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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 15:53

C’est une chanson qui nous rassemble…

 

« Attention les feuilles ! » ce sont bien sûr les feuilles d’automne qui tombent et se ramassent à la pelle, mais à Meythet (Haute-Savoie), la salle organisatrice de ce festival créé en 2001 ne s’appelle pas Rabelais pour rien : ici, les feuilles, c’est d’abord les esgourdes, ces disgracieux appendices sans lesquels la chanson resterait lettre morte, couchée sur le papier, veux-je dire. Au Rabelais et dans les 33 autres lieux qui font chorus pendant douze jours (du 8 au 19 octobre cette année), « on fait tout sérieusement… sans se prendre au sérieux » !

programme-Annecy-copie-1
La citation –
« c’est même notre credo », dit-il – est de Laurent Boissery, directeur-fondateur de ce festival pas comme les autres. Pourquoi ? Parce qu’il est le contraire du festival traditionnel, limité dans le temps et se tenant dans un lieu unique. « Attention les feuilles ! » est disséminé à travers l’agglomération d’Annecy, hébergé par toutes sortes de salles (« de la crèche à la maison de retraite, en passant par le lycée, les écoles de musique, les bibliothèques ou les médiathèques ») et offrant à son public – outre ses concerts, bien entendu, dans de belles salles – des animations, des expos, des rencontres autour de la chanson mais aussi du cinéma et de la littérature... « On ratisse large ! » sourit Laurent Boissery, bien connu dans la Fédération des Festivals francophones (créée en mai 2005 dans le cadre d’ « Alors… Chante ! »* à Montauban, à partir d’une charte édictant une vision culturelle et non mercantile de la diffusion de spectacles et qui regroupe une trentaine de festivals de chanson francophone sans distinction de taille ni de formule), pour être le pince sans rire de l’assemblée… Le plus écolo aussi, sans doute, des directeurs de festivals puisqu’il ne se déplace jamais sans son vélo… et les pinces ad hoc.
  

Laurent-Boissery.jpg 

Il faut dire que la ville d’Annecy (où les cyclistes sont rois !) montre une vision aussi réelle qu’idyllique de l’écologie, avec un environnement naturel préservé : son lac au pied de la chaîne des Aravis, sa montagne du Semnoz qui offre une vision panoramique à 360° de toute cette région magnifique, avec vue directe sur le mont Blanc et les Alpes… Pourquoi s’en priver ? « Attention les feuilles ! » chante aussi sur le lac, à bord de la Libellule, un luxueux bateau de croisière… Oui, ici on ratisse large, peut-être, mais avec le souci, toujours, d’être « un festival franco-responsable », histoire de signifier son engagement « dans la défense et la promotion de la langue française ». Dès 1980, le mensuel Paroles et Musique se faisait le porte-parole de la « chanson vivante » (par opposition à une certaine chanson de variété qui occupait alors le devant de la scène médiatique en occultant le reste, à savoir la quasi-totalité de l’iceberg chansonnier), aujourd’hui « Attention les feuilles ! » y ajoute l’ingrédient de la proximité en s’adressant avant tout au public régional qu’il a réussi à fidéliser.  

 Semnoz.jpg 

S’il est un festival qui mérite l’appellation de chanson (vivante) de proximité – pour faire un clin d’œil à Michel Trihoreau, « inventeur » du concept –, c’est bien celui-ci. Pour son public bien sûr mais aussi pour la qualité de sa relation avec les artistes qu’il accueille. Pas de frimeurs ici, mais des « chantauteurs » comme j’aime à les appeler, à hauteur d’homme. Ça n’est pourtant pas une raison de l’ignorer au plan national. Voici donc quelques rappels et impressions de sa quatorzième édition, dans l’espoir de vous inciter à découvrir ce festival (voire sa région) à l’occasion de la prochaine, en octobre 2015 – toujours durant les vacances de Toussaint. À le découvrir ou à vous y intéresser et à faire jouer le bouche à oreille… 

C’est le Rabelais, je l’ai dit, la belle salle de Meythet, à quelques encablures seulement d’Annecy, qui est l’épicentre du festival et fut son lieu d’origine, en 2001, avec seulement trois soirées. En 2014, « Attention les feuilles ! » était présent durant douze jours dans trente-quatre lieux répartis sur dix communes de l’agglomération (qui n’en compte que trois de plus) : Meythet, donc, Metz-Tessy, Seynod, Cran-Gevrier, Annecy, Annecy-le-Vieux, Poisy, Argonay, Pringy, Montagny-les-Lanches, outre la ville voisine de Rumilly où, bonheur, j’allais retrouver une vieille connaissance. Richard Desjardins !
  

Desjardins.jpg 

C’était le 18 octobre, après la première partie de l’Israélienne et citoyenne du monde (qui vit en France) Lior Shoov, véritable extraterrestre aussi de la chanson (en français, mais aussi en anglais, en arabe et en hébreu). Découverte du dernier « Alors… Chante ! » de Montauban, elle propose un « set », pas vraiment un concert, une performance plutôt où la danse et l’art du cirque se mêlent à la chanson, malgré son talent de multi-« instrumentiste » des plus étonnants : ukulélé, hang, tubes en plastique, harmonica, sanza, mignonnettes d’alcool, jouets, genoux percussifs, tambourin… Et à la fin, elle s’avoue très émue et heureuse d’avoir été invitée à se produire (avec l’assurance d’une vieille briscarde qui n’aurait pas perdu son âme d’enfant) « pour la première fois dans une grande salle » : le Quai des Arts, 500 places.
  

