Profil

  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Le blog de Fred Hidalgo

Présentation

  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…

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Avec le temps...

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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 12:59

« Pour que tu saches lire et écrire… »

 

Je reviens d’Espagne, le pays de mes ancêtres, livré pieds et poings liés aux forces arrogantes et maffieuses de la finance, où l’avenir n’est plus synonyme d’espoir et de progrès mais seulement de soumission et de régression. Alors, « allez savoir pourquoi », en mémoire de mon père, peut-être, combattant antifranquiste de la première heure (« Ils sont morts cent dix fois pour que dalle et pourquoi / Avec l’amour au poing sur la table et sur rien… »), j’ai envie aujourd’hui de partager cette chanson du Grand Ferré, sous-titrée dans la langue de Cervantès… « Ils ont le cœur devant et leurs rêves au mitan et puis l’âme toute rongée par des foutues idées ; y en a pas un sur cent et pourtant ils existent, la plupart fils de rien ou bien fils de si peu… »

 

 

Le sait-on ? Associé généralement à l’aristocratie, un hidalgo (étymologiquement « hijo de algo », c’est-à-dire « fils de quelque chose » et donc exact contraire du « fils de rien » dont parle Léo dans sa chanson) a un sens autrement plus sociable sous la plume de Miguel de Cervantes pour qualifier son héros, « El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha » : celui de la noblesse de cœur. Cela pour dire qu’on peut s’appeler Hidalgo, n’être pas fils de rien et se montrer néanmoins en empathie totale avec un peuple frère dont une large partie est en voie de passer sous le seuil de la pauvreté, alors qu’il n’est en rien responsable des maux qui l’accablent.

 

portrait.jpg

 

En Espagne, l’Histoire semble balbutier avec des résurgences néo-fascistes facilitées (suscitées ?) par des hommes de l’ombre œuvrant au sein de tristes officines vouées corps et biens à la spéculation la plus infâme, celle qui conduit inéluctablement à la mise en cause des services publics, éducation et santé en tête. Comme s’il s’agissait d’éradiquer précisément ce pour quoi des hommes de bonne volonté se sont dressés, des générations durant, contre l’arbitraire de l’argent et son corollaire voulu de l’ignorance : Vivre pour des idées, chante Leny Escudero…

 

 

Avec près du quart de sa population au chômage, et la moitié de la jeune génération (oui, cinquante pour cent !) à laquelle on interdit de fait – quel que soit son niveau de formation – d’entrer dans la vie active, l’Espagne de 2012 fait dramatiquement penser à l’Allemagne désespérée de 1929 à 1933… On me dira qu’on n’en est pas encore là et que ce n’est pas, ici, le lieu d’analyser les causes et conséquences de cette situation. Peut-être que oui, peut-être que non. Une chose est sûre : la contagion menace et il est plus que temps de s’attaquer aux racines objectives de cette crise (à commencer par le système généralisé d’évasion fiscale des plus riches) qui appauvrit le plus grand nombre et enrichit davantage encore les profiteurs sans foi ni loi.

 

 

Avec le temps, il est en effet à craindre qu’en Grèce, en Espagne et ailleurs en Europe, si cette dérive du bien public vers la dictature financière se poursuit, on risque vite d’oublier les passions et même les voix « qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens ». Avec le temps, comme le redoutait Léo Ferré, le risque est grand pour chacun d’entre nous de se replier sur soi au lieu de s’ouvrir aux autres ; d’abattre la carte de l’aquoibonisme gainsbourien (voire pire) plutôt que de choisir celle, plus que jamais indispensable, de la solidarité.

 

CHORUS44.jpg

 

À mon humble niveau, sachez pourtant qu’Avec le temps (merveilleuse chanson, à tirer des larmes aux cœurs les plus endurcis, mais chanson de la plus haute désespérance), votre serviteur, lui, a la chance et le privilège d’aimer toujours autant, voire plus aujourd’hui qu’hier et moins que demain… et qu’il continuera à faire chorus avec ce qui est beau et mérite d’être partagé. N’en déplaise aux jeteurs de sorts et autres nuisibles de tous poils pour lesquels la fin justifie les moyens. Ceux-là nous trouveront toujours sur leur chemin, debout, non pas désarmés comme Le Déserteur de Boris Vian (du moins dans sa version « officielle ») mais prêts à riposter, tant il est vrai que « la poésie est une arme chargée de futur »…

 

 

 

Publié dans : La Chanson vivante - Par Fred Hidalgo
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Commentaires

