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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 11:52

La vie devant soi

 

Tout ce que tu m’as dit
C’était menti
Tout tout était menti
Alain Souchon

 

Pour tout le monde, hier, c’était la Fête de la Musique. Pour nous, c’était aussi (surtout ?) le jour « anniversaire » d’une certaine Défaite de la chanson. Un an auparavant, en effet, se tenait l’ultime réunion de l’équipe de rédaction de Chorus (nos retrouvailles trimestrielles s’étalant toujours sur un week-end, celui des 20 et 21 juin 2009 en l’occurrence). Mais une réunion dont le seul objet, comme les dizaines qui l’avaient précédée depuis juin 1992, était de déterminer le sommaire du numéro suivant (celui du n° 69 de l’automne 2009, à paraître le 21 septembre), et d’en répartir les tâches.

 

Un mois après, le 22 juillet, alors que chacun d’entre nous vaquait normalement à son travail, à travers l’espace francophone, on apprenait, incrédules, que la société éditrice, pourtant nouvellement reprise, était placée en liquidation judiciaire.

 

 
Suite à cette disparition, et sans parler des sentiments de ses journalistes qui ont eu beaucoup de mal à se relever du choc subi, d’autant plus violent qu’il était inattendu, on a pu entendre sur Europe 1 les réactions unanimes des artistes de la chanson francophone, tous genres musicaux et générations confondus, lors de l’émission spéciale de deux heures du 10 octobre 2009 intitulée On connaît la musique fait chorus. Quant à ses lecteurs, on a mesuré l’importance de leurs regrets et de leur incompréhension à la lecture des innombrables lettres pétries d'émotion qui ont suivi la non parution (ou la non réception pour ses abonnés) du n° 69, mais aussi, depuis lors, des commentaires spontanés qui continuent d’apparaître ici et là, notamment dans les blogs des différents ex-journalistes de « la revue de référence de la chanson francophone ».
  

Thiefaine.jpg

Ce rappel, non pour remuer le couteau dans la plaie de qui que ce soit – même si aucun membre de la Rédaction de Chorus n’a pu faire l’impasse sur cet « anniversaire » : pensez, un an plus tôt, nous bâtissions un formidable sommaire (Manu Chao en dossier exclusif, Romain Didier et Allain Leprest en « duo d’artistes », Michel Jonasz, M, etc. : 196 pages de chanson vivante, jusqu’à notre lot habituel de découvertes francophones, une bonne dizaine de portraits de nouveaux talents), sans pouvoir imaginer que ce numéro ne paraîtrait jamais… Non, comme on l’a vu depuis avec les activités de chacun d’entre nous, la cause est désormais entendue : plutôt que de déplorer ad libitum la disparition d’un titre reconnu dans le monde entier depuis plus de quinze ans, l’important est d’aller de l’avant, d’envisager des lendemains qui chantent… et les projets ne manquent pas : écriture et édition de livres, conférences sur la chanson contemporaine à travers l’histoire de Paroles et Musique et de Chorus, chroniques radio spécifiques…

La vie est ainsi faite, avec ses coups bas et ses déceptions, il n’y a (hélas) rien de nouveau sous le soleil : si la vie est dure aux tendres, elle est toujours devant soi, comme disait Romain Gary. Une volonté d’avancer coûte que coûte (sans rien oublier pour autant du passé) qui rejoint « la pédagogie de l’enthousiasme » prônée par Aragon (et que j’essaie modestement, depuis mes débuts « dans la carrière », de mettre en pratique : voir « État critique » dans ce blog), ou la philosophie positive de Rudyard Kipling : « Si tu peux supporter d’entendre tes paroles / Travesties par des gueux pour exciter des sots / Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles / Sans mentir toi-même d’un mot… / Si tu sais méditer, observer et connaître / Sans jamais devenir sceptique ou destructeur… / Tu seras un homme, mon fils. »  

Aux anciens abonnés de « Chorus »

