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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 10:03
L’Alexandrin de la chanson
          
Début avril, depuis Vence, un de ses messages nous disait encore : « La forme revient trrrès lentement… Ici, c’est un vrai printemps. » On attendait d’autres nouvelles… et puis, Le Facteur de chansons est mort ce 23 mai 2013. Fils de Nessim et Sarah Mustacchi, libraires à Alexandrie, appelé Giuseppe à sa naissance parce que la sage-femme était italienne, Yussef pour l’état-civil et Joseph à l’école française, il adopta le prénom de Georges (et francisa son nom), le jour où il devint chanteur, par admiration pour Brassens (cf. Les Amis de Georges…). Grec né en Égypte aux origines italo-sépharades et amoureux du Brésil, c’était un Méditerranéen qui parlait six langues (l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le français, le grec, l’hébreu, l’italien et le portugais). Sa vraie patrie ? Elle ne faisait pas de doute, comme il nous l’avait rappelé à l’occasion d’un dossier de Chorus : « Je suis citoyen de la langue française. » Il lui fallut pourtant attendre 1985 pour qu’on daignât lui en accorder la nationalité, plus de trente ans après son installation à Paris et quinze ans après son premier grand prix de l’académie Charles-Cros pour Le Métèque… Juste pour l’amour et la mémoire, quelques bribes de souvenirs communs.
 
Scene.jpg
 
Depuis ce bien triste jeudi du dit joli mois de mai, tout remonte… Comme des Eaux de mars qui recouvriraient tout le reste. Me revient comme si c’était hier le souvenir de notre première rencontre, pas banale, puisqu’elle eut lieu à Libreville, au Gabon, en 1972. Comme nous le ferons plus tard à Djibouti, avec ma chère et tendre, nous nous étions « acoquinés » avec le directeur du centre culturel français pour qu’il fasse venir des chanteurs. Étant l’un des deux journalistes français vivant sur place mais le seul travaillant pour et avec des Gabonais (le second était le correspondant de l’agence France-Presse), j’eus droit à une rencontre professionnelle aussi privilégiée que décontractée, avant que le directeur du centre culturel n’organise un dîner amical chez lui… Il y avait seulement trois ans que Georges avait sorti son Métèque, premier album officiel, et deux ans que nous l’avions découvert en scène, enthousiastes, dans son premier grand récital parisien à Bobino (cf. l’album Bobino 70 avec déjà Le Temps de vivre, Votre fille a vingt ans, Ma liberté, Dire qu’il faudra mourir un jour…).
   
   
Tant professionnellement (à travers Paroles et Musique, Chorus et même l’édition, puisque je serai en 2005 l’éditeur de sa très belle biographie, signée Louis-Jean Calvet, préfacée par lui-même : Georges Moustaki, La Ballade du Métèque, Fayard/Chorus) que personnellement, le contact ne sera jamais rompu, bien au contraire. Et quand nous n’avions pas de ses nouvelles en direct (surtout des courriels, réguliers, voire un commentaire couv-livreici ou là posté sur ce blog, nous en recevions toujours par l’intermédiaire de notre ami commun Marc Legras, qui fut non seulement l’un de nos excellents (et indéfectibles) collaborateurs depuis la création du « mensuel de la chanson vivante » en 1980 mais aussi l’un des journalistes les plus proches du chanteur à tous points de vue. Et depuis longtemps : il se souvient de cette première lettre, reçue en 1975, par laquelle Georges Moustaki émettait le souhait de le rencontrer (à l’époque, Marc animait une émission de chanson sur France Culture), ce qui fut fait cette année-là chez lui, dans l’île Saint-Louis… où je l’avais moi-même croisé, curieux hasard, un jour de 1970 (il descendait de sa moto – c’était L’Homme à la moto de Piaf !) où j’étais allé rendre visite à Frédéric Dard qui vivait alors dans une artère voisine, la rue Budé.
  
Plus tard, Marc Legras sera non seulement l’auteur des principaux (et nombreux) articles que nous lui consacrerons durant trente ans (rencontres, témoignages, comptes rendus de spectacles, critiques de disques…), dont l’important dossier de Chorus n° 15 du printemps 1996 (avec Francis Vernhet aux photos de scène et d’entretien), mais aussi son miroir ou son double pour cinq ouvrages réalisés en commun. Notamment un livre d’entretiens, Un chat d’Alexandrie (De Fallois, 2002), un autre cosigné : Chaque instant est toute une vie... (Le Marque-pages, 2005), puis le Petit abécédaire d'un amoureux de la chanson (L’Archipel, 2012) et enfin Éphémère éternité, anthologie parue le 7 mars 2013 : « Il a pas mal traîné, me rappelait Marc, avant d’accepter ce titre… »
  
