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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 13:51

La cavale au cœur


Pour Éluard, c’était une évidence : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Dans la fraternité chansonnière que je me suis choisie, c’est un simple et récurrent constat. En ce jour inaugural du Salon du Livre, peu après s’être mis en règle avec son adolescence, à cinquante ans, en faisant revivre Ferré sur scène (j’étais à la dernière à Perpignan), Cali publie son second récit autobiographique. Paco Ibañez, lui – dont la voix faisait écho à celle de Léo chez le jeune Bruno, à Vernet-les-Bains –, célèbre actuellement les cinquante ans de son récital triomphal à l’Olympia (j’étais à la première, au Casino de Paris). Bruno, Léo, Paco, retour au grand galop vers le futur… Ah oui, le titre du nouveau livre de Cali ? Cavale (ça veut dire s’échapper) ! Autrement dit, en version française dans le texte, A galopar

Un an après Seuls les enfants savent aimer qui racontait la mort de sa mère vue à travers ses yeux d’enfant de six ans et demi, avec le traumatisme qu’on devine, Cali nous offre à présent l’histoire de son adolescence. Celle des premiers émois physiques, des passions musicales, celle aussi de sa « cavale » en Angleterre, sans prévenir les siens, pour y retrouver son premier amour de vacances…

Nous en avions parlé l’été dernier à Port-Leucate où nous étions invités tous deux dans le cadre de la manifestation littéraire « Auteurs à la p(l)age » et Cali nous confiait alors tout le bonheur qu’il trouvait dans l’acte d’écrire autrement, sans contrainte de format, autre chose que des paroles de chansons :

« L’écho provoqué chez les lecteurs par ce premier livre m’a tellement ému, que j’ai eu envie de continuer. D’autant que je me suis pris au jeu de l’écriture au long cours… Après avoir mis en scène le petit Bruno, six ans, le prochain racontera mes quinze ans à Vernet-les-Bains, à Prades… et ailleurs.

– Ce sera un récit purement autobiographique ? L’adolescence après l’enfance…

– Oui et non, car je l’écris comme un roman, comme mentionné sur le premier : Seuls les enfants savent aimer, roman. Ce sera un récit vrai mais aussi fantasmé… Peu importe que tout soit véridique ou pas, comme les noms des personnages, l’important c’est que l’ensemble soit vrai. Que ça vienne de loin, des tripes… et qu’on le ressente ainsi à la lecture.

– Tu sais où tu vas ? As-tu bâti un plan ? Arrêté une chute ?

– Non. J’avance au jour le jour, en laissant courir les mots et les souvenirs dans mes cahiers d’écolier. Et je saurai exactement quand et comment conclure… le moment venu. »

On était alors à deux mois de la sortie de son album Cali chante Ferré et de la tournée d’automne de trente dates, précisément, pas une de plus, qui allait suivre jusqu’à la dernière (officielle) à Perpignan, « à la maison ». Vieille histoire que sa passion pour Léo Ferré, pas évidente au départ…

Tout petit, c’est par Guy Béart qu’il avait découvert la chanson : « Lorsque ma grand-mère me promenait dans ma poussette, elle chantait “Ma petite est comme l’eau…” et il paraît qu’un jour j’ai continué en chantant : “Elle est comme l’eau vive” ! Vrai ou faux, c’est parti de là. Et le premier disque qu’on m’a offert, très jeune, a été un disque de Béart… À dix ans, j’ai été entraîné par ma sœur à un concert de Julien Clerc ; ça m’a marqué car il y avait de grandes chansons qui sont encore là aujourd’hui. Et puis il y a eu Renaud : vers treize-quatorze ans j’étais en plein dans Les Aventures de Gérard Lambert qui m’émouvaient énormément. À la maison, papa écoutait beaucoup Léo Ferré et Paco Ibañez. Mais Ferré pour moi était un ovni. Je n’arrivais pas à comprendre les textes. Je me suis réfugié chez Brel, qui me faisait pleurer d’espoir. Brel m’a beaucoup aidé… »

Il faudra un « déclic » pour que Léo Ferré se révèle vraiment à Cali, par l’intermédiaire de Richard, que son grand frère lui fait écouter un jour : « Cette chanson m’a complètement bouleversé ! » Dès lors, Ferré ne le quittera plus : « On a beau s’y plonger et s’y replonger, on continue de le découvrir. C’est le seul chanteur qui nous en a laissé pour des siècles ! »

