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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 16:49

Les « Découvertes » au cœur… d’Alors Chante ! 


Cela fera cinq ans, l’été prochain, que Chorus a disparu. Mais chaque printemps à Montauban, l’affiche d’Alors… Chante ! continue de faire chorus en associant artistes émergents et confirmés de la plus belle eau, offrant ainsi « un panorama riche et singulier de la chanson » qui s’exprime dans la langue de Molière. Revue de détail, du lundi 26 au samedi 31 mai, d’une édition qui fêtera les vingt ans des Ogres de Barback : la vingt-neuvième d’un festival où l’on se sent comme en famille…
  

 

 
Au départ, en 1986, celui-ci s’était donné – à la façon du mensuel Paroles et Musique avec lequel les dirigeants d’Alors… Chante !, son directeur Jo Masure en tête, ont souvent revendiqué une filiation d’esprit – une sorte de ligne éditoriale composée de trois critères essentiels : refléter la réalité de la chanson vivante, médiatisée ou pas ; saluer la carrière des grands de la chanson et leur faire « la fête » ; s’appliquer à déceler le meilleur des lendemains qui chantent et le donner à voir et à entendre au public et aux professionnels.

Avec le temps, le premier critère étant imprescriptible et le deuxième se heurtant à l’impitoyable « évolution » d’un métier qui, depuis une dizaine d’années, rend les carrières au long cours de plus en plus difficiles pour ne pas dire improbables, Alors… Chante ! s’est particulièrement attaché au renforcement de son troisième axe fondateur : les jeunes talents. 

 

 
Fini les « Fêtes à… » où l’invité(e) d’honneur se voyait célébré(e) par ses pairs lors d’une soirée finale, après qu’il (ou elle) avait assisté à toute l’édition, côtoyant les spectateurs au quotidien. Fini les grands moments partagés avec (par exemple) Hugues Aufray, Pierre Barouh, Leny Escudero, Léo Ferré, Juliette Gréco, Georges Moustaki, Claude Nougaro, Serge Reggiani, Pierre Perret… ou, pour les générations suivantes, avec Catherine Lara, Louis Chedid, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Renaud et ainsi de suite (sans parler de leurs amis présents, les Maxime Le Forestier, Allain Leprest, Kent, Nilda Fernandez, Romain Didier, Jean Guidoni, Juliette, Yves Jamait, etc.), jusqu’aux paris engagés avec certains représentants de la « relève » comme Bénabar, Sanseverino ou Renan Luce. Fini, oui, les fêtes collectives autour d’un artiste et place aux « Découvertes » de Montauban, avec un espace spécifique formalisé en l’an 2000.
  
 

 
Dès lors, douze artistes ou groupes sélectionnés par l’équipe de programmation se succédaient pendant la semaine de l’Ascension devant un parterre de curieux et de professionnels (parmi lesquels les directeurs d’une trentaine de festivals chanson de l’espace francophone rassemblés en fédération). En l’espace d’une douzaine d’années, le public a pu découvrir ainsi nombre d’artistes prometteurs, comme Agnès Bihl, Nicolas Jules, Bénabar, La Rue Kétanou, Franck Monnet, Jeanne Cherhal, Pierre Lapointe, Jamait, Camille, Thierry Romanens, Aldebert, Tom Poisson, Amélie-les-Crayons, Émily Loizeau, Karpatt, Khaban’, Catherine Major, Balbino Medellin, Renan Luce, Damien Robitaille, Daphné, Benoît Dorémus, Imbert Imbert, Barcella, Presque Oui, Mélissmell, Carmen Maria Vega, Zaz, Chloé Lacan, Zoufris Maracas, Liz Cherhal, bien d’autres encore, avant que les producteurs et les grands médias, pour les plus chanceux d’entre eux, ne s’y intéressent. Mais cette année, à la veille de sa trentième édition, le festival a mené une importante réflexion sur la question de ses découvertes, compte tenu de l’époque, « très mouvante, et de ses nouveaux enjeux ».
       
 

 
Le choix de douze artistes par édition restait-il pertinent, alors que « la chanson a changé, décalant petit à petit ses frontières vers d’autres genres musicaux » ? Jo Masure et son équipe ont donc décidé « de faire de la scène découverte le cœur du projet d’Alors… Chante ! à Montauban, en passant de 12 à 28 artistes et formations venant de la pop, de l’électro, du hip hop, de la chanson, mais tous et toutes rassemblés par la même langue qu’ils défendent. » C’est un pari, certes, qui ne connaîtra peut-être qu’un printemps, mais un pari assumé : « Certains n’existeront peut-être plus dans quelques mois ou quelques années, d’autres seront les futures têtes d’affiche des grands événements. Mais tous auront le mérite d’avoir participé au renouveau de la chanson et à son questionnement, ainsi qu’à la vitalité d’un festival fêtant sa vingt-neuvième année, donc encore très jeune… et pour longtemps encore. »
       
 

 

On le voit, l’optimisme est de rigueur à Montauban, malgré un contexte général plutôt déprimant : production en berne, tournées et fréquentation en baisse, peu ou plus de suivi des nouveaux talents encensés la veille et oubliés des médias et des tourneurs-producteurs le lendemain… L’absence d’une revue de référence capable d’assurer le suivi artistique, de faciliter l’évolution de carrière et de constituer le lien (indispensable) entre toutes les parties composantes de la chanson vivante – des mots pour lutter contre les maux – n’a pas fini de se faire (douloureusement) sentir.
   

