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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 12:20

Rapport d’enquête

 

L’inspecteur DorémifasolLlado au commissaire blogueur,

Je me suis délecté à la lecture des différents commentaires sur les rapprochements musicaux que j’ai proposés dans « L’Amusicoscope » (celui concernant Brel et Beethoven a fait du « buzz » jusque dans les pays anglo-saxons !). Et si la plupart des autres ressemblances évoquées par les lecteurs ont déjà été traitées dans mes chroniques sur Europe 1, il y a néanmoins des pistes de réflexion musicale et chansonnière très intéressantes que je ne manquerais pas d’explorer…

 

six-notes.jpg

 

Merci, par conséquent, de prier nos « honorables correspondants » de bien vouloir poursuivre leurs filatures, tous azimuts, afin de nous permettre d’ouvrir de nouvelles enquêtes (ou de rouvrir des « enquêtes classées » faute d’éléments suffisants) que j’essaierai de faire aboutir en y apportant les indices nécessaires et probants.  

Ainsi, un des lecteurs de Si ça vous chante a envoyé ce commentaire (à l’article « Beethoven vs Brel ») : « J’ai trouvé des ressemblances entre Les Mains d’or de Lavilliers et le célèbre Les Yeux noirs russe. » Ce démarquage m’avait en effet sauté aux yeux (aux oreilles !) et j’en avais fait un montage diffusé en janvier 2006 sur Europe 1. Il était assorti d’une ressemblance avec une chanson interprétée par une certaine Mimi Kay intitulée Éternel dilemme. Rien ne se perd, rien ne se crée…  

Vous trouverez ici ce montage et les précisions que j’y apportais à l’époque.

 

Les Yeux Noirs, etc.

 

Amusicalement vôtre

Serge Llado

  

« On pompe, mais on n’est pas les seuls… »

La chanson Ochi Chernye (Les Yeux noirs) est un célèbre traditionnel d’Europe de l’Est. Elle appartient au patrimoine commun des folklores russe, juif et tzigane. Vers les années 1930, cette valse devient un standard de jazz (à quatre temps) grâce notamment à Louis Armstrong.  

Guy Marchand l’interprète ici, en version française [CD NostalGitan, Virgin Classics 1998], dans le style du grand Django Reinhardt, dont vous entendrez en fin de montage l’un de ses plus étincelants héritiers, le guitariste manouche Stochelo Rosenberg.  

En 2001, dans son album Arrêt sur image [CD Barclay], Bernard Lavilliers propose une nouvelle chanson, Les Mains d’or, qui emprunte – à peu de chose près – la même mélodie sur les mêmes harmonies. Si vous tendez l’oreille, vous remarquerez qu’en contre-chant de Lavilliers, le violoniste s’amuse à reprendre un refrain de Dany Brillant, Quand je vois tes yeux [CD Havana, WEA 1996], qui est une façon malicieuse de dire : « D’accord, on pompe, mais on n’est pas les seuls ! »  

Par quel mystère Les Yeux noirs sont-ils devenus Quand je vois tes yeux puis Les Mains d’or ? Je l’ignore, mais pour faire bon poids, je vous ai trouvé un album [paru en avril 2006] d’une ravissante Suédoise de 29 ans, mannequin à ses heures. Elle se nomme Mimi Kay et sa chanson Éternel dilemme est aussi un démarquage (pour ne pas dire plus !) de Ochi Chernye  

Non, décidément, rien ne se perd !

  

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Published by Fred Hidalgo - dans L'Amusicoscope
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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 18:26

Appellation d’origine contrôlée (AOC « SÇVC ») !

   

Deux fournées coup sur coup de nouveautés du disque, présentées de façon circonstanciée… et allez savoir pourquoi, au lieu de se satisfaire (momentanément) de cette sélection, je dois faire face à une forte recrudescence de demandes ! Des attachés de presse bien sûr (dont c’est le travail), mais aussi des artistes et des lecteurs « lambda » qui m’écrivent sur mon e-mail perso. Si ce n’était le signe manifeste d’une carence dramatique existant en France et plus généralement dans l’espace francophone en matière de critique chanson, je ne le relèverais même pas, pour continuer mon petit bloghomme de chemin… Mais pour avoir tenté, trente ans durant, de rendre compte autant que possible de la réalité de la création, vous me faites culpabiliser. On ne se refait pas.  

 

stylo fleurAlors, les disques s’accumulant à vitesse grand V jour après jour dans la discothèque de Si ça vous chante (même si tout ce qui sort dans l’espace francophone ne parvient pas jusqu’à nous) et les demandes d’info faisant florès (même si ce blog n’est pas un organe de service public), nous n’avons d’autre possibilité pour tenter de satisfaire le plus grand nombre que de lâcher la bonde ! Aux grands maux, les grands remèdes : chaque fois que nous croulerons – comme c’est littéralement le cas aujourd’hui – sous le poids de nouveautés particulièrement dignes d’intérêt, plutôt que de faire l’impasse sur les trois quarts d’entre elles (ce rendez-vous chansonnier n’étant pas ou plus l’œuvre de toute une équipe de journalistes), nous nous « contenterons » de publier une sélection, sans appréciations particulières ou fouillées, le seul fait d’entrer dans celle-ci se voulant un gage de qualité. En tout cas, le signe tout ce qu’il y a de plus officiel d’une « Appellation d’origine contrôlée “Si ça vous chante” » ! Autrement dit : on a écouté attentivement, on a fait nos choix, on aime… et donc on vous le recommande. 

