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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 15:13

« Hasta la victoria siempre ! »


Souvenez-vous : en avril 2015, je vous annonçais ici même que les responsables de la séquestration et de l’exécution sommaire de Victor Jara, le troubadour de la chanson populaire chilienne, avaient été identifiés, et qu’un procès devait se tenir en septembre, quarante-deux ans après les faits. Il aura fallu attendre trois années de plus, mais c’est aujourd’hui chose faite : justice vient d’être rendue (pour l’essentiel et dans une certaine et curieuse discrétion médiatique, malgré l’importance symbolique de l’affaire) !

En jargon journalistique, cela s’appelle un droit de suite. Le droit de suivre l’évolution d’un événement que vous avez annoncé, dont vous avez rendu compte et qui n’est pas encore clos. On devrait plutôt dire « devoir de suite », sachant l’obligation déontologique élémentaire, pour un journaliste digne de ce nom, de suivre un dossier jusqu’à son terme. C’est ce que j’ai cherché à faire ces trois dernières années, en restant attentif à cette question, déçu puis furieux mais à peine étonné de voir le procès annoncé pour septembre 2015 par la justice états-unienne être reporté aux calendes grecques...
 

Rappelons que Pedro Pablo Barrientos, l’un des deux principaux meurtriers et bourreaux de Victor Jara (avec Hugo Hernán Sánchez Marmonti, détenu au Chili) – celui qui, semble-t-il, lui avait broyé les mains (et non tranché) à coups de crosse, jusqu’à en faire de la bouillie –, coulait des jours heureux en Floride… Logique quand on sait l’appui que « le grand démocrate » Kissinger, à l’époque, avait apporté au putschiste d’extrême droite Augusto Pinochet (voir photo)…

C’est la tache indélébile du procès qui vient d’avoir lieu – mais à Santiago et non aux États-Unis – en présence de huit anciens militaires gradés dans le box des accusés : l’absence ignominieuse de Barrientos que la justice américaine (sous le prétexte de le faire juger sur son sol, ce qu’on attend toujours…) refuse obstinément d’extrader au Chili. Dont acte… pour le moins éloquent. Mais les autres étaient bel et bien présents, qui ont été condamnés le 29 juin, à dix-huit ans de prison ferme (dont quinze dans des pénitenciers de haute sécurité).

Pour arriver à ce résultat, il a fallu toute l’énergie de l’ancienne compagne du chanteur, Joan (ci-dessus), et de leurs filles Amanda et Manuela. L’énergie et une volonté sans faille qu’on imagine régulièrement mises à mal par les souffrances de l’indifférence à leur juste lutte, le temps qui passe inexorablement et la désespérance qui s’installe… Mais elles n’ont jamais baissé les bras, malgré les obstacles et les menaces, alors qu’il était si « facile » de renoncer. Et puis… tout finit par arriver. La justice chilienne, aiguillonnée par Joan, Amanda et Manuela, s’est saisie à nouveau et pour de bon du dossier, afin qu’un procès puisse enfin se dérouler à Santiago.
 

Le verdict* est donc tombé le 29 juin 2018… quarante-cinq ans après la répression fasciste qui s’était abattue et pour des lustres sur le peuple chilien le 11 septembre 1973 : dix-huit ans d’incarcération. Cela peut paraître dérisoire en regard de l’horreur du crime et des tortures infligées à l’auteur du Derecho de vivir en paz, le droit de vivre en paix, mais c’est le principe qui compte. Et le temps qu’on parvienne à ce procès auquel beaucoup de victimes ne croyaient plus, ce verdict s’apparente à de la prison perpétuelle : le plus jeune des assassins, un lieutenant-colonel à la retraite, a déjà 68 ans, le plus âgé, l’ex-colonel Hugo Sánchez, 90 ans…

Des milliers de victimes et de disparus, des citoyens torturés et emprisonnés par dizaines de milliers, sans compter les exilés par dizaines de milliers également… La justice est lente, désespérément lente parfois, mais comme l’ont noté Joan Jara et ses filles dans une « déclaration publique de la famille » le 7 juillet dernier, « s’il est certain qu’un verdict qui arrive quarante-cinq ans après les faits peut difficilement être considéré comme juste, il s’agit sans aucun doute d’une défaite importante infligée à ceux qui cherchent à nier l’histoire et un coup sévère porté à l’impunité. »