VIVRE
CROIRE EN CES LENDEMAINS MEILLEURS
ET AGIR EN CONSEQUENCE
POUR REFUSER LA SOUMISSION ET LA REGRESSION
QUE CE SOIT EN FRANCE COMME AU QUEBEC ...
Commentaire n°1 posté par WEBER le 06/05/2012 à 13h24
Merci
Merci pour tes mots
pout tout
Commentaire n°2 posté par Samuel Fontayne le 06/05/2012 à 13h29
C'est bien là que l'on voit que la chanson parfois est une arme, par le fer de la parole et par le feu de la musique ; c'est aussi un outil d'éducation, de réflexion, donc de liberté.
Sinon pourquoi tuerait-on les poètes ? Pourquoi Lorca ? Pourquoi Jara ?
Commentaire n°3 posté par Michel Trihoreau le 06/05/2012 à 13h36
Est-ce qu'en Espagne on parle aussi peu qu'en France de l'Islande qui a viré son gouvernement, organisé un référendum et envoyé au pelotes les banques responsables de leur "faillite". Et depuis... ouf !... ils vont beaucoup mieux !!!
Commentaire n°4 posté par Chris Land le 06/05/2012 à 13h59
Ah... l'Espagne !! Le pays de mes ancêtres, moi aussi... mon oncle y a même laissé sa vie... Alors, cette chanson, tu penses bien qu'elle me parle... et fort même... il m'arrive aussi de la chanter...
Merci Monsieur Ferré... Merci Monsieur Hidalgo...
Commentaire n°5 posté par Cathy Fernandez le 06/05/2012 à 15h02
Fred, j'ai moi aussi vécu l'époque du franquisme à Barcelone. Arrivée en France en 1971. Pour nous, catalans, combattant le franquisme de toutes nos forces, notre chanson phare était "L’Estaca" de Lluis LLach.
Commentaire n°6 posté par Cristina Gilles Peradejordi le 06/05/2012 à 15h03
La plupart espagnols, allez savoir pourquoi, faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas !!! Mon père aussi était anarchiste espagnol, compagnon de Durruti...
Commentaire n°7 posté par Mamie Osoro le 06/05/2012 à 15h04
Superbe ! Bravo Fredo !
Quel beau tiercé gagnant: Léo, Paco, Lény !
Je vous embrasse.
Commentaire n°8 posté par Jean Vasca le 06/05/2012 à 15h06
J'ai partagé cette même chanson de Léo Ferré hier en lien avec les crises que nous traversons au Québec. Nous sommes aujourd'hui un peuple indigné... devenant beaucoup plus fort si les gens qui ont peur du PLQ et de Desmarais, nous accompagnaient. Aujourd’hui encore j’ai accompagné les manifestant pacifiques contre Le plan Nord, le non-respect des peuples autochtones, la hausse des frais de scolarité, l'exploitation de nos richesses naturelles sans respect pour l'environnement et sans redevances pour le peuple.. Nous nous indignons et marchons en s'appuyant les uns aux autres, nous gagnerons sur ces quelques méchants. « Un peuple uni, jamais ne sera vaincu ».
Nous vous comprenons et aurons de bonnes pensées aujourd’hui pour nos cousins…
Amitié sincère M. Hidalgo.
Commentaire n°9 posté par Manon Gagnon le 06/05/2012 à 15h07
Je souffre et je suis indignée de cette situation qui se passe en Espagne et en Grèce, et dans d’autres pays bientôt. J’espère que nous allons nous réveiller !!! Réveil !! Réveil !!
Commentaire n°10 posté par Maria Hebert le 06/05/2012 à 15h10
bien belle idée mon cher Fred que cette évocation qui colle à l'actualité...
bien fidèlement à toi
Yves
Commentaire n°11 posté par Borredon Yves le 06/05/2012 à 15h23
Merci pour ce beau récital . En ce dimanche où l'on attend avec plein d'espoir au coeur enfin un changement après cinq années de galère ...Et j'aimerais ajouter celle là :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=kqFGIU-NVMk
Commentaire n°12 posté par Danièle le 06/05/2012 à 16h26
Réponse de Fred Hidalgo le 06/05/2012 à 16h41
« C'est un brave homme, coupez ses liens !
Ton enfant tu l'éduques bien
Car tu as le sens du devoir
Chacun son dû et son savoir »

Reste à ta place, en bref...

Vivre pour des idées est essentiel et j'ai un profond respect pour le sacrifice des Républicains espagnols. Se battre "contre" est utile et même parfois indispensable. Je souhaite m'engager "pour" comme l'ont fait nos anciens.