   

Desjardins seul à la guitare (pardon, « à sa guétard »), ce soir-là, c’est un peu Vissotsky lui aussi seul à la guitare, comme Atahualpa Yupanqui, c’est un peu Lluis Llach seul au piano. C’est un peu Ferré, c’est un peu Brel, c’est un peu Dylan… et c’est Richard Desjardins, né en 1948 au fin fond du Québec, en Abbittibbi, à 600 km au nord de Montréal. Vous ne connaissez pas le russe, ni le castillan, ni le catalan, ni l’anglais dylanien… ni le québécois fort personnel (et poétique) de Desjardins ? Peu importe, le grand frisson est là. On ressent des chansons puissantes, intelligentes, qui vous flanquent la chair de poule, sans qu’on arrive à en déterminer précisément l’origine : les textes, les musiques, la voix ? Un peu de tout ça bien sûr, mais entre les ingrédients qui vont le composer et le plat que l’on va déguster, dans une salle où le poète installe une atmosphère qui n’appartient qu’à lui, il y a ce miracle de la chanson que l’on n’explique pas, dont on sait seulement qu’il est le propre des tout-grands. 

 

 

 Flash-back vécu : fin des années 80, Festival d’été de Québec. Renaud et moi sommes invités à une émission en direct de Radio-Canada. C’est la charmante, passionnée (et aujourd’hui très regrettée) Chantal Jolis qui mène le débat. À un moment, en pleine émission, elle s’adresse à nous : « Quel spectacle avez-vous prévu de voir ce soir ? » Et devant la réponse évasive de Renaud et de votre serviteur (il y a tellement de concerts simultanés dans ce festival que j’ai plutôt, pour ma part, l’habitude de courir d’un site à l’autre, de grappiller ici et là des bouts de spectacles), Chantal d’ajouter : « Ne cherchez plus. Allez voir Richard Desjardins, je vous garantis que vous ne le regretterez pas ! »
  

 

     

Richard qui ? Aucun de nous deux ne le connaissait encore, mais nous suivîmes le conseil… et fûmes subjugués par cette découverte, dans une salle (le bar d’Auteuil) où le public québécois s’esclaffait aux digressions de l’artiste et l’applaudissait à tout rompre. Et nous, ne comprenant pas la moitié des paroles (quel accent, ce Desjardins, surtout à l’époque !) ni les références sociopolitiques dont il truffait sa prestation, de rester malgré tout littéralement scotchés ! Stupéfaits par tant de talent. Sur le moment, je me souviens d’avoir pensé à un mix de Ferré et de Dylan…
   

 

Après le spectacle (et avant de faire la connaissance du chanteur), Renaud, son frère Thierry (pareillement touché) et moi-même nous transformâmes en conjurés : comment un artiste pareil (40 ans à l’époque) pouvait-il être encore inconnu en France ?! To-ta-le-ment inconnu ! Au Québec, il est vrai, il venait seulement de sortir son deuxième album (et encore, par souscription !), Les Derniers Humains (…sept ans après le premier, autoproduit). Nous décidâmes donc ce soir-là d’appeler chacun de notre côté, une fois rentrés en France, nos principales connaissances professionnelles pour tenter de faire découvrir Desjardins dans l’Hexagone. Ainsi fut fait. Résultat des courses : diffusion de ses chansons dans l’émission de Jean-Louis Foulquier sur France Inter, premier passage aux Francofolies de La Rochelle en 1991 puis à Paris, au Théâtre de la Ville, en 1992. La même année, Richard figurait en « Rencontre » d’ouverture du tout premier numéro de Chorus, aux côtés de Léo Ferré et de Nilda Fernandez.
  

 

À ce jour, le sujet le plus important qui lui ait été consacré dans la presse européenne reste sa « chorusgraphie » du printemps 2005 (« Un homme debout », Chorus n° 51, 24 pages, 36 photos, bio, entretien, témoignages, repères, discographie…). Et L’Existoire, son douzième et dernier album (pour le moment), a reçu en 2012 le « Félix » (l’équivalent québécois d’une Victoire de la musique) de l’album de l’année.
  

Blond-Blond-Blond.jpg

Desjardins, c’était l’événement d’« Attention les feuilles ! » 2014. Son coup de cœur et sa révélation, de façon assez unanime, a été un trio humoristique, Blond & Blond & Blond dont je ne saurais raconter la prestation sans risquer de déflorer bien des choses… ce qui serait dommage. Alors, si vous ne les connaissez pas encore, il est temps pour vous de faire l’expérience du syndrome de Stockholm ! Comme l’indique leur bio, To, Mar et Glar, qui sont frère et sœurs, nous viennent en effet de Suède... « Après avoir conquis leur pays d’origine, les voici débarquant en terre gauloise. Ils ont juré sur le catalogue Ikea que tout ce qu’ils joueront sera retenu par votre attention. Et ils tiennent parole, foi d’élan ! Les Blond & Blond & Blond ont pris nos classiques en otage » : leur spectacle s’intitule Hømåj à la chonson française
  

 

