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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 20:53

Écrire pour ne pas mourir

 

Écrire pour tout raconter,
Écrire au lieu de regretter,
Écrire et ne rien oublier,
Et même inventer quelques rêves
De ceux qui empêchent qu'on crève
Lorsque l'écriture, un jour, s'achève...

(Anne Sylvestre, Écrire pour ne pas mourir, 1985)

   

On célébrait cette semaine la Journée de la Francophonie. L’occasion pour l’amoureux de la langue française que je suis de vous annoncer (information qui m’a été officiellement communiquée il y a quelques jours) que ce blog est désormais in the Top of the Blogs ! Autrement dit, Si ça vous chante fait à présent partie des blogs les plus fréquentés de France et de Navarre (par des « usagers » non seulement français ou francophones mais d’un peu partout à travers le monde). Il ne nous aura donc fallu que quatre petits mois (Si ça vous chante a commencé d’« émettre » seulement à la mi-novembre) pour se retrouver au sommet de la blogosphère !

 

Quand je dis nous, ce n’est évidemment pas un nous de majesté, mais un nous qui nous rassemble, car c’est d’abord et avant tout grâce à vous, lecteurs de Si ça vous chante, à votre intérêt initial et aujourd’hui à votre fidélité et à votre prosélytisme – le bouche à oreille semblant fonctionner à fond, puisque je n’ai lancé aucune opération spéciale de promotion –, si ce résultat a été obtenu. Avec mention spéciale, qui plus est, de mon serveur (qui m’adresse de « vives félicitations pour votre travail »), raison pour laquelle je me fais un devoir de les partager – l’information comme les félicitations – avec vous...

On peut s’en amuser, et c’est volontiers mon cas, n’ayant jamais été « accroc » aux hiérarchies, si ce n’était que ce classement révèle deux choses essentielles. Primo, que la façon pour le moins expéditive dont « on » a mis fin à la revue Chorus n’a pas été « digérée » (à en juger notamment par les témoignages, par courrier ou courriel, de centaines d’anciens lecteurs inscrits à ce blog…). Secundo, que Si ça vous chante a bel et bien pris la relève des « Cahiers de la chanson » – du moins autant que possible (on ne remplace pas comme ça, au débotté, une revue de 200 pages et de près de 20 ans d’âge) –, mais avec ce petit plus du son et de la vidéo ainsi que de l’interactivité immédiate traduite notamment par vos commentaires sur les articles, le dialogue entre lecteurs ou la possibilité d’envoyer des informations d’intérêt général. Avec ce parallèle aussi que chacun peut avoir accès à l’ensemble des sujets publiés depuis la création de Si ça vous chante, comme on pouvait consulter la collection complète de Chorus dans sa bibliothèque. 

Des avantages et des inconvénients du format « papier » et du format « virtuel » : si Chorus n’a jamais, de toute son histoire, failli à sa règle de parution dans les kiosques le premier jour de chaque saison, Si ça vous chante a été privé de nouvelles contributions la semaine passée du fait d’une « tour » informatique défaillante… et de l’impossibilité de remédier rapidement à ce problème. La Tour prends garde : les lecteurs de Si ça vous chante, privés de leur pâture, vont monter à l’assaut ! De fait, une fois le contact rétabli, des dizaines de courriels personnels sont « montés » sur mon ordi pour s’inquiéter de mon silence. Comme si un blog devait avoir une périodicité bien précise, comme si celui-ci s’était effectivement substitué à Chorus, comme si l’on était en manque…

Bref, des joies de l’informatique ! Ce qui me permet de vous proposer ce clip de Chanson Plus Bifluorée – de vieux compagnons de la chanson, qui nous offrirent une nuit d’été, en « after » réunion de rédaction, un « concert » mémorable sous les étoiles, où l’on refit en chœur avec d’autres artistes encore (dont Jehan, Jofroi ou Allain Leprest cette fois-là) l’histoire de la chanson francophone (oui, je sais, on me le réclame suffisamment : je dois écrire un livre sur l’histoire de Chorus…). Leur détournement de la chanson popularisée par Ouvrard, J’ne suis pas bien portant (« J’ai la rate qui se dilate », etc.), comme un rap avant l’heure (d’avant la Seconde Guerre mondiale !), écrite par Géo Koger et composée par Vincent Scotto, est un régal. Un morceau de choix irrésistible. Que ceux et celles qui n’ont jamais connu le moindre des désagréments évoqués dans cette parodie leur jettent la première icône… ou le premier spam, le premier virus ou ce qui leur passera par l’écran.