PS. Léo avait fait une version italienne des anarchistes, toujours avec l'orchestration de JM Defaye
Commentaire n°13 posté par Jean-Noël Grosmenil le 06/05/2012 à 19h22
Bonjour Fred

Coucou vous revoilou !! quel plaisir de vous retrouver !!

Malheureusement, les nouvelles que vous rapportez d'Espagne sont alarmantes; vous avez pu vous rendre compte sur place des dégâts causés par la puissance de la finance.

Intéressant, l'origine de votre nom, qui en plus est très agréable à l'oreille quand on le prononce. Je le trouve chantant, çà tombe bien pour " si çà vous chante". les consonnes et les voyelles sont tout à fait en harmonie.
Commentaire n°14 posté par Annie Lapeyre le 06/05/2012 à 19h35
Cet article vous honore, cher Fred.
A l'heure où la France, nombriliste, en oublie que nous sommes en Europe, ce qui se passe en Espagne et dans bien d'autres pays méritait que vous nous en parliez si justement.
Admirables et superbes chansons pour illustrer vos propos.
Merci
Commentaire n°15 posté par Odile le 07/05/2012 à 09h24
Super !
Surtout, ne lâche rien, cher Fred.
Commentaire n°16 posté par Jean Théfaine le 07/05/2012 à 09h35

Je te le promets, Jean. Toi aussi, surtout, ne lâche rien.
On t'embrasse très fort.
Fred (et Mauricette)

Réponse de Fred Hidalgo le 07/05/2012 à 10h56
Merci Fred et toujours et encore merci pour ton travail important sur la chanson.
Commentaire n°17 posté par Gilles Compagnon le 07/05/2012 à 09h36
Magnifique article qui sonne si juste à nos oreilles qui doivent coûte que coûte, et plus que jamais, demeurer ouvertes comme nos consciences.

Et même si la politique et ses méandres peuvent nous être étrangers, faute de compétence ou d'appétence, il est ici question d'ouverture et de solidarité entre les hommes.

Mon fils a, en partie, ce beau sang d'hidalgo...

Bien à vous,
eMmA
Commentaire n°18 posté par eMmA le 07/05/2012 à 10h24
Merci Fred pour cette piqûre de rappel des Ferre, Ibanez et tant d'autres"fils de rien, fils de si peu" dont un pote chante régulièrement les mots sans imiter qui que ce soit, avec sa voix, sa conviction et sa flamme ! Et quand je dis régulièrement ça veut dire qu'il termine tous nos rassemblements de "diseurs de mots" dans un troquet des bords de Loire au gré des courants... Avec le public qui reprend en choeur !
Commentaire n°19 posté par Thea le 07/05/2012 à 10h33
J'ai sauté des épisodes sur Brel ces derniers temps . Mais je ne veux pas laisser passer ce dernier article sur l'Espagne sans te dire combien il me touche. Notre 6 mai 2012 sera peut-être l'espoir du peuple espagnol aussi et d'autres...
En attendant des temps meilleurs, gardons la vigilance.
Je suis toujours admirative du travail que tu assures pour une chanson que nous aimons. Sois-en remercié.
Je t'embrasse
Martine
Commentaire n°20 posté par martine caplanne le 07/05/2012 à 16h47
Bonjour Fred, j'ai partagé cet article sur la page Facebook de "Vivre Ensemble" (www.facebook/Vivre.Ensemble32 ), association de lutte contre la pauvreté, où je travaille. Même type d'échos de Grèce, via un proche : paupérisation massive... et les néo-nazis distribuent des colis alimentaires ! Amicalement, Isabelle
Commentaire n°21 posté par Isabelle Franck le 08/05/2012 à 11h40
Merci encore,et cette fois, pour ce rappel de vaccin qui nous confirme, n'en déplaise à certains, que "Le poète a toujours raison...." qui nous met en garde depuis longtemps contre l'accumulation des symptômes provoquant autant qu'ils l'annoncent, le retour des "Matins bruns", les nostalgiques de ces ordres n'étant jamais bien loin. Le beau et malheureux pays de vos pères a bien assez connu ces jours sombres et le sanglant triomphe des forces associées de l'argent,des factieux et d'une certaine catégorie de "radis noirs". Mais la démocratie a ses faiblesses qu'ils savent exploiter insidieusement jusqu'à faire ressurgir leurs vieilles nostalgies. Alors, si "los hijos de nada"ont oublié leur histoire, ils s'exposeront à la revivre douloureusement. Si, pour de prétendues économies, les profs d'histoire sont évincés des écoles, il y aura une raison supplémentaire pour écouter les poètes et les chansons.
Commentaire n°22 posté par TILLY Henry le 08/05/2012 à 22h39
Quand François Hollande fait chorus...
Commentaire n°23 posté par Fred Hidalgo le 09/05/2012 à 10h48