La suite – son album et son spectacle – étaient en quelque sorte écrits. Son propre répertoire l’annonçait d’ailleurs de manière explicite : certains titres de ses albums et chansons comme L’Espoir, L’Âge d’or ou L’Amour fou, certaines thématiques (L’Exil…), mais aussi le développement de certains textes, sans parler de références précises. Révérence délibérée, parfois aussi, jusque dans le phrasé, parlé ou musical, voire instrumental. Tout convergeait ainsi de longue date, naturellement, absolument, obligatoirement, vers cette sorte de réincarnation. Car Cali chante Ferré sur scène, que malheureusement peu de monde aura vu (trente représentations seulement, toutes à guichet fermé et s’achevant par une ovation debout), c’était d’abord et avant tout la parole redonnée à Léo, qui ouvrait et terminait notamment la soirée au milieu d’une écoute admirable…

Bien sûr il reste l’album, mais figé dans sa gangue de polycarbonate il ne saurait donner ni même approcher le plaisir ressenti charnellement dans la salle. Alors, en attendant une éventuelle reprise dans l’avenir (Cali ne l’exclut pas), sachez que, même si d'aucuns pouvaient se dire gênés au début par une interprétation jugée hâtivement de lèse-majesté, comparaison n’étant pas raison, tout le monde était vite embarqué par la sensibilité du propos, le décalage délibéré rompant intelligemment avec le risque du copié-collé insipide. Un choix de chansons et poèmes 100% Ferré, de Jolie môme à La Mélancolie en passant par Thank You Satan, une mise en musique originale et néanmoins respectueuse des mélodies (excellents Steeve Nieve aux claviers et programmations – le « Popaul » Castanier de Cali – et François Poggio aux guitares), un chant à la hauteur et un charisme naturel, c’était la recette d’un cocktail apprécié tant par le public habituel de Cali (qui découvrait sans doute l’essentiel de ce répertoire) que par celui venu surtout pour Ferré – et ce n’était pas gagné d’avance !

Une seule exception dans ce parti pris exclusivement ferréen : L’Affiche rouge, dont les mots d’Aragon résonnent toujours aussi fort, peut-être plus fort ici que nulle part ailleurs, en Roussillon où l’on allait commémorer la Retirada des Républicains espagnols de janvier-février 1939, pour rendre hommage à tous ces étrangers fuyant le fascisme avant de rejoindre bientôt la Résistance pour se battre contre le nazisme :

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient “la France” en s’abattant

Trente dates, pas une de plus, pour célébrer ou plutôt, déplorait le chanteur, pour « rattraper l’absence presque totale de célébration du centenaire de la naissance de Léo Ferré » en 2016. « Nous avons pourtant eu la chance d’être les contemporains du Beethoven de la chanson… » Trente dates dont une, obligée, au Théâtre Dejazet, le 16 novembre, en présence d’un Mathieu Ferré ravi et conquis, là même où son père avait fait durant trois semaines, en novembre 1990, sa dernière « rentrée parisienne », à l’époque où cette salle s’appelait encore le TLP (Théâtre Libertaire de Paris).

Cali n’a jamais vu Léo Ferré sur scène. C’est le regret de sa vie d’artiste. De sa vie tout court, en souvenir du temps où, à Vernet-les-Bains (au pied du Canigou, la montagne sacrée des Catalans), la famille Caliciuri l’écoutait religieusement. Lui… et Paco Ibañez, dont il pressentait les relations privilégiées : « Paco Ibañez et Ferré, ça devait être quelque chose… J’aurais tout donné pour être une mouche sur l’épaule de l’un des deux ! »

Au-delà de la chanson, il y avait cette histoire commune. Celle de l’Espagne que Léo avait tant chantée sans la connaître, du Bateau espagnol de ses débuts à L’Espoir en passant par Les Anarchistes, Thank you Satan, Franco la muerte ou encore Christie, Le Flamenco de Paris et même La Mémoire et la Mer… Celle que Paco avait magnifiée à travers la mise en musique de ses plus grands poètes, de Luis Cernuda* notamment évoquant l’exode républicain de 1939 avec ces familles séparées à jamais, ces histoires d’amour sacrifiées pour toujours, dans Un Español habla de su tierra (Un Espagnol parle de son pays) :

Eux, les vainqueurs, Caïns sempiternels,
Qui m’ont arraché de tout, ne me laissent que l’exil
Et toi que j’aimais, en qui seulement je croyais
Rien que me rappeler ton prénom désormais
Empoisonne mes rêves…

Amers sont les jours de la vie quotidienne
Rien qu’une longue attente, à force de souvenirs...
Un jour, enfin libérée de leurs mensonges,
Tu me chercheras, mais alors…
Que pourra bien dire un mort ?