À dire vrai, je n’ai pas suivi l’ensemble de l’édition, étant moi-même invité dans le cadre du festival à présenter, à la bibliothèque de Poisy, ma conférence sur la Fabuleuse Histoire du Grand Jacques aux Marquises. Excellent accueil des responsables du lieu, public en empathie avec le sujet (dont certains, m’ont-ils dit à la fin, ont eu la chance d’assister soit au spectacle exceptionnel de Jacques Brel en soutien à Pierre Mendès-France : c’était durant la campagne législative de 1967, le 23 février à Grenoble, soit à sa toute dernière, à Roubaix, le 16 mai 1967)… et spectateurs venus de toute la région, y compris de Genève. Merci à Laurent Boissery qui était là pour ouvrir les hostilités (toutes relatives), malgré son obligation d’être partout à la fois sur le festival, merci aux charmantes personnes dirigeant la bibliothèque, et merci à tous ceux qui m’ont fait l’amitié de se déplacer spécialement… et d’en redemander à la fin, avec une batterie de questions.
  

Fred-conf.jpg 

Pour mémoire, l’affiche de cette quatorzième édition avait de quoi satisfaire les plus exigeants des amateurs de chanson vivante, un qualificatif que Laurent Boissery et les siens revendiquent haut et fort. Avec trois permanents seulement – ceux du Rabelais de Meythet, qui assure une belle programmation tout au long de l’année – et sept professionnels intermittents, « Attention les feuilles ! » 2014 a ouvert grandes ses portes (et ses esgourdes) à Véronique Pestel, Jeanne Garraud, Clément Bertrand, Boule, Chouf, Kosh, Karimouche, La Vraie Nonique, Courir les Rues et sa Band’, Léonid, Noga & Patrick Bebey, Vérone, Florent Marchet, Sirius Plan (voir vidéo ci-dessous ; avec un concert d’une heure et demie sur le lac d’Annecy, à bord du bateau de croisière la Libellule, à la nuit tombée : « Un véritable régal ! » selon Laurent Boissery), GMD Orchestra, Loraine Félix, Simon Autain, Laurent Berger, Strange Enquête, Gaële, Alexandra Hernandez & Jonathan Mathis, les Tit’ Nassels, Moran, Thomas Pitiot, les Hay Babies (trois jeunes femmes du Nouveau-Brunswick qui s’emploient à régéréner la musique folk acadienne avec des chansons parsemées de mots anciens mais d’images et de situations bien actuelles)... Et puis des troupes, comme la Compagnie La Gueudaine ou encore la Compagnie Rêves et chansons qui a présenté trois spectacles différents pour le jeune public.
 

 

Un festival pas comme les autres, disais-je et c’est bien ça qui séduit à coup sûr : la spécificité, l’originalité, trop de festivals ou labellisés comme tels n’étant que d’interchangeables organismes de diffusion de spectacles identiques, je veux dire qui se contentent d’exposer les artistes du moment « vendus » partout par les tourneurs, sans ligne éditoriale affichée ni souci d’imprimer leur empreinte. « Attention les feuilles ! », pour vous dire qu’on n’y fait pas les choses comme ailleurs, a lancé son édition à 0 heure le 8 octobre (à minuit donc !) par… une conférence sur « le rôle de la musique dans la qualité du sommeil », donnée par le docteur Toufik Didi, pneumologue et spécialiste du sommeil au Centre hospitalier Annecy/Genevois (commune de Metz-Tessy). Et ça n’est qu’à l’issue de celle-ci que les… insomniaques ont pu assister au concert d’ouverture du Normand Boule qui n’a besoin de personne pour se singulariser.
  

 

Pour le reste, je signalerai encore une rencontre de Clément Bertrand autour du métier de chanteur avec les élèves de l’École de musique de Poisy et ceux du Lycée Baudelaire de Cran-Gevrier ; celle de Véronique Pestel à la Médiathèque de la Turbine (Cran-Gevrier) autour de son « Cahier d’apprendre » (trois cahiers en fait : deux sont des notes de tournée, notamment à travers les pays de l’Est, le troisième est la restitution, sous forme de poèmes, d’un travail préalable mené à Annecy avec le percussionniste Laurent Kraif) ; une bourse aux disques à Meythet ; ou encore cette rencontre littéraire et musicale (un petit événement en soi !) avec l’excellentissime David McNeil, qu’Alain Souchon entre autres considère (à juste titre) comme l’un des plus grands auteurs de la chanson française contemporaine.
  

 

C’était le 14 octobre en fin d’après-midi au Bistrot des Tilleuls à Annecy et c’est génial quand la chanson envahit ainsi les lieux de vie les plus divers, d’autant qu’un buffet littéraire, en compagnie de l’artiste, suivait cette rencontre. On y a parlé de sa carrière, de son nouvel album, Un lézard en septembre (le précédent en studio, Seul dans mon coin, datait de 1991 !), de ses livres évidemment (une dizaine de romans et ouvrages autobiographiques), de ses contes pour enfants, scénarios et pièces de théatre… et on y a chanté quelques-unes de ses chansons (comme Hollywood, dont Yves Montand fit un succès), puisque David avait eu la bonne idée de venir avec quelques musiciens...
 

 

Voilà, c’est tout ça, « Attention les feuilles ! ». Pour l’apprécier à sa juste mesure, il convient de bien ouvrir ses mirettes et de laisser ses esgourdes s’emplir tout doux tout doucement de petits bonheurs inconnus des rouleaux compresseurs médiatiques. Ici, les « feuilles », qui ne croulent pas sous les décibels ni les larsens, ne se ramassent pas à la pelle : elles y accueillent de la chanson écologique de proximité. De la chanson qui (nous) rassemble. C’est du vivant, du vécu, de l’oxygène en musique et, nom d’une pipe, ça donne diantrement envie d’en reprendre une bouffée !

