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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 11:01

Trompe la mort

 

Né à Sète le 22 octobre 1921, Georges Brassens est mort à St-Gély-du-Fesc, une semaine après son soixantième anniversaire, le jeudi 29 octobre 1981 à 23 h 14. Le vendredi 30, la nouvelle filtrait dans l’après-midi. Le soir à l’Olympia, Montand annonçait son décès en voix off, et Le Forestier pleurait sur scène à Bobino : j’y étais et je me souviendrai toujours, entre la stupeur et le désarroi frappant le public de Maxime, de celui-ci forcé d’interrompre, la gorge nouée par le chagrin, Dans l’eau de la claire fontaine qu’il avait voulu chanter en hommage au grand chêne de la chanson ; Maxime, le cœur serré et le regard noyé de larmes impossibles à réprimer... Ce soir-là, le « Théâtre de la chanson et de la gaîté », que Brassens avait marqué de son empreinte, portait bien mal son nom.

   


Entre ces deux dates – 22 octobre 1921, 29 octobre 1981 –, soixante ans d’une vie de chanteur assez ordinaire, mais la création d’une œuvre sans pareille qui fait et fera date à jamais dans l’histoire de la chanson. Non par un éventuel côté pléthorique comme chez Trenet ou Ferré, puisqu’elle compte à peine cent cinquante chansons enregistrées en studio (138 exactement, soit l’équivalent de douze albums 30 cm quand tant d’artistes de la génération suivante ont atteint voire dépassé le seuil de la vingtaine), mais par son côté extraordinairement achevé, peaufiné et poli comme un ouvrage d’artisan cent fois remis sur le métier. Une œuvre raffinée et populaire à la fois. Simple et profonde. Accessible aux plus « modestes », grâce notamment à son art des mélodies, et cependant adulée des « intellectuels ».

Une œuvre, pourquoi ne pas le dire, formellement parfaite, qui réalise la quadrature du cercle, constituant un ensemble étonnamment homogène, de ses premières chansons sorties au printemps 1952 (Le Gorille, La Mauvaise Réputation et Le Mauvais Sujet repenti, excusez du peu) à son ultime album de 1976 (Trompe la mort…). Parfaite, oui, dans l’écriture et la composition, et intemporelle, indémodable sur le fond, car intimement et définitivement enracinée dans l’âme humaine, ce qui lui vaut d’être reprise sans cesse, dans l’espace francophone et ailleurs où les interprètes de Tonton Georges et les versions en tout genre de ses chansons (car elles se prêtent à tous les styles musicaux, à tous les arrangements) ne se comptent plus.

   

 

Alors, c’est vrai, tout est bon chez Brassens, y a rien à jeter ? À quelques titres près, marqués par l’actualité, c’est vrai, oui, car l’auteur-compositeur – circonstances et période exceptionnelles aidant (la Seconde Guerre mondiale, l’Occupation…) – avait déjà fait ses premières armes avant d’entrer effectivement dans le métier. Quand il a débuté chez Patachou, il n’y avait plus une parole, plus une note de musique superflues chez lui. Déjà, Brassens allait jusqu’à l’os de la chanson. Depuis lors, pas la moindre graisse, jamais, dans son œuvre. De la pure gemme. Une pierre précieuse. LE joyau – le grand chêne – de la chanson française.

 

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C’est en partant de ce constat qu’au moment d’infléchir notre destin, ma chère et tendre et moi, en prenant la décision de mettre fin à nos aventures africaines pour créer le journal de chanson qui faisait alors défaut dans le paysage médiatique français et même francophone, nous avons spontanément pensé à Brassens – à tout seigneur tout honneur – pour la Une du premier numéro. Un quart de siècle plus tard, alors que nous tentions avec Jacques Vassal de convaincre Pierre Onténiente, alias Gibraltar (l’ami par excellence de Brassens, le « copain d’abord », celui qui ne l’a jamais quitté d’une semelle du jour où ils s’étaient connus en 1943, au camp de Basdorf en Allemagne – où les deux hommes avaient été enrôlés dans le Service du Travail Obligatoire –, jusqu’au jour de sa mort), de nous livrer son témoignage, unique et sans pareil par définition, celui-ci se souvenait encore de notre lettre adressée à l’artiste depuis un endroit aussi peu habituel et improbable que Djibouti.

   

 

Nous changerons finalement notre fusil d’épaule (voir « D’Anne Sylvestre à Olivia Ruiz » notamment), dans l’attente d’un nouvel album, mais Georges n’aura pas le temps d’enregistrer les chansons auxquelles il travaillait alors et resteront à jamais posthumes – à l’instar des différents dossiers que nous lui consacrerons dans Paroles et Musique puis dans Chorus au cours des années 1980, 1990 et 2000. Le premier parut en juin 1984, non pas à l’occasion d’une commémoration mais pour saluer la mise en vente de P&M dans le commerce, le « mensuel de la chanson vivante » n’ayant jusqu’alors été distribué que par correspondance.

