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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 15:13
La fête à la chanchon
     
Le bougre est coutumier du fait. Un coup, il nous propose Garyun CD-livre, un autre c’est un livre-CD. Sa dernière parution, qui date de la fin du premier semestre 2012, relève plutôt de la seconde catégorie. Si un CD y est discrètement glissé sous le rabat de la quatrième de couverture, c’est bien un livre, en effet, qu’on tient entre ses mains et qu’on a d’autant plus plaisir à feuilleter qu’il faut préalablement en découper les feuilles, à l’ancienne... Le tout, précise son auteur, forme « un genre d’essai, une sorte de petite anthologie sauvage de la chanson ». Dans mon café littéraire, j’appelle aujourd’hui Ponchon et Cie
 
Son premier album, un 33 tours 30 cm autoproduit, remonte à 1983, il y a exactement trente ans ! Ne cherchez pas, il fait désormais partie des Archives introuvables de la chanson française ; d’ailleurs il ne s’agissait pas encore de Rémo Gary, mais de Rémi Garraud, chanteur frais émoulu de la campagne franc-comtoise, tout comme les deux albums suivants, une cassette en 1989 et un premier CD en 1991. Rémo Gary, disciple de Jean Richepin, proche parent spirituel d’un Jacques Bertin ou d’une Michèle Bernard, ami des poètes, naît en 1996. Coïncidence, les fonts baptismaux sont avancés par un journaliste de Chorus, Noël Balen, qui a fondé son propre label de production, Moby Dick. C’est L’Appel du petit large
 
 
Et comme l’intéressé a « de la fuite dans les idées », cet appel se concrétisera par un nouvel album tous les deux ou trois ans, jusqu’à un mémorable livre-disque en 2010, La Lune entre les dents, remarqué ici comme il convenait. Après une jolie « récréation » à l’attention plus spéciale du jeune public, Jeter l’encre (2011), sous forme de CD-livre (épais et intelligent comme un titre de la collection originale « Poésie et Chansons » de chez Seghers), voici donc que notre trentenaire de la chanson nous convie à un festin de mots, en 190 pages, chez Ponchon et Cie. « Voilà que je suis arrivé au bout d’une aventure qui me tenait à cœur, m’écrivait l’intéressé à sa parution. C’est un livre-disque à ouvrir au couteau de cuisine, page après page. J’ai rassemblé des écritures que j’aime et des gens qui m’ont transformé peu à peu en chanteur (il en manque forcément beaucoup). » Des gens trop nombreux pour être tous cités ici… « Avec des textes écrits par des camarades, des amis, des collègues, des voisins, des parents, qui ont planché sur la question suivante : “Est-ce que cet objet artistique nommé chanson peut servir aujourd’hui à un peu d’émancipation ? Et comment ?” »
 
De qui, ces textes sur la chanson aux titres éloquents (« Engagée à perpétuité », « Chassée de la culture », « L’Engagement en chanson », « C’est tout ce que tu sais faire ! », « Quand la voie est dégagée, la chanson peut s’engager »…) ? Pour ne citer que des collègues siens, ils sont l’œuvre de Jacques Bertin, Michel Bühler, Pierre Delorme, Dominique Grange, Nicolas Jules, Hélène Martin, Sarcloret, Francesca Solleville… Et chacun, précise Rémo, « a répondu comme il l’entendait. Tant mieux ! Il ne faut pas trop répondre à ce qu’on nous demande ! » C’est donc aussi « un genre d’essai » sur la chanson, mais sans fil conducteur, comme une balade improvisée sur des sentiers de traverse, où l’on n’est pas à l’abri de coups de pied au cœur…
   
 
En fait, pour qui s’attache au de près au parcours de l’artiste, cet ouvrage était déjà annoncé par La Lune entre les dents, à l’identique présentation (format 200 x 134 mm, papier bouffant, feuilles à découper incluses), dont le dernier texte, signé Rémo Gary (sur lequel Jeanne Garraud allait déposer une musique), s’intitulait tout simplement Chez Ponchon !
 