___________
*Né à Séville en 1902 et mort en exil à Mexico en 1963, Luis Cernuda appartient à ce mouvement exceptionnel d’écrivains et de poètes qu’on a appelé « la Génération de 27 », aux côtés de Rafael Alberti, León Felipe, Miguel Hernández, Federico García Lorca, etc., tous mis en musique par Paco Ibañez.

La Retirada sera suivie de tragiques développements sur la terre natale de Cali, le Roussillon, où le père de Paco Ibañez, parmi tant d’autres, subira l’accueil le pire qu’on puisse imaginer – d’où la présence du « Maestro » le 24 février dernier à l’hommage officiel rendu par le gouvernement (socialiste) espagnol aux Républicains contraints à l’exil ; un geste historique attendu par leurs enfants, petits-enfants voire arrière-petits-enfants (comme les enfants de Cali) depuis des décennies…

Bruno… et puis Léo et Paco : des amis à la vie à la mort, ceux-là, depuis que le premier avait demandé au second de l’accompagner à la guitare, ainsi que Juan Cedron, pour réenregistrer Le

Bateau espagnol, à l’occasion de l’album Et… basta ! C’était en 1973, quatre ans après le triomphe de Paco à l’Olympia. Une version alternative superbe, restée inédite pendant quarante ans* ! « Ce qui m’a frappé alors, en le côtoyant de près, me confiera Paco, ça a été de découvrir sa vraie nature, c’est-à-dire sa gentillesse, sa fraternité. Tout d’un coup il est devenu un ami. C’est là, longtemps après avoir découvert l’artiste, que j’ai découvert l’homme. Un homme qui correspondait totalement à l’artiste ! »

_____________

*Jusqu’à la sortie de l’anthologie Léo Ferré, 50 plus belles chansons (Barclay, 2013). L’album Et… basta ! fut enregistré seulement avec Marc Chantereau (percussions), Juan Cedron et Paco Ibañez (guitares).

Quinze ans plus tard, en 1988, Paco Ibañez ouvrira enfin les portes de l’Espagne au grand Ferré… « C’était en février, me précisera-t-il. Il a d’abord chanté à l’Alliance française de Barcelone, et à partir de là, je l’ai accompagné en voiture… Jusqu’à Bilbao, où il a fait un triomphe. Mais avant d’aller à Madrid, où il achevait sa tournée, j’avais contacté un groupe d’amis artistes pour leur dire que nous avions beaucoup de chance de recevoir Léo Ferré dans le pays qu’il chantait depuis toujours… Il y avait là quelque chose d’émouvant. On a eu alors l’idée de créer non pas un prix ou une médaille mais quelque chose de spécial, en signe de reconnaissance. Et on a créé la clé de l’Espagne ! Un très-très bel objet en or, réalisé par un artiste catalan. On s’est dit que cette clé, seuls pourraient en disposer les descendants de Cervantes, les artistes à sa hauteur. Alors, on a demandé à Cervantes l’autorisation de la remettre à Léo Ferré… et il nous a dit oui. On la lui a remise à Madrid, lors d’une cérémonie organisée avec la Sacem espagnole. Avec cette clé, toutes les portes de l’Espagne lui étaient ouvertes… Et il était content, Léo, il était ému ! Ensuite il a donné son spectacle au Théâtre Albeniz, archicomble, et c’est toute une histoire parce qu’il a chanté pendant plus de trois heures, seul au piano… avant de rajouter vingt bonnes minutes avec Le Bateau ivre ! » [rire]

L’Espagne, le petit Bruno en entendait souvent parler à la maison : son grand-père italien Giuseppe Caliciuri y avait rencontré sa future femme Maria, en 1937 à Barcelone, où l’année suivante allait naître leur enfant, qui deviendrait à Vernet-les-Bains le père de Cali… « Mon grand-père a fui l’Italie de Mussolini, dans les années 1920… En 1937, il a rejoint les Brigades internationales en Espagne, pour se battre contre Franco. Il était lieutenant et a été gravement blessé sur le front de Brunete, à l’ouest de Madrid… C’est à Barcelone où elle soignait les blessés qu’il a rencontré ma grand-mère Maria : elle était déjà fiancée, mais ils ne se sont plus jamais séparés. En février 39, avec leur bébé d’un an, ils ont atterri sur les plages de Saint-Cyprien et d’Argelès-sur-Mer, dans des camps de réfugiés, accueillis comme des chiens. Ils se faisaient tirer dessus s’ils essayaient de sortir… Ensuite je sais qu’ils ont eu une petite fille et qu’elle a disparu… Puis mon grand-père s’est engagé dans la Résistance… »