 

 

Plus sérieusement, cette panne momentanée de texte, de son et d’images – venant après celle, brutale et définitive de Chorus, qui m’a fait connaître quatre mois durant (jusqu’à la naissance de ce blog) la « petite mort » si joliment décrite par Souchon, avec l’impossibilité soudaine de continuer à écrire, donc à exister (ou presque), après quarante ans non-stop de partage éditorial – a mis en évidence certaines responsabilités de ma part, à défaut de responsabilités certaines. Des responsabilités sinon pratiques, vu les circonstances, en tout cas morales sachant l’attente immense causée dans l’espace francophone par la disparition de Chorus. Attente non pas virtuelle mais bien réelle, et concrétisée aujourd’hui par l’entrée de Si ça vous chante au « Top des Blogs » !

L’entrée et non l’arrivée, si tant est qu’il y ait jamais dans la vraie vie une ligne d’arrivée, l’important étant le chemin que l’on trace et non de parvenir au but. « Ce n’est pas le but, c’est le chemin qui compte », m’a dit un jour Jean-Jacques Goldman (un expert en Traces !) ; ce qu’en d’autres termes le grand poète andalou Antonio Machado, mort en exil à Collioure, quelques jours après avoir franchi les Pyrénées, fuyant le franquisme, avait anticipé ainsi : « Caminante no hay camino, se hace camino al andar » (Chemineau – au sens où l’entendait Gaston Couté – il n’existe pas de chemin tout tracé, chacun trace le sien en cheminant).

 

Chanter, c’est lancer des balles

Le « Top des Blogs » ! Ce n’est pas rien, et j’insiste là-dessus uniquement pour vous en remercier, car si j’apporte ma petite pierre à l’édifice de la chanson française et de l’espace francophone (non, ça n’est pas un pléonasme, comme on a cru bon me le dire, l’espace francophone regroupant quantité de chansons en langues vernaculaires, à commencer par le créole), c’est bien de votre faute (pardon, grâce à vous !) si nous en sommes là. Non loin des cimes de cette pyramide hexagonale (si j’ose dire !) formée de blogs par milliers (dizaines de milliers ?), tous serveurs confondus – de journalistes, d’écrivains, d’éditorialistes, d’économistes, de scientifiques, de politiques, de sportifs, d’artistes, d’institutions, d’organismes, d’événements, de manifestations diverses… et bien sûr de la sphère purement privée. Là, au top de la blogosphère !

Et maintenant… que vais-je faire ?  

Écrire des livres, notamment celui sur Chorus réclamé à cor et à cri ? Continuer à en éditer (puisque Fayard me fait l’honneur, Chorus ou pas, de me considérer comme son « Monsieur Chanson ») ? Alimenter régulièrement Si ça vous chante en reportages, en critiques de disques, en comptes rendus de concerts et de festivals, en infos diverses ? Tout cela à la fois, sûrement, et d’autres choses encore qui me trottent par la tête. Mais en ce qui concerne spécifiquement Si ça vous chante, tout dépendra de l’écho reçu – c’est la règle du jeu énoncée dès le « Prologue » de ce blog – et en l’occurrence, on le voit et on l’entend, il résonne fortissimo (bien qu’il faudrait faire en sorte qu’il se répercute encore et encore, pour renouer en particulier avec la plupart des lecteurs de Chorus qui doivent toujours ignorer l’existence de cette façon différente de... faire chorus). Il doit pouvoir compter aussi sur la collaboration de tous les contributeurs qui le souhaitent, artistes, professionnels ou simples « amateurs » de chanson (la rubrique « Chant libre », je le rappelle, a été conçue à cet effet… et ne s’use que si l’on ne s’en sert pas !), pourvu bien sûr que leur apport au débat chansonnier intéresse l’ensemble de nos lecteurs. Comme nous continuerons de compter sur la participation spéciale de Serge Llado (bientôt de retour avec son « Amusicoscope ») et d’anciens membres de notre équipe.

