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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 16:15

Supplément d’âme (fin)

   

On aura donc eu droit, ce vendredi soir à Eurythmie, à la création du spectacle d’Aldebert (que l’on retrouvera cet automne au Zénith de Paris, taille de scène oblige – ne le manquez pas, c’est du tout bon) ; puis, jusqu’à tard, très tard, dans la nuit, à une définitive réconciliation générationnelle. Marier le présent, l’avenir et le patrimoine, disais-je : on en a eu la démonstration avec un titre de chacun des artistes de la relève venus spécialement, doublé d’une reprise (librement choisie, bien sûr) d’une chanson des principaux invités d’honneur des premières années du festival, ceux auxquels on faisait la fête en clôture, en leur présence.

   

Pour accompagner les quatorze ex-Découvertes, les musiciens d’Aldebert, talentueux, solidaires et stoïques durant près de cinq heures (sans parler des répétitions et des balances)… Pour ouvrir et conclure la soirée, Jo Masure et Jean-Pierre Crouzat – le directeur du festival et le président de l’association organisatrice – rappelant que le titre Alors… Chante ! était inspiré directement d’une chanson écrite par Maurice Fanon (musique de Gérard Jouannest), Mon fils chante, qui fut aussi un ami proche et un fidèle de la manifestation. Sa reprise s’imposait d’autant plus que Juliette Gréco l’inscrivit aussitôt à son répertoire et la chanta ici dès 1986. C’est Jamait et Amélie-les-crayons qui s’y collèrent joliment en ouverture, tandis qu’à la coda, tout le monde la reprit en chœur.

   


 

Et moi, excusez-moi de parler de moi mais l’occasion le justifie, en écoutant cette superbe chanson (« Pour que la liberté / Vive dans le monde entier / Mon fils, il faut chanter »), je me disais que j’étais sûrement dans cette salle le seul des trois mille spectateurs présents à avoir assisté en 1984, invité par son auteur, à son enregistrement en studio. (J’avais fait la connaissance de Maurice à l’École buissonnière, en 1966 ou 1967, le cabaret parisien de René-Louis Lafforgue : nous étions « pays » ainsi qu’avec son pianiste accompagnateur et arrangeur Pierre Louvet). L’ironie du sort voulut que cette chanson soit la dernière de son ultime album. Il n’y a pas de hasard. 
 

L’âme des poètes  

Se présentant l’un l’autre, accompagnés par la formation d’Aldebert et jouant aussi parfois du piano ou de la guitare, les quatorze « nouveaux talents » revinrent donc à deux reprises chacun, la seconde pour célébrer les « monstres sacrés » qui ont défilé en ces lieux (Aldebert optant lui-même pour Mon p’tit loup de Pierre Perret). Parfois avec quelque appréhension de n’être pas à la hauteur des interprétations originales dont l’écho résonnait encore dans la mémoire de nombreux festivaliers montalbanais, mais en cherchant plutôt (avec plus ou moins de réussite) à les revisiter.

  

final

 

On vit ainsi se succéder la tendre Amélie-les-crayons reprenant au piano Votre fille a 20 ans, de Moustaki, en hommage particulier à Serge Reggiani ; Travis Bürki adressant à la guitare électrique un clin d’œil à Dylan, via Hugues Aufray, avec La Fille du Nord ; le Belge déjanté Daniel Hélin osant le fameux Hexagone de Renaud, doublement même parce qu’un Belge déclarant sans sourciller : « Être né sous l’signe de l’Hexagone / C’est vraiment pas une sinécure / Et le roi des cons sur son trône / Il est français, ça j’en suis sûr », c’est gonflé, et parce qu’il prit le risque de l’interpréter (et de se planter au passage, c’était couru) a cappella ; Imbert Imbert convoquant derechef Renaud avec Salut manouche ! Murielle Magellan, la toute première « découverte » en 1985 sous le pseudonyme de Dbjay (pour la petite histoire, la lauréate 1987, Sabrina O, se fit connaître, elle, sous le nom de Pauline Ester), bissant Moustaki avec Il est trop tard ; Nicolas Jules s’inclinant devant Pierre Perret avec Qu’elle était jolie ; le classieux K helvétique rappelant une troisième fois Moustaki avec Ma solitude ; Presque Oui (alias Thibaud Defever) endossant un Trenet comme taillé sur mesure, La vie qui va ; Thierry Romanens s’offrant l’intemporel et sans frontières Avec le temps de Ferré ; Carmen Maria Vega et Stéphane Balmino, enfin, cassant la baraque, à l’aide de leurs voix remarquables, avec Bidonville de Nougaro, après avoir salué de façon émouvante Mano Solo (dont le passage, dans cette même salle lors de la vingtième édition, reste à jamais inoubliable), avec Les Gitans

   


 

Dans ce registre relativement inattendu, Jamait avait choisi Le Vieux Jonathan de Leny Escudero, et c’était du vécu ! Grand monsieur, déjà, le père Yves, quelle présence, quelle voix, quelle puissance d’expression ! Il opère la jonction entre les grands auteurs et les grands interprètes. L’occasion – ne disposant pas de vidéo de cette soirée – de s’offrir quelques minutes de bonheur en invitant pour la première fois l’auteur, certes de Pour une amourette, Ballade à Sylvie ou À Malypense, mais surtout du Cancre, du Fils d’assassin, de La Grande Farce ou de Vivre pour des idées, dans Si ça vous chante

    

  

Manu Galure, ensuite, servait la surprise du chef, avec l’histoire édifiante d’une course à la vie à la mort de 300 000 millions… de spermatozoïdes : tous sur la ligne de départ pour un seul à l’arrivée. Dans l’intervalle, comme dans la vraie vie, c’est à qui piétinera le mieux les autres (et le plus possible d’entre eux). Hilarante mais ô combien réaliste déclinaison, signée Ricet Barrier (qui fut reprise et admirablement mise en scène par les Frères Jacques), du fameux « S’il n’en reste qu’un je serai celui-là » ! Allez, là aussi, comme il n’y a pas de mal à se faire plaisir, voici la version originale (paroles de Ricet, musique de Bernard Lelou) de ce monument par définition immortel, même s’il ne dure « que » sept minutes et des poussières… d’éternité.