Léo, Paco, Bruno… De drôles de types qui sont de ma famille (comme dit l’un d’entre eux que j’estime spécialement), « bien plus que celle du sang / celle que j’ai choisie / celle que je ressens » ; de drôles de types « qui vivent de leur plume / Ou qui ne vivent pas c’est selon la saison / qui traversent la brume / avec des pas d’oiseaux sous l’aile des chansons… » Pour les cinquante ans de son Olympia de décembre 1969, représentation aussi mythique que la dernière de Brel dans l’histoire de cette salle, Paco Ibañez a décidé, à 84 ans révolus, de tourner toute l’année 2019 (au moins) sous le signe de cet anniversaire mémorable. En France comme en Espagne ou en Amérique latine, à commencer bien sûr par « la capitale mondiale de la chanson » : le 24 janvier dernier (un mois pile avant la journée en hommage aux Républicains espagnols…), avec ses « rubans » mélodiques « autour de l’alphabet », ses chansons qui incarnent la résistance à l’inhumanité, il mettait « des couleurs sur le gris des pavés » parisiens.

Casino de Paris archicomble – comme toujours avec Paco en France et ailleurs. Sur scène, autour du « héraut du cercle des poètes disparus », devenu une véritable légende vivante et l’incarnation des valeurs humanistes, Mario Mas à la guitare, Cesar Stroscio au bandonéon et François Rabbath au violoncelle… La soirée est dédiée à ses parents et à la France, « le pays qui a accueilli toute la famille après la guerre civile », ainsi qu’à la République espagnole. La boucle allait d’ailleurs être bouclée avec l’incontournable A galopar. En fond de scène, une toile projetée sur un grand écran évoquait un cheval stylisé dans un décor aux couleurs de la République : rouge, jaune, violet : Cavale… « jusqu’à les enfouir dans la mer » !

 

Mais avant cela, il fallait expliquer au public le pourquoi de ce cinquantième anniversaire. Toujours disert, spontané, naturel et drôle, le voilà qui raconte toute l’histoire : « Il y a un responsable qui s’appelle Jean-Michel Boris… On m’avait demandé de chanter à la Sorbonne à l’occasion du premier anniversaire de Mai 68, cette révolte de la jeunesse française qui allait s’étendre au monde entier. Le concert était prévu à l’amphithéâtre Richelieu mais la salle a vite débordé de monde, si bien qu’on a dû s’installer dans la cour, avec près de quatre mille personnes… En voyant cette ambiance, Jean-Michel Boris qui s’était déplacé tout exprès, est venu me trouver à la fin pour me proposer de passer à L’Olympia dont il était le directeur artistique. Ça m’a fait un choc, car L’Olympia, pour moi, c’était d’abord et avant tout Georges Brassens, le plus grand troubadour au monde de tous les temps, que j’avais vu dans cette salle pas mal d’années auparavant, vers 1956 je crois… C’est donc à cause de Jean-Michel Boris si je suis ici ce soir… et vous aussi par la même occasion ! »

Rires, sourires puis applaudissements nourris. Et moi, ravi en mon for intérieur d’être en compagnie du « fautif », puisque nous étions venus ensemble… Au-delà du concert, au cocktail toujours aussi savoureux de poésie vitale « comme le pain quotidien », de mélodies éternelles et d’un humour dont Paco ne se départit jamais pour présenter son répertoire ou commenter l’actualité, coups de griffes ou de gueule non exclus, j’ai vécu ce soir-là un moment personnel des plus émouvants. Je l’ai dit à Jean-Michel : c’était très-très fort d’être là, avec lui, côte à côte, cinquante ans après ! Cinquante ans après L’Olympia, où j’étais simplement un de plus au milieu de la foule. Paco : « La jeunesse avait beaucoup de choses à dire, à penser, à exprimer et je crois que cela se ressent encore à l’écoute de l’enregistrement du concert… »

Trois heures environ et un triomphe (supplémentaire) plus tard, nous étions ensemble dans sa loge. Deux grands jeunes hommes par le cœur et l’esprit de 84 et 86 ans, dont je suis fier d’être l’ami depuis longtemps, si longtemps déjà…  Jean-Michel : « Tu sais, Paco, c’est la seule fois de l’histoire de L’Olympia où le public s’est installé sur scène autour de l’artiste*. On était débordés par cette multitude enthousiaste qui voulait absolument rentrer alors que la salle était déjà pleine comme un œuf**… Quelle ambiance ! Mais c’était formidable de voir tous ces gens assis autour de toi… » Moi : « C’est dommage, tu n’as pas songé à demander au public s’il y avait des gens, ce soir, qui étaient aussi à L’Olympia en 69… » Jean-Michel : « C’est vrai, si ça se trouve il n’y en avait pas un seul… » Mais Paco, dans un grand sourire complice, de lâcher : « Ah non ! J’en connais au moins trois : Jean-Michel, qui était en coulisses, moi sur scène et toi dans la salle. Trois survivants ! » [rires]

Comme disait Léo Ferré, rendez-vous dans dix mille ans.