 

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Sous le titre « Il suffit de passer le pont », j’annonçais ainsi la nouvelle à nos abonnés : « Aujourd’hui, Paroles et Musique franchit le gué, saute le pas de la distribution commerciale. Un petit pas peut-être à l’échelle du lecteur, mais un bond immense pour notre mensuel, dont le tirage est quadruplé à partir de ce numéro [NB : nous passions alors de dix mille à quarante mille exemplaires]. Curieusement, continuais-je plus loin, cette mise en vente de P&M chez les marchands de journaux de France et de Navarre coïncide avec le dossier sur Georges Brassens que nous avions projeté de réaliser pour le n° 1, en juin 1980. Des contacts en ce sens avaient été pris, dès 1979, avec Brassens lui-même et aussi avec Pierre Onténiente, son secrétaire (et ami). Ce n’est que la crainte – sans doute justifiée à l’époque, l’équipe de P&M étant encore en gestation – de ne pas assumer le sujet avec toute la rigueur nécessaire, qui nous avait poussés à le reporter. La suite, hélas, on la connaît : avec la disparition prématurée de l’auteur de Trompe la mort, le 29 octobre 1981, il n’était plus question d’envisager ce numéro avant que la douleur se fût apaisée dans les mémoires. » Et de préciser enfin que certains des témoignages figurant dans ces pages du n° 41 (le dossier à lui seul faisant la moitié du numéro, soit 44 pages sur 88) étaient, du reste, « les premiers accordés à la presse depuis lors »… et inédites « la plupart des photos de Jean-Pierre Leloir illustrant ce dossier. »

 

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En 2005, fidèle à cette histoire et à notre propre fidélité à la mémoire de Georges, Pierre Onténiente acceptera enfin de se confier sans réserve à Jacques Vassal pour laisser aux génération futures un témoignage irremplaçable. Ce livre, Brassens, le regard de Gibraltar, que j’ai la faiblesse de considérer comme le document le plus important jamais publié sur l’auteur du Grand Chêne, car émanant du personnage qui fut le plus proche, et sur la durée la plus longue, de toute la vie de Brassens, parut en 2006, édité par votre serviteur chez Chorus/Fayard.

Quinze ans plus tôt, en 1991, nous avions déjà eu l’occasion de publier sous notre propre label Hidalgo Éditeur (en coédition cette fois avec Fixot) l’un des ouvrages aujourd’hui considérés de référence sur le Sétois, préfacé par Renaud : Georges Brassens, histoire d’une vie, de Marc Robine et Thierry Séchan.

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Enfin, à l’automne 2006 parut le dernier de nos dossiers, dans le n° 57 de Chorus. Introduit par un édito que j’intitulais sans hésiter « Tous derrière et lui devant », il proposait soixante pages d’analyse et de témoignages (dont ceux des jeunes artistes de la « Génération Chorus » recueillis par Jean Théfaine : « Ils ont tous en eux quelque chose de l’oncle Georges… ») et même une interview de Brassens datant de 1970 et restée inédite jusqu’alors. Celui-ci avouait entre autres que s’il n’avait pas « toujours été très négligent », il aurait écrit « beaucoup plus »

C’est dans ce dossier aussi que notre excellent collaborateur Damien Glez publia cette planche satirique « Et si Brassens était toujours là ? » dont il suffit de remplacer la mention « À 85 ans » par « À 90 ans » pour qu’elle demeure d’actualité.

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Notons au passage le dialogue d’outre-tombe entre Brel et Ferré, clin d’œil à la rencontre historique des trois géants de la chanson, organisée en janvier 1969 par François-René Cristiani avec la collaboration de Jean-Pierre Leloir (une « table ronde » que j’eus également l’honneur et le privilège d’éditer dans sa version intégrale, en 2003, chez Chorus/Fayard, accompagné de nombreuses photos inédites de Leloir, sous le titre Trois hommes dans un salon).