Voilà.
  

  

Cette entrée de Si ça vous chante au top des blogs valait bien un édito. Et deux chansons pour l’incarner. Écrire pour ne pas mourir d’Anne Sylvestre, citée en exergue. Si authentique, si juste pour peu que l’urgence d’exprimer – que l’on soit auteur de chansons ou éditorialiste – fasse intrinsèquement partie de vous. Et Chanter, c’est lancer des balles d’Alain Souchon, en point d’orgue. Car si je souscris évidemment à la teneur sensible des propos d’Anne Sylvestre, il est un point fondamental où je diverge de ceux-ci : je n’écris pas en pensant d’abord à moi (« Et que vous soyez critiques ou pleins de bienveillance / Quand je soigne mes mots, c’est à moi que je pense… ») – et je ne suis pas sûr que je mourrais (même à petit feu, en m’étiolant) du seul fait de ne plus pouvoir écrire. En revanche, il m’est physiquement et spirituellement impossible de ne pas partager le fruit de mes écrits, lequel est aussi le fruit de nos découvertes et de nos engouements. Écrire, pour moi, c’est comme chanter pour la Souche, c’est lancer des balles afin que les autres les reprennent au bond.

Alors, à vous de jouer… si ça vous chante ! 

 

PS. Juste pour le plaisir : cet édito (avant la création d’une nouvelle rubrique, dont le premier article sera beaucoup plus court) est publié le 31 mars. Histoire de ponctuer en beauté (?) un mois marqué par des records de fréquentation successifs, couplet après couplet, de « cette chanson qui nous ressemble ». Mais aussi parce que demain sera pour moi jour de fête et de retrouvailles amicales : c’est mon anniversaire... Le premier sans un numéro de Chorus à préparer. L’an passé, nous venions de sortir le n° 67 avec Tryo, Serge Lama et Juliette Gréco en sujets principaux et nous commencions à travailler sur le n° 68 avec trois grands dossiers consacrés à Olivia Ruiz, Alain Bashung et Claude Nougaro... Demain ? Le 1er avril ?! Eh oui, et si ce n’est pas un poisson d’avril, en revanche je revendique la ténacité bien connue des béliers.

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Éditoriaux
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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 20:15

Militants du quotidien

 
Un jour la croissance viendra
Un jour mon patron m’dira
Allez ! J’vous augmente aussi
Mais aujourd’hui j’vous licencie...
(L’Homme Parle, La Crise, 2009)


Les élections régionales françaises de ce dimanche 21 mars (c’est l’printemps !), dont le résultat constitue un désaveu cinglant de la majorité actuelle… sans que cela ne lui inspire la moindre remise en cause, font immanquablement penser à la chanson de Léo Ferré, Ils ont voté… et puis après ? Le contexte social n’est certes pas le même, ni la situation politique, la France de 1969 s’étant bien ancrée à droite en réaction aux événements de Mai 68, alors que celle d’aujourd’hui vient d’opérer un virage radical à gauche. Mais le pays a beau avoir voté massivement contre une politique qui mène droit dans le mur (déficit national se creusant de façon abyssale parallèlement à la montée inexorable du chômage… et aux bénéfices indécents du capitalisme financier), les autistes de l’Elysée et de Matignon font mine de croire que rien ne s’est passé ce dimanche : les Français ont voté… et puis après ?! Léo reviendrait, il serait stupéfait de constater ce retournement complet de sens !

Heureusement, la relève est là pour donner de la voix, les héritiers spirituels du Grand Ferré ne manquent pas, qui n’hésitent pas à… parler vrai. En témoigne justement cette chanson de L’Homme Parle, La Crise, qui date de l’an dernier mais reste hélas d’une actualité brûlante. Tout en étant musicalement jubilatoire ! Écoutez et voyez donc.



