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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 18:09

Les Passerelles de l’hiver – 2

Étrange exercice solitaire que le blog lorsque vous avez dirigé une rédaction trente ans durant (sans parler de vos vies antérieures à la chanson). On pourrait parler de grande solitude, confiné dans votre bureau, relié seulement au monde extérieur par le fil, la toile… si ce n’était le fait que le blog, celui-ci en tout cas, vous oblige à rester en contact avec le « terrain » (concerts, festivals, reportages…) et, surtout, surtout, que les « retours » sont impressionnants (cf. le nota bene ci-dessous). « Non, comme l’a écrit Georges Moustaki, je ne suis jamais seul avec ma solitude… » Ni avec ma solitude ni – encore moins ! – avec la production actuelle de chanson francophone, toujours aussi florissante.

 


En préalable à plusieurs sélections de nouveautés, voici donc, comme annoncé précédemment (voir État critique), de « gros morceaux » pour lancer cette série de passerelles de l’hiver : des coffrets indispensables dans « la discothèque de l’honnête homme » ou tout simplement de l’amateur averti de chanson. Trois coffrets « hors saison » comme dirait Francis Cabrel, à parcourir, à picorer ci et là au gré de ses envies et de ses humeurs, les chansons des artistes concernés échappant à toutes les modes, bien que profondément ancrées (ce sont des artistes au long cours…) dans l’air du temps.

 



FRANCESCA SOLLEVILLE
SollevilleHonneur aux dames. Surtout quand elles s’inscrivent, comme Francesca Solleville, dans la lignée des « grandes dames de la chanson française ». Fréhel, Damia, Piaf, Catherine Sauvage, Pia Colombo, Christine Sèvres, Cora Vaucaire… Une lignée immortelle et magnifique à laquelle Francesca ajoute son empreinte personnelle, aussi fraternelle et solidaire que son caractère est bien trempé, qui nous la rend d’autant plus attachante et nécessaire. Interprète certes, mais à mille lieux des interprétations fadasses, asexuées qui fleurissent aujourd’hui dans les « académies » télévisées. Et pourtant, Francesca elle aussi est passée par là, si elle n’y est pas née (elle fréquentait déjà les cabarets de longue date, ayant célébré en 2009 son jubilé : cinquante ans de métier), au temps où la « Fine Fleur de la chanson française » s’incarnait dans l’émission-concours éponyme du poète Luc Bérimont, auteur par exemple du fameux Madame à minuit, mis en musique et chanté par Léo Ferré.

 


C’était au temps des Baisers volés de François Truffaut, grand amateur de chanson s’il en fût, qui l’estimait spécialement : « Des interprètes honnêtes, il en existe, mais parmi les femmes très peu, et pourtant, quand une femme chante honnêtement, cela est plus beau que n’importe quoi, d’où mon admiration pour Francesca Solleville… On a déjà parlé de sa sincérité, je préfère louer sa franchise : pas de double sens, pas un sous-entendu, pas une rouerie dans sa voix, elle chante juste, fort, clair, naturel et direct. » Plus près de nous, Anne Sylvestre la définit ainsi :

 « Francesca, c’est la voix fraternelle qui m’accompagne depuis toujours – mon toujours de chanteuse ! –, celle qui faisait vibrer les murs des petits cabarets où nous nous croisions. Francesca, c’est la blondeur qui cache son jeu, avec sa voix brune qui va chercher le soleil, têtue, courageuse, pour nous l’offrir en se brûlant les doigts. Francesca, c’est chanter comme si c’était notre dernière chance. Et peut-être bien que c’est vrai ! »

 Ce « coffret » de cinq disques en forme de digipack cinq volets rassemble 99 chansons de 1959 à 1983 qui n’avaient jamais été rééditées ou étaient devenues introuvables en CD. Anthologie thématique, Venge la vie retrace parfaitement l’essentiel de son parcours, tel que le décrivait son biographe Marc Legras (dans A piena voce, cosigné par la chanteuse et préfacé par Jean Ferrat) : « Diagonale des heures grises d’une enfance sous l’Occupation à nos jours, le récit de Francesca Solleville est celui d’un voyage aux allures de combat : sa traversée du métier depuis ses débuts dans les cabarets de la légendaire “rive gauche”. Du vinyle des “super 45-tours” au numérique, Francesca Solleville a mis sa voix vibrante de passion et de soleil au service des poètes et d’auteurs eux-mêmes parfois chanteurs : Mac Orlan, Aragon, Max Jacob, Antonin Artaud, Ferré, Brel, Brassens, Ferrat, Fanon… ou Allain Leprest aujourd’hui. Son répertoire – plus d’une vingtaine d’albums – constitue un arbre à chansons si fourni qu’il faudrait un généalogiste pour en démêler les filiations alors que fleurissent régulièrement de nouvelles branches avec leurs brassées de refrains. »