Dans ladite déclaration, Joan, Amanda et Manuela dont il est malaisé d’imaginer quelle a pu être leur vie depuis septembre 1973 (« comme famille nous avons subi dans nos chairs et nos os le pacte de silence qui continue de lier toutes les Forces armées chiliennes… »), expriment une gratitude totale « à toutes les personnes qui, à travers le monde, nous ont accompagnées sur ce long chemin, en nous aidant à supporter et combattre l’indifférence du pouvoir politique et médiatique de notre pays qui, sauf exceptions dignes, a tenté de rendre invisible la lutte pour la vérité, la justice, la mémoire et la réparation. »

Ce jugement, qui naturellement n’efface rien, ne marque pas non plus la fin du combat de ces femmes courageuses et dignes d’éloges : « Il reste différents procès judiciaires devant nous que nous mènerons avec une même conviction pour que la justice passe, pas seulement pour Victor, mais pour tous ceux qui ont souffert le terrorisme d’État qui a régné au Chili durant la dictature civile et militaire. » Et de conclure : « Nous avons la certitude absolue que, comme société, il nous reste beaucoup à faire si nous voulons bâtir un avenir meilleur pour ceux qui viennent à présent. Nous-mêmes, avec Victor dans la mémoire, continuerons de travailler pour que jamais plus au Chili ne se répètent les faits qui sont condamnés aujourd’hui dans ce jugement historique ».

 

À noter, pour marquer les vingt-cinq ans de la Fondation Victor-Jara la création en septembre prochain à Santiago de Chile du FAM, le Festival Art et Mémoire Victor-Jara. Du 24 au 30 septembre, le FAM proposera des concerts, des spectacles de danse, de théâtre et de cinéma, des activités pour le jeune public, des expositions, une « feria » de la mémoire et des droits humains, des rencontres, etc. ; l’ensemble dans le stade aujourd’hui appelé Víctor-Jara qui fut le lieu de tant d’horreurs et d’exactions…

Parmi tous ceux et toutes celles « qui portent Victor dans le cœur et transmettent son héritage aux nouvelles générations », auxquels Joan et ses filles rendent hommage à l’issue de leur déclaration publique, il faut sans aucun doute compter Michelle Bachelet. L’ancienne présidente du Chili, qui fut détenue et torturée par les sbires fascistes du triste sire dénommé Pinochet, avait eu ce mot prémonitoire à l’occasion, en 2009, de l’exhumation des restes du chantre chilien – devant des foules immenses venues célébrer sa mémoire – pour être rendus à sa famille : « Victor Jara chante avec plus de force que jamais et le Chili rend justice à son histoire. » Quarante-quatre impacts de balles et les mains mises en miettes n’auront rien empêché. Ni rien changé, bien au contraire, de la puissance d’évocation et de rassemblement d’une chanson, quand elle est belle et authentique.

Continue de tracer dans les chemins
Le sillon de ton destin
La joie de semer et de partager
Personne ne pourra jamais te la retirer.
**

 

*On peut lire les attendus du procès, avec l’identité des neuf officiers condamnés en cliquant sur le lien de la Fondation, sous la « declaracion publica de la familia ».

** « Sigue abriendo en los caminos / El surco de tu destino / La alegria de sembrar / No te la pueden quitar » (Victor Jara).

NB. Entre autres vidéos de Victor Jara, voici la version en public de de la chanson emblématique A desalambrar de l’Uruguayen Daniel Viglietti, que nous avions eu le bonheur de retrouver en avril 2017 chez Paco Ibañez, et qui nous a brusquement quittés le 30 octobre suivant.

 

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 18:45

…mais n’enchante pas moins !

 

« Elle est toute en rondeur mais ne manque pas de piquant, écrivais-je en intro d’une rencontre de notre ami Serge Dillaz avec Juliette pour le n° 23 de Chorus, daté du 21 mars 1998. Voilà déjà un bout de temps qu’on n’avait plus connu pareil raz-de-marée dans le landerneau chansonnier. Avec elle, on ne risque pas de bayer aux corneilles. Juliette est un oiseau rare dont le chant annonce le renouveau avec juste ce qu’il faut de kitsch pour que l’on ne se méprenne pas. Le futur a toujours besoin d’antériorité ; les variétés, d’un brin de classicisme… » Vingt ans après, voici qu’arrive à point nommé son nouvel opus pour annoncer à nouveau, en ces périodes de météo marine des plus déprimante, ce renouveau dont on a tellement besoin.

