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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:32

Le héraut du cercle des poètes disparus  

 

D’Aubervilliers au Châtelet ! À l’occasion d’un nouvel album (le précédent remonte à dix ans), « l’Espagnol d’Aubervilliers » – comme il se définissait lui-même aux premiers temps de sa carrière internationale (et si atypique) de compositeur-interprète au service des grands poètes hispanophones – est de retour à Paris, mercredi 30 janvier, pour un récital exceptionnel au théâtre du Châtelet. Un rendez-vous que ne saurait manquer aucun amoureux du cercle (ibérique) des poètes disparus, mais plus généralement aucun amateur de cette chanson vivante, humaniste et sans frontières que ses amis Georges Brassens et Léo Ferré incarnèrent en France et dont Paco Ibañez reste le héraut.

 

affiche.jpg

 

La vie de Paco Ibañez (né à Valence le 20 novembre 1934, deux ans avant le début de la guerre civile espagnole, mais élevé au pays Basque) est un vrai roman que je pourrais presque écrire les yeux fermés, avec la seule mémoire du cœur, tant elle m’est familière et intime. Du séjour de son père républicain, emprisonné en 1939 dans les camps de la honte d’Argelès et de Saint-Cyprien (comme mon propre père), à l’exil en banlieue parisienne, à Aubervilliers… et la découverte de la chanson française dans les cabarets parisiens du Quartier latin.

 

Paco-portrait 

Rencontres fondatrices avec Brassens et Ferré au début des années cinquante, puis avec Salvador Dali qui illustra son premier album en 1964 ; concerts mythiques à la Sorbonne le 12 mai 1968 et à l’Olympia le 2 décembre 1969 : encore aspirant journaliste, mais déjà fou de chanson vivante, j’y étais ! Et, hasard ou signe du destin, LE photographe de cette soirée aussi mémorable que celle des adieux de Brel trois ans plus tôt en ce même lieu, celui qui signa les photos du double 33 tours de ce concert unique dans tous les sens du terme – un « certain » Jean-Pierre Leloir – deviendrait quelques années après celui d’un « certain » mensuel Paroles et Musique  

 

 

Arrêt sur image. Au sommaire, justement, de ce « mensuel de la chanson vivante », et même de son tout premier numéro daté de juin 1980, le nom de Paco Ibañez figure à la Une, sous la photo d’Anne Sylvestre annonçant le dossier consacré à celle-ci. En pages 6 et 7, un article signé de votre serviteur intitulé Paco Ibañez : « Une arme chargée de futur ». C’était le compte rendu de la première de son passage récent à Bobino. En voici des extraits, pour la nostalgie et la mémoire… du futur. Mais aussi pour la petite histoire des liens étroits unissant Paco et Tonton Georges, le disciple et le maître, toujours bien vivant à l’époque et non loin de là, d’ailleurs, à quelques rues seulement… 

« Il a chanté à Bobino du 7 au 25 mai dernier. Un événement, dix ans après son récital triomphal à l’Olympia. Avec sa guitare comme chevillée au corps, sa voix précise, âpre et pourtant fragile, à la sérénité retrouvée, sa passion, sa lucidité et une immense sincérité. Avec son public aussi, fidèle et attentif, auquel Paco avait réservé un somptueux cadeau : dix chansons de Brassens, qu’il pétrissait depuis vingt ans, qui s’ajoutent désormais à son répertoire spécifique, chansons de toute éternité et de toutes humanités, sur des textes des poètes espagnols du temps présent et du temps jadis.

 

Paco-Brassens

 

» À 45 ans, Paco Ibañez – qui en paraît toujours dix de moins – aurait pu s’échouer sur les écueils de la révolte qui a touché au port, mais, non content de les avoir évités, il apporte à son répertoire qui s’est bien enrichi une dimension universelle qui le hisse aux premiers rangs des porteurs de parole. L’enfant du pays Basque qui vécut l’exil à 14 ans connaît à présent les vertus de l’épanouissement. Le déracinement, l’adolescence transplantée à Aubervilliers lui avaient montré “la difficulté d’être Espagnol” ; Atahualpa Yupanqui, Violeta Parra et déjà Georges Brassens lui enseigneront que la chanson, à l’image de la poésie, peut être “une arme chargée de futur” (Gabriel Celaya). Paco a quelque chose à dire et il le dira lui aussi en chantant. En utilisant, en réinventant les œuvres de Lorca et de Gongora d’abord, puis de Miguel Hernandez, Quevedo, Alberti, Blas de Otero, Celaya, Machado ou Neruda. D’autres encore comme Goytisolo, à qui l’on doit le texte splendide de Palabras para Julia