   


On ne saurait mieux dire. Je me contenterai donc de préciser, n’étant pas généalogiste, qu’aux noms ci-dessus (Leprest excepté) se greffent encore dans ce florilège ceux de Seghers, Bruant, Pottier, Neruda, Louki, Genet, Nazim Hikmet (Le Chant des hommes !), Serizier, Hélène Martin, Bernard Dimey, Pierre Sélos, Tachan, Gougaud, Grosz, Thomas, Coulonges, Brua, Caillat, Lemarque, Rezvani… Et Bérimont, bien sûr. Devant un tel générique, on comprend parfaitement l’admiration que lui vouait Truffaut. « Je ne regarde pas passer l’histoire, explique Francesca. Je l’accompagne et ne suis pas un simple témoin. Mes auteurs m’ont bien comprise. Je suis un passeur d’émotion et d’espoir. » Tout est dit, enfin, par Guillevic : « Émouvante, entraînante. C’est du feu, cette femme. »

 Francesca Solleville : Venge la vie, 1959-1983 ; coffret 5 CD (1 : Les Belles Années cabaret ! ; 2 : Mexico 68 ; 3 : Live 1973, La Violence et l’Espoir, arrangements et direction musicale de Jean Musy ; 4 : Ensemble ! ; 5 : Les Années Chant du Monde) ; EPM, distr. Universal (ou site de l’artiste).


SARCLORET
sarcloVoilà quelqu’un qui ne plaira pas (qui ne plaît pas !) à la majorité des gens et, plus grave encore, n’a nulle intention de faire le moindre effort pour tenter de leur plaire. Rédhibitoire pour un chanteur dont le succès dépend souvent de sa capacité de séduction : Sarcloret n’en a cure, il a déclaré la guerre depuis longtemps au conformisme et à la bien-pensance dans tous leurs états. Dès son premier album en fait qu’il intitulait sans rire, en 1981, Les Plus Grands Succès de Sarcloret. Comme ça, la messe était dite : le temps d’exécuter tous ses « tubes » (près de trente titres en 2x30 cm !) et de (faire semblant de) vivre de leurs rentes, il pouvait s’attaquer à la suite de son répertoire. Onze nouveaux albums entre 1985 (Les Pulls de ma poule) et 2006 (À tombeau ouvert), auxquels on peut ajouter deux autres disques collectifs : Quinzaine du blanc chez les trois Suisses, en 2006, avec Simon Gerber et le Bel Hubert, et Les Trois Cloches (consacré aux chansons de Jean-Villard Gilles, le « père » de la chanson suisse romande), en 2008, avec Michel Bühler et Gaspard Claus. Car Sarcloret, bien sûr, est citoyen de la Confédération helvétique ; il est même, à en croire Renaud, « la plus belle invention suisse depuis le trou dans le gruyère »

De deux choses l’une : ou vous connaissez bien Sarcloret et inutile qu’on vous en fasse un fromage, ou vous n’avez jamais entendu parler de lui et vous ne perdez rien pour attendre. Né Michel de Senarclens, Sarcloret – qui se fera appeler Sarclo dès 1987 (Les Mots c’est beau) mais reviendra à son pseudo initial après l’élection d’un certain homme politique pour cause de quasi homophonie – est un homme de paroles. Il n’a pas la voix de Caruso, c’est le moins qu’on puisse dire (mais son pote Renaud non plus !), il ne cherche pas la mélodie à tout prix (mais ne crache pas après pour autant), pour la bête de scène on repassera (c’est guitare-voix le plus souvent, rivé à sa chaise), mais quel jongleur de mots ! Sarcloret est un bateleur de la chanson, un « chantiste », comme il se définit lui-même. Pourfendeur de l’ordre établi, de la connerie et des injustices en tout genre.