L’Homme Parle ? Un groupe de sept garçons et une fille qui reflètent parfaitement la France de 2010 : Yas et Dgé aux percus, DJ Diez aux platines et à la beatbox, JB aux claviers et aux guitares, Jazz à la batterie, tout le monde et Tony Mandell, Joana et Marxs en particulier au chant, ce dernier (le « jeune homme » bien sur lui et rasé de frais de la bande, qui s’accompagne à la guitare dans la vidéo) signant la plupart des chansons, paroles et musiques.
  

Une découverte de plus, originaire du Gard, à suivre de près, surtout si leur inspiration musicale (entre rap, reggae, slam et musique du monde) se fait moins répétitive d’une chanson à l’autre, seul reproche de forme que l’on puisse faire à ce premier album sorti en juin dernier (il aurait dû être présenté dans le numéro d’automne 2009 de Chorus, c’est donc un « rattrapage », sachant qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et que L’Homme Parle a tout l’avenir devant lui).

 


Pas encore vus sur scène, mais il paraît que leurs concerts sont « brûlants » et que dans ce monde de brutes auquel s’oppose L’Homme Parle, la femme, Joana en l’occurrence, n’a pas non plus la langue dans sa poche ! Des héritiers spirituels de Léo Ferré, disais-je : jugez-en à l’écoute du morceau éponyme de l’album, L’Homme parle. C’est du lourd, dirait Abd al Malik.

Toute l’actualité et les dates de concerts du groupe sur son Myspace. L’album, autoproduit, est disponible soit par correspondance chez Direkt Tribal Family, c/o CSCS Valdegour, 4 place Pythagore, 30900 Nîmes, ou en distribution nationale chez Pias.

Pour le fond, chacun est libre d’apprécier à l’aune de ses goûts et dégoûts, d’adorer ou de détester ; pour ma part, ça me réjouit car c’est vivant, tonique, et si c’est un peu court parfois comme analyse politique, c’est aussi la règle du jeu qui veut ça, une chanson n’étant pas un manifeste… tout Marx, même avec un S au bout, que se nomme l’auteur-compositeur ! Et puis, la réalité quotidienne n’est pas moins brutale, tout au contraire, bien plus primaire, que ce disque de combat.

hommeparle.jpg

Comme son titre l’indique, Militants du quotidien, il s’agit en effet de chanson sociale pur beurre, « du hip-hop alter mondialiste » que ne renierait pas un Renaud époque Hexagone. Amateurs de gentils airs pas dérangeants et de bluettes pour soirs d’été sur fond de coucher de soleil, s’abstenir… « Enfants du métissage des cultures et du brassage des ethnies », L’Homme Parle se veut le symbole d’une jeunesse unie contre toutes les formes d’oppression et de discrimination. « Pour changer les choses au quotidien et aspirer à plus d’humanité ». C’est plus réaliste qu’utopique, entre désillusion et lendemains qui chantent… ou pas, selon le tournant vital pour la planète et ses habitants qu’on choisira collectivement de prendre. Mais le constat est fait, les questions sont posées et ça swingue d’un bout à l’autre : La Quête du temps perdu, Quelle Terre on va laisser ?, Les Smicards du cœur, Le Peuple de l’ombre, Un rêve brisé en France, De quoi sera fait demain ?
 

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Published by Fred Hidalgo - dans En bref et en vrac
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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 13:41

Les Passerelles de l’hiver (fin)


Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l’aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m’habite et qui m’obsède
(Louis Aragon/Jean Ferrat, Les Poètes, 1969)



 

Pas facile, après l’adieu à Jean Ferrat qui a remué le peuple de France comme rarement lors de la disparition d’un chanteur (fût-il Le Fantôme de la télévision, comme il s’était ironiquement autoproclamé) de poursuivre notre travail de promotion de la chanson francophone… Mais outre le fait que, dans ce domaine-là plus que dans tout autre, « The Show Must Go On », n’est-ce pas justement le poète d’Antraigues qui notait la nécessité de lutter contre l’indifférence ou le silence ? « C’est à partir du Festival "Chansons de Parole" de Barjac [cf. la photo ci-dessous, avec Jofroi], que je parraine depuis la fondation, que je me suis vraiment rendu compte de la richesse et de l’extrême diversité qui caractérise la chanson française actuelle et en même temps de la scandaleuse mise à l’écart par les médias de ses meilleurs représentants. Au cours de ces années, j’ai eu ainsi la chance de faire la découverte d’artistes qui m’ont enthousiasmé et je suis sûr de ne pas être le seul... » Oui, nous devons continuer, toujours, à dire ce qui nous habite et nous obsède : voici donc la suite (et la fin) de nos passerelles de l’hiver dédiées aux chanteurs de la « Génération Chorus ». Avec un « Quichotte », la distinction phonographique majeure de Si ça vous chante, pour une chanteuse Major qui nous vient de Nouvelle France. Et un autre pour l’artiste de la nouvelle chanson suisse romande qui monte, qui monte...



