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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 16:21

Pas vieillir, pas mourir…


L’air  de rien – chi va piano va lontano –, voici l’opus numéro 200 de « Si ça vous chante ». À vrai dire, je pensais prendre mon temps pour concocter un texte aux petits oignons, truffé de chansons et d’illustrations belles à mourir… et puis l’occasion faisant le larron, histoire aussi de s’éviter un jour de plus à vieillir, ce sera court comme une lettre d’amour. Car… hier soir j’ai revu, à la scène comme à la ville, mon ami Henri Tachan (on s’est connus en 1979) et ça n’a été que du bonheur… que je me dois – vous m’connaissez ! – de vous offrir un peu en partage… et en exclusivité.

JAMAIT CHANTE TACHAN

Tenez, cette photo d’Henri sur scène prise par votre serviteur : eh oui, c’était hier soir ! Mercredi 15 avril 2015 à Paris (9e), dans une magnifique petite salle à chansons (140 places) qui accueillait ses premiers spectateurs. Soirée privée… de recettes commerciales (puisque uniquement sur invitations), mais non privée d’émotion. Comment cela se fait-ce ? rétorqueront les admirateurs de Tachan, qui n’ignorent pas que l’auteur de La Vie a décidé de s’y vouer totalement à l’issue, le 29 mars 2008, de son tout dernier concert au Théâtre Musical de Besançon ?!

Et ils auront raison de ne pas y croire, au retour de Tachan, car s’il est remonté exceptionnellement sur les planches, ça n’était évidemment pas, malheureusement pas pour chanter lui-même (« Ne vous en déplaise, nous a-t-il confié, je suis fort aise d’avoir arrêté la scène… »), mais pour présenter Yves Jamait qui a eu la plus que bonne idée l’automne dernier (il nous en avait parlé lors de son séjour aux Nuits de Champagne) de créer un concert autour du répertoire d’Henri. La création officielle aura lieu en septembre prochain dans la capitale, mais l’affaire est d’ores et déjà entendue (après quelques premières représentations de rodage en province) : Au revoir Tachan est un formidable spectacle qui doit autant à la qualité géniale d’inspiration, à la finesse d’une œuvre oscillant sans cesse de la tendresse à la révolte, qu’à l’interprétation tant vocale que gestuelle, mimiques incluses, de Jamait. Avec de superbes trouvailles comme celle de dessiner des deux mains un cœur qui bat sur fond de percussions, avec des liaisons pertinentes, de l’humour permanent… et deux musiciens au diapason, c’est-à-dire étonnants, enthousiastes, enthousiasmants : Samuel Garcia, piano-clavier-accordéon, et Didier Grebot, batterie-percussions.

J’ai prévenu que je ferais court. Alors, je vous le dis sans ambages et vous pouvez en croire quelqu’un qui connaît son Tachan par cœur (mon Brel, mon Amérique à moi… Celui avec qui je conversais déjà depuis l’Afrique avant de rentrer en France pour créer Paroles et Musique en 1980), dont j’aimais les chansons depuis toujours et que j’ai vu et revu sur scène avec un bonheur sans cesse renouvelé (du Théâtre Renaud-Barrault à celui de la Roquette, de Bobino à l’Olympia, de la Fête de l’Huma à un peu partout en tournée, y compris à deux pas de chez moi, en mai 1978... pour un concert à l'organisation duquel j'avais même contribué avec Forum, mon journal hebdomadaire de l'époque !) : Ce « Jamait chante Tachan » est un régal ! Et le public d’invités qui, pour une large part hier soir, ne connaissait Tachan et Jamait ni d’Ève ni d’Adam, ne s’y est pas trompé en leur réservant, l’un assis discrètement dans la salle et l’autre sous la lumière, une ovation debout. Alors, voilà, l’info est donnée. Organisateurs, à vos agendas ; spectateurs, à vos marques. Spectacle à faire tourner, à recommander et à ne pas manquer ! Faites passer…