 


C’est souvent drôle, même si ça fait rire jaune, même quand ça parle de la mort. C’est percutant, caustique et grinçant. Et parfois terriblement réaliste : « Tuer pour Dieu ou pour Allah / Il y a longtemps que tout le monde fait ça / Zigouiller les instituteurs / D’Algérie, ça c’est novateur / Pour entraîner des kamikazes / Faut un certain sens de l’extase / Faire passer les enfants d’abord / Sur les mines, ça c’est très très fort / Et c’est même pas des baffes qui se perdent / C’est l’homme qu’est comme ça, qu’est de la merde / C’est pas des trucs à mettre au point / C’est l’homme qu’est comme ça, qu’est du brun… » La Suisse ne s’en sort pas mieux : « Comment faire un pays heureux / En étant si peu chaleureux / C’est bien joli un pays vert / Mais pas tant qu’un pays ouvert / Comment faire un pays honnête / En étant juste à moitié net / À toujours tout faire pour les riches / On est juste un pays qui triche. »

On multiplierait à l’envi ce genre d’exemples. Pensez : douze albums en vingt-cinq ans : « 134 chansons plus des brouillons, des raccommodages, du live et des baratins, ça fait 258 titres, 12 heures de route », écrit-il au verso de cette intégralissime intégrale où les commentaires qui accompagnent un florilège de textes (« une quarantaine, que je trouve pointus ») ne sont pas plus tendres. Notamment à propos des Suisses allemands : « [Ils] sont comme les charentaises : on est drôlement bien dedans même si on n’ose pas sortir avec. » Pourtant, Sarcloret est un vrai tendre, un faux méchant : tendre envers la fille qui passe (« Et c’est mon cœur qui casse »), le père qui trépasse (« Je pensais pas que j’aimais mon papa / Au point d’écrire une chanson tendre / Pour lui dire que ça peut attendre »)… Sa révolte elle-même découle directement de cette tendresse à fleur de mots et de peau, qu’il dissimule (mal) sous des dehors bourrus et son constat plutôt désabusé voire désespéré d’inhumanité.

Vous l’avez compris, Sarcloret ça n’est pas du tout-venant radiophonique, de la variété bien lisse et calibrée. Comme il a retenu la leçon de Caussimon (« Ne chantez pas la mort / Les gens du show-business vous prédiront le bide… ») mais qu’il ne court pas de son vivant après le succès (s’étant débarrassé de cette obsession, rappelez-vous, dès 1981), il a choisi une fois pour toutes d’écrire des chansons posthumes. D’ailleurs le sarco de Sarclo est avancé : c’est cette boîte noire où reposent tous ses disques, « de Jésus-Christ à nos jours », outre « quelques chansons inédites et tous les enregistrements qu’on avait regretté de ne pas avoir la place de vous offrir ». Textes et albums commentés par le chantiste suissidaire. « Et la boîte est assez épaisse, conclut-il, pour que mes prochains disques puissent s’y glisser aussi. Quand ce recueil sera plein à ras bord, vous pourrez appeler ça un cercueil. » Sarcloret ? L’essayer, c’est l’adopter !

• Sarcloret : Un enterrement de 1re classe. Intégralement vôtre et plus si affinité ; coffret de 12 CD + livret de 64 pages ; Côtes du Rhône Productions ; distr. France : L’Autre Distribution.


SERGE REGGIANI
Reggiani
Le « monsieur qui passe », « l’Italien » de la chanson française nous a quittés dans la nuit du 22 au 23 juillet 2004. Il avait arrêté la scène il y a exactement six ans, lors d’un dernier Olympia, lundi 23 février, avant un ultime concert, le 12 mars, à Toulouse. Quarante ans plus tôt, jusque-là comédien courtisé par les plus grands metteurs en scène, côtoyant les plus grands acteurs, il s’était lancé dans la chanson à l’instigation de Jacques Canetti, sans doute le plus grand « découvreur » de talents de l’histoire de la chanson francophone, avec un album consacré à Boris Vian. Bonne pioche, celui-ci lui vaut aussitôt le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros. Après quelques premières incursions discrètes sur scène, c’est Barbara ensuite qui va le faire découvrir du public en le prenant en première partie de sa tournée et de son Bobino 1966. Son répertoire s’étoffe pour l’occasion de nouvelles chansons qui, regroupées dans son Album n° 2 (1967), vont obtenir un vrai succès populaire. Des titres signés Moustaki (Ma liberté, Ma solitude, Sarah…), Gougaud (Paris ma rose), Dabadie/Datin (Le Petit Garçon), Vidalin/Bessières (Les loups sont entrés dans Paris)...
 