Alors, pourquoi, pour quoi faire, ce rappel ? Parce qu’il est l’occasion, justement, d’aller de l’avant en essayant – entre-temps – de réduire aussi peu que ce soit (un peu comme on réduit une fracture… pour repartir du bon pied) l’amertume des anciens abonnés de Chorus, soudainement orphelins de leur revue, pendant que ses journalistes, eux, devaient se résigner à faire connaissance avec Monsieur Paul Emploi… On le sait, une décision de liquidation judiciaire (toujours en cours) a aussitôt suivi le dépôt de bilan de l’éditeur. Or, la société éditrice possédait à son actif des stocks d’anciens numéros qu’elle n’a pas souhaité utiliser et dont le « mandataire de justice » chargé de la liquidation a déclaré nous laisser libre usage, suite à une démarche de notre part avant pilonnage pur et simple.  

collection.jpgNous avons en effet pensé que les anciens abonnés (et parfois les « nouveaux » abonnés ou réabonnés récents qui n’ont pas même reçu un seul numéro) seraient sans doute heureux d’obtenir gratuitement, en lieu et place de ceux dont ils ont été privés, l’équivalent en numéros anciens de leur choix (voir la liste des « numéros disponibles » en pages 190-192 du n° 68). Même si plusieurs centaines d’entre eux au moins – fidèles entre les fidèles – possèdent la collection complète, ils pourront toujours offrir à des amis ces numéros de remplacement, sachant, justement, qu’ils sont appelés à devenir des pièces de collection…

Conscients que cela risque de nous valoir un travail assez considérable avec, au bout du compte, quelques milliers d’exemplaires à mettre sous pli, affranchir et déposer à la poste, nous ne pourrons évidemment pas assumer, en plus, les frais d’envoi correspondants (les chèques d’abonnement ou de réabonnement encaissés l’ayant été par la société éditrice domiciliée à Nantes, où se situe toujours la « maison mère », et dont nous étions nous-mêmes de simples salariés). Nous prierons par conséquent nos interlocuteurs, pour répartir en quelque sorte les « charges », de bien vouloir nous adresser le montant de ces frais sous forme de timbres-poste.

Difficulté de l’opération (on a beau être disposé à faire confiance autant que possible, chacun sait qu’il y a toujours des « profiteurs ») : dans la mesure où nous n’avons pas accès au listing des abonnés, il nous est impossible de savoir combien il restait à chacun de numéros à recevoir. Nous aurons donc besoin d’un document faisant foi du règlement, comme par exemple la photocopie du relevé bancaire indiquant le montant (pour un an ou deux ans d’abonnement) et la date d’encaissement dudit règlement.  

Duteil.jpg

Voilà. Sans préjuger de l’avenir, nous espérons que cette initiative de notre part sera favorablement accueillie… et que les intéressés voudront bien être indulgents quant aux délais d’expédition. Il est en effet probable – n’ayant certes plus d’obligations strictement professionnelles, nous continuons néanmoins à suivre de près l’actualité musicale (très fournie l’été, avec les festivals…), ne serait-ce que pour la faire partager ici – que l’opération se prolonge jusqu’à la rentrée prochaine. Donc, « paciencia », comme disait Léo Ferré.  

Merci à ceux et celles qui sont concernés de nous contacter – via cet e-mail : sicavouschante.info@orange.fr – et nous leur communiquerons alors l’adresse postale ad hoc. À ce sujet, attention à ne plus écrire à « Chorus (Rédaction), BP 28, 28270 Brezolles », car tout courrier expédié à ces coordonnées devenues caduques « est mis au rebut » ou dans le meilleur des cas retourné à son expéditeur. Et merci à tous ceux et celles qui en ont l’occasion (notamment nos amis des médias) de bien vouloir répercuter ce message (avant qu’il soit trop tard), de façon à tenter d’informer le maximum d’anciens abonnés de Chorus, dont une majorité, c’est certain, ignore encore l’existence de Si ça vous chante.
  

