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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 16:55

Je chanterai, tu chanteras, il ou elle chantera…

 

On approche de l’édition 2012 du festival « Alors… Chante ! » de Montauban, vingt-septième du nom, du lundi 14 au samedi 19 mai. On le sait, c’est une manifestation que l’on apprécie tout spécialement. Pour sa convivialité rare, d’abord. Pour la qualité bien sûr et la diversité de sa programmation ; pour la spécificité de sa « fête » finale autour d’un grand artiste (quand l’occasion s’y prête, sans systématisme artificiel) ; enfin pour ses « Découvertes » : un tremplin assurant sinon la gloire du moins la reconnaissance des pros de terrain. L’autre marque de fabrique d’ « Alors… Chante ! » est en effet de réunir chaque année – unité de lieu et de temps – les directeurs des festivals de chanson, quels que soient leur taille et leurs moyens respectifs, après avoir été à l’origine de la création de la Fédération des festivals francophones.  

 Jo-copie-1.jpg 

C’est ainsi qu’en 2010, pour le vingt-cinquième anniversaire (voir notre compte rendu ici, en trois volets), on y découvrit notamment une certaine Zaz, qui a parcouru bien du chemin depuis. Respect, donc, pour « Alors… Chante ! » Surtout que l’un de ses invités d’honneur, celui de 1992 (beau millésime : ce fut celui de la création de Chorus-Les Cahiers de la Chanson prenant la relève attendue de Paroles et Musique… qui inspira Georges Masure, dit « Jo », le fondateur unanimement estimé de ce festival – il n’y a pas de hasard), avait résumé l’essentiel dans un superbe texte de chanson. Une œuvre peu connue, couchée discrètement sur le papier car restée orpheline de musique, que je vous livre avec bonheur.

Cela s’intitule sobrement Tu chanteras, mais à défaut de voix et de notes, ça vaut son poids de mots… et de prémonition poétique. Jugez-en :

Mon cher Georges,

Quand la terre en aura fini
Avec sa ronde autour des ans
Quand le ciel deviendra tout gris
Et qu’il pleuvra des pluies de sang
Quand les femmes s’habilleront
En insémination majeure
Et que les enfants parleront
À leur papa l’ordinateur

Tu chanteras

Quand les filles auront des seins
Remplis de bateaux au long cours
Aves des voiles et des jardins
Où fleuriront des fleurs d’amour
Quand les prisons se videront
Et que les juges seront las
Quand les chevaux dételleront
Et nous mettront enfin au pas

Tu chanteras

Quand les symphonies pèseront
Les poids du rêve et de l’ennui
Quand les orchestres s’en iront
Faire l’amour avec les nuits
Quand les pershings auront l’accent
Dans la province de Moscou
Quand les sourires auront le temps
De prendre tes larmes à ton cou

Alors tu chanteras
Au mois de mai
Quand les étoiles pâliront
De te voir encore debout

Tu chanteras tu chanteras
À Montauban
Au mois de mai
Et qui sait quand… à Montauban…

 

LeoLenySapho

 

C’était il y a vingt ans exactement. Vous l’avez reconnu, bien sûr. Il s’agit d’un texte écrit « à l’occasion du festival de Montauban de mai 1992, organisé par Georges Masure et dont Léo Ferré était l’invité » (voir la photo ci-dessus de Francis Vernhet, l’œil de Chorus, avec Leny Escudero, Sapho et Georges Moustaki). L’un des tout derniers du Vieux Lion (rassemblés dans le recueil La Mauvaise Graine, textes, poèmes et chansons 1946-1993, paru en novembre 1993 chez Edition°1*). Et il n’en a pas écrit des pelletées, des comme celui-là, dédié nominativement. Il est vrai que Jo, l’homme, a toujours été et reste proche de Léo dans l’esprit. C’est extra, dirait Thiéfaine...