Interprète vraiment exceptionnel, dans la voix et la gestuelle (formation d’acteur aidant), jouant de tous les registres de l’émotion comme personne depuis la préretraite scénique de son ami Montand, Serge Reggiani continuera d’enregistrer des albums jusqu’à la fin 2000 (Enfants, soyez meilleurs que nous), travaillant surtout avec Claude Lemesle, déjà auteur du fameux Souffleur (1975) ou du Barbier de Belleville et de Venise n’est pas en Italie (1977). Mais cette carrière de chanteur aura connu un avant et un après. Avant et après le suicide en juillet 1980 de son fils Stéphan, chanteur (ACI) lui-même, avec lequel Serge donnera à la charnière des années 74-75 un corécital d’un mois à Bobino. Un spectacle merveilleux (j’en témoigne personnellement), qui touchait en plein cœur le spectateur, malgré ce qu’en écrivit alors, de façon extrêmement dure et parfaitement injuste, une certaine critique parisienne prenant un plaisir malsain à « se payer » le rejeton. Les temps n’étaient pas encore mûrs pour les « fils de » : aujourd’hui les Chedid, Dutronc, Higelin, Souchon, etc., de la seconde génération, n’auront pas eu à souffrir du même dédain.

Indépendamment de la qualité des chansons (car il y en aura de fort belles encore par la suite, comme il y aura un nouveau Bobino avec Stéphan et une tournée commune durant l’automne et l’hiver 77-78), cette carrière d’interprète hors pair se ressentira cruellement de la disparition de son fils, âgé seulement de 34 ans. Heureux sont ceux qui ont connu sur scène le « vrai » Reggiani, avant cet Olympia fatidique de mai 1981 où le public, quasiment debout du début à la fin, applaudissait autant l’homme à la dérive, sinon plus, que l’artiste à la prestation rendue pathétique par l’alcool et le chagrin. Il faut dire que Reggiani avait atteint auparavant des sommets rarement égalés sur scène. Génial dans Les loups sont entrés dans Paris ; irrésistible dans Arthur où t’as mis le corps ou La Java des bombes atomiques ; bouleversant dans Madame Nostalgie, La Vieille, Votre fille a vingt ans, Et puis, La Putain, Hôtel des voyageurs, Le Petit Garçon, la toute première chanson de Dabadie (« Un matin, dira celui-ci, le téléphone sonne : “Bonjour, c'est Serge Reggiani. J’ai lu une de vos pièces... Barbara me pousse à faire un tour de chant, je commence dans dix jours et j’ai besoin de titres… Vous ne voulez pas essayer ?” »)…


C’est ce répertoire que l’on retrouve ici, exclusivement en public, dans le disque ouvrant ce coffret à la mesure du personnage : un CD de 28 titres enregistrés en public de 1969 à 1976 (plus trois bonus en hommage à Romy Schneider, grande amie de Serge), et 3 DVD proposant plus de sept heures d’images inédites. C’est la cerise sur le gâteau : non seulement tous ces documents audio et vidéo sont formidables, mais ils sont totalement inédits ! Tant les versions du CD (dont La Java des bombes atomiques et Le Déjeuner de soleil chantés en duo avec Stéphan) que celles des 49 chansons du premier DVD où, entre autres prestations à la télévision (L’Homme fossile, Ballade pour un traître, L’Italien, La Maumariée, Gabrielle, Ma fille, Le Déserteur, La Chanson de Paul…), figure le récital intégral de Bobino 1969 (un « must » !), précédé et conclu par l’artiste, en interview, dans sa loge.