   

Ricet Barrier – Les Spermatozoïdes

 

Du fond et du son

Un peu plus tôt, au Théâtre, après le spectacle bon enfant, à l’humour potache, d’un Éric Toulis (ex-Les Escrocs) s’essayant à jouer les Coluche de la chanson, Carmen Maria Vega, lauréate 2009, était plébiscitée par un public qui la découvrait (comme le montrait le « sondage » effectué sur le vif par la chanteuse). Une surprise : son nouveau look, avec la boule à zéro ou presque. Une confirmation : cette petite bonne femme, toute d’énergie et de charisme, pourrait comme on le disait de Piaf chanter le Bottin. Une inquiétude : ses chansons ont beau être l’œuvre du guitariste qui l’accompagne et qu’elle affectionne visiblement (et c’est bien normal : ils ont démarré leur projet de groupe ensemble), elles ne sont décidément pas à la hauteur de son talent. Une fois ça va, on est pris par le tempérament hors du commun de la jeune femme et subjugué par sa voix hors normes, mais au bout de trois ou quatre fois, bonjour les dégâts ! On est en manque de fond. Il est urgent (si toutefois elle souhaite aller de l’avant) que Carmen se penche sérieusement sur la question de son répertoire. Une idée, tiens : contacter les Éditions Raoul-Breton dont le président, Gérard Davoust, était à Montauban pour y voir (et grandement apprécier) Dorémus et Clarika, ou encore Claude Lemesle qui sait de quoi il parle quand il dit (dans Chorus n° 67) que, la plupart du temps, « Tout seul [pour écrire des chansons], on n’est pas assez »

Restait après cela la dernière véritable journée, celle du samedi 15. Au Théâtre, quelqu’un de bien : la délicieuse et délicate Enzo Enzo, en femme libérée qui n’a pas sa langue dans sa poche et met sa voix au service de superbes chansons (dont celles d’Allain Leprest, ou de Kent bien sûr) ; suivie de Belle du Berry (ex-Paris Combo) dans une nouvelle aventure scénique, belle voix et formation à variables rock pour la musique et chanson pour le texte.

guitaristeÀ Eurythmie, on l’a dit, Bazbaz assurait efficacement la promotion des boules Quiès, juste après la jolie présentation au public par Jo Masure et Carmen Maria Vega, lauréate 2009, des Vendeurs d’Enclumes, doubles vainqueurs des Bravos 2010. Et juste avant Renan Luce, lauréat 2006, lui, et invité d’honneur dès 2008 ! Qu’en dire ? Qu’on se faisait un plaisir, que dis-je, une joie majeure, de le revoir… et que la déception fut à la hauteur de l’attente, à cause, là encore, d’une sonorisation par trop agressive. Et absurde s’agissant d’un artiste qui s’est fait connaître et apprécier, à juste titre, pour la qualité de ses paroles et de ses mélodies – car s’il y a un mélodiste-scénariste dans la jeune chanson, c’est bien Renan Luce.

Absent la veille lors de la soirée anniversaire (il chantait en Suisse), on ne l’attendait que plus ce samedi… où la « technique », faisant des siennes, gâchait la prestation du chanteur en rendant deux paroles sur trois incompréhensibles. Mais pour être tout à fait juste, j’émettrai un son discordant à mon discours de cordes (et d’oreilles) sensibles, en précisant que certains spectateurs ne semblaient pas (trop) gênés par la violence abusive du volume. Tant mieux pour eux et grand bien leur fasse. En attendant le bilan de leur appareil auditif dans quelques années…
 

Charles-Cros et « Alors… Campe ! »

Heureusement, Alors… Chante !, on l’a dit et redit, c’est tout un ensemble convivial, avec bœuf au banquet du Magic Mirrors jusqu’au bout de la nuit, et des petits plus par-ci par-là. Des rencontres, au hasard des allées ou des repas à la « cantine » publique, avec des professionnels venus de tout l’espace francophone (du plus loin de l’Acadie par exemple avec Carol Doucet, représentante et productrice de nombreux artistes, ou Daniel Thériault, directeur du plus ancien festival du Nouveau-Brunswick, celui de Caraquet) ; d’amoureux de la chanson comme Laure Cousin, la veuve de Jehan Jonas qui m’a annoncé pour bientôt un disque d’enregistrements inédits remasterisés (on en reparlera) ; d’attachées de presse toujours à l’affût du nouveau talent, comme Marie-Françoise Balavoine ; d’artistes comme Laurent Madiot qui m’a fait saliver à la description de son nouveau spectacle – tous publics – autour du répertoire de Nino Ferrer ; de la délicieuse Liz Cherhal qui marche, dans son style à elle, sur les traces de Jeanne, ou de l’étonnante Katrin’ Wal(d)teufel, la « Cello Woman Show »… 

