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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 16:38

Une pédagogie de l’enthousiasme

« Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi. »
(Jean Cocteau)

Pour la première fois depuis 1992, pas de chanson d’automne pour Chorus, emporté au vent mauvais, pareil à la feuille morte. À cent quatre-vingt-seize pages mortes… prématurément. « Les sanglots longs / Des violons / De l’automne / Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone… », écrivait le poète saturnien réincarné sur scène par l’immense Léo de Hurlevent. Comme toujours, dans ce qui aurait dû être la soixante-neuvième ramification de l’arbre à chansons, une centaine de chroniques de disques étaient prévues, de tous genres musicaux, de toutes sortes de productions et à destination de tous les publics : nouveautés de « chanson française » (Belgique, France, Québec et Suisse pour l’essentiel, par l’ensemble de notre équipe) et des « musiques noires » de l’espace francophone (« Soleil Noir » par Jean Théfaine) ; albums en autoproduction ou petite distribution (« De bouche à oreille » par Michel Kemper), jeune public (« Chanson z’enfants » par Marie-Agnès Boquien) et… reste du monde (« Sans frontières » par Jacques Vassal).




Même forte d’autant de références, cette rubrique était pourtant une sélection des plus draconienne (dont m’incombait la redoutable responsabilité : voir l’édito « Ma solitude » dans Chorus n° 66), vu l’incroyable flux tendu de parutions qu’on ne cessait de nous adresser dans l’espoir d’obtenir une « fenêtre », visible de tous, dans ce que l’on appelait – pas nous, mais ses lecteurs ! – « la bible »…

L’inaccessible étoile

Cette intro non pas pour remuer le couteau dans la plaie (qui, de toute façon, restera longtemps à vif), mais en manière d’avertissement : si une centaine d’albums chroniqués chaque trimestre n’était déjà  qu’une sélection, ceux que je présenterai dans cette « rubrique » périodique de mon déblogue-notes sera le résultat d’un écrémage encore plus draconien. Forcément. Je n’ai pas l’ambition à moi seul de pouvoir rendre compte de tout le spectre de la création couvert par une équipe de quinze journalistes répartis un peu partout dans l’Hexagone (d’où, aussi, sa faculté à découvrir les talents en herbe dans leur région d’origine bien avant d’être repérés au niveau national) et à travers la Francophonie.

Je ferai néanmoins de mon mieux pour éviter des impasses criantes et surtout pour continuer un travail de prospection à jamais nécessaire, tout en respectant la diversité indispensable des goûts et des couleurs. Enfin, mon choix sera guidé – comme toujours depuis le n° 1 de Paroles et Musique en 1980 – par la conviction, idéalement traduite par Aragon, que « la critique doit être une pédagogie de l’enthousiasme ». Qu’on se le dise une fois pour toutes.

Dernière précision de la règle du jeu qui prévaudra : si nos « Cahiers de la chanson » attribuaient un « Cœur Chorus » aux albums jugés les plus intéressants de la saison en cours, j’accorderai pour le plaisir (et le clin d’œil à l’ami Bridenne qui, me sachant inconditionnel du chevalier à la triste figure, m’a concocté un Homme de la Mancha à l’assaut d’un moulin à plume en guise d’« avatar » pour personnaliser ce blog) un « Quichotte » d’honneur à chaque album me paraissant au-dessus du lot commun. La quête (salut, Grand Jacques) de l’inaccessible étoile, en somme…



Alors, cette chanson d’automne ?
 

À son générique, par ordre alphabétique (de A à Z !) : Jean-Pierre Andrevon, Benjamin Biolay, Michel Boutet, Gérald De Palmas, Lucienne Deschamps, Fenouil et les Fines Herbes, Éric Frasiak, Guilam, Agnès Jaoui, Allain Leprest, Les Ogres de Barback, Charlotte Marin, Sanseverino, Mano Solo, Carmen Maria Vega et Ziskakan.


Jean-Pierre Andrevon

AndrevonNouveau venu dans l’univers phonographique, le « pape de la science-fiction française » (plus d’une centaine de romans à son actif) écrit et compose en fait des chansons depuis toujours, dans le sillage de son maître ès-paroles et musiques, Stéphane Golmann. À son âge et à l’heure qu’il est, il a décidé d’enregistrer en direct, à l’ancienne, en acoustique et « à la maison », l’intégrale de ses chansons. Cordes, claviers, percussions et accordéon arrangés par Sirieix. Les Gens est son second volume après Je viens d’un pays (lire Chorus 63, p. 52) : chaleur, fraternité, humanisme, écologie, humour noir, écriture soignée et mélodies classiques. Les Gens, 15 titres, 53’47, autoproduction (site).


Benjamin Biolay

quichote_3.jpgC’est la surprise de l’automne ! Personnage atypique dont l’image de dandy suffisant et condescendant a détourné de lui bien des amateurs de chanson, il aura fallu attendre son sixième (double) album studio pour que cet ACI de 36 ans, auteur-compositeur (avec Keren Ann) de Jardin d’hiver pour Henri Salvador, arrive enfin à maturité, comme le papillon sortant de sa chrysalide. Car La Superbe porte bien son nom qui est magnifique en tous points. Textes ambitieux, musiques mélodiques aux orchestrations amples et soyeuses. Même l’interprétation, qui faisait jadis dans le copié-collé gainsbourien, prend son envol à sa façon, douce et pénétrante.

biolay
Le tout est raffiné, peaufiné à l’extrême, noir, désabusé (« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des illusions / Il n’y a pas deux ciels, il n’y a qu’un seul horizon / Il n’y a pas de larmes, il n’y a que des sanglots longs… / ll n’y a plus de gauche, il n’y a que des moribonds… » ) : classieux, aurait forcément dit le maître en constatant que l’élève a su s’affranchir de sa tutelle. À noter un morceau parlé, fort éloquent, sur l’incommunicabilité (ou la communication superficielle) de la vie moderne, en duo avec Jeanne Cherhal (Brandt Rhapsodie). Une réussite à confirmer sur scène, en tournée française à partir du 21 janvier. La Superbe, 22 titres, 84’26, Naïve (site).