Le DVD 2 rassemble 13 reportages de 1957 à 1969 (théâtre, poésie, cinéma – dont un superbe clip de Serge avec Romy Schneider réalisé à partir des rushes restés inédits du film L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot), en passant par le tournant de sa carrière en 1964 (où l’on  découvre le chanteur en répétitions, avec Denise Glaser, Anne Sylvestre…). Le DVD 3, enfin, retrace son parcours, « de l’acteur maudit à son apogée dans la chanson » : Serge y parle de son enfance, de Barbara, de Canetti, raconte l’histoire des Loups sont entrés dans Paris, évoque les thèmes de ses chansons, la notion d’engagement (avec un coup de gueule bien senti contre les politiciens), le temps qui passe… L’ensemble s’achève par un court métrage-fiction réalisé en 1998, Plus fort que tout, autour de lui et de sa dernière épouse, Noëlle Adam. Plus fort que tout, c’est d’ailleurs le qualificatif qui s’impose pour ce coffret, dans le fond et dans le forme (digipack 5 volets format DVD), avec une qualité de son et d’images quasi parfaite : le complément indispensable de l’intégrale CD. Définitivement.

• Serge Reggiani : Ses chansons, côté scène, côté cœur, 1 CD live, 77’03, 3 DVD + 1 livret photos de 14 pages, 1957 à 1985 ; 49 chansons dont Bobino 1969, 7 heures ; Productions Jacques Canetti  ; distr. Because-Warner.



NB. Un mot de cuisine interne : dans mon article précédent, je soulignais la formidable et inoxydable complicité qui nous unit depuis longtemps (voire, pour nombre d’entre nous, depuis trente ans… comme l’écrit par exemple l’expéditeur du premier commentaire reçu à la suite d’État critique). Je ne croyais pas si bien dire, car le jour même de sa mise en ligne – trois mois après la création effective de ce blog (le 17 novembre 2009) –, vous avez explosé tous les chiffres de fréquentation : « journée record » (le 24 février donc), de « visiteurs » et de « pages vues » à la fois… et « mois record » alors même que celui-ci n’était pas encore achevé. Merci à tous et toutes, car cela vient justifier nos efforts. Mais ce n’est qu’un début, j’en suis sûr, continuons-le-combat… et, n’oubliez pas : Si ça vous chante est ouvert aussi aux contributions extérieures (des artistes en priorité, mais sans exclusive) d’intérêt général pour la chanson de l’espace francophone (voir rubrique « Chant libre »).

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Published by Fred Hidalgo - dans Actu disques et DVD
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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 11:03

Les passerelles de l’hiver

Je suis de toutes les couleurs
Et surtout de celle qui pleure
La couleur que je porte c’est
Surtout celle qu’on veut effacer
(Guy Béart, Les Couleurs du temps, 1973)

Hiver 1979-1980 : nous travaillons d’arrache-pied à la création prochaine de Paroles et Musique pour donner à la chanson de l’espace francophone le témoin, le haut-parleur (voire le porte-parole) qui lui fait alors défaut de façon criante. Ce sera bientôt le début d’une complicité aussi formidable que durable : trente ans plus tard, en effet, vous continuez à faire chorus avec nous. Belle fidélité, malgré nos changements de « format », du magazine mensuel au blog via la revue trimestrielle, vu la propension malheureuse du monde marchand à vouloir effacer nos couleurs. L’important est de ne jamais baisser les bras, de faire face et d’aller de l’avant, toujours.

 


Voilà pourquoi, après notre Chanson d’automne (cf. « Actu disques et DVD »), nous allons vous proposer d’emprunter des Passerelles de l’hiver pour achever aussi chaleureusement que possible la traversée de cette saison où la nature se fige afin de mieux renaître. La nature, certes, pas la création chantée, toujours aussi pléthorique et diversifiée, vivante et intéressante… comme on va bientôt le voir dans cette revue critique d’actualité.