Et puis, qui ajoute encore au supplément d’âme du festival, la remise traditionnelle, au Magic Mirrors (entrée libre), des Coups de cœur annuels de l’académie Charles-Cros, représentée par son président Alain Fantapié et son coordinateur Thierry Créteur. Quatorze Coups de cœur, cette fois (dont quatre à des artistes de la francophonie), ont été attribués le 14 mai à midi sous le Magic Mirrors en présence de certains des chanteurs et groupes en question (les Suisses d’Aliose, les Belges de BaliMurphy, l’Acadien Pascal Lejeune, le groupe Coup d’marron – voir « Florilège de printemps » –, Carmen Maria Vega et Zaz, également distinguée par les Bravos du festival) – qui ont chanté chacun une chanson avant de répondre à une brève interview – et de nombreux professionnels, dont les membres de la FFCF. (Les autres lauréats sont Arnaud Fleurent-Didier, Camélia Jordana, Casey, Gaëtan Roussel, JP Nataf, Karimouche et Smod ; Philippe Albaret recevant pour sa part un « Coup de cœur spécial pro » pour Le Coach, structure de formation et de perfectionnement des artistes émergents, dont il est le fondateur.)

 

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Enfin, grande innovation, en accord total avec Jo Masure, l’organisation d’un festival off dans l’enceinte même d’Alors… Chante ! Son nom ? « Alors Campe ! » Pourquoi ? Parce que la plupart des artistes programmés, une vingtaine tout au long de la semaine, l’ont été dans une petite mais accueillante caravane (Raphael a dû apprécier), où nous avons notamment applaudi Zedrus, chanteur pince-sans-rire, famille Tonton Georges et frangin Renaud pour le côté iconoclaste, tendance Desproges pour l’humour cynique et aussi noir que le bon chocolat suisse.

  

zedrus

 

Suisse comme cézigue ou comme l’association organisatrice, Catalyse (créée par Bettina Vernet), qui se veut un « accélérateur de talents » et réalise un formidable travail de fond, à longueur d’année, rejointe symboliquement dans cette initiative par Wallonie Bruxelles Musiques, dont le directeur, Patrick Printz, était également présent. À côté des représentants helvétiques (Aliose, Béatrice Graf & Sophie Solo, Derf und Germano, K, Noga, Sarah Olivier et Zedrus), on retrouvait en effet le chanteur belge Samir Barris (à suivre de près) et, comme Catalyse a le sens de la chimie chansonnière, les portes de la caravane et la scène du petit chapiteau installé derrière (le Magic Mirr’Off !) étaient grandes ouvertes à toutes sortes d’éléments complémentaires, de la région Midi-Pyrénées, de Paris, de Rhône-Alpes, de Bretagne, des Antilles ou d’Afrique (Ainamaty, Alee, Coup d’marron, Dimoné, François Gaillard, JereM, Jhos & the PCA Family Band, Kebous, Kyssi Wète, Lartigo, Paul Sidibé, Soul Magic Tribe et Yuz)… Un vrai « supplément d’âme », non ? Et c’est dans l’éprouvette de Montauban que cette chimie s’opère.

On aura l’occasion, si ça vous chante, de reparler dans ces « pages » de l’action au long cours de l’académie Charles-Cros et de celle de Catalyse, deux acteurs importants, chacun dans son genre, dans la vie de la chanson francophone. Mais aujourd’hui le roi est mort, alors… que vive Alors… Chante ! vingt-sixième du nom n

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 10:44

Supplément d’âme (suite)

   

On allait retrouver avec plaisir le samedi à Eurythmie les Vendeurs d’Enclumes, pour deux ou trois chansons devant trois mille spectateurs. Mais les jours précédents allaient d’abord nous offrir un bouquet éclatant d’émotions. À commencer, le mercredi au Théâtre, à 18 h, par le « co-plateau » (une heure chacun) faisant se succéder Bruno Ruiz et Joyet & Miravette.

   

Régional de l’étape et habitué du festival (puisqu’il est de Toulouse, seulement distant de 40 km), Bruno Ruiz délivrait un tour de chant de haute tenue poétique (famille Bertin-Vasca), porté par une voix aussi chaleureuse et précise qu’assurée, accompagné au piano par son « vieux » complice aveugle, orfèvre en arpèges, Alain Bréhéret. Toute la salle – dont certains directeurs de festivals qui se confièrent ensuite à moi – fut bluffée par son écriture, absolument magnifique, et l’émotion qui affleurait quand, sur de jolies mélodies, il évoquait par exemple l’histoire de son père antifranquiste réfugié en France (« Je sais que sa vie a été fracassée par une guerre qu’il a perdue alors qu’il était du côté de ceux qui avaient raison. Je n’oublierai jamais d’où je viens. J’écris cela pour qu’on se souvienne de lui »). Mais sa manière actuelle d’être sur scène, planté de bout en bout devant le micro, sans jamais bouger d’un poil ni exercer la moindre gestuelle, lui confère un air académique qui, le privant de diversité d’expression, semble égaliser, standardiser l’ensemble de sa prestation, comme si l’on se contentait d’écouter un (beau) disque. Dommage, car ce soir-là (où je me souvins du premier article que j’écrivis sur lui, après l’avoir vu il y a plus d’un quart de siècle à la Tanière, un petit lieu parisien, lorsqu’il chantait « ses chansons avec le corps, et pas seulement avec la voix » et s’inscrivait plutôt, dans la mise en scène et le maquillage, dans les pas prometteurs d’un Guidoni), l’esprit de Ferré planait dans la salle, avec un zeste de Nougaro.