 
Passons – provisoirement. Et revenons à nos moutons non pas de Panurge mais à ceux que s’apprête à recevoir le Tarn-et-Garonne, tous fièrement enracinés dans leur espace francophone. On trouvera le programme détaillé de l’édition sur le SITE du festival, que l’on peut toutefois résumer de la sorte, réparti en quatre lieux principaux. Au Magic Mirrors : vingt-huit nouveaux talents, donc, offerts à la découverte, à raison de quatre artistes ou groupes à partir de 14h30 et trois autres à partir de 21h30 ; soit, dans l’ordre d’apparition sur scène, français, belges et québécois confondus : Volin, Baptiste W. Hamon, Horla, Les Hay Babies, Minuit 6 heures, Bigflo & Oli, D-Bangerz, La Demoiselle inconnue, Chouf, Lior Shoov, Nicolas Michaux, Bagarre, Pendentif, Schlauberg, Ottilie (B), Bessa, Le Noiseur, Olivier Juprelle, Marvin Jouno, Av, Peter Peter, Eskelina, Martin Rahin, Auden, Estelle Meyer, Radio Elvis, Grand Blanc et Feu Chatterton.ay NaHay...
       

Cette année, les festivaliers (porteurs d’un passeport donnant droit à ces découvertes) et un large jury de professionnels (composé notamment des directeurs de festivals francophones), chargés de voter pour deux lauréats seulement (« Bravos du Public » et « Bravos des Pros »), ont du pain sur… les planches ! En fait, non (c’était juste pour le plaisir de la formule), rassurez-vous, les spectateurs, le festival ne vous obligera pas à jouer les stakhanovistes de la découverte (au risque de louper bien d’autres petits bonheurs aux mêmes heures) : désormais, en lieu et place des « Bravos » habituels, et quitte à n’assister qu’à une partie de cette programmation, le public et les pros n’auront d’autre obligation que de décerner des « Coups de cœur »... Logique, quand on a la découverte au cœur !

Au Théâtre Olympe de Gouges (à partir de 19h) : Strange Enquête (« Bravos Public » 2013), Les Innocents, Iaross (« Bravos Pros » 2013), Thomas Fersen en solo (ukulélé ou piano-voix), Des Fourmis dans les mains, Dominique Dalcan, Nevché (ex-Nevchehirlian) et Babx à qui l’on remettra sur scène le prix Raoul-Breton de la Francophonie (après Alexis HK l’an dernier).
     

 
Dans la grande salle d’Eurythmie (à partir de 20h) : Bensé puis Zaz, le mardi 27 mai ; Nathalie Natiembé (la Réunion), Giédré puis Les Ogres de Barback qui fêteront leurs vingt ans, le mercredi ; François & The Atlas Mountains, Jeanne Cherhal puis Renan Luce, le jeudi ; Florent Marchet, Gaëtan Roussel puis Jacques Higelin, le vendredi ; Cause Commune, S-Crew puis Fauve, le samedi.
 

Au Chapitô enfin, « Mômes en Zic », en matinée (10h) et en début d’après-midi (14h30), la programmation jeune public toujours très attendue : Les Frères Léon, Soul Béton, Virginie Capizzi, Les Frères Casquette, H2ommes, Vincent Malone, Weepers Circus, Pascal Parisot et Aldebert, à trois reprises (dont une « tous publics »), pour de nouveaux, contagieux et entraînants Enfantillages.
       
 

 

On notera enfin une nouveauté, à 12h15 (les 28, 29 et 30 mai), au Musée Ingres (où l’on trouve non seulement quelques-uns de ses tableaux mais aussi son fameux violon !) : une séance de lecture chansonnière par Christian Olivier. Sous le titre Chut, l’auteur-compositeur-interprète se propose en effet de nous dire des chansons bien connues pour donner à les entendre autrement. Partant du constat qu’« un chanteur sachant chanter sans chanter est un bon chanteur ! », gageons que l’exercice vaudra le déplacement jusqu’à la ville natale de l’auteur de La Grande Odalisque.
  

ChristianOlivier.jpg 

« C’est quoi une chanson sans musique ? » s’interroge le penseur des Têtes Raides. Un « sketch en vers » comme dit Fersen ? « Un skontch » selon Gilbert Laffaille… Un poème, dans le meilleur des cas ? Et une chanson sans texte, au fait ? C’est quoi ? Du bruit qui pense ? Une mélodie ? Une symphonie inachevée ? La réponse, peut-être, à Montauban où, quoi qu’il en soit, a cappella ou pas, le mot d’ordre reste inchangé : Alors… Chante !


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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 18:53

Du Plat Pays aux Marquises (« Brel, la totale »)

 
Rien que le titre, déjà :
L’Échappée Brel. Quelle belle idée ! Une escapade dans le paysage chansonnier de Jacques Brel, d’Amsterdam à Bruxelles en passant par Varsovie, sur les pas de Madeleine, de Mathilde et autre Frida la blonde… Ne manquait plus, pour opérer la jonction entre Ces gens-là et ceux des Marquises, qu’un metteur en scène (et ami commun) ait l’heureuse intuition de penser à nous réunir – « nous », c’est-à-dire le trio officiant avec brio sur scène en paroles et musiques, et l’Hidalgo de service faisant chorus à la narration.
  