   

 

Vous le voyez, il ne me manque pas de motifs de me montrer intarissable au sujet de Brassens. En effet, si j’ai déjà dit tout ce que je devais à Ferré, de révolte et de fraternité, dans le choix et l’expression de mon propre parcours, alors que Brel m’a donné à jamais le besoin vital d’« aller voir », c’est Brassens qui, tout petit, m’a fait aimer la chanson française (et sa langue, qui n’était pas celle de mes parents). Brassens qui m’a communiqué le goût de l’indépendance (déjà mis en pratique par mon oncle Lamolla, artiste-peintre catalan – voir « Cali à bras-le-cœur ») –, illustrateur du Libertaire… lorsque Brassens y collaborait). Un goût incurable pour la liberté d’esprit et d’action qui se paie au quotidien et parfois au prix fort (« Après le Frente Popular / L’hidalgo non capitulard / Qui s’avisait de dire “niet” / Mourrait au son des castagnettes… », cf. Tant qu’il y a des Pyrénées, chanson hélas posthume de GB), mais dont la saveur est à nulle autre semblable… « Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens ! »

Je me garderai donc d’en rajouter ici, pour laisser plutôt la parole à l’un des plus grands amis de Georges. Ils vécurent même un temps sur le même palier d’immeuble (Le Méridien, rue Émile-Dubois à Paris), ce qui valut à Brel – car c’est bien sûr de lui qu’il s’agit – d’emmener lui-même d’urgence Brassens à la clinique, victime d’une crise sévère de coliques néphrétiques, pour y être opéré un soir de mai 1966. Dans un témoignage recueilli par Europe 1 et repris dans le 30 cm Philips 20 ans d’émissions avec Georges Brassens à Europe 1, le Grand Jacques a sûrement dit sur le Grand Chêne les choses les plus sensibles qu’on ait pu entendre de leur vivant à tous deux.

   

 

« Je vais parler de Brassens, avertit Jacques Brel, un peu comme un enfant parle de sa maman. Tous les enfants sont un petit peu amoureux de leur maman. Et puis d’ailleurs, qu’on me comprenne bien quand je dis cela, je n’évoque pas du tout Georges Brassens avec des bigoudis et en robe de chambre le matin, je ne veux pas du tout disséquer Brassens, je n’en ai pas le droit et en plus il le fait infiniment mieux que moi. Donc, Brassens étant une porte ouverte, je n’ai pas du tout envie de l’enfoncer, j’ai envie simplement de vous faire pénétrer dans son salon, et non pas du tout dans sa chambre, voilà !

« Brassens a une manière bien à lui de poser certains problèmes, mais il les pose, oh ! il ne les pose pas, il les dépose en réalité… Parce que Brassens, je crois qu’au fond de lui il ne croit pas aux solutions ; je crois que Brassens ne croit pas aux disciplines que nécessite une solution, il n’y croit pas, il dépose ça, en réalité, comment vous dire ?... C’est un arbre de Noël, Brassens, il ne croit pas qu’il est là pour faire de l’ombre ; il croit simplement qu’il est là pour amener un sourire à des enfants qui regardent ça une nuit de Noël ; et les enfants étant nous, il pose tout de même au bout de ses branches non pas simplement des boules scintillantes ou des guirlandes, mais il pose certains petits points d’interrogation qui ne scintillent pas mais qui vibrent au fond de notre cœur.

« Brassens doit constater une forme d’espoir, il ne doit pas en être fier parce qu’il est trop intelligent pour s’envoyer des fleurs parce qu’il se découvre un peu d’espoir, et puis d’un autre côté il se heurte à cette envie de bonheur qu’il doit avoir envie de distribuer du coin de son sourire. J’insiste sur le sourire de Brassens qui est le plus beau sourire d’homme que je connaisse, d’ailleurs…

   

 

« En réalité, c’est la première ride d’adulte, et je crois qu’il faut se faire des rides dans l’oreille. Je crois que c’est un péché mortel de ne pas écouter Brassens. On peut ne pas l’aimer, on ne peut pas ne pas l’essayer. »

En codicille à cette déclaration de Brel, en particulier à son éloquente conclusion, il n’y a qu’à l’intéressé qu’on puisse céder la parole, tant il est vrai, en dépit du temps qui passe, qu’il continue d’être présent et de nous accompagner dans nos vies, quitte, comme il l’avait prédit, à s’exhumer régulièrement de son caveau du cimetière de Sète : « Et si jamais au cimetière / Un de ces quatre, on porte en terre / Me ressemblant à s’y tromper / Un genre de macchabée / […] Ce sera rien que comédie / Rien que fausse sortie / Et puis, coup de théâtre, quand / Le temps aura levé le camp / Estimant que la farce est jouée / Moi, tout heureux, tout enjoué / Je m’exhumerai du caveau / Pour saluer sous les bravos / C’est pas demain la veille, bon Dieu ! / De mes adieux. »

 

NB. On trouvera dans Si ça vous chante d’autres sujets où il est question de Brassens, d’autres vidéos de lui, notamment dans les articles suivants : « Vendanges d’automne », « Les Amis de Georges », « La Chanson de proximité »« Jean Ferrat, “la” bio ! », « Le Bon Lait d’l’automne ». Rappelons aussi la sortie récente de l’ouvrage de référence signé Jacques Vassal, Brassens, homme libre, la bio à coup sûr la plus complète à ce jour : voir à la fin d’« Allain Leprest (suite) ».