 

L’iceberg de la chanson

 

À en juger par l’importance de cette sélection (d’ailleurs à suivre... sauf si elle ne générait qu’indifférence), on peut s’interroger sur le fossé énorme et qui va s’élargissant sans cesse entre la création proprement dite et la toute petite partie d’entre elle qui parvient jusqu’au « grand public ». Au mieux, elle est comme la partie émergée de l’iceberg, de quelque dix pour cent, et ce malgré l’instauration des quotas radio de chanson d’expression française (40 %) datant déjà d’une quinzaine d’années. La faute à qui, à quoi ? Vaste débat qui relève en fait d’un manque général de considération dont souffre la chanson par rapports aux arts « nobles ». Pour nos « élites » en particulier, comme pour la plupart des médias audiovisuels qui s’en servent (comme d’un robinet à générer de la pub) au lieu de la servir, elle n’est que passe-temps, un loisir parmi d’autres. Mais si ce n’est pas un art, alors il n’en existe aucun autre, la chanson n’étant rien de moins que la résultante de deux arts reconnus, et non des moindres : la poésie et la musique.

 

cigare

 

La faute à quoi ? À coup sûr – entre autres choses – à ces fameuses « play-lists » des grandes stations de radio qui, en réduisant la diffusion de chansons à quelques dizaines de titres seulement par mois dans l’ensemble de leurs programmes, constituent par définition la pire des censures. Puisque ce choix, quel qu’il soit, fait fi de la grande majorité de la création (alors que la censure politique pointait des titres précis), qu’on renvoie ainsi, l’air de rien, aux oubliettes. Comme si rien d’autre n’existait que ce que l’on diffuse. Et avec la meilleure conscience du monde, en sus, chaque radio, au moment d’établir sa play-list, obéissant simplement aux « couleurs » de son antenne… Encore heureux qu’il existe des créneaux spécialisés dans ces réseaux, œuvres de passionnés, compétents et indépendants d’esprit à la fois (comme, pour n’en citer que deux qui se complètent à la perfection, Sur le pont des artistes d’Isabelle Dhordain sur France Inter et On connaît la musique de Thierry Lecamp sur Europe 1). 

 

discours

 

Vaste sujet, disais-je, qui touche à la fois aux mentalités et à l'économie. Ce n’est donc pas ici et maintenant qu’on résoudra l’équation de l’art et du commerce (du lard et du cochon ?), de l’élitisme et du populaire, mais il n’est pas interdit d’en débattre, tout au contraire.  

 

Florilège… et utopie ?

 

En attendant, voici un florilège alphabétique purement informatif – avec, le cas échéant, quelques citations éloquentes de l’artiste ou du communiqué de presse – des albums et DVD chanson parmi les plus intéressants, significatifs et/ou prometteurs de ces derniers temps. À vous de prolonger la découverte en plongeant dans les sites indiqués (où l’on peut souvent écouter des chansons)… puis en nous apportant, dans l’intérêt commun, les commentaires et appréciations qui font défaut cette fois. Ça ne serait qu’un juste retour des choses, après tout. Pourquoi ça serait toujours aux mêmes, hein, qu’on demanderait de jouer les solistes en restant passifs à leur écoute… alors qu’on peut très bien chanter en chœur ?! Ensemble, comme diraient Goldman et Leprest de concert : ensemble, s’y mettre tous ensemble… Je rêve ?  

 

ordi

 

• ANGE : Le bois travaille, même le dimanche, 12 titres, 70’48 ; Prod. Un pied dans la marge, distr. L’Autre Distribution (site).
Le 31 janvier dernier, quarante ans jour pour jour après son premier concert, Ange était à l’Olympia. Histoire de lancer sa nouvelle tournée, La 40e Rugissante. « Le dinosaure du rock français n’a pas fini d’étonner » : plus de trois mille concerts, six disques d’or, six millions d’exemplaires au total… et cet « album anniversaire » qui nous concocte « un voyage en Autarcie, pays imaginaire où l’être heureux est hors-la-loi, où le bois travaille, même le dimanche ». Hors mode, hors du temps mais d’une belle modernité, le groupe de Christian Décamps est en quête d’éternité ! 
 

• ARBON : Ça arrive à tout le monde, 12 titres, 44’08 ; Prod. P&PP/WTPL, distr. PIAS (site).
Troisième album (le premier, Être et avoir été – salué pour son écriture ciselée et ses mélodies où s’affirment son goût pour le jazz et la pop anglo-saxonne –, est sorti en 2005) « d’un fabuliste rock » dont les chansons, écrit Michel Serres, « sont intelligentes, fines, légères, secrètes ». Après un deuxième opus, Il pleut au paradis, qui lui vaut un coup de cœur de l’académie Charles-Cros en 2007, celles-ci se présentent tour à tour gaiement lucides, drôles, profondes, contemplatives, invitant à la légèreté ou au bonheur. Le tout sur des ambiances pop-rock teintées de folk et d’électro. 
 

• ARTHUR H : Mystic rumba, 2 CD, 24 titres, 54’06 + 110’09, Prod. Mystic Rumba-Polydor, distr. Universal (site).
Arthur aime le grand écart. Après l’excitant tourbillon de guitares, de machines et de groove de L’Homme du monde (Victoire de la musique 2009 de l’album pop-rock), après l’énergie explosive de la tournée qui suivit, le voici seul, en piano-voix. « J’avais besoin d’une solitude partagée, d’une intimité sensuelle, très proche des gens, de me retrouver face à moi-même, sans artifice, comme exposé sous une loupe géante. » L’album permet aussi de passer au microscope une sélection de son répertoire des vingt dernières années. Pourquoi « Mystic » ? « Pour le côté mystérieux de la musique qui relie les gens de façon sensuelle. » Et « Rumba » ? « Pour la fête, la fantaisie, le délire vers lesquels j’ai envie d’aller… » À noter qu’Arthur dédie cet album à Lhasa (voir « Hommage » dans ce blog) : « Ma sœur de rêve, vivante dans mon cœur, tu m’as toujours inspiré, et tu guides ma voix. » 
 

