qui vient s’échouer sur une courte plaine côtière. À ce niveau proche de l’embouchure du « chemin qui marche » (l’expression amérindienne pour décrire les cours d’eau), le fleuve, dont il est impossible de distinguer l’autre rive, se confond avec « la mer ». D’où le nom de ce territoire qui, dérivant de « Gespeg », signifie « le bout du monde ». Et c’est vrai que là, à deux pas du « centre-ville » qu’on ira visiter tout à l’heure, on a vraiment l’impression d’être déconnecté du reste du monde. « Des fois quand j’ai le cœur / Écœuré d’être en ville / Je viens le voir passer / Les pieds vissés à terre / Mais les yeux envolés / Vers l’est plus loin que l’île / Où l’horizon bascule / Et les rives se perdent » (Sylvain Lelièvre).  

 

Sylvain Lelièvre – Le Fleuve

 

Bientôt, on ressentira plutôt l’impression de se trouver dans une bulle. De bonheur, pour qui aime la chanson. Car le bout du bout est une maison où les chansons aiment entrer. Mais n’anticipons pas. Nous avons loué un « char » et pris la route sans prévenir personne de notre venue, pas même le responsable et créateur du festival, Alan Côté, lecteur de toujours de Paroles et Musique puis de Chorus, mais jamais rencontré auparavant. Alors, il faut d’abord songer à assurer le gîte et le couvert. Le temps d’admirer le paysage et d’apercevoir deux cents ou trois mètres en contrebas une jolie auberge en bois au bord du fleuve, tout près de quelques bungalows et d’un vaste bâtiment aux couleurs du Québec (sur lequel se détache de loin le mot chanson), et nous voilà rendus à la Maison Lebreux où une dame et trois jeunes femmes nous accueillent.

 

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 Une fois installés, nous interrogeons la première. « Alan Côté ? fait-elle en écho, le sourire dans la voix, c’est mon fils ! Il est au bureau du festival, au village… » Affaire de famille : la dame, Denise Lebreux, est assistée de ses nièces Line et Jocelyne et de sa fille Fanny, la sœur d’Alan. « Denise a élevé ses enfants seule, a écrit Richard Séguin, l’un des ex-parrains du festival (dans un dossier spécial de L’Actualité, « Le Tour du Québec en 10 chansons »), le père est parti ailleurs. Elle travaille fort, elle tient tout, les quatre murs de la maison, en bas de la côte, près des galets, dans l’immensité à couper le souffle. » La Maison Lebreux est devenue au fil des ans l’auberge du festival, celle qui accueille les artistes, à deux pas du bâtiment où flotte l’étendard fleurdelysé qui, lui, est le théâtre du festival.

 

La force tranquille  

Direction le village, en haut de la côte. Avec, dans un petit périmètre, la mairie, le « Camp chanson » (un centre de formation qui propose des ateliers d’interprétation et d’écriture « aux enfants, aux adolescents et aux adultes de niveau intermédiaire ou avancé », doté d’une grande salle de spectacles et de répétitions, ainsi que de locaux d’hébergement) et la maison du festival. Alan Côté, surpris mais ravi (les numéros de Chorus côtoient dans son bureau le « Félix » 2003 du « meilleur événement culturel de l’année »), nous reçoit à la québécoise… Chaleureusement. L’homme dégage une force tranquille, à l’image de son physique imposant, colosse aux allures de marin, casquette ad hoc, lorsqu’il quitte le bureau pour nous faire les honneurs du « village en chanson ».

 

Alan cote

 

Visite du « Camp » d’abord (et hostie d’tabernac’, que c’est émouvant, en plein centre d’une localité, de voir la chanson pareillement mise en valeur !) puis du lieu principal du festival, près de l’auberge : le Théâtre de la Vieille Forge, ainsi baptisé, nous explique Alan, parce que le jour de ses 21 ans, en 1983, il décida avec des amis de transformer la vieille forge, celle où travaillait jadis son grand-père, en boîte à chansons, le Café de la Vieille Forge. « Un miracle ! écrit encore Richard Séguin. Les voix se reconnaissent, on organise des spectacles, on présente du théâtre. L’euphorie se moque de tout : là, à 10 h de Montréal, il y a dans ce coin de la Gaspésie un lieu de création. “Ils ont réalisé tout ça, car ils ne savaient pas que c’était impossible”, dirait le poète. La suite du monde se fait avec l’énergie des choses rêvées… »  