 

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 21:58

L'arbre de vie ou le désespoir des singes 

 

C’était comme un pressentiment. Après la fin de Paroles et Musique et les débuts de Chorus, dans la première moitié des années 90, notre camarade Marc Robine avait pris l’habitude de m’interroger sur la santé de l’araucaria avant de prendre la route, à la veille de chaque nouvelle réunion de rédaction (les collaborateurs des « Cahiers de la chanson » qui souhaitaient participer à ces rencontres trimestrielles, aussi amicales que professionnelles, accouraient spontanément au siège de la rédaction – dans un village sans prétention* situé entre Île-de-France, région Centre et Normandie – de toutes parts de l’Hexagone et parfois de plus loin). Un pressentiment ? En tout cas, c’était devenu une sorte de rite entre nous. « Et l’araucaria, ça va ? » Question apparemment anodine. « Oui, rien à signaler, l’araucaria est en pleine forme et il t’attend – on t’attend ! – de pied ferme. Y a rien qui s’passe… »

   

À l’image de l’araucaria se dressant aux regards admiratifs telle une flèche vivante (Vivre en flèche, dirait Vasca), Chorus a pris son envol et s’est imposé très vite comme « l’organe de référence » de la  chanson française et de l’espace francophone (au sens large, langues vernaculaires incluses). « La bible », disaient simplement ses lecteurs… aussi bien que l’Agence France Presse dans chacune ou presque de ses dépêches annonçant un nouveau numéro. Et puis il y a eu la fameuse tempête de l’an 2000 (plus précisément du 26 décembre 1999, une semaine à peine après notre réunion d’hiver), bourrasque et déluge de concert, qui a occasionné pas mal de dégâts dans le village et la propriété (nommée… « L’Araucaria »), et de grosses pertes pour la revue avec une part des archives et des stocks touchée par une inondation. Mais surtout, surtout, l’araucaria s’est trouvé déraciné et couché à terre comme un vulgaire arbuste, malgré ses quinze mètres et quelque deux à trois tonnes.  

Partout dans le hameau, des dizaines d’arbres abattus ont dû être débités et brûlés sur place. Cela a duré plus d’une semaine, sans interruption. Triste souvenir. Et l’araucaria, me demanderez-vous ? Ses racines miraculeusement indemnes, nous l’avons redressé en prenant moult précautions et replanté à l’aide d’un tractopelle. Du rôle et de la force des symboles… Apparemment, l’ « opération » s’est bien passée puisque trois mois plus tard, à la veille de notre réunion de printemps, l’arbre de vie était redevenu pareil à lui-même. Majestueux, étonnant, attirant les regards mais pas m’as-tu-vu pour un sou. Araucaria.jpgChargé de promesses d’avenir, de lendemains qui chantent. « …Et l’arbre de vie / Tout contre nos cœurs / Déjà refleurit… » Coup de fil de Marc : « Et l’araucaria ? – T’inquiète, bonhomme, tout va bien, y a rien qui s’passe… »

L’araucaria ? Un arbre magnifique originaire des hauts plateaux du Chili. Entre conifère et cactus. Appelé vulgairement « désespoir des singes » – on comprend pourquoi en le touchant, car qui s’y frotte s’y pique ! Séduits par sa forme, son port élégant et sa nature, ma chère et tendre et moi l’avions planté juste avant de créer Paroles et Musique, choisissant même de donner son nom à sa société éditrice : Les Éditions de l’Araucaria, qui allaient ensuite porter leurs fruits, non seulement avec « le mensuel de la chanson vivante » mais aussi avec les premiers « vrais » livres édités en France sur Francis Cabrel, Julien Clerc ou Renaud, en coédition avec Seghers. Un coup de cœur renforcé par la découverte de la magnifique Ode à l’araucaria de Pablo Neruda, le grand poète faisant de celui-ci le symbole de la liberté du peuple, puis les émigrés chiliens et plus généralement latino-américains le considérant comme celui de la résistance à l’oppression.

 

Pour ma part, je ne pouvais m’empêcher d’y voir un rapport implicite avec l’arbre de vie. Celui de Darwin ? Plus sûrement celui de Leny Escudero dont la chanson éponyme avait marqué ma pré-adolescence et dont l’histoire même, celle de la Guerre d’Espagne et de la Retirada de nos parents respectifs, était tellement proche : son « p’tit père » et le mien, par exemple, se retrouvèrent prisonniers en même temps, au printemps 39, dans un même camp du Roussillon, et tous deux eurent la chance d’en sortir vivants, puis de Vivre pour des idées Le 20 janvier dernier, nous eûmes une nouvelle fois l’occasion, avec Leny – que je considère (au même titre que Paco Ibañez) comme mon « grand frère » – de confronter nos souvenirs et ceux que nous confièrent nos parents.