JAMAIT CHANTE TACHAN

L’occasion fait le larron, disais-je plus haut à propos de ce deux centième sujet. Pas de hasard en fait. Ou, si vous préférez, c’est du hasard qui fait bien les choses. Henri et moi, c’est plus qu’une vieille histoire, et à coup sûr une histoire d’amour et d’amitié. Quelle joie de le retrouver hier dans de telles circonstances ! Car dans la salle, si côté cour, le maître (exemplaire) des lieux (Alain Wicker, lui aussi un fondu de chanson et ami de Tachan) avait invité de non initiés pour leur faire découvrir, via Jamait, celui en lequel Brel voyait un lion rugissant et Frédéric Dard un pudique à la tendresse hargneuse pour « éveiller des échos fraternels dans les consciences neutres » ; côté jardin, il y avait des connaisseurs, éditeurs, auteurs, musiciens, journalistes… et chanteurs. Tous admirateurs de Tachan, toutes générations confondues, d’Agnès Bihl à Marcel Amont !

JAMAIT CHANTE TACHAN

Je ne vous en ai pas encore parlé ici, mais un double DVD intitulé Henri Tachan, 40 ans de chanson, réalisé par Christophe Régnier, sera officiellement présenté lors de la création parisienne d’Au revoir Tachan, à la rentrée. D’ores et déjà disponible par correspondance, il propose l’intégrale du dernier concert d’Henri Tachan à Besançon (22 titres) et un documentaire sur l’artiste, Le Prix de la révolte, présenté par le réalisateur comme « une enquête palpitante, tendre, drôle et pudique, avec de nombreux témoignages passionnants » : Marcel Amont, Guy Béart, Juliette Gréco, Yves Jamait, Gérard Jouannest, Antoine-Marie Millet (le pianiste de Tachan, présent lui aussi hier soir), Danielle Oddéra, Pierre Perret, Alain Souchon, Patrick Poivre d’Arvor, Jean-Claude Vannier… outre votre serviteur et, surtout, les regrettés José Artur, Cabu et Cavanna. Pas la peine de vous en dire plus ni de vous faire un dessin

Ça commence à ne plus faire aussi court qu’annoncé, alors juste pour relier ce sujet à la tonalité des deux précédents, découlant eux-mêmes du massacre de Charlie, ces propos de Tachan dans l’un des nombreux articles et dossiers qu’on lui consacra de son vivant de chanteur, si j’ose dire, dans Paroles et Musique et Chorus. En l’occurrence dans le n° 34 (novembre 1983) du « mensuel de la chanson vivante ». Nous parlions, Henri et moi, du désenchantement politique (déjà), de la désespérance et, néanmoins, de notre foi en l’Homme, quitte à ce que ce soit, comme il l’a écrit, dans nos « seuls moments de fièvre ».

JAMAIT CHANTE TACHAN

Et voilà comment il concluait cette rencontre à la veille de passer un mois à Bobino (le vrai !) : « Moi, j’ai de l’espoir quand j’écoute un disque de Souchon ou de Vannier, j’ai de l’espoir quand je vais voir Laurel et Hardy ou un film de Bergman ou de Fellini, j’ai de l’espoir quand je lis San-Antonio ou le dernier livre de Cavanna ; j’avais de l’espoir quand je lisais Charlie-Hebdo... Ce n’est pas un gouvernement de gauche ou de droite qui va me donner de l’espoir ! S’il y a eu des chanteurs de gauche qui escomptaient un changement, c’est qu’ils n’étaient pas libres. Moi, je suis un chanteur, point final. Un chanteur avec un “c” minuscule, je fais des petites chansons dans mon coin et en toute liberté. C’est tout. Je n’attends rien d’un régime, je n’attends que du public. Mon parti, c’est le public.

» La vie de tous les jours est désespérante, c’est vrai, mais elle devient “espérante” dans la mesure où il y a des gens comme Souchon ou Vannier qui la racontent, d’une façon désespérante car elle l’est, mais en mettant, comme le disait Brassens, “des petites fleurs à l’alphabet”. Seuls les artistes peuvent te toucher, te faire pleurer, te faire du bien avec des larmes. Des gens d’une terrible lucidité, mais qui rendent le désespoir “espérant”. Ce n’est pas un P.D.-G., un général, un politicien ou un curé qui pourront te donner ça, mais seulement un artiste, un peintre, un musicien, un chanteur, un poète, un écrivain, un sculpteur…