C’est du reste par l’intermédiaire de Marc que « Jo » réagit au sujet que je venais de consacrer à cet ouvrage (et dès le lendemain de sa mise en ligne !), le 2 avril. À Marc, il disait : « Merci pour le papier de Fred. Il est bien documenté et bien formulé. Plus que sympa. Tu pourras lui dire. » Aujourd’hui, il y aurait tant à dire sur Georges… Mais c’est tôt et c’est dur. Pour l’amour et la mémoire, je sais pourtant qu’il me faut tenter de dire un petit quelque chose de plus… ou de moins… De plus personnel ou de moins conventionnel que ces hommages officiels qui ont plu toute la journée de jeudi. François Morel, lui, a su quoi dire, le lendemain matin, dans sa chronique hebdomadaire de France Inter. Témoignage bouleversant. Au chagrin, François, tu nous as rajouté des larmes, mais des larmes comme des pansements au cœur, velours-velours dirait Souchon, des larmes de fraternité partagée. Alors oui, je vais le faire. Mais en sachant déjà qu’au bout du compte, au bout de ces lignes, je parviendrai au même constat que Jo dans son album éponyme de 1996 : Tout reste à dire
 
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Comment commencer ? Peut-être, puisque c’était déjà en mai, comme le mois de sa naissance et de son envol, en rappelant qu’en 1991 le festival Alors… Chante ! de Montauban avait choisi d’en faire l’invité d’honneur de sa sixième édition (voir photo ci-dessus avec Francis Lemarque, Jo Masure – le directeur – et Catherine Le Forestier). C’était un an avant que le même hommage soit rendu (du vivant des artistes !) à Léo Ferré… en présence de Georges (voir vidéo), revenu spécialement sur les rives du Tarn, aux côtés notamment de son ami Leny Escudero (avec lequel il avait partagé bien des luttes sociales, se rendant sur le terrain, à Cléon ou ailleurs, en toute discrétion).
  
Autre souvenir, vécu en Espagne et partagé par un bon millier de spectateurs. C’était en Catalogne (où il comptait beaucoup d’amis artistes, comme Marina Rossell), plus précisément à Tarragone le 8 juillet 1994. Ce soir-là, Georges donnait son spectacle en plein air, dans un magnifique théâtre de verdure, éclairé seulement par les étoiles. Pas une place de libre ! En Espagne, Moustaki est un mythe : avec ses chansons comme Ma liberté (en français dans le texte), il a accompagné la transition démocratique et l’arrivée de la gauche au pouvoir. Le public était sous le charme depuis une bonne heure, quand intervint un événement inattendu de tous (et de Georges le premier) : l’arrivée sur la scène de Paco Ibañez ! En route pour Barcelone, de retour de Madrid où il venait de présenter son nouveau spectacle en compagnie du poète Jose Agustin Goytisolo (Palabras para Julia, Erase una vez…), Paco, remarquant les affiches du concert de Moustaki, n’avait pas hésité à faire le détour ! Informé de son arrivée et de sa présence dans les gradins, Georges, visiblement ravi et n’y tenant plus, invitait alors publiquement son collègue et ami, le plus français des chanteurs espagnols, à venir partager la scène avec lui ! Surprise et joie des spectateurs, tonnerre d’applaudissements…
     
   
La suite ? J’en fis le compte rendu pour Chorus (n° 9, automne 1994), tellement la soirée fut magique. En voici la fin : « Et Goytisolo de dire alors des poèmes, et Paco de chanter, en s’accompagnant avec la guitare de Jo… Une rencontre porteuse d’émotion, une manière d’être et de se comporter (pas facile d’interrompre ainsi le cours de son récital, pas facile non plus pour l’artiste de passage de se produire au débotté) dont seuls sont capables les plus grands. Ce soir-là, la chanson a fait preuve une fois encore de son pouvoir incontestable de rassemblement, de communication voire de communion, au-delà des barrières linguistiques. Même si le grand Jo maîtrise bien le castillan, même s’il a interprété l’une de ses chansons en catalan… Pour l’en remercier, le public en chœur ne pouvait faire mieux que de reprendre spontanément, dans un pot-pourri final où il s’entrecroisait astucieusement avec La Bamba, le refrain de Frère Jacques – en français s’il vous plaît !
      
» Une de ces soirées mémorables (près de trois heures), au cours de laquelle Georges Moustaki, d’autre part, n’a pas manqué de rendre hommage – seul à la guitare pour trois chansons qu’ils avaient faites ensemble – à son grand ami, récemment disparu, le poète grec Manos Hadjidakis… Ce soir-là, c’est certain, c’est à Tarragone et nulle part ailleurs, dans ce théâtre à ciel ouvert où plus de mille privilégiés manifestaient leur bonheur de participer à un moment rare, qu’Euterpe et Polymnie avaient élu domicile. »
      