On choisit pas son camp, moitié Jacques Lapointe
Moitié Boby Lacan. Je y va sur les pointes
Moi à califourchon, chez Ponchon

Pourquoi chercher ailleurs, dans quelle œuvre concave
Aucun autre gouailleur ne se tint mieux en cave
En poussant la chanchon, que Ponchon

Devant vous je prends acte, en levant haut mon verre
Qu’à mon futur compact, qu’à mon prochain bréviaire
Je ferai mon mâchon, de Ponchon…
… Sauf si les p’tits cochons…
 
Rémo Gary – Chez Ponchon
   
Eh bien, non, ceux-ci n’ont pas fait ripaille de notre rimailleur. Et c’est une chance pour nous, car, cochon qui s’en dédie, chez Ponchon, c’est fête à la chanson : aux contributions textuelles des auteurs cités plus haut s’ajoutent en effet dix-neuf chansons reprises et interprétées par Rémo Gary sur le CD joint. « J’ai revêtu l’habit de l’interprète, une fois n’est pas “costume” ! Un peu de tout et pas du tout de rien… Sans chronologie, sans ordre, sans hiérarchie, sans préférences, sans préséance. Comme ça, au plaisir des choses. » De qui ces « choses », paroles et/ou musiques ? De Ponchon, bien sûr… et compagnie ; autrement dit, excusez du peu, de Louis Aragon, Michèle Bernard, Jacques Bertin, Eugène Bizeau, Frédéric Bobin, Gaston Couté, Yvan Dautin, Théodore de Banville, Richard Desjardins, Robert Desnos, Jacques Douai, Jeanne Garraud, Jean Genet, Victor Hugo, Paco Ibañez et Gabriel Celaya (en espagnol dans le texte : La poesia es un arma cargada de futuro…), Jules Jouy, Lino Léonardi, Allain Leprest, Hélène Martin, Paul Meslet, Gérard Pierron, Francis Poulenc, Jean Richepin…        
      scene.jpg
Pourquoi Ponchon et Cie, au fait ? « Pour célébrer la poésie. Grâce à Raoul Ponchon. C’est le plus beau prétexte, explique notre homme, que j’ai trouvé pour me lancer dans cette affaire. Magnifique poète, grand copain de mon “arrière-grand-père de chevet”, Jean Richepin qui disait : “Nous sommes copains comme Ponchon.” Il fut un grand chansonnier et ne voulut pas être publié de son vivant. Il y a donc aussi un peu de Ponchon dans ce livre-disque. » De la musique (poétique) avant toute chose, avec de l’humour, de la tendresse… et puis de la révolte, comme ici avec Aragon et Léonardi.
 
Rémo Gary – Je proteste
 
Avec un peu de Leprest aussi, via le titre placé à la coda du CD (enregistré, composé et arrangé par Clélia Bressat-Blum, Joël Clément, Nathalie Fortin, Jeanne Garraud, Frédéric Bobin, Jean-François Bidet, Alain Pilon et Mikael Cointepas) : Le Sculpteur et le Cerisier, sur une musique de Gérard Pierron. Allain Leprest, l’Albatros aux deux ailes, qui sera de nouveau à l’affiche de son prochain album (l’enregistrement doit avoir lieu en avril), mais cette fois sous forme d’hommage. Une exception chez Rémo Gary qui  m’avoue : « Je me méfie des hommages… Mais j’ai tenu à faire celui-là, à ma façon », et qui en offre aujourd’hui la primeur du texte (la musique sera de Clélia Bressat-Blum) aux lecteurs et lectrices de Si ça vous chante – merci Rémo !
     
COMME UN LUNDI
Ça s’est passé un dimanche
Il pleut, il pleut sur ma manche
Je suis plus vieux d’un copain
Qu’avait plus le goût du pain
Plus de goût pour le malheur
Plus beaucoup de ventre au cœur
Qu’avait plus de corps, ou presque
Je fais du Allain Lepresque

Quelque part après minuit
Il a bien plu sur mes nuits
Je l’ai appris au matin
Il avait bu son bulletin
De naissance, comme on dit
J’ai pissé tout mon lundi
Du chagrin crocodilesque
Je fais du Allain Lepresque

Écoutez frères humains
La pluie me tombe des mains
Je suis plus vieux d’un Villon
Qui abreuvait mon sillon
Et ses chansons à la mer
Sont belles, comme Outremer
Sont les révoltes arabesques
Je fais du Allain Lepresque

Dis-le pas, c’est défendu
Je suis plus vieux d’un pendu
La pluie quand ça pleut beaucoup
Ça vous rentre dans le cou
Arthur aurait pu le dire
Le temps, pour les dépendire
Est abracadabrantesque
Je fais du Allain Lepresque