 

   

 

« Sans préjuger de l’avenir », disais-je : non seulement parce que nous avons déjà été échaudés et que, comme le chantait admirablement Jean Ferrat, empruntant les mots d’Aragon, « Rien n’est précaire comme vivre » ; mais aussi, en se situant à l’inverse dans une perspective optimiste, que s’il est « long de renoncer à tout », nous n’avons renoncé à rien… « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie / Et sans dire un mot te mettre à rebâtir / Tu seras un homme, mon fils. »

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 20:53

Écrire pour ne pas mourir

 

Écrire pour tout raconter,
Écrire au lieu de regretter,
Écrire et ne rien oublier,
Et même inventer quelques rêves
De ceux qui empêchent qu'on crève
Lorsque l'écriture, un jour, s'achève...

(Anne Sylvestre, Écrire pour ne pas mourir, 1985)

   

On célébrait cette semaine la Journée de la Francophonie. L’occasion pour l’amoureux de la langue française que je suis de vous annoncer (information qui m’a été officiellement communiquée il y a quelques jours) que ce blog est désormais in the Top of the Blogs ! Autrement dit, Si ça vous chante fait à présent partie des blogs les plus fréquentés de France et de Navarre (par des « usagers » non seulement français ou francophones mais d’un peu partout à travers le monde). Il ne nous aura donc fallu que quatre petits mois (Si ça vous chante a commencé d’« émettre » seulement à la mi-novembre) pour se retrouver au sommet de la blogosphère !

 

Quand je dis nous, ce n’est évidemment pas un nous de majesté, mais un nous qui nous rassemble, car c’est d’abord et avant tout grâce à vous, lecteurs de Si ça vous chante, à votre intérêt initial et aujourd’hui à votre fidélité et à votre prosélytisme – le bouche à oreille semblant fonctionner à fond, puisque je n’ai lancé aucune opération spéciale de promotion –, si ce résultat a été obtenu. Avec mention spéciale, qui plus est, de mon serveur (qui m’adresse de « vives félicitations pour votre travail »), raison pour laquelle je me fais un devoir de les partager – l’information comme les félicitations – avec vous...

On peut s’en amuser, et c’est volontiers mon cas, n’ayant jamais été « accroc » aux hiérarchies, si ce n’était que ce classement révèle deux choses essentielles. Primo, que la façon pour le moins expéditive dont « on » a mis fin à la revue Chorus n’a pas été « digérée » (à en juger notamment par les témoignages, par courrier ou courriel, de centaines d’anciens lecteurs inscrits à ce blog…). Secundo, que Si ça vous chante a bel et bien pris la relève des « Cahiers de la chanson » – du moins autant que possible (on ne remplace pas comme ça, au débotté, une revue de 200 pages et de près de 20 ans d’âge) –, mais avec ce petit plus du son et de la vidéo ainsi que de l’interactivité immédiate traduite notamment par vos commentaires sur les articles, le dialogue entre lecteurs ou la possibilité d’envoyer des informations d’intérêt général. Avec ce parallèle aussi que chacun peut avoir accès à l’ensemble des sujets publiés depuis la création de Si ça vous chante, comme on pouvait consulter la collection complète de Chorus dans sa bibliothèque. 

Des avantages et des inconvénients du format « papier » et du format « virtuel » : si Chorus n’a jamais, de toute son histoire, failli à sa règle de parution dans les kiosques le premier jour de chaque saison, Si ça vous chante a été privé de nouvelles contributions la semaine passée du fait d’une « tour » informatique défaillante… et de l’impossibilité de remédier rapidement à ce problème. La Tour prends garde : les lecteurs de Si ça vous chante, privés de leur pâture, vont monter à l’assaut ! De fait, une fois le contact rétabli, des dizaines de courriels personnels sont « montés » sur mon ordi pour s’inquiéter de mon silence. Comme si un blog devait avoir une périodicité bien précise, comme si celui-ci s’était effectivement substitué à Chorus, comme si l’on était en manque…

Bref, des joies de l’informatique ! Ce qui me permet de vous proposer ce clip de Chanson Plus Bifluorée – de vieux compagnons de la chanson, qui nous offrirent une nuit d’été, en « after » réunion de rédaction, un « concert » mémorable sous les étoiles, où l’on refit en chœur avec d’autres artistes encore (dont Jehan, Jofroi ou Allain Leprest cette fois-là) l’histoire de la chanson francophone (oui, je sais, on me le réclame suffisamment : je dois écrire un livre sur l’histoire de Chorus…). Leur détournement de la chanson popularisée par Ouvrard, J’ne suis pas bien portant (« J’ai la rate qui se dilate », etc.), comme un rap avant l’heure (d’avant la Seconde Guerre mondiale !), écrite par Géo Koger et composée par Vincent Scotto, est un régal. Un morceau de choix irrésistible. Que ceux et celles qui n’ont jamais connu le moindre des désagréments évoqués dans cette parodie leur jettent la première icône… ou le premier spam, le premier virus ou ce qui leur passera par l’écran.