 

 

1992-2012. Avec le temps, au mois de mai à Montauban, on chante toujours autant… quel que soit le temps. « Alors… Chante ! » 2012 ? Pas de grosse artillerie, mais tout plein de petits bonheurs. En bref et dans l’ordre chronologique, du lundi 14 au samedi 19 mai (pour le détail se rapporter au site du festival, à sa grille de programmation, au programme des Découvertes et à sa billetterie : tous les liens sont là) : Chtriky, Merlot, Pascal Peroteau, les Wackids, les Becs Bien Zen, les Grandes Bouches, Zebda, Clément Bertrand, Carré de dames (une création d’Agnès Bihl et Anne Sylvestre avec leurs accompagnatrices), From & Ziel, Liz Cherhal, Antoine Henaut, Jacques Haurogné, Moran, Berry, Cœur de Pirate, Brigitte, Boby Lapointe repiqué, HK et les Saltimbanques, Anouk Aïata, Tiou, Ginkoa, Petit Noof, Chloé Lacan, Presque Oui, Carmen Maria Vega, Hubert-Félix Thiéfaine, Vincent Liben, Suarez, Alex Nevsky, Jeanne Plante, les Yeux d’la tête, Franz, Bulle de vers, Les Franglaises par les Tistics, François & The Atlas Mountains, Camille, Wally, Oldelaf, Jali, Carrousel, Zoufris Maracas, Dimoné, L, Thomas Dutronc avec les « Bravos 2012 » (les résultats des Découvertes) en première partie, Nevchehirlian (chante Prévert)… et les excellents Blankass pour clore le bal chantant au Magic Mirrors. Sans parler du Off…

Bref, de la chanson jeune public, des créations, des découvertes, du patrimoine. De l’acoustique au rock, toujours dans le respect de la tradition poétique d’« Alors… Chante ! » J’en veux pour seul exemple la programmation d’Hubert-Félix Thiéfaine… qui parle ici (voir vidéo ci-dessus) d’un certain Ferré (à qui j’avais proposé d’écrire une préface sur Hubert pour le premier livre, signé Pascale Bigot, consacré au chanteur franc-comtois). Il aura fallu attendre 2012 pour que les « professionnels de la profession » à Paris reconnaissent enfin ce que Léo disait en substance de Thiéfaine dès 1987 dans ce mot qu’il m’envoya manuscrit (et dont je conserve précieusement l’original) : « …Il vint alors, Hubert-Félix, débordant de tendresse, parlant, chantant et donnant au verbe une pathétique présence : c’était un oiseau vainqueur, les cigales sous les ailes, la musique se révélant soudain comme l’inédit de la folie, quand la folie devient maîtresse et que plus rien ne l’arrête. Le voilà, Hubert-Félix, le silence en bandoulière et Leonardo dans les mirettes. Dans la salle pleuraient les loups déchaînés. Les louves tendaient les bras vers ce lac de lumière où la musique se teint en rouge avant de disparaître. Les mots d’Hubert-Félix emportent tout vers l’inconnu, vers la tendresse aussi, quand la tendresse lui prend la main… »

 

Leprest.jpg

 

À Montauban, en 2012, Léo Ferré ne sera jamais bien loin de nous. Pas davantage qu’un autre de nos grands amis, grand poète de la chanson, trop tôt, beaucoup trop tôt disparu : l’homme aux deux ailes, comme disait son ami (et admirateur !) Claude Nougaro, je veux évidemment parler d’Allain Leprest. Allain qui était un fidèle d’« Alors… Chante ! » dont il ne manquait aucune édition, qu’il y soit programmé ou pas. Le festival a tenu très justement à lui rendre hommage, moins d’un an après sa disparition, à travers une rencontre publique : elle aura lieu jeudi 17 à 11 h 30 sous le petit chapiteau, avec Jo Masure qui a forcément beaucoup de choses à dire sur Allain ; avec Claude Lemesle qui, pour être l’un de nos principaux auteurs contemporains, n’en considérait pas moins Leprest – de son vivant – comme un écrivain majeur de la chanson ; et avec votre serviteur qui s’est trouvé, au tout début des années quatre-vingt (et grâce à Henri Tachan : voir « Allain Leprest : Donne-moi de mes nouvelles » sur ce blog), en situation de jouer un rôle dans le parcours professionnel de cet exceptionnel autant qu’atypique « chantauteur » (je revendique le néologisme).

Mais comme la parole ne remplace pas la chanson, plusieurs artistes programmés lors de cette édition viendront nous interpréter certaines œuvres d’Allain Leprest en guitare ou piano-voix. Claude Lemesle lui-même, chanteur à ses débuts, s’y collera, non sans émotion partagée, je le pressens, je le sens déjà. Car, pour nous qui l’avons connu de près, comme pour tous ceux qui ont eu la chance de le voir sur scène (la seule manière d’aller à sa découverte, tant l’indifférence médiatique fut grande et constante à son égard, sans qu’il ne montre jamais la moindre amertume), Allain Leprest ne nous a pas quittés. Il est toujours à nos côtés. Alors, Allain… Chante ! Chante comme tu l’as toujours fait ; pour l’amour, pas pour la gloire.