Depuis, bien sûr, la boîte à chansons originelle a évolué, le Café est devenu Théâtre, les aides financières ont afflué devant la pertinence du projet (qui allie l’art dramatique à la chanson). Le nouveau lieu – que bien des grandes villes pourraient envier – est surprenant à plus d’un titre : par son implantation, quasiment en bord de mer, par sa conception parfaitement fonctionnelle, par son charme irrésistible… Tout ici respire la chanson vivante, comme l’annonce, sur la façade principale, cette citation éloquente de Félix Leclerc : « Il y a des maisons où les chansons aiment entrer. »

 

Theatre

 

De fait, dès qu’on pénètre dans le hall, des photos d’artistes et autres affiches historiques de spectacle vous accueillent ; il y a même, comme tombant du ciel, une guitare offerte par Richard Desjardins, conquis comme tant d’autres chanteurs par l’endroit et l’esprit qui y règne. Aussitôt après, un espace café-restauration (l’occasion pour Alan de nous faire découvrir au bar l’excellent vin rouge d’un viticulteur local qui figure parmi les sponsors – pardon, les « commanditaires » – du festival) raconte les grands moments de la chanson québécoise, via des documents et illustrations de toutes sortes présentés sous verre d’une table à l’autre (lesquelles, cerise sur le gâteau, portent toutes un nom : la table Félix Leclerc, la table Gilles Vigneault, la table Robert Charlebois, etc.) !  

La salle de spectacle, d’une capacité médiane, parfaitement équipée, est comme un bijou dans son écrin. Quant aux loges des artistes, c’est bien simple, elles sont dignes par leur ampleur et leur confort des théâtres les plus renommés. Rien ne manque ici, de l’étage au sous-sol, pas même un atelier de fabrication de décors de théâtre, car celui-ci est pour beaucoup aussi dans la vie du village qui compte sa propre troupe, Jeune-Théâtre. Avec déjà plusieurs dizaines de productions (et de créations) à son actif, il lui arrive d’attirer des milliers de spectateurs avec une seule pièce.

 

Entre musique et poésie  

Hors saison hivernale, la chanson est toujours chez elle à Petite-Vallée, avec des artistes qui arrivent de tout l’espace francophone. On y a même inauguré, une semaine par an depuis octobre 2001 (avec Néry, Polo, Marie-Jo Thério et « Les Chanteurs du Village »), une formule de résidence de création… Et tout cela, répétons-le, dans une localité de moins d’un quart de millier d’habitants, dont une large majorité se met au service de la chanson en période de festival et une bonne part le reste de l’année grâce aux activités du Théâtre et du Camp chanson du printemps à l’automne. Ensuite, les rigueurs de ce nord du Nord, comme dirait Vigneault, reprennent le dessus.  

Vigneault, parlons-en ! Parrain de l’événement, « passeur » comme le furent Sylvie Tremblay, Richard Séguin, Laurence Jalbert, Sylvain Lelièvre, Plume Latraverse, Michel Rivard, Louise Forestier, Claude Gauthier, Luce Duffaut, etc., jusqu’à Paul Piché en 2009 et Zachary Richard cette année, Gilles Vigneault écrivit et offrit au festival sa chanson Entre musique et poésie pour contribuer à la mise en œuvre du Village en chanson (matérialisée de fait en 2001 avec la salle de spectacle, une salle d’interprétation et le camp spécialisé en chanson). « Entre musique et poésie / Entre prescience et nostalgie / Entre espoir et mélancolie / Entre la corde et l’arcanson / Entre le cri et la parole / Entre le ruisseau et l’école / Est née un jour la Sage-Folle / Qu’on appelle encore la chanson… »  

 

 

L’histoire est belle. Mais celle qu’Alan va nous conter après la visite des lieux est carrément édifiante. Passons sur celle qui veut que le village ait été fondé par une troupe de théâtre et de chansonniers dont le bateau se serait échoué ici, la légende est toujours plus belle que la réalité. La réalité, elle, est souvent tragique : en juillet 1966, Freddy Lebreux, le grand-père d’Alan et père de Denise, trouva ses deux fils morts, noyés, sur la grève. Ils étaient partis à la pêche le matin. « C’était pourtant un matin clair / Bon déjeuner, petit salaire / La mer en huile, deux gars, deux frères / Par une journée ben ordinaire… »  

Les gens d’ici assurent que, pour calmer son chagrin, le père Lebreux passait ensuite son temps à chanter des complaintes dans la forge. Il est vrai que tout le monde a toujours chanté ou joué d’un instrument à Petite-Vallée ; d’ailleurs, les fils Lebreux faisaient partie de l’orchestre du village. Alan lui-même est chanteur, comme la plupart des villageois qui ne manquent pas la moindre occasion de se réunir pour chanter. Pour le plaisir, pour le bonheur pur. Par thérapie aussi au début, après le drame, comme l’écrit Alan dans cette chanson autobiographique et ô combien émouvante : « Jour de lavage, le téléphone / Un grand silence qui pèse une tonne / Ma mère en pleurs, cœur qui résonne / Comme un tambour, un glas qui sonne / Parsonne a vu, parsonne peut dire / La barge en vue, Freddy chavire / Deux naufragés, c’est du délire / Couchés su’ la grève, cauchemar le pire… » Et de conclure au refrain : « Y faut chanter plus fort que la mer / Pour rattraper le temps qui passe / Pour éloigner les peines, les misères / Chanter, chanter plus fort qu’la mer… »