» L’art est la seule chose positive au monde. Et la seule capable de le sauver, c’est qu’il y ait de plus en plus d’artistes, professionnels ou non. C’est mon seul espoir. Vive Shakespeare, nom de dieu, vivent Mozart, Beethoven, Schubert et Rossini, et vive Reiser, vive Vannier, vive Lluis Llach ! C’est pareil, c’est le même combat. »

Et vive Jamait, ajouterai-je de concert avec Henri qui l’a en quelque sorte adoubé. Et on le comprend : au-delà de la qualité de l’interprète, se voir ainsi réincarné, rajeuni de son vivant, sans attendre d’être (éventuellement) passé à la postérité… et de n’être plus là pour le savoir, c’est fantastique et ça ne peut que vous réconcilier un peu avec le genre humain. Un Jamait comme on le connaît, mais aussi impressionnant (voire plus) au service d’un grand aîné que dans son propre répertoire (il m’a soufflé qu’il allait bientôt entrer en studio pour son prochain album à paraître a priori en novembre) : un digne héritier sous les feux de la rampe, dans cette lignée d’interprètes hors du commun, de Brel, de Tachan et autre Leprest (que j’eus la chance de connaître dès 1982 grâce à… mon ami Henri !). La démonstration que la chanson est une chaîne sans fin, d’une génération l’autre... et que tant qu’il y a des artistes pour s’en souvenir et rester solidaires, il y a de l’espoir. L’espoir de ne pas vieillir, à défaut de celui de ne pas mourir. CQFD.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 08:55

« Alors… Chante ! »… au Café du Canal

 

C’est l’histoire d’un impossible rêve devenu réalité… ou en passe de le devenir. J’avais conté ici la façon dont une certaine politique ennemie de la culture vivante avait mis fin au rêve du festival Alors… Chante ! de Montauban de fêter cette année sa trentième édition. Finalement, ça ne sera que partie remise, mais ailleurs, en d’autres terres plus aimables pour la chanson. À Castelsarrasin, sous-préfecture du Tarn-et-Garonne. À Castelsarrasin, où selon Pierre Perret y a du tabac, y a du raisin : « C’est pas du havane il s’en faut / Et le vin c’est pas du bordeaux / Mais les gens y sont accueillants / Et j’en connais de bien vaillants… » La preuve !

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Il faudra toutefois patienter un an, le week-end de l’Ascension 2016, pour que l’aventure reprenne son cours normal – si tant est qu’on puisse parler de normalité en l’occurrence –, mais d’ores et déjà, le samedi 12 septembre prochain, c’est le trentième anniversaire du festival… de Montauban qu’on célébrera… à Castelsarrasin, à vingt-deux kilomètres seulement de distance. Nous avions eu vent, il y a pas mal de temps déjà, de ce déménagement possible. Espoir… Et puis, l’affaire avait capoté. Dissensions internes... Passons. Il a fallu réorganiser l’association Chants Libres, maître d’œuvre de la manifestation de 1986 à 2014, et attendre simultanément l’invitation officielle des élus de Castelsarrasin. C’est désormais chose faite : Alors… Chante ! s’installera bientôt à demeure dans la ville natale de l’ami (Pierrot) public n° 1, celle de la jolie Rosette aussi, du Café du Canal…

En attendant donc la trentième édition, si tout va bien d’ici là, le rendez-vous de septembre se prépare activement : une grande soirée en plein air à laquelle devraient participer la plupart des artistes qui ont marqué l’histoire du festival (comme ceux de la vidéo ci-dessus). Un événement dans tous les sens du terme. Nul doute que Léo Ferré, Georges Moustaki, Claude Nougaro, Serge Reggiani et autres Allain Leprest ou Maurice Fanon (dont la chanson Mon fils, chante ! inspira le nom du festival), se seraient réjouis à l’idée d’être de la fête. Marquez donc cette date d’une croix blanche dans vos agendas : elle vaudra le déplacement.