Affiche-Echapee-Brel.jpg


Ç’a été (et cela restera peut-être) un moment unique, une simple expérience, mais le « concept » a eu l’heur de séduire le public, embarqué avec le Grand Jacques dans une valse à deux temps – causerie illustrée d’abord ; comédie, chant et notes ensuite – du Plat Pays « jusqu’aux îles droit devant » (cf. La Cathédrale). Un voyage extraordinaire au bout de la vie, commencé avant même celle de Jacky, du temps de ses grands-parents (« Il attendait la guerre, elle attendait mon père… ») pour s’achever finalement dans cette « Terre des hommes » où « le temps s’immobilise »… et où il (se) repose enfin.

Si j’en ai vu, des spectacles autour des chansons de Brel ?! Pensez donc : quarante ans à arpenter les salles francophones, des milliers de spectacles au compteur, alors… Les ai-je aimés, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… pas du tout ? Je dois à la vérité de dire que le premier et le dernier de ces termes ont (plus que) largement dominé. Pour une belle surprise, combien de déceptions… Il faut reconnaître que, dans le « grand livre » de la chanson francophone, rien n’est plus difficile que de chanter du Brel. Le plus souvent il en résulte des espèces de copies conformes, du costume, de la cravate, du rictus et jusqu’au moindre geste… De la voix aussi, roulements de « r » inclus et bien appuyés, à l’ancienne. Tristes et insupportables caricatures. On ne remplace pas le Grand Jacques ! À l’exception d’Édith Piaf que lui-même révérait (« J’ai beaucoup appris d’elle… Piaf, on ne doit pas l’écouter chanter, on doit la voir chanter »), personne, jamais, n’a fait aussi bien que lui sur scène.

À quoi bon, dans ces conditions, chercher à l’imiter, au risque de désespérer le public doué d’un minimum de sens critique ? Faut-il pour autant renoncer à le chanter ? Sûrement pas. À la condition, toutefois, de ne pas s’évertuer (en vain) à le restituer, mais de l’interpréter – au sens littéral du terme. De le « traduire » chacun à sa façon, de le revisiter, de redonner vie à ses chansons (et non au personnage) avec sa propre personnalité. Ce sera moins bien que lui ? Plus vous que lui ? Et alors ? Tout, sauf tenter la comparaison ! On vous trouvera des défauts, et alors ? « Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi », disait Cocteau.

Trio-scene
En l’occurrence, le spectacle L’Échappée Brel échappe à tout cela, pour nous prendre par la main et nous conduire là où son concepteur et metteur en scène Jonatan Saïssi veut nous mener. Dans une histoire (d’amour) qui n’est ni la sienne ni surtout celle de l’auteur-compositeur bruxellois, une histoire de femmes avant tout. Comédien à la base, ce jeune homme de pas même 28 ans, a dessiné une trame intelligente (et très simple) que je ne vous raconterai pas, de crainte de déflorer le sujet, mais qui lui permet de reprendre les chansons de Brel qu’il souhaitait. Une sélection par ailleurs inhabituelle qui, sans faire l’impasse sur quelques incontournables, a le bonheur de nous surprendre. Comédien, donc, se mouvant dans l’espace scénique comme à la maison, jusqu’à esquisser quelques pas de danse en situation, et chanteur ô combien ! Capable de tenir la note et de la porter haut, comme l’exigent certaines envolées du Grand Jacques, avec son crescendo typique. Pour l’accompagner, dans tous les sens du terme – car l’histoire commence par un dialogue –, il lui fallait des musiciens au diapason. Et aux petits oignons ! Il les a trouvés en Aquitaine (lui-même est originaire du Tarn et Garonne) et, croyez-moi sur parole, ce ne sont pas des manchots !

Au clavier, à l’accordéon (depuis l’âge de dix ans) et à l’accordina, Fabienne Balancie Argiro, aussi charmante à la ville que délicate et magistrale dans ses arabesques musicales à la scène… où elle devient « Marcelle » – suivez mon regard quand il se porte du côté de Vesoul ou de Vierzon… Quant à Christian Laborde, il reste lui-même, c’est-à-dire un seigneur de la six-cordes qui a côtoyé (voire collaboré avec) les plus grands (comme Marcel Dadi), et qui forme par ailleurs avec l’irrésistible Dalila la brune – l’une des plus belles voix actuelles – l’excellent duo Soham (créé en 1992).

Arrêt momentané sur image (et son), le temps de partager cet extrait de leur nouvel album Absoluble, opus numéro 3 de Soham (« Je suis » en sanskrit), Tournent les vents ; juste pour vous permettre d’aller plus loin dans leur (re)découverte… si, comme je le pense, ça vous chante :



Mais aussi virtuoses soient-ils, Fabienne et Christian ne sont pas que des instrumentistes, ils réussissent la gageure de faire (momentanément) oublier les inégalables arrangements et orchestrations de François Rauber pour adapter à leur manière le répertoire de Brel. Du cousu main qui fonctionne à merveille, sans dénaturer les mélodies mais sans coller non plus aux versions que l’on connaît. Tant et si bien qu’à l’écoute des intros musicales on cherche parfois, et souvent en vain, de quelle chanson il va être question. L’exemple le plus flagrant en est sans doute Amsterdam, sur laquelle Laborde nous offre un superbe collier de notes, en jouant, en picking, sur le manche de sa guitare…