FerratJofroi.jpg

« Rasez les Alpes, qu’on voie la mer »
, chante Michel Bühler ; c’est un peu-beaucoup l’objet de ce blog : refuser le repli frileux, fuir les chapelles bardées de certitudes (j’aime les gens qui doutent…), jouer à saute-mouton avec les frontières (en tout genre) pour mieux se rapprocher les uns des autres, tout en s’ouvrant de nouveaux horizons. Un blog avec lequel, par milliers déjà à travers le monde (de Tahiti à la Réunion, d’Astaffort à Ouagadougou, de Boston à Pernand-Vergelesses, de Paris à Moscou, de Tadjoura à Risoul, de L’Auberson à Tourinnes-la-Grosse, de Québec à Saint-Malo, de Praslin à Diego-Suarez, de Vernet-les-Bains à Tokyo, de Montevideo à Barcelone… ou d’Antraigues à Brezolles), vous faites chorus !

C’est sûr, c’est acquis : le « fil » est renoué (pas complètement toutefois : tous les jours, d’anciens lecteurs de Chorus se déclarent surpris de découvrir ce blog seulement aujourd’hui – et il en reste sans doute une majorité encore à informer de son existence), mais il ne tient qu’à vous et au bouche à oreille qu’il se renforce et s’étire à l’infini : il suffit d’ajouter son lien dans vos courriels, de le recommander à vos amis et relations aimant la chanson… et de s’y inscrire pour être automatiquement (et brièvement) averti de ses principales réactualisations. Merci d’avance et d’ores et déjà bonne balade, ici et maintenant, en paroles, en musiques et en images (animées !) avec Catherine, Thierry, Florent… et les autres.


Catherine Major

quichote 3Si des « Victoires de la Chanson » francophone existaient (les « Victoires de la Musique » étant trop souvent et depuis trop longtemps l’expression de défaites de la chanson, le show-business qui est à leur origine, en totale harmonie avec lui-même, privilégiant logiquement le commercial – qu’il fût de grande qualité, d’ailleurs, ou parfaitement médiocre), nul doute que cette jeune femme québécoise se serait retrouvée en tête de liste dans les catégories révélation scène et meilleure chanson de l’année…

major2

L’évidence ne se discute pas. Catherine Major, repérée depuis deux ou trois ans dans les festivals, de part et d’autre de l’Atlantique, de Montauban à Tadoussac, est en effet l’une des plus belles découvertes de ces derniers millésimes. Et Le Piano ivre, un chef-d’œuvre qui, comme le bateau du même nom, nous emporte immanquablement vers un monde de poésie enchantée. Rose sang, qui vient de sortir en France (mais que Catherine a autoproduit en 2008 au Québec), est son second album : depuis le premier, Par-dessus bord (2004), nous avons eu à de multiples reprises le loisir de vérifier tout le bien qu’on a pensé d’emblée de cette chanteuse au piano, née à Montréal (il y a eu tout juste 30 ans ce 17 février).