________

*En aparté, Jean-Michel nous précisera que Gilbert Bécaud avait également fait monter du public sur scène, mais dans le cadre de son spectacle, alors qu’avec Paco c’était la seule façon de permettre à deux ou trois cents personnes de plus d’assister au récital. Aux premières loges, pour le coup ! – **À propos du public de l’Olympia, Paco se souvenait de sa mère en coulisses lui disant malicieusement : « Pfff, tous ces gens, sans moi, ils ne seraient pas ici… et toi non plus ! »

NB. Après le Casino de Paris, Paco a chanté à Toulouse, à Madrid, à Barcelone (au célèbre Palau de la Musica), et il se produira ce samedi 16 mars au Cap d’Agde (Palais des Congrès). Suivront Madrid, à nouveau, le 19, Valencia le 25 (au Théâtre Olympia !), Cadix le 10 mai, etc. Voir son site A flor de tiempo pour le détail de sa « Tournée 2019-2021 ». La vidéo ci-dessus a été réalisée à l’occasion des 84 ans de Paco en novembre dernier, avec 84 images de parents, amis et personnalités qui ont compté dans sa vie.

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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 19:52

5 minutes au paradis...

…Et même un peu plus, puisque affinités il y a avec cet album hors du commun et le spectacle qui en résulte, sans parler d’une troisième mi-temps partagée avec l’artiste à l’issue d’une avant-première (au théâtre de L'Archipel, à Perpignan) de la création « officielle » à l’Olympia, du 24 novembre au 3 décembre prochains.

Première mi-temps ?
La sortie, le 29 septembre, de 5 minutes au paradis. Vingt et unième album studio du fauve stéphanois, nourri d’amour bien sûr mais d’abord de sidération et de colère devant les dérives de nos sociétés et l’incurie des pouvoirs : « Machiavel aussi pensait que le prince n’a jamais tort / Et toi, ange de la milice, tu auras quoi ? / Cinq minutes au paradis avant que le diable n’apprenne ta mort… »

Deuxième mi-temps ?
Ce concert d’âme et de cœur d’un gentilhomme de fortune conçu comme un voyage intérieur et géographique tour à tour, via un répertoire renouvelé de fond en comble : neuf chansons (sur onze) du nouveau disque, de très anciens titres (Les Aventures extraordinaires d’un billet de banque, Attention fragile, Stand the ghetto...), outre un certain nombre d’incontournables entrés depuis longtemps dans la mémoire collective (Noir et blanc, On the road again...).

Accompagné par six musiciens hors pair, Lavilliers passe des couleurs puissantes de la Jamaïque ou du Brésil (Fortalerza…) à l’intimisme feutré de la chanson française, seul à la guitare sèche ou accompagné d’un violoncelle électrique (et c’est magique !), pour interpréter par exemple Est-ce ainsi que les hommes vivent (Aragon/Ferré).

Cela débute – en ombres chinoises multicolores sur le rideau encore tiré – par un immense et cinglant poème de Pierre Seghers (mis en musique par Bernard et Fred Pallem), écrit d’une plume abrasive en 1957, en pleine guerre d’Algérie, La Gloire :

Broyeur de mort, lanceur de feu
Rôtisseur de petits villages
Mon bel envoyé du Bon Dieu
Mon archange, mon enfant sage
Bardé de cuir, casqué de fer
Fusilleur, honneur de la race…

Perpignan, 7 novembre 2017 (Ph. M. Hidalgo)

Tragique et néanmoins formidable entrée en matière qui, pour suinter de désespoir, ne retire pas un iota à notre homme dans sa capacité à s’indigner des calculs de la finance (« Mittal, le serpent minéral / J’ai Florange en travers de la gorge… », assure-t-il dans Fer et défaire). Ce portrait d’une société fracassée, où l’on trouve aussi, désormais, des cadres supérieurs Bon(s) pour la casse, n’empêche pas non plus le concert de s’achever, deux bonnes heures plus tard, sur L’Espoir, le sien, qu’il nous tardait de découvrir après celui de Léo Ferré... mais aussi de Cali, présent sur ses terres ce même soir.