• ASTIER & MAC AVOY : Délires et vicissitudes de l’amour, 10 titres, 33’56 ; Prod. Encore Merci/Cristal Records, distr. Rue Stendhal (site).
Un cocktail de duos délirants qui mettent en scène un couple déjanté en pleine crise, qui règle ses problèmes en chansons. « Elle (Dominique Mac Avoy) est folle, il (Claude Astier) est terrorisé. Elle est indifférente quand il brûle d’amour. Elle devient nymphomane, il jette le gant. Elle s’envoie en l’air avec le boucher. À la Fête de l’Huma, elle le trompe avec un bossu. Il craque, devient hypocondriaque, se ruine chez un  psychiatre lacanien, déprime et finit par se suicider au gaz. » Le précédent album d’Astier (sans Mac Avoy mais avec les Frères Sakarine), La Lune au fond du verre, était sorti en 2006. 
 

• BAZBAZ : La Chose, 11 titres, 35’33 ; Prod. Sakifo Records, distr. Wagram Music (site).
Né en 1967, Camille Bazbaz participe à son premier concert en 1986 avec le groupe Le Cri de la Mouche. Son premier album, Dubadelik, paraît dix ans plus tard, en 1996, année de sa première tournée. Après diverses collaborations dont la composition de plusieurs B.O.F., suivront Sur le bout de la langue en 2004 et Le Bonheur fantôme en 2007. Entre-temps il a écrit aussi neuf chansons pour Sandrine Kiberlain et a donné 120 concerts lors de sa tournée 2007-2008. Il reprend aujourd’hui la route avec ce quatrième opus plein de vie et de tumultes amoureux, La Chose, produit par un label de la Réunion où il s’est posé le temps de l’écrire. « Sa musique un peu rauque ’n’ drôle n’a pas besoin d’assistance électronique pour tenir la route. Ça groove : basse asiatique, batterie africaine, percu caribéenne, guitare post-ibérique… »  

 

disques-a-vendre

   

• ALEX BIANCHI : Silence on pense, 14 titres, 56’30 ; Prod. Cosmopolite Records-Bianchimusic, distr. Mosaic Music (site).
« À l’instar de l’atmosphère ambiante de notre société, où la parole et les effets d’annonces sont les maîtres-mots de nos maîtres du jeu politique et économique, Silence ! On pense… est un appel à tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de l’ouvrir. » Un premier album résolument optimiste, d’un artiste « à la voix rauque, au répertoire à fleur de peau, écrit Albert Weber dans les DNA : reggae, rock et blues colorent ses chansons françaises aux allures de passerelles : besoin de dialogue, d’échange et de fraternité pour ce citoyen du monde alsacien aux racines italiennes ». 
 

• CENDRIO : Ma route, 11 titres, 37’32 ; Lest Production, distr. Mosaic Music (site).
Trois albums auparavant sous son vrai nom (Emmanuel Travier), puis virage à 41 ans, ou plutôt retour aux sources pour cet Italien d’origine installé à Angers qui a choisi de s’appeler désormais Cendrio. Des chansons « où les mélodies et les textes se rencontrent avec force et sensibilité : Cendrio trace sa route, traverse son époque et nous surprend en nous laissant conter ses histoires drôles et graves à la fois, ses ressentis et ses sentiments vécus ou imaginaires, ceux que l’on rencontre tous un jour ou l’autre ». 
 

• COKO : Tango des organes se départageant le corps de l’homme, 12 titres, 49’08 ; Prod. Sur l’air de rien, diffusion@corentin-coko.fr (site).
De nombreuses premières parties (Arthur H, Da Silva, Loïc Lantoine, Alexis HK, Guidoni, Rémo Gary, Laffaille…) et ce premier album « parrainé » par Michèle Bernard (« Enfin un jeune homme en colère, mais qui n’oublie pas d’avoir de l’humour, et de faire de ces deux atouts une arme redoutable et décapante contre la bêtise humaine ») : ni guitare, ni batterie ni basse électrique mais une équipe de douze musiciens acoustiques représentant tous les instruments d’un orchestre classique. « Tout cela afin de mieux servir les textes qui, ironiques, poétiques ou écolo-rigolos, témoignent d’une écriture mûre et affinée ».

 

• COUP D’MARRON : Pour les chiens, 14 titres, 49’22 ; Prod. La Souris, distr. Mosaic Music (site).
Cinq musiciens dont un ACI, Wilfried, venus de La Rochelle, et troisième opus après Atoll à terre (2005) et Emporte (2007), « entre murmures et coup d’gueule extrêmes », notait alors Chorus... Un album Pour les chiens, « un titre qui est tout autant un hommage qu’un slogan », qui cherche « à s’amuser avec folk, rock et acoustique “à la française” » et à s’affirmer toujours plus « dans la chanson à texte : petites confessions poétiques, humanistes et emportées ». 
 

• LES COWBOYS FRINGANTS : En concert au Zénith de Paris, 13 titres, 58’26 ; Prod. La Tribu, distr. Wagram (site).
Quiconque a déjà vu les Cowboys Fringants sur une scène est pour toujours frappé par la puissance de ce groupe québécois : une force qui combine musicalité, intensité, énergie physique, esprit festif, engagement, mais surtout, communion avec le public. Les Cowboys Fringants, c’est Marie-Annick Lépine au violon, à l’accordéon, à la mandoline et à la flûte, Jean-François Pauzé aux guitares et à l’écriture des chansons, Jérôme Dupras à la basse et à la voix et Karl Tremblay au chant principal. Sur scène, ils sont accompagnés par deux autres musiciens, à la batterie, aux guitares, à la mandoline et au piano. Comme ici, lors de ce concert enregistré un soir de novembre dernier au Zénith de Paris : « un instantané d’émotions, la capture d’un moment unique, d’une célébration par la chanson sans pareille dans la francophonie ». 
 