Michel Boutet

BoutetIl y a du Julos Beaucarne chez ce chansonneur « né quelque part en Poitou » en 1951, qui fit ses débuts de chanteur en 1972 au fameux Bateau-Lavoir de Nantes (Gérard Delahaye, Paco Ibañez, Félix Leclerc, Catherine Sauvage, Gilles Servat, Tri Yann…). Quatre 33 tours de haute tenue poétique entre 1972 et 1986 (dont La P’tite Fille du cinquième, avec Bernard Haillant à la musique, qui sera notamment enregistrée par Jeanne-Marie Sens et Pierre Rapsat), puis une « pause » de comédien, d’auteur dramatique et de conteur avant de revenir progressivement à la chanson. Ce nouvel album, après La Cordillère des anges en 2005 (Chorus 52, p. 73) est son septième opus. Une sorte de disque-concept en forme d’autobiographie qui s’insinue doucement mais sûrement en vous. Car tout est bon, y a rien à jeter dans La Ballade de Jean-Guy Douceur qui vous entraîne sur les pas de l’auteur, de sa petite enfance (Les Gardes-barrière) à nos jours, via l’Afrique, Amsterdam, Mayence (« Et j’allais sans haleine / Méfiant du temps qui passe / Sans jamais dire je t’aime / J’avais peur que ça casse / Mais toi ma nuit de laine / Mon île mon voyage / Mon amour porcelaine / J’t’emmène au bout de mon âge… »), etc. Des chansons qui sont autant d’histoires en lesquelles on se reconnaît, toutes de limpidité, de simplicité poétique (le plus difficile !), d’interprétation discrète, presque pudique et de délicatesse orchestrale (Félix Blanchard, ex-Lavilliers, Caradec… Christian Laborde à l’enregistrement et aux guitares ; Dalila – ex-Soham – aux chœurs, Delphine Coutant – Portrait dans Chorus… 69, sur le site de la Rédaction – au violon et en duo…). Complicité aussi aux mélodies (superbe Dans la Basse Nantes, composée par Patrick Couton), où chantent violoncelle, piano et percussions. Un album de haute volée (« l’Aviateur » est son label), à happer sans faute au passage. 12 titres, 39’43, Les Éditions de l’Aviateur (site).


De Palmas

De-PalmasLe bonhomme est aimable, sympa, cool, qui ne se prend pas la tête et se garde bien aussi d’avoir le melon. Apparemment serein, détaché du monde mais confronté au tumulte intérieur de ses états d’âme (qui constitue le fond de son inspiration), il nous livre un album au diapason. Ligne claire dans les mélodies et les arrangements, diraient les bédéphiles, atténuée juste ce qu’il faut par une voix légèrement ébréchée, mise en avant, et c’est bien, dans le mixage. On aimerait quand même que ce blues à sa façon, « joué, enregistré et réalisé » de belle façon par l’intéressé, s’aventure un peu plus loin sur la route de nos préoccupations communes. Comme il semble y aspirer lui-même : « Bien enfermé dans ma cage / Prisonnier d’un esprit trop sage / Je voudrais sortir pour voir qui je suis / Sortir et pousser un cri / Cette nuit il faut que je sache qui je suis… » Mention spéciale pour le duo en anglais avec Eagle-Eye Cherry. Sortir est son cinquième opus studio en quinze ans. 11 titres, 42’, AZ (site).


Lucienne Deschamps

DeschampsVoilà un disque de poèmes dits et de chansons poétiques qui sort de l’ordinaire et nous plonge au tréfonds de nous-mêmes, dans l’intimité la plus ignoble et la plus belle de l’être humain, des profondeurs de la déportation et du génocide juif par les nazis aux cimes de la Résistance des Justes. Côté chanson : Mon pot’ le Gitan (Jacques Verrières/Marc Heyral), Monsieur tout blanc et L’Âge d’or (Ferré), Musée Grévin (Aragon/Hélène Martin)… L’album a été enregistré en direct à l’Essaïon, en piano-voix avec Sylvain Durand, premier pianiste à l’opéra, directeur musical et clavier de Jean-Michel Jarre, compositeur pour Roland Petit… Chanteuse et comédienne, à la voix vibrante et fraternelle, emplie d’émotion et de compassion, Lucienne Deschamps a travaillé avec le Roy Hart Theatre, joué au cinéma et à la télévision et a incarné le rôle principal de la comédie musicale de Roland Petit et Richard Galliano, Les Bons Petits Diables. Sous-titré « Poèmes, chants et témoignages sur la déportation », Aide mémoire est son troisième album. On pourra la retrouver dans ce même spectacle à l’Essaïon le 13 décembre à 18 heures. 15 titres, 44’30, Prod. Vive Voix, distr. EPM (myspace).


Fenouil et les Fines Herbes

fenouilC’est frais, c’est naturel, c’est un second album, de la chanson garantie sans OGM ! Avec plus de trois cents concerts à leur actif, des premières parties des Ogres de Barback, de Volo, Pigalle, Ange, Romain Dudek, Les Fatals Picards… (soit dit pour situer la famille d’esprit), Fenouil, Sarriette, Ciboulette et Persil « bouturent leurs textes réalistes sur des barricades bien fleuries » (guitares, clavier, batterie, accordéon…). Les musiques et les arrangements sont variés, enlevés, épicés, à l’image des textes qui ne font pas que dans l’humour et savent de quel terreau ils procèdent (« …Mais d’entre elles les connes, comme chantait un certain / Ressemblent aux connes / Je suis fils de putain »). Fenouil et les Fines Herbes ont certes besoin d’un peu de temps encore pour continuer à croître, mais leur pré carré est déjà bien tracé : « Si tu veux vraiment faire de l’oseille / Ne viens pas dans notre potager / Ce n’est pas avec les fines herbes / Que tu récolteras du blé. » Sauge qui peut, 15 titres, 50’, autoproduction (site).