» Paco Ibañez ne se sert de rien d’autre que de la diffusion d’une poésie qui s’obstine à clamer la vérité. Il est interprète mais aussi, dans une certaine mesure, protagoniste de ce qu’il chante, et il convertit à leur tour ceux qui l’écoutent en protagonistes. Miracle de sa voix tranchante et d’une présence, mélange de simplicité, de rigueur, de conviction et de gentillesse, qui forcent l’adhésion et en appellent à la solidarité. Des chansons d’urgence de ses débuts, Paco a conservé la fougue qu’elles réclamaient ; fougue à laquelle il associe dorénavant une remarquable aisance qui l’invite à prendre le temps de respirer : ce sont les chansons de Brassens, admirablement adaptées en castillan (Chanson pour l’Auvergnat est un véritable régal), ce sont des chansons d’amour, des romances et même de petites fables pleines d’humour. Et c’est Le Temps des cerises qu’il entonne à la fin de son récital : « l’une des plus belles chansons du monde », dit-il à son public qui reprend les couplets en chœur, comme pour l’approuver.  

 

 

» A galopar, naturellement, de Rafael Alberti, devenu grâce à Paco l’hymne magnifique du combat pour la liberté de l’Espagne, figure en bonne place dans son tour de chant. Chanson-cri, chanson-révolte, qu’il lançait en signe de ralliement contre la dictature franquiste, elle restera un témoignage concret de la force et de la vitalité de la chanson. À Bobino, dès les premières mesures, l’émotion renaît comme il y a dix ans… « Hasta enterrarlos en el mar… » (jusqu’à les enfouir dans la mer). Et le public frissonne. Qui dira la part importante de cet enfant de l’exil dans l’éveil des consciences d’une Espagne nouvelle ? « Petit Espagnol qui vient au monde, que Dieu te garde, car l’une des deux Espagnes saura te glacer le cœur » (Machado). Pour une fois, Paco a fait mentir le poète, réchauffant tout entier le cœur de ce petit Espagnol qui découvre maintenant les trésors d’une Espagne éternelle. Comme il lui fait découvrir Brassens. Avec des sonorités, à la guitare, purement ibériques, qui recréent l’univers de l’auteur-compositeur français, pour mieux mettre en valeur… son universalité.

» Le public l’a bien compris, à Bobino, qui a applaudi le maître à travers l’élève, la leçon d’humanité à travers les mots, la vie qui jamais ne se fige à travers les musiques remodelées (arrangements de Jean-Luc Maréchal et Maximiliano Ibañez pour la guitare et de François Rabbath pour la contrebasse). Et cette tranquille assurance de Paco dans sa lutte contre toutes les injustices, et ce terrible et merveilleux pouvoir de la parole. C’est là l’enseignement principal de ce retour à la scène. À la fonction mobilisatrice qui était autrefois celle du chanteur, il a réussi à substituer la plénitude du poète qui se nourrit de doute et n’en croît que davantage. »

 

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En Espagne et partout en Amérique latine, comme Ferré dans la francophonie, Paco Ibañez a fait descendre la poésie dans la rue. C’est grâce à lui d’ailleurs que l’auteur de L’Espoir, des Anarchistes, du Flamenco de Paris, de Franco la muerte ou du Bateau espagnol a chanté au pays de Don Quichotte. C’était en février 1988, une tournée au cours de laquelle, à Madrid, Paco lui a remis « les clés de l’Espagne ». Voici ce qu’il m’en disait lors d’une rencontre pour le dossier « spécial Léo Ferré » de Chorus (n° 44, été 2003) : « On s’est dit que cette clé, seuls pourraient en disposer les descendants artistiques de Cervantes, les artistes à sa hauteur. Alors, on a demandé l’autorisation à Cervantes de la remettre à Léo Ferré… et il a dit oui. Avec cette clé, toutes les portes de l’Espagne lui étaient ouvertes… Et il était content Léo, et il était ému ! »