• CRISTINE : Hors-piste, 12 titres, 45’14 ; Prod. Les Viveurs, distr. Coop Breizh-Avel Ouest (site).
Après dix ans et deux albums en duo (Sedrenn) avec la chanteuse grecque Elisa Vellia, harpiste comme elle, Cristine relève le défi de rendre harpe celtique et chanson française compatibles. C’est en Bretagne qu’elle rencontre sa famille musicale et sort un premier album, Les Chaussures, en 2007. Celui-ci, produit par le label lyonnais Les Viveurs, confirme sa trajectoire d’artiste hors normes, « affranchie et rêveuse, entre Adèle Blanc-Sec et Philémon ».  

 

corbeau

   

• HENRI DÈS : Carte blanche à Henri Dès au Festival Mino, avec Geneviève Laloy, David Sire, Alain Schneider et Steve Waring, 17 titres, 70’09 ; Production Mary-Josée, distr. France : Universal (site).
Consacré au jeune public, le festival Mino, qui a lieu chaque année à Paris en décembre, aime proposer un moment unique propice aux rencontres entre artistes. Pour l’édition 2009, Mino avait choisi d’offrir une carte blanche à Henri Dès qui a rassemblé autour de lui Alain Schneider, David Sire, Steve Waring et le « coup de cœur » et grand prix Mino 2009, la chanteuse belge Geneviève Laloy. À concert exceptionnel, CD exceptionnel enregistré à l’Espace Cardin le 5 décembre dernier : 17 chansons (dix d’Henri Dès dont une Petite Charlotte en grande forme) interprétées en solo par leurs auteurs, en duos ou reprises en chœur. Une vraie réussite ! 
 

• SANDRINE DEVIENNE : Chante Marie-Josée Neuville, 10 titres, 28’22 ; Autoproduit, en vente chez Les Amis de Georges www.lesamisdegeorges.com ou Le Mot de Passe, 13 av. Pierre Brossolette, 94400 Vitry-sur-Seine (site).
Interprète des poètes (Verlaine, Nadaud…) ou de Brassens, Sandrine Devienne reprend cette fois le répertoire de celle que l’on surnommait à l’époque (elle n’avait que dix-sept ans) « la Collégienne de la chanson » : neuf titres tirés de ses trois premiers disques de 1956 et 1957 et le dernier, Johnny Boy Song, extrait du CD Couleur sépia enregistré par Marie-Josée Neuville en 1998 (avec quinze inédits), plus de trente ans après ses derniers disques. « J’ai tout de suite été séduite par ses chansons espiègles, drôlement impertinentes, précise Sandrine ; j’ai éprouvé beaucoup de bonheur à les chanter. Elles sont le reflet de toute une jeunesse qui aspirait à plus de liberté d’expression. » Les orchestrations et la réalisation sont signées Yves Uzureau. 
 

• MONIQUE HUTTER : Courrier du cœur…, 12 titres, 38’ ; Prod. Daniel Huck, en vente sur (site).
Monique Hutter écrit et compose, Daniel Huck est non seulement le brillant saxophoniste alto que l’on sait mais aussi un scatteur fou ! Ensemble ils ont déjà sorti deux albums « où ça swingue sévère entre deux morceaux musette ou bossa nova ». Voici le troisième, sans esbroufe, aussi sobre que juste dans l’interprétation et l’orchestration (outre Daniel Huck, Daniel Colin au piano et à l’accordéon, Michel Altier à la contrebasse et Patrick Diaz à la guitare). Auprès de ses propres chansons, sarcastiques, narquoises, nostalgiques, pétulantes, toujours touchantes, des reprises superbes de Barbara (Vienne), de Brassens (Pénélope) et une de Brel, mi-dite mi-chantée (La Chanson des vieux amants). « Puisqu’il paraît que les bipèdes sensibles vont vite faire échapper la chanson au collagène, aux fumigènes et aux machines de scène, ils vont écouter Monique Hutter », rendre justice à ses chansons et à son chant… 
 

• JOFROI : Les Plus Belles Chansons de Jofroi pour les enfants, volume 2, 17 titres, 46’11 ; Productions du Soleil, distr. DJP (site).
Belge du Sud (il vit dans le Gard), ACI à double casquette (pour adultes et jeune public), directeur artistique du festival Chansons de Parole de Barjac, Jofroi a écrit de nombreux contes musicaux pour les enfants, émaillés de chansons drôles, tendres et fantaisistes, pétillantes de vie et d’invention. Tirées de leur contexte, ces chansons composent à elles seules un répertoire riche et entraînant, dont ce volume 2 vient compléter (après la réédition, l’automne dernier, du volume n° 1) un joli florilège. 
 

• KATEL : Décorum, 11 titres, 38’33 ; Prod. V2 Music, distr. Universal (site).
« Au printemps 2006, c’est Yann Tiersen qui a compris le premier le diable qui dormait en Katel. Il venait de la voir sur scène aimanter le public avec les chansons de ce qui deviendra quelques mois plus tard le mini-album, Raides à la ville, et l’avait conviée en première partie de ses concerts. » Dans la foulée, Katel a écumé les salles de France pendant deux ans, seule d’abord « avec sa guitare rock de gauchère, toute en retenue et en tension, quelque part entre Dominique A et PJ Harvey » puis avec son groupe. Decorum est son premier véritable album, qu’elle a voulu « plein, total, cérébral et jouissif ». À signaler la participation de Jeanne Cherhal et de Nosfell aux chœurs. 
 