 

 

• Festival « Alors… Chante ! », c/o association Chants Libres, 505 avenue des Mourets, 82000 Montauban (informations au 05 63 63 66 77).

*J’en profite pour adresser mes remerciements à la famille, à Marie-Christine Ferré bien sûr et d’abord, à Mathieu et à la fratrie ensuite, ainsi qu’aux Éditions La Mémoire et la Mer (qui conservent l’entier copyright du texte ci-dessus).

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 09:44

« Alors… Chante ! » avec Juliette


Autour du pont de l’Ascension, entre le Printemps de Bourges en avril et les Francofolies de La Rochelle en juillet, se situe chaque année depuis plus d’un quart de siècle le festival Alors… Chante ! de Montauban. Beaucoup moins connu du grand public car beaucoup moins médiatisé par la presse et l’audiovisuel parisiens, Alors… Chante ! n’en est pas moins l’un des hauts lieux principaux de la chanson francophone. Il se trouve même quelques milliers de spectateurs, à chacun de ses millésimes, pour témoigner de sa convivialité sans égale qui en fait peut-être, de tous les grands événements du genre, le festival à dimension humaine par excellence. Sa 26e édition, autour de Juliette, couvre toute la semaine, de ce lundi 30 mai au dimanche 5 juin.

juliette.jpg

En fait, comme à son habitude, Alors… Chante ! propose aux festivaliers une entrée en douceur avec trois spectacles pour enfants dans sa programmation « Mômes en zic » (notamment avec l’excellent Hervé Suhubiette), et une soirée gratuite avec Camélia Jordana et Benjamin Paulin en première partie. De même le dimanche est l’occasion d’offrir un autre concert gratuit, dans l’après-midi, en guise de clôture.

Dans l’intervalle, la chanson bat son plein dans une demi-douzaine de lieux, du théâtre municipal à l’italienne à la grande salle Eurythmie en passant par divers chapiteaux, dont le Magic Mirrors réservé en particulier aux célèbres Découvertes (couronnées par les Bravos du public et les Bravos des professionnels) d’Alors… Chante ! Heureux sélectionnés de l’édition 2011, venus de l’ensemble de l’espace francophone (par ordre d’apparition à l’affiche, du mercredi au samedi à partir de 14 h 30) : Jeanne Garraud, Dimoné, Aliose, Pauvre Martin, Chloé Lacan, La Maison Tellier, Cindy Doire, Kharim Gharbi, Bab, Coco Royal, Brune et Les Becs Bien Zen.

 

On ne dira jamais assez l’importance de ces Découvertes, où se sont révélés la plupart des talents de la « nouvelle scène » française (qu’on appelait la « Génération Chorus » avant que les grands médias daignent enfin s’y intéresser), de Mano Solo (1994) ou Miossec (1995) alors que le dispositif n’était pas aussi clairement identifié (son origine remonte néanmoins à 1985 avec le tremplin « Ricochets »), à Jeanne Cherhal en 2001 (ah ! Quand on est très amoureux…), Bénabar, Jamait, Aldebert, Amélie-les-Crayons, Renan Luce, tant d’autres encore, par dizaines, jusqu’à Zaz l’an dernier ; le simple fait d’y être programmé offrant une exposition professionnelle d’exception en raison de la présence systématique à Montauban d’une vingtaine de responsables, directeurs et programmateurs de festivals francophones. L’une des spécificités d’Alors… Chante ! est en effet d’accueillir chaque année en assemblée générale la Fédération des Festivals francophones, dont l’acte fondateur a été une charte « qui pose et arbore une certaine façon de voir et programmer la chanson », écrivait Yannick Delneste dans Chorus n° 52 (été 2005), les principes communs à ses signataires étant d’offrir « une vision culturelle et non pas mercantile du genre, l’existence d’un projet et d’une direction artistique reconnaissant la chanson comme un art majeur ».