 

Les Chanteurs du Village – Chanter plus fort que la mer

 

Chanter plus fort que la mer ! C’est ce que font les gens de Petite-Vallée. À tel point qu’ils ont créé un groupe, à géométrie variable, mais avec un socle minimal de huit personnes, « Les Chanteurs du Village », qui fait entendre sa voix (ses voix !) pendant le festival et partout ailleurs où on les invite avec leur spectacle du moment.  

Accoudés au bar du Théâtre, un verre succédant à l’autre (le viticulteur, d’origine italienne, a implanté son savoir-faire d’une péninsule l’autre…), encore sous le choc de l’histoire narrée avec moult détails et force émotion par Alan, nous voilà rendus presque au soir. Coucher de soleil sur le Saint-Laurent… Mais nous n’en avons pas fini avec les verres… ni les vers. Tout d’un coup, Alan nous souffle : « Peut-être que ça vous dirait d’assister à nos répétitions ? Ce soir, le groupe se retrouve à la maison pour travailler à notre prochain spectacle… » Comment ça, si ça nous dirait ? Mais ça nous ravit, Alan !

 

« Les vraies gens »

 

Chanteurs

 

Quelle belle soirée, dans la maison bleue d’Alan, juste en haut de la côte ! Le groupe arrive et s’installe à la bonne franquette, entre la cuisine, la salle à manger et le petit salon attenant où se trouve le piano (dont joue admirablement l’une des filles du couple Côté). Outre les chansons à « travailler » (une ou deux fois par semaine, en toute saison), on a droit à un mini-récital spécial rien que pour nous, guitares-piano-voix ; pour nous remercier d’avoir fait le déplacement : Aznavour, Brel, Leclerc, Vigneault, Les Fous de Bassan, superbe toune quasiment du cru de Jacques Blanchet (la plus grande colonie du monde de fous de bassan est en Gaspésie, près de Percé, à l’île Bonaventure ; ce qui n’a pas manqué d’inspirer Romain Didier lors d’un séjour ici)… Chanter plus fort que la mer, bien sûr, que l’on découvre ainsi, in situ… Et puis cette curiosité, Sous le ciel de la Gaspésie, l’hymne du « pays », aux paroles issues de la tradition sur l’air de… La Pimpolaise, de Théodore Botrel.

 

Les Chanteurs du Village – Sous le ciel de la Gaspésie

 

Assis simplement autour de la table à manger, chacun avec son cahier de chanson, ou sur un tabouret, les membres du groupe vivent ce moment avec une joie visible, simple et contagieuse. Ils sont une dizaine ce soir, tous amateurs au sens propre du terme – doublement même, amateurs comme amoureux, passionnés, et amateurs comme non professionnels, mus simplement par le plaisir de se retrouver pour chanter en chœur, car il y a ici le directeur et la maîtresse d’école, le pharmacien, le comptable, le garagiste, le plombier, l’infirmière… L’aubergiste aussi, car Fanny Lebreux, la sœur d’Alan, est de la partie (elle vient d’ailleurs d’enregistrer un mini-CD). Bref, c’est un échantillon représentatif des gens du village – du « village en chanson », appellation qui trouve là l’une de ses raisons d’être, tous ces « amateurs » étant d’excellents interprètes, avec des voix à la québécoise, belles et assurées, et ce petit plus, dans le ressenti et le vécu, qui fait de la chanson, non pas une compétition d’égocentrisme, mais un moyen naturel de vous rapprocher d’autrui.

 

Piano

 

Pas de star à Petite-Vallée, rien que des gens « ben ordinaires », dirait Charlebois, de « simples gens », dirait Duteil… Leur spectacle ne s’appelle-t-il pas « Les Vraies Gens » ? Croyez-moi ou pas, ce sentiment inattendu de toucher ainsi au but, loin, si loin des faux-semblants et des faux amis, nous a fait monter les larmes aux yeux. Pas de sensiblerie, non. Plutôt de voir se matérialiser devant nous, en toute simplicité, une conception de la chanson défendue une vie durant : la preuve par le désintéressement et le partage du pouvoir fraternel et de la beauté inégalable de cet art populaire de l’émotion. 