Quand François Hollande fait chorus à propos de Ferré (Avec le temps, La Mémoire et la Mer…) et de Brel (Jaurès…). J’attends maintenant avec impatience la nomination du prochain (de la prochaine ?) ministre de la Culture. S’il ou elle est au diapason de notre nouveau Président, alors il y a des lendemains qui chantent en perspective pour la chanson vivante…

http://youtu.be/n5NffgRFcyQ

Réponse de Fred Hidalgo le 09/05/2012 à 10h55
merci encore et encore de la joie que vous nous donnez avec ces articles magnifiques - eh oui la chanson c'est notre histoire, notre culture, et léo ferré ... la mémoire et la mer ! ça nous rassure de savoir que notre nouveau président l'a écouté à la connaître par coeur, et l'attente est si forte sur lui ... qu'on se souhaite bon courage à nous tous collectivement !
Commentaire n°24 posté par coco le 12/05/2012 à 23h24
Marc Fichel Chante, à Decouvrir avec son clip http://www.youtube.com/watch?v=MVbbhWJulDI&feature=youtu.be

C'est ma vie dans les Halles
Commentaire n°25 posté par Nef le 20/05/2012 à 20h28
Fred Merci, je suis très très ému par tes mots. Ému aussi par ce poème De Celaya et le chant de Paco. Je viens de participer à la fête de la Musique à Tegucigalpa.l'accueil fut pour moi un choc fort. Je vais préparer des concerts avec des musiciens d'ici. Je traduit actuellement des chansons de nos auteurs chéris Anne SYlvestre, Romain Didier,Allain Leprest, Bernard Joyet etc. Afin que le public ait un livret pour comprendre les mots. Le peuple aime la poésie. Ici on ne sert que des chansons de légèreté et pourtant les gens désirent autre chose. Comme je l'ai fait au Venezuela il y a vingt ans je veux refaire au Honduras le même travail. Ton texte ci dessus m'en donne le courage. Je me retrouve complètement dans ce Texte de Celaya... même si j'ai parfois le sentiment que les interprètes n'ont plus guère leurs places dans les festivals, Barjac, Montauban, Bernard Dimey, etc... je veux continuer mon chemin de chansons.Permet que je t'embrasse en te remerciant pour ton travail. J'espère pouvoir parler un peu avec toi prochainement si tu permets que je te rende visite.
Commentaire n°26 posté par christian camerlynck le 29/06/2012 à 19h47

Grand merci, cher Christian, pour ces nouvelles de Tegucigalpa ! Et bravo pour ton entreprise de traduction de grands auteurs français dans la langue de Cervantès. A bientôt, aussi, pour des retrouvailles moins... virtuelles (mon e-mail figure dans "Contacter le blogueur" en cliquant sur la barre d'outils supérieure dans "J'aime ce blog")...

Réponse de Fred Hidalgo le 30/06/2012 à 10h30
Cher Christian,
Je profite de votre petite visite sur le site de Fred, pour vous dire combien en ce moment avec mon cher et tendre on se régale sans se lasser de vos 2 cd plus celui de Débronckart.
Une merveille, chacun et chacune devrait avoir cet album dans sa discothèque...
Je ne vous remercierai jamais asses, pour ces moments de bonheur que vous nous procurez, vous êtes un grand très grand...
Commentaire n°27 posté par Odile le 30/06/2012 à 11h01
L'ESPAGNE AU COEUR (voir ci-dessous)
Commentaire n°28 posté par Fred Hidalgo le 25/05/2013 à 09h22

L’ESPAGNE AU CŒUR…

De retour d’un de mes séjours réguliers en Espagne (au moins une fois par an depuis que “Franco est tout à fait mort”, comme le chantait Jacques Brel), je ressens le besoin de partager ma tristesse (et ma révolte) devant son déclin social et culturel chaque jour croissant, qui provoque aussi une hémorragie de sa jeunesse la plus diplômée à laquelle aucun débouché n’est offert. Et bien sûr, la situation économico-politique est telle que la culture, comme toujours, est la première touchée.