 

 

Plus sérieusement, cette panne momentanée de texte, de son et d’images – venant après celle, brutale et définitive de Chorus, qui m’a fait connaître quatre mois durant (jusqu’à la naissance de ce blog) la « petite mort » si joliment décrite par Souchon, avec l’impossibilité soudaine de continuer à écrire, donc à exister (ou presque), après quarante ans non-stop de partage éditorial – a mis en évidence certaines responsabilités de ma part, à défaut de responsabilités certaines. Des responsabilités sinon pratiques, vu les circonstances, en tout cas morales sachant l’attente immense causée dans l’espace francophone par la disparition de Chorus. Attente non pas virtuelle mais bien réelle, et concrétisée aujourd’hui par l’entrée de Si ça vous chante au « Top des Blogs » !

L’entrée et non l’arrivée, si tant est qu’il y ait jamais dans la vraie vie une ligne d’arrivée, l’important étant le chemin que l’on trace et non de parvenir au but. « Ce n’est pas le but, c’est le chemin qui compte », m’a dit un jour Jean-Jacques Goldman (un expert en Traces !) ; ce qu’en d’autres termes le grand poète andalou Antonio Machado, mort en exil à Collioure, quelques jours après avoir franchi les Pyrénées, fuyant le franquisme, avait anticipé ainsi : « Caminante no hay camino, se hace camino al andar » (Chemineau – au sens où l’entendait Gaston Couté – il n’existe pas de chemin tout tracé, chacun trace le sien en cheminant).

 

Chanter, c’est lancer des balles

Le « Top des Blogs » ! Ce n’est pas rien, et j’insiste là-dessus uniquement pour vous en remercier, car si j’apporte ma petite pierre à l’édifice de la chanson française et de l’espace francophone (non, ça n’est pas un pléonasme, comme on a cru bon me le dire, l’espace francophone regroupant quantité de chansons en langues vernaculaires, à commencer par le créole), c’est bien de votre faute (pardon, grâce à vous !) si nous en sommes là. Non loin des cimes de cette pyramide hexagonale (si j’ose dire !) formée de blogs par milliers (dizaines de milliers ?), tous serveurs confondus – de journalistes, d’écrivains, d’éditorialistes, d’économistes, de scientifiques, de politiques, de sportifs, d’artistes, d’institutions, d’organismes, d’événements, de manifestations diverses… et bien sûr de la sphère purement privée. Là, au top de la blogosphère !

Et maintenant… que vais-je faire ?  

Écrire des livres, notamment celui sur Chorus réclamé à cor et à cri ? Continuer à en éditer (puisque Fayard me fait l’honneur, Chorus ou pas, de me considérer comme son « Monsieur Chanson ») ? Alimenter régulièrement Si ça vous chante en reportages, en critiques de disques, en comptes rendus de concerts et de festivals, en infos diverses ? Tout cela à la fois, sûrement, et d’autres choses encore qui me trottent par la tête. Mais en ce qui concerne spécifiquement Si ça vous chante, tout dépendra de l’écho reçu – c’est la règle du jeu énoncée dès le « Prologue » de ce blog – et en l’occurrence, on le voit et on l’entend, il résonne fortissimo (bien qu’il faudrait faire en sorte qu’il se répercute encore et encore, pour renouer en particulier avec la plupart des lecteurs de Chorus qui doivent toujours ignorer l’existence de cette façon différente de... faire chorus). Il doit pouvoir compter aussi sur la collaboration de tous les contributeurs qui le souhaitent, artistes, professionnels ou simples « amateurs » de chanson (la rubrique « Chant libre », je le rappelle, a été conçue à cet effet… et ne s’use que si l’on ne s’en sert pas !), pourvu bien sûr que leur apport au débat chansonnier intéresse l’ensemble de nos lecteurs. Comme nous continuerons de compter sur la participation spéciale de Serge Llado (bientôt de retour avec son « Amusicoscope ») et d’anciens membres de notre équipe.