Du rêve à la réalité… il n’y a parfois qu’un pas, contrairement à ce que pensent tant et tant de politiciens formatés (et déshumanisés) par l’Ena (…« Et quand ils seront grands, chante Gilbert Laffaille en langage éléphant, ils iront à l’Ena, ils seront présidents ») et sa pensée unique. J’aime à citer Paco Ibañez qui, un jour qu’on parlait de cela, de « l’impossible rêve », de la quête de Don Quichotte et de la triste évolution du monde, répondit tout de go à son interlocuteur d’hidalgo : « L’utopie, c’est tout ce qu’il nous reste à réaliser. » De fait, « les gens assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde – au premier rang desquels les artistes, les poètes, les musiciens, les écrivains, les peintres… – sont ceux qui le changent ! »

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Cela sous-tend bien sûr la présence de l’humain au centre du motif, l’obligation en politique de se mettre au service de la collectivité et non de ses seules ambitions individuelles, comme on a pu le constater à Montauban. « Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux », disait Rousseau. Et dans L’Espoir, Malraux renchérissait à sa façon : « On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans. »

Rien de nouveau sous le soleil ? Ben non… C’est simplement qu’avec le temps, les progrès de la science, la fin des mythes religieux (qu’on croyait…), on pouvait espérer une amélioration, oh légère, très légère, de la mentalité humaine avec sa traduction dans la vie de la cité. Mais non, rien de rien, et du coup, comme le notait déjà Albert Camus à propos de « la société politique contemporaine », celle-ci reste en 2015 « une machine à désespérer les hommes. »

D’autres pensées de ce type ? Tenez, ce constat de Montherlant qui ne se berçait pas d’illusions et se payait encore moins de mots : « La politique est l’art de se servir des gens », ajoutant, avec la sombre lucidité qui le caractérisait : « Je préfère en être victime que complice. » Et un dernier pour la route, à méditer quand on voit « la société politique contemporaine », tous pays confondus, pencher de plus en plus vers la démagogie… et ses dangers extrêmes. « Je regarde la nécessité politique d’exploiter tout ce qui est dans l’homme de plus bas, dans l’ordre psychique, comme le plus grand danger de l’heure actuelle. » Signé Paul Valéry, du haut de son cimetière marin.

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

C’est sans doute ce que l’on appelle la Realpolitik, appliquée partout, dans le seul intérêt national (chacun le sien et au diable les autres !), la mise en œuvre d’un seul et même réalisme matériel faisant fi de l’éthique et de la morale évoquées ci-dessus. L’aboutissement d’une leçon qui n’était finalement que de la realpolitik avant l’heure, développée par un certain Machiavel (1469-1527) dans Le Prince. Un « grand œuvre » auquel on sera toujours nombreux à préférer, quitte à se faire taxer de naïveté et d’utopie, ceux de Saint-Exupéry et Cervantès.

Mais revenons… à nos moutons. De Castelsarrasin. Si, là, le Petit Prince semble prendre le meilleur sur son aîné machiavélique, avec la fête du trentième anniversaire, rien n’est encore acquis pour la suite. D’autant plus que les membres du bureau de Chants Libres (photo ci-dessous), avec sa nouvelle présidente Dominique Janin et l’ancien directeur historique du festival (et cofondateur de l’association) Jo Masure, ont décidé de ne pas déposer le bilan pour tenter de rembourser les dettes et ne léser personne avant de s’atteler à la trentième édition. Ce qui est tout à leur honneur.

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Un appel à dons (déductible des impôts) vient d’être lancé… Si ça vous chante d’en être, il suffit de suivre ce lien vers le site du festival où tout est expliqué. Quant à la soirée anniversaire, voici la page Facebook qui l’annonce officiellement. Une fois les finances renflouées ou en passe de l’être, Alors… Chante ! (100% francophone, respectueux de la charte de la Fédération des festivals francophones dont il est à l’origine) pourra vraiment faire sienne la chanson de l’ami Pierrot : « Je suis de Castelsarrasin »…

Y a quelque chose qui cloche là-dedans…

Avant de conclure ce cent quatre-vingt-dix-neuvième sujet de « Si ça vous chante » (!), permettez-moi un petit aparté suite aux commentaires qu’a aussitôt suscité mon article précédent. Tous fort aimables (merci)… mais dans une seule et même tonalité qui, je dois l’avouer, m’a fort surpris. Comme s’il fallait à tout prix me remonter le moral, comme si j’étais au fond du fond, prêt à « lâcher »… Après la surprise, ma première réaction a été de me dire : « Ils ont lu trop vite ! » Je croyais dresser un simple constat général (certes assez désespérant), et il a été pris – vous l’avez pris – pour l’expression, avant tout, d’un coup de blues individuel. Alors, l’ami Boris et son copain Serge m’ont susurré à l’oreille : « Y a quelque chose qui cloche là-dedans », et moi d’acquiescer : « J’y retourne immédiatement ! »