Frasiak

quichote_3.jpgLe premier album de cet auteur-compositeur lorrain remonte à 2001 ; celui-ci, gorgé de guitares (et de claviers, de percussions, de banjo, de mandoline, d’harmonica…), d’énergie et d’émotion, est le quatrième. Des textes intelligents, une musique rock, une voix chaleureuse, bien en place et bien mixée, Frasiak me rappelle Pierre Rapsat, c’est tout dire tant était magnifique cet artiste belge disparu en avril 2002. Qu’en dire spécifiquement ? Que ça balance super bien, que c’est mélodique, que c’est bien écrit et surtout que ça dit des choses intelligentes qui parlent de nous, d’ici et de maintenant (« Éteins un p’tit peu ton ordi / Va voir dehors, c’est la vraie vie / J’sais bien qu’elle te fait un peu peur / Mais faut pas tout croire au 20 h / T’as pas besoin d’ADSL / Pour que la vie te donne des ailes… »), d’hier aussi, avec tendresse et mélancolie, et qui nous disent : Parlons-nous ! Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me parle et ça me touche. « Nos vies c’était un p’tit peu l’souk / On les mettait pas sur Facebook / Ça craquait sur nos 33 tours / Pendant qu’on attendait l’amour / On la cherchait pas sur Google / Celle qu’en pinc’rait pour nos p’tites gueules… »

frasiak
Les racines de Frasiak ? Dylan côté anglo-saxon, sans nul doute, et côté français, voici l’héritage qu’il revendique : « Si un jour j’ai pris une guitare, joué dans les bals et les bars / C’était pour chanter “Natacha”, “Le monde bouge”, “Nous sommes un cas” / C’est toi qui m’as donné envie de les chanter, pour être en vie / “Tous ces mots terribles” qui font et du bonheur et des chansons. » Il y a pire référence, n’est-ce pas, que François Béranger… Et pourtant, nous dit Frasiak, « J’aime pas les chanteurs, c’est rien qu’des menteurs / Que des beaux parleurs dans les hauts parleurs / Des bonimenteurs / Si beaux, mais menteurs… / J’aime pas les chanteurs, j’les connais par cœur / Avec ma guitare, j’le fais tous les soirs… » Des chanteurs comme ça, j’en redemande ! J’oubliais : superbe reprise rock de Vingt ans, du camarade Léo ; il aurait aimé, j’en suis sûr, j’le vois même essuyer une p’tite larme discrète à l’écoute... Parlons-nous, 15 titres, 60’21, Crocodile Productions (site).


Guilam

quichote_3.jpgMais que la chanson est belle, qu’elle nous fait du bien quand elle est portée par des artistes pareils ! Car Guilam, c’est du bon, du tout bon. Jamais je ne me résoudrai à accepter que le tout-venant passe et repasse à la télé, quand tant d’artistes-nés passent inaperçus du « grand public ». Ou plutôt, jamais je ne cesserai de me battre pour que ces artistes-là occupent aussi le haut du panier médiatique. Guilam ? Qui ça ? Je ne savais rien ou presque de cet artiste, grand « jeune homme » au crâne dégarni, tout au plus qu’il avait déjà sorti un album autoproduit en juillet 2007, Les Gens importants. Mais là, waouh ! Trente secondes à peine suffisent pour vous alerter : « On est juste au milieu / De la moitié du bien / Quand on sait que de l’autre / La lâcheté n’est pas loin… »), moins d’une minute pour vous dire : « attention, talent ! » et une chanson (Réalisme, en l’occurrence) pour comprendre que vous avez affaire à quelqu’un, à quelque chose, de rare, de puissant et paradoxalement de fragile. À l’image de cette voix un peu haut perchée, toute de tension, chargée de tendresse, qui vous bouleverse d’emblée. Tout le reste de l’album ou presque est à l’avenant. À tel point qu’on ne sait quoi mettre spécialement en avant. Allons-y pour Limites, par exemple, petit bijou véritable : « C’est à partir de quand / que l’on sait que l’on s’aime / Que le vent nous entraîne / vers de nouveaux printemps ? / C’est à partir de quand / que l’on sait que l’on sème / Des morceaux d’avenir / qui pousseront vraiment ? » Suivent deux douzaines de couplets qui déclinent habilement le sujet. Douze chansons, aux titres brefs (Nouvelle voie, Floraison, Prévisions, Hasard, Étiquetage, Lumière…) qui sont autant de bonheurs d’écriture, d’émotion, de lucidité…

Guilam
Et que dire de la réalisation musicale de l’album (à nouveau autoproduit pourtant), une merveille, due à… Julien Lebart. Qui ça ? Le pianiste de Cali ? Mais oui, et les crédits nous apprennent que Guilam a enregistré dans le studio d’icelui et de son manager et « pays » Bruno Buzan, à Rivesaltes. Bonne pioche ! Quelle beauté que cette mise en instruments, un travail d’orfèvre qui épouse la voix, les mélodies au plus juste, sobrement, sans fioritures inutiles. Un piano, un accordéon, une mandoline, une contrebasse, un orgue Hammond, un ukulélé, quelques percussions discrètes et le tour est joué, le chef-d’œuvre est ficelé. « Je suis à fleur de peau / Ça doit être la saison / Comme une oscillation / Entre rires et sanglots… / Les fleurs d’octobre se font si rares / Qu’il me plaît de les inventer / Les faire pousser sur ma guitare / Pour mieux les voir s’envoler… » Dernier détail : Guilam est passé par le Centre des écritures de la chanson, autrement dit les Rencontres d’Astaffort de l’ami Cabrel. Label de qualité s’il en est, qui confirme tout ce qui précède. Hasards…, 12 titres, 39’43, autoproduction (site).