Pour être « citoyen de la langue française », l’Alexandrin de la chanson (francophone) n’en avait pas moins L’Espagne au cœur, comme il l’écrivait en 1986, un demi-siècle après le coup d’Etat franquiste : « Fils de Tolède ou de Grenade / Tous mes ancêtres séfarades / Ont pris la route des nomades / Ont pris la route des nomades / L’Espagne au cœur de ma guitare / Des Asturies à Gibraltar / L’Espagne au fond de ma mémoire / De la Galice aux Baléares / Ma sœur latine et africaine / Ma sœur méditerranéenne / Le même sang coule en nos veines / Le même sang coule en nos veines… »
 
   
En 1996, à la demande d’une amie québécoise, Paule Bussières, qui comptait sur nous pour lui trouver un grand chanteur français capable de présider son jury et le persuader d’accepter le rôle, nous lui conseillâmes Georges Moustaki. Le temps d’expliquer à Jo les tenants et aboutissants de ce « job » et il s’envolait avec bonheur pour la Belle Province et assurer à la perfection la présidence des Prix Miroirs de la chanson francophone du Festival international d’Été de Québec. Depuis, les ponts ne furent jamais rompus entre lui et le Québec. L’intéressé me le disait encore l’automne dernier…
 
Des années passèrent, de concerts en retrouvailles ; à charge pour chacun d’entre nous d’essayer, autant que possible, d’adhérer à la Philosophie de Georges : « Nous avons toute la vie pour nous amuser / Nous avons toute la mort pour nous reposer… » Pour nous amuser… et pour aller au charbon ! D’un disque l’autre, d’un spectacle l’autre… et, pour notre part, d’un numéro l’autre.
 
  
Et puis… Le 8 janvier 2009, Georges Moustaki montait sur scène, dans la salle magnifique (et archicomble) du Palau de la Musica à Barcelone, pour expliquer au public catalan qu’il était incapable d’assurer le concert, en raison de problèmes respiratoires. Il pensait alors à une mauvaise grippe, sans plus, et pensait pouvoir honorer ses concerts suivants en Espagne, à Valence notamment, mais le destin en décidera autrement.
  
Aujourd’hui, l’auteur-compositeur-interprète catalan, le cantautor Roger Mas, qui devait assurer sa première partie au Palau, témoignait à Barcelone de ce moment cruel. J’ai traduit (non sans émotion) les souvenirs qu’il conserve de cette soirée, rédigés par lui-même (et publiés par El Périodico – merci à eux), sous le titre « Le dernier chant de Georges » :
 
« Le 8 janvier 2009, Georges Moustaki monta pour la dernière fois sur une scène, et cette scène fut celle du Palau de la Musica. Je m’en souviendrai toute ma vie, car ce soir-là, c’est moi qui devais ouvrir le rideau… À peine arrivés, on nous informa que le chanteur était très grippé, alité dans sa chambre d’hôtel et qu’on était en train de le soigner pour lui permettre de tenir le temps du concert car il voulait le donner coûte que coûte. Mais dans l’après-midi, l’organisateur vint me trouver pour me demander si je pourrais assurer un concert complet au lieu de la demi-heure prévue en première partie. Il me dit que Moustaki monterait sur scène, parce qu’il voulait absolument saluer son public, et même qu’il tenterait de chanter un peu, pour que tous ces gens qui avaient rempli le Palau pour l’écouter puissent au moins entendre deux ou trois chansons, fût-ce avec un simple filet de voix.
 
» Quand je le vis arriver finalement au Palau, je me souviens de l’avoir trouvé très faible, se mouvant avec difficulté, mais il monta néanmoins sur scène et, bombant le torse, après avoir expliqué lui-même pourquoi il ne pourrait pas donner son concert, il fit un grand effort pour chanter trois chansons. À la troisième, sa voix s’était pratiquement éteinte… Il me présenta alors au public, alors que je n’étais que son lever de rideau, il dit adieu et sortit de scène. On le devinait encore plus faible qu’à son arrivée, mais quelle leçon de dignité venait-il de donner là ! Il me tendit la main, tremblante, me regarda dans les yeux avec une tendresse infinie et je me retrouvai sur scène avec la responsabilité inattendue de maintenir l’attention d’une salle composée de son public, un public, il ne le savait pas encore, qui venait d’assister au chant ultime de Georges Moustaki.
   
 
» Il y a une génération d’auteurs-compositeurs-interprètes qu’on a laissé filer entre nos doigts et à présent, en regardant autour de nous, on se demande parfois où est le projet artistique, le discours, la dignité, le rêve, l’enthousiasme, la poésie ; toutes ces choses qui nous font nous émouvoir, où sont-elles aujourd’hui ? Quand s’en va l’un des grands de la chanson, c’est comme si une bombe avait creusé d’un coup un vide immense, un silence dont il est bien difficile d’apercevoir les contours... Bon voyage, Georges ! »
 
Nous suivîmes de près l’évolution de son état de santé, d’abord avec l’espoir d’assister tôt ou tard à de nouveaux concerts, puis, face à la réalité, avec l’espérance au moins que Georges, sans revenir sur scène ni enregistrer, puisse vivre malgré tout une vie à peu près normale. Quelques mois plus tard, durant l’été, la revue Chorus fut contrainte elle aussi de quitter la scène, non sans provoquer la colère de l’artiste qui y était très attaché. Voilà pourquoi, malgré la maladie qui ne désarmait pas, au contraire, Georges Moustaki tint à participer à l’hommage que, sur Europe 1, l’émission « On connaît la musique » de Thierry Lecamp voulut consacrer à la revue, en hommage au travail réalisé depuis trois décennies, avec Paroles et Musique.
 