Y aurait-il eu « plantage » ? Pas possible en effet que tout le monde ait saisi mes propos (un peu) de travers. Je dénonçais la grève du rêve généralisé, avec les résultats que l’on sait, mais en aucun cas la mienne ! Maldonne. Je l’ai dit (en réponse à un commentaire) et je le répète ici : le jour où je ferai moi aussi la grève du rêve, c’est que je mangerai les pissenlits par la racine… Et même, alors, qui sait, je continuerai peut-être de rêver encore…

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Bref, je me suis relu et puis j’ai relu mes classiques et notamment ce Chant de Boileau que je n’avais plus « écouté » (en détail) depuis le secondaire… et j’ai compris. Que ce soit sur un air de tango, de valse ou de java (…des bombes atomiques), ce sont des choses qui arrivent : parfois les paroles ne sont pas à la hauteur de la musique. Alors, ce « repentir », comme disent les peintres : texte écrit trop vite sans doute, dans mon empressement à vous redonner des nouvelles après trois mois de silence et plein de petits mots doux, inquiets, reçus dans l’intervalle. Colère et confusion, aussi, suite au massacre des amis de Charlie… dont on n’arrive pas à se remettre.

 

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d’esprit que peu de jugement.

J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Dont acte. La prochaine fois je ne me piquerai point d’une folle vitesse et, sans perdre courage – tout comme l’équipe d’Alors… Chante ! – je remettrai vingt fois mon métier sur l’ouvrage... Boileau ? Ça m’va ! Vauvenargues ne voyait-il pas en lui quelqu’un « chez qui la raison n’était pas distincte du sentiment » ? De la politique et de la morale évoquées plus haut. Quand les deux font chorus, tout devient possible, y compris l’impossible rêve. Y compris la renaissance d’un festival qui semblait blessé à mort.

ConcertPS. C’est un essai : nous venons de changer la bannière de mon blog avec une photo prise sur une île lointaine du Pacifique visitée par Stevenson, Melville, Gauguin puis, trois quarts de siècle plus tard, par Jacques Brel… sur les traces duquel j’étais alors parti. Le but n’est pas de faire dépliant touristique mais d’inviter au voyage poétique, au rêve d’un monde meilleur, là où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, là où l’on aime à loisir… Qu’en pensez-vous ?

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 15:55
La plupart des tocards sont des crétins sectaires...


Ce soir à L’Olympia, samedi 17 janvier 2015, Guy Béart – qui n’avait plus chanté sur scène depuis Bobino 1999* et qui avait donné à Chorus, au printemps 2008, sa dernière (très) longue interview depuis cette année-là** – vient faire ses adieux définitifs en public. L’occasion de rappeler combien cet auteur-compositeur majeur (trop souvent oublié) de l’histoire de la chanson francophone (« les 3 B de la chanson française », disait toujours Jacques Canetti à propos de Brel, de Brassens et de Béart…) a toujours été en avance sur son temps, visionnaire voire… prophétique !
  

Scene-Beart.jpg  

L’occasion aussi de rappeler l’importance de la chanson vivante (celle qui abolit toutes les frontières) dans le contexte morbide que l’on sait, où les terroristes d’aujourd’hui, comme les fascistes franquistes d’antan, associent leur « Viva la muerte ! » à leur dieu de haine et de vengeance, quel que soit le nom qu’ils lui donnent. L’occasion de répéter que la chanson qui nous unit, nous lie, nous relie par un fil « entre nos cœurs passé », n’en appelle toujours qu’à la nécessaire fraternité… L’occasion enfin d’un plaidoyer pour l’entrée de la chanson française à l’école, dans les programmes officiels, qu’elle puisse y dispenser, pour le plaisir de tous (Y a d’la joie…), ses valeurs pacifiques d’ouverture, de tolérance et de rassemblement, dans la qualité qui la caractérise, sans autres limites dans l’humour, la parodie, la dérision, l’esprit rabelaisien, etc., que celles qui sont fixées par la loi de la République.
  