Déclaré indésirable par le régime franquiste mais devenu entre-temps l’icône de tout un peuple ivre de démocratie, Paco n’est retourné vivre en Espagne, à Barcelone (« Ma petite France à moi », dit-il), qu’au début des années 1990. En mai 1991, à Madrid, il crée A galopar, un spectacle à deux voix avec le poète Rafael Alberti lui-même (cf. cet émouvant document vidéo), le dernier des poètes de « la génération de 27 », ami de Lorca : « Un des moments les plus forts de ma vie, déclara Paco à Marc Legras pour Chorus (n° 26, hiver 97-98), et c’est avec lui que je l’ai partagé ! Alberti à lui seul symbolise des milliers et des milliers de vies. Un million de vies peut-être… Celles de toutes les générations qui ont lutté, tout donné, tout sacrifié pour leurs idées. Il représentait tous ces gens. Sa poésie rendait hommage à leur démarche historique. À leur dignité. »  

 

 

Depuis lors, entre deux tournées en Espagne et en Amérique latine (où il est considéré comme l’égal des plus grands), il retrouve toujours Paris avec bonheur. Cette fois, dans le magnifique écrin de la scène du Châtelet, ce mercredi 30 janvier, il revient avec de nouvelles chansons, celles de l’album Paco Ibañez canta a los poetas latinoamericanos qui résonne des mots de Rubén Darío, Nicolás Guillén, Pablo Neruda, Alfonsina Storni, César Vallejo et autres poètes incontournables du continent sud-américain, qu’il a « enmusiqués » avec son talent unique en la matière. Mais il chantera aussi un florilège de ses grands succès, sans oublier de saluer la mémoire bien vivante d’un autre grand chanteur libertaire de ses amis, « le Jean-Sébastien Bach de la chanson »…

 

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Flash-back.

Été 1996. Nous avons fait le voyage à Barcelone, pour rencontrer Paco, en vue d’un dossier Brassens à paraître dans Chorus (n° 17). Et il nous a invités, ma chère et tendre et moi, à l’accompagner au spectacle qu’il doit donner le soir même dans la capitale catalane. Malgré un match européen de grande importance pour le Barça, à la même heure, la salle de spectacles est archicomble ; sur scène, seul à la guitare, Paco chante les grands poètes de langue espagnole, en ajoutant par-ci par-là quelques anecdotes et commentaires de son cru. Passe environ une demi-heure et puis… « Parmi vous, ce soir, annonce-t-il en s’adressant au public en catalan, il y a des amis français de la revue Chorus qui sont venus me demander de leur parler de Brassens. Nous allons faire mieux : nous allons leur montrer combien on aime Brassens en Catalogne… » Et Paco Ibañez d’enchaîner La Mauvaise Réputation et Pauvre Martin, reprises aussitôt et spontanément en chœur… et en castillan (La Mala Reputación et Pobre Martín), par le public catalan ! Moments de grand frisson partagé. Ce soir-là (et la nuit qui a suivi…), l’esprit de Brassens planait au-dessus de nous.  

 

 

En Espagne, le public reprend spontanément et parfois entièrement ses chansons en chœur. En France, dans l’histoire de la chanson, Paco Ibañez est sans doute le seul chanteur « étranger » qui aura, partout et toujours (au long de cinq décennies), réussi à remplir les salles avec un répertoire non francophone. Miracle de la chanson vivante… C’est encore lui, lors d’un autre entretien réalisé pour Paroles et Musique, qui nous livrera la plus belle définition de la nature, du rôle et de la finalité de la chanson (dont je ferai d’ailleurs, en 1990, le « point d’orgue » de mon livre Putain de chanson). Une conception comme plus jamais, dans toute ma vie au service de celle-ci, je n’en recueillerai d’aussi proche de mon propre ressenti : « Une chanson ce n’est jamais que quelques mots, ce n’est que trois minutes dans le cours du temps, mais une seule seconde peut être d’éternité. En fait, le pouvoir de la chanson est énorme. Et tout à fait inexplicable : elle nous entraîne vers l’utopie, vers des limites que, peut-être, nous n’atteindrions pas sans elle, et c’est cela notre destin : croire à l’utopie. » CQFD ? Oui, CQFD !!!

 

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NB. En 2002, la quasi-intégralité de son œuvre discographique (inclus son album Canta Brassens) a été rééditée en France, sous son propre label « A flor de tiempo », en licence Universal Jazz Music, en superbes CDs digipacks.

Réservations pour le Châtelet, contact scène et disques sur le site de l’artiste. 