Ça s’est passé un dimanche
Il m’a tant plu sur la manche
D’un chanteur je suis plus vieux
Ça m’occupe encore les yeux
Ça sert à rien mais depuis
Je chante comme un lundi
Et je me demande est-ce que
Je fais du Allain Lepresque

On n’a pas le choix des larmes
Changeons le chagrin en armes
Chantons, va ça séchera
Mouchons-nous dans des grands draps
Nous qu’on n’est pas déjà mort
Pour nos amours, nos amor
J’inverse, c’est pas malin
Faisons du Lepresque Allain

(Rémo Gary, 2013)
 
Pour mémoire, voici ce que j’écrivais sur Rémo Gary dans mon compte rendu du festival de Tadoussac en juin 2009. Je me permets de m’autociter pour de bonnes raisons : d’abord parce que c’était la première apparition du chanteur au Québec ; ensuite parce que cet article aurait dû paraître dans le n° 69 (automne 2009), à jamais mort-né, de Chorus ; enfin parce que son tour de chant, donné devant des spectateurs qui, ce jour-là, le découvraient pour la plupart, s’acheva par une standing ovation, comme on dit en français de France…
 

« … Rémo Gary dont c’était la première venue au Québec. Accompagnée de sa pianiste Clélia Bressat-Blum, sans autre artifice de scène qu’un répertoire exceptionnel qu’il investit et incarne intensément, il a charrié un torrent de haute poésie qui, après un moment de surprise et d’adaptation nécessaire, a déchaîné l’enthousiasme du public. Ovation debout saluant la performance de l’interprète de chansons au long cours (notamment la version intégrale des Oiseaux de passage de Richepin, sur la musique de Brassens), l’inspiration de l’auteur (Les Pieds de singe, extraordinaire inventaire de plus de dix minutes du rôle des doigts et des mains !) autant que la richesse globale du répertoire, d’émotion, d’érotisme et d’humanité à fleur de peau. Dans l’assistance, un couple d’abonnés de Chorus venus spécialement de Montréal pour assister à cette prestation du Franc-Comtois… Rebelotte le lendemain à 20 heures, puis quelques jours plus tard à Québec grâce à Pierre Jobin et… Aux oiseaux de passage, son réseau d’amoureux de la chanson ; enfin à Montréal où, comme le dit la chanson, Rémo Gary reviendra tôt ou tard armé de sa poésie chargée de futur. »
 
Un futur, notez-le déjà dans vos tablettes (ou mieux, réservez sans tarder), qui passera, c’est sûr, par le Théâtre de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain (« le zéro-un ! », me dit Rémo), le dimanche 13 octobre 2013. L’artiste y sera le maître d’œuvre d’une grande fête de la chanson et de la parole. Rien qu’à l’idée, j’en jubile déjà. D’ailleurs, cela s’appellera La Jubilation
__________
• Contacts (livres, disques et spectacles) : Rémo Gary, 278 route de Salles, 01250 Tossiat (site de l’artiste) ; Jean-Pierre Huguet Editeur, Le Pré Battoir, 42220 Saint-Julien-Molin-Molette (site de l’éditeur).
 
 
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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 11:25
La chanson est une clé à molette
  
C’est un « essai », du moins l’ouvrage se présente-t-il ainsi, mais c’est surtout un coup de maître. Un essai sur la chanson francophone, signé Michel Bühler – l’un des grands auteurs-compositeurs-interprètes de Suisse romande, « cousin » de François Béranger et de Gilles Vigneault –, qui met à plat les problématiques auxquelles se heurte actuellement cet art millénaire et réussit à la fois le prodige (le tour de passe-passe ?) de se montrer (raisonnablement) optimiste quant à son devenir. Malgré ce constat : « Être en rébellion aujourd’hui, chez nous, c’est chanter en français. »
 Buhler.jpg
  
Format poche (240 pages), comme pour montrer le côté « portatif » de la chanson, exclusif de cet enfant de l’amour entre des paroles et une musique, ainsi que l’explique l’auteur : « La chanson, c’est le PPPC, le Plus Petit Produit Culturel ! En trois minutes, en quelques couplets, quelques refrains, vous avez une histoire, un roman, un film entier !  Que l’on pense à La Mère à Titi de Renaud : tout est là, le décor, la vie quotidienne, la banlieue, les rapports entre les personnages ! Que Jacques Brel chante son Plat pays, vous voyez défiler devant vous mieux que tous les documentaires sur la Belgique ! Avec la poésie et les frissons en plus. Écoutez La Pinte vaudoise ou La Partie de Cave de Jean Villard-Gilles, c’est tout le canton de Vaud, c’est toute l’âme vaudoise qui est là, ce sont les vignes pentues du Lavaux, et la lune qui “se reflète au profond de l’eau qui dort”….
 