Des ratés sympathiques
Encore faut-il s’entendre sur le rôle de la critique, tant celle-ci a été détournée, voire dévoyée au fil du temps, de son sens initial (jusqu’à frôler les règlements de compte personnels ou le calcul commercial – en démolissant par exemple ce que l’on a précédemment encensé –, sans parler des périodes les plus sombres de notre histoire où elle se confondait avec la dénonciation haineuse et raciste). Être critique, contrairement à ce que pensent trop de lecteurs, d’auditeurs ou de spectateurs – d’artistes aussi qui aiment bien qu’on se montre « libre et sans concession » envers leurs confrères… pourvu, bien sûr, qu’on n’use pas de la même liberté à leur encontre –, ce n’est pas se hisser soi-même sur un piédestal pour mieux descendre en flammes un artiste et/ou une œuvre à forte notoriété avec le seul risque de caresser son propre ego (en contribuant paradoxalement à augmenter encore la popularité du sujet concerné). Ce n’est pas non plus chercher à tuer dans l’œuf, sans regret ni remords, un artiste en herbe, une création en germe, comme on l’a trop vu par le passé ; en « oubliant » le fait que chacun a le droit d’errer avant de mourir (artistiquement parlant)… ou de mûrir. Tel Aznavour auquel s’adressait ainsi, à ses tout-débuts, un critique parisien : « Vous feriez mieux de faire de la comptabilité, vous pourriez chanter en comptant, mais ne comptez pas chanter ! » Ou Brel que l’on raillait après ses premières prestations aux Trois-Baudets : « Il faudrait dire à ce pauvre Brel qu’il existe d’excellents trains pour Bruxelles… »


Non, personne n’a jamais dit que la critique (fût-elle musicale) devait être synonyme d’onanisme ou de cynisme. Façon aussi de masquer ses propres carences ? « Ce sont des ratés sympathiques », chante Charlebois, pour dire aimablement de ces critiques-là qu’il s’agit souvent de frustrés aux rêves d’enfant inassouvis. Comme l’indique sa racine grecque, faire preuve d’esprit critique, c’est simplement « séparer, choisir, juger comme décisif ». Autrement dit, c’est avoir le talent de distinguer le bon grain de l’ivraie pour le mettre à la portée de toutes les bouches (et oreilles). Si possible avec enthousiasme (voir Chanson d’automne) : le poète a bien raison qui voit plus loin que l’horizon...

Pour ma part, je ne sais pas faire autrement que tenter de partager le meilleur (serait-ce la différence fondamentale entre le critique et le passeur ?). Ou plus exactement j’aurais honte de tirer sur une ambulance ou de hurler avec les loups pour faire rigoler les imbéciles et les moutons. Et plus encore d’ironiser sur une création naissante et forcément inaboutie : à part Brassens – en raison d’ailleurs de circonstances extérieures tout à fait exceptionnelles –, il n’y a pas un seul grand de la chanson qui ait donné d’emblée la pleine mesure de son talent. Au demeurant, les vrais critiques le savent, ceux qui font leur travail en conscience et avec humilité, il est beaucoup plus difficile de faire valoir ce qui mérite de l’être, avec ou sans réserves, que de démolir ce qui demande de la patience ou ne mérite qu’indifférence.

 

PMSylvestreJonasz.jpg

Cela dit pour introduire une fois pour toutes la rubrique phonographique de Si ça vous chante, face à l’abondance de parutions dont nous allons essayer d’extraire la substantifique moelle, en tenant compte de la diversité indispensable des goûts et des couleurs. Rien de plus triste et de moins porteur d’avenir que l’uniformité, si ce n’est la conformité. « Je suis de toutes les couleurs », chante Guy Béart... Simplement, pour mettre un peu de « lisibilité » dans cet Everest de productions, nous rassemblerons nos sélections non pas dans des cases – la chanson, pas plus que la vie, ne se met en boîte – mais par tranches d’âge : Génération Chorus pour les artistes découverts et accompagnés par nos « Cahiers de la chanson » avant que d’être médiatisés sous le nom impropre de « nouvelle scène » ; Les Années Paroles et Musique pour leurs aînés de la « nouvelle chanson française » qui s’incarna dans ce « mensuel de la chanson vivante » ; Les Lendemains qui chantent, enfin, pour les talents les plus récents. Et puis, on continuera (en mettant tout le monde dans le même sac de nouveautés)… à la seule condition – retours indispensables pour un blog par définition réalisé gracieusement et sans obligation aucune de consultation – que cela vous chante et que vous le fassiez largement savoir.