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 13:09

Des Bravos (à la relève)

et un coup de chapeau (à Leprest)

 

Que dire encore de cette édition d’Alors… Chante ! qui s’inscrira indéniablement dans les grands crus du festival, en dépit du fait (rare, mais déjà survenu) qu’aucune « Fête à… » n’est venue la couronner ? À Montauban, si on a fait la fête aux plus grands, en leur présence, à Ferré, Gréco, Nougaro, Trenet, Moustaki, Perret, etc., ainsi qu’à ceux des générations suivantes, de Cabrel, Renaud ou Juliette à Jamait ou Sanseverino, on ne s’impose aucune autre contrainte que celle de l’évidence, de l’authenticité, de la qualité et du plaisir partagé. Pour cela, il faut que l’artiste honoré soit disponible pour des rencontres avec ses collègues et le public, une semaine durant. Si tel n’est pas le cas, Jo Masure, Roland Terrancle (le nouveau président, qui a succédé à Jean-Pierre Crouzat) et leur équipe de bénévoles préfèrent passer leur tour plutôt que de proposer une fête artificielle, sans osmose réelle entre ses participants. Et ce refus de la facilité, qui prive l’édition d’une soirée fort courue, est à mettre à l’honneur des organisateurs.

 

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C’est donc Chloé Lacan puis Thomas Dutronc qui ont clôturé le festival, dans la grande salle d’Eurythmie où, entre les deux concerts, a eu lieu la proclamation des « Bravos » 2012, avec les prestations sur trois chansons de chacun des deux lauréats, Tiou et Liz Cherhal, devant un public enthousiaste. Chloé les a ensuite rejoints, histoire de faire le lien avec l’an passé où elle avait cumulé les Bravos du public et des pros (cf. notre photo avec aussi les trois musiciens de Tiou). Dans le même temps, Nevchehirlian chantait Jacques Prévert au Chapitô, un Prévert peu connu, citoyen engagé socialement et politiquement, mais toujours au meilleur de sa forme poétique ; un Prévert insoumis, d’une incroyable résonance actuelle, parfaitement mis en musique par son interprète, qui s’incarne dans les mots du poète, qu’il le chante ou le déclame. Et pendant que Thomas Dutronc faisait vibrer sa guitare manouche à Eurythmie, ce sont les Blankass, au Magic Mirrors, qui mettaient fin en beauté aux festivités.

Sans parler, bien sûr, du dimanche après-midi au cours duquel deux spectacles étaient offerts gracieusement aux festivaliers encore présents : celui du groupe barcelonais Che Sudaka, des amis de Manu Chao qui ont mis le feu à Eurythmie (« un ravissement festif pour les derniers festivaliers, “noctambules d’après-midi”, disait le poète : un feu d’artifice sans artifices », écrit Bernard Kéryhuel dans le quotidien du festival), et celui des Saltimbranks (ci-dessous), pour le jeune public, qui a dû être doublé au dernier moment, vu l’importante affluence…  

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Justement, je me garderai bien d’oublier de citer l’intelligente programmation jeune public, « Mômes en zic », en début d’après-midi, qui a fait le bonheur des milliers d’écoliers venus s’amuser et chanter avec  Chtriky, Pascal Peroteau, Merlot, les Wackids, Jacques Haurogné (convaincant dans Les Fabulettes d’Anne Sylvestre), le formidable Petit Noof (ex-Wriggles), Franz et autre Oldelaf. Tout cela bien sûr en français dans le texte : une programmation de plus en plus nécessaire, par sa qualité mais aussi par sa pédagogie naturelle, implicite, quand on constate les dégâts (croissants) causés au « grand public » par le formatage télévisé.... et la franglomanie galopante.

