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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 15:32

Collection d’hiver, fin… de saison


Voilà quelqu’un qui séduit son monde partout où il passe mais qui, hélas, ne passe pas partout et encore moins dans les grands médias… Sans doute son univers très personnel et sa grosse voix écorchée à la Tom Waits, Arno ou Arthur H sont-ils jugés hors normes pour plaire au plus grand nombre ? Peu importe, le Vosgien Louis Ville trace son propre chemin, à l’instar d’autres artistes bourrés de talent dont j’ai parlé ici, comme
Marcel Kanche, Loïc Lantoine, Éric Lareine ou William Schotte, enfin, vous voyez, un de ces saltimbanques qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes (tout juste y a-t-il chez Louis Ville une pincée de Brel, pour l’émotion, et un zeste de Ferré, pour la révérence et la révolte) et se soucient peu de ce qui fait le bonheur des marchands. L’homme nous invite aujourd’hui à partager son cinéma, ou plutôt ses Cinémas, son quatrième opus en l’espace de douze ans.



Ce n’est plus un jeune homme, bien qu’il en ait toujours l’allure. Avant ses précédents albums (Hôtel pourri en 1999, Une goutte en 2003 et À choisir en 2007), il avait déjà accompagné « d’obscurs inconnus » à la guitare puis créé un groupe de rock (Do It) où il chantait en anglais. « Un jour, racontait-il à Valérie Lehoux pour son portrait de Chorus (n° 32, été 2000), je me suis rendu compte qu’on pouvait aussi faire swinguer les mots en français… et qu’on pouvait atteindre une imagerie plus originale. »

Dès lors, le garçon se dotera d’un nouveau répertoire, entre chanson réaliste pour le texte (écriture « crue, abrupte, immédiate, aussi directe qu’un uppercut », notait notre chorusienne à propos de son premier opus) et rock pour la musique (« le tout porté par une mélodie claire à la guitare ou l’accordéon »), sans crainte aucune de nommer un chat un chat : « La chanson ne doit pas être engoncée, expliquait-il, son vocabulaire doit coller à la réalité. Ça me chagrine d’entendre des textes figés dans une sorte de fadeur. En son temps, le réalisme de Marianne Oswald dérangeait certains… Et il était pourtant sacrément intéressant. »



Marianne Oswald, tiens donc ! Loin de se douter de son influence dans la chanson, par le choix de ses textes et son interprétation expressionniste qui ouvrait la voie, dans les années 30, à Saint-Germain-des-Prés, combien de chanteurs actuels savent-ils seulement que cette grande dame a existé ? Louis Ville, si ! Pas étonnant qu’il ait repris, lui le rocker de l’Est, Mon amant de Saint-Jean, créée par Lucienne Delyle en 1942. C’était en morceau caché d’Hôtel pourri, en 1999… trois ans avant l’Entre-deux tubesque de Bruel, mais, surtout, c’était chanté sans fioritures inutiles, d’une façon dépouillée, vraiment ressentie, comme vécue de l’intérieur. Allez, on vous l’offre ici, en public et rien qu’en guitare-voix, pour le plaisir… d’amour.

Louis Ville – Mon amant de St-Jean


Des reprises (très personnelles), il en existe deux autres dans sa discographie : Y en a marre de Ferré dans À choisir, et puis Vingt ans, du même Léo, dans Cinémas… Louis, dont l’adolescence a plutôt été bercée par David Bowie et Iggy Pop, aime bien brouiller les pistes. D’ailleurs, comme il le dit dans l’interview ci-dessus, ce nouvel album se veut volontairement éclectique, éclaté à tous vents, sans astreinte de ton ou de thème, pour que chacun puisse se faire son propre cinéma avec chaque chanson. Annoncé pour fin 2009, il aura donc fallu attendre mars 2011 pour qu’il puisse enfin paraître (en coproduction indépendante). 