Agnès Jaoui

JaouiAvec son premier album en 2006, Canta, la comédienne-scénariste-réalisatrice qui connaît la chanson avait cerné les contours de ses bonheurs enchantés. Enfin, cerné, façon de parler puisque son univers se veut sans frontières, en tout cas s’aventurant au-delà de la chanson française (ici, deux titres seulement en français, signés de sa plume : Sur le pont de l’Alma mia et Dans mon pays qui donne son nom à l’album), sur les terres du Sud, hispanophones et lusophones, de la péninsule ibérique à l’Amérique latine en passant par l’Afrique (joli duo avec Bonga). Plus que le disque d’une chanteuse (accompagnée de fort jolie façon par des multi-instrumentistes acoustiques sous la direction du violoncelliste Vincent Segal), Dans mon pays est celui d’un groupe, « Agnès Jaoui y el Quintet Oficial », qui propose de superbes duos où émotion et jubilation se conjuguent en toute beauté. Entre son cubain et flamenco, bossa et fado, salsa et samba… Mon « point faible » ? Le duo avec le guitariste cubain Roberto Gonzalez Hurtado sur Amor e distancia, déchirante déclaration d’amour de son regretté compatriote Polo Montañez (à qui Jean Théfaine avait consacré un bel article, « Polo des Montagnes », dans Chorus 42, p. 115). L’objet se présente sous la forme d’un CD-livre avec tous les textes en v.o., sous-titrés en v.f. De la belle ouvrage, dans le fond comme dans la forme. 12 titres, 44’54, Tôt ou Tard (site).


« Chez Leprest »

quichote_3.jpgOn avait décerné un « Cœur Chorus » au premier volume de Chez Leprest. Voici le second, qui mérite cette fois un « Quichotte » d’honneur ! Rappelons le principe : donner à interpréter les chansons d’Allain Leprest par qui souhaite ainsi rendre hommage à l’un des auteurs majeurs (hélas méconnu des grands médias, du grand public et – c’est sans doute l’injustice la plus désolante – des Victoires de la Musique) que la chanson francophone ait connu.

Leprest
J’exagère ? Même Jean d’Ormesson le considère comme « le Rimbaud du XXe siècle » et Nougaro, il y a longtemps déjà, voyait en lui « l’un des plus grands auteurs au ciel de la langue française ». Bref. Au casting de ce n° 2 : La Rue Kétanou, Amélie-les-crayons, Alexis HK, Adamo, Claire Lise, Anne Sylvestre, Clarika, Gérard Morel, Bruno Putzulu, Francesca Solleville, Flow, Gilbert Laffaille, Kent, Isabelle Mayereau, Jean-Louis Foulquier, Gérard Pierron, Olivia Ruiz. Et Romain Didier bien sûr, le complice fidèle, compositeur de la plupart des musiques et co-arrangeur de l’album avec Thierry Garcia (sept musiciens pour une dizaine d’instruments acoustiques). On pourrait décerner des « mentions spéciales », mais tous sont formidables qui épousent au mieux l’univers de Leprest sans rien abdiquer de leur propre personnalité.


Ce n° 2 mérite d’ailleurs un double « Quichotte », puisque le CD s’accompagne d’un DVD du concert donné le 12 mars dernier au Bataclan (et dont « Si ça vous chante » a le plaisir de vous offrir ici une belle synthèse vidéo) : Allain Leprest et ses amis, soit Daniel Lavoie, Jamait, Hervé Vilard, Olivia Ruiz, Mon Côté Punk, Nilda Fernandez, Fantine Leprest, Jehan, Agnès Bihl, Jean Guidoni, Loïc Lantoine, Romain Didier… et Leprest en chair, en os et en voix pour douze chansons. Incontournable. On attend maintenant la suite, jusqu’à l’intégrale, pourquoi pas… En attendant, ce 14 décembre au Théâtre du Rond-Point, Allain recevra le Prix de la Poésie de la Sacem et le 8 mars prochain on le retrouvera avec les amis de ce second tome sur la scène du Casino de Paris. Chez Leprest, Vol. II + DVD concert du Bataclan Chez Leprest Vol. I, 18 titres, 59’18 + DVD, 24 titres, 111’, Tacet Prod./L’Autre Distribution.


Les Ogres de Barback

quichote_3.jpgOn connaît les Ogres de Barback, cette famille chantante (Alice, Fred, Mathilde et Sam Burguière) qui s’est prise entièrement en mains et assume tout avec succès, création, production, distribution, paroles, musiques et images (voir Chorus 67, Rencontre). Dans leur parcours atypique (onze albums depuis 1997), qui passe aussi bien par l’Olympia et le Zénith que par le chapiteau ambulant qui leur permet d’aller au-devant des gens là où personne d’autre ne va, il y eut en 2003 un premier album « jeune public » racontant l’histoire de Pitt Ocha, « ce petit garçon qui sait faire des choses incroyables avec ses mains et ses oreilles, qui jongle avec les bruits et fait sonner tout ce qu’il touche… ».

ogres
Le voici de retour Au pays des Mille Collines, avec des souvenirs de ses voyages plein les chansons, en compagnie des Cowboys Fringants, de Tiken Jah Fakoly & Madina N’Diaye, Gabriel Yacoub, Polo, etc., dont un collectif de femmes rwandaises (d’où le titre de l’album).
Non seulement c’est formidable à tous points de vue au plan formel (paroles, musiques, chant, arrangements et emballage avec un très beau livret illustré de 68 pages), mais surtout c’est intelligent, actuel, fraternel, lucide, subtil. Bref, les Ogres ne prennent pas les marmots pour de la chair à croquer, ils les respectent à hauteur d’humain : « Et peu m’importe qu’ils comprennent / Les paroles de ma chanson / Si votre cœur les entraîne / Si l’on s’enchante à l’unisson… » (in Marchand de rêves, chantée mi en français mi en arménien). À mettre en toutes les petites oreilles… et à conseiller aux grandes qui ne se suffisent pas d’ouïr les discours formatés. Pitt Ocha au Pays des Mille Collines, 17 titres dont un conte, 66’, Irfan le label (site).