 
Début octobre, le jour de l’enregistrement (car il fallut enregistrer quelques jours avant la diffusion prévue le samedi soir, tant les artistes et groupes furent nombreux à vouloir témoigner et si possible chanter : des dizaines, de tous genres musicaux et de toutes générations – dont Allain Leprest et Mano Solo…), Georges se joignit à nous par téléphone, depuis Vence où il était soigné, en précisant d’emblée qu’il s’était abstenu toute la journée de parler afin d’être audible pour l’occasion… Je n’ose reprendre ses mots, tellement ils furent élogieux pour toute l’équipe et pour Marc Legras en particulier, mettant tous notre modestie à rude épreuve. En passant, il nota par exemple que notre travail était tellement… que, même à lui, son dossier de Chorus avait « appris des choses » !
 
La semaine suivant la diffusion de l’émission, les médias se firent l’écho de son abandon définitif de la scène. Georges n’en continua pas moins d’être attentif à la société, à la politique, à la chanson, à la culture, à ses amis, à tout ce qui avait fait – voyages exceptés et désormais loin de son île Saint-Louis, pour jouir d’un climat plus clément – ce qu’il était devenu. Un humaniste, fraternel et solidaire et un irréductible utopiste. En 2012, pour l’élection présidentielle, il apporta son soutien au candidat d’extrême gauche, Philippe Poutou… Il continuait à écrire. Début mars sortait ce florilège de ses chansons, du titre de l’une d’entre elles, Éphémère éternité, avec un entretien recueilli par l’ami Marc. Le 3 mai dernier, « Milord » Moustaki fêtait ses 79 ans. Scene2.jpgLe 23, Tonton Georges, Barbara et Reggiani entre autres l’attendaient au paradis des musiciens, pour y faire valoir enfin son droit à la paresse. Et personne, cette fois, pour nous en faire le compte rendu. Je vous avais prévenu : tout reste à dire.
   
   
NB. Ce sujet est dédié en particulier à Pia Moustaki. Entre autres vidéos, on trouvera ici un extrait du reportage fort émouvant réalisé par la Télévision catalane où l’on voit Marina Rossell (qui terminait alors l’enregistrement de son album « Chante Moustaki » en catalan) rendre visite à son ami, en décembre 2011, dans son appartement de l’île Saint-Louis à Paris ; et une autre où Marina chante Le Métèque en catalan au magnifique Palau de la Musica de Barcelone – la salle où Georges Moustaki fit sa dernière apparition sur scène – en compagnie de Paco Ibañez… On voit aussi Marina (en catalan) et Paco (en castillan) discuter de cette chanson ! « C’est l’hymne des apatrides ? »« Oui, mais aussi un autoportrait… » Ne manquez pas les dernières secondes de cette vidéo, tournées chez Paco.
 
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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 21:00

Petit matin, 3.10, heure d’été

 

Nous savions – IL savait – l’issue inéluctable. On se prenait toutefois à espérer qu’elle serait aussi lointaine et tardive que possible, car notre ami Jean faisait tout pour la repousser et ne montrait rien ou presque de ses inquiétudes quant à lui-même. Mais la Camarde n’a pas voulu patienter davantage : Jean Théfaine est mort samedi 18 août à Rennes, au petit matin, non pas à 4 h 10 comme le chante Hubert-Félix Thiéfaine, son presque homonyme dont il était aussi le biographe, mais une heure plus tôt, à 3.10, heure d’été…

 

Jean-portrait.jpg

 

L’heure, justement, n’est pas venue pour l’hommage qu’il nous incombe de lui rendre ici. Trop tôt, trop dur, car Jean Théfaine – outre qu’il fut l’un des principaux piliers de Chorus, membre de son comité de rédaction dès l’origine – était un ami, un vrai de vrai, lui-même grand ami de Marc Robine qui nous avait vivement conseillé de lui proposer d’intégrer notre équipe première ; Marc dont jamais il ne s’était vraiment remis de la disparition lors d’un sale mois d’août, déjà… Mais le jour viendra, très prochainement. Non pas que le chagrin aura fui d’ici là – bien au contraire son départ, comme une plaie ouverte, une amputation dans nos propres vies, va immanquablement engendrer un manque chaque jour plus… présent –, mais parce que le temps de l’écriture (et, je l’espère, de sa lecture, pour les gens qui l’aimaient et/ou ceux qui aimaient le lire), Jean Théfaine sera à nouveau à nos côtés, bien vivant.