Au Théâtre de la Ville, 10/92 (Ph. F. Vernhet)

Juliette, je l’avais découverte – disons, plutôt, vue sur scène pour la première fois – une dizaine d’années avant cette « Rencontre » chorusienne (laquelle avait été précédée par un « Portrait » de deux pages dans le n° 2 de l’hiver 92-93) dans un café-théâtre de Bourges, en off de la programmation du Printemps – époque Paroles et Musique qui fut probablement le premier journal national à relever son immense potentiel artistique. Déjà irrésistible. Trente ans, donc… et pour fêter cet anniversaire, une intégrale discographique sortait à l’automne 2016 (14 CD dont son premier enregistrement en piano-voix de 1987, dix titres en public, sous forme de cassette, et un CD de « raretés »).

Enfin, « intégrale », ça n’était pas tout à fait l’avis de l’intéressée, qui soulignait alors : « Ceci n’est pas mon “intégrale”. Il manque : des noms, des sourires, des instruments de musique, des professeurs, des amis, des collègues, des soutiens, des amours.

Il manque les soirs de première, les matins de dernière, les jours de répétition, les nuits en studio. Et puis il manque encore quelques notes et quelques mots qui volètent autour de moi et que j’essaye – encore ! – d’attraper ! Non, décidément, ceci n’est pas mon intégrale, il manque : demain! » Simple question de patience. Déjà, Juliette, « l’irrésistible », avait eu droit à sa consécration dans Chorus, avec un dossier lui aussi printanier (décidément !) : c’était le n° 47 du 21 mars 2004, où elle figurait aux côtés d’Adamo, Aznavour, Manset, Pierron, Sanseverino, MC Solaar… et d’une jeune débutante nommée Olivia Ruiz qui l’avait convaincue d’écrire un titre pour son premier album, J’aime pas l’amour… Deux ans plus tard, en 2006, le « métier » décernait à Juliette la Victoire de la Musique de l’artiste-interprète féminine.

Et nous voilà ce soir, comme disait le Grand Jacques, ou ce matin c’est comme on veut, rendus à « demain » devenu aujourd’hui (avec le temps, n’est-ce pas…), avec ce nouvel album disponible dans les bacs à partir du 9 février (le précédent, Nour – comme Nourredine bien sûr mais aussi comme Lumière en arabe – date de l’automne 2013)… Son neuvième album studio depuis 1993 (Irrésistible), le quatorzième au total depuis sa première cassette en public en 1987. Pour lui trouver un titre, il a suffi à Juliette de se rappeler de celui qu’elle avait donné à la « carte blanche » que France Inter lui avait confiée en 2015, le samedi matin durant une partie des programmes d’été puis à nouveau pendant huit semaines à la fin de l’année : J’aime pas la chanson, mais… À un mot près, notez-le bien, un seul… mais qui a son importance comme elle l’explique ici avec le bagout qu’on lui connaît, la causticité pince-sans-rire qu’on adore chez elle, jamais très loin d’une aimable provocation : « C’est marrant, cette impression de faire vraiment un “nouvel” album après trente ans de bons et loyaux services. Parce que finalement je n’ai jamais fait ça : un piano-solo accompagné par des musiciens (l’équipe “un peu réduite” de mes garçons habituels) ! Ce qui, cette fois, va être le cas.

« “J’aime pas la chanson” ? On s’attend à ce que j’explique ce titre mais cet album aurait tout aussi bien pu s’appeler “J’aime pas le piano” ; il s’appelle “J’aime pas la chanson” parce que j’aime pas non plus la chanson. Ce qui est rigoureusement vrai, mais ne m’empêche pas d’en faire. Même si je n’aime pas écrire, chercher le mot juste au sens exact, la forme, le fond, patin-couffin, gratter pendant des heures du papier à carreaux ou à musique, tâtonner le piano, et chantonner des lalalas pas seulement sous la douche.