 

JoyetMiravette.jpg

 

En « seconde partie », Joyet & Miravette dans leur nouveau spectacle, très enlevé, bourré d’humour et d’émotion. « Joyet & Miravette », oui, car si Bernard Joyet signe tous les textes (et quels textes ! son écriture étant l’une des plus belles d’aujourd’hui dans le genre classique : écoutez – ou lisez – par exemple La Petite Mort dans son dernier album, sa Mémoire et la Mer à lui…) et la plupart des musiques, Nathalie Miravette est plus qu’une pianiste accompagnatrice, même hors normes (« Mon Mozart à moi », dit-il…) : peu à peu elle a pris une place croissante dans cet univers auquel elle apporte fantaisie et légèreté. Au milieu des années 80, nous avions découvert Joyet et Roll Mops, duo hilarant, avant que l’auteur Bernard Joyet ne s’émancipe en solo ; aujourd’hui « Joyet & Miravette » réalise la synthèse avec des chansons où la variété de ton (du rire aux larmes, pour faire court) épouse à merveille leur qualité d’écriture et la liberté d’action de l’interprète (micro HF aidant), pardon des interprètes, car Miravette ne se prive pas de quitter son piano... Bref, les deux comparses font la démonstration que la poésie n’est pas de la « prise de tête », qu’elle peut être une expression de jubilation, surtout quand elle se conjugue comme ici avec la musique et le chant.

 

 

Il fallait choisir ensuite – ou naviguer – entre Eurythmie et le Magic Mirrors, avec simultanément Karimouche et Olivia Ruiz d’une part (« Jo Masure, ironisait plus tôt Joyet, a décidé d’inviter aujourd’hui toute la famille Ruiz… »), Berty et Arthur H d’autre part. Deux univers différents, mais complémentaires – c’est tout l’intérêt de la chanson. J’ai déjà dit le plaisir que dispensent Olivia et ses musiciens en spectacle, plaisir partagé et confirmé ce soir-là par une salle à guichets fermés… dont profitait Karimouche (3000 spectateurs !) avec l’assurance et la variété musicale et textuelle qui la caractérisent (voir « Plus vite que la musique »). « Berty », c’est la nouvelle aventure scénique de la chanteuse suisse romande Monique Froidevaux en rupture de ban de l’ex-Soldat Inconnu. Petit gabarit, silhouette fine, cheveux courts, mais voix exceptionnelle aussi rauque’n’roll que ses musiques. Parfait pour introduire Arthur H retrouvant le piano solo de ses débuts (voir « Florilège de printemps »), la voix plus éraillée et chaude que jamais. Qu’il est loin, le temps, Arthur, où l’on te découvrait ainsi seul au piano dans une petite salle du Printemps de Bourges : le temps de se bâtir une carrière et de se construire un vrai répertoire, certes pas « grand public » mais aussi captivant et hypnotique qu’atypique, qu’on pourrait seulement rapprocher de celui d’un Tom Waits.

Le jeudi, toujours au beau Théâtre Olympe de Gouges, Benoît Dorémus et Clarika, se suivaient et se complétaient aussi à la perfection dans ce que la chanson peut apporter de meilleur quand le talent est de la partie : le miracle de l’émotion dans l’apparente simplicité du mot et de la note amoureusement entrelacés. Seul à la guitare, Benoît séduisait l’auditoire (entassé sur trois niveaux du sol au plafond !) : par sa sympathie naturelle et la qualité lumineuse de ses nouvelles chansons, totalement délivrées de l’emprise empathique que Renaud, producteur de son premier album, exerçait auparavant sur lui. On peut donc penser sans grand risque de se tromper que Benoît Dorémus, émancipé de ses influences-références propres à chaque débutant, jouera bientôt dans la cour des grands, se hissant probablement d’ici à 2020 – pour reprendre le titre de son troisième album paru le 10 mai (on en reparlera) – au sommet de la gamme (en clé d’ut, évidemment !) des chanteurs francophones. Quant à Clarika, dont on a dit monts et merveilles précédemment (voir « Étoiles des neiges ») de son spectacle actuel, elle est déjà au sommet de son art. Répétons-le : mis en lumière de façon splendide et en musique par de grands musiciens qui n’en restent pas moins terriblement complices de l’artiste, ce concert est à voir et à revoir pour en goûter toutes les saveurs.

 

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Qualité rare des textes, dans le signifiant et le signifié, musiques actuelles aux rythmes variés mais toujours mélodiques, jeu de scène aussi naturel (mais quel travail, sûrement !) et virevoltant que charmant, le tout porté par une voix comme une main de fer dans un gant de velours ! Oui, croyez-moi sur parole : Clarika, dont les débuts remontent déjà à la création de Chorus, ne l’oublions pas, n’a cessé de se bonifier avec le temps pour devenir aujourd’hui une pépite précieuse de la chanson (c’est elle « en mieux », comme l’annonce le titre de son dernier album), une perle rare qu’il faut cultiver avec amour pour qu’elle fasse toujours partie de notre paysage. Sa tournée actuelle qui passe par certains festivals de l’été (les Francos de Montréal notamment) s’achèvera dans une salle parisienne à l’automne. 