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Contact « Attention les feuilles ! » : Laurent Boissery, Salle de spectacles Le Rabelais, 21 route de Frangy, 74960 Meythet (tél. : 04 50 24 49 10 ; e-mail : rabelais@agglo-annecy.fr; site du Rabelais ; site du festival).

*DERNIÈRE HEURE (voir sujet précédent) : une pétition est désormais en ligne, que tout un chacun peut signer ICI… si ça lui chante. Son intitulé ? « Pour que vive la chanson, je défends le festival Alors… Chante ! » Lequel, parmi les options envisagées par son équipe dirigeante et de bénévoles, ne rejette pas la possibilité d’une délocalisation… 


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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 12:13

Y en a marre !

 

Certains d’entre nous étaient dans la confidence : on savait que la municipalité de Montauban était de moins en moins en phase (comme dirait mon amie Litote) avec les valeurs de découverte et de diversité, de défense de la francophonie aussi, prônées par le festival Alors… Chante ! Ce que l’on ignorait, c’est qu’elle avait déjà décidé de lui supprimer brutalement et sans appel sa subvention pourtant vitale. Sans appel… et sans tenir compte, c’est un comble, des importantes retombées économiques engendrées chaque année par le festival durant la semaine de l’Ascension. Cela signifie une mise à mort immédiate de celui-ci, à l’aube, qui plus est, de sa trentième édition…
  

 

Chronique d’une mort annoncée ? C’est à voir, car la résistance s’organise. Dans l’après-midi du vendredi 7 novembre, tout s’est précipité. Au communiqué de presse de la municipalité de Montauban annonçant la fin irréversible de son soutien à Alors… Chante ! (imagine-t-on les villes de Bourges, de La Rochelle ou d’Avignon, par exemple, se tirer une balle dans le pied en refusant de soutenir les festivals qui les popularisent et les enrichissent ?!), l’équipe du festival a répondu par un autre communiqué (voir plus bas) remettant les pendules à l’heure. 
  

 

Particulièrement touché par cette attaque contre un événement culturel menant depuis trente ans un inlassable travail de fond (certes trop souvent invisible aux yeux et aux oreilles des « grands » médias comme des politiciens à courte vue, mais indispensable à la vie de la filière musicale), je mets d’autant plus volontiers en ligne ledit communiqué de presse que j’ai l’impression de vivre, même de loin aujourd’hui (n’ayant aucun lien autre qu’affectif avec ce festival), un bis repetita… Ces gens-là (ohé ! Grand Jacques, ton épée, ton armure !) ne savent donc procéder qu’en vous portant des coups de poignard dans le dos. Qu’en vous plaçant devant le fait accompli ! « Pauvre monde, insupportable monde / C’en est trop, tu es tombé trop bas / Tu es trop gris, tu es trop laid / Abominable monde… » On comprendra aisément, je pense, que je fasse (et incite à faire) chorus sans réserve... et sans délai. 
  

JO_final2010.jpg

La seule façon, peut-être, de sauver Alors... Chante ! consiste – du moins dans un premier temps – en une mobilisation générale de ses festivaliers, du monde professionnel (éditeurs, agents, tourneurs, etc.) pour lequel sa disparition serait une catastrophe, mais surtout des artistes qu’il a accompagnés au long de trois décennies. Je ne citerai pas de noms ici, mais j’y pense très fort !!! D’ailleurs je suis certain que Léo Ferré, Allain Leprest, Georges Moustaki et autre Claude NougaroLeprest-Jamait-Nilda-copie-1 (pour ne citer que ces quatre-là aujourd’hui si regrettés) pousseraient plus qu’un cri d’indignation, ils entreraient en révolte et le feraient savoir haut et fort ! N’attendez pas, amis de la chanson : prenez votre plus belle plume et, avant toute chose, commencez par exprimer votre soutien à l’équipe organisatrice du festival, à ses bénévoles, à son président Roland Terrancle et à son directeur-fondateur Jo Masure. Il faut d’abord se compter, on verra pour la suite. L’e-mail à utiliser est indiqué au bas du communiqué de presse. 

Chanter, c’est lancer des balles pour que quelqu’un les attrape, des ballons d’hélium pour faire monter les hommes… Alors, ami(e) de la chanson, tu sais quoi faire pour enrayer ce nivellement systématique par le bas. Au moins et ce sera déjà ça, en l’occurrence, pour que continue de vivre Alors... Chante ! Alors… vise juste et bien… et lance tes balles pour qu’elles fassent mouche. 
  

