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  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 11:14

Ne chantez pas la mort (3/3)


Claude Léveillée était né la même année que Ricet Barrier, en 1932 (le 16 octobre). Il est mort le 9 juin 2011 à l'âge de 78 ans. « 
Et n’allez pas confondre et l’effet et la cause / La Mort est délivrance, elle sait que le temps / Quotidiennement nous vole quelque chose / La poignée de cheveux et l’ivoire des dents… » Chez Claude, victime d’un double accident vasculaire cérébral en 2004, elle avait volé sa formidable capacité à jouer du piano, l’obligeant cruellement à renoncer à la scène.
 

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Conscient mais invalide, cloué dans un fauteuil roulant, Claude vivait donc une petite mort depuis sept ans. La Camarde l’a fauché chez lui, à St-Benoît de Mirabel (à quelque 30 km au nord de Montréal), où le dévouement de proches (
en particulier de son amie et biographe Marie-Josée Michaud) lui avait permis de rester, car il ne voulait pas mourir à l'hôpital. Dans l’intervalle, un album et des spectacles en son hommage ont notamment permis de payer la facture des soins à domicile…

Auteur-compositeur-interprète, parmi les plus importants que le Québec nous a donnés (souvenez-vous du spectacle exceptionnel 1 fois 5, présenté à Montréal en juin 1976, aux côtés de Robert Charlebois, Yvon Deschamps, Jean-Pierre Ferland et Gilles Vigneault), Claude Léveillée était en effet un virtuose de l’instrument de Frédéric Chopin (son idole !), comme on le verra dans la vidéo suivante où il joue un (superbe) morceau de sa composition, Grande valse fofolle, accompagné par un orchestre symphonique.
 


Son histoire professionnelle se confond avec celle de la chanson québécoise contemporaine : cofondateur du fameux mouvement des Bozos en 1959, il laisse
plus de 400 chansons (dont certaines comme Les Vieux Pianos, Ouragan ou Boulevard du crime furent créées par Édith Piaf), nombre de musiques instrumentales et plusieurs comédies musicales. Mais « ici, au Québec, commentera au lendemain de son décès son ancien agent… Pierre Jobin (oui, oui, le même déjà cité à propos de Barrier et Darnal), demandez à n’importe qui : Claude Léveillée c’est Frédéric. C’est vraiment nous. C’est vraiment une chanson du patrimoine. C’est une musique qui était toute simple, des paroles qui étaient toutes simples. C’est la grande famille québécoise. C’est les émotions. Et il y a une très belle nostalgie. Tout ça, c’est rentré dans la tête des gens. Il ne pouvait pas faire un spectacle sans la chanter. »

 


Ah ! Frédéric… C’est le titre, bien sûr, que Roger Gicquel – grand amateur et fin connaisseur de chanson (voir « L’Héritage de Roger Gicquel », dans ce blog, où le journaliste chante avec Jean-Pierre Ferland, Yves Duteil, Marie-Claire Séguin, Sylvain Lelièvre et… Claude Léveillée, autour de Félix Leclerc : cela se passait en 1985 au Théâtre de l’Île d’Orléans dirigé alors par Pierre Jobin… non, il n’y a pas de hasard !) – le pria d’interpréter, en 1983, dans son émission Vagabondages. Pour la petite histoire, figurant moi-même parmi les invités, c’est ce jour-là que je fis la connaissance de Claude, qu’accompagnait bien sûr un certain Jobin. Pour la mémoire (et les documentalistes), il s’agit de la fameuse émission où Gilles Servat chanta en direct et en intégralité (pour la seule et unique fois sur une chaîne nationale de télévision) son très long (plus d’un quart d’heure) et puissant poème épique, façon Ferré, Je ne hurlerai pas avec les loups.

J’aurai l’occasion de retrouver Claude à plusieurs reprises, notamment lors du Festival d’été de Québec, mais le souvenir par excellence que j’en garderai sera celui de la soirée exceptionnelle du 18 octobre 1994, date de l’inauguration publique et officielle de la Maison de la Chanson de Québec.