Charlotte Marin

marinC’est une femme de planches dans tous ses états. La scène, elle connaît et la maîtrise haut la main : théâtre classique ou de boulevard, comédies musicales… Tout cela la conduisait immanquablement et tout naturellement à une chanson de variétés, diversifiée dans le ton et dans les rythmes, qui ne se prend pas (du tout) la tête. « Pensez aux chansons de Lynda Lemay, écrivait Michel Kemper dans Chorus 60 à propos du premier album de la pétulante blonde : c’est pareil, l’accent en moins, en nettement plus gai et avec des rimes… à faire rougir un monastère. À suivre de près. » Ce second album, entièrement écrit et composée par la gaie luronne, confirme ces dires. Ça parle des préoccupations d’une Trentenaire à vif, c’est déjanté, drôle, impudique, plein d’autodérision, c’est chanté la voix souriante, bref ça fonctionne. Mais cette superficialité apparente et assumée n’empêche nullement une pause de tendresse : « Et puis la maladie a pris / Tous ses souvenirs en otage / Cette grande dame que j’appelais Mamie / A commencé son lent naufrage… » Au plan musical, orchestral, on a parfois l’impression, à 20 h 30 surtout, que la dame habite chez Bénabar. Étonnez-vous après ça qu’il l’ait invitée en première partie de sa récente tournée… Mais la pulpeuse n’est pas exclusive et encore moins bégueule, elle sait aussi lorgner (parodiquement) du côté de chez Gainsbourg, tant côté musique que paroles (Sorry Loser). Trentenaire à vif, 12 titres, 45’23, Biyou Music/Universal (myspace).


Sanseverino

quichote_3.jpgOn parle régulièrement, dans le répertoire d’un artiste, d’album « de la maturité ». Celui qui lui permet de s’affirmer pleinement, dans toutes ses facettes et pas seulement dans la couleur unique d’origine qui a plu au public et aux médias. Laquelle peut vite se transformer en carcan. Ainsi, attend-on impatiemment le second album de Thomas Dutronc pour savoir s’il réussira à dépasser le côté manouche, Django and Co dans lequel il s’est installé… La référence à Thomas n’est pas gratuite, puisque Sanseverino, autre manouche de la chanson, délaisse justement cet aspect monochrome qui le caractérisait. Ce nouvel album nous en fait voir de toutes les couleurs, et ça lui va drôlement bien au tempérament et à la voix !

sanseverino
Il s’ouvre au blues, au rock, au vrai, et c’est franchement jubilatoire : « Et puis je ne suis plus ni zazou / Ni rock’n’roll ni swing ou fifty ou rockabilly or whatever you want / Je n’aime plus le scat ni le rap ni le slam, ni le Pape ! / Le seul truc vraiment pour moi qui swingue, qui balance / C’est un pendu sur sa potence… » Il nous emmène en Serbie sur les traces de Bregovic pour illustrer un texte particulièrement fort (Chérie c’est la guerre) et se risque même avec succès, outre une reprise de La Salsa du démon, à la country pour nous conter les pérégrinations du Grand Grégory (« …Puis il est mort dans le froid / On a balancé ses affaires / Dans un sac poubelle gris / Il a eu le même enterrement / Que le petit Grégory »). Humour noir ou pas, sa fantaisie est toujours là, mais alliée à une gravité, une profondeur d’inspiration qui nous fait dire, oui, c’est sûr, que ce quatrième album studio, à la rythmique « lourde », manière Arno parfois (La Valse du blues du livre), mais la voix toujours bien présente et qui se bouscule moins qu’auparavant, est bel et bien celui de la maturité pour Stéphane Sanseverino. Bravo l’artiste ! Les Faux Talbins, 17 titres, 56’, CH+/Columbia (site).


Mano Solo

soloIl nous accompagne (et nous l’accompagnons fidèlement) depuis ses tout débuts qui remontent, phonographiquement parlant, à 1993 avec La Marmaille Nue (devenu le nom de son label). Rentrer au port est son dixième album (inclus celui des Frères Misère de 1996), et le miracle de l’émotion qui est le propre de l’artiste opère toujours autant. Ses textes évidemment, qui, loin de l’image dont l’ont affublé les grands médias à l’origine, vont du rire aux larmes ; l’auteur ne cessant d’avancer dans son inspiration, de défricher des terres jusqu’alors vierges chez lui, « conforté par l’amour que lui envoie son public, stimulé par l’adversité ». Ses musiques bien sûr, qui respirent ou transpirent tour à tour (« De toute façon, dit-il, ma musique, qu’elle tourne en valse ou en reggae, je vois ça comme du rock »), et bénéficient de la complicité de Régis Gizavo à l’accordéon, Daniel Jamet (ex-la Mano Negra) et Fabrice Gratien (La Gosse) au piano et à la trompette. Mais c’est surtout sa voix, au grain unique, au timbre apparemment fragile, « en tôle ondulée » dirait Souchon, qui nous le rend si attachant. Si bouleversant. Définitivement. Rentrer au port, 13 titres, 45’28, La Marmaille Nue/Wagram Music (site).


Carmen Maria Vega

vegaDans « Le Joli Fil », à propos de sa prestation aux dernières Musicales de Bastia, je disais tout le bien que m’inspire cette jeune femme à la personnalité déjà affirmée, au caractère bien trempé. Sur scène, du fait de son étonnante capacité à maîtriser les planches et à emporter l’adhésion du public, son répertoire est indéniablement efficace. Sur disque, les chansons que lui a concoctées son guitariste Max Lavégie sonnent encore un peu « vert », mais outre le fait que cet album a peut-être été quelque peu précipité par le succès de Carmen en public, il est légitime de penser que le suivant franchira un palier qualitatif. Contrairement à ce que prétend le premier titre de ce premier opus, la jeune femme n’a en effet rien d’une Menteuse, c’est une artiste tout ce qu’il y a de plus authentique.


Alors, n’injurions pas les lendemains qui chantent et faisons confiance à « Carmen Maria Vega » (le groupe), tout en lui conseillant de méditer le conseil prodigué dans un numéro récent de Chorus par Claude Lemesle (auteur qui compte, s’il en est, dans la chanson contemporaine) : « Tout seul, on n’est pas assez », écrivait-il en expliquant qu’on ne possède pas forcément tous les talents, et d’auteur, et de compositeur et d’interprète… Album sans titre, 13 titres, 42’55, AZ (site).