 

    Communiqué de presse

Montauban-communique

Faisant chorus avec Alain Souchon, je parlais plus haut de balles à lancer en chœur et à rattraper en plein vol pour espérer un sauvetage d’Alors… Chante ! Sans cela, on sera réduit à laisser faire encore une fois ceux pour qui la célèbre citation (quoique probablement apocryphe) « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver » reste d’actualité ; réduit à parler de vol arrêté, comme disait Vladimir Vissotsky, l’un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de l’histoire de la chanson mondiale. De vol arrêté ou de fin du bal. Car, comme le chantait ce merveilleux poète, les assassins de la culture populaire ne s’en prennent jamais au balles (celles qui tuent) mais les utilisent toujours pour abattre les oiseaux qui chantent : « C’est les oiseaux, jamais les balles, qu’on arrête en plein vol… »
  

 

DERNIÈRE HEURE : une pétition est désormais en ligne, que tout un chacun peut signer  ICI… si ça lui chante. Son intitulé ? « Pour que vive la chanson, je défends le festival Alors… Chante ! » Lequel, parmi les options envisagées par son équipe dirigeante et de bénévoles, ne rejette pas la possibilité d’une délocalisation…

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NB. Pour rappel, voici les différents sujets, en paroles, en musiques et en images, consacrés ici, depuis la création de ce blog, au festival Alors… Chante !
 2010 : 
L’Âme des poètes – Alors… Chante ! 25e, Supplément d’âme – Supplément d’âme (suite)  Supplément d’âme (fin)
 2011 : L’Ascension de la chanson
 2012 : Je chanterai, tu chanteras, il ou elle chantera… – Montauban, le dernier des Mohicans… en français dans le texte – En français dans le texte (2) : Boby, Wally, Camille, Tiou, Liz et les autres – En français dans le texte (3) : Sorcières, je vous aime – En français dans le texte (fin) : Des Bravos (à la relève) et un coup de chapeau (à Leprest)
 2013 : Les Enfants de Léo : pour le vingtième anniversaire de la disparition du Vieux Lion – Léo, Allain… et les autres – Alexis, Amélie, Barcella… et les autres
 2014 : Chanteurs sachant chanter : Les « Découvertes » au cœur… d’Alors Chante – Vivre debout.

 

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 14:54

Rencontres Marc-Robine, dixième...


Il y a les festivals qui jouent correctement leur rôle de diffusion d’une chanson intergénérationnelle et de promotion des talents émergents, et puis il y a les festivals qui surfent seulement sur la vague de l’air du temps et du succès éphémère (mais aussitôt rentable) ; il y a les festivals grand public à œillères qui occultent presque totalement la chanson de proximité, comme dirait Michel Trihoreau, celle qui pourtant constitue l’essentiel de notre création, et puis il y a les festivals sourds et aveugles à tout ce qui ne ressort pas d’un genre donné dans lequel ils s’enferment et se sclérosent. Et puis, il y a les festivals qui ouvrent des portes, dans la fraternité artistique et le partage convivial. Parmi ceux-ci – comment aurait-il pu en être autrement sans usurper leur appellation ? –, les « Rencontres Marc-Robine » qui célébraient déjà pour la dixième fois, du 16 au 19 juillet, la mémoire de notre ami… 
  

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Blanzat (département du Puy-de-Dôme, région Auvergne), 3400 habitants seulement… mais une commune mue d’une belle volonté politique qui lui a permis de se doter d’infrastructures culturelles que nombre de villes moyennes lui envieraient : un complexe ouvert aux spectacles, expositions et conférences, la salle Muscade, et un grand bâtiment avec étage, la médiathèque (d’agglomération) Aimé-Césaire, qui, ouverte en 2013, s’associait pour la première fois aux Rencontres Marc-Robine, organisées par l’association « On connaît la chanson ». J’ai d’ailleurs eu le plaisir d’être le tout premier à inaugurer cette collaboration avec ma conférence sur la fabuleuse histoire du Grand Jacques aux Marquises. Et – le croirez-vous ? – la salle était comble, il a fallu rajouter au dernier moment plusieurs rangées de chaises…
  

Mediatheque.jpg

 
L’Auvergne et la chanson, c’est toute une histoire que nous vous avons régulièrement contée dans la revue
Chorus au long des années 90 et 2000. Blanzat, donc, avec son association et ses actions permanentes de diffusion, de promotion et d’accompagnement de la chanson dans les différents départements de la région (notamment, depuis 2004, avec ses « Rencontres Marc-Robine », nées à St-Bonnet-près-Riom). Et puis Cébazat, tout à côté, avec le Sémaphore, une grande salle conventionnée, sa saison culturelle et son festival « Sémaphore en chanson » (la prochaine édition, quatorzième du nom, s’y déroulera du 7 au 14 novembre). Enfin, à Clermont-Ferrand, les « Rencontres de la chanson française » dues au tenace et passionné Claude Mercier qui ont permis, durant un bon quart de siècle, de mettre en évidence l’essentiel de la relève française voire francophone. Puys-de-Dome.jpgSans oublier, à Cournon d’Auvergne, la Baie des singes, le « petit haut lieu » de l’humoriste Chraz dédié aux one-man-shows et à la chanson. Bref, terreau particulièrement fertile (voire volcanique) pour la chanson vivante que cette vallée de la Limagne, surplombée par la chaîne des puys, avec le Puy-de-Dôme en point d’orgue. 