Le temps ne fait rien à l’affaire
Au fait, Les Passerelles de l’hiver, c’est un titre en forme de berceuse de Claire, magnifique voix féminine de l’après-Mai 68, ACI développant une poésie subtile dans un écrin classieux de musique jazz, et femme soucieuse de solidarité sociale. Les Passerelles de l’hiver, chanson de 1979 (neuf albums, hors jeune public, parus entre 1972 et 1999 : voir sa « Rencontre » du printemps 99 dans Chorus n° 27, juste après celle de… Guy Béart), « c’est ce qui permet de tenir, explique alors la chanteuse, quand le froid et le gris nous étouffent et nous saignent. Engourdis, un peu sourds, quand tout vous pousse à laisser aller, lâcher le volant, céder au sommeil. »

Claire – Les Passerelles de l'hiver

Pour nous, trente ans après nous être lancés sans filet dans cette fabuleuse aventure de presse musicale francophone (que d’aucuns nous prédisaient vouée aussitôt à l’échec), et guère plus de six mois après avoir tenté de nous réduire définitivement au silence, comme pour Claire (qui, depuis sa Franche-Comté natale, chante toujours ici ou là, surtout à destination du jeune public), « c’est ce qui permet de tenir jusqu’au dégel, et peut-être de n’être pas détruit par les crues du printemps – quand la vie se réveille, c’est parfois violent... Dans ce grand hiver où nous sommes entrés pour un moment, les chansons qui portent les nouvelles de la vie, chansons de rire, de pleurs et de désir, sont comme des passerelles entre les gens, pour tenir jusqu’au printemps ». CQFD.

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Rien à ajouter ni à retrancher à ces propos, plus que jamais d’actualité. Seulement vous annoncer, pour lancer concrètement ces passerelles entre nous, quelques « gros morceaux » hors saison dans le prochain sujet « Disques et DVD ». En paroles, en musiques et en images. Avant de vous présenter quelques jolies perles découvertes ces derniers temps : il suffit pour cela d’être à l’affût, de préserver (et de prendre la peine de les cultiver) le capital de curiosité, le goût du beau dont chacun d’entre nous est pareillement doté à la naissance (du moins je veux le croire). Condition sine qua non pour ne pas vivre et mourir « vieux con » avant l’heure, quel que soit l’âge de ses artères : « Ah, c’est nul, tout est nul maintenant chez ces jeunes ! », que de fois au cours de ces trois dernières décennies n’ai-je entendu, déploré, ce discours passéiste (ou son contraire : « Marre des vieux chanteurs, ils sont démodés, ils ne valent plus un clou ! »), aussi triste et stérile que dénué de vérité. Car si le talent n’a pas d’âge, on sait depuis longtemps qu’« aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années »… et que la postérité, alors, est souvent au rendez-vous.


Traduisant seulement l’état critique de celui qui l’émet, con débutant ou con des neiges d’antan (« Le temps ne fait rien à l’affaire / Quand on est con on est con / Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père / Quand on est con on est con… »), ce genre de jugement péremptoire se situe aux antipodes du véritable esprit critique qui requiert, c’est vrai, un certain effort d’écoute et une ouverture d’esprit certaine. Voire du talent, comme le constatait le Grand Jacques, une fois que nous sommes devenus de vieux amants (de la chanson ou de toute autre chose) : « Finalement, finalement / Il nous fallut bien du talent / Pour être vieux sans être adultes. » La clé de ce talent ? Continuer sans cesse à faire chorus avec la vie. Avec les couleurs du temps, les couleurs du monde, « Le soleil levant / La rose des vents / Et l’eau d’une larme et tout l’océan qui gronde »
________
NB. Voir ici la
discographie complète de Claire, albums jeune public inclus. 

 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Éditoriaux
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 12:46

L’âme des poètes

C’est une exclu, que le festival de Montauban Alors… Chante ! a tenu à réserver à Si ça vous chante… Parce que, oui, bien sûr, que ça nous chante ! Et comment ! Même que ça promet d’être particulièrement mémorable : pour célébrer comme il se doit sa vingt-cinquième édition, du 11 au 16 mai 2010, Alors… Chante ! convoque l’âme des poètes en bouclant la boucle intergénérationnelle des artistes auxquels il a fait la fête ou qu’il a révélés…

 