Les Français sont (parfois) déprimants

Dur après ça, de retomber dans la fosse aux lions pour un Raphael programmé à Eurythmie. Mais contre toute attente, le jeune homme en solo devant trois mille personnes, à la guitare acoustique le plus souvent, au piano parfois, dans un décor sobre de parois blanches sur lesquelles ondoient des projections stylisées et des ombres chinoises (dont celles de l’artiste en direct), allait également nous captiver. En nous surprenant d’emblée. Revisitant de fond en comble son répertoire, s’essayant pour la première fois à plusieurs chansons de son prochain album, cassant de façon stupéfiante son image originelle de chanteur pour midinettes, il nous est apparu comme le véritable artiste qu’il est (on ne triche pas, seul avec ses chansons, dans une grande salle… où ça passe ou ça casse). Mais surtout comme un auteur socio-politiquement très engagé, sans le « gimmick » toutefois des lendemains qui chantent, du « grand soir » annoncé des années 70, au profit (?) d’un nihilisme des plus noirs. No Future…

 

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Deux nouvelles chansons en particulier, interprétées à la suite, plombent définitivement son image gentillette et nous plongent à la fois dans un gouffre de désespoir lucide et paradoxalement bénéfique pour contrer l’esprit grégaire de nos semblables. En écoutant la première (« Les Français sont déprimants… »), je me disais qu’il était en train de nous refaire Hexagone, façon 2010… et le voilà justement, dans les derniers mots de la chanson, qui apostrophe Renaud. En substance : « Tu nous manques, mon pote, depuis qu’t’es parti en vacances… » Quant à la suivante, chanson apocalyptique s’il en est, c’est probablement la plus forte, la plus dense, la plus pessimiste qu’on puisse entendre aujourd’hui dans le genre. Raphael en solo ? Du sacré beau boulot. Même si le refrain de son Vent de l’hiver (« C’était le temps des bords de mer / Le temps des Gainsbourg, des Prévert… ») continue de m’évoquer irrésistiblement la musique du Temps des chevaux du trop méconnu Luc Romann : « C’était le temps des chemins / C’était le temps des chansons… » Il est vrai qu’il reprend aussi Barbara ou Manset (« Être Rimbaud… »). Raphael a de bonnes références, et c’est bien ! 

Lobotomie  

Mickey 3d assurait la deuxième partie de soirée, à moins que ce ne soit Mickey tout seul à présent, on a du mal à suivre. D’autant plus qu’avec sa formation de rock lourd, la sonorisation du concert s’avérait proprement insupportable. Comme quoi, la Fédération des festivals a encore du pain sur la planche à ce niveau (sonore)-là, les décibels atteignant avec Mickey des records qu’une élémentaire pensée envers son public devrait interdire. Idem le samedi avec Bazbaz, totalement inaudible, une véritable bouillie. Comme si le premier, pour lequel on a pourtant de la sympathie, voulait imposer son discours critique sur le pouvoir et la société à grand renfort de marteaux piqueurs (mais n’est pas Béranger qui veut !). Comme si le second, intéressant en disque, pensait pouvoir masquer ainsi ses insuffisances criantes en scène. On a connu un vrai terrorisme sonore au milieu des années 80 au Printemps de Bourges : halte à une redite, messieurs et mesdames les artistes (et messieurs les directeurs de festivals qui les accueillez) ! 

Cette façon de faire de la musique (ou plutôt de la défaire) n’a d’autre résultat que de lobotomiser les spectateurs, comme prisonniers à leur corps défendant d’une rave party. Comment disait Julos, déjà ? Les hommes et les femmes sont des chefs-d’œuvre en péril… La dictature du son – surtout lorsqu’on professe des idées généreuses, solidaires, « de gôche » – conduit à proscrire le partage, la communion, le dialogue… et donc tout plaisir. Mickey, Bazbaz, recalés à Montauban, on espère vous revoir ailleurs dans de meilleures dispositions. Et qu’on ne dise pas que c’est la faute à la salle, car Raphael, avant Mickey, c’était parfait compte tenu de la jauge.

 

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Ce jeudi, à la même heure que Raphael et Mickey 3d, Imbert Imbert emballait le public du Magic Mirrors avec « Madame Imbert » (sa contrebasse) et ses chansons qui ne courent pas les rues, si particulières, sombres mais non dénuées d’humour et encore moins de sexe (voir « Génération Chorus » n° 2). Quant à Loïc Lantoine – famille Nougaro, Leprest, Jehan – c’était ensuite du génie verbal sur scène (porté par un trio musical de premier ordre, dont le complice compositeur de toujours, François Pierron à la contrebasse) et du délire dans la salle. Un triomphe… régulièrement répété avec le Nordiste aux « chansons pas chantées ». Loic Lantoine ? À découvrir d’urgence, depuis le temps qu’on ne le voit pas à la télé et qu’on ne l’entend pas à la radio, si vous ne le connaissez pas encore.

 

 

Un pari et un défi  

Vendredi 14. Pour cause de grand soir – comment manquer cet anniversaire ? –, on fut nombreux à devoir faire l’impasse à la fois sur Mélissmell, l’une des Découvertes de l’an passé avec Karimouche et Carmen Maria Vega, et l’excellent François Hadji-Lazaro, revenu sous le nom et avec le répertoire de Pigalle (voir « Florilège de printemps »). Un passeur transversal qui, par ses reprises, sa connaissance profonde de l’histoire de la chanson et l’action de producteur qu’il mena longtemps avec Boucherie Productions (où Clarika sortit son premier album), incarne idéalement le souci d’Alors… Chante ! de marier le présent, l’avenir et le patrimoine.  

C’est justement ce qu’on allait vivre à Eurythmie. En « première partie » des vingt-cinq ans du festival – signe de l’esprit et de la prise de risques permanente de celui-ci (chapeau, Jo !) –, non pas une « grosse pointure » actuellement en tournée, ce qui semblait logique pour attirer du monde en vue d’un « plat de résistance » pas médiatique ni commercial pour un sou, mais une ex-découverte : le Bisontin Aldebert. Un pari pour le festival, un défi pour l’artiste qui en a profité pour créer un spectacle unique en son genre, totalement original, conjuguant ses chansons enlevées (où l’on percevait au départ la patte d’un Souchon) et les prestations dynamiques des membres du Cirque Plume (quatre ou cinq garçons et une jeune femme).