L’édition 2011 est dédiée à la grande Juliette qui fut justement l’une des premières artistes à être programmée, au milieu des années 80, par Jo Masure et l’équipe dirigeante de Chants Libres, l’association organisatrice d’Alors… Chante ! Gageons que la soirée qui lui est consacrée en point d’orgue du festival, samedi 4 juin, restera dans les mémoires, pleine de rimes féminines : Juliette, géniale jubilatrice, y accueille ses invités (suprises…) en première partie avant d’offrir son spectacle actuel, No parano, l’entracte étant l’occasion de proclamer en paroles et en musiques le palmarès des Découvertes.

 

Mais auparavant, l’éclectisme et la qualité du programme auront fait bicher plus d’un festivalier. Sans commentaires (voir le site d’Alors… Chante ! pour les détails), citons en vrac – Belgique, France, Québec et Suisse confondus – la présence de Monsieur Lune, Weepers Circus, Chanson Plus Bifluorée, Soprano, Zut, Thibaud Couturier, Manu Galure, Les Vendeurs d’Enclumes, Bernard Lavilliers, Zoé, Été 67, Deportivo, Alex Beaupain, Bertrand Belin, Thomas Fersen, Têtes Raides, Nicolas Fraissinet, Thierry Romanens, Nilda Fernandez, Florent Marchet, Karimouche, Zaz, Stéphane Côté, Pierre Lapointe, CharlÉlie Couture, Art Mengo, Mademoiselle K, etc. Tout cela du début de l’après-midi (voire du matin pour les Mômes en zic) jusqu’à la « Nuit musicale » au Magic Mirrors (à partir de minuit et demie), le tout s’achevant le samedi au même endroit et à la même heure par la « Nuit des découvertes ».

Pour plus de précisions encore, si besoin est, sur ce festival qui apporte un supplément d’âme à la chanson vivante, lire nos différents sujets et comptes rendus de l’an dernier, respectivement intitulés L’Âme des poètes et, justement,  Supplément d’âme (n° 1, 2 et 3). Bénabar lui-même, invité d’honneur et « parrain » d’Alors… Chante ! en 2006 après y avoir été programmé en Découvertes en 2001, ne confiait-il pas à Chorus, en réponse à Yannick Delneste : « C’est la cinquième fois que je viens, et j’ai effectué ici tout le cursus, de la première partie à la grande scène en passant par la scène Découvertes. […] C’est un festival à hauteur d’homme : je le savais, mais j’ai pu le vérifier tout au long de la semaine. » Ici, c’est à préciser, chaque invité d’honneur de l’édition (comme beaucoup d’autres artistes programmés) reste sur place toute la semaine, se mêlant très volontiers aux spectateurs...

La dimension humaine, le suivi artistique : deux principes fondateurs également du travail effectué par notre équipe, trente ans durant, avec Paroles et Musique puis Chorus. Tout est dit. Si vous aimiez notre action, si vous aimiez notre façon de faire – voire notre façon d’être –, sachez que tout cela se poursuit aujourd’hui à travers Alors… Chante ! Alors… si ça vous chante, il suffit de passer le pont… du Tarn et de l’Ascension réunis.

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 16:15

Supplément d’âme (fin)

   

On aura donc eu droit, ce vendredi soir à Eurythmie, à la création du spectacle d’Aldebert (que l’on retrouvera cet automne au Zénith de Paris, taille de scène oblige – ne le manquez pas, c’est du tout bon) ; puis, jusqu’à tard, très tard, dans la nuit, à une définitive réconciliation générationnelle. Marier le présent, l’avenir et le patrimoine, disais-je : on en a eu la démonstration avec un titre de chacun des artistes de la relève venus spécialement, doublé d’une reprise (librement choisie, bien sûr) d’une chanson des principaux invités d’honneur des premières années du festival, ceux auxquels on faisait la fête en clôture, en leur présence.

   

Pour accompagner les quatorze ex-Découvertes, les musiciens d’Aldebert, talentueux, solidaires et stoïques durant près de cinq heures (sans parler des répétitions et des balances)… Pour ouvrir et conclure la soirée, Jo Masure et Jean-Pierre Crouzat – le directeur du festival et le président de l’association organisatrice – rappelant que le titre Alors… Chante ! était inspiré directement d’une chanson écrite par Maurice Fanon (musique de Gérard Jouannest), Mon fils chante, qui fut aussi un ami proche et un fidèle de la manifestation. Sa reprise s’imposait d’autant plus que Juliette Gréco l’inscrivit aussitôt à son répertoire et la chanta ici dès 1986. C’est Jamait et Amélie-les-crayons qui s’y collèrent joliment en ouverture, tandis qu’à la coda, tout le monde la reprit en chœur.