« J’ai bien connu une crèmerie qui proposait des produits sublimes (ce qui pourrait laisser entendre que je considère mes produits “sublimes” : non, car ce ne sont que des chansons et je n’aime pas la… on a compris !) dans un coin de Paris et dont la patronne ne mangeait jamais de fromage parce que, disait-elle, elle n’aimait pas ça. Voilà ! Je suis la crémière de la chanson. »

À bon entendeur salut… La crémière de la chanson… Compris ? Ben ouais, cinq sur cinq ! Pas vous ? Ah bon… Vous en voulez encore une louche ? Qu’on vous file les ingrédients de ces douze pôvres nouvelles chansons ? Toutes signées Juliette Noureddine (Procastination – À carreaux ! – Météo marine – Bijoux de famille – J’aime pas la chanson ! – Une adresse à Paris – Madame – C’est ça, l’rugby ! – Aller sans retour – Midi à ma porte – Je remercie – Dans mon piano droit), sauf bien sûr la reprise du tube immortel de Jean-Claude Massoulier et André Popp, popularisé par les Frères Jacques : « Quand l’équipe de Perpignan s’en va jouer à Montauban / Elle est battue évidemment par l’équipe de Montauban / Mais quand l’équipe de Montauban s’en va jouer à Perpignan / Elle est battue c’est évident par l’équipe de Perpignan… »

Janvier 2002 (ph. F. Vernhet)

Vraiment, vous tenez tant que ça à le savoir. Bon ben, voilà, « ce n’est qu’un jour, un jour comme ça. On dit ça va mais ça va pas ! Un jour à rien, un jour à spleen… Mais arrive “Madame” qui veut chanter les tartes, les rayées de la carte, qui veut chanter ces filles oubliées des fantasmes et des talons aiguilles mais jamais des sarcasmes ! Parmi ses signes distinctifs, ronde du cul, frisée du tif, il en est un qu’on n’peut pas rater : elle a des lunettes sur le nez ! Et si elle “n’aime pas la chanson”, Juliette Binocle, c’est parce que, sans doute, elle en connaît le fond, les cales et les soutes, c’est une vie entière pendue au crayon, tout ça pour ne faire, pauvres ambitions, rien qu’une chanson ! »

Pour en finir tout à fait avec pareil désastre, voulez-vous que je vous dise ? Quand on n’aime pas la chanson, mais vraiment pas, qu’on voit ce qu’on voit et qu’on écoute ce qu’on écoute aujourd’hui dans nos médias qui font l’opinion (cf. Souchon…), c’est forcé, on ne peut que détester cette galette ni faite ni à faire. La preuve avec cette Météo marine qu’une fois écoutée, quel chagrin !, vous ne saurez plus vous débarrasser. Tel est le triste destin des ritournelles éternelles…

 

Une phrase encore, pour ajouter que, non contente de nous délivrer aujourd’hui ces plats en boîte, l’auteure-compositrice-interprète (l’ai-je bien féminisée ?) viendra bientôt nous les servir – comme jadis avec son festin – sur toutes les scènes de France et de Navarre. Dont une escale parisienne le 12 avril à la Salle Pleyel. Si vous n’êtes pas encore totalement dégoûté(e), vous trouverez le détail du menu ou de la carte sur son site.

Et le mot de la fin, si vous permettez, à l’adresse de la responsable de ces lignes (qui, je vous le ferai remarquer, comme je l’avais déjà noté à propos d’Hubert-Félix Thiéfaine, ne constituent aucunement une critique de disque, n’étant plus rédacteur en chef de quoi que ce soit sinon de mon petit comité de rédaction interne) : sachez « Madame » Juliette, vous qui n'aimez ni l'amour ni la chanson, sachez qu’à la scène comme à la ville, je vous… hais !

NB. La première vidéo de ce sujet, où Juliette chante Irrésistible en duo avec Jean Guidoni (« Je suis irrésistible / Comme Satan me l´a dit / Sous ma taille flexible / Ce corpus delicti / Est un fruit comestible / Aux nobles appétits / […] Je suis une maladie / Sexuellement transmissible / Comme Satan me l’a dit : / “Tu es irrésistible, Irrésistible !” »), a été captée le 2 septembre 2015 à Castelsarrasin lors d’une soirée unique à tous points de vue. Primo, parce qu’elle réunissait un plateau artistique plus qu’exceptionnel (voir ici le compte rendu détaillé que j’en fis alors, avec en bonus les « minutes » et photos d’une cérémonie privée où Juliette s’illustra à sa façon !). Secundo, parce qu’elle resta finalement sans suite, alors que son but était de favoriser dans cette ville où naquit Pierre Perret la renaissance du festival Alors… Chante ! qui, après quelque trente ans d’existence, venait d’être chassé sans ménagement de son fief historique de Montauban, n’ayant plus l’heur de plaire à une municipalité davantage marquée par l’esprit partisan que par celui de l’ouverture. Il n’empêche que cette soirée – qui n’eut hélas pas le retentissement recherché faute d’une absence incompréhensible de la plupart des médias nationaux – fut à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des spectacles collectifs francophones. Et aujourd’hui, comme moi (et comme le talentueux Francis Vernhet qui prit les photos nécessaires à mon compte rendu), quelque cinq mille personnes peuvent dire : « J’y étais ! »