• ROMAIN LATELTIN : Le Râleur made in France, 11 titres, 32’27 ; Autoproduit, distr. Mosaic Music (site).
« Chanson française baignée d’humour et de dérision, saupoudrée de quelques touches d’électro : attention, Romain Lateltin est un artiste à suivre. Sa spécialité ? L’album conceptuel, à écouter impérativement dans sa chronologie, et qui raconte l’histoire d’un personnage inventé, auquel chacun pourra s’identifier ». Ce Râleur, joyeux et ensoleillé, est le troisième CD de Romain, après À l’intérieur de soi-même (2004) et Elle veut de l’homme (2006).  

 

camion pizza

   

• PAUL MESLET : Les jours qui tanguent, 12 titres, 43’07 ; Prod. Le Chant des Hommes (site).
Son premier album, Drôl’ de copain, date de 1981… et pourtant celui-ci n’est que le second. « À l’époque, nous écrit son auteur, j’avais eu l’honneur d’une critique assez élogieuse dans Paroles et Musique n° 19 avec Jean-Roger Caussimon en couverture. Ça m’allait bien, ce cousinage ! Vous avez assez souvent signalé mes spectacles, parlé de mes tournées et de mon passage au Printemps de Bourges. Ensuite, les années 85-90 sont passées par là, meurtrières pour beaucoup d’entre nous. Certains ont disparu complètement, d’autres ont trouvé un second boulot : Michel Boutet, éducateur ; Jacques Bertin, journaliste ; Gérard Pierron, électricien… » Et Paul Meslet, enseignant, s’occupant « avec passion, comme Rémo Gary, des éclopés du système éducatif en délicatesse avec la vie. » Mais on n’éradique pas le virus de la chanson, encore moins si Allain Leprest et Gérard Pierron vous proposent de le partager… 
 

• PAULINE PARIS : Le Grand Jeu, 14 titres, 48’06 ; Prod. Quart de Lune, distr. Rue Stendhal (site).
Second album d’une jeune femme à l’allure de titi… Parisien, mais qui aime à brouiller les pistes. Après Sans sucre, s’il vous plaît (2006), Le Grand Jeu a tout d’un parcours aussi déroutant que jubilatoire. « On dit parfois qu’un album doit être homogène, qu’il doit y régner une atmosphère particulière tout du long. Dans celui-ci, j’ai voulu donner à chaque titre un univers particulier. Alors nous avons travaillé sur les arrangements, le choix des instruments (cordes, batterie, percussions, cuivres, claviers, harmonica…) et le mixage. On s’est bien amusé à faire ça et j’espère que les gens s’amuseront aussi ! » Les titres sont éloquents : Un pour deux, Corrida, Amor à mort !, Mamzelle de Machin-Chouette !, Aux armes Paname, Me prends pas l’chou Jack, X… Pauline Paris se fiche des modes et des barrières entre les styles : ses influences-révérences vont de Brel à Rita Mitsouko, de Billie Holiday à Gainsbourg... 
 

• PIGALLE : Des espoirs, 14 titres, 43’39 ; Prod. Saucissong Records, distr. L’Autre Distribution (site).
Boucherie Productions (qui produisit notamment le premier album de Clarika), Les Garçons Bouchers, Pigalle… Tout cela et pas que, c’est François Hadji-Lazaro, auteur, compositeur et interprète, un pan à lui tout seul de l’histoire de la chanson et du « métier ». Il y a deux ans, Pigalle était réapparu avec un album d’anciens titres parsemé de nouveautés, Neuf et occasion, et une tournée de 80 dates. Celui-ci propose treize chansons originales du « Gros François » qui déclinent de façon non moins originale, en sous-titres, le titre de l’album (Des espoirs de douceurs, Des espoirs nostalgiques, Des espoirs déçus, Des espoirs d’ailleurs, Des espoirs rêveurs…) et se moquent comme toujours des limites et des étiquettes, assemblant toutes sortes de familles musicales, de sons et instruments hors des normes habituelles. À noter la reprise rock totalement déjantée du tube de Graeme Allwright, Il faut que je m’en aille
 

• JEAN-PIERRE RÉGINAL : Fragile accalmie, 14 titres, 48’10 ; Prod. Romane Disques (site).
« Si l’on devait résumer en une phrase la carrière de Jean-Pierre Réginal, on pourrait dire qu’elle est celle “d’un auteur-compositeur, d’un pianiste-chanteur, arrivé au fil du temps à façonner avec rigueur et patience ses textes et ses musiques, en s’appuyant sur l’héritage de la chanson française de qualité” ». Un parcours « d’artisan de la chanson », d’artiste de scène avant tout, sa discographie se réduisant à cinq albums : trois 33 tours (1975, 1978 et 1981), un CD En concert enregistré à la radio sarroise en 2000 et celui-ci, arrangé par Jean-Luc Arramy (piano, accordéon, cordes, cuivres), où il nous fait partager « ses variations barométriques, ses zones de turbulences, ses escales sous le soleil exactement, ses émotions drôlement tendres, et quelques fragiles accal­mies ». 
 

• ALAIN TREMBLAY : Langue de bois, 11 titres, 39’12 ; Prod. L’Assoc’ Québéchoise (site).
Québécois d’origine et Ardéchois d’adoption, cet ACI se fait volontiers appeler « le Québéchois ». Alain Tremblay (qui « a écrit à ce jour plus de 150 chansons, donné des centaines de concerts dans la francophonie ») fête ses vingt ans de carrière « entre légèreté et engagement » avec ce second album qui souhaite « faire la synthèse de son parcours artistique commencé au Québec au début des années 90 et poursuivi en France depuis » (Cuvée 2001 des « Astagiaires » d’Astaffort ; premier album, Acoustique, la même année ; prix du public au Trophée Radio France 2003 de Périgueux…).