À la Puerta del Sol, à Madrid, où des mois durant ont campé “los Indignados”, les Indignés (devenus aujourd’hui les oubliés – “Los Olvidados”, chers à Luis Buñuel – d’un gouvernement à forte tendance franquiste), les gens viennent exprimer publiquement leur souffrance (plus de 27% de la population au chômage et plus de 57% chez les jeunes !), chercher un réconfort dans le dialogue… ou prôner un changement total voire brutal de société. Ceci sous le regard attentif de la police, omniprésente, à pied, à cheval, à moto, en voiture, en fourgon… comme aux plus “belles” heures de la guardia civil.

Pour la culture (pour ne pas parler de la santé ou de l’éducation publique), c’est absolument catastrophique. Les librairies, les salles de concerts, les cinémas et les théâtres sont nombreux à disparaître chaque jour, victimes certes de la crise mais aussi d’une très lourde pression fiscale exercée sur eux par le pouvoir. Comme s’il fallait d’abord et avant tout la réduire au silence.

Jugez-en par ces chiffres (officiels) : pour le livre, les ventes ont chuté de 22% entre 2002 et 2011, et de 18% supplémentaires depuis ; pour le cinéma (auquel on a réduit de 55% l’aide publique tout en augmentant la TVA de 8 à 21% le 1er septembre dernier), le nombre de spectateurs a baissé de 40% depuis 2004 alors que 114 salles ont fermé au cours de la seule dernière année. “Les propriétaires n’en peuvent plus, ils jettent l’éponge”, constate le président de la Fédération espagnole des cinémas.

Quant à la chanson espagnole (d'auteur), elle est carrément sinistrée. Le disque ne se vend plus du tout (mais le piratage est florissant) et l’organisation des concerts s’est écroulée ; du fait de la crise économique, bien sûr, mais aussi de l’anglo-américanisation galopante des mœurs et des goûts (tout comme en France où bientôt, à l’en croire un projet ministériel, on devrait peu à peu abandonner l’enseignement en français à l’université au profit de l’anglais… On marche sur la tête !).

Signe des temps : à Barcelone, la librairie Catalonia, la plus célèbre librairie de la ville, installée en plein centre (Plaza de Catalunya) depuis quatre-vingt-huit ans, a dû rendre les armes en début d’année. Et que trouvera-t-on bientôt en lieu et place de cette véritable institution culturelle qui avait survécu à tout, jusqu’à aujourd’hui, y compris à la guerre civile ? Je vous le donne en mille : à une enseigne de fast-food aux couleurs de l’oncle Sam… Épique (et triste) époque, dirait Léo Ferré.

Réponse de Fred Hidalgo le 25/05/2013 à 09h30
L'ESPAGNE AU COEUR (suite), c'était un hommage bien sûr à Georges Moustaki (cf. lien activé ci-dessous).
Commentaire n°29 posté par Fred Hidalgo le 25/05/2013 à 09h34

L'Espagne au coeur, paroles et musique de Georges Moustaki, 1986 :

http://www.musicme.com/#/Georges-Moustaki/titres/Espagne-Au-Coeur-t1625614.html

 

Réponse de Fred Hidalgo le 25/05/2013 à 09h41
Hommage aussi et bien sûr à Pablo Neruda, à qui Georges Moustaki lui-même adressait ainsi un clin d'oeil au-delà du temps et de l'espace (voir lien vidéo activé ci-dessous).
Commentaire n°30 posté par Fred Hidalgo le 25/05/2013 à 09h46

ESPAÑA EN EL CORAZON, de Pablo Neruda :

http://youtu.be/_jb7BDP4GU0


Réponse de Fred Hidalgo le 25/05/2013 à 09h56
Bonjour Fred! Je crois que le hasard joue pour moi...J' anime un cours à l' AFBA que je prépare pendant mes vacances en janvier, cette année 2013 je l' ai commencé par le texte Le droit à la culture de Lorca(grâce au Castelar 704 de NF qui m' a fait revenir à mon adolescence et récupérer ces chants de liberté en pleine dictature argentine), et fini avec son roman" Ca repart pour un Soliloque ". Je lis aujourd' hui ton article et j' y trouve les 3 derniers chansons qu' on a partagé en cours en rapport avec nos lectures...Cela me confirme que mon idée de travailler l' année prochaine dans cet atelier ton livre sur Brel(qui m' arrivera bientôt😉)n' est pas folle, bien au contraire; je demanderai à mes élèves s' ils aimeront un cours plus musical encore ...Il y a l' intuition et le hasard qui me guident. Je te remercie tous tes articles, commentaires d' une richesse et qualité extraordinaires!
Commentaire n°31 posté par adriana gonzalez le 25/11/2013 à 17h44
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