  
» Contrairement à tous les autres produits culturels, la chanson peut vivre sans support. Pour remplir son rôle, le cinéma a besoin d’un écran et d’un projecteur, ou au moins d’un DVD et d’un lecteur. La littérature n’existe pas sans papier, sans ordinateur ; la peinture nécessite une toile, la sculpture, un morceau de pierre ou de ferraille… La chanson ? Infiniment portable et pratique, elle se moque de ces béquilles. Vous pouvez la mettre au fond de votre mémoire, l’emmener partout, et la faire renaître au moment que vous choisirez ! Elle n’encombrera pas vos bagages, elle ne fera sonner aucun portillon de sécurité, et vous pourrez, sans risquer la moindre question, passer tranquillement avec elle devant les douaniers les plus suspicieux ! C’est l’objet d’art idéal. On ne le répétera jamais assez. »

Trois « couplets », proposant une vingtaine de mini-chapitres chacun (suivis d’annexes sur le métier) composent cet hymne bühlérien, véritable déclaration d’amour à la chanson… considérée comme « une clé à molette » ! Pourquoi ce titre si étrange, au fait ? Parce « tout dépend de l’usage qu’on en fait », écrit Michel. Simple outil pour un garagiste ou un menuisier, une clé à molette peut en effet devenir une arme mortelle entre les mains d’un assassin… À partir de là, extrapole l’auteur, « à partir de la radio et du disque, à partir du moment où la chanson a pu être diffusée largement, à partir surtout de l’instant où elle a pu rapporter gros, elle a été kidnappée par le marché, et s’est transformée en produit commercial. Et tout a changé pour elle ».
 Portrait
  
Les temps changent, chantait Bob Dylan, dès 1964. En l’espace d’un demi-siècle, tout est allé très vite. Au début des années 70, rappelle Bühler, régnait la multiculturalité. « Chaque pays, chaque région, avec sa langue et son génie propre, apportait sa pierre à l’édifice. Pas de mouvement centralisé, non, pas d’hégémonie d’une culture sur les autres, toutes étaient les bienvenues, toutes étaient invitées à participer à un foisonnement créatif extraordinaire. On entendait Dylan et Joan Baez, Vigneault, Leclerc, les Chiliens, les Cubains, les Portugais, les Catalans, les Wallons. En France, on chantait en occitan, en breton, en alsacien… Dans ce contexte, il était tout naturel qu’on revendique son appartenance à la Suisse romande pour écrire ses chansons, parler d’ici. C’est ce qu’a fait une génération d’auteurs-compositeurs qui affichaient tranquillement leur origine valaisanne, jurassienne, fribourgeoise, vaudoise. J’étais de ceux-là. » Parmi eux, ceux de la génération « parrainée » par le grand Jean Villard-Gilles, il y avait Pascal Auberson, Michel Buzzi, Henri Dès, Jean-Pierre Huser, Gaston Schaeffer, Sarcloret, Dominique Scheder, Yvette Théraulaz…
 
Et puis, avec le temps, cette belle diversité a été battue en brèche, en Suisse romande comme partout ailleurs, par le marketing agressif de l’oncle Sam ; ce que Michel Bühler nomme « le trop de présence » : « Le problème, souligne-t-il, c’est que ce qui vient d’Outre-Atlantique ne se comporte pas comme un invité poli, que l’on accueille, chez soi, à qui on demande, curieux, qu’avons-nous à partager ? Non, pas de partage ! C’est la plupart du temps quelqu’un qui entre dans votre maison sans y avoir été invité, et qui vous dit : “Ôte-toi de là, que je m’y mette !” »
 