Pour l’instant, il s’agit surtout de saluer sa mémoire, quitte à en peiner plus d’un, plus d’une, dans la sphère francophone en particulier, de la Bretagne au Québec en passant par les Antilles, l’Afrique et l’océan Indien… où d’innombrables artistes ont compté pour lui, dont certains lui doivent parfois beaucoup. Jean Théfaine a rejoint mardi 21 août à midi sa dernière demeure à Pancé, une petite commune de la région de Rennes, à moins de trois kilomètres de sa maison villageoise, ce « petit paradis » où il était le plus heureux des hommes avec son épouse Anne-Françoise.

Dans la foule venue accompagner sa dépouille, une large majorité de parents et d’amis bretons bien sûr, compte tenu de la période estivale, trois jours seulement après son décès, dont quelques artistes et journalistes : de ses jeunes confrères Philippe Richard et Michel Troadec, auxquels il avait fait la courte échelle à Ouest-France (où il a effectué l’essentiel de sa carrière) mais aussi à Chorus (où son talent s'est totalement épanoui), à Dan Ar Braz, Gérard Delahaye ou Melaine Favennec qui, s’accompagnant à la guitare et à l’harmonica, ont interprété trois chansons, l’une de Gérard (Si mon bien-aimé s’en venait, d’après Le Cantique des cantiques), les deux autres de Bob Dylan, l’un des artistes de prédilection de Jean (Dan Ar Braz clôturant la cérémonie d’adieu par Blowin’ in the wind).

Sans chercher aucunement à dresser une liste des présents, je citerai encore Jean-Louis Jossic, leader de Tri Yann auquel Jean avait consacré un superbe dossier dans Chorus puis un « beau livre » (et qui, en tant qu’adjoint à la Culture, représentait aussi la municipalité de Nantes et son désormais ex-maire Jean-Marc Ayrault, vieil ami de Jean qui était d’ailleurs venu le saluer et discuter longuement avec lui un jour que nous tenions ensemble un stand de Chorus…), Jean-Pierre Riou, leader du groupe quimpérois Red Cardell dont le nouvel album aura fait l’objet de l’ultime article de son blog, éloquemment intitulé « Toutes les musiques que j’aime », ou encore Alan Simon et Guy Demaysoncel, représentatifs des chanteurs plus ou moins médiatisés que Jean pouvait apprécier autant que les pointures les plus célèbres et qui venaient d’apprendre la triste nouvelle par le quotidien régional.  

 

 

Et puis, outre ses amis et ex-collègues de Chorus, un certain Hubert-Félix Thiéfaine, parti de la région de Dijon vers trois heures du matin pour être à l’heure aux obsèques de son biographe, devenu ami. Un Thiéfaine aussi chagriné que discret. Jean m’avait conté par le menu les deux spectacles d’Hubert donnés récemment à Rennes et à Nantes, car il continuait de vivre sa passion avec la même intensité (son dernier concert aura été celui de Bob Dylan, le 23 juillet, aux Vieilles Charrues…). Ce furent aussi leurs ultimes rencontres. À paraître à la rentrée, l’album CD-DVD de la tournée Homo Plebis Ultimae Tour, enregistré justement et en totalité à Nantes, lui sera spécialement dédié… La décision a été prise devant nous, en notre compagnie et celle d’un « ancien » de Paroles et Musique et de Chorus, Rémy Le Tallec, vieil ami aussi de Jean Théfaine, au moment où le cortège s’ébranlait en direction du cimetière de Pancé.

 

Araucaria.jpg

 

Là, à quelques pas seulement de l’endroit où Jean repose désormais, un magnifique araucaria s’élance avec majesté comme pour rivaliser avec le clocher de l’église. Un signe ? Jean Théfaine tout comme Marc Robine n’a-t-il pas cheminé de concert avec nous, fraternellement et si fidèlement, sous le sceau symbolique de l’araucaria, l’arbre de vie cher à Pablo Neruda (voir « Y a rien qui s’passe ») ? « Nous perdons là, m’a écrit Jean-Michel Boris, directeur historique de l’Olympia, un amoureux sincère de cette chanson à laquelle nous sommes tant attachés et un homme admirable, d’une grande valeur morale. » Quant à Francis Cabrel que j’avais alerté de l’hospitalisation en urgence de notre ami, fin juillet (et dont le dernier dossier paru dans Chorus fut cosigné par Jean et votre serviteur), il m’a répondu : « Aïe… je m’étonnais de son silence après le passage de Dylan à Carhaix, dont nous devions longuement parler. Quelle triste nouvelle… » Et puis le choc, samedi 18, l’indicible chagrin et des mots, quand même, qui peinent à dire l’essentiel : « Vraiment, un bon garçon qui s’en va. Quelqu’un de bien... »