 


Sur scène, interprète sensible, pianiste classique (son oncle est François Dompierre, compositeur et chef d’orchestre bien connu au Québec), elle séduit avec un répertoire à la fois intime et universel, qui est souvent l’œuvre, côté textes, de l’auteur Éric Valiquette. Influences-références ? Catherine adore Brel et Ferré, mais aussi Desjardins, « le plus grand de chez nous », confiait-elle à Daniel Pantchenko pour son « Portrait » de Chorus (n° 66) ; c’est en scène en effet que « Catherine enfonce le clou par ses envolées vocales et son rapport très physique au piano : “Au départ, je suis une expressive, tout le temps en train de bouger. Ce n’est pas prémédité, c’est comme un trop-plein !” »



Mais il se fait tard… alors, comme il ne s’agit plus ici de presse, autant s’empresser de faire silence pour vous donner tout simplement à voir et à entendre le clip du Piano ivre, texte de Valiquette, musique de Catherine. Et comme cette chanson est vraiment magnifique – à l’image du CD en son entier, où la batterie, le Fender Rhodes, la contrebasse, la guitare électrique, le cor français et la voix d’Alexandre Désilets s’unissent au piano et à La Voix humaine (dernier titre de Rose sang) de la chanteuse –, j’ai le plaisir de vous offrir un bonus pour le même prix : le même titre, non plus en « mono », mais en « stéréo » et à quatre mains, avec Daniel Lavoie, s’il vous plaît. Si vous ne craquez pas après ça, je rends mon tablier…

- Rose sang, 14 titres, 56’42 ; Prod. Anacrouse/Abacaba, L’Autre Distribution (
site de l’artiste ou myspace).


Morro

morroSon premier album, Des scènes, est sorti fin 2007. Coproduit par À Brûle Pourpoint, le label de Batlik, celui-ci a été conçu « avec un parti fort » : entièrement écrit, composé, arrangé et joué par l’artiste ; chœurs et illustrations de pochette en sus ! C’est de saison, décidément, surtout chez les Bretons : Jeanne la Nantaise avec Charade (voir article précédent), Morro le Rennais avec Le Rythme des caractères. Multi-instrumentiste donc (guitare, basse, batterie, percussions et cymbales, clavier Rhodes… il n’y a qu’une intervention de clarinette qui lui échappe dans le titre n° 9), Morro revendique quant à lui une production « à l’ancienne : pas de retouche “pro tools”, pas de copier-coller, mais une bonne dose de sueur ».

OK. Mais pour dire quoi et comment ? Musicalement, c’est « indéniablement personnel », annonce le communiqué de presse. Et c’est si vrai que c’est assez difficile à définir, entre balades et complaintes aux ambiances lancinantes et répétitives, plutôt minimalistes. Côté textes, c’est du vécu, ou plutôt ça parle de la difficulté de vivre. On y côtoie toutes sortes de personnages, hommes, femmes ou enfants du pays d’en bas ou venu d’en haut :
« Je suis l’homme électrique / Hargneux mais tempérament stoïque / De place en place, je communique / Un œil sur l’heure et un œil sur la suite / Sur n’importe quel argument je glisse / Je gravite… »
 


Le disque s’achève cependant sur une note d’espoir, en forme d’ode à l’Autodidacte (« Moi c’est le son qui m’appelle et même / Sans partition, je l’entends dans mon cœur / J’en ai eu besoin et sans tergiversation / J’ai plongé dans cet art mineur… »), qui renvoie opportunément au premier titre, Le Cancre de Pennac, en entrouvrant des portes que la société bien-pensante s’évertue à tenir closes : « Insuffisant, peu motivé / Distrait ou indiscipliné / C’est souvent les mêmes termes qui reviennent sur ce carnet / […] “Tu finiras au travail à la chaîne / Car tu es fainéant, c’est ton problème” / Alors pourquoi en dessin ai-je toujours vingt sur vingt / Pourquoi en musique aussi, tout se passe bien ? / […] Mais j’assume, je suis comme le cancre / Le cancre de Pennac… » Visible ici, le clip de cette chanson – sans doute la plus réussie – figure également en bonus vidéo dans cet album inégal mais prometteur de Morro qui, sur scène, recrée en solo le même univers musical.

- Le Rythme des caractères, 12 titres, 37’22 + bonus vidéo ; coprod. Errances & À Brûle Pourpoint, distr. Musicast (
site de l’artiste).


quichote 3Thierry Romanens

L’homme aime à brouiller les cartes. Considéré comme le chef de file d’une nouvelle chanson helvétique (en terme de générations), après l’avènement des Bühler, Auberson et Henri Dès, puis des Sarcloret, Bel Hubert, Rinaldi et autres Simon Gerber et Gaspard Claus, mais avant Jérémie Kisling, François Vé, Pierre Lautomne, K ou Zédrus, il est en fait né en Alsace (certes d’origine fribourgeoise et installé à Yverdon).