 

POST-SCRIPTUM EN FORME DE SCOOP
On vient de le voir, dans son nouvel album, sur scène et dans les médias, Juliette assure avec beaucoup d’aplomb ne pas aimer la chanson… Sauf que – soit dit entre nous – je connais la vérité vraie depuis belle lurette et il m’est impossible de continuer à contribuer plus longtemps à cette entreprise de désinformation publique : non, les fake-news ne passeront pas par ici ! Alors, au risque de vous faire perdre votre latin avec son anathème jeté sur la chanson, voici une autre version de Juliette, signée en bon uniforme (oui, je sais, sauf qu’elle aussi a lu San-Antonio...) : de véritables aveux ! Me reste plus qu’à espérer ne pas être voué aux gémonies pour avoir violé – dans l’intérêt commun, notez-le bien – le secret de la confession !

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 12:42

Le plain-chant du départ…

L’un nous a quittés dans l’anonymat médiatique presque total le 21 décembre 2016, en continuant de « veiller tard », la lampe allumée jusqu’au bout, non sans avoir adressé d’ultimes saluts* aux allumeurs d’étoiles, aux orpailleurs des mots, aux passeurs d’étincelle, aux gens de la vigie, à tous les défricheurs (…et « aux semblables mes frères / qui vont simplement leur chemin / libres anonymes et clandestins / à cœur battant et ciel ouvert ») ; l’autre a renoncé délibérément au « métier », qu’il exerçait depuis longtemps déjà à l’écart des médias, en quittant la scène le 10 décembre 2002, pour renouer comme le Grand Jacques avant lui, loin des plateaux et des projos, ces liens discrets « que l’on sécrète et qui joignent les êtres »

 

 

Le premier était « le Rimbaud de la chanson française », m’avait déclaré Claude Nougaro (avant que Jean Ferrat et Léo Ferré ne me confient à peu près la même chose) ; le second, qui a toujours eu la fibre authentiquement populaire, demeure aujourd’hui (à son corps défendant, car il n’aspire plus qu’à retrouver l’anonymat) « la personnalité préférée des Français ».

Tout pour les opposer en apparence… alors que tout les rapprochait au fond, dans leur nature humble, simple, généreuse et solidaire. Outre une affection commune pour les gens, cette armée de simples et honnêtes gens, qui ont cru au rouge après le noir…

On est de ce pays de ratures et de rides
Un fil usé se brise et tout se désaccorde
J'éponge avec des mots toute une eau noire qui monte
Toujours au fond du cœur rougeoie ce rouge-gorge...

Il y a exactement vingt ans, nous avions décidé de les associer dans un même numéro de nos « Cahiers de la Chanson » – c’était le n° 22 de Chorus mis en vente dans les kiosques le… 21 décembre 1997, dix-neuf ans jour pour jour avant la disparition de Jean et cinq ans avant que Jean-Jacques ne s’éclipse discrètement. Un dossier d’une vingtaine de pages pour chacun, l’un en « Une », l’autre en « Panthéon », mais un même traitement, une même considération de notre part… et un même accueil chaleureux de la leur lors d’un entretien au long cours.