 

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De cette conversation naquit un sujet de ce blog, à propos de Cali (voir « Tu es de ma famille ») pour rafraîchir les mémoires et rendre hommage à l’esprit de résistance. Puis, dans les jours suivants, convié par Fabrice Lucchini à l’émission Vivement Dimanche de Michel Drucker pour y rechanter Ballade à Sylvie et Pour une amourette, Leny Escudero allait utiliser l’essentiel de son temps de parole à rappeler – devant l’assistance médusée découvrant ce pan longtemps occulté, « ces années noires » de l’histoire de France – l’atrocité de l’accueil réservé alors aux réfugiés républicains espagnols fuyant le franquisme. Lui à la télévision (cliquer ICI pour voir la vidéo de ce témoignage), profitant de son image publique, avec son charisme, sa tendresse, sa profonde authenticité et son extraordinaire capacité à susciter l’attention ; moi, me servant de mon blog pour faire passer le même message. Devoir de mémoire. Il n’y a pas de hasard.

Ce même 20 janvier passé avec Leny, impossible aussi de faire l’impasse sur la fin soudaine et pour le moins prématurée de Chorus, en juillet 2009 ; l’auteur du Cancre et de La Grande Farce insistant sur le fait que cette revue, restée sans équivalent en son domaine, « mériterait » une seconde chance. « Va chercher de l’eau / Au fond du puits / Va chercher de l’eau / Et l’arbre de vie / Tout contre nos cœurs / Déjà refleurit… »

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C’était comme un pressentiment de Marc Robine, disais-je. Tant que l’araucaria s’est bien porté, Chorus aussi. Et puis, à un moment donné, il s’est mis à végéter. Coïncidence ? Sans doute, mais a posteriori la conjonction des faits, cette chronique de la mort non annoncée de l’un et de l’autre, n’en paraît pas moins troublante. Entre-temps, le 26 août 2003 – il y a huit ans… –, le sieur Marc avait tiré sa révérence et plus jamais, dès lors, les réunions de rédaction de Chorus ne furent les mêmes : autant sa présence y était imposante, constructive et jubilatoire à la fois (parfois intimidante aussi, pour les nouveaux venus de l’équipe, par sa profonde connaissance de l’histoire de la chanson), autant son absence se fit criante.
  

Il a fallu du temps encore pour que meure l’araucaria. Il s’est accroché, a fait ce qu’il a pu, mais l’amour, l’amitié et la tendresse qui l’ont entouré durant plus de trente ans n’ont pu compenser les épreuves et coups subis dans l’intervalle. Loin de ses racines ancestrales, il lui a fallu affronter toutes sortes d’aléas climatiques, le chaud et le froid, la tempête… Les tempêtes, puisqu’une seconde, plus localisée, l’a jeté à bas une nouvelle fois. Une fois de trop. Aujourd’hui, à l’endroit où il trônait en majesté, aucune trace ne subsiste de cet arbre de vie, l’arbre de Pablo Neruda – à la vue duquel se sont extasiés nombre d’artistes, du jeune débutant nommé Allain Leprest au monstre sacré. On appelle ça faire table rase. C’était il y a quelques mois. En parallèle, le projet de relance des « Cahiers de la chanson » mené par certains de ses anciens collaborateurs, auquel on croyait fort, a avorté avec le retrait d’un possible éditeur. Mais aussi, semble-t-il, avec le manque d’envie d’avoir encore envie… Sans parler de la crise qui n’arrange rien. Poussez pas, poussez plus, circulez, y a rien à voir, y a rien qui s’passe.

 