Ziskakan

quichote_3.jpgLe groupe réunionnais Ziskakan a fêté cet automne ses trente ans d’existence. Formation à géométrie variable, elle est incarnée par son chanteur-leader auteur-compositeur Gilbert Pounia et réalise la fusion musicale (et orchestrale, instruments traditionnels et modernes s’épousant pour le meilleur) de ce qu’est la Réunion et nous fait l’aimer : une synthèse de toutes les influences ethniques qui l’ont façonnée au fil du temps. Cette fois, Gilbert et les siens mettent tout leur talent à chanter la Grande Île, l’Île Rouge, qui donne son nom à cet album, Madagascar. Mais aussi les souvenirs d’enfance, les chanteurs de rue que Pounia a bien connus (comme Henri Madoré), le Premié Lamour (magnifique ballade, comme Jeevan qui conclut le disque).


C’est fin, précieux sans affèterie, subtil, à l’instar de la voix de l’artiste, caressante, vibrante, émouvante. Toujours mélodique aussi, parfois « planant ». Avec un plus, cette fois, apporté par Érick Benzi à la réalisation et au mixage. Alors que Danyel Waro porte haut et d’admirable façon les valeurs ancestrales des anciens esclaves à travers son maloya-racines, Ziskakan fait dans la tradition, la modernité et la recherche à la fois. Waro et Pounia (que nous avions eu la chance de rencontrer au début des années 80 à l’occasion d’un reportage pour Paroles et Musique – c’était d’ailleurs la première fois que l’on parlait d’eux dans un périodique national) sont aujourd’hui les deux hérauts/héros incontestés et complémentaires de l’Île à Grand Spectacle.

Ziskakan
« Une musique électro-acoustique d’une finesse et d’une sophistication sans égales à la Réunion
, écrivais-je il y a belle lurette à propos de Ziskakan : des textes poétiques et intelligents, un leader charismatique… Un cocktail formidablement réussi qui a toutes les chances d’être goûté par le plus grand nombre. » Rien à retirer à cela, au contraire, Ziskakan n’a cessé de se bonifier. En créole dans le texte, je persiste et je signe : « Son souf an résital / I krik i krak mon lam » (« Son souffle en récital / Raconte – et fait vibrer – mon âme »). En disque aussi ! Madagascar, 12 titres, 43’13, autoproduit, L’Autre Distribution (myspace).



Voilà, c’est tout pour cet automne ! À vrai dire, j’avais prévu de présenter encore une douzaine d’autres albums. Notamment ceux des artistes prévus au sommaire du numéro d’automne de Chorus : Sujet libre d’Art Mengo, La Grande Évasion de Mickey (3d), tous deux en « rencontre » sur le site de la Rédaction, Mister Mystère de M, Le Cours ordinaire des choses de Jean-Louis Murat (mais pour celui-ci, je vous renvoie au blog de Jean Théfaine qui propose un extrait de l’interview recueillie par lui pour ce numéro mort-né). Celui de Maurane reprenant Nougaro (L’Espérance en l’Homme), dans la foulée de notre dossier spécial du n° 68. Et Le Clan des miros de Renan Luce qui nous avait accueillis en exclusivité pendant son enregistrement… Je voulais encore vous parler de JP Nataf, de La Blanche, de Morro, de Pauline Paris, de Renaud, de Thierry Romanens, de Siméo, d’Alan Stivell, de Tryo en live, de Florent Vintrigner… Vous présenter enfin l’intégrale de Sarcloret sortie ce 7 décembre sous forme d’un coffret de 12 CD intitulé Un enterrement de 1re classe… Chez Côtes du Rhône/Kiui Prod/L’Autre Distribution (ou www.sarclo.com).

Mais le temps me manque (eh oui !)… et puis point trop n’en faut d’un seul jet. Alors, la suite « au prochain numéro »... du moins si ça vous chante. Pour ma part, pas d’inquiétude, le fil est bel et bien renoué.

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NB. Vous connaissez la chanson ? Merci à tous de bien vouloir faire chorus aussi largement que possible en amenant vos amis, relations et réseaux divers à découvrir ce blog, à s’y inscrire si affinités… et – si ça leur chante, bien sûr – à y participer : plus nous serons nombreux à apporter notre pierre à l’édifice et plus notre « maison de la chanson » se fera accueillante…

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 19:06

La « petite mort » de Dominique Scheder

Dans « Le Joli Fil » publié le 26 novembre, à propos des Musicales de Bastia, j’écrivais ceci : « (…) Alain Sourigues, pince-sans-rire et Pierrot lunaire entre Boby Lapointe et Dominique Scheder (un chanteur suisse que j’adorais, hélas prématurément disparu), embarque son monde dans un univers de poésie naïve et drôle, trop rare aujourd’hui, qui lui avait valu de rafler aux Découvertes 2008 les prix du public et du jury à la fois. »

Mea culpa, mea maxima culpa, diraient les latinistes ; My God ! diraient les Anglo-saxons ; Pan sur le bec, dirait Le Canard Enchaîné… car Dominique Scheder, par bonheur, est toujours bel et bien des nôtres ! Voici en effet le courriel que je viens de recevoir, non pas d’outre-tombe mais de l’autre versant des Alpes :

 
« Cher Fred Hidalgo,
Surpris d’apprendre ma disparition, mais flatté d’être cité en compagnie de Boby Lapointe. Je suis bien vivant. C’est vrai, après une descente dans l’enfer de la folie dépressive. Mais je vis, j’écris, je chante (Vasca)... J’enregistre mon dixième CD et écris mon troisième livre.
Merci de votre engagement, avec mes salutations enchantées.
Dominique Scheder
PS : Mon
site est en pleine restructuration. Mais ça donne une idée de ce que je fais. »

Réponse immédiate de ma part… pas gênée pour un sou :
 

« Je ne suis même pas désolé, cher Dominique. Au contraire, je suis des plus heureux. Puisque des gens “bien informés” avaient cru bien faire en nous annonçant votre disparition, je suis super heureux de savoir que vous êtes bel et bien là parmi nous…
À très vite, déjà via “Si ça vous chante”… en me réjouissant à l’avance de pouvoir écouter votre nouvel album. »

...Et retour non moins rapide de Dominique :


« Merci Fred, de votre prompte réponse. De fait, cette “petite mort” est un peu de ma faute. Très actif dans le milieu de la psychiatrie où j’ai créé, à la suite de ma maladie, une association de patients, le GRAAP, j’ai quelque peu délaissé, non pas la chanson, mais le côté promotionnel et surtout francophone. Ainsi, je n’ai pas suivi la belle aventure de “Chorus”. Depuis cinq ans, je développe une créativité étonnante, encouragé par la nouvelle famille que j’ai fondée (je suis papa d’une fillette de trois ans !). Je me consacre maintenant essentiellement à mon œuvre chantée et écrite et retrouve un engagement politique au côté des plus petits. Mon association “La Brouette à chanson” forte déjà d’une centaine de membres travaille dans ce sens. Et la sensibilisation à mon œuvre dans la Francophonie est justement au programme.