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• …CINÉMAS… Ne te retourne pas – Il y a toi – Cruelle – Sans rien dire – De beaux riens – Embrasse-moi – Épousez-moi 1 – Épousez-moi 2 – Vingt ans – Marcello – L’Égyptienne – Tes yeux – Le Chanteur. (51’07 ; coproduction Badabing-Fabrice Issen ; distr. L’Autre Distribution ou par correspondance ainsi que les trois CD précédents ; site de l’artiste)

 

Que dire de plus, en complément des différentes vidéos de ce sujet (À choisir sur scène en juin 2009 et deux clips de ce quatrième opus : Ne te retourne pas et Sans rien dire) ? Que si Louis Ville ne prétend pas plaire à tout le monde, c’est bien le cadet de ses soucis, sa démarche et ses prestations scéniques ne peuvent que convaincre un public vraiment amateur de chanson, et non seulement fan d’un genre précis de chanson. Je sais, c’est difficile à faire comprendre dans un pays où, pourtant, tout est censé finir toujours par des chansons, mais où, en fait, on « adore » trop souvent des « idoles » au lieu d’aimer tout simplement la chanson. Tant que celle-ci n’aura pas été, officiellement et médiatiquement, reconnue comme un art, il y aura toujours des barrières et des malentendus, des artistes occultés et beaucoup de sectarisme (par esprit chagrin ou intérêt économique, le résultat est le même). Comme si, au cinéma dont parle Louis Ville, on ne pouvait pas aimer et promouvoir à la fois les frères Coen, Claude Sautet, Clint Eastwood, Guillaume Canet, George Lucas, Gérard Oury, Benigni, Denis Arcand, Klapisch, Spielberg, Resnais, Peter Jackson, Almodovar, Corneau, Carpenter, Lelouch, Ken Loach ou Gérard Jugnot... pourvu simplement que la qualité soit au rendez-vous.



Comme si certains, par crainte d’on ne sait quoi (sauf à être « purs et durs », cette engeance génocidaire à fabriquer du goulag ou de la chambre à gaz : cf. Ne te retourne pas…), n’osaient pas clamer leur goût naturel de la diversité, de la farce au drame, du mélange des genres, pour arriver en fin de compte – comme le chante Louis Ville – au refus de vivre : « Ils osent pas, comme s’ils avaient pas le droit / Pas le droit d’se dire combien ils tiennent à se toucher / À se sentir… et alors / Ils sont complètement morts, morts de froid. » Toujours la même histoire, c’est mort et ça ne sait pas… « Mais il y a deux soleils qui savent même pas / Qu’à deux pareils, en s’enlaçant, y a plus d’mot / Y a plus qu’un feu, le feu sacré, le feu d’aimer. » Que disais-je déjà, à propos de la pédagogie de l’enthousiasme, chère à Aragon, que d’aucuns me reprochent, non sans condescendance, de chercher à mettre en pratique ? Le feu d’aimer…

Que dire encore et enfin, à part le fait que plus on écoute cet album, …Cinémas…, et plus on l’aime ? Que notre homme, dont on aura compris la singularité, faite notamment d’une poésie charnelle et d’une voix rauque’n’roll, ne cesse de jalonner les routes hexagonales et européennes où, au fil des années, il a donné plusieurs centaines de concerts, accompagné par un ou deux musiciens (Albert Boutilier à la contrebasse et Patrice Hue dit Gonzo à la batterie) voire en guitare-voix. Que l’émotion qui fait parfois chavirer son public alterne avec l’humour de l’artiste, pétri de charisme. Et que sa musique, liée sans doute au métissage des populations du bassin lorrain de son enfance (où il continue de vivre), se déploie des confins de l’Orient aux Balkans, de la mélodie populaire au blues cajun, pour constituer cette chanson française bien comprise qui a toujours battu aux différents rythmes du monde.



Et puis aussi… que ce sujet n’est pas seulement le dernier de notre « Collection d’hiver » (le dixième sans compter les « hors série » comme Bertin, Cali, HFT et Vasca) – et pour cause, le printemps étant (enfin) à nos portes –, c’est également le 99e de Si ça vous chante ! Comme l’aurait dit Monsieur de la Palice, le prochain sera donc le centième : belle occasion, pour chacun et chacune à sa façon, de faire chorus… non ?