Romanens

Auteur-compositeur qui n’a rien à envier à ses pairs (cf. ses trois albums studio : Le Sens idéal en 2000, Les Saisons du Paradis en 2004 et Le Doigt en 2006), il propose douze nouveaux titres (outre une reprise réarrangée, Il était temps) écrits, l’un par Kent (Cash) qui avait déjà « fauté » avec lui par le passé, et tous les autres par Fabien Tharin (également compositeur ou cosignataire des musiques). Un signe d’humilité (de lucidité ?) que l’on aimerait voir plus souvent à l’épreuve chez ses collègues, tant il est vrai, comme l’avait écrit Claude Lemesle pour Chorus, que « tout seul, on n’est pas assez ». Du moins dans bien des cas. Comme ici, où le résultat est plus que probant : « On connaissait chacun le travail, les points forts et les points faibles de l’autre, explique Romanens,
mais sans doute par pudeur ou fierté, on n’avait jamais songé à travailler ensemble. Et puis, un jour il est arrivé avec un texte. C’était incroyablement proche de ce que je suis et de ce que je ressens, tout en me laissant l’espace pour l’interprétation. »


Thierry Romanens – Je m'appelle...


L’interprétation ? On en jugera à l’écoute de la chanson éponyme de cet opus, Je m’appelle…, ou de la vidéo du premier titre, Skipper, de l’album précédent, mais, bien assurée (ex-humoriste, il vient du théâtre), elle reflète les accents propres à cette façon d’être particulière de la « chanson française » (génériquement parlant) qu’est la chanson suisse romande. Celle-ci a d’ailleurs le vent en poupe, même si certains de ses représentants, comme Michael von der Heide, qui donne de la voix sur ce disque (alors que Jérémie Kisling y intervient à la guitare électrique), ont du mal à percer. Curieusement, Romanens (prononcer Romanance) rappelle aussi certaines inflexions vocales de Romain Didier.

 


 


« Entre coups de sang et élans d’amour, notes d’humour et même de provocation, notait Olivier Horner, correspondant de Chorus pour la Suisse, dans son Portrait de l’artiste (n° 58), Romanens largue cette image de farceur qu’aime à lui accoler l’Helvétie. » L’évolution est confirmée ici (même si, « dans la scénographie d’un récital détonant, rappelait encore Horner, le clown, surtout dans les interludes bavards, revient parfois au galop »), doublée d’une exploration musicale menée avec le trio de jazz Format A3 (Alexis Gfeller au piano, Fabien Sevilla à la contrebasse, Patrick Dufresne à la batterie), enrichi pour l’enregistrement d’un quintet de cuivres, de claviers et de cordes. Un bien beau bouquet musical… et un discours de fleurs à comprendre entre les lignes : « C’est toujours l’envers qui dessine / Les contours de l’endroit / Soyez pas surpris en contre-chant / Maintenant que vous m’connaissez mieux / D’voir poindre un peu d’Afghanistan / Chaque fois que je me fends / La poire en deux… »

- Je m’appelle Romanens, 13 titres, 47’05, Prod. L-Abe et Thierry Romanens, L’Autre Distribution (
site de l’artiste ou Myspace).


Tryo

tryoOn ne présente plus ce groupe, bien sûr. « C’est un phénomène. Et qui dure, écrivait Daniel Pantchenko dans le « chapeau » du dossier de Chorus (n° 67) qui lui était consacré.
Une adéquation exceptionnelle avec un public qui a su grandir (en âge et en nombre), le fruit d’une amitié profonde à cinq têtes liées par une conception du monde et du vivre libre. » Cela explique, justement, que leur discographie soit plus riche en public qu’en studio (seulement Faut qu’ils s’activent… en 2000, Grain de sable en 2003 et Ce que l’on sème en 2008). Dès leur premier album, en effet (Mamagubida – Reggae akoustik, 1997), l’option de l’enregistrement live était privilégiée. Suivirent De bouches à oreilles, un double capté à l’Olympia en 2004 et un autre au Zénith en 2006 inclus dans leur dernier et troisième DVD en concert (signe décidément distinctif de notre quatuor), Tryo fête ses dix ans.