Souvenirs, souvenirs : en 1985, Jo Masure, lecteur de Paroles et Musique en lequel il voit un modèle d’affiche à transposer sur le terrain, crée à Montauban avec une équipe de bénévoles réunis dans l’association Chants Libres le festival qui faisait encore défaut à la moitié sud de la France. Très vite, il séduit les amateurs de chanson vivante par sa programmation faite de locomotives et de découvertes, mais des locomotives pas toujours médiatisées auprès du grand public bien que possédant un public fidèle, et des découvertes qui feront florès. Celles-ci, « Les Bravos » (du public et des professionnels), deviendront en effet la marque de fabrique d’Alors… Chante ! et la raison essentielle de la venue, chaque année à Montauban, des responsables d’une vingtaine de festivals français, belges, suisses ou québécois (quelle que soit leur taille) – démarche individuelle dont naîtra d’ailleurs, après l’établissement d’une « charte » en 2005, la création du « collectif » et aujourd’hui de la « fédération » des festivals francophones.

 

Avec le temps, c’est plus qu’un pan exceptionnel de la chanson française que Montauban a mis en valeur, c’est son panthéon vivant auquel il a rendu hommage. Un jardin extraordinaire : Léo Ferré, Serge Reggiani, Charles Trenet, Francis Lemarque, Claude Nougaro, Juliette Gréco, Georges Moustaki, Pierre Perret, Hugues Aufray, etc. Et puis, renouvellement des générations aidant, Francis Cabrel, Louis Chedid, Renaud, Laurent Voulzy... jusqu’à Sanseverino, Bénabar ou Renan Luce (anciens lauréats des « Bravos » d’Alors… Chante !). Sans parler des habitués – quasiment des pensionnaires du festival – que sont les Juliette, Allain Leprest, Nilda Fernandez ou, parmi ses découvertes les plus notables, un certain Yves Jamait. 

 

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Côté découvertes justement, la liste est tellement longue qu’elle se confond désormais avec le meilleur, tous genres musicaux confondus, de la chanson francophone actuelle : Jeanne Cherhal, La Rue Kétanou, Orly Chap’, Camille, Thierry Romanens, Aldebert, Agnès Bihl, Travis Bürki, Olivia Ruiz, Ariane Moffatt, Imbert Imbert et tant d’autres (pour le détail, voir chaque numéro d’été de la collection de Chorus, du n° 4 avec Clarika en 1993 au n° 68 avec Carmen Maria Vega et Karimouche en 2009).

La soirée anniversaire (avec Aldebert et le Cirque Plume en première partie) sera donc l’occasion de réentendre un florilège des invités d’honneur du festival, en particulier de ceux qui nous ont quittés au long de ce dernier quart de siècle : Ferré le Monégasque, Nougaro le Toulousain, Trenet le Narbonnais… Belle affiche et jolie façon de montrer, à travers l’interprétation des lauréats des « Bravos » de Montauban depuis l’an 2000 (dont Carmen Maria Vega, Nicolas Jules, Presque Oui, Manu Galure, Amélie-les-Crayons… ou encore Jamait), que la chanson est une chaîne sans fin, un fil qui lie et relie les générations entre elles, mais surtout que « longtemps, longtemps, longtemps / Après que les poètes ont disparu / Leurs chansons courent encore dans les rues ».

L’occasion pour Alors… Chante ! d’une complainte montalbanaise plus folle que jamais, et pour Si ça vous chante, de vous offrir ici une version assez méconnue, en piano-voix, de cette Folle complainte du Fou Chantant qui, titre bouleversant s’il en est (mine de rien !), constitue l’un des chefs-d’œuvre absolus de l’histoire de la chanson française : gageons qu’elle résonnera bien fort dans les corps et les cœurs et en fera frissonner plus d’un, plus d’une, le 16 mai prochain, sur les rives du Tarn… et dans les rues de Montauban.

 


Pour le reste de l’affiche 2010 (Arthur H, Jacques Dutronc, Renan Luce, Mickey 3d, Raphael, Olivia Ruiz…), je vous renvoie ausite d’Alors… Chante !sur lequel sont également annoncées les découvertes du millésime. Précision pour qui n’aurait pas encore mis à l’épreuve la dimension obstinément humaine de ce festival, il propose un « passeport » à tarif démocratique donnant droit à tous les spectacles : avis aux amateurs qui voudraient prendre une semaine de congés au moment de l’Ascension… pour faire chorus avec l’âme des poètes. 

 

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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