  

Leveille

Sylvain Lelièvre et Claude Léveillée avec Pierre Jobin (Québec, 18/10/94)


Ex-agent de Félix Leclerc, agent en titre de Claude Léveillée, Pierre Jobin était alors directeur du Théâtre du Petit-Champlain qui, ce soir-là, allait devenir la première « Maison de la Chanson » de l’espace francophone. Et votre serviteur, mais oui, d’être appelé par lui sur les planches – devant un parterre et un balcon aussi impressionnants que prestigieux de personnalités politiques (Premier Ministre, ministre de la Culture, maire de Québec…), professionnelles (Luc Plamondon, etc.) et surtout de grands chanteurs québécois et acadiens, lesquels allaient tous et toutes (dont une « petite débutante » nommée Lynda Lemay) monter sur scène le temps de trois chansons – afin de recevoir la carte n°
1 de la confrérie des « Amis de la Maison de la Chanson » (pour « services rendus à la chanson francophone ») ! Surprise et petite gêne d’être ainsi honoré entre tous devant une si docte, si chantante et merveilleuse assemblée ! Mais formidable souvenir rétrospectif. Comme le chante si joliment Claude Besson, merci encore, « mon ami Pierre du Québec ».

La soirée s’acheva (fort tard) par un dîner qui se prolongea jusqu’au milieu de la nuit ; dîner inoubliable, pour moi en tout cas, qui me trouvais à la table de Raymond Lévesque (Quand les hommes vivront d’amour…), Louise Forestier, Sylvain Lelièvre… et autre Claude Léveillée, aussi chaleureux à la ville qu’à la scène où il nous offrit un mini-récital, seul au piano, « sans oublier » de se rappeler un certain Frédéric : « Je me fous du monde entier / Quand Frédéric me rappelle / Les amours de nos vingt ans / Nos chagrins, notre chez-soi / Sans oublier les copains, des perrons / À jamais dispersés, aux quatre vents… »
 


Moi aussi, aujourd’hui, je me fous du monde entier quand je me souviens de Claude me rappeler ses joies et ses peines. Oui, je me fous du monde entier quand je l’entends chanter, encore et encore… Et je suis heureux que, Le Temps d’une chanson (voir ci-dessus), le Québec ait su lui rendre hommage de son vivant. Caussimon l’a chanté mieux que quiconque : « Il ne faut pas aimer “bien” ou “un peu” / Et à tout prendre / Mieux vaut ne pas aimer du tout / Il faut aimer de tout son cœur / Et, sans attendre / Dire “je t’aime” à ceux qu’on aime / Avant qu’ils ne soient loin de nous… »


(À suivre : ALLAIN LEPREST)

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Published by Fred Hidalgo - dans Hommage
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commentaires

carole laura 15/08/2012 00:23

quel beau témoignage !
c'est sublime..
comme s'il était là..
bravo !

(Clovis Simard,phD) 22/01/2012 03:24

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com)No-30, -THÉORÈME LE JEUNE.- Vous entendez le temps ??

Yves BORREDON 11/09/2011 10:06


merci Fred pour ce bel hommage....


Albert WEBER 09/09/2011 09:53


Ancien journaliste de Paroles et Musique, puis de Chorus, c’est toujours avec attention – et je dirai même émotion – que je lis tes articles, cher Fred ; alors que le temps de nos réunions sous
l’inoubliable araucaria évoqué dans une précédente chronique fait partie de nos bons souvenirs… à l’instar du souvenir de Marc Robine dont la mémoire nous incite toujours à ne pas baisser les bras.
C’est vrai, quatre fois l’an on se retrouvait pour partager nos coups de cœur, nos coups de gueule aussi… et Marc n’était évidemment pas le dernier à y exceller… Aujourd’hui, il n’y a plus
d’araucaria ni de Chorus, et nos articles s’envolent instantanément via internet à travers l’espace francophone, voire plus loin.

Certes le support a changé mais l’esprit ne s’est pas évanoui, enfin j’espère… En témoignent tes coups de projecteur sur des destins d’artistes – des parcours d’hommes et de femmes souvent ignorés
des “grands” médias et par conséquent du “grand public” – et, bien sûr, ton attention portée à l’engagement d’artisans bénévoles ou professionnels œuvrant dans l’ombre depuis des décennies. Sans
eux nombre de talents n’auraient peut-être jamais éclos, ou du moins pas aussi rapidement…

Un de ces artisans est en effet Pierre Jobin, enraciné dans son cher Québec tout en venant régulièrement en France… Heureux de le retrouver ici en si bonne compagnie avec Claude Léveillée et
Sylvain Lelièvre… Sylvain auquel il a dédié sept ans d’affilée une soirée hommage mobilisant nombre d’artistes des deux bords de l’Atlantique… Cette soirée appelée "Salut Sylvain" avait lieu dans
la ville de Québec, dans le quartier de Limoilou, là où Sylvain a grandi, là où Pierre habite toujours.