   


 

Et moi, excusez-moi de parler de moi mais l’occasion le justifie, en écoutant cette superbe chanson (« Pour que la liberté / Vive dans le monde entier / Mon fils, il faut chanter »), je me disais que j’étais sûrement dans cette salle le seul des trois mille spectateurs présents à avoir assisté en 1984, invité par son auteur, à son enregistrement en studio. (J’avais fait la connaissance de Maurice à l’École buissonnière, en 1966 ou 1967, le cabaret parisien de René-Louis Lafforgue : nous étions « pays » ainsi qu’avec son pianiste accompagnateur et arrangeur Pierre Louvet). L’ironie du sort voulut que cette chanson soit la dernière de son ultime album. Il n’y a pas de hasard. 
 

L’âme des poètes  

Se présentant l’un l’autre, accompagnés par la formation d’Aldebert et jouant aussi parfois du piano ou de la guitare, les quatorze « nouveaux talents » revinrent donc à deux reprises chacun, la seconde pour célébrer les « monstres sacrés » qui ont défilé en ces lieux (Aldebert optant lui-même pour Mon p’tit loup de Pierre Perret). Parfois avec quelque appréhension de n’être pas à la hauteur des interprétations originales dont l’écho résonnait encore dans la mémoire de nombreux festivaliers montalbanais, mais en cherchant plutôt (avec plus ou moins de réussite) à les revisiter.

  

final

 

On vit ainsi se succéder la tendre Amélie-les-crayons reprenant au piano Votre fille a 20 ans, de Moustaki, en hommage particulier à Serge Reggiani ; Travis Bürki adressant à la guitare électrique un clin d’œil à Dylan, via Hugues Aufray, avec La Fille du Nord ; le Belge déjanté Daniel Hélin osant le fameux Hexagone de Renaud, doublement même parce qu’un Belge déclarant sans sourciller : « Être né sous l’signe de l’Hexagone / C’est vraiment pas une sinécure / Et le roi des cons sur son trône / Il est français, ça j’en suis sûr », c’est gonflé, et parce qu’il prit le risque de l’interpréter (et de se planter au passage, c’était couru) a cappella ; Imbert Imbert convoquant derechef Renaud avec Salut manouche ! Murielle Magellan, la toute première « découverte » en 1985 sous le pseudonyme de Dbjay (pour la petite histoire, la lauréate 1987, Sabrina O, se fit connaître, elle, sous le nom de Pauline Ester), bissant Moustaki avec Il est trop tard ; Nicolas Jules s’inclinant devant Pierre Perret avec Qu’elle était jolie ; le classieux K helvétique rappelant une troisième fois Moustaki avec Ma solitude ; Presque Oui (alias Thibaud Defever) endossant un Trenet comme taillé sur mesure, La vie qui va ; Thierry Romanens s’offrant l’intemporel et sans frontières Avec le temps de Ferré ; Carmen Maria Vega et Stéphane Balmino, enfin, cassant la baraque, à l’aide de leurs voix remarquables, avec Bidonville de Nougaro, après avoir salué de façon émouvante Mano Solo (dont le passage, dans cette même salle lors de la vingtième édition, reste à jamais inoubliable), avec Les Gitans

   


 

Dans ce registre relativement inattendu, Jamait avait choisi Le Vieux Jonathan de Leny Escudero, et c’était du vécu ! Grand monsieur, déjà, le père Yves, quelle présence, quelle voix, quelle puissance d’expression ! Il opère la jonction entre les grands auteurs et les grands interprètes. L’occasion – ne disposant pas de vidéo de cette soirée – de s’offrir quelques minutes de bonheur en invitant pour la première fois l’auteur, certes de Pour une amourette, Ballade à Sylvie ou À Malypense, mais surtout du Cancre, du Fils d’assassin, de La Grande Farce ou de Vivre pour des idées, dans Si ça vous chante

    

  

Manu Galure, ensuite, servait la surprise du chef, avec l’histoire édifiante d’une course à la vie à la mort de 300 000 millions… de spermatozoïdes : tous sur la ligne de départ pour un seul à l’arrivée. Dans l’intervalle, comme dans la vraie vie, c’est à qui piétinera le mieux les autres (et le plus possible d’entre eux). Hilarante mais ô combien réaliste déclinaison, signée Ricet Barrier (qui fut reprise et admirablement mise en scène par les Frères Jacques), du fameux « S’il n’en reste qu’un je serai celui-là » ! Allez, là aussi, comme il n’y a pas de mal à se faire plaisir, voici la version originale (paroles de Ricet, musique de Bernard Lelou) de ce monument par définition immortel, même s’il ne dure « que » sept minutes et des poussières… d’éternité.