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 14:41

Le festin voyageur (coll. d’hiver n° 9)


Après un an et demi d’existence de Si ça vous chante, on commence à retrouver des artistes dont on a déjà parlé ici. C’est le cas aujourd’hui des Ogres de Barback : sans doute, mine de rien, le groupe français entre tous qui, dans la plus totale indépendance, a fait preuve ces quinze dernières années « d’autant d’inventivité, d’audace, de constance dans la qualité, de détermination, de sens du partage, d’absence de compromis et d’un ancrage viscéral à l’idée même de liberté ». Ils viennent de sortir leur septième album studio, Comment je suis devenu voyageur

 



« On connaît Les Ogres de Barback, écrivais-je ici le 10 décembre 2009 (voir Chanson d’automne où l’on trouvait aussi Éric Frasiak, Guilam, Allain Leprest, Sanseverino et autre Ziskakan…), cette famille chantante (Alice, Fred, Mathilde et Sam Burguière) qui s’est prise entièrement en mains et assume tout avec succès : création, production, distribution, paroles, musiques et images. Dans leur parcours atypique (onze albums depuis 1997), qui passe aussi bien par l’Olympia et le Zénith que par le chapiteau ambulant qui leur permet d’aller au-devant des gens là où personne d’autre ne va, il y eut en 2003 un premier album “jeune public” racontant l’histoire de Pitt Ocha, “ce petit garçon qui sait faire des choses incroyables avec ses mains et ses oreilles, qui jongle avec les bruits et fait sonner tout ce qu’il touche”… » Le second volet des aventures de Pitt Ocha, Au Pays des Mille Collines, faisait l’objet de cet article et valait aux Ogres un « Don Quichotte » de Si ça vous chante.

 
CD


• COMMENT JE SUIS DEVENU VOYAGEUR. Comment je suis devenu voyageur – Nos vies en couleurs – Entre tes saints – Marcelle de Sarcelles – Graine de brigand – Je n’suis pas courageux – Elle fait du zèle (pauvre France) – Ma tête en mendiant – Petite fleur – J’m’élance – Donc je fuis – Cœur arrangé – Palestine confession – Le Daron – L’Ennui et le Jour – Non remontant. (57’15 ; production et distribution : Irfan [le label] ; site du groupe ; site du label ; écoute partielle des chansons de l’album)

 

Cette fois, c’est un album « tous publics » qu’ils proposent, le septième depuis Rue du temps paru en 1997 (ont suivi Irfan [le héros] en 99, Fausses notes – Repris de justesse en 2000, Croc’ Noces en 2001, Terrain vague en 2004 et Du simple au néant en 2007), mais le douzième opus au total avec les deux albums jeune public, deux live (Concert en 2005 et Avril et vous en 2006) outre un disque collectif avec Les Hurlements d’Léo (Un air, deux familles en 2002). Une discographie aussi pléthorique que diversifiée dans l’expression, sans redondance, à laquelle il faut ajouter trois DVD : Un air, deux familles en 2003 et surtout 10 ans d’Ogres et de Barback en 2005 et Fin de chantier… à l’Olympia en 2009.




Ces précisions simplement pour signifier que si vous n’avez encore jamais entendu Les Ogres de Barback, il est temps de combler cette lacune, car je ne vois pas quel autre groupe – avec les Têtes Raides, bien sûr – est aujourd’hui aussi intéressant, captivant, jouissif et intelligent aux plans des textes et des musiques, que solidairement engagé au plan citoyen. « Uniques dans le paysage de la chanson en France, notait Daniel Pantchenko en chapeau de leur Rencontre de Chorus n° 67, non seulement parce qu’ils sont frères et sœurs et celles-ci jumelles, mais surtout parce qu’ils ont d’emblée appliqué une stratégie économique leur procurant une autonomie professionnelle et une liberté créatrice totales ». Dix-sept ans d’existence, un label indépendant, Irfan (le label) : 550 000 albums et DVD vendus, une structure de tournée indépendante, l’Association Les Ogres : plus de 1500 concerts dont plusieurs Zénith à Paris et en province, cinq passages à l’Olympia… et deux autres à venir en fin d’année (les 5 et 6 décembre).