Quand il est mort, l’araucaria, je venais d’apprendre la disparition soudaine de Bruno Fecteau, pianiste, compositeur et directeur musical de Gilles Vigneault depuis une quinzaine d’années (voir la vidéo ci-dessus où l’un joue et l’autre chante Jack Monoloy), mais aussi le « chum » de l’excellente interprète québécoise Paule-Andrée Cassidy. Il n’avait pas 52 ans. J’avais sympathisé avec lui en juin 2003 (deux mois seulement avant le décès de Marc Robine) au Festival de Tadoussac où il m’avait abordé pour me remercier de nous montrer aussi attentifs, à travers Chorus, au parcours de sa « blonde » : « Vous êtes bien les seuls, en France, à parler d’elle… » Les lecteurs attentifs de Si ça vous chante, eux, auront lu ici ou là (en « commentaires », notamment de Natacha Ezdra) des informations sur les adieux trop précipités de ce talentueux musicien. J’y ajouterais simplement, ici, une vidéo en son hommage que, le 23 juin dernier (après la mise en terre de ses cendres « au cimetière La Souvenance »), nous a envoyée Paule-Andrée avec ce message : « En remerciement pour vos pensées, vos mots, vos témoignages, votre présence, votre écoute... Parce que ce sont ces gestes qui aident à voir ce qu'il reste malgré l'immensité de la perte. En mémoire des onze dernières années où Bruno et moi avons été si intimement liés, où nous avons tant fait ensemble, voici un enregistrement inédit que nous avons réalisé en 2006 et des photos récoltées au fil des ans. C'est bien peu pour vous dire ce que votre soutien a signifié. »

La chanson illustrant ces images, Il faut qu’on s’touche (signée Pascal Rinaldi, encore un auteur-compositeur de talent – suisse romand – par trop méconnu : écouter par exemple Au-delà de cette limite dans « Les Affranchis de Chant’Appart »), est aussi vraie et belle que bouleversante, portée par la voix frémissante d’émotion de Paule-Andrée. 

 

 

Oui, « La vie, ça a d’ces coups d’cravache »… Oui, « La vie, ça ne tient qu’à un fil »… Tous ces amis disparus depuis ce printemps : Jean-Claude, Ricet, Claude… sans parler des proches ou de très proches de grands amis. Jusqu’au camarade Allain qui a décidé lui-même du jour de son départ, ce 15 août de l’Assomption (un mois et quelque après avoir été programmé, en Auvergne, aux « Rencontres Marc-Robine »…). Désespoir de l’un, coup d’assommoir pour les autres, tous ceux qui l’aimaient. Et salaud de destin, salaud de crabe ! Comme Paule-Andrée et Pascal le chantent, je ne vois à tout cela qu’une issue, oh ! toute provisoire, certes, mais quand même : « Il faut qu’on s’aime, il faut s’le dire »… quand il est encore temps. Avant de tourner la page, s’entend, pour « aborder le rivage / Où rien ne fait semblant / Saluer le mystère / Sourire / Et puis se taire. » Là où y a vraiment plus rien à dire, plus rien qui s’passe. 

(À SUIVRE…)

« Ah ! Brézolles… » s’enflamma un beau matin de juillet, sur Radio Canada, le journaliste présentant le journal très écouté de la tranche matinale dont j’étais l’invité (à l’occasion du Festival d’été de Québec), « c’est l’adresse mythique de la chanson francophone ! ».

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 19:24

Le printemps des poètes

 
Pour ce centième « numéro » de Si ça vous chante, j’aurais aimé vous convier à un festival d’airs printaniers, car la saison du renouveau est l’un des sujets récurrents de la chanson francophone. De la variété légère (Y a le printemps qui chante, Claude François) à l’interpellation citoyenne (Au printemps de quoi rêvais-tu ?, Jean Ferrat) en passant par la célébration poétique (L’Hymne au printemps, Félix Leclerc) ou la dérision irrésistible (V’là l’printemps gnan-gnan, Anne Sylvestre), les chanteurs qui se sont livrés à l’exercice, chacun à sa façon, se comptent par dizaines (Aufray, Ricet Barrier, Lucienne Boyer, Brel, Henri Dès, Fugain, IAM, Marie Laforêt, Perret, Édith Piaf, Jean Sablon, Vasca, Vigneault…), tant et tant d’autres sans oublier Gérard Delahaye qui a consacré au printemps un bijou d’album-concept.

Mais le Japon, la Libye, la Côte d’Ivoire, la vie des populations foulée aux pieds par des dictateurs sanguinaires… et tout le reste, alouette, m’en ont fait passer l'envie. La chanson paraît si futile face à cette actualité désespérante, c’est une si petite chose en regard du malheur des hommes… Néanmoins, comme le spectacle doit continuer, quoi qu’il en coûte et quoi qu’il arrive, je vous propose un rapide arrêt sur image, à l’occasion d’une chanson de circonstance, sur Léo Ferré : « Le printemps ça s’invente et ça se fout en taule… »

 

 

Il y a exactement vingt ans, au printemps 1991, ma chère et tendre et moi planchions sur le contenu d’un numéro type de Chorus, arrêté à 196 pages, après avoir décidé que chaque édition couvrirait l’actualité chanson de l’espace francophone sous toutes ses formes et présenterait à la fois un rappel du patrimoine et un cahier entier consacré à la découverte des nouveaux talents. Nous étions encore à un an et demi de la naissance de ces « Cahiers de la chanson », mais savions déjà qu’un artiste entre tous figurerait au sommaire du n° 1, que la première « Rencontre » du premier numéro, actualité ou pas, serait réservée au Vieux Lion, à Léo the Last, au Grand Ferré.