 

(À SUIVRE… ?)

NB. Merci à Bridenne pour ses illustrations.

   

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 09:59

Plus vite que la musique (suite)

   

Trente-troisième article de Si ça vous chante. À la grande époque du 33 tours, on était loin d’imaginer son remplacement par un disque à lecture optique. À l’arrivée de l’objet CD, le concept même de « dématérialisation » aurait paru incongru. Aujourd’hui, un blog permet d’un seul clic de faire suivre chansons et vidéos à domicile ! Mais si les outils changent, le but reste le même, toujours le même (du moins chez nous) : le partage de la découverte et du meilleur de la création. Comme le montre à nouveau cette trente-troisième fournée chansonnière. Bon appétit !

 

À vous, si ça vous chante, d’aller plus loin dans la dégustation et/ou de compléter ces appréciations par vos commentaires gustatifs de gourmets de la chanson. Des commentaires, soit dit au passage, fort appréciés de l’ensemble de nos lecteurs et en particulier des artistes dont il est question, toujours à l’affût des réactions des hôtes de ce blog aux saveurs des plats qu’ils ont amoureusement mitonnés.

   

Michèle Bernard

On a beaucoup parlé d’Anne Sylvestre ces derniers temps dans Si ça vous chante ; or, s’il est une chanteuse de la génération suivante qui pourrait revendiquer sa filiation spirituelle, c’est bien Michèle Bernard. À sa manière évidemment, Michèle Bernard possédant son propre univers qui ne ressemble à aucun autre dans la chanson actuelle – singularité qui est la marque distinctive des grands artistes. Découverte au Printemps de Bourges 1978 (époque « nouvelle chanson française » donc), la Dame à l’accordéon (à laquelle on accolait volontiers, aussi, l’étiquette de chanteuse néo-réaliste) doit en être, avec celui-ci, à son quinzième opus. Le précédent revisitait en Piano voix ses trente ans de chanson en 2008 ; son dernier album de créations originales à ce jour, Le Nez en l’air, remontant à 2006.

 

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Cet enregistrement propose la reprise récente avec les six voix féminines d’Évasion (groupe vocal de la région de Valence qui compte cinq albums à son actif) d’un spectacle écrit et créé en 1991. « Une variation sur le thème des frontières, des pays et des origines, écrivait Valérie Lehoux dans le dossier de Chorus n° 19 (printemps 97) consacré à Michèle Bernard : l’histoire d’un groupe de femmes déambulant dans l’Histoire. » L’entreprise était téméraire. « Pour la mener à bien, la chanteuse dépoussière de vieux hymnes patriotiques, met en musique Blaise Cendrars, Sully Prudhomme et Joachim du Bellay, écrit des titres originaux. » À sa création, la critique est unanime, le public aussi : « avec ce spectacle, Michèle Bernard finit de s’imposer comme l’une des artistes les plus originales de sa génération. » 

 

Michèle Bernard – Mes enfants

 

À l’automne 2008, pour Chorus n° 65, Michèle confiait à Michel Kemper sa décision de reprendre Des nuits noires de monde, toujours plébiscité par le public, grâce au fait d’« être proche des filles d’Évasion : on est en phase pour le revisiter. Ce sera voix, orgue de barbarie et un peu d’accordéon… Avec deux ou trois morceaux retravaillés, un nouveau et ce que les chanteuses d’Évasion, avec leur vécu, leur répertoire aussi, vont apporter elles-mêmes à cet univers. » Le résultat ? Il est là, et il est probant : des voix qui s’accordent à merveille, une belle ferveur, vingt-trois chansons dont quatorze de Michèle et, parmi les autres, un traditionnel tzigane et un portugais, un morceau en berbère et un titre en espagnol sur un poème de Miguel Hernandez. Dénominateur commun ? La chaleur humaine et son corollaire, la solidarité. Finalement Le Petit Théâtre se referme : « Musiciens, poètes / Demain d’autres fêtes / Mettront de l’or dans vos yeux / Au milieu des guerres / Ne jamais se taire / Crier la vie et adieu… »

• Michèle Bernard et Évasion : Des nuits noires de monde, 23 titres, 64’48. Prod. EPM, distr. Universal (site Internet).

    

Michel Bühler 

buhler.jpgEnregistré au Théâtre de l’Échandole, à Yverdon (Suisse), du 23 au 26 septembre dernier, avec trois musiciens aux guitares, contrebasse, accordéon et bandonéon, Voyageur retrace Les Tribulations d’un chanteur en Suisse (et ailleurs dans le monde, au Kosovo, au Sahara, au Café arabe de Jésusalem…  ou Rue de la Roquette), de son tout premier succès, Helvétiquement vôtre (1969), à plusieurs inédits de 2009. De la tendresse, de la poésie et de l’humour, que demander de plus ? La Simple histoire de quarante ans de carrière phonographique résumée en un seul album dont l’auteur (compositeur et interprète), malgré tout, malgré le temps qui passe et le monde tel qu’il est et se défait, s’efforce encore et toujours de croire en l’Homme : ouvert par une Berceuse pour un enfant qui vient, ce concert ne s’achève-t-il pas sous le signe de L’Espoir… ? Généreux et nécessaire Bubu !

 

Michel Bülher – Si le temps

 

• Michel Bühler : Voyageur – Enregistrement public, 21 titres, 75’06. Éditions du Crêt Papillon, distr. France : EPM, Suisse : Disques Office (site Internet).