« Vous êtes, vraiment, là, le premier contact aimable et connaisseur. Merci. Vous dire encore que je dois ces retrouvailles avec vous, grâce à l’un de vos lecteurs, Jean Florin, rencontré à la fête des “40 ans de chanson” de Michel Bühler, le 3 décembre dernier. Il m’a fait part de votre mot sur le blog... Tout gêné ! Et voilà. »

Résurrection

Cette « petite mort » dont parle Dominique est précisément racontée dans son nouveau livre, L’Auto jaune, qui s’achève – comme l’indique sa 4e de couverture – par une véritable « résurrection » :

« Schizophrénie paranoïde évolutive ! Rien que ça ! Dominique Scheder est à l’aube de sa carrière de chanteur quand tombe l’effrayant diagnostic. Tous les contrats sont annulés. La piste d’envol n’est plus qu’un chemin défoncé où brinquebale l’auto jaune. Jaune comme les épis dorés de l’enfance perdue, jaune comme le bus de papa-chauffeur, jaune comme la célèbre auto qui emmène les fous à l’asile de Cery, l’hôpital psychiatrique de Lausanne.

« Angoisses, délires, hallucinations, dépression : l’artiste est aux prises avec la folie depuis plus de trente ans. Pourtant, traversée avec l’amour d’une compagne, cette folie lui ouvre les portes d’un royaume de tendresse et de solidarité. Et son expérience finalement maîtrisée de la maladie l’amène à co-animer, en pionnier, le Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique (GRAAP).

« Mais une nouvelle épreuve le surprend quand la mort lui ravit sa compagne. Malgré la douleur, ce deuil n’a toutefois pas raison de l’élan de vie qui l’anime. Dans la joie retrouvée, il reprend ses tours de chant et, confortant sa foi, rejoint en laïc engagé la famille franciscaine. Et comme “tout est chanson”, l’auto jaune a la délicatesse de finir par le déposer à la porte de la mairie : depuis peu, l’aventure se poursuit à deux. Dans cette façon d’autobiographie, émaillée de chansons de son cru, Dominique Scheder donne sens à sa folle embardée. Il nous livre par ses mots enjoués l’espoir le plus fou : celui d’une résurrection. »

CQFD ? En tout cas, Dominique n’a cessé d’enregistrer de très jolis albums depuis 1979 et ce petit chef-d’œuvre de poésie naïve, C’est fou c’qu’on est riche, qui plaçait d’emblée l’homme et la nature au cœur du débat et s’ouvrait par la chanson que je vous propose ici (en manière d’auto-sanction pour avoir complètement « déménagé » en évoquant la disparition de son auteur !), Le Déménagement

Voyageur

Quant à la soirée des « 40 ans de chanson » de Michel Bühler dont parle Scheder, coïncidence quasiment télépathique – mais « Ce sont des choses qui arrivent », dirait Jean Guidoni –, le héraut de la chanson romande (dont Haroun Tazieff m’entretenait il y a quelque trente ans en crapahutant de concert dans un paysage lunaire par 45° à l’ombre – sauf qu’il n’y avait pas d’ombre ! – vers un volcan nouveau-né, mais ça, c’est une autre histoire...) m’envoie simultanément ces quelques mots :

« Jeudi dernier, 3 décembre, superbe concert au Théâtre de Beausobre (Morges,
 Suisse), pour fêter mes “40 ans de chanson”. Devant une salle de 800 places
pleine à craquer, Anne Sylvestre, Francesca Solleville, Gilbert Laffaille, Pascal
Auberson, Sarcloret, Thierry Romanens, Le Bel Hubert, Entre 2 Caisses, et
d’autres... »

«
 D’autres »… dont un certain Dominique Scheder à qui Michel Bühler consacra justement un bel hommage dans son album Voisins de l’an 2000, que je ne résiste pas non plus au plaisir de vous offrir : Chanson pour Dominique Scheder, donc, par Michel Bühler qui, d’un air à l’autre, m’annonce à cette occasion la sortie de son tout premier album en public (après quarante ans de carrière !), enregistré en septembre dernier : Voyageur, « reflet fidèle du spectacle qui sera donné durant la saison 2009-2010. Dix-neuf chansons “incontournables”, des plus anciennes aux plus récentes, ainsi que deux textes inédits. »

Pour d’autres précisions (musiciens, titres), allez donc sur le site de Michel à la page « catalogue », et cliquez sur le lien ! Et qu’on se le dise en Helvétie, le spectacle Voyageur est donné en ce moment et jusqu’au 17 décembre au Théâtre de Vidy-Lausanne, avec les trois musiciens que l’on retrouve sur le CD.