Finalement, pour être au plus près possible de sa sortie, cette rencontre eut lieu en août 1992, trois mois avant une rentrée parisienne annoncée au Grand Rex. C’est Marc Robine, « le meilleur d’entre nous » – aurait dit Jean Sommer, également au… sommaire de ce numéro –, qui s’y colla, le veinard ! Heureux à l’évidence de retrouver ainsi Léo, comme le montre la photo (de Francis Vernhet) qui servit parmi d’autres à illustrer le papier…

 

Jean Sommer – Les Meilleurs d’entre nous


Formidable interview, à mille lieues de l’habituelle langue de bois. Sur l’amour et l’anarchie : « L’anarchie, c’est l’extrême solitude ; mais une solitude qui n’est pas coupée des autres » ; sur la chanson, la poésie et la musique : « Il n’y a pas de poésie sans musique. Quand elle est bonne, la poésie a sa propre musique » ; sur les poètes : « Tous ces poètes que l’on dit maudits auraient certainement mieux vécu s’il y avait eu des disques à leur époque » ; sur la banalisation du franglais : « J’en ai marre de ces mots qui ne veulent rien dire et qui ne sont là que pour faire du genre » ; sur la programmation des médias : « Vous me parlez de poètes, de musiciens, mais écoutez ce qui passe à la radio : la chanson n’est plus qu’une question de commerce » ; sur les multinationales du disque : « Ces boîtes-là sont dirigées aujourd’hui par des jeunes marketing… marketingers – c’est comme ça qu’il faut les appeler, n’est-ce pas ? – de jeunes marketingers de 35 ans qui sont bien contents de vendre encore mes disques, mais qui se fichent de savoir ce qu’il y a dedans… »


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C’est dans le Gard, au Festival de Sauve aujourd’hui disparu, où Léo devait donner un concert, que cette rencontre fut arrêtée et surtout concrétisée ; enfin, en partie, car la vie d’artiste pour l’auteur d’Avec le temps était sur le point de s’achever, sans que nul ne s’en doute. Homme fatigué, mais homme de parole, Léo Ferré proposa à Marc Robine de poursuivre l’entretien par téléphone, une fois rentré chez lui, en Toscane, aux premiers jours de septembre... Vous imaginez l’angoisse des Hidalgo qui avaient à sortir le 21 septembre, premier jour de la nouvelle saison, le premier numéro d’un nouveau journal (héritier du mensuel Paroles et Musique) dont tous les articles devaient être rendus avant la fin août !

Après un premier complément d’entretien le 3 ou 4 septembre, Léo, vraiment fatigué mais on ne peut plus « réglo », demanda à Marc de bien vouloir reporter la suite au lendemain, « voire la fin au surlendemain ». Au final, hasard ou destin, cette conversation publiée dans le n° 1 de Chorus (Les Cahiers de la chanson) fut de fait la dernière interview que donna le poète de Castellina in Chianti. On diagnostiqua en octobre le mal qui allait l’emporter et la « rentrée parisienne » fut annulée. Définitivement. Léo, dès lors, resta chez lui, ne recevant que de très rares amis, comme Maurice Frot, avant d’être appelé à rejoindre ses copains Jacques et Georges, dernier pied de nez du chanteur anarchiste, le jour même de la Fête nationale 1993. Le jour du quatorze juillet, aurait dit Brassens, il resta dans son lit douillet : la musique qui marche au pas, cela ne le regardait pas…


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Léo et nous, c’est toute une histoire. Personnelle d’abord avec Le Flamenco de Paris, Le Bateau espagnol, Franco la muerte, Les Anarchistes… Puis professionnelle. En 1985, nous lui consacrions un premier dossier spécial dans Paroles et Musique (n° 51), photo de couverture signée Alain Marouani... Deux ans plus tard, en coédition Paroles et Musique/Seghers, nous sortions La Mémoire et le Temps, de Jacques Layani, très originale « biographie d’une œuvre » qui me valut plusieurs conversations téléphoniques nocturnes et, disons, pointues, avec Léo et Marie-Christine Ferré. À titre personnel, je garde notamment au cœur un dîner et une soirée (jusqu’à trois heures passées !) sur nos terres, en 1982, avec Léo et Marie-Christine, et… Jean Sommer (voir plus haut) qui avait fait spécialement le déplacement depuis Paris. J’entends encore Marie-Christine souffler, à juste titre, à Léo : « Demain, tu chantes à Caen, il est peut-être temps d’aller se coucher… » Mais Léo, pétant le feu, n’avait pas sommeil et ne se faisait pas prier pour pousser la chansonnette (quel souvenir !)… alors même qu’il avait donné ce soir-là un concert de plus de deux heures et demie !