Dernière chose (car les trois vidéos proposées ici sont suffisamment éloquentes sur le contenu et la réalisation de leur nouvel album, doublé d’un nouveau spectacle créé le 12 mars dernier), mais non la moindre : chacune de leur création est une réussite magnifique dans la forme : toujours de superbes illustrations dans le livret des textes autant que sur l’emballage lui-même (en l’occurrence un digipack trois volets). Bref, Les Ogres sont affamés de qualité dans le fond comme dans la forme, et ça « paye » : le respect absolu qu’ils montrent envers leur public est totalement réciproque, chacun de leurs concerts (affichant souvent complet) étant un moment de bonheur partagé. Ne les manquez pas si vous ne les avez jamais vus (et sinon, retournez-y : quelque 75 dates sont déjà arrêtées jusqu’à l’automne !) : le banquet auquel nous convient Les Ogres, le festin des Ogres, est toujours un régal.

 

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 19:23

Les Victoires de la chanson (suite)

« Collection d’hiver » n° 8. Après les hommages à Charles Trenet (que les médias ont boudé de façon indécente, pour privilégier – y compris sur le service public le soir du 10e anniversaire de sa disparition ! – l’image plus « vendeuse » de Gainsbarre) et à son « pays » Jordi Barre (un « deuil national » en Languedoc-Roussillon et une occultation totale partout ailleurs…), après un focus spécial sur Thiéfaine (parce que son disque le vaut bien), il est temps de reprendre le fil de notre collection d’hiver. Justement, ce 8 mars, pour célébrer la sortie de son 8e album studio*, Thomas Fersen nous invite à filer avec lui au paradis…

Il y a des artistes qui, en parlant d’eux-mêmes, atteignent à l’universel ; ou, du moins, à faire en sorte que les membres d’une même société ou d’une même génération se retrouvent dans leurs chansons – c’est le cas par exemple d’un Thiéfaine avec sa Ruelle des morts. Et puis, il y a des artistes qui ont choisi de privilégier l’imaginaire, de s’évader du quotidien, et savent à merveille nous entraîner dans leur univers : Thomas Fersen est un orfèvre en la matière. Son nouvel album ne déroge pas à la règle, bien au contraire ; il nous plonge de bout en bout dans un monde féérique peuplé de vampires, de sorcières, de fantômes, de morts-vivants et de loups-garous !

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• JE SUIS AU PARADIS. Dracula – La Barbe bleue – Félix – Sandra – J’suis mort – Le Balafré – Parfois au clair de lune – Mathieu – L’Enfant sorcière – Une autre femme – Brouillard – Les Loups-garous. (Prod. Editions Bucéphale/tôt Ou tard ; distr. Wagram Music ; site de l’artiste ; ou « site relais » non officiel avec un large choix de vidéos)
 


Et lorsqu’une chanson de ce disque déborde du cadre imposé, c’est pour mieux nous faire (hurler de) rire. En jouant par exemple à la ballade des gens heureux, avec Félix le bien-nommé : « Je suis centenaire / Mais je suis encore vert / […] Mon fils est un vieux schnock / Ma fille est une vieille bique / Quand je l’embrasse, elle pique / Y en a marre des viocs ! / Je jouis, je jouis, quand j’entendrai le glas, oui / Je jouirai encore / Je veux mourir comme Félix Faure » !

Comme d’habitude avec ce « jeune homme » qui, lui, à force d’enfoncer le pieu, finira par être quinquagénaire (il est né le 4 janvier 1963), c’est drôle avant tout et c’est toujours un bonheur d’écriture, avec un vocabulaire, des expressions, des tournures, des vers et des couplets tout sauf banals : « Mais on accuse à tort la gent trotte-menu » (à propos d’un fantôme nommé Sandra), « Sous les ronces et le lierre est la tombe de l’enfant sorcière » (L’Enfant sorcière), « On peut attraper un goitre / Une queue ou un pied-bot / Sentir une bosse croître / Et vous déformer le dos » (Une autre femme)… Sans parler des situations elles-mêmes, comme l’histoire de ce serial-killer Balafré (remake de Massacre à la tronçonneuse !) qui trompait bien son monde : scene.jpg« On retrouva au parc Monceau / Une bourgeoise coupée en morceaux / […] Tout l’monde croyait de bonne foi / Qu’il s’en allait couper du bois / C’est pas qu’il fût je-m’en-foutiste / Il avait une âme d’artiste / Il menait une vie de cigale / Il jouait de la scie musicale… »