Bref, on est loin, tant dans le chant que dans l’environnement musical, des pâles resucées qui vous font d’autant plus regretter la version originale. On vit, on revit Jacques Brel autrement et on n’en apprécie que plus ce voyage thématique en Brelgique. Dans le public, des gens étaient venus me trouver après ma conférence sur le Grand Jacques aux Marquises, en me disant : Jonatan« C'est sûr, ça vaut la peine de revenir pour le spectacle ?... [la conférence débutait à 17h30 et le concert à 20h30, avec une heure d’interruption entre les deux.] Parce que des spectacles sur Brel, on en a vu des quantités et on a presque toujours été déçus... » Il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils applaudissent à tout rompre ! Avec ovation debout à la fin, non pas de façon factice comme à la télé mais portée spontanément par l’enthousiasme collectif.

Veux-tu que je te dise, ami(e) de la chanson ? Cette Échappée Brel m’a valu le même genre de jubilation qu’à la découverte de L’Affaire Brassens (cf. la seconde partie de ma « Lettre à Georges Moustaki »), après cent autres spectacles consacrés à Tonton Georges. Ou qu’à celle de Brel en mille temps, un spectacle collectif créé en Belgique en 1979 et qui tourna par intermittence durant plusieurs années avec des artistes débutants tels qu’Ann Gaytan, Jofroi, Dani Klein, Philippe Lafontaine, Maurane ou plus tard Georges Chelon, Louise Forestier, etc. Qualité, virtuosité, originalité… et authenticité, car Jonatan en particulier (27 ans, je le rappelle, il est né huit ans après la mort du Grand Jacques !) a été bercé par le répertoire de Brel et autres monstres sacrés de la chanson française. Pour le spectateur, le résultat est à la hauteur de la définition du concert qui est tout sauf un récital : « Une quête de soi et de l’autre où la passion triomphe » !

Voilà en tout cas une création (car il n’y a eu à ce jour que cinq représentations) qui mérite d’être programmée dans tous les festivals francophones ; un spectacle aussi – ça n’est pas négligeable – capable de « voyager léger » outre-mer (« Quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage… »), qui ferait le bonheur des Alliances françaises et autres Instituts culturels français à travers le monde…

 

C’est tout le mal que je lui souhaite d’où je suis, ici… et maintenant qu’il n’existe plus de tribune internationale, d’organe prescripteur et de lien entre toutes les parties composantes de la chanson francophone comme Paroles et Musique  et Chorus l’ont été au quotidien, trois décennies durant. Trente ans pendant lesquels, m’a glissé un spectateur samedi dernier dans un sourire complice (il se reconnaîtra), « vous avez dû dissimuler le fait que Jacques Brel était votre artiste de prédilection ! Mais pour qui savait lire entre les lignes, on comprenait que ce qui vous motivait, ce que vous avez appelé dans votre livre le principe d’imprudence, vous rendait extrêmement proche de Brel dans l’esprit… »

Bien vu… et merci encore. Cela explique du reste qu’en 2011, avec mon épouse, j’ai osé l’« imprudence » de partir sur ses traces, d’« aller voir » comment il s’était comporté au bout du monde, à l’écart des médias et loin des feux de la rampe… au risque d’être déçu peu ou prou, en regard de son œuvre, par sa « vraie » vie. Risque certes limité par cette déclaration de son ami Brassens, le jour où Brel est mort : « Ce n’est pas pour rien qu’il a fait L’Homme de la Mancha, c’est parce qu’il était un véritable Don Quichotte. Il l’était dans la vie. Il l’était partout... » et surtout aux Marquises, comme je le raconte dans ce livre qui m’a été dicté par les circonstances et dont la conférence est un condensé. Merci par conséquent à Jean-Pierre Lacombe, auteur et metteur en scène (notamment de Soham en Aquitaine et du regretté et merveilleux Jordi Barre en Roussillon), pour avoir pris l’initiative de proposer « La Fabuleuse Histoire du Grand Jacques aux Marquises » en première partie de L’Échappée Brel.

Au départ pour moi, c’était simplement l’occasion de continuer à partager ma découverte de ce Marquisien d’adoption qui, après avoir eu « mal aux autres » du temps où il était chanteur, s’est mis concrètement à leur service, de toutes les façons possibles et parfois au péril de sa vie, une fois redevenu anonyme…

Mais je peux bien le dire à présent : au-delà du plaisir du partage (et de la rencontre avec l’équipe de L’Échappée Brel), ç’a été aussi pour moi un moment étrange, d’émotion retenue et de réconciliation définitive (sans rien oublier pour autant, « rien du tout, on s’habitue c’est tout »…), que d’être attendu et accueilli d’aussi belle manière (merci à France Bleu Roussillon et à L’Indépendant, à Philippe Anglade et Michel Litout en particulier)… à deux pas de l’endroit, des endroits, où mon futur père, « l’Hidalgo non capitulard » comme dira Brassens, fut retenu prisonnier – à Argelès, à Saint-Cyprien et au Château royal de Collioure, la seconde Bastille de l’histoire de France. Ceci après avoir traversé les Pyrénées à pied dans la neige, en février 1939, lui et des milliers de combattants d’infortune. Soixante-quinze pile après la Retirada, ce 22 février 2014 avaient lieu une marche du souvenir et l’inauguration d’un mémorial sur l’ancien camp d’Argelès réservé aux républicains espagnols et membres des Brigades internationales…