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Histoire de laisser une trace et d’assurer la promotion du Festival en chanson de Petite-Vallée, un album a été enregistré localement (enfin, juste à côté dans un studio de « la vieille usine » de L’Anse-à-Beaufils) par Les Chanteurs du Village. Il comprend douze chansons, la plupart d’Alan Côté (dont une, Au beau pays des cantaloups, a été mise en musique par Michel Rivard), mais aussi Les Fous de Bassan et Sous le ciel de la Gaspésie déjà cités et un formidable « collage de chansons » de Gilles Vigneault, sous le titre Le nord du Nord. Ce soir-là dans la maison bleue en haut de la colline, nous avons eu droit à une version spéciale avec La Danse à Saint-Dilon, Mettez vot’ parka, Tam di de lam, I went to the market, Ah ! que l’hiver, Gens du pays... et Alan et ses amis étaient tout surpris de constater que nous reconnaissions chaque extrait.

 

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Oui, ce soir-là, alors qu’on ne s’était jamais vus quelques heures auparavant, nous faisions tous partie de la même famille. Le bonheur était palpable comme dans le célèbre texte de Félix, repris par Julos Beaucarne, où sa famille voit le bonheur passer, réunie au complet autour d’une simple soupe…

 

La voix immense du cœur humain 

Et le festival dans tout ça, direz-vous ? Au départ simple concours régional d’amateurs, il est devenu l’une des manifestations les plus courues du Québec (sinon les plus médiatisées), où les talents en herbe (parmi lesquels on a retrouvé les noms de Catherine Major, Daniel Boucher et autre Isabelle Boulay, ou plus récemment Alexandre Désilets – programmé cette année aux Francofolies de La Rochelle –, Tricot Machine, etc.) partagent désormais leurs espérances avec l’expérience des anciens. Ici pas de compétition, donc pas de stress négatif mais, assure Alan Côté, « une émulation certaine, non plus dictée par la peur d'être éliminé et d'avoir à quitter le navire au milieu du voyage, mais par le désir du dépassement face à ses pairs et au public ». Voici ce qu’écrivait encore Richard Séguin, l’un des « passeurs » de Petite-Vallée, en 2003 :

« Léger matin de la fin juin dans ce village de 230 habitants. De la fenêtre de la salle de répétition nous parviennent les voix des enfants. Cent cinquante jeunes du primaire qui, comme chaque année, apprennent par cœur une dizaine de chansons de Plume [Latraverse], de Vigneault, de Léveillée, de Félix… Tu imagines quel bagage ils auront à la fin de leur primaire… Les chansons qui entrent dans l’enfance sont des découvertes qui t’accompagnent toute la vie.  

« On est le lendemain de la Saint-Jean-Baptiste. Des auteurs, des compositeurs, des interprètes sont venus de tous les coins du Québec pour la rencontre des amoureux de la chanson. Je ne connais aucun autre endroit où on accueille la chanson avec autant d’amour. Tous les habitants des villages de Petite-Vallée et de Grande-Vallée s’approprient musiques et mots pour cette fête : musiques actuelles ou lointaines, celle de l’artisan, celle des villes, celle des silences.  

« Sur la grève, toute la nuit, ça “jamme”. Sebastian improvise en espagnol, Stef donne son riff de guitare, les harmonies se mêlent à un refrain de Jean Leloup, les percussions vont rejoindre la nuit chaude d’Abbittibbi… On se croise au Théâtre de la Vieille Forge, au village. Ma sœur Marie-Claire et Marc Chabot, philosophe et parolier, donnent leurs ateliers de chant et d’écriture dans l’ancienne salle du conseil. Tout le mystère de ce qui passe par la voix, par le corps et les mots…  

« À quelques pas du feu, dans la vieille forge, la scène est là. Chacun, chacune peut y monter ; il y a un micro, un piano, des voix partout, dans la salle du conseil, à la bibliothèque, sur les perrons, des voix et des guitares dans l’air… Et les gens des villages de la région sont au rendez-vous ; écoutez-les parler, ils en savent long sur le travail et le talent. Parler ensemble de l’effet dans nos vies de ces ondes sonores, de ces petites vibrations dans l’espace, ce qu’elles nous donnent et ce qu’on leur donne. Les voix, toujours les voix, surtout les voix. “La chanson c’est la voix immense / Qui parle au nom du cœur humain.” La nuit, le jour, à Petite-Vallée, les rires, les pleurs, les voix, le travail, le battement de cœur… Ici, tout s’écoute autrement. »

Ça donne envie, non ? Tant mieux, c’est le but de ce reportage, car moi non plus je n’ai jamais connu ça ailleurs.