 

 

Nilda Fernandez 

quichote_3.jpgJe me souviens d’un certain Daniel Fernandez, découvert à l’occasion de son 33 tours de 1981, puis sur scène au Printemps de Bourges. Je me souviens de Frédéric Dard me demandant dix ans plus tard, en tête à tête, ce que je pensais d’un certain Nilda Fernandez qui venait de sortir son premier album CD : Nos fiançailles, Madrid Madrid, Entre Lyon et Barcelone… Succès immense et apparemment fulgurant – sauf que dix ans s’étaient écoulés entre ces deux premiers albums, dix ans, le lap de temps moyen pour faire d’un débutant un véritable artiste. L’année suivante, en 1992, Nilda figurait au sommaire du premier numéro de Chorus, en « Rencontre », juste après Léo Ferré…. et avant Maurane et Richard Desjardins ! Et déjà, il confiait (à Pascale Bigot) ses doutes sur ce métier : « Toute réussite repose sur un malentendu : au-delà d’un certain nombre de disques vendus, on doit se poser des questions. Sur scène, quand j’arrive accueilli par une ovation, cela me gêne presque… »

 

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Un deuxième CD suivit « normalement » en 1993 : Ne me fais pas mal. En 1997, avec un superbe album sans frontières, Innu Nikamu, l’artiste commençait à dérouter son monde. Il prit alors ses distances avec le métier, ou plutôt avec ce que le métier attend d’un artiste à succès : qu’il fasse fructifier son fonds de commerce, en réutilisant les mêmes recettes. En 1999, il consacre tout un disque en espagnol, Castelar 704, à la poésie de Federico Garcia Lorca ; en 2000, telle une carte postale d’adieu, il adresse ses Hommages à la chanson française, avec un disque surprenant de reprises. Et puis plus rien, du moins discographiquement parlant, car Nilda va continuer de mener sa vie d’artiste de scène mais le plus souvent à l’étranger, en Amérique latine, en Russie où il s’installe, où il devient une vedette, où il crée même un festival itinérant ; sans oublier de rentrer en France, discrètement, le temps d’un concert ou deux. « Je crois en l’organisation du hasard, dit-il aujourd’hui. Ma vie est difficile à lire parce que, de l’extérieur, on ne sait pas forcément à quoi elle obéit. »

   

 

Enfin, l’automne dernier, Nilda retourne en studio pour nous donner de ses nouvelles. Après quatre mois de travail à Gênes, avec des musiciens italiens, il regagne Paris pour enregistrer sa voix (et les accordéons de Marcel Azzola et de Lionel Suarez) : « C’est difficile d’enregistrer ma voix quand on ne comprend pas mes textes… » Dix ans d’attente donc ! Pour douze chansons en forme d’autobiographie. De son « départ » (« Le monde est en délire et moi je me tire / C’est une façon d’être en avance », chante-t-il rétrospectivement dans Plus loin de ta rue, une merveille de chanson d’amour, avec refrain en espagnol et guitare flamenca) à son « retour », avec le titre qui ouvre l’album (un tube assuré pour peu que les médias veuillent bien le diffuser) : « Plages de l’Atlantique / Ou falaises de la mer Baltique / Je reviendrai sûrement un jour / Je reviendrai place de la Concorde / Ou de la révolution d’Octobre… » 

 

Nilda Fernandez – Où tu habites

   

Nilda ? Un artiste majuscule, un maître ès-mélodie, un chant vibrant grâce auquel on croit tout ce qui est dit, écrit, décrit, raconté. Comme Je lui raconte, justement. Comme Berceuse (« Pendant que dans le monde / Y a des gens qui se lèvent / Y a des gens qui se couchent sous les bombes… »). Comme Si tu me perds (« On devrait pas se laisser mourir / Tant qu’on s’est pas tout dit / Mourir, mourir et sans prévenir / C’est pas d’l’amour d’ami »). Comme Où tu habites, constat de l’absence divine avec chœurs en anglais (« À force de ne pas comprendre où tu es, où tu habites / Je finirai par me pendre / Alors réponds-moi vite, réponds-moi vite »). Comme Le monde est ce qu’il est (« …Et t’aurais tort de dire / Qu’il est laid »)… Voulez-vous que je vous dise ? J’aime tellement ce disque, ou plutôt ce disque est tellement beau – paroles et musiques, chant et orchestrations (d’une richesse et d’une subtilité rares) – que je me sens paralysé à l’idée d’en parler seulement en quelques lignes. Dans l’idéal, il y faudrait l’équivalent de ce dossier de Chorus, que nous avions prévu de consacrer à Nilda Fernandez à l’occasion, justement, de cet album. Alors, dites-vous simplement qu’un « Quichotte » de Si ça vous chante, non seulement ça se mérite mais, surtout en l’occurrence, que ça ne se discute pas !

• Nilda Fernandez : éponyme, 12 titres, 38’10. Prod. N. Fernandez, distr. Harmonia Mundi (site Internet).