Voilà.
  

  

Cette entrée de Si ça vous chante au top des blogs valait bien un édito. Et deux chansons pour l’incarner. Écrire pour ne pas mourir d’Anne Sylvestre, citée en exergue. Si authentique, si juste pour peu que l’urgence d’exprimer – que l’on soit auteur de chansons ou éditorialiste – fasse intrinsèquement partie de vous. Et Chanter, c’est lancer des balles d’Alain Souchon, en point d’orgue. Car si je souscris évidemment à la teneur sensible des propos d’Anne Sylvestre, il est un point fondamental où je diverge de ceux-ci : je n’écris pas en pensant d’abord à moi (« Et que vous soyez critiques ou pleins de bienveillance / Quand je soigne mes mots, c’est à moi que je pense… ») – et je ne suis pas sûr que je mourrais (même à petit feu, en m’étiolant) du seul fait de ne plus pouvoir écrire. En revanche, il m’est physiquement et spirituellement impossible de ne pas partager le fruit de mes écrits, lequel est aussi le fruit de nos découvertes et de nos engouements. Écrire, pour moi, c’est comme chanter pour la Souche, c’est lancer des balles afin que les autres les reprennent au bond.

Alors, à vous de jouer… si ça vous chante ! 

 

PS. Juste pour le plaisir : cet édito (avant la création d’une nouvelle rubrique, dont le premier article sera beaucoup plus court) est publié le 31 mars. Histoire de ponctuer en beauté (?) un mois marqué par des records de fréquentation successifs, couplet après couplet, de « cette chanson qui nous ressemble ». Mais aussi parce que demain sera pour moi jour de fête et de retrouvailles amicales : c’est mon anniversaire... Le premier sans un numéro de Chorus à préparer. L’an passé, nous venions de sortir le n° 67 avec Tryo, Serge Lama et Juliette Gréco en sujets principaux et nous commencions à travailler sur le n° 68 avec trois grands dossiers consacrés à Olivia Ruiz, Alain Bashung et Claude Nougaro... Demain ? Le 1er avril ?! Eh oui, et si ce n’est pas un poisson d’avril, en revanche je revendique la ténacité bien connue des béliers.

 

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 11:03

Les passerelles de l’hiver

Je suis de toutes les couleurs
Et surtout de celle qui pleure
La couleur que je porte c’est
Surtout celle qu’on veut effacer
(Guy Béart, Les Couleurs du temps, 1973)

Hiver 1979-1980 : nous travaillons d’arrache-pied à la création prochaine de Paroles et Musique pour donner à la chanson de l’espace francophone le témoin, le haut-parleur (voire le porte-parole) qui lui fait alors défaut de façon criante. Ce sera bientôt le début d’une complicité aussi formidable que durable : trente ans plus tard, en effet, vous continuez à faire chorus avec nous. Belle fidélité, malgré nos changements de « format », du magazine mensuel au blog via la revue trimestrielle, vu la propension malheureuse du monde marchand à vouloir effacer nos couleurs. L’important est de ne jamais baisser les bras, de faire face et d’aller de l’avant, toujours.

 


Voilà pourquoi, après notre Chanson d’automne (cf. « Actu disques et DVD »), nous allons vous proposer d’emprunter des Passerelles de l’hiver pour achever aussi chaleureusement que possible la traversée de cette saison où la nature se fige afin de mieux renaître. La nature, certes, pas la création chantée, toujours aussi pléthorique et diversifiée, vivante et intéressante… comme on va bientôt le voir dans cette revue critique d’actualité.