 

Quand le présent convoque le passé  

Cette année, hélas, à quelques semaines de la nouvelle édition, le présent a convoqué le passé : le guitariste Dan Gaudreau, l’un des membres éminents des Chanteurs du Village, avec Jérôme Béland, Marie-Josée Roy, Gilles et Fanny Lebreux, Danielle Vaillancourt, etc., a été retrouvé noyé ! On a repêché son corps le 16 mai dernier. Il n’avait que 33 ans et s’apprêtait à amorcer sa dixième année au sein de l’organisation du Village en chanson. Alan Côté témoigne : « On se souviendra longtemps de son grand apport, autant comme chef d’orchestre, musicien, chanteur, animateur, comédien... qu’en tant qu’être humain d’une rare intelligence, avec son sens de l’humour, ses facilités à tous nous imiter et sa joie de vivre contagieuse qui nous gardaient réveillés... »  

Et Alan de rappeler que la formule de spectacles Au tour de... (« un karaoké organique ayant pour but de promouvoir la chanson et de garder le fait de chanter bien vivant dans les communautés »), que Dan Gaudreau avait initiée, connaissait un succès grandissant. Depuis, l’été 2009, « cette série de spectacles a fait la joie des publics de Petite-Vallée, de l’Anse-à-Beaufils et de Gaspé, dans le cadre des activités commémorant le 475e anniversaire de l’arrivée de Cartier ».

 

Des rencontres qui chantent  

Mais ici comme ailleurs – plus qu’ailleurs en fait car la chanson à Petite-Vallée est profondément ancrée dans la vie de chacun et la mémoire collective – le spectacle continue. Le passeur de l’édition 2010 du festival qui vient tout juste de s’achever était Zachary Richard, Cajun de Louisiane, qui n’a pas dérogé à l’atmosphère de l’endroit : « Je suis ici pour partager », déclarait-il le premier soir au Théâtre de la Vieille Forge pour lancer cette 28e édition, du 25 juin au 3 juillet. Compte rendu de cette soirée d’ouverture par quelqu’un du cru : « Tour à tour, chansonneurs, paroliers, compositeurs, participants aux “Rencontres qui chantent” se sont succédés sur scène sous un feu nourri d’applaudissements. Les arrimeurs et formateurs Marc Chabot, Marc Pérusse, Andréanne Alain, Luc de La Rochellière, Daniel Lavoie, Edgar Bori, Marie-Claire Séguin et Michel Faubert ont également été présentés à la foule. »  

En tout, plus de 70 artistes de la francophonie étaient présents à Petite-Vallée, dont Florent Vollant, Gaële, Jipé Dalpé, Josianne Paradis, Louis Étienne, le slammeur Ivy, le groupe Feufollet de la Louisiane, Samian, Bernard Adamus, Pépé, Juan Sebastian Larobina, l’harmoniciste Guy Bélanger, Pascal Lejeune (qui faisait partie des dernières Découvertes de Montauban), Joseph Edgar, le groupe Chinatown... Autant d’artistes qui auront gravité « autour des paroliers, compositeurs et chansonneurs invités à se produire au festival à travers un processus de sélection s’étant déroulé précédemment ». À Petite-Vallée, il n’est en effet pas question de concours mais d’une sélection d’artistes émergents. Au programme : ateliers, encadrement, formation, spectacles divers, rencontres professionnelles, bref du partage et de la confrontation d’idées dans tous leurs états. Sans oublier des prix et bourses (d’un montant global de plus de trente mille dollars) décernés par différents jurys « pour souligner les forces et qualités des artistes sélectionnés : audace et originalité, présence sur scène, qualité du texte, de la mélodie, prix du public, » etc.

 

Pour en savoir plus sur le « projet » du Village en chanson de Petite-Vallée (« contribuer au développement de l’intérêt populaire pour la culture et, plus précisément, pour la chanson québécoise »), outre l’extrait du film Chanter plus fort que la mer que je vous propose ici (réalisé en 2002 par Guylaine Maroist et Éric Ruel, il donne déjà une bonne idée de l’esprit du village), je vous invite à vous promener sur le site du festival et celui du Village. Comme j’invite les participants à l’édition qui vient tout juste de s’achever à témoigner de celle-ci sous forme de commentaire à cet article. Ne serait-ce pas la façon la plus éloquente de confirmer tout ce qui précède ? À savoir qu’il existe dans un petit coin perdu de Gaspésie, un village (d’irréductibles ?) où la chanson et le folklore ont toujours été essentiels à la vie quotidienne, où les soirées familiales sont depuis des générations égayées par les danses et chants traditionnels. Où l’on invite à la fois les plus jeunes à redécouvrir le patrimoine, et l’ensemble des villageois et « visiteurs », artistes et spectateurs, à faire du Festival en chanson de Petite-Vallée un havre de création, berceau d’avenir.