CharlieDelacroix.jpg

Le dernier album de Guy Béart, Le Meilleur des choses, remonte déjà à septembre 2010, il venait alors de fêter ses 80 ans (voir ici mon article de l’époque). Mais en 1986, dans son album Demain je recommence, il écrivait, composait et chantait déjà ceci, en invoquant un certain Jéhovah : 

Mon Dieu, confonds les religions,
Bureaucraties de ta croyance,
Qui ensanglantent nos régions
De leurs vengeances,
Ô Jéhovah !
 

Mon Dieu, garde-moi de ces fous
Qui t’invoquent en simulacre,
Qui font de toi le dieu des loups
Et des massacres,
Ô Jéhovah ! 
  

Guy Béart – Ô Jehovah
   

Chanson pour le moins éloquente au regard des tragiques événements que l’on sait, dont les dessinateurs de Charlie Hebdo ont été les premières victimes, car ils incarnaient la liberté d’expression par excellence, dans le strict respect des valeurs républicaines si odieuses aux yeux pervers, aux esprits dévoyés des fanatiques qui ne cherchent qu’à soumettre leurs voisins et d’abord leurs femmes par la force, l’intimidation et les armes. Merci aux amis de Tryo pour ce bel hommage en chanson (où l'on retrouve Charb, Cabu, Wolinski et Tignous exerçant leur métier d’amour et d’humour) :   

 

  

Des chansons sur les fanatiques et les crétins sectaires, on n’en a (hélas) que l’embarras du choix. Mais à tout seigneur tout honneur, place au Grand Chêne de la chanson française, j’ai nommé Georges Brassens. Celui-là même qui, un jour de l’an 1969, disait en rigolant à Guy Béart (anecdote confiée personnellement par ce dernier à votre serviteur) : « Il y a deux grands auteurs-compositeurs aux vingtième siècle : moi et Georges Brassens ! À part ça, il y a Guy Béart… » C’est Maxime Le Forestier (pour qui Cabu dessina la pochette de son album Saltimbanque en 1975, outre une bande dessinée en double page à l’intérieur du 33 tours) qui chante ici Quand les cons sont braves, car la Camarde ne laissa pas à son auteur le temps de l’enregistrer. Sa teneur, fort aimable quant à la connerie ambiante dont il ne s’exonère pas lui-même (« Quand les cons sont braves / Comme moi / Comme toi / Comme nous / Comme vous / Ce n’est pas très grave... »), ne fait pas dans la nuance quand le contexte l’exige : 

Par malheur sur terre
La plupart
Des tocards
Sont des gens
Très méchants,
Des crétins sectaires.
 

Ils s’agitent,
Ils s’excitent,
Ils s’emploient,
Ils déploient
Leur zèle à la ronde,
Ils emmerdent tout l’monde !
   

 

 

À propos de tocards, de crétins sectaires, il y a déjà quatre ou cinq ans l’un de mes amis m’a dit, l’air de rien : « Tiens, aujourd’hui je me suis fait traiter de “sale juif” dans la rue… » Vous imaginez (j’espère) ma stupéfaction, que dis-je, ma consternation ! D’abord et surtout parce que je n’aurais jamais cru possible dans le pays des Lumières et des Droits de l’Homme qu’un natif dudit pays pût insulter un de ses compatriotes au seul titre qu’il n’est pas de la même confession (alors que leurs lointains ancêtres étaient tous deux peu ou prou originaires de la même région du monde)… Ensuite, parce que je n’avais jamais seulement songé à penser... que mon ami (qui n’a jamais porté son origine confessionnelle en bandoulière) pût être juif, lui qui n’est même pas pratiquant. D’ailleurs, Juif ou Martien, musulman ou Vénusien, quelle importance pour un être humain digne de ce nom ?
  

mercredimanche 

En rapportant cette triste anecdote (qui n’en est plus une aujourd’hui, mais une réalité quotidienne, tant ces insultes-là sont devenues monnaie courante), je voulais simplement dire que l’antisémitisme est une « chris’ de sacrée hostie d’tabernac’ » (comme disent nos cousins québécois) de maladie qui gagne, puisque le moindre crétin de quidam sectaire savait visiblement que mon ami était juif… et moi pas, mon ami étant mon ami et rien d’autre de plus ni de moins, quelle que soit la couleur de sa peau ou la langue dans laquelle il s’exprime. Une façon aussi de rappeler l’Histoire, même si l’essentiel est d’aller encore et toujours de l’avant pour la bonne raison que l’on n’a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens... Pour ce faire, je convoque ici Luc Romann, disparu il y a tout juste un an, Français de France, et juif lui aussi mais citoyen du monde avant tout. 