Des ratés sympathiques
Encore faut-il s’entendre sur le rôle de la critique, tant celle-ci a été détournée, voire dévoyée au fil du temps, de son sens initial (jusqu’à frôler les règlements de compte personnels ou le calcul commercial – en démolissant par exemple ce que l’on a précédemment encensé –, sans parler des périodes les plus sombres de notre histoire où elle se confondait avec la dénonciation haineuse et raciste). Être critique, contrairement à ce que pensent trop de lecteurs, d’auditeurs ou de spectateurs – d’artistes aussi qui aiment bien qu’on se montre « libre et sans concession » envers leurs confrères… pourvu, bien sûr, qu’on n’use pas de la même liberté à leur encontre –, ce n’est pas se hisser soi-même sur un piédestal pour mieux descendre en flammes un artiste et/ou une œuvre à forte notoriété avec le seul risque de caresser son propre ego (en contribuant paradoxalement à augmenter encore la popularité du sujet concerné). Ce n’est pas non plus chercher à tuer dans l’œuf, sans regret ni remords, un artiste en herbe, une création en germe, comme on l’a trop vu par le passé ; en « oubliant » le fait que chacun a le droit d’errer avant de mourir (artistiquement parlant)… ou de mûrir. Tel Aznavour auquel s’adressait ainsi, à ses tout-débuts, un critique parisien : « Vous feriez mieux de faire de la comptabilité, vous pourriez chanter en comptant, mais ne comptez pas chanter ! » Ou Brel que l’on raillait après ses premières prestations aux Trois-Baudets : « Il faudrait dire à ce pauvre Brel qu’il existe d’excellents trains pour Bruxelles… »


Non, personne n’a jamais dit que la critique (fût-elle musicale) devait être synonyme d’onanisme ou de cynisme. Façon aussi de masquer ses propres carences ? « Ce sont des ratés sympathiques », chante Charlebois, pour dire aimablement de ces critiques-là qu’il s’agit souvent de frustrés aux rêves d’enfant inassouvis. Comme l’indique sa racine grecque, faire preuve d’esprit critique, c’est simplement « séparer, choisir, juger comme décisif ». Autrement dit, c’est avoir le talent de distinguer le bon grain de l’ivraie pour le mettre à la portée de toutes les bouches (et oreilles). Si possible avec enthousiasme (voir Chanson d’automne) : le poète a bien raison qui voit plus loin que l’horizon...

Pour ma part, je ne sais pas faire autrement que tenter de partager le meilleur (serait-ce la différence fondamentale entre le critique et le passeur ?). Ou plus exactement j’aurais honte de tirer sur une ambulance ou de hurler avec les loups pour faire rigoler les imbéciles et les moutons. Et plus encore d’ironiser sur une création naissante et forcément inaboutie : à part Brassens – en raison d’ailleurs de circonstances extérieures tout à fait exceptionnelles –, il n’y a pas un seul grand de la chanson qui ait donné d’emblée la pleine mesure de son talent. Au demeurant, les vrais critiques le savent, ceux qui font leur travail en conscience et avec humilité, il est beaucoup plus difficile de faire valoir ce qui mérite de l’être, avec ou sans réserves, que de démolir ce qui demande de la patience ou ne mérite qu’indifférence.

 

PMSylvestreJonasz.jpg

Cela dit pour introduire une fois pour toutes la rubrique phonographique de Si ça vous chante, face à l’abondance de parutions dont nous allons essayer d’extraire la substantifique moelle, en tenant compte de la diversité indispensable des goûts et des couleurs. Rien de plus triste et de moins porteur d’avenir que l’uniformité, si ce n’est la conformité. « Je suis de toutes les couleurs », chante Guy Béart... Simplement, pour mettre un peu de « lisibilité » dans cet Everest de productions, nous rassemblerons nos sélections non pas dans des cases – la chanson, pas plus que la vie, ne se met en boîte – mais par tranches d’âge : Génération Chorus pour les artistes découverts et accompagnés par nos « Cahiers de la chanson » avant que d’être médiatisés sous le nom impropre de « nouvelle scène » ; Les Années Paroles et Musique pour leurs aînés de la « nouvelle chanson française » qui s’incarna dans ce « mensuel de la chanson vivante » ; Les Lendemains qui chantent, enfin, pour les talents les plus récents. Et puis, on continuera (en mettant tout le monde dans le même sac de nouveautés)… à la seule condition – retours indispensables pour un blog par définition réalisé gracieusement et sans obligation aucune de consultation – que cela vous chante et que vous le fassiez largement savoir.