 

La reine de la turlute

 

LaBolducEt puis, pour ceux et celles que ce reportage inciterait carrément à se rendre l’an prochain à sa 29e édition, je ne saurais trop les encourager à faire « le tour de l’île » (je précise que je ne suis sponsorisé – pardon, commandité – par personne). À la majesté sauvage des lieux, entre mer et montagne (comptez une petite semaine pour 900 km de pourtour), vous ajouterez à votre besace un bon pan de l’histoire du pays en passant par New-Carlisle, le village natal de René Lévesque (eh oui, un Gaspésien), et surtout par Newport, celui de La Bolduc* (eh oui, une Gaspésienne !), la mère fondatrice de la chanson québécoise, reine de la « turlute ». Un musée imposant lui est consacré, qui vous attend au bord de la 132, près de la Baie des Chaleurs… Mais, bon, c’que j’vous en dis, vous connaissez la rengaine, c’est rien que si ça vous chante. Pour ma part, c’est sûr, comme Charlebois, « Je reviendrai à Montréal / Dans un grand Boeing bleu de mer / J’ai besoin de revoir l’hiver / Et ses aurores boréales », mais aussi, à dix heures de « char », dans ce village en chanson sans pareil nommé Petite-Vallée.  

 

 

Bolduc Musée

 

 

*À l’entrée du musée figure cette plaque : « Mary Travers, dite La Bolduc (1894-1941). Mary Travers, connue sous le nom de son mari (Édouard Bolduc), eut une influence considérable sur la culture populaire québécoise en tant qu’auteure-compositrice-interprète. De 1929 à 1939, elle enregistra près de cent chansons qu’elle avait composées. Sa façon nouvelle d’aborder l’actualité, la critique sociale et les relations homme-femme, alliée à sa manière caractéristique de “turluter”, la propulsèrent au rang de vedette. Plusieurs tournées effectuées au Québec, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et dans le nord de la Nouvelle-Angleterre renforcèrent sa popularité. »

(Photos F. et M. Hidalgo) 

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Published by Fred Hidalgo - dans Reportages
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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 11:52

La vie devant soi

 

Tout ce que tu m’as dit
C’était menti
Tout tout était menti
Alain Souchon

 

Pour tout le monde, hier, c’était la Fête de la Musique. Pour nous, c’était aussi (surtout ?) le jour « anniversaire » d’une certaine Défaite de la chanson. Un an auparavant, en effet, se tenait l’ultime réunion de l’équipe de rédaction de Chorus (nos retrouvailles trimestrielles s’étalant toujours sur un week-end, celui des 20 et 21 juin 2009 en l’occurrence). Mais une réunion dont le seul objet, comme les dizaines qui l’avaient précédée depuis juin 1992, était de déterminer le sommaire du numéro suivant (celui du n° 69 de l’automne 2009, à paraître le 21 septembre), et d’en répartir les tâches.

 

Un mois après, le 22 juillet, alors que chacun d’entre nous vaquait normalement à son travail, à travers l’espace francophone, on apprenait, incrédules, que la société éditrice, pourtant nouvellement reprise, était placée en liquidation judiciaire.

 

 
Suite à cette disparition, et sans parler des sentiments de ses journalistes qui ont eu beaucoup de mal à se relever du choc subi, d’autant plus violent qu’il était inattendu, on a pu entendre sur Europe 1 les réactions unanimes des artistes de la chanson francophone, tous genres musicaux et générations confondus, lors de l’émission spéciale de deux heures du 10 octobre 2009 intitulée On connaît la musique fait chorus. Quant à ses lecteurs, on a mesuré l’importance de leurs regrets et de leur incompréhension à la lecture des innombrables lettres pétries d'émotion qui ont suivi la non parution (ou la non réception pour ses abonnés) du n° 69, mais aussi, depuis lors, des commentaires spontanés qui continuent d’apparaître ici et là, notamment dans les blogs des différents ex-journalistes de « la revue de référence de la chanson francophone ».
  