Sur la noirceur du soleil, sur le sable des marées
Sur le calme du sommeil, sur mon amour retrouvé
Le soleil se lève aussi, et plus forte est sa chaleur
Plus la vie croit en la vie, plus s’efface la douleur

Pour ces semaines aux traits noirs, pour ces belles assassinées
Pour retrouver la mémoire, pour ne jamais oublier
Il faut te lever aussi, il faut chasser le malheur
Tu sais que parfois la vie a connu d’autres couleurs…

Fred Hidalgo, Bernard Lavilliers et Cali, 7/11/2017

C’est la troisième mi-temps évoquée plus haut, improvisée et partagée – après une longue ovation du public debout – rien qu’entre nous avec Bernard... et Bruno Caliciuri, le régional de l'étape. Ça démarre au champagne, Veuve Cliquot svp !, et forcément ça facilite la suite, ça délie les langues, ça délivre les cœurs et ça ravive la mémoire.

Lavilliers : Alors Fred, ça fait combien... ?
Petit calcul mental...
Lavilliers : Quoi ? Déjà ?... Trente-six ans qu’on se connaît... Oh oui, j’me souviens...
Se tournant, rigolard, vers Cali : Toi, Bruno, t’étais même pas né !
Cali : Eh ! J’ai quand même quarante-neuf ans...

Saint-Étienne, la Fensch vallée, les luttes sociales, Lorraine Cœur d’Acier, la radio libre de Longwy (Cali : « C’était le nom de la radio ? C’est magnifique, ça ferait un beau titre de chanson... »), Paroles et Musique (le numéro spécial Bernard Lavilliers du premier anniversaire, avec son exergue éloquente*), le temps qui passe, Brazzaville et Nzongo Soul, les années Chorus, le Lutetia et Percy Sledge, les amis communs qui nous laissent en manque (Jean-Louis Foulquier...). Justement, le Bicentenaire avec 1789 jeunes de toutes origines (et Foulquier) emplissant la cour de l’Élysée pour chanter en chœur « la musique est un cri qui vient de l’intérieur » :

La musique a parfois des accords majeurs
Qui font rire les enfants mais pas les dictateurs
De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur
La musique est un cri qui vient de l’intérieur…

* Exergue au dossier du n° 11 de Paroles et Musique (été 1981) : « La chanson n’est pas la jungle, c’est moins dangereux. C’est comme la steppe : il y a les moutons, les coyotes et les loups. Drôle de western, camarade ! Mets ta peau de mouton jusqu’au jour où tu seras assez gros pour mordre ! Sagesse ou démission ? Dans le désert appelé show-business, après les montagnes de célébrité, il y a des chefs de file et des files… Je ne suis pas un chef et je n’ai jamais sur marcher droit. » (Bernard Lavilliers)

Des considérations sur la conception du nouveau spectacle et la liberté que Bernard s'y accorde, y compris dans son propre jeu musical (au grand dam de ses musiciens), pour éviter tout ennui éventuel... Et puis, et allez savoir pourquoi (peut-être parce qu’il en a été question un peu plus tôt sur la scène de ce superbe théâtre conçu par Jean Nouvel), les débuts à l’usine, où l’on se bat comme Léo se battait à l’école de la poésie… Et puis les parents… D’une génération qui ne vous a jamais dit « Je t’aime » mais qui le démontrait dans les faits… Émotion encore, vive, palpable, après une soirée publique qui n’en manquait déjà pas. Privée, cette fois. Très privée même, besoin de s’épancher en toute confiance. Mais qui vaut d’être évoquée ici pour son pesant de simplicité, de générosité, d’authenticité inhérentes au Stéphanois à la voix d’or.

Perpignan, 7 novembre 2017 (Ph. B. Baños-Robles)

Le « public », les gens, plutôt, ne s’y sont jamais trompé qui ont permis au Nanard d’être toujours là, en haut de l’affiche, mieux qu’un monument : vivant, debout, rebelle et tendre cependant, aussi amoureux fou des mots, de la musique et des voyages qu’à ses débuts. Respect ! Ça m’a rappelé ce que j’écrivais en introduction d’un des dossiers et entretiens divers que nous avons consacrés, en l’espace de trois décennies, à ce fabuleux « guetteur du siècle » (c’était encore au précédent, en 1994, pour Chorus) :