 

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De la BD ligne claire en chair et en noces : le mariage du tour de chant et des tours de piste (de l’acrobatie, du jonglage, du trampoline, de l’expression corporelle, etc.), le tout mis en scène dans un climat d’humour permanent, le « chef » des saltimbanques n’hésitant pas à perturber régulièrement le concert. Un spectacle sur le fil, mais du haut vol (Aldebert s’offrira lui-même un saut périlleux !) et une réussite indéniable, comme le montrait l’auditoire, débordant d’enthousiasme, faisant la preuve qu’il existe des publics de qualité, ouverts à la découverte (le fruit sans aucun doute de la confiance, jamais trahie, accordée aux programmateurs).  

 

 

Mine de rien, Aldebert renouvelle le genre, sans rien retirer au spectateur en quête d’émotion. Il lui offre au contraire un plus teinté de poésie et d’euphorie visuelles (la performance physique du Cirque Plume étant de toute beauté), un supplément d’âme là encore à mettre au crédit d’Alors… Chante ! (et au talent, bien sûr, des artistes, chanteur, musiciens et enfants de la balle confondus). Au final, Aldebert reprendra J’ai dix ans… de Souchon, en l’adaptant à son répertoire, pour fêter dans la joie partagée son dixième anniversaire de scène (c’est le titre de ce nouveau spectacle) et introduire habilement les vingt-cinq ans de la manifestation.

(À SUIVRE)

 

NB. Les photos sont de Francis Vernhet, « envoyé spécial » à Montauban…

 

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 18:02

Supplément d’âme

 

Nous l’avions annoncé en primeur dès le mois de janvier : la soirée anniversaire de la vingt-cinquième édition du festival « Alors… Chante ! » de Montauban, du 11 au 16 mai dernier, invoquerait – convoquerait – l’âme des poètes, « en bouclant la boucle intergénérationnelle des artistes auxquels il a fait la fête ou qu’il a révélés ». Nous y étions et, comme on pouvait l’espérer, la fête a été à la hauteur de l’attente… à l’image du reste de l’affiche.

 

Ce soir-là, vendredi 14 mai, la manifestation dirigée par Jo Masure bat son plein déjà depuis cinq jours. Il y en a pour tous les goûts et tous les publics amateurs de chanson vivante. Dans toutes sortes de jauges aussi. Par ordre croissant de capacité : le Chapitô, destiné (en fin de matinée, début d’après-midi) à la programmation jeune public, « Mômes en zic » ; le Magic Mirrors, lieu d’accueil convivial à partir de 14 h 30 des fameuses Découvertes de Montauban (dont les Vendeurs d’Enclumes seront cette année les principaux lauréats) et de concerts plutôt atypiques et souvent captivants en soirée ; le Théâtre Olympe de Gouges, jolie salle à l’italienne, de capacité médiane pour spectacles « à dimension humaine » à 18 h ; enfin, à 21 h 30, la salle Eurythmie, nécessaire aux soirées de grande affluence (3000 places, moitié assises moitié debout).

 

 

Première constatation : tout est plein, partout, tout le temps, ou presque. Y compris le Chapitô pris d’assaut par les écoles, pour le plus grand bonheur des artistes (Pascal Parisot, David Sire, Abel, Vincent Malone, Bouskidou… et deux spectacles exceptionnels, Les Gens, présenté par La Côterie, autrement dit l’essentiel des Têtes Raides, Christian Olivier en tête, et Hector le Facteur, conte musical signé Nicolas Berton qui forme avec Liz Cherhal et Olivier Touati le trio Uztaglote). Alors… Chante ! est vraiment devenu l’un des tout principaux festivals de chanson en France, et même de l’espace francophone, l’alter ego printanier des Francofolies estivales de La Rochelle dont il a quasiment le même âge (les Francos ont fêté leur 25e anniversaire l’été dernier). L’un des plus courus aussi, la preuve ; sa qualité d’accueil, la sensibilité de son équipe organisatrice, les bénévoles de l’association Chants Libres présidée par Jean-Pierre Crouzat (cofondateur du festival avec Jo Masure), apportant un plus indéniable, un véritable supplément d’âme.

 

La Fédération des festivals de chanson francophone  

Ici, on ne fait pas que dérouler le tapis rouge aux tourneurs et aux artistes en tournée, on a une vraie politique de programmation, comme on pouvait dire d’un journal comme Chorus (ou comme Paroles et Musique auparavant, dont Jo Masure a rappelé publiquement, et de manière fort sympathique, qu’il avait inspiré Alors… Chante !), qu’il possédait une vraie politique éditoriale, une réelle spécificité. D’ailleurs, signe qui ne trompe pas, Alors… Chante ! est chaque année le siège de l’assemblée générale du collectif des festivals francophones, créé dans la cité d’Ingres en mai 2005 à partir d’une charte édictant une vision culturelle et non pas mercantile de la diffusion de spectacles. Ses premiers signataires et ceux qui ont rejoint depuis ce collectif, devenu officiellement lors de cette édition la « Fédération des Festivals de Chanson Francophone » (FFCF), revendiquent notamment « un projet et une direction artistique reconnaissant la chanson comme un art majeur, le respect des artistes accueillis et du public (notamment en matière de son) et un travail de découverte de nouveaux talents et de mise en lumière d’artistes de répertoire ». 

La FFCF, ouverte aux postulants de toutes tailles (y compris des salles proposant un festival en cours d’année comme par exemple le Train-Théâtre de Portes-lès-Valence ou les Trois Baudets de Paris) qui remplissent ces critères, compte développer toujours plus les échanges entre festivals du territoire francophone s’agissant des artistes émergents. « Il s’agit d’initier des complicités plutôt que des concurrences », note le texte de la charte fondatrice. Aujourd’hui, quelque vingt-cinq festivals de Belgique, de France, du Québec et de Suisse composent ladite Fédération (dont on trouvera le détail en liens privilégiés de Si ça vous chante, depuis la page d’accueil, avec tous leurs contacts utiles). 