Jean-Louis Murat pour sa part, prévenu par Michel Troadec qui savait les liens de complicité l’unissant à Jean (en particulier depuis que l’auteur-compositeur l’avait reçu chez lui en vue d’un dossier dans Chorus, resté sans équivalent à ce jour), a envoyé un message extrêmement émouvant qui a été lu en public et dont voici la fin : « Jean, tu savais si bien être exigeant et sévère que tu es devenu mon ami. Dorénavant, le meilleur de mon chant portera aussi ton souvenir. »  

 

 

Si Dieu n’est pas vraiment mort, ou pas tout à fait, si quelque part existe le paradis des musiciens et des artistes (dont Jean Théfaine, journaliste et tout modeste qu’il fût, faisait indéniablement partie par sa sensibilité et son art de l’exprimer), tous ces bons mots, ça doit le faire rougir… de plaisir. Allez, Jean, un dernier pour la route ! À la tienne, à la nôtre… buvons une dernière fois (?) à l’amitié, l’amour, la joie comme nous l’avons fait tout récemment encore, chez toi (cf. photo ci-dessus) et avec ta belle, que nous enveloppons de notre tendresse. C’est elle qui, pour ta dernière sortie, a choisi de passer cette chanson de Leonard Cohen, dans la version sublime – que tu appréciais tant – de Jeff Buckley. Hallelujah, my friend !

 

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 13:00

Pour l’amour, pas pour la gloire

 

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La suite ? Les chapitres ne manquent pas qu’il conviendrait de développer. Rien qu’en 1985 par exemple, le sacre du Printemps de Bourges, première étape décisive dans la carrière d’Allain : nous étions parmi les très rares, dans la petite salle du « Tremplin », à savoir à qui on avait affaire ; les autres, tous les autres (à commencer par Le Monde mettant dès le lendemain Leprest à sa une !) s’inclinèrent aussitôt devant l’évidence ; la fête des cinq ans de Paroles et Musique avec quantité d’artistes et amis professionnels (hors le souvenir gravé dans le marbre, il nous reste les photos de Jean-Pierre Leloir) parmi lesquels Anne Sylvestre et Allain, encore vierge de tout disque (le premier, Mec, paraîtrait l’année suivante chez Meys), comme un raccourci de l’histoire que je retrace dans ces lignes ; le spectacle La Chanson vivante proposé par Paroles et Musique à Vernouillet (en avant-première du premier passage parisien de Leprest dans une « vraie » salle, le Théâtre de l’Escalier d’Or), réunissant pour la première fois Allain (accompagné par Bertrand Lemarchand) et Romain Didier sur une même scène (ainsi que Claire et Jacques Poustis)…

 

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Arrêt sur image, à propos justement de disque et de chanson vivante : dans le numéro de Paroles et Musique suivant notre compte rendu du Printemps de Bourges (avec une grande photo de Leprest, signée Leloir, en ouverture : « Allain Leprest, grande révélation du Printemps 85 »), le chanteur commentait ainsi le résultat de sa prestation  : « On n’a pas eu de réflexion à chaud, si ce n’est qu’on était contents et un peu dépassés par les événements, Bertrand et moi. Bien sûr, il y a les premiers gestes de remerciements à tous ceux qui nous ont aidés : Pierron, Tachan, Maurice Frot. Après coup, on se dit “tiens, c’est marrant” ; je crois que c’est vous (à Paroles et Musique) qui avez remis à l’honneur ce mot de “chanson vivante” et je ne peux m’empêcher d’y penser, même si ça fait sourire : je suis content, pas seulement pour moi, mais pour tous ceux qui pensent que la chanson, c’est d’abord quelque chose qui est interprété, vécu sur scène. C’est vrai qu’on s’est pointés sans disque et que, d’abord, on s’est rendu compte d’une chanson nue, faite pour être poussée devant les gens. Ça remet les pendules à l’heure. »

La chanson vivante : Allain en sera l’exemple incarné, toujours partant pour le partage public. À la ville, à travers des ateliers d’écriture notamment, comme à la scène. Entre autres chapitres supplémentaires partagés avec lui, les longues soirées estivales de Chorus, banquets chantants au clair de lune, dont Allain était l’invité permanent ; la fête des dix ans de la revue, avec pléthore d’artistes de toutes générations, qui marqua la rencontre magique entre Leprest et Jean Corti, l’ancien accordéoniste de Brel…

 

LeprestCorti.jpg

 

Et puis la « Chorusgraphie » de 2002 (le dossier-panthéon des « Cahiers de la chanson ») ; le texte qu’il écrivit spécialement pour Chorus à l’attention « d’une jeune chanteuse de vingt ans » ; sa présence fidèle et chaleureuse, en paroles et en musique avec Romain Didier, à cette désormais historique émission de Thierry Lecamp, On connaît la musique fait Chorus, diffusée sur Europe 1 le 10 octobre 2009 ; ses petits mots manuscrits, toujours illustrés – il adorait la peinture et le dessin et s’y adonnait avec bonheur (cf. le clip de Raphaël Caussimon tourné chez lui en juin 2004)…
   