Il y a des chanteurs, disons, comme vous et moi, qui vivent et se comportent en société comme ils chantent, les pieds sur terre, même s’ils ont la tête dans les étoiles ; il y a ceux qu’on croit délicats, qui parlent peu, sont discrets, modestes voire timides ou introvertis, et s’avèrent en fait d’une rare solidité morale ; et puis il y a les autres, qui appartiennent à cette catégorie de personnages hâbleurs, expansifs jusqu’à l’excès, jusqu’à jouer les fanfarons, qu’on imagine indestructibles, coulés dans un métal inoxydable, alors qu’ils ne cherchent le plus souvent qu’à dissimuler ainsi, sous une carapace trompeuse, une fragilité surprenante. « Si tu veux être fort, disait Rudyard Kipling, sans cesser d’être tendre… »

Conteur impénitent, aux souvenirs vécus ou imaginaires, inextricablement mêlés mais toujours fascinants, narrés avec une même flamme enthousiaste, une même passion débordante, un même accent de sincérité, tel apparaît Bernard Lavilliers, un artiste hors du commun résumé à la perfection par l’un de ses propres titres : Attention fragile !

Interview du Cendrars de la chanson française (« Qu’importe, disait à juste titre l’écrivain à son éditeur en parlant du Transsibérien, si j’ai pris ce train, puisque je l’ai fait prendre à des milliers de gens… »), dans un salon particulier du palace de la rive gauche parisienne qui, depuis des années, lui tient lieu de refuge entre deux voyages au bout du monde. Un entretien d’une durée plus qu’inhabituelle (aïe ! le décryptage – et l’élagage – des cassettes…), qui a failli se prolonger jusqu’au petit matin (après avoir débuté à 16 heures…), tant sont extraordinaires les dons de conteur du Stéphanois.  Une discussion entrecoupée seulement, de loin en loin, par l’apparition discrète d’un maître d’hôtel apportant cérémonieusement de quoi alimenter la machinerie. Et aussi de quoi s’éclaircir la voix – comme pour saluer l’esprit pétillant de notre hôte – avec quelques coupes bien fraternelles… Champagne !

Ouais, toujours le même, notre Lavilliers d’hier et d’aujourd’hui. Témoin chagrin mais lucide du déclin citadin post-industriel, comme dans le Charleroi de son album : « Mon bassiste, Daniel Roméo, est né là-bas, dans une famille d’origine calabraise. Quand j’écris une chanson, je crée mes personnages et je me mets dedans. Et j’écoute les récits. Daniel m’a fait rajouter les Napolitains, les Marocains, les Polonais de Charleroi, ville vidée… ». Observateur révolté des drames du temps présent, s’essayant à contrer l’impuissance générale à la force du verbe : « Tu peux faire une croisière avec le Costa Machin, mais au fond il y a quand même vingt mille morts… », dit-il avant de chanter Croisières méditerranéennes.

Un conseil d'ami (de la belle chanson, la chanson vivante) : ne manquez pas ce spectacle à l’Olympia ou s’il vient ensuite à passer près de chez vous. Qu’il explore l’humanité dans toute sa noirceur, hideuse et désespérante comme un épouvantable Vendredi 13 (« Un peu de sang sur ma guitare / Beaucoup de corps sur le boulevard / Bataclan ! / Yesterday / Et l’hymne à l’amour, ce sera pour un autre jour… »), qu’il décrive ses petits riens du quotidien qui nous rendent la vie lumineuse, à l’image de ces robes légères, de ces couples qui s’enlacent à Montparnasse (« J’y cherche des traces de lumière et d’inspiration, ce n’est pas nostalgique. Neruda, Borges, Soutine, Apollinaire sont bien vivants, ils sont là… »), c’est une vague d’émotions qui déferle dans la salle. Un crescendo irréfrénable jusqu’aux Mains d’or, l’hymne par excellence des gens de peu, honnêtes et dignes, que Bernard dédie – ému – à son père disparu (à 95 ans) : « Je veux travailler encore, travailler encore... »

Aux Nuits de Champagne, à Troyes, avec le Grand Choral

Triomphe du texte, du rythme, de la voix, des mélodies (Melody, Tempo, Harmony, Jimmy Cliff et compagnie – citons ici Pascal Arroyo, Benjamin Biolay, Jeanne Cherhal, Romain Humeau ex-Eiffel, Florent Marchet ou l’excellent Xavier Tribolet), Bernard Lavilliers atteint à la plénitude : à l’aube des cinquante ans de son premier album paru sous le signe de Mai 68, il est au sommet de son art. Y compris dans la spontanéité, et quitte à louper un accord pour le plus grand plaisir du public : Lavilliers n'est pas un robot, c'est un homme parmi les hommes...

Un homme avant tout. Un citoyen du Monde, solidaire, esthète du Beau et apôtre du partage, qui n’a jamais abdiqué ses convictions, jamais oublié et encore moins renié ses racines (dont le point de départ, un certain 6 octobre, remonte à soixante et onze ans) et qui, à la ville comme à la scène, porte toujours beau L’Espoir en étendard. Chapeau, l’artiste !