Les Rencontres Marc-Robine ? Elles sont nées de l’admiration que lui professait Alain Vannaire, l’âme et la cheville ouvrière d’« On connaît la chanson », et des liens qui s’étaient tissés entre lui et Marc lors de venues de celui-ci dans son festival. Pour leur dixième édition, ma présence avait été requise pour parler de celui qui nous accompagna vingt-trois ans durant, dans l’amitié et le travail étroitement mêlés. Une première pour moi, que de retracer ainsi, en public, pendant près de deux heures (avec ma chère et tendre aux manettes, pour illustrer le tout en son et lumière sur grand écran), la vie et l’œuvre de celui qui se définissait comme « un colporteur de chansons ». Moment d’émotion intense, forcément, et de partage (visiblement) nécessaire. « …Et nous savons tous, à ce moment précis – écrit Claude Fèvre sur le site « NosEnchanteurs » qui a couvert la manifestation – que nous vivons à l’écouter un moment rare. »
  

Robine-Hidalgo.jpg 

C’était en début d’après-midi dans la grande salle d’expositions de La Muscade, où Radio Arverne ouvrait ensuite ses micros aux Rencontres, chaque jour de 17h à 19h, en particulier aux artistes à l’affiche ou seulement de passage qui venaient en outre chanter une chanson ou deux en public ; comme Rémo Gary, qu’on écoute toujours avec bonheur, ou Coline Malice, la régionale de l’étape. Le lendemain, même heure, même chaleur (au propre et au figuré)Vannaire mais à la Médiathèque cette fois, c’est de Brel l’aventurier magnifique que j’allais parler. Comme un « bonus » à la plus belle et sensible biographie qui lui ait été consacrée… par Marc Robine. Tout se tient, tout s’enchaîne comme je l’ai montré lors de cette causerie (une synthèse, en fait, de ma conférence)… et tout continue, car Jacques Brel reste vivant auprès de ses amis des Marquises (qui sont désormais les miens). 

C’est à la Muscade que tout le monde se donne rendez-vous dans la matinée. C’est au restau du festival (la cantine de l’école maternelle) que festivaliers, artistes et organisateurs se retrouvent pour papoter en liberté. C’est aux conférences qu’on accourt (le lendemain de mon départ, hélas obligé, Jacques Bertin présentait la sienne sur Félix Leclerc dont on célèbrera le 2 août le centenaire de la naissance). C’est à la salle d’expos qu’on assiste ou participe aux deux heures quotidiennes de radio en direct, coanimées par Alain Vannaire, qu’on découvre une belle exposition (de Serge Féchet et Jacqueline Girodet) sur « les paysages de Jacques Bertin », une autre sur les dix ans des Rencontres (photos d’André Hébrard)Livres-copie-1.jpg ou qu’on fouille dans les bacs de disques vinyles et CD, de livres et de revues aussi, à la recherche de petits bonheurs (tirés de la collection de Jean-Yves Coissard : troc à volonté !). 

C’est ici aussi qu’on se rencontre, qu’on se retrouve, qu’on se reconnaît. Entre « usagers » d’Internet et familiers de « Si ça vous chante » (ou de « La maison de la chanson vivante ») comme les passionnées Martine F. ou Danièle S. Entre anciens « toujours orphelins » de Paroles et Musique et/ou de Chorus, comme Gérard S. Disques.jpg(qui organisa le dernier concert de Francis Lemarque) ou Serge J., président d’une association de chanson située en Lorraine. Plein d’autres comme Arturo González Martín, ami des poètes de la chanson et poète lui-même, venu spécialement de la région de Madrid (et auteur d’un superbe pregón* sur la manifestation, ci-dessous en post-scriptum pour l’introduction et en castillan dans le texte pour la partie qui me concerne… que je ne résiste pas au plaisir de reprendre, sans aller jusqu’à oser la traduire), ou Christian Landrain, venu lui d’Ivry, du Picardie plus précisément dont les murs restent imprégnés du souvenir d’Allain Leprest… Banderolledont les Rencontres Marc-Robine accueillirent l’ultime récital, un soir d’été 2011. 

À Blanzat, où tout se fait à pied, on est du matin au soir comme immergés dans un bain, de chansons bien sûr mais aussi et surtout de fraternité et d’ouverture. Et resurgissent spontanément en moi les vers de Jean Vasca : « Un jour la vie sera comme une main ouverte… », « Fraternité à la fenêtre… », « J’ouvre des portes… », « Amis soyez toujours… » Ici, on incarne la chanson telle qu’on l’aime, c’est-à-dire attisant la curiosité et le dialogue, jouant le rôle de trait d’union, rassemblant les énergies éparpillées, tissant du lien social et jetant des passerelles entre les êtres et les situations. 
       

 

Pour ce qui est de lancer des ponts, le Grenoblois Laurent Berger est un orfèvre en la matière. Aussi imposant à la scène par le physique que réservé à la ville, ce grand gaillard tricote l’écriture et la musique de ses chansons (accompagné par la délicate et virtuose Nathalie Fortin au piano) comme un artisan amoureux de son métier. En provenance directe du pont (et du festival !) d’Avignon, Laurent Berger allait d’emblée nous entraîner sous d’autres ponts, ceux de Paris d’où l’on finit par s’élancer, sans un rond mais pour de bon, « dans son dernier voyage / de ce bateau sans voiles / vers son ultime étoile » :

Car si j’ai de la veine
Si les vents me comprennent
Je veux que mon radeau
Ma galère, mon berceau
Tout chargé de mes doutes
Sache trouver sa route
Où l’amour vaut encore
Un peu plus cher que l’or…
Et qu’il s’immobilise
Enfin aux Marquises. »
       

 

 
Me revient alors en mémoire ce que Marc Robine, justement, écrivait à son sujet (dans le n° 37 de
Chorus) en 2001 : « Écriture remarquable, accompagnement musical limpide et intelligent, jeu de guitare assuré et voix d’une subtile sensualité métallique. Prenons date : funambule sur le fil incertain qui va de Brel à Leprest en passant par Dimey, ce type ira loin. Ou alors les amateurs de chanson n’ont plus que des curiosités frileuses… » Pas un mot à changer treize ans plus tard ! Sauf bien sûr à s’inquiéter sur ce qui pousse le grand public et surtout les grands médias (faute d’une véritable mission de service public) à ignorer systématiquement de tels artistes. 