   

Lokua Kanza  

Un moment de répit dans ce monde de brutes, c’est ce que nous propose Lokua Kanza. Et bon Dieu – c’est le cas de le dire, puisque dans sa langue maternelle, le lingala, le titre de ce septième opus (inclus un CD collectif avec Gérald Toto et Richard Bona en 2004) signifie « L’Éternel » – quel bien fou cela fait ! Retour aux sources pour ce natif de l’ex-Zaïre (« Je suis né à Bukavu en 1958, d’une mère rwandaise tutsi et d’un père congolais mongo. Mais c’est à Kinshasa, où mes parents se sont installés en 1964, que j’ai grandi »), après un album entièrement en français dans le texte, Plus vivant, en 2005 (le premier datait de 1993). L’artiste précisait alors à Jean Théfaine (cf. Chorus 52, Rencontre) que son but n’était pas de devenir « un chanteur de variétés françaises, c’est de me faire comprendre du plus grand nombre. En Afrique, où je voyage beaucoup, je rencontre quantité de gens qui sont noirs de peau comme moi, qui ne parlent pas ma langue et qui viennent me trouver : “Monsieur Lokua, on aime ce que vous faites… mais on ne comprend pas ce que vous dites. Ce qui est hallucinant, c’est que du matin au soir, je parle en français avec tous ces gens ! C’est quoi cette relation entre le parler et le chanter ? Il y a une sorte de tabou monstrueux… »

 

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Retour aux sources, car cette fois, c’est le tabou de l’artiste africain chantant en français qui allait frapper : Plus vivant n’a pas été accepté par les tenants de l’orthodoxie la plus obtuse. Comme si un artiste devait emprunter à vie les rails normalisés que le « métier » a posés devant lui une fois pour toutes. Retour aux sources donc, à la limpidité originelle avec ce disque en lingala… et en portugais pour une chanson en duo, car entre-temps Lokua Kanza, fâché de ces malentendus (!), s’est installé au Brésil où Nkolo a été partiellement enregistré (à Rio de Janeiro, ainsi qu’à Paris et Kinshasa). Il en reste le meilleur de l’artiste : sa voix exceptionnelle, ses talents de mélodiste et de musicien, pour continuer de célébrer – comme le notait Jean Théfaine et comme permettent de le vérifier les traductions du livret – « une Afrique tout en douceurs et en suspensions ». Avec l’ambiance du village paternel notamment, mais aussi l’absurdité des guerres tribales, la problématique de l’exil… ou encore « le cri d’un homme qui, accablé par le poids de la vie, s’en remet à Dieu » (Nkolo).

 

Lokua Kanza – Nkolo

 

La morale de l’ensemble ? « Une façon d’être et un état d’âme zen. » Une chanson l’incarne à elle seule, c’est Famille : « Quand tu es en vie / Dis aux tiens que tu les aimes avant de mourir / Montre-leur comme tu les aimes / Dis-leur que tu les aimes… » Avec ce nouvel album, aux sonorités musicales (ondes martenot, piano, flûtes, percussions, clochettes, contrebasse, harmonica, chœurs… et la participation de Sylvain Luc à la guitare) au diapason de la voix de velours de Lokua, l’artiste nous convie dans sa maison d’amour. (À voir à Paris, à l’Européen, ces 6 et 7 mai.)

• Lokua Kanza : Nkolo, 12 titres, 42’25. Prod. L. Kanza/World Village, distr. Harmonia Mundi (site Internet).

   

Zed van Traumat  

van-Traumat.jpgAttention, découverte ! Nous l’avions repéré il y a déjà quelque temps, d’abord au sein du groupe Traumat & Triogolo, au hasard ensuite de ses nombreuses premières parties (de Katerine, Émily Loizeau, Bertrand Belin, Thomas Fersen, Diterzi, Nicolas Jules, Berry, Higelin…) ; découverte confirmée en 2009 à l’écoute d’un premier album autoproduit. Nous l’avions même programmé au sommaire du n° 69 mort-né de Chorus… Depuis, Zed van Traumat, Charentais bon teint comme ne l’indique pas son nom, a fait du chemin, jusqu’à remporter récemment le prix du « Centre des écritures de la chanson » décerné par l’association Voix du Sud organisatrice des Rencontres d’Astaffort. Du coup, Francis Cabrel lui a proposé de le prendre en licence dans son label Cargo/Chandelle et c’est donc sous cette étiquette, avec une distribution nationale, que vient de (re)paraître, le 29 mars dernier, ce Belge andalou qui joue de l’humour pince-sans-rire, à l’image de ce titre où une belgitude fantasmée se marie avec d’imaginaires racines hispaniques. Car ZVT est prêt à tout… sauf à être ce Chanteur français de variétés, insipide et incolore, dont il brosse le portrait : « Chanteur français / Chanteur sans frais / Brasser du vent / Tout simplement / Se contenter / De dire je t’aime / Tout en vivant bourgeoisement / Des revenus de la Sacem… »

 

Zed van Traumat – Vous autoriserez-vous

 

On l’a compris, ZVT n’a pas sa langue dans sa poche, ses références à lui lorgnant plutôt du côté de Brel et de Gainsbourg, de Trenet ou de Nougaro, même s’il s’applique à chanter sans un mot plus haut que l’autre. C’est piquant, provocateur, ça peut être tendre ou cruel et même érotique (Vous autoriserez-vous ?), comme un antidote au cynisme ambiant, mais ça ne se prend jamais au sérieux. Musicalement, c’est feutré, la voix en avant dans une ambiance jazz (guitares, sax, batterie et contrebasse, avec quelques notes de-ci de-là d’accordéon, de trompette, de bugle, de violoncelle ou d’orgue Hammond) qui ne dédaigne pas les incursions dans les musiques de genres, tango ou blues par exemple. Sur scène, note avec justesse le communiqué de presse, « cet échalas trentenaire au verbe aiguisé comme la lame du matador s’impose comme le poète de nos vicissitudes ordinaires », une sorte de Boris Vian d’aujourd’hui : c’est d’autant mieux vu que Zed van Traumat avertit lui-même qu’il pratique la chanson comme d’autres la tauromachie. Olé !

• Zed van Traumat : Belge andalou, 12 titres, 48’31. Chandelle Productions, distr. Sony Music (site Internet). 

 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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