Trio-Fred.jpg
Et puis, petit miracle, pour le public présent ces deux soirs-là, le 21 février à Laroque des Albères et le 22 au Boulou, surplombé par le col de Panissars qui sépare la France de l’Espagne, l’ensemble – en paroles, en musiques, en son et en images – a été perçu comme une création globale autour de la vie et de l’œuvre du Grand Jacques. À tel point qu’après le spectacle, les soirées se sont prolongées sur scène (photo ci-dessus) par des questions des spectateurs qui ne se décidaient pas à quitter la salle ; aux artistes, sur les tenants et aboutissants de leur création, tellement celle-ci les avait emballés ; à moi-même, sur certains épisodes de mon livre sur la vie outre-mer de notre « Flamand francophone d’ascendance espagnole » préféré...

Cette question aussi : ce « Brel » de Bruxelles à Hiva Oa, sera-t-il réédité ? Peut-être aurons-nous l’envie (le talent, donc, comme disait Brel) de proposer une soirée spéciale clé en mains ? On n’en sait rien nous-mêmes, mais on sait que ces soirées-là resteront gravées en nous... comme elles ont séduit, j’ose le dire à la suite de leurs commentaires, « nos » spectateurs (parmi eux, un couple d’anciens lecteurs de P&M et de Chorus s’était même déplacé spécialement depuis les Alpes Maritimes !). Quoi qu’il en soit, L’Échappée Brel n’a pas fini de se bonifier, car la représentation du samedi était encore plus enlevée et dynamique que celle de la veille... et sans doute moins que ne le sera la prochaine (le 15 mars à Miramont de Guyenne).

Ecran.jpg 

Un mot encore, pour sourire… En attendant l’arrivée des spectateurs au cinéma Majestic du Boulou, le grand écran affichait le titre de la conférence à côté de la couverture de Jacques Brel, l’aventure commence à l’aurore. En plaisantant avec l’équipe, est venu sur le tapis le fait que, désormais, je pouvais dormir tranquille. « Parce que tu as réalisé ton grand œuvre ! » Douze ou quinze mètres sur huit ou dix, c’est sûr, ça impressionne… En même temps, j’imaginais la fierté qu’aurait ressenti mon père, en ce lieu précis où les moulins à vent de l’Histoire auraient pu mal tourner pour lui. Mais il lui restait, comme dans L’Échappée Brel, à s’évader du quotidien (et des camps de la honte) pour atteindre son inaccessible étoile… L’utopie, me confia un jour Paco Ibañez, n’est rien d’autre que ce qu’il nous reste à accomplir.

__________
PS. Merci également à madame Jordi Barre, présente ces deux jours, à Eliane et Louis Bonifassi, ainsi qu’à Christian Laborde et à Dalila pour avoir eu la grande gentillesse d’assurer le son de ma conférence, pendant que ma chère et tendre était aux manettes informatiques…


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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 08:12
Pour des lendemains qui chantent
       
C’est à Montauban, vers où convergent chaque année au week-end de l’Ascension la plupart des professionnels du spectacle, directeurs de salles et de festivals, que l’académie Charles-Cros – la plus prestigieuse et ancienne institution phonographique du monde francophone – décerne ses Coups de cœur chanson du millésime en cours. Toujours un beau palmarès qui, sans consultation préalable, évidemment, recoupe régulièrement la programmation d’Alors… Chante ! À tel point qu’un artiste peut repartir de Montauban, doublement chargé d’un prix Charles-Cros et de Bravos des Découvertes du festival… Quand ça n’est pas du prix Raoul-Breton de la Francophonie, récompensant un artiste « en développement » (c’est-à-dire confirmé et apprécié des connaisseurs mais encore méconnu du grand public), décroché cette fois par le plus que méritant et talentueux Alexis HK.
 
 
Alexis-HK-scene  
Entrée libre, ce jeudi midi 9 mai, au Magic Mirrors pour la remise du palmarès 2013. Comme toujours, le coup d’envoi est donné par Alain Fantapié, qui préside aux destinées de cette illustre académie de la chanson francophone, redisant d’emblée sa satisfaction d’être aussi bien accueilli ici, « les prix du disque Charles-Cros étant indissociables de la scène ». Autour de lui et de Thierry Créteur (directeur de la culture et du « Festival en bonne voix » de la ville de Pessac) qui mène les débats, des membres de la commission chanson Charles-Cros et différents directeurs de festivals représentant l’espace francophone. L’assistance est nombreuse et les artistes primés aussi (douze sur quatorze), bien que n’étant pas, pour la plupart, à l’affiche du festival. Après une brève présentation, chacun propose à tour de rôle une chanson en mode acoustique puis répond, de façon décontractée, à quelques questions d’ordre informatif – un plus indéniable pour les festivaliers qui découvrent ainsi les artistes au naturel.
 