C’est dire s’il s’agit d’un groupe de scène avant tout… et donc que l’on peut se procurer puis écouter les yeux fermés ce Tryo sous les étoiles. Enfin, fermés, disons à demi-fermés puisque l’objet se décompose en deux parties. La première, audio, est un CD live de 13 titres qui s’ouvre par Ce que l’on s’aime et s’achève par un titre studio inédit, Consommez, en passant par G8, Toi et moi, une reprise respectueuse mais très enlevée du Poinçonneur des Lilas… et cette chanson, El dulce de leche, aussi chargée d’émotion et d’histoire (le putsch de Pinochet au Chili) que lourd de signification dans notre actu étroitement hexagonale…




La seconde est un DVD qui déroule le film de la tournée des festivals de l’été 2009 durant laquelle le disque a été enregistré, et ça vaut le déplacement, outre trois clips, un diaporama inédit (et la possibilité de télécharger des versions inédites de différents titres dont leur fameux Hymne de nos campagnes, celui de toute une génération). Christophe Mali, Guizmo, Manu Eveno et Daniel Bravo (sans oublier Bibou, le cinquième mousquetaire) tirent ainsi leur révérence (pour cette fois) après une tournée triomphale qui s’est poursuivie à l’automne dans les zéniths (jusqu’à leur concert spécial, Ultimatum climatique, du 22 novembre dernier à Paris avec Lavilliers, Noah et Zazie), pour s’achever le 16 décembre au Palais Omnisports de Bercy ; trois percussionnistes complétant sur la route leur formation… des plus percutante.

- Sous les étoiles, CD 16 titres, 78’31 + DVD live du film de la tournée, 80’ ; Salut Ô Productions-Columbia, distr. Sony Music (
site du groupe).


Florent Vintrigner

vintrignerAuteur-interprète et accordéoniste du groupe La Rue Kétanou (les petits frères de Tryo), le Belge Florent Vintrigner trace également son propre chemin, en trio d’abord depuis la sortie en 2003 de T’inquiète Lazare, en quatuor désormais avec Sébastien Bennet aux guitares (électrique et manouche), Jean-Louis Cianci à la contrebasse et Jean-Baptiste Maillet à la batterie. Lui-même joue tour à tour de l’accordéon, de l’harmonica ou de la guitare. Treize titres et un bonus dessinent dans ce second album un univers très personnel, et néanmoins ouvert sur les autres, qui est curieusement plus proche, plus sombre, des Têtes Raides que du répertoire, davantage festif, de La Rue Kétanou (qui n’a pas disparu pour autant, et se reforme à la demande). Où il est question d’Illusion, de Pendu, de Femme au chat noir, d’Hirondelle, de Cavalière du vent, de Grands yeux de louve… ou de Compte à rebours jusqu’à remonter à L’Homme préhistorique. Bref, d’absolument rien de convenu.


« La belle voix un rien fêlée de Florent, écrivait Jean-Claude Demari dans Chorus n° 60 à propos de son premier opus, apporte à l’accompagnement (produit magnifiquement) la touche à la fois de pathos et d’allégresse à travers lesquels navigue ce disque. » Bis repetita avec L’Homme préhistorique qui creuse joliment le sillon… À découvrir en scène en attendant le troisième album. Celui, on le souhaite et on le subodore, de la confirmation définitive.

- L’Homme préhistorique
, 14 titres, 58’19 ; Prod. Ladilafé, L’Autre Distribution (myspace de l’artiste).


Prochaines chroniques phonographiques de Si ça vous chante ? « Les Années Paroles et Musique », avec une sélection des dernières créations des aînés de la « Génération Chorus », ces artistes que nous suivons fidèlement (et vice-versa) depuis 1980. Et il y a du beau monde ! En attendant un bouquet de talents en herbe, pour célébrer le renouveau printanier… et le prolonger à l’infini, comme on aime jusqu’à perdre la raison, jusqu’à parvenir là « où je suis étranger ».

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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