Dans le Tchatchival, journal quotidien du festival, Bernard Kéryhuel (qui en est le rédacteur en chef… et fut l’un des rédacteurs « historiques » de Paroles et Musique, avant de fonder en Vendée l’association Chants-Sons et le festival Chant’appart), écrit ceci : « Les festivals ont un poids économique considérable. Ils sont facteurs de développement, génèrent de l’emploi, contribuent à l’image des territoires. Ils sont utiles au secteur culturel dans la mesure où ils sont fédérateurs et génèrent fréquemment des synergies entre acteurs institutionnels et privés. Enfin, les festivals représentent des enjeux essentiels pour le développement de carrière des artistes, ils sont souvent des “terres d’accueil” pour les nouveaux talents. » CQFD. À partir de ces constats, la FFCF, par le nombre, la qualité et la diversité de ses membres, devrait pouvoir représenter une force suffisamment incontestable en soi, et d’autant plus nécessaire en période de crise économique, pour que la chanson soit enfin reconnue comme un art à part entière, avec les conséquences pratiques qui en découleraient dès lors au plan des pouvoirs publics voire des médias. 

Elle vient en tout cas à point nommé, au moment (qui dure déjà depuis quelques années : souvenez-vous de la « Génération Chorus » qui a commencé d’émerger vraiment au milieu des années 90, et s’est prolongée par la « Nouvelle Scène ») où les nouveaux talents actuels sont meilleurs, globalement (par rapport à leur âge et à leur courte expérience), que jamais ; ayant parfaitement intégré un double héritage capital : celui du texte qui constitue la marque de fabrique de la chanson française au long des siècles, et celui de la technique musicale, parfois défaillante jadis (surtout par rapport aux musiciens anglo-saxons) bien que les mélodies et les musiques de genre aient toujours fait partie intrinsèque de la chanson francophone.

 

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Et pour ce qui est de mettre en valeur ces nouveaux talents, sans oublier de mettre en lumière les artistes du répertoire, Alors… Chante ! n’a de leçon à recevoir de personne, qui s’est bâti justement sur cette double spécificité, comme l’a montré la soirée anniversaire de sa vingt-cinquième édition. On y a retrouvé la quasi-totalité des principaux lauréats des Découvertes depuis l’an 2000 (les absents, comme Jeanne Cherhal, hélas, étaient retenus par ailleurs), quatorze au total, soit (par ordre alphabétique) : Aldebert, Amélie-les-crayons, Stéphane Balmino (ex-Khaban’), Travis Bürki (ex-Ü), Manu Galure, Daniel Hélin, Imbert Imbert, Jamait, Nicolas Jules, K, Presque Oui (alias Thibaud Deféver), Thierry Romanens et Carmen Maria Vega. Outre Murielle Magellan, la toute première lauréate des « Ricochets » (1985), concours local de chanson qui préfigurait les futures Découvertes du festival. 

Ces « nouveaux venus » dans la carrière allaient s’employer, pour le plus grand bonheur des trois mille spectateurs emplissant Eurythmie, à rendre hommage à leurs illustres aînés, invités d’honneur d’Alors… Chante ! au fil de ses premières années : Hugues Aufray, Leny Escudero, Léo Ferré, Juliette Gréco, Georges Moustaki, Claude Nougaro, Pierre Perret, Serge Reggiani, Renaud, Charles Trenet…

 

Des Bravos qui se donnent la main  

Mais on n’en est pas là. Après un grand spectacle gratuit, en plein air, avec Weepers Circus et Soan pour ouvrir officiellement le festival le lundi (le Cubain Raul Paz le clôturant le dimanche), le mardi fut une grande journée – de l’avis de témoins autorisés (dont nos ex-collaborateurs Yannick Delneste et Francis Vernhet). Les spectateurs se régalèrent, chacun dans le style et la couleur qui lui correspondait le mieux, avec l’excellente chanteuse belge pour enfants Geneviève Laloye (sûrement ce qui est arrivé de mieux en ce domaine ces dernières années) ; avec le jeune trio (masculin) Pauvre Martin, lauréat du prix Claude-Nougaro 2009, et l’ovni de la chanson Éric Lareine (qui fêtait ainsi son retour après la sortie, enfin, d’un nouvel album dont on reparlera) ; avec le tubesque Jacques Dutronc, en rockeur classique, et le tout aussi pince-sans-rire Nicolas Jules qui fit plus que tirer son épingle en première partie ; avec Naïf et Féfé enfin au Magic Mirrors pour terminer la soirée, avant le bœuf traditionnel en ce lieu.

 

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Pour les Découvertes, au nombre de douze – sélectionnées parmi nombre d’autres artistes, inclus les cousins francophones retenus dans le cadre d’échanges entre festivals (voir plus haut), par le comité d’écoute de Chants Libres –, c’est le lendemain que s’engagea la « compétition ». À raison de trois par jour. Le mercredi avec le duo Trois minutes sur mer (« On cherchait des titres sur des variantes de Jules Verne… et ce nom est sorti comme ça »), guitare plus sample (« Ça donne un côté un peu hypnotique. C’est rock à deux, un peu… ») ; la Québécoise Salomé Leclerc, seule à la guitare électrique (« Ce côté électrique me change de mes débuts acoustiques, et je commence à développer ma touche personnelle, nourrie de beaucoup de musiques anglo-saxonnes. » Coté francophone ? « J’adore Daniel Bélanger et Catherine Major ») ; et le quatuor belge BaliMurphy (« Il y a une certaine dualité dans le groupe : texte et côté festif. Mais que les chansons soient festives ou intimistes, le texte est vraiment la charpente »). 