C’est une longue histoire
Ton Livre, ta mémoire
Mais qu’as-tu fait des sources de ton sang ?
Les vois-tu se répandre
Dans le feu, dans la cendre ?
Se tarir sous les yeux de tes enfants ?
 

Tous les tambours de guerre résonnent en toi
Ils font trembler le monde
Les planètes à la ronde
Jusqu’aux étoiles, ils vont porter leur voix
 

La terre ouvre ses tombes
Devant tant d’hécatombes
Tu cherches des alouettes dans des miroirs
À quoi ça te sert, ta science et ton savoir ?  

 

      

Tirer les leçons de l’Histoire, c’est précisément ce qu’a fait Salvatore Adamo, Belge de parents italiens intégrés et fiers de l’être au Plat Pays qui les avait accueillis quand ils criaient famine au pays de leurs ancêtres ; c’est ce qu’il a fait en 1993 avec sa seconde et définitive version de cette chanson grandiose d’humanité et de fraternité : 

…Mais voici qu’après tant de haine
Fils d’Ismaël et fils d’Israël
Libèrent d'une main sereine
Une colombe dans le ciel
 

Inch’ Allah, Inch’ Allah, Inch’ Allah, Inch’ Allah 

Et par-dessus les barbelés
Le papillon vole vers la rose
Hier on l’aurait répudié
Mais aujourd’hui, enfin il ose
 

Requiem pour les millions d’âmes
De ces enfants, ces femmes, ces hommes
Tombés des deux côtés du drame
Assez de sang, Salam, Shalom…
 

Inch’ Allah, Inch’ Allah, Inch’ Allah, Inch’ Allah !  

 

  

Avec le temps, va, on pourrait penser que l’Homme s’améliore au fil de son expérience. Que nenni ! L’Histoire ? « J’étais pas né » ! L’éducation des parents ? Elle recule face au prosélytisme religieux et à l’endoctrinement rendu possible par les réseaux sociaux laissés sans contrôle. L’enseignement ? Il y a au moins quinze ans que les personnels enseignants souffrent et tirent la sonnette d’alarme… sans que personne ne les écoute. On voit le résultat. Alors ? En priant Dieu, Jéhovah, Allah (je me souviens des menaces de mort proférées à la fin des années 80 à l’encontre de Véronique Sanson « à cause de » sa chanson Allah, rien de nouveau sous le soleil...) ou les autres, qu’on finisse par atteindre un jour le fameux œcuménisme, que faire d’autre en attendant que de défendre mordicus, sinon l’athéisme ou l’agnosticisme (ça règlerait tout, d’un coup, si les religions n’existaient plus), en tout cas la laïcité. Voulez-vous que je vous dise ? Si j’étais Dieu, je ne croirais pas en moi !
  

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C’est dans ce but, celui de défendre les valeurs laïques et démocratiques de la République, que les sociétés de journalistes français ont publié le communiqué de presse ci-dessous. Je me fais un devoir de le partager ici en y associant tous les anciens collaborateurs de Paroles et Musique et de Chorus, n’oubliant pas que toutes ces valeurs d’indépendance et de liberté d’expression, contre le sectarisme et l’obscurantisme, nous les avons défendues nous aussi, plusieurs décennies durant, à travers l’illustration de la chanson vivante. En l’occurrence, on me permettra d’ajouter à ce communiqué un petit apport personnel, une citation (et une vidéo) de Jacques Brel qui, en 1977, posait déjà la bonne question… induisant la même réponse. Pourquoi ont-ils tué Charlie-Hebdo et les autres ? Ils l’ont fait pour les mêmes raisons globales, fascisantes et idéologiquement intéressées, que ceux qui ont tué Jaurès : 

Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l’ombre d’un souvenir
Le temps du souffle d’un soupir :
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?...  