   

Ricet Barrier – Les Spermatozoïdes

 

Du fond et du son

Un peu plus tôt, au Théâtre, après le spectacle bon enfant, à l’humour potache, d’un Éric Toulis (ex-Les Escrocs) s’essayant à jouer les Coluche de la chanson, Carmen Maria Vega, lauréate 2009, était plébiscitée par un public qui la découvrait (comme le montrait le « sondage » effectué sur le vif par la chanteuse). Une surprise : son nouveau look, avec la boule à zéro ou presque. Une confirmation : cette petite bonne femme, toute d’énergie et de charisme, pourrait comme on le disait de Piaf chanter le Bottin. Une inquiétude : ses chansons ont beau être l’œuvre du guitariste qui l’accompagne et qu’elle affectionne visiblement (et c’est bien normal : ils ont démarré leur projet de groupe ensemble), elles ne sont décidément pas à la hauteur de son talent. Une fois ça va, on est pris par le tempérament hors du commun de la jeune femme et subjugué par sa voix hors normes, mais au bout de trois ou quatre fois, bonjour les dégâts ! On est en manque de fond. Il est urgent (si toutefois elle souhaite aller de l’avant) que Carmen se penche sérieusement sur la question de son répertoire. Une idée, tiens : contacter les Éditions Raoul-Breton dont le président, Gérard Davoust, était à Montauban pour y voir (et grandement apprécier) Dorémus et Clarika, ou encore Claude Lemesle qui sait de quoi il parle quand il dit (dans Chorus n° 67) que, la plupart du temps, « Tout seul [pour écrire des chansons], on n’est pas assez »

Restait après cela la dernière véritable journée, celle du samedi 15. Au Théâtre, quelqu’un de bien : la délicieuse et délicate Enzo Enzo, en femme libérée qui n’a pas sa langue dans sa poche et met sa voix au service de superbes chansons (dont celles d’Allain Leprest, ou de Kent bien sûr) ; suivie de Belle du Berry (ex-Paris Combo) dans une nouvelle aventure scénique, belle voix et formation à variables rock pour la musique et chanson pour le texte.

guitaristeÀ Eurythmie, on l’a dit, Bazbaz assurait efficacement la promotion des boules Quiès, juste après la jolie présentation au public par Jo Masure et Carmen Maria Vega, lauréate 2009, des Vendeurs d’Enclumes, doubles vainqueurs des Bravos 2010. Et juste avant Renan Luce, lauréat 2006, lui, et invité d’honneur dès 2008 ! Qu’en dire ? Qu’on se faisait un plaisir, que dis-je, une joie majeure, de le revoir… et que la déception fut à la hauteur de l’attente, à cause, là encore, d’une sonorisation par trop agressive. Et absurde s’agissant d’un artiste qui s’est fait connaître et apprécier, à juste titre, pour la qualité de ses paroles et de ses mélodies – car s’il y a un mélodiste-scénariste dans la jeune chanson, c’est bien Renan Luce.

Absent la veille lors de la soirée anniversaire (il chantait en Suisse), on ne l’attendait que plus ce samedi… où la « technique », faisant des siennes, gâchait la prestation du chanteur en rendant deux paroles sur trois incompréhensibles. Mais pour être tout à fait juste, j’émettrai un son discordant à mon discours de cordes (et d’oreilles) sensibles, en précisant que certains spectateurs ne semblaient pas (trop) gênés par la violence abusive du volume. Tant mieux pour eux et grand bien leur fasse. En attendant le bilan de leur appareil auditif dans quelques années…
 

Charles-Cros et « Alors… Campe ! »