Laureats-Charles-Cros
 
Quatorze lauréats au total, primés certains pour leur nouvel album, d’autres pour leur tout premier. Dix pour la création hexagonale : Askehoug, pour Je te tuerai un jeudi ; BatpointG, pour Juste une note ; Guillaume Barraband pour L’Épopée rustre ; Iaross, pour Renverser ; Laurent Montagne, pour À quoi jouons-nous ? ; Loïc Lantoine, pour J’ai changé ; Maissiat, pour Tropiques ; Mélissmell, pour Droit dans la gueule du loup ; Mell, pour Relation cheap ; Sophie Maurin, pour son disque éponyme. Et quatre dans la catégorie « Coups de cœur francophones », incarnant l’Europe, l’Amérique et l’Afrique : Marc Aymon (Suisse) et Benjamin Schoos (Belgique), étonnant personnage que ce dernier et impressionnant interprète, pour la voix et la présence, pince-sans-rire et un brin provocateur tendance Jacques Duvall and Co ; Lisa Leblanc (Acadie), qui « éclate » en ce moment au Québec et n’avait donc pas pu faire le déplacement ; enfin une jeune femme guitariste, Gasandji, à la voix superbe et à l’émotion à fleur de peau, représentante de cette chanson africaine, pourtant magnifique, que l’on occulte volontiers en Europe au profit d’une musique festive et « primitive » – mais surtout commerciale à l’intention de gogos amateurs de clichés. Quelque part entre les univers d’Ismaël Lo, « le Dylan africain », et du Gabonais Pierre Akendengué, auteur-compositeur majeur du continent noir : Gasandjinée en République démocratique du Congo, Gasandji m’a d’ailleurs confié avoir passé son enfance et une partie de son adolescence au Gabon… Bref, que du bon, voire de l’excellent, dans cette cuvée 2013 mise ici partiellement en bouteille (il y manquait entre autres Mélissmell partie préparer son propre concert au Théâtre), pardon en boîte (noire), par Francis Vernhet.
      
Pour leur part, les artistes et groupes sélectionnés pour les Découvertes du festival – programmées l’après-midi sous le même Magic Mirrors, à raison de trois par jour, de 14 h 30 à 17 h 30 environ – sont passés dans cet ordre : Charles-Baptiste, Jur, Patrice Michaud (Québec), Strange Enquête, Blanche (Belgique), les Échappés de Sangatte, Lia (ex-Félicien Donze, Suisse), Laura Cahen, Yordan, Iaross, Face à la mer, La Mine de rien. Et puis le public a voté et les professionnels ont délibéré. Avec un résultat beaucoup moins évident et unanime que les années précédentes où, souvent, les prix se recoupaient. Signe sans doute qu’aucun artiste ou groupe ne s’est vraiment dégagé du lot comme ont pu le faire par le passé des Jeanne Cherhal, Jamait, Amélie-les-Crayons (photo ci-dessous), Renan Luce, Presque Oui, Carmen Maria Vega, Vendeurs d’Enclumes, Chloé Lacan…
 
Amelie-les-crayons-seule
 
Les Bravos des professionnels, devant Jur et Strange Enquête, ont distingué le trio Iaross (déjà primé par l’académie Charles-Cros) : « De la chanson dans la tradition du verbe avec une large place laissée à l’improvisation. Une inspiration puisée aussi bien dans la musique savante que dans la chanson rock, laissant la part belle au texte. Un univers bâti autour de chansons cassées, de poésie et de violoncelle. » Les Bravos du public, devant Yordan et Face à la mer, sont allés au duo Strange Enquête : « Tchatche et contrebasse, polar et humanités. Textes noirs et riches, espoirs ténus ; villes grises et histoires de pauvres… » Comme à l’accoutumée, ces lauréats ont été présentés au public d’Eurythmie le dernier soir, entre la prestation du lauréat 2012 des Bravos du public, Tiou, et le concert de Tryo, avant de participer avec les autres artistes et groupes sélectionnés – de minuit à trois heures et demie au Magic – à la bien nommée « Nuit des Découvertes ». Plus tôt dans la semaine, le jeudi, c’est la lauréate des Bravos des Professionnels 2012 qui s’était retrouvée en première partie d’une des têtes d’affiche de l’édition, en l’occurrence Liz Cherhal avant Olivia Ruiz dans son nouveau spectacle aux accents cubains. Une Liz – c’est inné dans la famille ! – aussi à l’aise devant une foule immense qu’au Magic Mirrors l’an dernier. Accompagnée d’un seul musicien, elle a enflammé la salle par son enthousiasme, sa malice, sa drôlerie et sa folie communicative. À la fin de la soirée, les spectateurs se pressaient dans le hall pour se faire dédicacer son album…
 
Pour les festivaliers, après le trio quotidien de découvertes, le chemin est tout tracé jusqu’au Théâtre Olympe de Gouges, au centre-ville, pour y assister quatre jours d’affilée (de 18 h à 20 h 30 environ) à deux nouveaux concerts : Askehoug (patronyme norvégien d’un ACI inclassable mais à suivre, récent lauréat du prix Moustaki) en première partie de Didier-Guidoni-Jamait dans le spectacle Leprest (voir sujet précédent) ; Imbert Imbert (toujours égal à lui-même) et Mélissmell (victime ce soir-là d’un problème de son intempestif qui a frustré le public) ; la jeune Maissiat (piano-voix) et le bientôt quadragénaire Alexis HK (il est né le 2 avril 1974) ; Julien Fortier (régional de l’étape, venu de Montpellier) et la gracieuse Amélie-les-Crayons (qui, soit rappelé en passant, avait participé de bien jolie manière, avec l’émouvante Arrose les fleurs , à l’album Chez Leprest…).
  