C’est avec regret que nous avons fait l’impasse sur bien d’autres spectacles, faute de disposer du don d’ubiquité… contrairement au Tchatchival, le journal du festival réalisé quotidiennement sur 8, 12 puis 16 pages sous la rédaction en chef de Bernard Kéryhuel. « Inventeur » du festival Chant’Appart en région Vendée-Pays de la Loire (depuis lors, l’idée a essaimé en Belgique, en Suisse et jusqu’au Québec) et ancien rédacteur de Paroles et Musique dans les années 80, Bernard s’est d’ailleurs fait un malin plaisir d’envoyer au charbon son rédac’chef de l’époque, comme un remake de L’Arroseur arrosé… Parmi ses collaborateurs « attitrés », présents à chaque spectacle et prêts à tirer le portrait des nombreux pros venus au festival (agents, managers, directeurs de salles et de festivals, tourneurs, producteurs ou distributeurs indépendants de disques, etc., sans même parler des artistes croisés au hasard, tels Barcella, Hervé Lapalud, Gilles Roucaute, Gérard Morel, Lili Cros et Thierry Chazelle, Jean-Philippe Rimbaud, Les Becs Bien Zen, Liz Cherhal, Cyril Romoli, Agnès Bihl, Chtriky, Jacques Haurogné, Clément Bertrand, Zedrus, Delly K., Les Grandes Bouches, Thierry Romanens, Presque Oui, Les Yeux d’la tête, Jeanne Plante, Émilie Marsh, Moran, Aldebert…), le fidèle Xavier Lacouture. Auteur, compositeur et interprète, of course, mais aussi metteur en scène, formateur et donc, une fois par an à Montauban, rédacteur !

 

debat-Leprest.jpg

 

Impossible de manquer, en revanche, l’hommage du festival à l’un (Allain !) de ses grands amis, disparu il y a moins d’un an, puisqu’on m’avait prié de l’animer et de témoigner de nos longues relations amicales (depuis 1982 et sa première série de concerts à Paris : voir « Donne-moi de mes nouvelles »). Une rencontre-débat à trois, avec Claude Lemesle et Jo Masure, devant un public de connaisseurs (et de relations personnelles et professionnelles d’Allain) qui emplissait entièrement le Chapitô, comme pour dire à celui qu’on venait célébrer : « Je viens vous voir / C’est pour l’amour / Pas pour la gloire… »  

 

 

Voici d’ailleurs ce qu’en disait Damien Bruey, le lendemain, dans le Tchatchival : « Réunis par l’amour de la chanson, donc par Leprest, Jo Masure (fondateur du festival Alors… Chante !), Fred Hidalgo (rédacteur en chef de l’irremplaçable Chorus) et Claude Lemesle (auteur de chansons incontournables et célébrissimes), ont cheminé de concert sur le sentier Leprest. […] Évoquant tour à tour les circonstances de leur découverte respective de l’artiste, […] ils ont fait naître des sourires sur les visages d’un public fervent. Les souvenirs, égrenés comme autant d’instants rares, ont ravivé de manière saisissante la présence du chanteur. Chaque propos résonnait visiblement en chacun des assistants.

 

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« […] De l’émotion tranquille, comme on pleure entre amis, sans se creuser la tête en vaines consolations, prenait corps à chaque coin d’anecdote, chaque recoin d’élégance, et culminait parfois, à la lecture de propos de l’artiste ou d’une préface d’Henri Tachan. Des envolées lyriques de Claude Lemesle aux propos mesurés de Jo Masure, en passant par les lectures visiblement émues de Fred Hidalgo, cet échange de souvenirs a souligné l’unanimité des propos et des avis sur la prépondérance d’Allain Leprest dans le ciel de la chanson francophone. […] Lemesle6.jpgEmpruntons à Claude Lemesle le constat et le désir suivants : “Allain Leprest possède à mon sens l’écriture la plus aboutie du vingtième siècle… Il était le plus grand… J’espère que l’avenir saura le mériter”. Merci de ce moment qui prouve que l’émotion peut trouver d’autres véhicules que le voyeurisme pour enfler les cœurs. »  

Un moment auquel ont largement contribué les artistes illustrant avec bonheur le talent d’auteur exceptionnel de Leprest. Après une intro de Claude Lemesle, s’attaquant à La Retraite, guitare en mains et voix fragilisée par l’émotion palpable, se sont succédé (à un quart d’heure d’intervalle) Les Becs Bien Zen avec La Gitane (1992), Moran avec J’ai peur (1984), Dimoné avec Lue, un texte caché de l’album Chez Leprest, volume 2 (2009), enfin Les Grandes Bouches avec La Meilleure de mes copains (1992).  