Après d’autres entretiens glanés ici et là jusqu’à la fin des années 80, le n° 4 de Chorus allait proposer un nouveau « Spécial Ferré », avec une photo de Francis Vernhet en Une. Sans qu’on puisse bien sûr l’imaginer au moment de le concevoir (tant était grande la discrétion entourant alors l’état de santé de Léo), ce numéro – sorti dans les kiosques le 21 juin 1993 – précédait d’à peine un mois sa disparition.

Dix ans plus tard, enfin, Chorus partait « sur les pas de Léo » avec un dossier posthume (sous une nouvelle – et superbe – illustration de Francis Vernhet) : soixante-douze pages (!) de ce numéro d’été tentaient de cerner au plus près l’homme et l’artiste.

 

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« Auteur-compositeur-interprète majeur, écrivais-je en chapeau de cet hommage, et formidable interprète de chansons qui l’ont fait jouer le “troisième homme” – le premier et le dernier des trois – aux côtés de Brel et de Brassens, Léo Ferré a aussi été un poète et un musicien exceptionnels. Un créateur “total” au bout du compte, à la fois Rimbaud et Debussy, Beethoven et Verlaine, Baudelaire et Ravel. […] Entre ses débuts en piano-solo au Quartier latin et ses dernières tournées, à nouveau seul (“mais peinard” et terriblement charismatique – comme on peut le voir dans la vidéo du Printemps des poètes jointe à ce sujet), Léo a conduit la chanson dans la cinquième dimension. Au-delà des paroles, de la musique, des arrangements et de l’interprétation. Avec ses textes de révolte et d’espoir (“Je provoque à l’amour et à l’insurrection”), ses mélodies inoubliables, ses envolées musicales ou poétiques somptueuses, avec sa voix bien sûr (cette voix si chère à notre cœur dont l’inflexion jamais ne se taira), Léo Ferré a ouvert la chanson à l’Anarchie. Son grand œuvre d’homme de la Renaissance, innovateur, moderne et classique à la fois. L’œuvre de toute une vie. C’est dire si elle est digne d’Amour. »

 Rien à retrancher à ces mots écrits au printemps 2003. Tragique ironie du destin, deux mois après la sortie de ce numéro, auquel il avait aussi largement que talentueusement contribué, Marc Robine s’éclipsait en silence pour rejoindre Léo et les autres... En 2011, alors qu’on aurait célébré les 95 ans du poète, je persiste et signe à l’occasion de ce printemps des poètes… malgré ce qu’il disait lui-même, sincère mais un peu amer à l’ami Marc pour Chorus n° 1 : « Je ne suis rien ! Ni considéré comme un poète, ni considéré comme un musicien. Je suis considéré comme rien ! »



C’est vrai que de son vivant, les professionnels et les officiels furent bien avares de signes de reconnaissance à son égard. Les médias surtout le frappaient d’une sorte d’ostracisme permanent. Pour les besoins d’un état des lieux sur la chanson demandé en 1982 à la « Commission consultative nationale pour la chanson et les variétés » à laquelle j’appartenais (aux côtés de Max Amphoux, Jacques Bertin, Patrice Blanc-Francard, Jean-Michel Boris, Jean-Pierre Bourtayre, Daniel Colling, Philippe Constantin, Jean Dufour, Michel Jonasz, Marc Ogeret, François Rauber, Roger Siffer et Charles Trenet, excusez du peu !), une enquête minutieuse avait été menée dont il ressortait – entre autres considérations tristement édifiantes – que Ferré n’était pas passé une seule fois à la télévision entre septembre 1981 et septembre 1982 aux heures de grande écoute (sur 72 émissions, dites de variétés, recensées) ! Cela ne s’améliora guère par la suite. Et plus tôt, dans les années d’après Mai 68 (Le Printemps des poètes fut créé en 1969 à Bobino), la censure faisait son office. Il fallait s’appeler Denise Glaser pour oser l’inviter alors…

Mais aujourd’hui, Léo, qui oserait dire que, dans l’histoire de la chanson, tu es considéré « comme rien » ?! Alors que tu étais « tout » à toi seul. Un monde, une galaxie, un univers. Une leçon de vie : « Le vers doit faire l’amour dans la tête des populations. À l’école de la poésie et de la musique, on n’apprend pas. ON SE BAT ! » Tu vois, Léo : avec le temps, va, on t’aime toujours autant. Peut-être même plus qu’hier… et moins que demain.

 

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