 


 

« MÊME PAS PEUR » 

« En mémoire de nos confrères de Charlie-Hebdo et des victimes du terrorisme assassinées à Paris, Montrouge et porte de Vincennes, nous, journalistes de presse écrite, radio, télé et internet affirmons notre refus obstiné de céder à la violence et à l’intimidation.
« Leur combat nous oblige.
« Leur courage, face aux menaces de mort, nous impose de continuer à informer sans transiger, toujours indépendants de tous les pouvoirs.Meme-pas-peur
« Comme eux, osons dire, crier, scander : nous n'avons pas peur !
« Le rire est un rempart universel contre l’obscurantisme. La caricature des idées comme des croyances est une manière de faire vivre le pluralisme. Nous n’y renoncerons pas.
« Nous voulons réaffirmer le sens de notre métier pour faire reculer la propagande, la rumeur et les manipulations. Dans les jours, les mois et les années qui viennent, nous voulons porter haut notre exigence et notre responsabilité d'informer nos concitoyens.
 

« L'enjeu dépasse notre profession. Il en va de la démocratie, aujourd'hui rongée par le doute.
« La presse a besoin de liberté
« La liberté a besoin de la presse
« Défendons-les !
 

« “Le silence, c’est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs. Et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs.” (Tahar Djaout, journaliste et écrivain algérien assassiné par le FIS en 1993.) » 

(Premiers signataires : Société des journalistes de l’AEF, l’Agence France Presse, Alternatives économiques, Canal+, Courrier international, La Croix, Les Échos, Europe 1, L’Express, Le Figaro, France Bleu, France Info, France Inter, France Culture, L’Humanité, iTélé, Libération, Marianne, Mediapart, Le Monde, Le Mouv’, L’Obs, Le Parisien, Le Point, RFI, RTL, Rue 89, Télérama, TF1 et La Vie.)
  

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« Alors, dis et meurs », écrivait Tahar Djaout avant d’être assassiné par les obscurantistes de son pays. Sur le sujet, Georges Brassens, lui, avait sa petite idée sur la question en écrivant Mourir pour des idées, s’adressant aux « sectaires de tous poils » : 

Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tous poils en offrent des séquelles
Les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez
Et c’est la mort, la mort toujours recommencée...
Ô vous les boutefeux, ô vous, les bons apôtres,

Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres !
 

Mourons pour des idées, oui, mais de mort lente,
D’accord, mais de mort lente.  

 

 

 
Quelques années plus tard, Leny Escudero pensant à son père illettré, face aux franquistes désireux de maintenir le peuple dans l’ignorance, compléterait la chanson du Bon Georges à sa manière. Prenant apparemment son contrepied, avec ce titre, Vivre pour des idées, mais seulement en apparence :
 

Il était à Teruel et à Guadalajara
Madrid aussi le vit
Au fond du Guadarrama…
 

Il m´a serré fort contre lui :
« J´ai honte tu sais, mon petit,
Je me demandais, cette guerre,
Pour quelle raison j´irais la faire ?
Mais maintenant je puis le dire :
Pour que tu saches lire et écrire ! »
 

…Et, ajouterai-je aujourd’hui : et aussi DESSINER !  

 


 

Moralité ? C’est l’homme du jour, c’est Guy Béart qui nous l’apporte. Une histoire d’espérance folle, mais dont le rassemblement républicain du dimanche 11 janvier, après les massacres du 7 et des jours suivants, laisse augurer sa réalisation. Après le choc, indicible encore aujourd’hui, après le chagrin et les larmes, tous ces sourires réunis, par millions, du jamais vu en France depuis un siècle, tous ces cœurs battants… 

Si les larmes t’ont fait du bien,
Ce sourire est déjà le lien,
Avec les beaux jours qui viennent,
Reviennent.
 

C’est l’espérance folle
Qui carambole
Les tombes du temps.
Je vois dans chaque pierre,
Cette lumière

De nos cœurs battants…  

 

  

*Sauf lors d’un concert exceptionnel le 7 octobre 2005 à Montpellier dans le cadre du festival des « Internationales de la guitare ». **Si l’on excepte une interview donnée au Monde en 2003.

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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