  
Un régal, une jubilation permanente que ceux d’Alexis et d’Amélie. Dans leur nouveau spectacle, chacun à sa façon, avec son langage propre et sa personnalité, ils s’imposent sans forcer, tout naturellement, sans jamais prendre le public par la main comme on s’adresse à des débiles ou à des moutons, et c’est ainsi que se crée la véritable communion entre la scène et la salle. Par la magie de l’univers proposé qui ne ressemble à aucun autre. Par la qualité de l’écriture, les histoires racontées (une caractéristique millénaire de la chanson, bien rare pourtant en ces temps étranges où le réel s’efface devant le virtuel, où la banalité de la prose se substitue à l’art du conteur). Par le bonheur des mélodies. Par la qualité aussi – et la chaleureuse complicité ! – des musiciens.
 
 
Humour et grande classe avec Alexis, sans le moindre cynisme malgré le côté détaché du personnage, élégant et dandy. Comme échappé de son clip Les Affranchis (que j’ai plaisir à remettre ici en mémoire), où défilent nombre de ses collègues en chanson, à commencer par le « parrain » Charles Aznavour – à moins que ça ne soit un certain Jean-Louis Foulquier ! –, plongés dans les années cinquante. Passé, présent, avenir, Alexis HK balaye toute la gamme. Son nouvel album, Le Dernier Présent, évoque la fin des temps… pour mieux sourire aux lendemains. Fraîcheur et tendresse avec Amélie, dont le charme mélancolique et souriant n’empêche pas le côté déjanté de prendre soudain le dessus, quand elle se lance par exemple dans une danse bretonne endiablée – il faut dire que notre Lyonnaise préférée est maintenant installée en Bretagne ; son nouveau disque s’intitule d’ailleurs Jusqu’à la mer… Tout cela, qui se veut sans prétention, est pourtant des plus réjouissant et intelligent. Surtout, c’est bâti sur du solide, avec beaucoup de métier derrière et, normalement, tout l’avenir devant. Du tout bon, aux antipodes du tout-venant, et c’est peut-être  bien pour ça qu’on n’entend ni ne voit suffisamment leurs auteurs dans les médias.
     
 
Justement, c’est pour pallier un peu les carences de l’audiovisuel grand public que les jurés du prix Raoul-Breton de la Francophonie (soit les membres de la Fédération des festivals de chanson francophone, en association avec les éditions Raoul-Breton, Alors… Chante ! et la Sacem) ont choisi d’élire cette année Alexis HK. Et à l’unanimité s’il vous plaît ! Après Pierre Lapointe en 2011 et Presque Oui en 2012. La remise du prix – qui récompense « le travail d’un artiste francophone pour la qualité d’écriture de ses œuvres et pour l’originalité de sa proposition artistique à un moment charnière de sa carrière » – a eu lieu sur scène, pendant le concert du récipiendaire. Pour le plus grand plaisir du public, il faut le dire, tant Alexis est désormais à l’aise sur les planches, quelles que soient les circonstances. Gérard Davoust, président des Éditions Raoul-Breton, Jo Masure et Lilian Goldstein, responsable de l’action culturelle de la Sacem, s’en sont aperçus !
 
Alexis-Prix-Raoul-Breton
 
Ce rappel quand même, simplement pour info (et aussi pour rafraîchir un peu des mémoires parfois trop courtes) : les premiers articles de Chorus spécifiquement et respectivement consacrés à Alexis et Amélie, éminents représentants de la « Génération Chorus », remontent déjà à dix ans (n° 42, hiver 2002-2003, et n° 44, été 2003). Dix ans (suivis bien sûr de portraits et de rencontres), soit le temps qu’il fallait jadis – disons jusqu’à la génération 70-80 (Le Forestier, Renaud, Sanson, Souchon, Chedid, Jonasz, Cabrel, Goldman…) – pour passer de l’état de découverte à celui de vedette. Mais aujourd’hui… ? Sauf exception, aujourd’hui, un artiste ne cesse de débuter !
 
 
En témoignent notamment nos conversations avec les responsables de la FFCF, lors de cette semaine passée à Montauban : la chaîne de la découverte, ou plutôt celle du « développement » de l’artiste, est aujourd’hui complètement grippée. Si le vivier de talents prometteurs se renouvelle sans cesse, s’il y a toujours des lieux et des professionnels compétents pour les accueillir, de moins en moins de tourneurs ou de producteurs sont prêts à les prendre en charge au-delà de la période concernée. Autrement dit : « on » fait de l’argent avec des « révélations » tant qu’on peut profiter de la filière musicale constituée pour cela, du réseau des salles et des festivals, mais dès qu’il faut passer à l’étape suivante, celle de la confirmation avec un nouveau spectacle voire un nouvel album, il n’y a plus personne ! Personne ou presque pour accompagner l’artiste qui se voit dès lors livré à lui-même et au bon vouloir des programmateurs (comme Montauban, fidèle à ses découvertes, invitant à nouveau Mélissmell, Imbert Imbert, Jamait, Liz Cherhal, Valérian Renault ou Barcella cette année), dans l’indifférence de la majorité des médias nationaux.
 