 GBouches-Leprest-copie-1.jpg 

Claude Lemesle parla entre autres du projet d’album concept qu’Allain et lui avaient en commun ; Jo Masure rappela que celui-ci était un fidèle d’Alors… Chante !, auquel il se faisait un plaisir d’assister chaque année, même sans y être programmé (voir notre photo en compagnie de Jamait et Nilda Fernandez)… mais qu’il l’avait été, depuis le milieu des années 80, plus qu’aucun autre artiste : à neuf reprises ! Enfin, on ne manqua pas d’insister sur le travail formidable de l’éditeur Didier Pascalis (Tacet), grâce auquel les dix dernières années du chanteur ont pu se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Après Donne-moi de mes nouvelles (2002), le florilège des deux volumes collectifs Chez Leprest (2007 et 2009) et le dernier album studio, Quand auront fondu les banquises (2008), un Leprest symphonique arrangé par Romain Didier est paru l’automne dernier : un projet initié il y a un an et qui le faisait rêver, a écrit Pascalis en hommage posthume : « Pour les chansons que tu n’as pas eu le temps d’enregistrer, je me suis permis d’appeler certains des amis de Chez Leprest pour qu’ils viennent te remplacer au pied-levé. Tu verras, c’est beau… Je crois que tu seras content. » En l’occurrence six titres sur treize enregistrés par Jehan, Christophe, Kent, Daniel Lavoie, Enzo Enzo et Sanseverino… en français dans le texte.

 

CD-Leprest.jpg

 

En conclusion de cette rencontre amicale et sensible autour d’Allain Leprest, j’ai voulu lui céder la parole en lisant les derniers mots de sa dernière déclaration à Chorus, recueillie par Marc Legras. À l’ultime question de Marc (« Où en es-tu aujourd’hui de ta traversée de l’existence ? »), Allain répondait : « Je suis assez apaisé. Avec le sentiment d’avoir fait une bonne partie de mon boulot. Au plus précis de ce que je voulais décrire. Et en accord aussi avec ce que j’attendais de ce métier… J’ai traversé une épreuve, mais, c’est drôle, il y a vingt, trente ans, j’étais du genre un peu angoissé, persuadé qu’on allait m’annoncer de sales trucs. Ma force provient toujours du flux d’amitié et d’énergie qu’on m’a rendu de l’extérieur. Et si j’ai pu, modestement, apporter quelque chose à tous ceux et celles qui m’ont fait l’honneur de m’écouter, ils me l’ont rendu au centuple. Directement. C’est forcément pour ça que je dis que la chanson est un beau joli putain de métier ! »  

 

 

« Modestement »… Ça t’allait bien, Allain, toi qui étais toujours à l’écoute des autres, notamment des jeunes ; toi qui es parti sur les pointes, sans faire de bruit. Mais ce « quelque chose » que tu nous laisses n’est pas prêt de s’effacer. Ni de notre vivant, à nous tous qui avons eu le bonheur et l’honneur – car l’honneur était pour nous, Allain – de te connaître à la ville et/ou à la scène, ni bien après : comme dans L’Âme des poètes, longtemps, longtemps, longtemps après ta disparition, tes chansons courront encore dans les rues... même si « la foule les chante un peu distraite / En ignorant le nom de l’auteur ». Merci pour tout, Allain. Et merci aussi, pour cette rencontre autour de toi, pour sa fidélité aux hommes et aux idées, merci vraiment – en français dans le texte – à toute l’équipe d’Alors… Chante ! 

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 11:30

Sorcières, je vous aime

 

Retour à Eurythmie pour un double retour. D’abord, celui du groupe toulousain Zebda, reformé en 2011 après une longue séparation de ses créateurs, le temps de mener leurs propres projets en solo, en duo ou en groupe : Magyd Cherfi d’un côté, les frères Amokrane (Mouss et Hakim) de l’autre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la mayonnaise a pris comme à l’origine, que ça fonctionne et que ça communie au mieux avec le public, et que ça swingue (en dignes héritiers de leur inoubliable concitoyen et chantre de la Ville rose) dans un esprit bon enfant, en dégageant plein de bonnes vibrations.

 

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Retour d’Hubert-Félix Thiéfaine, ensuite, après les premières Victoires de la Musique de sa déjà longue carrière. Certes, il n’avait guère besoin de ces hochets pour continuer de tracer sa route à nulle autre pareille, néanmoins je l’ai senti un poil plus libéré. Pas forcément en scène où il ne s’est jamais ménagé, pour le plus grand bonheur de son public (toujours aussi nombreux, fidèle et connaisseur… à l’instar des plus jeunes qui viennent aujourd’hui le renouveler, paroles de ses chansons à fleur de lèvres : « Trois générations se côtoient maintenant à mes concerts, me disait-il, amusé, à l’issue de celui-ci ; les grands-parents, les enfants et les petits-enfants ! »), mais en dehors, disons aussi libéré désormais à la ville qu’à la scène.