 

Tout cela et le reste, comme son don naturel pour l’écriture (une fois, au mitan de la nuit – bien arrosée ! –, il nous fit spontanément la démonstration, en compagnie de son pote Jehan, qu’il était capable d’improviser une chanson en deux coups de cuiller à pot ! fredicetteUne chanson rien que pour nous, pour « Frédicette » comme il s’amusait à nous appeler, voire à nous croquer en amoureux !), j’aimerais pouvoir le partager le plus largement possible. Pour témoigner encore et encore de la générosité, de la solidarité et de la fidélité sans faille de l’homme (car pour l’auteur, la postérité, c’est sûr, lui donnera la place que les radios et les télés, à de rares exceptions près, lui ont déniée avec constance).

J’aimerais, oui, mais la vie, comme l’écrit Tachan, « Ça s’débine en douce / À la vie-comm’-j’te-pousse », mais le temps, comme le chante Dabadie via Reggiani, « Je l’aime tant, le temps qui reste… » Alors, peut-être plus tard, ici, ou bien dans un livre qui pourrait s’intituler Le Roman de l’araucaria. Pourquoi pas ? Pour l’heure, je me souviens qu’à l’occasion du numéro Piaf de Paroles et Musique (où figurait un portrait de Rémy Tarrier) et d’Édith, la première chanson d’Allain Leprest publiée dans un journal national, j’écrivais ceci : « Croyez-nous sur parole, on n’a pas fini de parler d’Allain Leprest (avec 2 l) ! »

Pourquoi Édith Piaf, au fait ? lui demandait Jacques Vassal dans la rencontre précitée : « C’est une borne chez moi, répondait-il, que j’avoue sans complexes. Un des grands exemples de la chanson réaliste, à laquelle je me rattache. Et puis il y a eu le choc de la vision de sa tombe : j’habite dans le XIe à côté du Père-Lachaise. J’aime m’y promener sans morbidité ; je trouve que c’est un des cimetières où la mort est la moins présente. Et puis la tombe de Piaf, toute sobre, qui résume à elle seule la place qu’occupe la chanson, finalement… une très très grande place dans le cœur des gens, mais qu’on continue à nier, à marginaliser. »

 

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Piaf, la voix par excellence de la chanson populaire, et puis Rimbaud, le poète aux semelles de vent : la chanson vivante et la poésie de haut vol, ça te résumait bien, Allain. « Si t’étais mort au troquet d’la centaine / Faudrait un camion pour louer tes poèmes », écrivais-tu pour regretter son départ hâtif. Mais pour toi aussi, comme pour la Rimbe, on devra se contenter d’un minimum, quantitativement s’entend : une dizaine d’albums seulement. Même Jean d’Ormesson – de l’Académie Française ! – t’associait volontiers au poète de Charleville, au diapason de Jean Ferrat qui t’avait emmusiqué dès 1983 ; c’est dire si, à ton sujet, le consensus des « pros » (à défaut des médias) couvrait un large spectre !

   

 

Pour en être convaincus, il n’y a qu’à lister ceux d’entre tes pairs qui se sont déclarés heureux et honorés de te mettre en musique ou de pouvoir te chanter, en un mot d’être accueillis Chez Leprest, sans rien attendre en retour : Adamo, Isabelle Aubret, Agnès Bihl, Alexis HK, Amélie-les-Crayons, Louis Arti, Claire Lise, Clarika, Yves Duteil, Enzo Enzo, Nilda Fernandez, Jean Ferrat, Michel Fugain, Juliette Gréco, Jean Guidoni, Jacques Higelin, Jamait, Jehan, Kent, Gilbert Laffaille, La Rue Kétanou, Loïc Lantoine, Daniel Lavoie, François Lemonnier, Isabelle Mayereau, Mon Côté Punk, Gérard Morel, Gérard Pierron, Olivia Ruiz, Sanseverino, Francesca Solleville ou Hervé Vilard, sans oublier dans cette liste (non exhaustive) Jean-Louis Foulquier, Richard Galliano, Sylvain Lebel, Romain Didier bien sûr… et autre Anne Sylvestre.

« Bien mérité ! », dirait Clarika. D’ailleurs, en 2001, on t’a collé à juste titre l’ordre national du Mérite. Quand, à notre grande surprise, notre tour est venu d’être distingués, ma chère et tendre et moi, je t’ai appelé : « Il faut accepter, m’as-tu dit. Pour la chanson d’abord, et parce que refuser serait faire preuve d’une grande prétention. » En somme, assurais-tu, « c’est pour l’amour, pas pour la gloire »… Quelques mois plus tard, c’est toi qui nous appelais pour nous remercier de t’avoir invité à notre petite fête entre amis choisis, comme autant de symboles de notre parcours : Antoine, Guy Béart, Jean-Michel Boris, Clarika, Patrice Dard (alias San-Antonio junior), Jean-Louis Foulquier, Gilbert Laffaille, j’en passe et non des moindres comme deux des plus grands auteurs francophones de leur génération, sinon les plus grands, dont je rêvais depuis longtemps d’organiser la rencontre : Alain Souchon… et toi. Toi dont un certain Claude, de Toulouse, avait écrit : « Allain Leprest est l’auteur le plus flamboyant que j’ai rencontré sous le soleil de la chanson française. » Mais la maladie…