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Ce rappel, non pour remuer le couteau dans la plaie de qui que ce soit – même si aucun membre de la Rédaction de Chorus n’a pu faire l’impasse sur cet « anniversaire » : pensez, un an plus tôt, nous bâtissions un formidable sommaire (Manu Chao en dossier exclusif, Romain Didier et Allain Leprest en « duo d’artistes », Michel Jonasz, M, etc. : 196 pages de chanson vivante, jusqu’à notre lot habituel de découvertes francophones, une bonne dizaine de portraits de nouveaux talents), sans pouvoir imaginer que ce numéro ne paraîtrait jamais… Non, comme on l’a vu depuis avec les activités de chacun d’entre nous, la cause est désormais entendue : plutôt que de déplorer ad libitum la disparition d’un titre reconnu dans le monde entier depuis plus de quinze ans, l’important est d’aller de l’avant, d’envisager des lendemains qui chantent… et les projets ne manquent pas : écriture et édition de livres, conférences sur la chanson contemporaine à travers l’histoire de Paroles et Musique et de Chorus, chroniques radio spécifiques…

La vie est ainsi faite, avec ses coups bas et ses déceptions, il n’y a (hélas) rien de nouveau sous le soleil : si la vie est dure aux tendres, elle est toujours devant soi, comme disait Romain Gary. Une volonté d’avancer coûte que coûte (sans rien oublier pour autant du passé) qui rejoint « la pédagogie de l’enthousiasme » prônée par Aragon (et que j’essaie modestement, depuis mes débuts « dans la carrière », de mettre en pratique : voir « État critique » dans ce blog), ou la philosophie positive de Rudyard Kipling : « Si tu peux supporter d’entendre tes paroles / Travesties par des gueux pour exciter des sots / Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles / Sans mentir toi-même d’un mot… / Si tu sais méditer, observer et connaître / Sans jamais devenir sceptique ou destructeur… / Tu seras un homme, mon fils. »  

Aux anciens abonnés de « Chorus »

Alors, pourquoi, pour quoi faire, ce rappel ? Parce qu’il est l’occasion, justement, d’aller de l’avant en essayant – entre-temps – de réduire aussi peu que ce soit (un peu comme on réduit une fracture… pour repartir du bon pied) l’amertume des anciens abonnés de Chorus, soudainement orphelins de leur revue, pendant que ses journalistes, eux, devaient se résigner à faire connaissance avec Monsieur Paul Emploi… On le sait, une décision de liquidation judiciaire (toujours en cours) a aussitôt suivi le dépôt de bilan de l’éditeur. Or, la société éditrice possédait à son actif des stocks d’anciens numéros qu’elle n’a pas souhaité utiliser et dont le « mandataire de justice » chargé de la liquidation a déclaré nous laisser libre usage, suite à une démarche de notre part avant pilonnage pur et simple.  

collection.jpgNous avons en effet pensé que les anciens abonnés (et parfois les « nouveaux » abonnés ou réabonnés récents qui n’ont pas même reçu un seul numéro) seraient sans doute heureux d’obtenir gratuitement, en lieu et place de ceux dont ils ont été privés, l’équivalent en numéros anciens de leur choix (voir la liste des « numéros disponibles » en pages 190-192 du n° 68). Même si plusieurs centaines d’entre eux au moins – fidèles entre les fidèles – possèdent la collection complète, ils pourront toujours offrir à des amis ces numéros de remplacement, sachant, justement, qu’ils sont appelés à devenir des pièces de collection…

Conscients que cela risque de nous valoir un travail assez considérable avec, au bout du compte, quelques milliers d’exemplaires à mettre sous pli, affranchir et déposer à la poste, nous ne pourrons évidemment pas assumer, en plus, les frais d’envoi correspondants (les chèques d’abonnement ou de réabonnement encaissés l’ayant été par la société éditrice domiciliée à Nantes, où se situe toujours la « maison mère », et dont nous étions nous-mêmes de simples salariés). Nous prierons par conséquent nos interlocuteurs, pour répartir en quelque sorte les « charges », de bien vouloir nous adresser le montant de ces frais sous forme de timbres-poste.

Difficulté de l’opération (on a beau être disposé à faire confiance autant que possible, chacun sait qu’il y a toujours des « profiteurs ») : dans la mesure où nous n’avons pas accès au listing des abonnés, il nous est impossible de savoir combien il restait à chacun de numéros à recevoir. Nous aurons donc besoin d’un document faisant foi du règlement, comme par exemple la photocopie du relevé bancaire indiquant le montant (pour un an ou deux ans d’abonnement) et la date d’encaissement dudit règlement.  

Duteil.jpg

Voilà. Sans préjuger de l’avenir, nous espérons que cette initiative de notre part sera favorablement accueillie… et que les intéressés voudront bien être indulgents quant aux délais d’expédition. Il est en effet probable – n’ayant certes plus d’obligations strictement professionnelles, nous continuons néanmoins à suivre de près l’actualité musicale (très fournie l’été, avec les festivals…), ne serait-ce que pour la faire partager ici – que l’opération se prolonge jusqu’à la rentrée prochaine. Donc, « paciencia », comme disait Léo Ferré.  