Heureusement, Alors… Chante !, on l’a dit et redit, c’est tout un ensemble convivial, avec bœuf au banquet du Magic Mirrors jusqu’au bout de la nuit, et des petits plus par-ci par-là. Des rencontres, au hasard des allées ou des repas à la « cantine » publique, avec des professionnels venus de tout l’espace francophone (du plus loin de l’Acadie par exemple avec Carol Doucet, représentante et productrice de nombreux artistes, ou Daniel Thériault, directeur du plus ancien festival du Nouveau-Brunswick, celui de Caraquet) ; d’amoureux de la chanson comme Laure Cousin, la veuve de Jehan Jonas qui m’a annoncé pour bientôt un disque d’enregistrements inédits remasterisés (on en reparlera) ; d’attachées de presse toujours à l’affût du nouveau talent, comme Marie-Françoise Balavoine ; d’artistes comme Laurent Madiot qui m’a fait saliver à la description de son nouveau spectacle – tous publics – autour du répertoire de Nino Ferrer ; de la délicieuse Liz Cherhal qui marche, dans son style à elle, sur les traces de Jeanne, ou de l’étonnante Katrin’ Wal(d)teufel, la « Cello Woman Show »… 

Et puis, qui ajoute encore au supplément d’âme du festival, la remise traditionnelle, au Magic Mirrors (entrée libre), des Coups de cœur annuels de l’académie Charles-Cros, représentée par son président Alain Fantapié et son coordinateur Thierry Créteur. Quatorze Coups de cœur, cette fois (dont quatre à des artistes de la francophonie), ont été attribués le 14 mai à midi sous le Magic Mirrors en présence de certains des chanteurs et groupes en question (les Suisses d’Aliose, les Belges de BaliMurphy, l’Acadien Pascal Lejeune, le groupe Coup d’marron – voir « Florilège de printemps » –, Carmen Maria Vega et Zaz, également distinguée par les Bravos du festival) – qui ont chanté chacun une chanson avant de répondre à une brève interview – et de nombreux professionnels, dont les membres de la FFCF. (Les autres lauréats sont Arnaud Fleurent-Didier, Camélia Jordana, Casey, Gaëtan Roussel, JP Nataf, Karimouche et Smod ; Philippe Albaret recevant pour sa part un « Coup de cœur spécial pro » pour Le Coach, structure de formation et de perfectionnement des artistes émergents, dont il est le fondateur.)

 

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Enfin, grande innovation, en accord total avec Jo Masure, l’organisation d’un festival off dans l’enceinte même d’Alors… Chante ! Son nom ? « Alors Campe ! » Pourquoi ? Parce que la plupart des artistes programmés, une vingtaine tout au long de la semaine, l’ont été dans une petite mais accueillante caravane (Raphael a dû apprécier), où nous avons notamment applaudi Zedrus, chanteur pince-sans-rire, famille Tonton Georges et frangin Renaud pour le côté iconoclaste, tendance Desproges pour l’humour cynique et aussi noir que le bon chocolat suisse.

  

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Suisse comme cézigue ou comme l’association organisatrice, Catalyse (créée par Bettina Vernet), qui se veut un « accélérateur de talents » et réalise un formidable travail de fond, à longueur d’année, rejointe symboliquement dans cette initiative par Wallonie Bruxelles Musiques, dont le directeur, Patrick Printz, était également présent. À côté des représentants helvétiques (Aliose, Béatrice Graf & Sophie Solo, Derf und Germano, K, Noga, Sarah Olivier et Zedrus), on retrouvait en effet le chanteur belge Samir Barris (à suivre de près) et, comme Catalyse a le sens de la chimie chansonnière, les portes de la caravane et la scène du petit chapiteau installé derrière (le Magic Mirr’Off !) étaient grandes ouvertes à toutes sortes d’éléments complémentaires, de la région Midi-Pyrénées, de Paris, de Rhône-Alpes, de Bretagne, des Antilles ou d’Afrique (Ainamaty, Alee, Coup d’marron, Dimoné, François Gaillard, JereM, Jhos & the PCA Family Band, Kebous, Kyssi Wète, Lartigo, Paul Sidibé, Soul Magic Tribe et Yuz)… Un vrai « supplément d’âme », non ? Et c’est dans l’éprouvette de Montauban que cette chimie s’opère.

On aura l’occasion, si ça vous chante, de reparler dans ces « pages » de l’action au long cours de l’académie Charles-Cros et de celle de Catalyse, deux acteurs importants, chacun dans son genre, dans la vie de la chanson francophone. Mais aujourd’hui le roi est mort, alors… que vive Alors… Chante ! vingt-sixième du nom n

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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