Plein chant dans l’esprit et la forme (superbe voix, profonde et chaude), chanson de haute tenue et cependant à hauteur d’homme (un alliage d’autant plus beau qu’il est rare). Famille Brel, Leprest, Dimey, c’est sûr, Vasca, Bertin et Bruno Ruiz aussi, mais sans ostentation. Tout juste une référence soudaine, un clin d’œil pour initiés. Ainsi, le Grand Jacques qui avait « mal aux autres » et professait toujours la nécessité d’« aller voir », aurait-il été heureux de constater que les graines d’avenir et d’altruisme qu’il avait semées ne l’ont pas été en vain : « Aller voir / Juste en bas de chez soi / Il suffit d’une fois / Pour que son regard change / Aller voir / Sur le trottoir d’en face / Là où la vie se passe / Et se fait plus étrange… »
  

Bobin.jpg 

C’est dans un véritable écrin qu’on se presse au concert – deux récitals par soir ; une salle en gradins de 200 places, à l’acoustique parfaite. Ici, la tradition l’oblige, un projecteur braqué dans le noir sur un portrait dessiné de Marc Robine au-dessus de la scène (avec, en légende, cette citation de La Peur et la Fatigue, tirée de son album L’Errance : « On m’avait prévenu qu’il y aurait toujours un morceau de chemin que je ne ferais pas »), on commence chaque soirée par une de ses chansons enregistrées. Les Terre-Neuvas, Les Aventuriers
  

Marc Robine – La peur et la Fatigue
   

À l’entracte et à la fin, on se retrouve pour échanger. Les avis, même concordants, ne sont jamais définitifs ; même dans la discordance, ils restent ouverts à la discussion. Comme avec le Québécois Moran, qui développe un univers intime sur fond de batterie et de riffs de guitares. Comme avec le groupe Musiques à ouïr dans un spectacle concept autour du répertoire de… Brigitte Fontaine : des chansons déjantées, un groupe qui ne craint pas d’aller encore plus loin, cela peut surprendre. Pour ma part, j’ai adoré ! Mené par le « percuteur »-arrangeur Denis Charolles, Musiques à ouïr (ex-Étrangers familiers qui revisitèrent naguère, avec Éric Lareine, les chansons de Brassens) c’est aujourd’hui un collectif de cinq musiciens multi-instrumentistes de haut vol (harpe, cuivres, batterie, claviers et cordes), dont trois au chant en complément de ou en alternance avec Oriane Lacaille (la fille de René, oui) et… Loïc Lantoine.

  

Musiques-a-ouir.jpg 
Cela commence de façon très classique avec
Cet enfant que je t’avais fait  (Higelin-Fontaine), sur les notes cristallines de la harpiste, et puis ça dérape dans la provocation et l’humour absurde. Quelle jubilation ! Pensez : Conne, Le Nougat, Brigitte, La Symphonie pastorale, La Viande, Kékéland… avec un sommet himalayesque au centre du motif : Lantoineun dialogue joué-chanté entre Areski et Fontaine, autrement dit Aurélie (la harpiste) et Loïc (car lui fait la fille et elle le garçon…). L’Incendie ! Un morceau d’anthologie, entre impassibilité (la description quasi-scientifique de la catastrophe en cours) et inquiétude (avec un Loïc Lantoine grandiose, masquant ses craintes au départ, l’air détaché, pour finir totalement frénétique) devant le désastre grandissant jusqu’à la chute finale de l’immeuble en flammes, après une explosion de gaz. Dix bonnes minutes de fou rire irrésistible, la salle écroulée, hurlant et pleurant de rire, n’en pouvant plus devant les mimiques et la gestuelle de Lantoine, dansant sur lui-même comme un Leprest mâtiné du meilleur Bourvil. Cocktail détonant ! Colossal. Grand moment. 

Pour Loïc Lantoine, ce spectacle n’est pourtant qu’« une parenthèse, en forme de récréation ». Alors ne le manquez pas s’il vient à passer près de chez vous et que « la » Fontaine revue et corrigée vous incite à l’ouïr plutôt qu’à la fuir. Mais souvenez-vous, de toute façon, que Loïc Lantoine, le spécialiste de « la chanson non chantée » (voir « Alors... chante ! 2 » vers la fin du sujet), est l’un de nos meilleurs auteurs francophones. Et quelle présence ! Quel charisme ! Quand Lantoine paraît, le public, aux anges, est captivé. 