Merci à ceux et celles qui sont concernés de nous contacter – via cet e-mail : sicavouschante.info@orange.fr – et nous leur communiquerons alors l’adresse postale ad hoc. À ce sujet, attention à ne plus écrire à « Chorus (Rédaction), BP 28, 28270 Brezolles », car tout courrier expédié à ces coordonnées devenues caduques « est mis au rebut » ou dans le meilleur des cas retourné à son expéditeur. Et merci à tous ceux et celles qui en ont l’occasion (notamment nos amis des médias) de bien vouloir répercuter ce message (avant qu’il soit trop tard), de façon à tenter d’informer le maximum d’anciens abonnés de Chorus, dont une majorité, c’est certain, ignore encore l’existence de Si ça vous chante.
  

 

   

 

« Sans préjuger de l’avenir », disais-je : non seulement parce que nous avons déjà été échaudés et que, comme le chantait admirablement Jean Ferrat, empruntant les mots d’Aragon, « Rien n’est précaire comme vivre » ; mais aussi, en se situant à l’inverse dans une perspective optimiste, que s’il est « long de renoncer à tout », nous n’avons renoncé à rien… « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie / Et sans dire un mot te mettre à rebâtir / Tu seras un homme, mon fils. »

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 08:00

Le petit bal perdu (suite et fin)

 

 

Et voilà, pour l’édification générale des lecteurs-auditeurs-spectateurs de Si ça vous chante (dont plus des deux tiers sans doute ne sont pas – encore – inscrits à sa « newsletter », laquelle vous informe aussitôt de tout nouvel article et vous permet périodiquement de gagner des CD, DVD et livres), les réponses aux questions posées par le montage de Serge Llado… que vous pouvez réécouter ci-dessous.

 

 

Montage – Quinze artistes, quinze extraits

 

 

Les noms des interprètes et les titres des chansons et du sketch qui reprenaient les cinq citations passées dans le langage courant sont les suivants :

 

I. L’ENFER C’EST LES AUTRES :

01. Pascal Obispo : Libre comme Picasso

02. Damien Saez : Quand on perd son amour

03. Guy Bedos : Les autres, c'est l’enfer

04. I AM : L’Enfer

 

II. LE CŒUR A SES RAISONS QUE LA RAISON IGNORE (ou NE CONNAÎT POINT) :

05. Neg’ Marrons : Juste pour toi

06. Coralie Clément : La Contradiction (chanson de Benjamin Biolay)

07. Yannick Noah : Te quiero

 

III. UN SEUL ÊTRE VOUS MANQUE ET TOUT EST DÉPEUPLÉ :

08. Pauline Croze : Je ferai sans

09. Dave : Vanina

 

IV. L'ARGENT N’A PAS D’ODEUR :

10. Jacques Brel : Voir un ami pleurer

11. Bernard Lavilliers : Citizen Kane

12. Daniel Balavoine : Je veux de l’or

 

V. S’IL N'EN RESTE QU’UN JE SERAI CELUI-LÀ :

13. Eddy Mitchell : S’il n’en reste qu’un

14. Sylvie Vartan : Qui tu es

15. Jean-Louis Aubert : À ceux qui passent

 

Quant à la paternité de ces citations, elle revient respectivement à :

 

I. Jean-Paul Sartre, dans la pièce de théâtre Huis clos (écrite entre 1943 et 1944).

II. Blaise Pascal, dans Les Pensées (vers 1654).

III. Alphonse de Lamartine, dans les Méditations poétiques (1820).

IV. L’empereur romain Vespasien (qui régna entre 69 et 79 après J.-C.). La phrase latine précise est celle-ci : « Pecunia non olet ». Cela concernait l’argent provenant des latrines payantes installées dans Rome.

V. Victor Hugo, dans Les Châtiments (1853), recueil satirique dirigé contre Napoléon III (« six mille vers d’injures », dira Lamartine...). Le titre du poème concerné est Ultima Verba et ce vers est le dernier de l’ultime strophe. Il exprime clairement le refus de Victor Hugo, qui demeurera un opposant irréductible, d’accepter le coup d’État du 2 décembre 1851. Voici cette dernière strophe : « Si l’on est plus de mille, eh bien, j’en suis ! Si même / Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ; / S’il en demeure dix, je serai le dixième ; / Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! » (Jersey, 2 décembre 1852 ; 1er anniversaire du coup d’Etat).

 

Merci à tous ceux et celles, fort nombreux, qui ont joué le jeu du Petit Bal perdu. Et bravo à ceux et celles qui ont trouvé toutes les réponses (ou presque toutes)… et qui, ayant pris la « précaution » de s’inscrire à ce blog, ont gagné l’album CD ou le DVD de leur choix. Les autres, si ça leur chante, pourront tenter leur chance au prochain quiz de Serge Llado.

 

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Published by Fred Hidalgo - dans L'Amusicoscope
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