Amelie musiciens
 
Quadrature du cercle qui empêche la plupart de franchir un cap pour mener une véritable carrière. La chanson serait-elle vouée à devenir, en dehors du cercle réduit des professionnels de terrain et des amateurs éclairés, une expression artistique destinée à la seule et unique nouvelle génération du moment, alors qu’elle a toujours été comme un pont jeté entre les générations ? La question se pose désormais avec acuité, et voilà pourquoi on ne peut que se réjouir de voir des Alexis HK et des Amélie-les-Crayons évoluer aussi bien et toucher tous les publics. Comme un Valérian Renault, l’excellent auteur-leader des Vendeurs d’Enclumes qui se produit aussi en solo et a bénéficié d’un passage remarqué au Magic Mirrors (c'est ma mention spéciale de l'édition) ; ou comme un Barcella...
     
De Barcella, voici ce que je disais ici même en janvier 2010 après l’avoir découvert par hasard à Risoul, au « festival de la forêt blanche », aux côtés d’une bien belle équipe (Clarika, Émily Loizeau, JP Nataf, Lili Cros et Thierry Chazelle, Rose, Mathieu Boogaerts, Alcaz, Davy Kilembé…) :  
 
   
« Ce soir-là, c’est Barcella, totale découverte, qui remportait en champion la palme du public. Barbe de trois jours, fichu comme l’as de pique, ce jeune homme dégingandé, originaire de Reims, se présente tout seul à la guitare, mais avec plein de mots et de textes savoureux dans la besace. Piochant au besoin, pour les illustrer, dans le tango ou la valse. Drôle, incisif, satirique, il renouvelle le genre (mi-slam mi-chanson) à sa façon : pince-sans-rire. Ce faisant, même si on s’éclate (cf. La Queue de poisson, sur un appendice des plus personnels, ou cette autre chanson toute en rimes piscicoles, justement…), des facilités percent encore çà et là que le temps, toujours lui, et l’expérience devraient parvenir à éviter à l’avenir.
         
 
» Et si tout cela se bonifie (sans exclure pour autant d’autres thèmes moins rigolos, à l’instar de cette Salope qui, son titre ne l’indique pas forcément, est une chanson sur la mort, ou plus tendres, telle Mademoiselle), on devrait bientôt entendre parler de lui. Comme quoi la simplicité suffit – un texte, une musique, un instrument – quand le talent est là, évident, pour créer une communion instantané entre la scène et la salle. Barcella : retenez ce nom ! »
 
Barcella-guitare-copie-1
  
Pas grand-chose à ajouter, sauf qu’en l’espace de trois ans, non seulement la barbe a pris du galon, mais l’artiste aussi comme nous le pressentions. Jusqu’à obtenir en 2012 le prix Barbara et devenir début 2013 le parrain du prix… Georges Moustaki. Son nouvel album s’appelle Charabia ; tel un art dans lequel Barcella est passé maître. Mais à la façon d’un Raymond Devos, d’un Leprest mâtiné de Lantoine, ou parfois d’un Souchon croisant Higelin chez Renaud qui se souviendrait de Brassens (lui-même, on le sait, inconditionnel de Trenet) – eh oui ! la chanson étant une chaîne sans fin dont chaque nouveau maillon hérite peu ou prou des précédents. D’un prince de la langue, quoi ! De son maniement aussi, avec une élocution confondante.
 
 
Barcella-chaiseOn le sait, à ce niveau d’incandescence, quand la forme et le fond se rejoignent, et que le grave a l’élégance de se présenter sur les pointes, quand la folie ne craint pas de côtoyer la mélancolie (L’Âge d’or…), ça fait des étincelles dans les oreilles, ça prend feu dans la tête et ça se propage dans les cœurs… C’est ce qui est arrivé au Magic Mirrors où, le vendredi 10 mai « autour de minuit », le public, unanime, a fait un triomphe à l’artiste, accompagné d’un seul musicien. Et celui-ci le lui a bien rendu, en allant jusqu’au bout du bout, jusqu’à s’installer au milieu de la salle, grimpé sur un tabouret. Pour repartir de plus belle dans son ascension de la note et du verbe, avec son drôle d’accent aux origines transalpines. Amoureux de la parole, chaleureux, généreux… et visiblement heureux de l’être.
 
« Barcella : retenez ce nom ! » écrivais-je il y a trois ans et demi. Barcella, oserai-je aujourd’hui : d’ores et déjà, à trente-deux ans, un des tout meilleurs de la chanson actuelle. N’attendez pas plus longtemps pour aller à sa rencontre. En disques (ils sont très réussis : le premier, La Boîte à musiques, paru en 2010, comme le second, primé en 2012 par l'académie Charles-Cros), mais avant tout et surtout en scène où il est irrésistible.  
 
 
Voilà, j’arrive moi aussi au bout. Non pas de l’édition (il y aurait encore tant à dire, à parler de la programmation enfants, des « Mômes en zic » avec Bïa, Michèle Bernard, Alain Schneider… ; d’une belle et belge soirée avec Françoiz Breut, Vincent Delbushaye et Peter Bultink, ex-Orchestre du Mouvement perpétuel ; des excellents et transversaux Lo’Jo qui renvoient les chapelles musicales aux oubliettes ; parler aussi des artistes qui viennent à Montauban rien que pour le plaisir de rencontrer ou découvrir leurs collègues, comme le groupe Entre 2 Caisses, Xavier Lacouture, Gérard Morel ou Pascal Mathieu – lequel vient enfin de sortir un nouvel album, Sans motif apparent, etc.), mais au bout de mon charabia à moi. Lequel ne vaut que par votre écoute… et l’écho que vous choisirez ou non de lui donner. Chanter ou déchanter, voilà la question !
 
   
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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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