Le jeudi avec l’Acadien Pascal Lejeune, découvert l’an passé au Festival de Tadoussac (« Je n’ai pas la prétention de vouloir changer le monde, je veux juste offrir des petites pauses aux gens qui travaillent dur, alors je mets de l’humour… La musique, elle, country-folk, est au service de mes textes essentiellement inspirées de gens comme Brassens et Boris Vian ; oui ce sont des artistes comme eux qui guident ma route ») ; la jeune Zaz, décomplexée sur scène, à la voix au timbre aussi éraillé qu’impressionnant, qui vient de sortir son premier album (« Mes influences musicales sont très variées. Je suis tombée très vite amoureuse du gospel. J’aime la funky music, le rap, le jazz, le latin-jazz, le jazz manouche, les rythmes espagnols et brésiliens. Question textes, Raphael m’en a écrit quelques-uns après m’avoir vue en concert… Quand je chante, j’ai un grand besoin d’exprimer, d’entrer en résonance avec l’autre ») ; et puis l’excellente formation Vendeurs d’Enclumes, repérée depuis belle lurette par les professionnels mais toujours méconnue du public (« Ma façon d’écrire, dit son ACI Valérian Renault, est assez classique et soignée. Sans doute parce que j’ai écouté des classiques tels Brel, Ferré et Barbara. Au niveau musical, c’est pareil : des arrangements super soignés, des musiciens qui viennent d’univers musicaux très variés et ont des doubles casquettes : comédiens-chanteurs, musiciens-ingénieurs du son… J’ai besoin d’être les chansons plus que de les chanter uniquement. D’où notre style très théâtral »).

 

 

Le vendredi avec Jules (« Mon écriture est souvent ludique, distanciée et fantaisiste. J’essaie d’y glisser du second degré. Cela fait partie de ma culture musicale assez traditionnelle. J’ai écouté Brel, Renaud, Goldman, etc. À côté de cela j’ai aussi une culture alternative, la Mano Negra, Noir Désir… ») ; Mo, une jeune femme assez déconcertante au maquillage assumé (« C’est un rituel avant de monter sur les planches, c’est une façon de transcender… Mon but est d’élargir le chant dès que possible en y ajoutant des éléments plastiques, une chorégraphie ainsi qu’un travail sur la voix. Il faut que le verbe, au-delà du fait d’être verbe, ait une vraie musicalité ») ; puis le trio Bardan’ (« Bardane, c’est le nom d’une plante qui a servi à inventer le velcro. Vous savez, ces petites boules qui s’accrochent à vos vêtements dans les champs… »), aux évidentes sonorités celtiques, bien qu’ils s’en défendent (« C’est peut-être la présence du violon qui veut ça, mais je suis désolé, je ne crois pas qu’on soit si breton que ça. On se situe plutôt entre musique rock et chanson française »).

 

 

Le samedi, enfin, avec Ben Mazué, grand garçon blond sympathique, qui navigue étrangement « entre le rap américain, le slam, la musique humaniste, la soul en plus vocal, le verbe français, le sens des mots et la musique noire américaine en général », accompagné d’un homme-orchestre « qui fait un énorme travail » (et « joue » lui aussi de la « boucle », façon Anaïs, Siméo et d’autres encore) ; la jolie Buridane, tout aussi sympathique (et blonde) en guitare-voix, mais trop réservée encore pour convaincre vraiment (« Côté scénique, j’envie l’énorme bagou de certaines de mes consœurs. Moi, j’écris pour extérioriser des choses. Je ne maîtrise pas le public, à lui de prendre ou de laisser. Je propose et il dispose ») ; puis Le Larron, qui est mon coup de cœur à moi, notamment pour son regard critique et distancié sur la société. « Je ne veux pas être donneur de leçons, prévient-il néanmoins, je trouve cela insupportable. » Alors il fait d’abord dans l’autodérision (« C’est cela l’humour, c’est quand on se moque d’abord de soi »). Musicalement, « il faut une alchimie entre paroles, musique et mélodies. J’ai grandi avec de la musique simple et intelligente : Brel, Brassens, Ferré, Dutronc, Renaud, Arno… ».

 

 

Ces Découvertes 2010 d’Alors… Chante !, suivies par un jury de professionnels et un autre représentant le public (22 pros et 200 spectateurs respectivement), dans un Magic Mirrors qui a fait chaque jour salle comble (550 à 650 personnes), confirmant l’engouement des festivaliers pour ce label de qualité, véritable appellation contrôlée de l’événement montalbanais, ont donné lieu à un triple coup double, puisque les « Bravos » des professionnels et ceux du public se sont donné la main. Première salve d’applaudissements pour les Vendeurs d’Enclumes (dont le chanteur, chauve il y a peu, est désormais chevelu et moustachu) ; la deuxième pour Ben Mazué ; la troisième pour Zaz. Voilà qui en dit long sur le goût du public, qui entérine celui des pros, tous genres musicaux confondus en outre, lorsque les uns et les autres sont sur le terrain. Le seul qui vaille, celui du terreau vivant de la chanson ; la représentation que prétend donner de celle-ci la télévision, faussant les prétendus choix du « grand public », étant, elle, souvent atterrante.

(À SUIVRE) 

 

NB. Les citations des artistes programmés en découvertes sont extraites d’interviews réalisées par Xavier Lacouture pour Tchatchival, le journal du festival.

 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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