Sur mes doutes et ma colère, sur les nations déchaînées
Sur ta beauté au réveil, sur mon calme retrouvé
Le soleil se lève aussi, j’attendais cette lumière
Pour me sortir de la nuit, pour oublier cet enfer

Pour voir ce sourire d’enfant, pour voir ces cahiers déchirés
Pour enfin que les amants n’aient plus peur de s’enlacer (…)
Et si l’espoir revenait ?...

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 11:47

« C’est pour l’amour, pas pour la gloire »


C’était en juin 2009… À Chorus, sans le savoir, nous venions de publier notre dernier numéro alors qu’en réunion de rédaction nous préparions le suivant… avec un dossier consacré à Romain Didier et Allain Leprest ; à Arras, dans le même temps, celui-ci rendait visite une dernière fois au festival « Faites de la chanson ». C’est pour l’amour, pas pour la gloire, prévenait-il sur la scène du Théâtre… Pareil pour moi qui vous y donne rendez-vous ce dimanche 18 juin à 14h30 pour partager la fabuleuse histoire de Jacques Brel aux Marquises.

JE VIENS VOUS VOIR… À ARRAS

Faites de la chanson ? C’est un superbe festival (dirigé aujourd'hui par Guillaume Defrance) alliant la qualité de la programmation officielle et la volonté de « décloisonner les genres artistiques et de mélanger les publics », tout en impliquant des chanteurs amateurs et même de simples spectateurs amoureux de la chanson à partager la scène avec des professionnels.

Créé en 2005 par l’association « Di Dou Da » à l’occasion de ses dix ans, son coordinateur Jean-Jacques d’Amore confiait alors à Chorus qu’il permettait de prolonger et contenir « tout ce que nous faisons pendant l’année, avec cette imbrication constante entre pratique amateur (grâce en particulier au travail initié à l’époque par le chanteur-interprète Christian Camerlynck et son équipe, avec leurs ateliers « Oser chanter » et « Oser écrire ») et programmation d’artistes professionnels ».

De quoi réjouir un certain Leprest, encore lui, qui consacra une magnifique chanson aux carrières étouffées dans l’œuf : « C’est peut-être Grand Jacques / Le petit au rire bête / Qui pousse dans la flaque / Sa boîte d’allumettes / Jamais on le saura / On le fera maçon / Râpé Bora Bora / Un mur sur l’horizon… »

Cette année, du 17 au 25 juin, c’est une édition originale que propose Faites de la chanson en la dédiant entièrement à la Belgique : Arno, An Pierlé, Vincent Delbushaye, Claude Semal, Claire Spineux, Jules & Jo's, Antoine Henaut et Sages comme des sauvages, etc. Coïncidence, le dernier compte rendu de Chorus consacré à cette manifestation (la quatrième, avec un coup de chapeau à… Allain Leprest en sa présence) le fut dans le cadre d’un numéro spécial Jacques Brel pour les trente ans de sa disparition (cf. n° 65, automne 2008) !

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », disait Éluard : j’espère donc vous y retrouver, en ouverture, ce dimanche 18 juin à 14h30 au Théâtre d’Arras (rens. et réservations, tél. : 09 71 00 56 67), pour revivre ensemble « la vie d’après » (la chanson) de Jacques Brel, la vie méconnue mais exemplaire du Grand Jacques, l’aventurier – navigateur au long cours puis pilote au grand cœur – au service des Marquisiens : « je viens vous voir, c’est pour l’amour pas pour la gloire… »

NB. Puisqu’il est question ici d’Allain Leprest (1954-2011), sachez que le 4 mai dernier, la municipalité de Rouen a décidé de donner son nom à une place de la ville. Elle se trouve à l’intersection des rues des Sapins et Frédéric-Bérat, près de l’ancien café-concert Le Bateau ivre, où il passait à ses débuts.

Présent lors du dévoilement de la plaque (aux côtés notamment de la fille de l’artiste, Fantine Leprest), Romain Didier a rappelé qu’il a travaillé durant vingt-six ans avec lui: « Allain avait ceci de particulier qu’il arrivait à nous piéger à chaque détour d’un vers. Son association des mots est étonnante et détonante. Comme chez tous les grands poètes, les mots étaient chargés. Rien n’était léger. Il faut faire connaître au plus grand nombre cette écriture exceptionnelle. Quand on trouve les bons mots, les chansons ne se démodent pas. Elles sont universelles. »

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