Il y eut bien sûr des voix, ensuite, pour nous reprocher (plus ou moins grossièrement) ce rapprochement ; je m’en doutais, je l’avais anticipé… Pensez donc : le « poète maudit » (par définition ignoré des médias… et du « grand public ») et le « faiseur de tubes » (vilipendé par la grande presse… et les purs et durs de la « chanson à texte »), ensemble dans la revue de référence de la chanson vivante… Mais aujourd’hui qu’il y a prescription (depuis lors les réseaux sociaux ont repris le flambeau de la condescendance, du mépris voire de la haine avec tellement plus de vigueur et d’indécence…), je peux bien « avouer » qu’il s’agit d’un des fruits de mon parcours de rédacteur en chef dont je suis le plus fier – voyez en plus le reste du sommaire (une partie seulement !) annoncé en couverture : Dick Annegarn, Gildas Arzel, Barbara, François Béranger, Bori, Bourvil, Daran, Yvon Étienne, Louise Attaque, Woody Guthrie, Marc Robine, Ziskakan... « Ne verrouillez jamais la vie à double tour », a écrit le poète dans sa chanson peut-être la plus emblématique.

Je ne me fais guère d’illusions, notez bien, ni sur l’évolution des mentalités ni sur l’empreinte qu’aura laissée notre ligne éditoriale d’amoureux impénitents de la chose chantée selon laquelle (pour reprendre le slogan de l’association Prospective Chanson créée dans les années 70) « toute la chanson a droit à tout le public »… et vice-versa – quitte à chacun, ensuite, d’opérer ses propres choix (des goûts et des couleurs, n’est-ce pas). Oui, je le sais bien : tout ça n’est plus qu’une trace, une simple trace…

Reste à peine une trace, un écho qui se meurt
Un sourire, une larme, un battement de cœur…

Reste inéluctablement l’absence… Tout s’efface, sauf le manque, et pourtant… Un sourire, une larme, un battement de cœur : n’est-ce pas là, finalement, la meilleure définition de la « chanson vivante » ? « Là où bat le cœur d’un homme, disait Francis Lemarque, il y a une chanson qui naît. » Celle qui nous apprend l’essentiel, à « tenter de vivre » envers et malgré tout, en touchant l’âme au plus profond, sur des modes et registres différents (et c’est tant mieux, à l’image de la vie, de son indispensable et salutaire diversité), selon notre personnalité et notre humeur du moment.

Pour ma part, les chansons de Jean Vasca et celles de Jean-Jacques Goldman, me remuent toujours autant – et autant les unes que les autres. Pour leur faculté à toucher juste, en particulier pour leur vision obstinément fraternelle dans et en dépit d’un monde débordant d’ignominies, pour la place de choix et la confiance qu’ils accordent à l’humain, maître de son destin, dans l’avancée de la conscience collective, quand d’autres se bornent à désigner un bouc émissaire, chacun le sien. Oui, cette « fraternité à la fenêtre », tant vascaïenne que goldmanienne, me parle et, parfois même, me bouleverse. D’autant plus, peut-être – petit plus perso –, que ces deux-là m’ont offert très tôt leur amitié, époque Paroles et Musique… et que je sais l’intime authenticité de leurs créations.

On naît, on vit, on meurt. « Des vies où on aura eu si peu, si peu à choisir… » Autant le faire en beauté et dans le partage, puisqu’on est tous et toutes appelés un jour à être celui ou celle « qui s’en va ». Avant d’être, peut-être, pour les autres, celui ou celle qui manque : « Quoi que je fasse, où que je sois, rien ne t’efface, je pense à toi… »

Dernière cadence
Voyez comme on danse
Trois petits tours et puis s’efface

Sur la piste du temps qui passe

Dans l’intervalle, « Aimer » (la beauté sous toutes ses formes et dans toutes ses incarnations) est ce que nous avons de mieux à faire. Pas bien difficile… et d’ailleurs « l’on n’y peut rien », sauf à se mentir soi-même ou à être un vil type : seul ce voyage de plain-chant et de plein-cœur est capable de nous apporter du réconfort « entre les glas et les tocsins » ; l’espérance aussi, comme Vasca le chante dans Les Fins dernières« qu’au dernier jour / Ne meurent nos amours / Qu’elles nous consolent et nous survivent / Chemin d’étoiles vers l’autre rive… »

Il n’y aura plus alors qu’à laisser la lumière chanter en nous l’essentielle musique et, ensemble, à entonner un blues qui nous fera oublier toutes nos peurs.

*Dernier album de Jean Vasca (son 26e ou 27e opus depuis 1964), Saluts ! est sorti début 2016 (chez EPM/Socadisc). Quinze chansons magnifiques pour Les Vieux de la veille – les « initiés » qui sont dans la confidence – et (beaucoup) plus si affinités…

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