 

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Absents lors de ton coup de fil, ton message nous attendait sur le répondeur. C’était il y a un an exactement, en septembre 2010. Il nous disait de long en large Je viens vous voir… et s’achevait par un « Je vous aime ! » aux accents à vous arracher des larmes de joie. Tu aurais pu vivre encore, sacré coco ! Mais la maladie, ouais, la fatigue physique, la détresse morale peut-être… « Nu, j’ai vécu nu / Naufragé de naissance / Sur l’île de malenfance / Dont nul n’est revenu […] / Nu, j’ai vécu nu / Aux quatre coins des gares / Clandestin d’une histoire / Qui n’a plus d’avenue… »

   

 

Tu réclamais de tes nouvelles, Allain ? Né le 3 juin 1954 à Lestre, dans la Manche, tu as choisi de nous quitter le 15 août 2011 à Antraigues-sur-Volane, le village de Ferrat« Le temps, chantait Jean-Roger Caussimon, c’est le tic-tac monstrueux de la montre / La Mort, c’est l’infini dans son éternité / Mais qu’advient-il de ceux qui vont à sa rencontre ? / Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter / La Mort ? / La Mort... » Tu reposes aujourd’hui au cimetière Monmousseau d’Ivry-sur-Seine, que tu avais également choisi : dans un message à remettre « le moment venu » au maire de ta cité adoptive, n’avais-tu pas écrit : « Pourrais-je solliciter de la part de ma ville, lorsque l’heure, sans glas, sans tristesse, en sera venue, une petite maison dans le si beau et humble cimetière Monmousseau ? »

Beau et humble… Sur ta tombe, le jour de tes obsèques, tes proches avaient placé en tirage grand format cette photo que tu aimais bien, de la série découverte dans Chorus n° 68 (celui de l’été 2009, oui, le tout dernier…), qui a servi à la pochette du tome 2 de l’album Chez Leprest, enregistré avec tes amis. Chez Leprest, cimetière Monmousseau… « Nu, le torse nu / Je voudrais qu’on m’inhume / Dans mon plus beau posthume / …Pacifiste inconnu. »

 

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Tu es mort, « qui qui dit mieux ? », chantait jadis ton pote Higelin. Toi, bien sûr, qui avais pris les devants : « Quand j’ai eu r’joint / L’grand marchand d’joints / Sur son nuage / Intermittent / Inexistant / À son image... »  Quand t’étais mort… Quand j’fus “nambule” / Un seul scrupule / Avoir peut-être / Choisi l’enfer / Sans fermer la / Fenêtre / C’était l’espoir / D’entendre et voir / Chers estropiés / Sur mon caveau / Résonner vos / Cœurs et vos pieds… / Mais soyez sûrs / Je vous rassure / Rien de changé / J’suis resté digne / Dans l’grand parking / Des allongés… » Certes, et crois-moi – je persiste et je signe –, on n’a pas fini de parler de toi et de tes chansons. Du « plus connu des chanteurs inconnus », selon ta propre expression, du plus reconnu aussi.

Car, comme Tachan te l’écrivait déjà il y a trente ans, même si cela n’a pas suffi contre la maladie, la malenfance et la désespérance, on aura été nombreux (à jamais reconnaissants pour l’embellie apportée dans leur vie), on aura été légion – face à face ou devant les feux de la rampe – à pouvoir te dire, à avoir eu la chance de te dire : « je t’aime. »

 

 

NB 1 : Ce texte est dédié à Mathieu et Fantine, et bien sûr à Sally, avec affection.
NB 2 : On peut retrouver Allain ici ou là dans Si ça vous chante, notamment dans les articles suivants : « D’Anne Sylvestre à Olivia Ruiz », où celle-ci interprète Six mètres d’Allain ; « Alors… Chante ! », où il figure en photo avec Jamait et Nilda Fernandez ; « Chanson d’automne », qui comprend la chronique de Chez Leprest, tome 2 ; « Y a rien qui s’passe »… sans parler de sa présence récurrente dans les commentaires qui contribuent pour beaucoup à l’intérêt de Si ça vous chante.
NB 3 : Deux livres à recommander en dehors du dossier, très fouillé dans la rédaction et l’illustration, de Chorus n° 41 (automne 2002) : Je viens vous voir, par Thomas Sandoz, Christian Pirot Éditeur, St-Cyr-sur-Loire, 2003 ; Portraits croisés : Francesca Solleville-Allain Leprest, par Véronique Sauger, Les points sur les i, Paris, 2009.

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Hommage
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