En septembre 2010, la 8e édition de "Salut Sylvain" a été intégrée dans un nouveau festival : “Limoilou m’en chante'”. Une éclatante première édition qui a notamment accueilli Jehan, Graeme
Allwright, Gilles Vigneault, Stephen Faulkner, Anne-Marie Gélinas, Danielle Odera, Erick Manana et Dina Rakotomango, Caroline Desbiens, Denis Petermann, etc. Et ne crois pas que Pierre ait décidé
de se réfugier dans sa maison de Limoilou pour écrire ses mémoires. Pas le temps, pas envie… car la 2e édition de “Limoilou m’en chante” est annoncée du 28 septembre au 1er octobre 2011. Oui, sous
l’égide des "Productions Aux Oiseaux de Passage", ce festival de chanson vivante sera encore une fois totalement francophone. Artistes confirmés et talents émergents vont s’y côtoyer soir après
soir : Bruno Brel, Michel Bühler, Robert Charlebois, Marième... Sans oublier le 9e “Salut Sylvain” offert par Philippe Noireaut, Jessica Vigneault, Annie Poulain, etc.

C’est évident, Pierre Jobin n’est pas prêt de prendre sa retraite après tant d’années déjà vécues au rythme de la chanson, comme raconté avec force anecdotes et photos inédites sur le site
www.francomag.com, lequel est également au rendez-vous de la 2e édition de “Limoilou m’en chante”.

Pionnier dans l’ombre depuis l’époque des boîtes à chansons au Québec, Pierre Jobin aura aussi été pionnier dans un autre registre (qui vous concerne directement, Mauricette et toi) : c’est en
1994, en effet, qu’il t’a remis la carte de membre n° 1 – ô combien symbolique – des “Amis de la Maison de la Chanson du Québec" pour “services rendus à la chanson depuis la création de Paroles et
Musique en 1980". Pionnier, oui, car ensuite il aura fallu attendre seize ans pour qu'après le Québec la France vous distingue tous deux à son tour, via Jean-Michel Boris (au théâtre lui aussi fort
symbolique des Trois Baudets), dans l’ordre national du Mérite et dans celui des Arts et Lettres pour votre "contribution à la culture".

Distinctions des plus méritées, certes, mais soyons honnêtes, à l'instar de Jean-Jacques Goldman dans un message lu ce soir-là par Jean-Michel Boris, “j'ai beau essayer, je n'arrive pas à me
réjouir totalement. Nous aurions tellement préféré que ces médailles n'arrivent que plus tard, bien plus tard, et que Chorus vive encore avec eux, qu'il transporte encore leurs transports, leur
flamme"... Tu vois Fred, le "zeste de malaise" souligné à juste titre par Goldman dans ce message public, me rappelle l’araucaria... et Chorus emportés par la tourmente. Voilà pourquoi, quand
l’occasion se présente, tous autant que nous sommes ne devons pas manquer d’encourager les artisans qui croient encore à la chanson et militent pour elle, vaille que vaille... tel Pierre Jobin à
Limoilou.

Albert Weber
www.francomag.com


Fred Hidalgo 09/09/2011 10:20



Merci Albert.

Pour info, le site www.francomag.com ici activé (qui rend compte de l'actualité de la chanson francophone d'Amérique du
Nord) fait partie des sites recommandés sur ce blog (voir page d’accueil : “Le Fil tendu entre nous” en cliquant d’abord sur “Autres sites”), sous le titre “Les Déferlantes” qui était son
appellation d’origine.
Et bonne seconde édition, donc, de “Limoilou m’en chante”. Un petit résumé serait apprécié ensuite...   




Jean-Noël Grosmenil 09/09/2011 08:46


Puis-je donner un réponse à la question posée par le dernier intervenant ? Claude était un mélodiste accompli t c'est là toute la différence. Leclec, ça tournait sur 5 accords et ses talents
d'instrumentistes étaient limités. CLaude avait ce don que peu ont: d'avoir le sens de la mélodie, variée et d'être un instrumentiste accompli. Je crois qu'André Gagnon a très bien défini l'apport
de Claude: il a fait passer la chanson québécoise du stade de l'artisanat rudimentaire sympathique à la chanson parole et musique et jouée. Car Claude était aussi un comédien accompli.

Il n'en faisait pas des tonnes sur scène, mais chaque chanson était jouée. Il était un peu ce que Philippe Clay était en scène. Sobre, mais chaque geste étudié.

http://www.youtube.com/watch?v=YEgW9G8K5aM


Fred Hidalgo 09/09/2011 10:06



Lien activé vers cette belle vidéo où l'on voit Claude chanter en public sa superbe chanson Mon pays, accompagné par un grand orchestre.