 
Et nous voilà ce soir… comme disait Brel. Avec un intrus dans la maison, qui vire tous les meubles et refait le décor à sa façon, toujours la même, sans se soucier des goûts, us et coutumes de ses habitants. Il reste pourtant « des raisons d’espérer », assure Bühler. « Les nouveaux outils de communication et de stockage », d’abord, qui, selon lui, « vont peut-être nous rendre un peu de liberté : Internet donne la possibilité à chacun d’aller choisir, sur toute la planète, les airs qui lui conviennent, sans être tributaires des goûts des programmateurs radio ; les iPods nous permettent d’emporter et de faire renaître partout les PPPCs qui nous plaisent ». Et puis et surtout le public, certes minoritaire mais toujours bien présent – car jamais le virtuel, même s’il prend le pas sur la « galaxie Gutenberg » (celle du livre… et du disque), ne pourra rivaliser avec le vivant. Le public du village d’à côté, tellement plus authentique que celui du village planétaire électronique prophétisé en son temps par McLuhan. Un public « fervent et heureux [qui] remplit à longueur d’année les petits lieux où l’on offre de la chanson belle. » Ce que Michel Trihoreau, dans un livre unique en son genre, à recommander encore et encore, urbi et orbi, nomme La Chanson de proximité
 

Sorti il y a plus d’un an, mais trop discrètement et seulement en Suisse, La Chanson est une clé à molette demande à être découvert et partagé dans toute la francophonie. Les livres de ce genre, depuis l’indispensable Chante toujours, tu m’intéresses, de Jacques Bertin (Le Seuil, 1981), se comptent en effet seulement sur les doigts des deux mains. Et encore... Il le demande d’autant plus que son auteur ne prétend pas détenir la vérité, n’ayant eu d’autre but que « de provoquer la réflexion ». Et « accessoirement » de montrer « que cet art de pauvres [est] un lieu de rencontre, de partage, porteur de mémoire, jamais innocent, capable de souder les foules, de réunir des amis... » C’est bien ce qui se passe ici (et maintenant), non ?
  
Pour le plaisir et parce qu’un disque, pas plus qu’un livre, ne se périme dans un temps donné (au contraire, souvent il se bonifie avec le temps) quand son auteur est un créateur-né, pas un faiseur opportuniste, voici ce que nous disions ici de son dernier album en public, paru en 2009.

• Voyageur, 21 titres, 75’06 (distr. France : EPM, Suisse : Disques Office). Enregistré au Théâtre de l’Échandole, à Yverdon (Suisse), du 23 au 26 septembre 2009, avec trois musiciens aux guitares, contrebasse, accordéon et bandonéon, Voyageur retrace Les Tribulations d’un chanteur en Suisse (et ailleurs dans le monde, au Kosovo, au Sahara, au Café arabe de Jésusalem… ou Rue de la Roquette), de son tout premier succès, Helvétiquement vôtre (1969), à plusieurs inédits de l’année. De la tendresse, de la poésie et de l’humour, que demander de plus ? La Simple histoire de quarante ans de carrière phonographique résumée en un seul album dont l’auteur (compositeur et interprète), malgré tout, malgré le temps qui passe et le monde tel qu’il est et se défait, s’efforce encore et toujours de croire en l’Homme : ouvert par une Berceuse pour un enfant qui vient, ce concert ne s’achève-t-il pas sous le signe de L’Espoir… ? Généreux et nécessaire Bubu ! (Voir ici, en complément d’info, une interview vidéo donnée à la Radio Télévision Suisse Romande à la sortie de cet album et du recueil On fait des chansons, imposant volume – près de 500 pages grand format, couverture cartonnée – de l’intégrale de ses chansons, textes et partitions).


Enfin, pour faire entièrement chorus avec le chanteur qui achève son livre sur ces mots : « Regardons l’avenir… », sachez que Michel Bühler vient tout juste de sortir son nouvel album studio, enregistré l’été dernier. Treize chansons (Les Ardéchois, Avignon, À la manif, Et voilà !, Je me bats, Cher Monsieur – en duo avec le Bel Hubert, La Chanson de Fernand, Actualités 2012, Petite berceuse, Tunis 2011, Zoologie, Le Polonais, Est-ce écrit ?), et un titre pour le résumer… et mettre le mot « fin » à ce sujet : Et voilà ! 
________
Contacts pour les disques – Suisse : Éditions du Crêt Papillon, CP 13, Rue de l'Industrie 1, CH-1450 Sainte-Croix (e-mail) ; site de l’artiste ; France : Edito Musique, Cristine Hudin, 33 av. Philippe Auguste, 75011 Paris (e-mail).
Contact pour le livre : Bernard Campiche Éditeur, Grand-Rue 26, CH-1350 Orbe (lien direct, avec critiques de journaux suisses).
 