Le temps ne fait rien à l’affaire
Au fait, Les Passerelles de l’hiver, c’est un titre en forme de berceuse de Claire, magnifique voix féminine de l’après-Mai 68, ACI développant une poésie subtile dans un écrin classieux de musique jazz, et femme soucieuse de solidarité sociale. Les Passerelles de l’hiver, chanson de 1979 (neuf albums, hors jeune public, parus entre 1972 et 1999 : voir sa « Rencontre » du printemps 99 dans Chorus n° 27, juste après celle de… Guy Béart), « c’est ce qui permet de tenir, explique alors la chanteuse, quand le froid et le gris nous étouffent et nous saignent. Engourdis, un peu sourds, quand tout vous pousse à laisser aller, lâcher le volant, céder au sommeil. »

Claire – Les Passerelles de l'hiver

Pour nous, trente ans après nous être lancés sans filet dans cette fabuleuse aventure de presse musicale francophone (que d’aucuns nous prédisaient vouée aussitôt à l’échec), et guère plus de six mois après avoir tenté de nous réduire définitivement au silence, comme pour Claire (qui, depuis sa Franche-Comté natale, chante toujours ici ou là, surtout à destination du jeune public), « c’est ce qui permet de tenir jusqu’au dégel, et peut-être de n’être pas détruit par les crues du printemps – quand la vie se réveille, c’est parfois violent... Dans ce grand hiver où nous sommes entrés pour un moment, les chansons qui portent les nouvelles de la vie, chansons de rire, de pleurs et de désir, sont comme des passerelles entre les gens, pour tenir jusqu’au printemps ». CQFD.

bateau.jpg

Rien à ajouter ni à retrancher à ces propos, plus que jamais d’actualité. Seulement vous annoncer, pour lancer concrètement ces passerelles entre nous, quelques « gros morceaux » hors saison dans le prochain sujet « Disques et DVD ». En paroles, en musiques et en images. Avant de vous présenter quelques jolies perles découvertes ces derniers temps : il suffit pour cela d’être à l’affût, de préserver (et de prendre la peine de les cultiver) le capital de curiosité, le goût du beau dont chacun d’entre nous est pareillement doté à la naissance (du moins je veux le croire). Condition sine qua non pour ne pas vivre et mourir « vieux con » avant l’heure, quel que soit l’âge de ses artères : « Ah, c’est nul, tout est nul maintenant chez ces jeunes ! », que de fois au cours de ces trois dernières décennies n’ai-je entendu, déploré, ce discours passéiste (ou son contraire : « Marre des vieux chanteurs, ils sont démodés, ils ne valent plus un clou ! »), aussi triste et stérile que dénué de vérité. Car si le talent n’a pas d’âge, on sait depuis longtemps qu’« aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années »… et que la postérité, alors, est souvent au rendez-vous.


Traduisant seulement l’état critique de celui qui l’émet, con débutant ou con des neiges d’antan (« Le temps ne fait rien à l’affaire / Quand on est con on est con / Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père / Quand on est con on est con… »), ce genre de jugement péremptoire se situe aux antipodes du véritable esprit critique qui requiert, c’est vrai, un certain effort d’écoute et une ouverture d’esprit certaine. Voire du talent, comme le constatait le Grand Jacques, une fois que nous sommes devenus de vieux amants (de la chanson ou de toute autre chose) : « Finalement, finalement / Il nous fallut bien du talent / Pour être vieux sans être adultes. » La clé de ce talent ? Continuer sans cesse à faire chorus avec la vie. Avec les couleurs du temps, les couleurs du monde, « Le soleil levant / La rose des vents / Et l’eau d’une larme et tout l’océan qui gronde »
________
NB. Voir ici la
discographie complète de Claire, albums jeune public inclus. 

 

 

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