Un mot encore, car je n’étais pas parti pour un compte rendu, d’autant plus que j’ai manqué les  prestations notamment de Kent, de Michel Bühler et de Jacques Bertin (avec ses propres chansons mais aussi dans une création autour du répertoire de Jacques Douai, disparu il y a dix ans), pour évoquer un des talents les plus prometteurs (et déjà bien connus) de la relève, j’ai nommé Frédéric Bobin
          

  

À la guitare, avec l’excellent Mikaël Cointepas à la contrebasse, il nous enveloppe de chansons tendres sans faire l’impasse, à travers des cas d’espèce, sur les préoccupations sociales et la dérive sociétale. Les textes sont écrits en symbiose avec son frère aîné, ses musiques font la part belle aux mélodies, la voix est chaleureuse et l’homme aussi attachant à la ville qu’à la scène. Que demander de plus ? Une distinction ? C’est fait : l’an dernier il a été lauréat du premier Prix Marc-Robine. Sûr que celui-ci aurait été particulièrement fier de voir son nom associé aux chansons de Frédéric Bobin. Reste maintenant à espérer que l’artiste saura creuser son sillon jusqu’à toucher l’ensemble du public qu’il mérite.  

 

  

Amis soyez toujours, chante Jean Vasca. À Blanzat, même sans se connaître forcément, on se sent déjà amis, en tout cas de totale connivence. D’ailleurs, on y rencontre ou retrouve aussi des artistes venus pour le plaisir : Dominique Cista (album Portes éphémères), Marc Gicquel (album Reggianissimo), Coline Malice (nouvel album Les Nouveaux Riches), Gérard Mayen (double album Encore Intime-idée), Jean-Michel Piton (album Le cœur se sert de tout…). D’autres sans doute que je n’ai pas reconnus ou qui ne se sont pas présentés à moi.
  

Remo-gary.jpg 

Et puis Rémo Gary bien sûr, venu à Blanzat cette fois pour diriger avec Frédéric Bobin la chorale des spectateurs (« Chanter sur un volcan »), et qui s’interroge de plus en plus – au point de douter du pouvoir de la chanson – non seulement sur l’adéquation, parfois déficiente on le sait, entre l’homme et l’œuvre, mais surtout sur l’osmose ressentie par un certain public avec certaines idées chantées… sans entraîner pour autant quelque retombée positive que ce soit sur la marche du monde. Il en a d’ailleurs fait une chanson, paroles et musique, sur son nouvel album, Idées reçues
         
 

  

Une chanson – interprétée en direct à Radio Arverne, seul à la guitare – qui résume cette question de la plus simple et belle des façons : en énumérant, en guise de couplets, les membres d’un panthéon à faire figurer au fronton de toutes les écoles (républicaines) de France (et d’ailleurs, car on y retrouve aussi bien Machado que Van Gogh, Neruda que George Orwell, etc.), avec ce refrain aussi sobre qu’éloquent : « On devrait être / Ce que ceux-là / Voulaient pour nous / On devrait être / Ce que ceux-là / Voulaient pour nous. » Paroles et musique : Rémo Gary. À la guitare Frédéric Bobin, à la contrebasse Mikaël Cointepas, au piano Joël Clément. Et aux chœurs, je l’espère : tous les fidèles de Paroles et Musique puis de Chorus – déraciné sans préavis comme de la mauvaise herbe il y a cinq ans, jour pour jour, au moment où j’écris ces lignes –, et désormais de « Si ça vous chante ». 

Amis soyez toujours ces veilleuses qui tremblent
Cette fièvre dans l'air comme une onde passant
Laissez fumer longtemps la cendre des paroles
Ne verrouillez jamais la vie à double tour…

 

* « PREGÓN PARA 10 AÑOS DE MÚSICA SOBRE UN VOLCÁN LLAMADO MARC ROBINE »

(Qu’est-ce qu’un pregón ? Pensez à un marché où l’on vend de tout, du neuf et du vieux, et où les vendeurs présentent leur marchandise à tue-tête… Le pregón est devenu aussi un genre littéraire qui se pratique lors des fêtes populaires et qui a été repris par des poètes comme Rafael Alberti, Gloria Fuertes, etc.) 

« Manifeste pour 10 ans de musique sur un volcan nommé Marc Robine »
(par Arturo González Martín)

« Entrez, messieurs, mesdames, entrez ! Entrez, vous tous, chers mammifères, dans ce haut lieu de rencontre autour de Marc Robine, notre père à tous pendant bien des années, et passé au rang de fils de “On connaît la chanson”. Entrez, entrez dans ce marché cordial où l’on vend les meilleurs produits du monde, et où l’on vous en offre d’autres venus de planètes à venir…

Je vous vends les quatre vents,
L’air de la liberté,
Le cyclone de l’imagination,
Les zéphyrs de la joie,
Les alizés de l’espérance et de la paix.

Entrez, et achetez mes grimpeurs bénévoles qui escaladent pas à pas les sommets de la vérité blessée par la foudre de toutes les guerres…

« VENDO Hidalgos, con sus profundas y precisas historias sobre Jacques Brel y sobre los cantos y cantantes de casi todo el mundo, en alas de libros, revistas y encuentros horizontales… VENDO palabras vestidas de fiesta y pasión… VENDO Hidalgos con lujos de Altamira, escuchador de músicas nacidas en mil y un puertos de Francia, novelas con guitarra… ¡Canta, Hidalgo, canta! ¿ Dónde canta Hidalgo? ¿Cuándo canta? Su voz ilumina las costas de la Africa oscura, de la América más ignota como navío perdido… o excita, incita y forma círculos con el arco íris de voces de Brel, Brassens, Ferré o Marc Robine… y la suya, mascarón de proa hacia lo cierto… una voz navegante, serena, que absorbe el viento de los cuatro que viven… y en Francia se remansa sobre papel y lechos digitales. »


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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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