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 10:16
Quand le bateau est ivre,
 
qu’on a bu tous les livres…
 
 
Quelques jours encore et le Salon du Livre ouvrira ses portes à Paris. L’occasion, avant d’aller flâner dans la plus grande librairie de l’espace francophone, de vous convier à une petite visite guidée dans ma bibliothèque personnelle. Ou plutôt à prendre un verre – en toute simplicité et sans sacrifier aux diktats de l’actualité médiatique qui voudrait qu’un livre (ou un disque) n’ait qu’une durée de vie limitée – dans mon café littéraire…
 
Dessin.jpg
 
Ce blog, petit rappel à l’attention des nouveaux venus (bienvenue !), a été créé en novembre 2009 pour renouer le fil avec nos anciens lecteurs, ceux de « la revue de référence de la chanson française et de l’espace francophone » (non, ce n’est pas un pléonasme, puisque nous traitions aussi des langues régionales et vernaculaires) ; lecteurs et lectrices de Chorus, donc, parmi lesquels certains l’étaient déjà de Paroles et Musique quelque trente ans plus tôt – éloquente histoire de fidélité. Cela nous a permis de poursuivre notre action d’illustration et de promotion de la chanson vivante ; de faire encore et toujours chorus… Bref, comme le chantait le poète, de continuer à tenir « la lampe allumée ».
 
 
Et puis, avec le temps, si aucun nouveau journal, où que ce soit à travers la Francophonie, n’est parvenu (hélas !) à prendre la relève de cette revue qui fédérait toutes les parties composantes de la chanson vivante, sur la toile en revanche, les blogs et les sites se sont multipliés ; à commencer par ceux d’anciens membres de notre équipe. Dès lors, comme je l’expliquais ici l’été dernier (cf. « Le jardin extraordinaire »), Si ça vous chante a pris quelques distances avec le rôle que certains de ses visiteurs les plus assidus lui avaient implicitement assigné : celui de continuer à faire Chorus (avec un C majuscule) à lui tout seul. Impossible, en effet – même sur le Net –, à un seul individu de reproduire ce qui était le fruit d’un collectif de journalistes aux talents complémentaires, à l’affût permanent, sur le terrain, de la découverte et du meilleur de la création francophone.
 
 
C’est pourquoi ce simple trait d’union qu’a représenté Si ça vous chante au début, comme « un joli fil entre nos cœurs passé », est devenu à la fois un salon où l’on cause (à travers l’important groupe éponyme, sous-titré « La maison de la chanson vivante », relié à ce blog sur un « réseau social ») et un café littéraire (salut Allain !), aux cimaises duquel j’expose exclusivement, désormais, sans contrainte aucune ni obligation de résultat, des œuvres qui me touchent de plus ou moins près. « Mon café littéraire / Suivez l’itinéraire… »
   
 
Ainsi, à l’approche du Salon du livre, vais-je suggérer, en quelques sujets à suivre, une sélection toute subjective d’ouvrages biographiques ou thématiques sur la chanson. Et comme il n’est plus question de tenter de refaire Chorus, avec des critiques et des commentaires aussi pointus et nombreux que j’ai pu en proposer pendant deux bonnes années (voir notamment la rubrique « Disques »), je me restreindrai à l’information essentielle. Prenez cela, s’il vous plaît, comme une incitation à la découverte, une invitation au voyage – aux voyages, au pluriel, tels que présentés par leurs guides respectifs. Dans l’espoir que cela vous chante et que vous les commentiez à votre tour, histoire de les prolonger collectivement. « Au café littéraire / On a déjà les verres / Apportez l’écriture… »       
       
     
Dans l’espoir aussi, qui sait, de pouvoir susciter des vocations. « L’échanson de la chanson » (comme me qualifia un jour une bien aimable lectrice) en serait ravi, n’ayant d’autre ambition – mais est-il besoin de le rappeler, depuis le temps qu’on se fréquente ?! – que de jouer les passeurs… et si possible les ouvreurs. Comment disait Vasca déjà (qui va bientôt sortir son vingt-cinquième album) ? Ah oui : J’ouvre des portes ! « J’ouvre des portes sur les entrepôts de la nuit / Où s’entassent des rêves en transit / Toutes les brocantes de la solitude…. / J’ouvre des portes au bout du labyrinthe / Où l’on étouffait / Dans le purgatoire de vos silences / Dans l’enfer de vos futiles paroles… / J’ouvre des portes de secours / Des portes dans la marge / Juste à côté / À deux doigts / À quelques décibels de la rumeur quotidienne… »
 
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