 

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 Après le final incontournable en compagnie de La Fille du coupeur de joints, reprise en chœur dès les premières notes de guitare (Alice Botté), je l’ai retrouvé dans sa loge plus reposé et en forme que jamais, la silhouette inchangée, dirait-on, depuis la fin des années 70. Il faut dire que son dernier album n’a pas été pour rien dans cette renaissance, qui lui a valu d’ajouter quelques nouvelles perles (La Ruelle des morts, Infinitives voiles…) à ses succès de toujours (Lorelei, Les Dingues et les Paumés, Narcisse 81, Soleil cherche futur, etc.). Indestructible Thiéfaine. Indispensable et irremplaçable auteur-rockeur… en français dans le texte.  

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Pas vu cette fois Carmen Maria Vega qui passait en première partie, car nous étions au Théâtre pour applaudir Chloé Lacan et Presque Oui, mais de l’avis général la petite bombe (la voix et le physique de Piaf) a frappé fort. Et les dérapages que l’on a pu regretter à ses débuts remarqués (elle a été « Bravos » du public et des pros d’Alors… Chante ! en 2009) semblent aujourd’hui sinon relégués aux oubliettes, du moins en passe d’être canalisés. On en est heureux, car la chanson française a tout à gagner d’un personnage aussi charismatique, doué du sens de la dérision, d’une énergie peu commune et de rares qualités vocales.  

 

 

Chloé Lacan et Presque Oui, donc. Piano et/ou accordéon pour la première (« Bravos » du public et des pros en 2011), seule en scène mais aux talents multiples d’auteure, de musicienne et d’interprète. Du culot, du frisson et de l’humour à revendre ; en un mot du talent à l’état pur, sans besoin du moindre artifice pour être évident. À suivre de près. Guitare virtuose pour le second (« Bravos » des pros en 2008), le Lillois Thibaud Defever qui, après la disparition prématurée de Marie-Hélène Picard avec laquelle il avait formé le duo Presque Oui (du titre d’une chanson de Mireille et Jean Nohain)  poursuit sa route enchantée aux côtés désormais d’un remarquable et malicieux violoncelliste-flûtiste, Sylvain Berthe.

 

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Presque Oui est de cette famille d’esprit dont Trenet est le géniteur. De l’art (fort difficile) de dire légèrement des choses graves. Si bien qu’on rit avec la larme à l’œil ou qu’on pleure le sourire aux lèvres. À cet égard, la première chanson de son tour de chant, non enregistrée encore, est exemplaire. L’histoire d’un couple qui pourrait vivre, ensemble, une vie pleine dans tous les sens du terme, mais qui passera peut-être à côté de tout, par indécision, par prudence égoïste… Quitte à voir vieillir sa jeunesse sans avancer pour autant dans sa vie. « Nous parlons en silence / D’une jeunesse vieille », disait Jacques Brel à Jojo, convaincus qu’ils étaient tous deux « que le monde sommeille par manque d’imprudence »  

 

 

Quoi de moins étonnant, juste à l’issue de la prestation de Thibaud et de Sylvain, de voir débouler sur scène Jo Masure, directeur du festival, et Gérard Davoust, président des fameuses et historiques éditions Raoul-Breton (Mireille et Jean Nohain justement, Charles Trenet bien sûr, Félix Leclerc, puis Aznavour, etc., jusqu’à Sanseverino aujourd’hui dont on ne souligne pas assez les qualités d’auteur, Lynda Lemay ou Agnès Bihl), pour remettre à Presque Oui le prix Raoul-Breton de la Francophonie. Créé en 1966 par la Sacem pour récompenser le travail d’un auteur ou d’un compositeur français, cette distinction a pris une dimension nouvelle en 2011 en s’ouvrant à l’ensemble des pays ayant le français en partage, via le partenariat de la Fédération des festivals de chanson francophone (FFCF). Ce sont donc en majorité les professionnels les plus connaisseurs, ceux qui font tourner les artistes dans leur élément naturel, la scène, qui ont élu Presque Oui… Et à l’unanimité, qui plus est, s’agissant du vote des directeurs de festivals ! Bravo et chapeau, Thibaud.