That’s all, folks ! C’était ma chronique « Vive la vie en Helvétie ! ». À la prochaine (pour ma sélection discographique automnale). En attendant, comme disait « Bubu » à l’aube de sa carrière, en 1969, dans la première chanson de son premier album : Helvétiquement vôtre
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Published by Fred Hidalgo - dans En bref et en vrac
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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 10:50

L'été meurtrier 

Le 21 juillet dernier de sinistre mémoire, funeste conjonction, on nous informait à la fois de l’acte de décès de Chorus (alors que la réalisation du numéro d’automne battait son plein) et de la mort, trois jours plus tôt, de l’auteur-compositeur-interprète Gilles Elbaz (qui formait avec Jacques Bertin, Jean-Max Brua, Jean-Luc Juvin et Jean Vasca une famille poétique qui a beaucoup compté dans la « Fine Fleur de la chanson française » des années 70). Nous le savions victime de la maladie depuis deux ans, de « ce mal mystérieux dont on cache le nom », et cependant Gilles continuait de vaquer presque normalement à ses activités d’artiste (et accessoirement de conférencier-chanteur sur l’histoire de la chanson française – il avait d’ailleurs participé en son temps à l’enregistrement de la fameuse, que dis-je, de l’exceptionnelle Anthologie de la chanson française traditionnelle imaginée et produite chez EPM par François Dacla sous la houlette artistique de notre si regretté Marc Robine).



Il nous avait appelés au début du printemps pour nous annoncer quelques concerts prochains, une série de conférences chantées à la Manufacture Chanson, à Paris, et surtout qu’il mettait avec bonheur la dernière main au travail de réédition d’un de ses albums majeurs, un 33 tours de 1976, Les mots sont de la musique. Nous avions convenu d’en parler avec lui une fois sorti des presses… dans notre numéro d’automne. Mais la maladie l’a rattrapé et dépassé avant même qu’il puisse découvrir le fruit de son labeur. Il est décédé à Lorient où il habitait depuis bien des années le 18 juillet 2009 à l’âge de 63 ans (il était né à Castres le 14 juin 1946).

 

 


Pour mémoire, on trouvera dans le n° 20 (été 1997) de Chorus une « Rencontre » (signée Daniel Pantchenko) récapitulant la vie et l’œuvre de Gilles Elbaz, commentées par l’intéressé. Y figurait également le détail de sa discographie composée de huit albums : Les Quatre Éléments, 1970 ; Le Miroir de l’arbre, 1972 ; Le Vent aux ailes, 1974 ; Les mots sont de la musique, 1976 (dont on peut désormais commander le CD sur son site officiel) ; Paradis terrestre ou la condamnation d’Ève, 2x30 cm, 1979 ; Le Reflet dans la vitrine, 1984 ; Rue des Envierges, 1988 ; Ici (Ballades, sonnets, sonnailles et autres villanelles…), 1996.

 

Aujourd’hui, ses amis se préparent à le chanter et à chanter pour lui. D’abord à Paris les 18 et 19 décembre à l’Espace Christian-Dente (124 av. de la République, 11e – tél. 01 43 58 19 94), puis à Lorient, les 30 et 31 janvier, à la P’tite Chimère (12 rue Colbert, tél. 02 97 64 38 65) où il donna, à la mi-mai, ses deux derniers concerts. À Paris comme à Lorient, l’entrée est libre mais sur réservation obligatoire, car il n’y aura évidemment pas de place pour tout le monde. Mais d’ores et déjà, Jean Vasca, l’auteur-compositeur d’Amis soyez toujours (en écoute sur « Le Joli Fil ») et d’une vingtaine d’albums parus entre 1964 et 2007 (dernier en date : Un aller simple pour Mars), a tenu à lui rendre l’hommage qui suit.

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Chant libre – 2

FRAGILE ELBAZ

Par Jean Vasca

 

Triste privilège que vieillir et survivre, voir les amis quitter la scène avant terme. C’est ainsi, le fleuve obstinément continue sa course, avec ses remous, ses tourbillons, son inexorable flot charrieur de boues et d’étoiles. C’est ainsi…

Le 18 juillet dernier, c’est notre Gilou qui s’est barré en douce, un accroc de plus dans la vieille tapisserie des fraternités. C’est le troisième mousquetaire de la bande des cinq qui s’en va, sale affaire, après Brua et Juvin.
Gilles avait trouvé son frère musical en la complicité de Siegfried Kessler, pianiste de génie s’il en fut, qui lui aussi s’est éclipsé, il y a quelques années.

Un CD vient juste de sortir (Les mots sont de la musique) qui fut un 30 cm BAM important à l’époque quant à l’originalité de la démarche autant pour le texte que pour l’accompagnement musical.

Quelques images me reviennent.

Un concert dans une MJC en Normandie dans les années 70 où il assura ma première partie (régional de l’étape). Tout de suite, l’oreille aux aguets, et le poil qui se lève : enfin, il se passait quelque chose, une façon originale d’aborder la chanson, un lyrisme étrange porté par une musique répétitive (Le Bal masquéLes Sept Soldats, etc.).

Puis la période BAM, Luc Bérimont notre enchanteur, le prix de « la Fine Fleur » à Bobino, l’amitié, les soirées de rigolade, les moments poétiques…

Avignon, aux heures pâles de la nuit place de l’Horloge, Lavilliers invectivant un quidam aviné et agressif, son muscle fraternel et protecteur : « Touche pas au p’tit », en parlant bien sûr de Gilles qui avait sûrement provoqué le pochtron…

Quelque part dans Politis, dixit Bertin : « Une décontraction de joueur de flipper. »

Reste une bouffée de tendresse et de fragilité, une œuvre/chanson discrète et pourtant essentielle dans notre galaxie. Nous, ses amis, écouterons encore longtemps cette voix, sa petite musique coulant comme de l’eau de source. (J.V.)
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NB de F.H. : merci à Jean Vasca pour ce beau texte, qui appelle bien d’autres commentaires en hommage à l’auteur du Vent aux ailes (dont est tirée la chanson Québec, visible ici dans un passage télé (Libre parcours, d’Ève Griliquez) de 1973 : un véritable document tant il est vrai que les grands médias s’ingénièrent à « oublier » systématiquement Gilles Elbaz)… Et merci à tous, d’autre part – vous commencez à connaître la chanson ! – de bien vouloir faire chorus aussi largement que possible en amenant vos amis, relations et réseaux divers à découvrir ce blog, à s’y inscrire si affinités… et – si ça leur chante, bien sûr – à y participer : plus nous serons nombreux à apporter notre pierre à l’édifice et plus notre « maison de la chanson » se fera accueillante…

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Published by Fred Hidalgo - dans Chant libre
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