 Petit plus à cet univers pour le moins séduisant (jusqu’à l’érotisme : « Je connais une fille dont le sourire pointu / Est plus cruel que celui de Nosferatu / Le crucifix qui descend entre ses deux seins / Ferait se damner un saint… »), la petite morale propre à ce fabuliste de la chanson qui vient ponctuer chacune de ses historiettes ; qu’il s’agisse de brosser le portrait de Dracula (« Il semble que l’amour soit parfois un charme bien pire / Que celui que l’on prête au prince des vampires ») aussi bien que de narrer des mémoires d’outre-tombe : « J’suis mort et j’en fais pas un drame / Mon job, c’est à la foire du Trône / C’est moi qui fais crier les femmes / Je suis squelette au train fantôme… »

Quant à la réalisation, on retrouve Thomas aux commandes, avec la collaboration aux arrangements, selon les chansons, d’Olivier Daviaud, de Fred Fortin et de Joseph Racaille. C’est dire si, là aussi, la musicalité de l’album constitue du travail d’orfèvre, où guitares, mandoline, percussions, orgue, piano, accordéon, violoncelle, contrebasse, flûtes et autres mellotron ou glockenspiel s’épousent ou se distinguent pour mieux enrichir l’ensemble. Sachant que l’essentiel, toujours, est de se mettre au service de l’histoire. En l’occurrence, j’ai un petit faible pour Parfois au clair de lune , à l’inspiration quelque peu brassénienne : « Apprenant que les gendarmes / Recherchaient un vagabond / Une brave dame / M’a caché sous un jupon / Quelquefois, je l’admets / J’ai couché sous un pont / Mais je n’avais encore jamais / Logé sous un jupon / […] Mes autres résidences / Ne valaient pas un radis / Et de toute évidence / Ici je suis au paradis. » CQFD !



NB. Dans l’impossibilité de télécharger ici (légalement) des chansons de Je suis au paradis, et aucun clip ou vidéo de celui-ci n’étant (encore) disponible, on peut l’écouter en totalité sur le site du label tôt Ou tard, dans la page consacrée à Thomas Fersen, en cliquant ICI. Peu importe l’ordre dans lequel vous l’écouterez, mais je vous conseille particulièrement le dernier titre, Les Loups-garous, aussi hilarant que finement écrit : « Par une rare conjonction / Entre Vénus, Mars et Saturne / Mordu par un chien taciturne / J’avais reçu l’extrême-onction / Je n’allais pas passer la nuit / Et je faisais une drôle de tête / Mais sur les douze coups de minuit / J’ai repris du poil de la bête… » Quant à la vidéo qui accompagne ce sujet et raconte la triste histoire de Hyacinthe, elle illustre en fait une chanson de l’avant-dernier album, Le Pavillon des fous, mais nous vous la proposons pour le plaisir des yeux (et des oreilles), puisqu’elle est l’œuvre d’un maître du dessin, Joan Sfar, récemment césarisé pour son premier film, Gainsbourg, vie héroïque...
__________

*Les sept précédents sont : Le Bal des oiseaux (1993), Les Ronds de carotte (1995), Le Jour du poisson (1997), Quatre (1999), Pièce montée des grands jours (2003), Le Pavillon des fous (2005), Trois petits tours (2008) ; albums studio auxquels il faut ajouter deux albums live (Triplex en 2001 et La Cigale des grands jours en 2004) et un « Best of de poche » en 2007, Gratte-moi la puce, composé de vingt titres réenregistrés, accompagnés au ukulélé.

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