 

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La veille en fin de matinée, sous le Chapitô, on avait déjà retrouvé Gérard Davoust pour une rencontre-débat sur le métier d’éditeur. Animée par Philippe Albaret, directeur du Studio des Variétés, elle a été passionnante de bout en bout, grâce à l’expérience rare de son protagoniste, à sa simplicité naturelle et à l’amour authentique de la chanson qui le caractérise. Il faut dire que l’actuel président des Éditions Raoul-Breton (et président d’honneur de la Sacem) est l’un des plus estimés professionnels du monde de la chanson dont, au fil des décennies, il a fait le tour : il fut même directeur de Philips à sa grande époque (celle de Barbara, Brassens, Brel, Nougaro…), avec une vingtaine de directeurs artistiques à ses côtés pour l’aider notamment à découvrir de nouveaux talents puis à les accompagner au mieux.

 

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Le témoignage de Gérard Davoust – qui n’a pas manqué de déplorer le choix croissant de l’anglais par les talents actuels les plus médiatisés, félicitant au passage le festival de Montauban pour sa fidélité à sa ligne francophone – s’est poursuivi par un dialogue fort instructif et chaleureux entre lui et Agnès Bihl, sur la façon dont leur rencontre a eu lieu et sur l’aide que peut apporter un éditeur véritable dans le développement d’une carrière à laquelle il croit. Et puis Agnès, en guise de bouquet final, a interprété l’une de ses chansons, accompagnée au piano par Dorothée Daniel.

 

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Celles-ci et deux autres dames nous avaient régalés d’une création dès le mardi soir au Théâtre (après Clément Bertrand, ses textes forts, sa tension poétique et son pianiste « génialement déjanté » en première partie), intitulée Carré de dames, mais qui pourrait tout aussi bien s’appeler « Carré d’âmes »… Imaginez le plateau : deux pianos à queue face à face, à chaque extrémité latérale de la scène, auxquels deux magnifiques musiciennes, également chanteuses à leurs heures, donnent une âme. Dorothée Daniel côté cour, Nathalie Miravette côté jardin (à moins que ça ne soit l’inverse puisqu’elles changent de piano en cours de spectacle). Tour à tour au diapason, jouant leur propre partition ou se complétant (à merveille)…

 

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D’entrée, elles donnent le ton avec une succession de thèmes musicaux fusionnant peu à peu dans la mélodie de La Lettre à Élise d’Anne Sylvestre. Et justement, voici la grande dame qui fait son apparition pour chanter ce classique beethovien de son répertoire, bientôt rejointe à la voix et à la complicité par la fringante Agnès Bihl, de rouge et noir vêtue et toute blondeur dehors. Commence alors un fameux numéro, en solo ou en duo, où le double A de la chanson féministe, à deux générations d’écart, fait vite craquer et chavirer de bonheur le public. Heureux privilégiés du reste, ce spectacle, offert ici en avant-première, n’étant prévu pour tourner qu’à partir de l’automne prochain.

 

 

Qu’en dire en quelques mots, sinon que ce Carré de dames – dont Agnès a eu l’idée et dont Anne a trouvé le titre – résume le meilleur de ce qu’on peut espérer de l’art de la chanson : du rire et des larmes. Avec de la tendresse, forcément, et de la révolte subtile contre les injustices dont sont victimes les femmes depuis toujours (on connaît la chanson, c’est La Faute à Ève…), ces Hommes pas tout à fait comme les autres.  

 

 

Les chansons d’Agnès (Treize ans, Merci maman merci papa, La plus belle c’est ma mère…) épousent parfaitement celles d’Anne (Le Mari de Maryvonne, un sommet de fantaisie subversive, etc.), au point que parfois l’assistance peut se demander laquelle des deux a signé la chanson en cours. Des chefs-d’œuvre d’Anne parsèment le fil de cette performance à quatre (les pianistes reprennent des chansons à l’unisson ou viennent brièvement suppléer les chanteuses), comme Les gens qui doutent, Un mur pour pleurer, Une sorcière comme les autres, Non tu n’as pas de nom ou cette méconnue et si originale Carcasse  

 

 

Le tout est très enlevé, dans une mise en scène théâtrale de Fred Radix où, physiquement, la sagesse tranquille de l’une contraste avec la présence virevoltante de l’autre. Mais complices et solidaires, toutes deux, au-delà du temps qui passe et toujours en français dans le texte. Carré de dames ? Carré d’âmes ? Carré d’as, pour le moins ! Jubilatoire et pas innocent ni gratuit pour un sou. Sorcières, je vous aime !

[À SUIVRE]

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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